Dernière mise à jour en juillet 2014. Allez-y, je suis prête, lancez vos tomates, vos lances, vos épées meurtrières, vos balles de pistolet. Allez-y, je le mérite amplement! Quelques explications qui s'imposent, je crois? J'avais dit que je ne mettrais pas longtemps à uploader la fin de cette fichue histoire, eh bien, je me désespère...deux ans, bon sang! Deux ans pour vous donner ce dernier chapitre qui clôture Forever Changed. Explications toutes simples, qui ne justifient pas, je suis bien d'accord: suite aux évènements qui avaient eu lieu en fin 2014, je m'étais totalement retirée du monde de la fanfiction. Quelques publications par-là, mais j'avais laissé tomber le fandom de Supernatural. Je ne regarde désormais plus la série, je me suis tournée vers mes propres univers, je hais mes études, mais je tiens à mettre un mot important à l'histoire de Dean et Castiel.

Fin, parce qu'ils méritent leur petite fin, et que mes lecteurs méritent de savoir ce que j'ai prévu pour ces deux-là.

J'avais peur de vous livrer ce dernier chapitre, et j'avoue que j'ai encore la frousse, parce que je sais que mon style a vachement changé. Deux ans au compteur, quand même. Veuillez donc excuser le changement de style, et les possibles trucs qui ne vont pas dans cette fin, des incohérences au niveau de l'intrigue...

Merci aussi à tous les lecteurs pour leurs commentaires, je reviens souvent les lire, ils me font chaud au cœur, me redonnent confiance en ma plume. Un auteur n'est pas toujours objectif avec ses écrits, et a du mal à voir le potentiel qu'il a. Il voit plus facilement ses défauts.

Allez, je vous dis bonne lecture. La dernière fois que je le dis, avec émotion, comme la cruche que je suis.

Amusez-vous :)


- Ca caille toujours autant.

Castiel, le visage à moitié dissimulé sous une bonne grosse écharpe chaude de couleur immonde, acquiesça vivement les paroles de sa tante. Il se demandait même pourquoi lui et Anna n'avaient pas attendu l'été pour retrouver cette bonne vieille ville qui n'avait pas changé d'un pouce. Question qui n'aurait probablement aucune réponse. Anna avait simplement tenu à revenir ici, sur les lieux qui avaient vu grandir l'imposante famille Novak. Elle avait vaguement mentionné les retrouvailles avec les casse-pieds du coin, à savoir Balthazar et Eve. Et le petit dernier, Samandriel.

Samandriel. Castiel se détendit dès que l'image des petits yeux bleus de son frère lui apparurent. Il y avait si longtemps qu'il n'avait pas vu la bouille du dernier ! Quant à Balthazar, si Anna le trouvait toujours aussi chiant avec son air de beau-gosse et ses manies à deux Ba'al, Castiel se fichait totalement de tout ça. Depuis qu'il reparlait, tout s'arrangeait progressivement. On ne pouvait pas encore évoquer l'harmonie, car de toute manière harmonie n'avait aucun sens avec l'ainé de la famille, mais les Novak ne se faisaient plus la guerre. Chacun de son côté, quelques mails et coups de téléphone, quelques moqueries à chaque fois que l'affreux film Titanic passait…une meilleure ambiance, en somme !

- Ne t'inquiète pas, à l'hôtel, ça sera beaucoup mieux ! répondit le brun, pensif.

Pensif mais paisible. Anna eut l'air de réfléchir, bien qu'on ne distinguait pas grand-chose de son visage. Echarpe solidement accrochée à son cou, bonnet indissociable de sa chevelure. Elle avait visiblement prévu la température.

- Euh, il faut que je passe quelque part. Tu m'accompagnes ? En fait, Cassie, ce n'est même pas une question. Tu m'accompagnes. Surveille les valises, j'appelle un taxi ! annonça-t-elle, son ton n'acceptant aucune protestation.

Anna obtient facilement un taxi. Pendant qu'elle murmurait la destination au chauffeur, Castiel se gratta la barbe qu'il avait laissé poussé. Ca affirmait son charme, avait-on dit dans ses précédents voyages. Le charme, certes, mais pour embrasser, que ce soit sur la joue ou autre, c'était délicat. Très délicat, surtout quand on avait une barbe qui ressemblait d'avantage à un porc-épic qu'à une vraie barbe. Anna ne s'en plaignait pas, ça voulait dire qu'elle approuvait sa mine. C'était en revanche une autre histoire pour le reste du monde.

Ils étaient jaloux de sa petite barbe, voilà tout.

- Allez Cassie, en route ! Grimpe là-dedans, le chauffeur accepte de mettre son chauffage à fond.

...

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...

De la neige partout ! Pire que l'Alaska, pourtant, on n'était qu'à la mi-novembre. Castiel regardait le paysage d'un air si émerveillé que sa tante le prit un instant pour un gamin. Elle crut même l'entendre geindre des « je veux sortir faire des bonhommes de neige ». L'effet du voyage en avion et les quelques heures de bus supplémentaires, sans doute. Elle n'était simplement pas habituée aux longs voyages, contrairement au porc-épic assis à ses côtés. Un gaillard heureux qui avait pris une bonne année de vacances pour savourer ses retrouvailles avec sa belle voix. Il en avait profité, de cette longue année. Des destinations différentes, des rencontres étonnantes, et il revenait avec un nouveau visage. Anna songea un instant à son sourire lorsqu'il était revenu définitivement, quelques semaines plus tôt, lorsqu'elle l'attendait à l'aéroport. Un sourire qui marquait la renaissance du photographe. C'était un nouvel homme qui était rentré à la maison.

- Dis, Anna, où c'est qu'on va comme ça ? demanda l'intéressé, curieux.

Castiel et ses mille questions. Rien qui ne changeait de l'ordinaire.

- Secret, je te dis !

- Anna…on va passer à l'hôtel, au moins ?

- Mais oui, c'est prévu, neveu ! J'ai juste besoin de passer ailleurs avant. C'est très urgent !

Moue non-convaincue à l'appui, Castiel retenta sa chance :

- Oh, allez, un indice ? Ce n'est quand même pas si urgent que ça !

- Question de vie ou de mort. Maintenant, tu te tais et je ne veux plus voir tes yeux de biche jusqu'à l'arrivée. Je te dirais quand les rouvrir, compris ?

Un ronchonnement ou deux plus tard, Castiel signait sa reddition et fermait les yeux, attendant avec une impatience non contenue de savoir où sa maudite tante l'amenait de force. Kidnappé par un proche, quel calvaire ! Alors qu'il pestait contre elle, Anna s'autorisa un sourire attendri.

Oh, neveu, sois pas si grognon. Je sais que ça te fera plaisir. Il le faut, sinon je te dégomme !

Et enfin, la prière de chacun fut exaucée. Le taxi se gara sans encombre tout en annonçant la destination finale. Castiel ouvrit brusquement les yeux à l'entente de l'adresse.

Oh. Ah.

Son agitation enfantine disparut brusquement alors que son cœur prenait le relai, se mettant à battre si fort qu'il eut pendant quelques instants l'impression d'être pourvu d'un cœur de hérisson. Alors qu'Anna entamait sa descente, accompagnée du taxi qui attendait déjà dehors, Castiel resta figé sur le fauteuil arrière, la gorge serrée.

- Tu viens ? demanda sa tante, grelottant dehors.

- Anna ? On est…

- Oui, je sais, Cassie, on est à cet endroit précis, mais j'ai besoin de récupérer deux trois petits trucs. Ca ne sera pas long, ne t'en fais pas. Allez, descends, je vais attraper froid si tu ne te bouges pas !

Hésitant et surtout, oh oui, surtout stressé comme un adolescent en période d'examens, Castiel mit, lentement, un pied en dehors de la voiture, puis l'autre, tandis qu'Anna admirait sa progression tout en sautillant sur place pour ne pas geler. Dès que le brun fut sorti hors de sa cachette et dès que les ordres furent donnés au taxi d'attendre leur retour sur le parking, les deux êtres se dirigèrent vers l'entrée du bâtiment. Pas beaucoup changé depuis la dernière visite, quelques un an et des semaines plus tôt. Une petite remise en peinture de la façade, un changement de poubelle et des arbres en plus.

Ils se mêlaient aux quelques passants qui longeaient le trottoir. Pour se donner contenance, Castiel inspira un bon coup, prêt à rouvrir les portes du passé. Anna dut sentir son trouble, car elle lui prit le bras et ne le quitta plus, même lorsqu'ils passèrent devant un énergumène tout à fait étrange, aux cheveux horriblement crasseux et aux vêtements tout aussi négligés. Le fils Novak déglutit en croyant se rappeler d'un nom et du visage qu'il avait probablement croisé plus d'une fois.

Mong…Mor…Marvin ? Mar…truc, en tout cas ! Ledit truc lui lança un regard à faire peur lorsqu'il passa à sa hauteur. Castiel trouva soudain une grande motivation pour avancer rapidement, au grand plaisir de sa tante.

Et enfin, le moment venu, celui que l'un attendait depuis qu'il avait échafaudé son plan tordu, et celui que l'autre redoutait tout en ne le redoutant pas tant que ça…l'arrivée dans le bureau d'accueil, devant une belle blonde occupée à répondre au téléphone. Lorsqu'elle sentit qu'on venait d'entrer, Amy leva la tête vers les inconnus et faillit lâcher son téléphone en reconnaissant les trombines présentes.

- Oh mon dieu !

Cliché, soupira intérieurement Anna. Sans doute n'était-elle pas la seule à le penser ? Amy se reprit rapidement, raccrocha gentiment le téléphone après une formule de politesse d'usage, puis s'avança vers les fantômes du passé. Elle n'eut aucun mal à reconnaitre Castiel Novak, l'un des anciens patients de son patron, un beau jeune homme qui arborait une petite barbe toute mignonne qui lui donnait un certain charme….elle s'en souvenait bien, de ce monsieur. Muet, un peu timide aux premières séances, lourd passé et surtout, familiarité bien prononcée avec le psychiatre qui l'avait pris en charge. Mais un être au grand cœur, de ce qu'Amy se rappelait. L'autre tête mit du temps à lui revenir : Anna Milton, sans doute. La sœur ou la tante de Castiel, peut-être ?

- Anna Milton, et Castiel Noval, lui confirma la rousse en tendant déjà sa main vers elle.

Amy la serra avec gentillesse et petit sourire à l'appui, suivit par Castiel. Oui, oui, elle se souvenait bien. Anna avait un peu plus changé que Castiel, d'ailleurs. Les cheveux désormais courts et plus rouges qu'avant, un air fatigué, sans doute par un long voyage…

- Je suis ravie de vous revoir, vous deux ! Ca fait au moins un an que vous n'êtes pas venus ! Alors, Mr Novak, vous vous sentez mieux ?

- Beaucoup mieux, oui.

- Et votre voix ?

- Totalement revenue ! sourit-il.

Un beau sourire, sincère et lumineux. Amy soupira de bonheur. Ca faisait plaisir de revoir des anciens patients, encore plus quand ceux-ci revenaient en bonne santé, et peut-être plus en paix avec eux-mêmes. Quand Dean saurait ça !

Dean !

Comme si elle lisait dans ses pensées, Anna intervint brusquement :

- Dîtes, j'aurais besoin de récupérer quelques documents, vous pouvez m'aider ?

Devinant probablement qu'il y avait un plan là-dessous, Amy accepta de bon cœur, se doutant bien que ce n'était qu'une excuse pour provoquer, disons, une petite rencontre hasardeuse entre deux personnes bien connues ? Elle pria Castiel de prendre un siège pendant qu'elle accompagnerait Anna dans la pièce secrète, pas si secrète que ça, qui conservait une certaine somme de documents. Pendant que le fils Novak prenait place en serrant outrageusement fort son écharpe entre ses mains, les deux femmes quittèrent l'accueil, petit sourire aux lèvres.

Un petit appel discret eut vite fait de sceller les prochaines minutes d'un certain blondinet qui, par pure coïncidence, n'avait pas de rendez-vous dans l'heure qui suivait. Oh, il grognerait peut-être un peu quand il recevrait un appel lui disant de se magner le popotin pour venir à l'accueil alors que c'était sa petite pause de café, mais croyez-le bien, cette humeur d'ours mal lavé changerait rapidement.

...

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...

Ce qui se produisit en effet. Dean Winchester, un certain paquet d'années au compteur, barbichette de deux jours plaquée sur sa tronche, ne retint pas un juron à moitié étranglé par le reste de café dans sa bouche. Il reposa sa tasse sur son bureau ordonné, intrigué, sourcils froncés. Amy et ses messages mystérieux. On le réclamait vigoureusement à l'accueil, l'affaire ne pouvait plus attendre.

Pitié, pas encore Marv…

Piqué par sa curiosité malgré tout, et sachant que s'il ne rappliquait pas dans la minute, sa secrétaire irait le chercher par la peau de son délicat postérieur, Dean prit quand même sur lui, et partit au pas, prenant bien le temps de déambuler dans les couloirs qui avaient été repeints. En jaune, pour couronner le tout. Il compta quelques soixante sept pas pour arriver de son bureau à l'accueil, car depuis qu'il avait déménagé de bureau, le trajet était plus court. Il dut arrêter de penser au passé et à son beau bureau éclairé par une énorme fenêtre, car l'heure du devoir arrivait, encore.

Il n'y avait qu'une seule personne qui attendait à l'accueil, Amy avait disparu dans les confins des locaux privés, et l'apparent client lui tournait le dos, assis sur un fauteuil confortable qui avait accueilli un certain nombre de clients endormis. Peut-être que le visiteur avait connu le même sort et se reposait à présent ?

Non. A en juger par sa posture, il était bien réveillé, mais probablement pensif. Dean nota sa tignasse qui se voulait discipliner, mais, fin connaisseur en la matière, il devina que cette belle chevelure était indomptable.

- Excusez-moi, monsieur ? Vous vouliez me voir ?

Sursaut d'un côté. Retournement brusque du même côté. Sursaut de l'autre côté. Les deux regards s'accrochèrent instantanément.

Oh bordel.

- Castiel ?

- Dean ?

- Castiel ! Mais…mais…

Le visage de Dean se figea dans une expression…quelque peu comique. Un poisson rouge avec de gros yeux luisants et une bouche un peu trop vivace qui alternait entre deux formes géométriques, le tout donnant un résultat peu ragoûtant. Cela ne dura que le temps de la surprise, car Dean reprit enfin contenance, à moitié honteux d'offrir un tel spectacle à cet homme qu'il prit un instant pour un mirage, ou un fantôme.

Pas moche, le fantôme. Voire même très agréable à regarder.

- Dean, je…bonjour, déjà ! toussota Castiel, gêné.

Il ne savait quelle attitude adopter, comment se comporter, quel ton employer…et opta pour la politesse de base, tendant sa main vers son ancien psychiatre, celui avec qui il avait partagé jusqu'au recoin sombre et torturé de son âme. Dean, tout aussi gêné que lui, répondit à son geste avec une main quelque peu molle.

Un frisson, un tout petit frisson lorsque les mains se lièrent brièvement. L'un et l'autre n'osèrent pas bouger, chacun testant en secret la folle théorie commune : y avait-il un fantôme qui se cachait parmi eux ? La moiteur des mains leur confirma que non, la théorie ne tenait pas debout, à moins que les règles concernant les fantômes aient changé ?

Toussotement à gauche, toussotement à droite, les mains toujours serrées, que dis-je, entrelacées ! Le grand Winchester fut le premier à se résoudre à revenir au beau monde :

- Castiel, je ne m'y attendais pas, pas du tout ! Que, qu'est-ce que tu, vous…tu fais là ?

- Ma tante m'a amené ici, je ne pensais pas…je suis heureux de te revoir, Dean.

- Bah…ah, je comprends mieux pourquoi ma secrétaire a disparu ! Moi aussi, Castiel, je…ça fait du bien de te revoir, eut-il l'air d'hésiter un moment.

Il ne songea même pas à demander à récupérer sa pauvre main. Castiel non plus, à vrai dire, trop occupé à contempler l'homme qui lui faisait face. Il ne trouva rien à lui dire, était-ce par gêne ? Non. Ils avaient partagé un baiser, avaient partagé la douleur et la joie commune, une histoire bien étrange et pleine de rebondissements, s'étaient quittés en assez bon terme. Non, ce n'était plus de la gêne. Avait-il besoin de dire quelque chose à cet homme qui avait encore grandi ? Il avait mûri, ce féru de tartes. Un air plus sérieux, un peu fatigué par la somme de son travail. Il avait aussi un nouveau charme aux yeux du photographe.

Non, ce n'est pas une honte de l'avouer. N'est-ce pas ?

- Je ne pensais pas que tu reviendrais ici, à vrai dire. Ni maintenant, ni jamais. D'après ce que j'ai compris, tu voulais t'engager dans un long voyage loin de cette ville ! s'informa Dean, le tout sans retirer sa main.

Le contact était bien trop paisible et doux pour ça.

- Je devais revenir plus tard, mais je voulais aussi revoir Anna, et le reste de ma famille. Ils sont ici pour quelques semaines, pour leurs vacances. Ca ne me dérange pas forcément, ne le prends pas mal, mais je crois que ta main va se noyer…

- Hein ? Oh !

Saisissant les paroles de Castiel, Dean retira vite sa main en pestant contre ses propres réactions. En effet, sa peau était aussi moite que s'il était sorti d'une douche. Gêné, il toussota avant de reprendre la conversation.

- Et, donc, t'es parti où ?

- Je m'en tiens à l'Amérique pour le moment, j'attends encore un peu pour l'Europe. J'ai rencontré des personnes magnifiques au Mexique, tu sais ? Je pourrais en parler pendant des heures !

- Eh, Cas', attention à ta voix, quand même !

Cas'. Merde. Bordel ! Piquer des fards n'était pas dans les habitudes de ce cher psychiatre, mais cette fois, Dean ne put s'en empêcher. Et voilà qu'il reprenait les mauvaises habitudes ! Contrairement à ce qu'il pensait, le surnom ne dérangea pas son interlocuteur. Ca lui donna même un beau petit sourire attendri !

- Tout va bien, Dean. Tout va bien. Tu…tu attends peut-être un patient ? osa-t-il demander.

Sous-entendu dont la signification n'échappa même pas au Winchester qui comprit quasi-instantanément. Castiel accepterait volontiers de poursuivre leur conversation malgré le léger malaise du début. Hélas, Amy lui avait collé un rendez-vous à l'heure suivante qui, d'ailleurs, approchait à grands pas. Soupir.

Il reprit avec attention chaque case horaire qu'il lui restait dans la journée, une longue plage horaire qui lui permettrait de bavarder avec Castiel, et se replonger un peu dans son regard vif et heureux, enfin. La réponse vint en peu de temps, évidente et embarrassante à la fois. Bon, personne ne l'attendait à la maison, ça en valait la peine, mais est-ce que Castiel accepterait ?

Il tenta le tout pour le tout, prêt à recevoir une gifle ou un refus.

- J'ai encore deux rendez-vous qui se suivent jusqu'à ce soir, mais après, je suis libre. Je veux dire, je n'ai plus de patient ! Alors si tu veux venir à la maison, oh pas longtemps bien sûr, tu restes le temps que tu veux ! Qu'on puisse parler un peu, que je sache ce que tu deviens, comment tu vas…enfin, la routine entre potes, quoi !

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...

- Dépêche-toi, Cassie, tu ne voudrais pas être en retard pour ce rendez-vous avec Dean ! Et ne t'assieds pas dans l'herbe, tu vas salir ton pantalon ! recommanda Anna, guettant les moindres faits et gestes de son neveu.

Il n'y avait aucune différence entre une tante et une mère, songeait ce dernier tout en baissant le regard. Il lança un regard d'excuse à la tombe qui se trouvait devant lui. Naomi et Anna ne se ressemblaient pas physiquement, mais il y avait quand même quelques petits points communs au niveau du comportement.

Mauvaise blague, pardon m'man !

Il resta là, planté devant la tombe de sa mère qu'il avait tenu à fleurir à nouveau avant le rendez-vous du soir. Rien que d'y repenser, son cœur lui jouait à nouveau des tours. Quel crétin d'avoir accepté !

Relax, Cassie ! Il a dit ça pour savoir comment allait son pote, c'est tout. Son pote, tu parles, ouais ! C'est plus qu'un pote, bon sang !

- Tu veux que je retourne à la voiture ? l'interrompit sa tante dans ses tergiversions torturées.

- Non. Je ne reste pas longtemps, tu sais. Je voulais juste lui dire que je pense encore à elle, et que je suis désolé.

- Elle sait tout ça, Cassie. Elle sait aussi que ce n'est pas de ta faute, tout ce qui est arrivé. Concours de circonstances, c'est tombé sur notre famille. C'est pas une malédiction.

- Je sais, Anna. C'est juste que…je me sens encore un peu coupable, parfois. Je n'ai pas arrangé les choses. Au moins, maintenant, elle est bien. Elle est avec Meg, avec papa…de toute manière, elle n'aimait pas qu'il s'en aille trop longtemps.

- Ah, ça ! Tes parents faisaient la paire ! Encore plus chiants quand ils étaient tous les deux !

- Anna !

Malgré cette petite boutade, Castiel eut un sourire en se rendant compte qu'effectivement, les parents Novak pouvaient devenir des vrais diables lorsqu'ils s'y mettaient tous les deux. C'était aussi pour ça qu'ils s'accordaient aussi bien. L'un sérieux, l'autre tout le contraire. A présent ils reposaient ensemble, avec Meg. Castiel se tourna vers l'autre tombe qui siégeait aux côtés de celles de ses parents. Meg ne dormait pas toute seule, elle accompagnait les Novak.

Tu me manques, petite Meg, toi et ton humour de dingue, toi et tes gros mots…

- Je vais les laisser s'en aller, annonça-t-il à haute voix, soudainement, après un petit temps de recueillement.

Anna se contenta d'acquiescer, baissa la tête quelques instants, puis, doucement, prit la main de son neveu, comme pour l'encourager et lui donner de la force. Qu'il puisse enfin s'exprimer et retrouver la paix intérieure la remplit de joie. Enfin, son petit Cassie respirait la vie à pleins poumons. Il ne lui manquait à présent plus qu'une petite, minuscule étape à franchir. Et pour cela, pas de miracle, il fallait juste une voiture, une adresse précise, un entretien privé sans elle car elle serait occupée à rendre visite aux Novak qui ne manquaient de rien, un cadeau pour ne pas arriver les mains vides, et le courage d'avouer quelques mots à haute voix.

Bon, d'accord. Ca, c'était plus dur.

...

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...

Première constatation de la soirée : la maison de Dean avait beaucoup changé. Tout ça pour quoi ? Le psychiatre avait opté pour une maison plus petite, plus modeste, pas loin de son ancienne habitation pour ne pas taper trop d'essence pour rendre visite au reste de son clan.

Deuxième constatation, celle à laquelle Castiel eut du mal à y croire quand, au simple détour d'une question, Dean lui avait répondu :

- Tu sais, Lisa et moi…voilà quoi, on a pas pu recoller les morceaux. Elle a accepté notre histoire, mais elle ne voulait plus de moi après ton départ. J'ai essayé, tu sais, je lui ai même écrit toutes les raisons pour lesquelles elle pouvait me garder, mais non. Un divorce, t'imagines, Cas' ? Quand je me suis marié avec Lisa, je ne pensais pas du tout à cette fin-là pour nous. Du coup, on ne vit plus ensemble. Elle me laisse venir à la maison quand je veux, du moment que je préviens et que je ne piétine pas sa vie privée…

Castiel n'osa souffler mot, par gêne ou par respect, car il sentait l'émotion dans la voix de Dean. Qui n'en aurait pas eu ? Restait néanmoins une question.

- Je me souviens que Lisa était enceinte. Est-ce que…

- Ah, oui ! J'aurais dû commencer par ça ! Il s'appelle Benjamin, et Lisa dit qu'il commence déjà me ressembler. Je ne sais pas si elle se moque de moi, en fait…

Dean s'en alla chercher une photo récente de son petit gars, photo qu'il finit par prendre de son frigo, puis la tendit à son ancien patient, lequel sentit ses yeux briller devant la bouille du dernier Winchester. Un beau petit garçon, en effet ! Avec un sacré paquet de cheveux sur la tête, déjà !

- Ton fils est vraiment mignon, tu sais ? Tu peux le voir quand tu veux, si j'ai bien compris ?

- Ouais, monsieur ! Je préfère qu'il reste avec sa mère pour le moment, entre le travail et tout ça…c'est mieux, même pour Lisa, elle préfère le surveiller de près. On avisera quand Ben grandira. Et si Lisa retrouve quelqu'un, bah, faudra voir aussi comment on s'arrangera…

Sentant le surplus d'émotions de Dean, Castiel ne sut comment réagir, et posa instinctivement sa main sur celle du divorcé. Cela lui fit apparemment un bien fou, car Dean se détendit sur sa place de canapé. Heureusement que le repas était terminé depuis une demi-heure !

Repas simple qui accompagnait la conversation des deux hommes. Ils avaient parlé de la dernière année, Castiel avait déclaré sa flamme au Mexique, littéralement. Dean l'avait écouté et, au fur et à mesure du récit, avait senti un pincement bien familier à son cœur : ça y est, il retombait sous le charme du photographe…

La poisse !

- Et toi, Cas' ? T'as rencontré ton âme-sœur ? osa-t-il demander, main toujours recouverte par celle de son interlocuteur.

- Hum…pas vraiment. En fait…je ne sais pas si…

Castiel s'arrêta, n'osa pas aller plus loin, prit le temps de la réflexion, pesa le pour et le contre. Non. Pas question. Pour qui se prenait-il ? Et puis, de toute manière, ils étaient là, entre potes.

Tu te la fermes, Cassie, c'est toi le responsable, alors tu la boucles !

Devant l'hésitation du brun, Dean dut craindre le pire. Et bah voilà, il avait passé son tour, avait raté son unique chance. Il n'avait plus qu'à grommeler dans son coin et espérer le meilleur pour son ancien patient !

- Félicitations, marmonna-t-il presque.

- Non, Dean ! Je ne voulais pas dire que j'avais…trouvé l'âme-sœur !

- Cool ! Non, enfin, si, mais…

Là c'est gênant, pensèrent-ils en chœur.

- Cas', aide-moi, c'est vraiment embarrassant !

- Bon, je peux essayer. Quand tu dis que c'est cool, tu…tu dis que c'est bien pour moi de ne pas avoir d'âme-sœur ?

- Nan, pas ça ! Pas dans ce sens. Cas' ! Non, oublie ce que je viens de dire. J'ai trop bu, je crois, tenta-t-il de s'en sortir.

Castiel, pas dupe pour un sous, jeta un regard entendu aux malheureuses cannettes de coca qui trainaient encore sur la table où ils avaient partagé leur repas. Mouais…

- Tu as peut-être abusé de coca, en effet, Dean !

- Y avait peut-être de l'alcool dedans, souffla l'autre, gêné.

Aucune issue, cette fois, il était fichu. Un silence encore plus embarrassant fit son apparition. Les deux hommes ne regrettèrent soudain plus la télévision qui passait une émission, au passage totalement ridicule cette émission. Au moins, le silence ne durait pas longtemps. Jusqu'à ce que l'un d'eux prenne la télécommande posée à côté du restant de glace qui trainait dans un malheureux petit bol, et éteigne la télévision.

Castiel se redressa sur ses coussins moelleux, avala l'air qui passait, prit une gorgée de plus de coca pour se donner les ailes et le courage, se gratta quand même la gorge, toussota pour la forme, puis se lança, le tout en un temps record :

- Je crois que j'ai trouvé mon âme-sœur, en fait…

Merde.

- Tu la connais.

Megan, sa fiancée, évidemment.

- Tu la connais même très bien.

Pfff, je cause pas aux morts, moi. Je me souviens d'elle, mais je ne sais pas quel est le son de sa voix.

- Je, je ne sais pas trop comment le dire...

Ferme-là alors, Cas', parce que là je vais chialer comme une fille.

- Ne te mets pas en colère, je sais que je suis responsable, je sais que c'est moi qui ais merdé, totalement merdé. Tu me connais…

Ah ça oui, Cas', ah ça oui.

- Je fais des choix stupides, parce que j'ai un raisonnement stupide, parce que je ne vois pas ce qui est visible…

Tu me perds, là. Abrège, s'il te plaît, c'est de la torture !

- Je crois que c'est toi. Je crois que, après réflexion, tu pourrais correspondre à ce qu'on appelle âme-sœur. Et je crois que je suis bête, bête parce que j'ai refusé ton amitié, et ton amour, quand tu voulais me le donner. Tu avais Lisa, et votre bébé à venir, tu avais une belle vie et une famille à construire. Moi, en comparaison, je croyais que je n'apportais que le malheur. Je ne parlais pas, j'étais chiant, je n'étais pas bien. J'ai peut-être tout gâché, j'en suis désolé, je sais qu'on ne reviendra pas en arrière et je comprends que tu…

Le reste de sa phrase fut avalée par quelque chose de chaud, doux, et moins doux au bout de quelques secondes, en vérité. Des lèvres fougueuses l'empêchaient à présent de finir son monologue. Les lèvres de Dean.

Fougueuses, amoureuses, soulagées, aimantes. L'état de Dean en ce moment. Celui de Castiel quand son cerveau se réveilla. Ses mains se posèrent sur la nuque du blond, agilement, effleurant au passage sa peau frissonnante, comme si elles en connaissaient le chemin par cœur.

FIN


Je ne sais pas quoi dire, pour clôturer le tout. C'était ma dernière publication sur ce site, et ça fait de l'émotion, quand même!

Merci encore pour vos encouragements et vos reviews, merci d'avoir partagé cette aventure avec moi. Souvenez-vous, ça ne devait durer que sur six chapitres au début, voyez où nous en sommes arrivés, vous et moi. Ce n'est peut-être pas la fin attendue, ce qu'ils vont advenir, je vous laisse l'imaginer, je sais que vous en avez, de l'imagination :)

This is the goodbye.