J'apprenais à mourir…

Voilà le nouveau chapitre de JAAM ! Ce chapitre est un peu comme la « partie deux » du précédent, on reprend donc le calvaire d'Hermione !

Bonne lecture !

Chapitre 13 : Le calvaire d'Hermione.

Hermione suivait son professeur de potion à la trace. Ils étaient dans la forêt interdite pour chercher des ingrédients pour les potions, et elle comptait bien ressortir vivante de cet endroit lugubre. Mais elle entendit un bruit, se retourna et quand elle voulut reprendre le chemin, Rogue avait disparu.

« Professeur ? »

Pas de réponse.

« Professeur ! »

Elle commençait à paniquer, et se mit à penser : « Courage de Gryffondor, où es-tu ? »

« Petite couarde ! Qu'avez-vous donc à jacasser ainsi ?

-Professeur ! Je ne vous voyais plus, j'ai pris peur…

-J'étais juste là ! Pour une Miss-Je-Sais-Tout de Gryffondor, vous n'êtes ni perspicace ni courageuse ! Suivez-moi. Et ne me perdez pas de vue cette fois. »

C'était donc avec encore plus de prudence qu'Hermione reprit sa marche, qui s'apparentait plus à une traque tellement elle fixait son professeur.

Il dut sentir le regard insistant de son élève sur lui, car il fit un mouvement las de la tête sur le côté, montrant son agacement.

Une demie heure de marche plus tard, le professeur Rogue désigna deux types de plantes à Hermione et la prévint qu'il allait un peu plus loin pour trouver d'autres ingrédients pour ses potions.

Hermione cherchait désespérément les plantes désignées par son professeur une heure auparavant, mais elle n'en avait trouvé que 20 de chaque. Elle avait espéré en trouver bien plus. Et malheureusement pour elle, elle avait remarqué la pleine lune, haut dans le ciel, et n'avait pu s'empêcher de se rappeler cette fameuse nuit où le professeur Lupin s'était transformé en Loup Garou. D'ailleurs, si sa mémoire ne lui jouait pas des tours, elle se souvenait d'un Rogue faisant face au loup, la protégeant de son corps. « Il a beau être un asocial et avoir un caractère d'hippogriffe mal lavé, il faut avouer qu'il a le sens du devoir et du sacrifice. S'il n'y avait pas eu Sirius pour attirer son attention, Rogue serait mort pour nous protéger, Ron et moi. »

Les bruits se faisaient de plus en plus forts, de plus en plus proches, de plus en plus effrayants. Hermione sentait des sueurs froides lui descendre dans le dos, et ses mains étaient moites. Assommée par la peur et le stress, elle sentait ses membres devenir lourds et ne plus lui répondre. Des larmes traitresses dévalaient ses joues, alors que ses yeux fous cherchaient désespérément qui, ou plus quoi, pourrait bien émettre un tel son. Elle se fit la réflexion que ça ne devait pas être humain. Une fois de plus un souvenir dont elle se serait bien passé refit surface : Voldemort s'abreuvant au coup de cette pauvre licorne morte, dans cette même forêt. C'en était trop. Elle avait peur. Elle avait toutes les plantes demandées par Rogue, maintenant elle allait courir.

Elle se leva et couru dans la direction où elle avait vu disparaître son professeur. Mais la nuit baignait les alentours de son manteau noir, et la forêt ne laissait que peu de visibilité. Bientôt, la jeune Gryffondor fut perdue.

« Professeur ! »

Elle avait des trémolos dans la voix, on pouvait percevoir ses pleurs à travers son cri.

« Professeur ! »

De sa voix enrouée par la peur, elle l'appelait. Elle l'espérait.

« S'il-vous-plait ! Aidez-moi ! Professeur… »

Vaincue par sa terreur, sa voix se perdit dans les ténèbres.

Hermione se recroquevilla au pied d'un arbre, enfouit sa tête entre ses bras, se balança d'avant en arrière, et attendit. Une heure. Puis deux. Elle pressentait que les centaures n'étaient pas loin, et Hagrid lui avait dit qu'ils étaient particulièrement énervés en ce moment. Il valait mieux rester cachée. Mais comment son professeur pourrait-il la retrouver si elle se cachait ? Elle espérait seulement qu'il la chercha.

« Miss Granger !

-Professeur ? »

De sa plus petite voix, mal assurée, emprunte de terreur, elle répondit à son nom, n'osant se donner des faux espoirs.

« Miss Granger ! Mais que faites-vous assise par terre ? Et aussi loin de l'endroit que je vous avais indiqué ?

-Professeur… »

Des larmes de soulagement glissaient sans retenue le long de ses joues rosies par le froid.

Le professeur Rogue sembla se rendre compte du désarroi de son élève, car il la releva et lui prit le bras pour la guider dans la forêt. « J'ai un peu l'impression qu'il va me punir vu comme il me tient le bras, comme si j'avais fait une bêtise. Ou plutôt… Comme il tient Harry quand il l'accuse d'une chose, qu'il l'ait faite ou pas… ». Il ne fallait pas attendre un quelconque signe de tendresse ou de délicatesse de la part de Rogue.

Ils rentrèrent au château en silence, passèrent dans les cachots déposer leurs ingrédients, et, à la plus grande surprise d'Hermione, Rogue la raccompagne jusqu'à l'entrée de sa salle commune.

« Merci. Bonne nuit professeur. »

Bien sûr, il ne répondit pas.

Cette nuit-là, Hermione se posa énormément de questions sur son professeur. Elle le pensait profondément mauvais, mais peut-être était-il juste nul. Nul en relations humaines. Nul pour montrer ses sentiments. Nul sur la façon dont il peut être gentil. Il était simplement nul.

A la fin de cette nouvelle journée de cours, Hermione avait de nouveau changé d'avis sur son professeur. Severus Rogue était un connard. Elle avait eu cours avec lui, et il l'avait purement et simplement ignorée, et avait encore une fois largement favorisé Ariane. Elle allait tuer Ariane. Un meurtre à Poudlard, parmi toutes les choses étranges qui s'y passent, ça ne se voit même pas.

Malheureusement pour elle, ce fut ainsi pendant toute la semaine, et lorsqu'elle l'apostropha dans un couloir pour lui demander des précisions sur un devoir qu'ils avaient à rendre dans quinze jours, il la regarda de haut en bas, lui fit le regard le plus noir qu'il avait en réserve, et partit sans lui répondre. Tant pis, sans précisions, il aurait le double à corriger. Elle allait écrire le plus possible pour être sûre de ne rien oublier, et c'est lui qui allait se taper la correction.

Puis vint le soir de sa retenue. Elle rejoignit à contrecœur les cachots et attendit.

« Miss Granger.

-Professeur. »

Froid. Glacial. Ni l'un ni l''autre ne montrait un quelconque sentiment positif. Ils étaient de glace.

« Potion. Vérité. Sincérité. Création.

-On doit créer une potion qui ressemble à un véritasérum amélioré ?

-Exact. »

Ils travaillèrent en silence. Les seuls bruits audibles étaient les pages qui se tournaient. Hermione était évidemment bien plus en difficulté que son professeur mais ne le montrait pas.

« Mettez votre fierté de côté Miss Granger.

-Ma fierté ?!

-Demandez de l'aide quand vous n'y arrivez pas. Vous avez beau être une insupportable Miss-Je-Sais-Tout, vous n'êtes pas maître en potion.

-Et bien éclairez-moi. Je suis partie du véritasérum de base auquel j'ai ajouté du venin d'acromentule et un bézoard, pour enlever le côté « poison » du venin. J'ai remué trois fois dans le sens des aiguilles d'une montre, trois fois dans le sens inverse, puis j'ai augmenté la chaleur pour que ça boue, puis l'ai stabilisé à basse température.

-Rajoutez une feuille de saule cogneur.

-Une feuille de saule cogneur ? C'est utilisé en potion ça ?

-Je suis le seul à l'utiliser. Mais ça fonctionne. »

Ainsi ils commencèrent à échanger leurs idées, et toute hostilité disparut. Ils étaient tous deux heureux de cet échange. Rogue parce que pour une fois quelqu'un pouvait lui répondre sans avoir l'air bête lorsqu'il parlait de potion, et Hermione parce qu'elle apprenait plus en un soir qu'en six ans de cours. Deux heures plus tard, ils étaient arrivés à un résultat.

« Miss Granger, buvez.

-Pardon ?

-Il faut la tester. Buvez.

-Et si elle était dangereuse !

-Elle ne l'est pas. Buvez.

-Alors buvez aussi ! Je ne veux pas être seule à en pâtir ! »

Ils burent alors tous deux la potion. Alors que Rogue gardait son masque d'impassibilité, le visage d'Hermione se tordit en une grimace due au goût infect de la potion.

« Il va falloir faire quelque chose pour le goût…

-Il va falloir faire quelques choses pour vos papilles.

-Qu'est-ce qu'elles ont mes papilles ?

-Trop sensibles.

-C'est vous qui êtes insensible !

-Parlez-vous toujours des papilles, Miss Granger ?

-Je parle de votre foutu caractère !

-Ha oui ? Et puis-je savoir ce qu'il a, « mon foutu caractère » ?

-Il a qu'il vous fait favoriser vos Serpentards, qu'il vous fait enlever des points à ma maison pour aucun motif, que vous êtes détestable avec tout le monde à toute heure de la journée, et qu'il vous rend incapable d'avoir le moindre sentiment !

-Et de votre caractère on en parle ? Toujours à rabaisser tout le monde par le simple fait que vous êtes la seule à lever la main. Alors que personne ne connait la réponse, vous levez la main avec tant d'énergie que vous semblez dire « Mais c'est pourtant facile bande de nuls ». Vous prenez la parole sans y être invitée. Vous ne respectez pas plus vos professeurs que vos camarades. Vous êtes violente. Oui, je sais qu'en troisième année vous avez frappé Drago Malefoy. Vous êtes tout le temps en train d'analyser les gens, vous attendez en permanence quelque chose d'eux, ainsi personne ne se sent à la hauteur.

-Attention professeur, ou je pourrais croire que vous faites un complexe vis-à-vis de ma personne.

-Bien sûr ! Parce que malgré le fait que vous êtes détestable, vous avez des amis.

-Et vous vous êtes un détestable prof sans amis. Quelle tristesse.

-Ne vous moquez pas Miss Granger. Je ne sais même pas pourquoi je réagis comme un enfant de trois ans, ni pourquoi je dis tout ça.

-La potion.

-La potion ?

-Nous en avons bu tous les deux, et le but était qu'elle fasse dire la vérité, et qu'elle crée de la sincérité. On a un peu trop réussi vous ne croyez pas ?

-Je crois aussi. Est-ce que parfois vous vous coiffez ?

-Est-ce que parfois vous vous lavez les cheveux ?

-Vous êtes en couple avec Potter et Weasley ?

-Quoi ? Attendez. Déjà Harry tout seul je sortirais pas avec, Ronald tout seul je ne sortirais pas avec, alors les deux en même temps ? Seriez-vous un vicieux, professeur ?

-Oui.

-Pardon ?

-J'ai sincèrement essayé de répondre non.

-Je n'en doute pas…

-Vous avez des beaux yeux.

-Après avoir critiqué mes cheveux, vous complimentez mes yeux ?

-Oui.

-Merci je suppose.

-De rien.

-Wouah, de la politesse…

-Vous semblez surprise.

-Le professeur Rogue que je connais n'est pas poli.

-Et bien, le vrai professeur Rogue l'est, mais il est aussi bien caché.

-Aujourd'hui j'ai vu un peu du vrai professeur Rogue.

-Et qu'en avez-vous vu ?

-Un homme brillant, très intelligent, bien plus que la moyenne, et en même temps incompris. Je pense que le seul qui doit vraiment vous comprendre, c'est Dumbledore. Parce que lui aussi il est brillant.

-Vous m'avez pourtant très bien compris tout à l'heure lorsque nous préparions la potion.

-Cela veut-il dire que vous me trouvez brillante.

-Tellement que vous êtes insupportable.

-Vous aussi professeur, vous êtes insupportable.

-Bonne nuit Miss Granger.

-Bonne nuit professeur. »

Cette étrange conversation se termina sur un sourire. Hermione était un peu gênée de cette tournure qu'avait pris sa retenue, mais en même temps elle en était satisfaite. Elle avait appris tellement de choses ! Elle arriva dans sa salle commune, et y trouva Malefoy, affalé dans le canapé.

« Ha ! Granger ! Je me demandais quand tu allais rentrer.

-On dirait un mari qui attend sa femme. »

Tient, la potion faisait toujours effet. Bon tant pis, au moins ça aura cloué le bec de Malefoy. Hermione monta se coucher, et ses rêves furent peuplés de potions, d'ingrédients, de cours, et Rogue lui avouant qu'il la trouvait brillante.