Bonjour ! Voilà un nouvel OS qui est la raison pour laquelle je prends plus de temps que prévu sur Entre le soleil et la lune, je l'avais dans la tête depuis une semaine et la seule solution était d'écrire ! Du coup, voici un OS doccubus en deux parties, inspiré par la série Wentworth que je recommande chaudement. Pour les connaisseurs, vous reconnaîtrez peut-être les figures de Bridget et Franky (mais pas trop non plus). Sinon merci chaudement à tout les nouveaux et anciens lecteurs, silencieux ou pas, vous faites partis du plaisir d'écriture (ça se dit ?) ! Bref bonne lecture !
Un petit commentaire en passant… ?
PS : merci à ma bêta ! Sans toi, pff, je n'ose même pas y penser.
Si seulement…
(part 1)
Les murs de la prison étaient blancs. Blanc cassé certes mais blancs. Dans une prison. Alors pour être spécifique, ces murs étaient ceux d'une cellule d'isolement. Peut-être que les murs changeaient de couleur à l'extérieur. Après tout, on pouvait imaginer que la personne ayant conçu ces murs avait longuement réfléchi avant d'agir. Les murs devaient bien être aussi blancs pour une raison… des murs blancs dans une prison. Un effet d'optique peut-être ? La création d'une ambiance particulière ? Un test psychologique ? En tout cas, cela rappelait l'asile psychiatrique. Une pensée assez lugubre à avoir dans un lieu où l'occupant est censé trouver la paix intérieure… ou pas. C'était sans doute le but finalement. L'homme, ou la femme, qui avait eu cette brillante idée s'était certainement dit : « les murs blancs aideront à les rendre fous. Après tout, ils ne sont bons à rien. Des criminels. Des rejets de la société. Étant donné qu'ils ne sortiront pas, autant les rendre fous. Avec des murs blancs. Dans une prison. ».
Bo était plutôt fière d'elle. À peine trois jours passés au trou, la brune avait déjà trouvé la réponse ultime à une question existentielle… Enfin assez importante pour que Bo ne s'éclate pas la tête contre ces putains de murs blancs ! Encore vingt-quatre heures dans cette taule est je joue à Picasso ! Non mais sérieusement ! J'ouvre les yeux et je vois du blanc, je les ferme et je vois du blanc ! Ils veulent que je vois la Lumière ou quoi ! De tout façon, il est moche ce blanc ! Un coup il est crade et puis tu tournes la tête et là il est brillant ! Encore un tour sur toi-même et tu as l'impression d'être au Pôle Nord ! Putain de merde ! Tout ça pour un malheureux pain dans la malheureuse gueule de l'infirmière ! Franchement, j'y suis pour rien moi ! Madame me demande de baisser le pantalon pour des exams, ok ! Madame m'écarte les jambes pour ce dit exam, ok ! Par contre, Madame me touche mon vagin sans permission, pas ok ! Honnêtement elle avait juste à me demander… Je suis pas SI difficile que ça. Par contre je risque de prendre cher. Déjà que la directrice pouvait pas trop me saquer. Et Kenzi… non finalement je vais rester ici. J'aime bien le blanc. C'est joli le blanc. C'est pas comme le noir. C'est…
— DENNIS !
Bo sursauta et lâcha sa cuillère qui tomba sur le sol. Le garde qui avait crié se tenait à la porte. Il la fixait impassiblement, attendant certainement… quelque chose. Mais Bo n'avait pas entendu d'autre voix que la sienne depuis trois jours et cela se traduisait en un corps tétanisé et une bouche grande ouverte.
— T'es libre Dennis. Apparemment le viol est interdit en prison. La directrice veut te voir avant que tu ne retournes à ta cellule.
— …
— Dennis ?
— …
— Ne m'oblige pas à faire un pas Dennis.
— …
— DENNIS !
— Oui chef ! Oui chef ! Sortir ! Directrice ! Oui chef !
Vex sourit discrètement. Il n'était pas un gentil maton, il n'était pas serviable ou compatissant mais il aimait observer. Et l'être humain ne pouvait que s'arrêter et contempler la beauté qu'était Bo Dennis. Mais au bout de deux ans, Vex se surprenait à chercher plus que la simple apparence de cette prisonnière. À la fois violente et justicière, dragueuse et intouchable… Bo fascinait les gens qui l'entouraient et souvent, comme pour ces idiots de papillons, la lumière était trop intense. C'était le cas de l'infirmière Jeanne Moripes. Des semaines et des semaines à fantasmer sur une prisonnière et soudainement elle se tenait là, à portée de main. Vex pouvait très bien imaginer le besoin viscéral de toucher, de posséder cet interdit. Il y avait goûté lui aussi.
Ils arrivèrent devant la porte de la directrice, quelques minutes plus tard. Bo n'avait pas dit un seul mot. Vex toqua deux fois.
— Entrez.
— Bo Dennis pour vous servir patronne !
— Merci Vex. Et je vous ai déjà dit de ne pas m'appeler ainsi ! Asseyez vous Isabeau.
— Bo.
— Ah oui, c'est vrai. Vous préférez votre surnom à votre prénom. Merci Vex, vous pouvez retourner au bloc C.
— Bien Madame.
— Alors Bo… comment vous sentez-vous ?
— …
— Tout d'abord, sachez que je suis désolée pour ne pas vous avoir cru et de vous avoir placer en isolement. Je dois avouer que ce qui s'est passé a remis en question pas mal de choses ici. Mademoiselle Moripes a été arrêtée avant-hier pour tentative de viol après examen des vidéos de sécurité par la police.
— Pourquoi je ne sors qu'aujourd'hui ?
— Il a fallu calmer les ardeurs de certaines prisonnières. Vos amis sont très loyaux et ont tendance à laisser leurs poings parler pour eux…
— Si vous m'aviez écoutée…
— Je sais Bo ! Je sais. Je suis désolée vraiment. Je vous promets que je ne laisserai plus ce genre d'événements prendre place dans ma prison. J'ai même déjà une idée pour la remplaçante de Moripes.
— Ok… je peux partir ?
— Avant je souhaiterais parler un instant du temps qu'il vous reste à faire ici et bien sûr de votre liberté conditionnelle.
Bo ne pût s'empêcher d'ouvrir la bouche de stupeur. Officiellement, elle avait encore un an et demi devant elle mais son avocat lui avait écrit, expliquant que son comportement ainsi que sa formation acquise en ligne pourrait aider une sortie avancée. Mais Bo n'y croyait pas réellement. La jeune femme s'était faite à l'idée de ces années gâchées. Elle ne tremblait pas face à la perspective d'une nouvelle journée en prison, elle ne craignait pas le travail ou la solitude. Sa famille lui manquait, sa meilleure amie en particulier. Mais Bo avait commis un crime et elle devait payer pour cela. Peu importe que son avocat lui dise que ce n'était qu'un acte de défense, pour sauver Kenzi. Un accident. Un geste violent mais qui ne cherchait pas à tuer. Bo se souvenait davantage des larmes de Kenzi que du sang sur le plancher. Nate, la victime, était un bon vivant, un jeune homme gentil, un artiste doué mais il avait la boisson mauvaise et un certain bagage. Bo avait appris très tard les conditions dans lesquelles vivait sa meilleure amie. Kenzi pensait pouvoir sauver l'homme qu'elle aimait. Bo travaillait souvent de nuit et ne voyait son amie que le dimanche et encore… Mais parfois la vie prend les choses en main et un week-end d'anniversaire, un verre de trop, une insulte de plus, Bo n'avait pas supporté. Nate levait sa main une seconde fois pour frapper Kenzi quand Isabeau l'avait violemment poussé en arrière. Sa tête avait heurté un coin de table en tombant : hémorragie interne, les secours n'avaient rien pu faire.
Condamnée à 4 ans de prison ferme, Bo avait tout connu, ou presque, en prison. Un an après son arrivée, elle était devenue top dog, l'alpha des prisonnières. Ainsi la jeune femme s'était installée dans un quotidien fait de stress, de choix difficiles et de quelques éclats de rire. Elle en venait à se demander si le monde extérieur ne serait pas plus compliquer à gérer que la prison. Mais Kenzi venait la voir une fois par semaine, un sourire au lèvre et une supplique dans la voix « Je t'attends. Rappelle toi que je t'attends. » Alors Bo se souvenait de ce que pouvait être l'extérieur et l'envie de se battre revenait. L'incident avec l'infirmière avait été comme une chute pour Bo. Elle qui essayait d'être le moins violente possible, la jeune femme s'était sentie tel une camée. Le sang qui coulait, la colère qui s'enflammait dans ses veines. La prison était une leçon. Bo avait appris puis expérimenté l'expression « voir rouge ». L'isolement l'avait convaincue qu'elle n'était pas prête pour la vie à l'extérieur de la jungle.
— Bo ?
— Pardon. Euh… mon avocat a dit que je pouvais avoir quelques mois en moins mais…
— En fait, le juge a sous estimé votre travail dans la prison. Vous avez aidé les arrivants à s'établir, vous avez créé un code à respecter entre blocs…
— Il existait avant que je ne sois emprisonnée. C'est juste une question de respect.
— Bo. Il n'y a pas de honte à assumer votre statut de leader. Les femmes vous écoutent, vous avez gagné leur confiance et c'est à vous que je dois la baisse du nombre d'incidents. Si rien n'est parfait, au moins il y a un cessez-le-feu entre les prisonnières et les gardes qui a commencé à votre arrivée et qui continue aujourd'hui.
— Et pourtant, l'un de vos employés a essayé de me violer.
— Bo… Écoutez, il est évident que vous êtes encore en colère et je comprends parfaitement. Je vous laisse retourner à votre bloc. Mais pensez-y Bo. Vous êtes plus proche de la sortie que vous semblez le penser. Ne rater pas cette occasion. Elles sont rare Bo je vous l'assure.
— Merci, directrice.
— Au revoir Isabeau.
Le retour à sa cellule fut court et silencieux. Les prisonnières étaient couchées ou finissaient leurs dernières tâches sous surveillance. Dans quelques heures, Bo devrait avec son équipe, préparer le déjeuner. Elle s'allongea dans son lit et essaya de relaxer son corps. Elle regardait les photos de Kenzi, de Trick et même de sa mère. Aife souriait à la caméra en tenant contre sa poitrine un bébé de cinq mois tout au plus. Bo conservait cette photo en souvenir de ce qu'elle n'avait pas connu mais qui avait existé. Une mère heureuse et épanouie. Un enfant innocent et serein. Mais l'image qui l'aidait réellement à passer ses nuits était un dessin au crayon de papier de sa meilleure amie. Un arbre gigantesque qui étendait ses branches jusqu'au bord de la feuille. Certes les couleurs manquaient, pourtant Bo voyageait avec la beauté des lignes, comme si la nature était à portée de main. Cet arbre lui rappelait l'Irlande, ou du moins l'Irlande que lui racontait son grand-père. Lorsque les cauchemars se faisaient trop nombreux ou hideux, la jeune femme imaginait les créatures des forêts venir à son secours. Cela aidait parfois à passer quelques heures en paix et à reposer son esprit. Kenzi n'était pas irlandaise. Mais elle possédait le cœur d'une guerrière celte : forte, loyale, sans peur et aimante. Le soleil réveilla en douceur Bo. Une nouvelle journée. Elle entendait déjà Tamsin et Evony se chamailler derrière sa porte :
— Je te dis qu'elle est rentrée hier soir !
— Je te dis de la fermer !
— Mais j'ai raison !
— Mais on s'en fout !
— LES FILLES !
— Oups…
— Je vais te balancer.
— Oh ta gueule.
Bo observa devant elle ses deux acolytes se regarder en chien de fayence. Tamsin, les bras croisés levait déjà les yeux au ciel alors qu'Evony soupirait d'impatience.
— Evony a raison Tam, ils m'ont laissée sortir hier dans la nuit.
— Ah ah !
— Pff !
— Bon ça va ! Comment tu te sens Bo ? Ça a pas été trop dur ?
— « Oh un délice venu tout droit du paradis ma chère amie ! » ! Non mais tu t'entends Tamsin ? Bien sûr que c'était horrible ! Toi et tes questions stupides.
— …En fait, tu cherches à mourir aujourd'hui.
— Hein ?
— Tu veux que je te tabasse et t'osais pas me le dire ?! Mais viens là bourgeoise, on va discuter !
— LES FILLES ! Je suis un peu fatiguée. Il faut qu'on aille en cuisine. Et d'ailleurs où sont les autres ?
— Parties avec Dyson, il a dit qu'il reviendrait nous chercher.
— Ton ex peut être si gentil !
— Oh la ferme Tamsin. J'espère que vous avez pas foutu le bordel toute les deux !
— Mais pas du tout.
— Jamais.
— …
— Tu aurais pu m'appeler quand même. Je t'aurais tenu chaud.
— Et c'est reparti…
— Evony ! Tamsin, on en a déjà parlé, le sexe c'est bien quand c'est court et imprévu. On a couché ensemble…
— Plusieurs fois.
— Mais ! Je préfère que mon bras droit reste à sa place. ET puis ne croyez pas que je suis aveugle toutes les deux !
— …
— …
— Ouais, c'est ça fuyez !
La cantine était encore déserte à cette heure. Quelques filles passaient le balai et la serpillière. Tamsin et Evony s'occupaient avec les caisses de légumes alors que Bo comptabilisait ce qui restait de comestible dans le frigo. Ce n'était pas un hôtel 4 étoiles mais la jeune femme se sentait plutôt fière de ce qu'elles pouvaient sortir des fourneaux. Evony en particulier faisait très bien la cuisine… des repas de prison, certes, mais au moins personne ne finissait aux toilettes. Bo observait aussi du coin de l'œil Dyson qui surveillait les deux salles. Ces derniers jours avaient été un peu… difficiles pour tous les deux. La brune avait entendu les soupirs d'amant oublié et Dyson avait essayé de l'approcher une ou deux fois. Mais la prisonnière n'était pas intéressée. S'il existait réellement une chance pour elle de sortir, elle devait tenir sa promesse et rejoindre Kenzi. Bo entendit du verre se briser dans la cuisine. Evony se tenait face aux fourneaux, une main au dessus de la plaque chauffante. Rainer, le second garde, murmurait à son oreille tout en lui faisant une clé de bras. Cet homme représentait tout ce que Bo haïssait chez un homme : la cruauté du pouvoir. Ce sentiment de se croire supérieur à un autre être humain… Pourquoi ? De plus gros muscles, plus d'argent, plus de droits… Bo le détestait.
— Hey !
— Bo ! Ouch !
— Reste où tu es toi. Donc j'attends toujours prisonnière.
— Va te faire foutre Rainer ! Aïe !
— Rainer ! Laisse la tranquille !
— Tu vas t'excuser ou pas conasse !
— Mon bras ! Mon bras !
— Evony !
— Toi tu fermes ta gueule Taz-mania !
Bo n'attendit pas une seule seconde avant de prendre au cou Rainer. Elle le coucha au sol et serra sa prise. Rainer lui donnait des coups de coude dans les côtes mais la jeune femme préférait serrer les dents plutôt que de lâcher prise.
— Bo ! Lâche-le ! Tout de suite !
C'était Dyson. Isabeau savait qu'elle ne pouvait faire autrement que d'obéir. Avec un peu de chance, son ancien amant avait vu toute la scène. Rainer la frappa une dernière fois avant de rouler sur le côté en toussant.
— Ça va Evony ?
— Yep… Merci Dyson.
— Lève-toi Bo.
— Il allait lui casser le bras et lui brûler la main !
— Je sais ! J'ai vu. Je vais m'occuper de lui.
— Tu vas prévenir la directrice ?
— …
— Dyson ! Il ne fait que nous provoquer pour nous envoyer en cellule d'isolement ou pire !
— Evony l'a provoqué la première.
— Je lui ai demandé qu'il arrête de me fixer avec son regard de pervers.
— Il est fort possible que tu n'arranges pas ton cas là.
— Merde Tamsin.
— STOP ! Bo retourne à ton bloc, les filles géreront seules la cuisine pour aujourd'hui. Rainer va à l'infirmerie. Je te rejoins.
— Mais…
— MAINTENANT !
Dix minutes plus tard, Bo et Dyson étaient assis face à face. La brune espérait un miracle pourtant elle reconnaissait que l'attraction, la tendresse même de leur ancienne relation, était toujours présente. Il fallut quelques secondes supplémentaires avant de se lancer, puis Bo ferma les yeux pendant que le garde prêchait son amour et sa patience. Il était prêt à tout. Il croyait en leur couple. Ils pouvaient avoir une vie à l'extérieur. La jeune femme avait bu ces paroles au début, elle avait placé espoir et sentiment dans cet homme. Mais la prison est une épreuve quotidienne. Bo avait gravi les échelons tout en pourrissant de l'intérieur. Elle était top dog. Elle se sentait pourtant comme la dernière des putes. Dyson n'avait pas pu l'aider. Seule Kenzi avait réussi à l'atteindre et encore… Bo envisageait ses résolutions comme des rochers en mer : toujours présent mais rongés petit à petit. Non pas cette fois ! Pour Kenzi, pour moi ! Cette fois je me bats ! Dyson commençait à se lasser de son silence. Bo se sentait partagée malgré le fait qu'elle avait déjà tout dit. Non. Non, Dyson. Cela aurait dû suffire mais le garde était persistant… Bo l'avait aimé pour cela.
— Bo… comme tu voudras. Promets moi qu'on en reparlera, ok ? Tu vas bientôt sortir et on pourrait vraiment…
— Je veux rejoindre mes filles Dyson. Elles n'ont pas à se taper tout le boulot sous prétexte que tu ne sais pas accepter un refus catégorique.
— Tu as raison. Je suis désolé. C'est juste que je ne comprends pas Bo !
— Je sais. Mais c'est mon choix. S'il te plaît je veux retourner en cuisine.
— Ok. Je parlerai à Rainer, il changera d'attitude.
— Je crois pas non. Salut.
— On se voit au comptage.
Une semaine plus tard, une nouvelle rumeur enflammait la prison. Une célébrité viendrait travailler pendant quelques temps avec les prisonnières. Certains parlaient de caméras, d'autres d'artistes hollywoodiens, les plus extrêmes se persuadaient qu'il s'agissait du président. Peu importe pour Bo. Elle avait de nouveau discuté avec la directrice qui lui avait annoncé deux choses : le juge s'était décidé pour une date au tribunal et Bo devait se présenter avec un discours et un rapport psychologique positif… Autrement la jeune femme était au bord de l'implosion malgré la joie de sa meilleure amie et des encouragements du bloc. Bo se sentait… faible face à ce jeu de théâtre. Elle devait jouer un rôle, mais comment convaincre son public ? La jeune femme avait justement rendez-vous avec la directrice qui souhaitait lui présenter la « personne qui t'accompagnera dans tes démarches ». Bo ne craignait pas la partie administrative de la procédure alors l'idée d'avoir quelqu'un dans son dos pendant les prochains mois ne l'enchantait pas. Du tout.
— Je te dis que c'est la ministre de l'intérieur !
— Bien sûr, bien sûr… et moi je suis la sœur de Lady Gaga.
— Pourquoi tu ne me… je savais pas que tu étais une fan de Gaga.
— Hein !? Mais non ! C'est un exemple !
— Rho comment je t'ai grillé la marquise !
— Je vais te trancher la gorge cette nuit.
— Quel crétin annonce son crime à sa victime ?
— T'as jamais entendu parler du Zodiac ?
— Et bien justement dans le film…
— Les filles !
— Hey sexy !
— … sérieusement ?
— Je sais, je sais Evony : tu aurais voulu que ce soit toi.
— Je… !
— Nan mais oh ! ça va devenir un sport national ou on peut avoir une conversation normale !
— Madame s'est levée du mauvais pied ?
— Non Tamsin, par contre, madame n'a pas pu dormir parce que certaines ont joué au kamasutra toute la nuit !
— …
— …
— Je t'avais dit d'utiliser l'oreiller…
— Evony !
— Bref ! C'est quoi cette histoire de ministre ?
— Apparemment il y a une nouvelle dans le bâtiment et c'est une star !
— Un garde ?
— Nope ! Elle est arrivée dans le bureau de la directrice à la fraîche ce matin et elle y est encore !
— …Et ?
— Bah il en faut peu en prison.
— Ok bye.
— Bo !
— Si tu la croise demande un autographe !
— Ou une photo de ses seins !
— Tamsin !
— Bah quoi ?
Isabeau attendait patiemment d'être invitée dans le bureau. Elle était en avance mais le maton en charge l'aimait bien et l'avait laissée passer. Il était bientôt midi mais la brune avait l'impression d'attendre depuis des heures. En réalité, elle soupçonnait que la personne occupant toute l'attention de la directrice avait un lien avec son procès. Bo espérait qu'elle n'aurait pas à subir les remontrances ou grand discours moral d'un bon samaritain en manque d'activité. Enfin la porte s'ouvrit :
— Ah Bo ! Entrez, entrez ! Désolée pour le retard, je… ah mais non je suis à l'heure ! Vous étiez à ce point impatiente de rencontrer le docteur Lewis ?
— Docteur ?
— Elle est juste à côté au téléphone. Alors comment vous présenter la chose… Lauren Lewis est une amie diplômée avec honneur de Yale. Il possède un doctorat en médecine et psychologie.
— Ok…
— Elle sera la remplaçante de l'autre là.
— Madame…
— Oui on s'en fout. Le docteur Lewis a accepté de sortir de son année sabbatique le temps que je trouve une infirmière à temps complet.
— Ok…
— Ok… Comme je l'ai dit, elle a aussi un diplôme en psychologie et il se trouve qu'elle a une carrière bien remplie. Elle a fait ses preuves, elle est connue et reconnue.
— Ok.
— …Donc j'aimerais que tu la rencontres et que tu acceptes de faire un certain nombre de séances avec elle.
— Ok.
— Ok ?
— J'ai le choix ?
— Isabeau, vous voulez sortir le plus vite possible d'ici.
— Oui.
— Alors faites en sorte que Lauren écrive un éloge sur vous et qu'elle encourage vivement le juge à réduire votre peine, voire à proposer une liberté conditionnelle.
— J'ai dit ok !
— Génial ! Je vous laisse patienter un instant, je vais chercher les papiers nécessaires, de toute façon il y a Vex si vous avez besoin de quoi que se soit et Lauren ne devrait plus tarder.
— Ok.
— Tout va bien Isabeau ?
— Oui, oui.
— À tout de suite. Vex ? Tu prends ma place ? Merci.
Bo frappait nerveusement son pied contre le sol. Elle aurait fait des bonds si ce n'était pour sa dignité et le regard perçant de Vex. La jeune femme se répétait encore et encore à quel point elle était en contrôle… puis elle frappait le sol plus fort. Enfin cinq longues minutes plus tard, la porte du fond s'ouvrit. Une blonde en tenue professionnelle, rangeait son portable dans son sac à main. Bo admira un instant le physique du docteur, ses courbes parfaites et sa chevelure sortie d'une pub de shampoing. Lauren Lewis était une belle femme. Mais Bo était plus curieuse encore de savoir comment ce docteur pouvait l'aider. La brune ne se confiait jamais à ses proches, même Kenzi. S'ouvrir, parler de son passé, de ses démons était une chose qu'elle faisait sur un papier ou devant son miroir. Elle avait conscience de l'enjeu de ces séances, mais une psychologue ? Plus la blonde se rapprochait, plus Bo considérait la porte comme une sortie de secours. Après avoir salué le garde, le docteur prit la seule chaise qui restait dans la pièce et se plaça face à la jeune femme. Sans les cheveux détachés, Lauren Lewis aurait paru très stricte à Bo. Tout criait la fermeté, l'autorité et le savoir. Bo le cachait du mieux qu'elle le pouvait mais cette femme était pour le moins impressionnante. Le docteur laissait la brune l'observer un minimum, mais Bo ne semblait pas décider à rencontrer son regard. Il était évident que la prisonnière se trouvait en état de stress. Une inspiration plus tard, leurs regards se rencontraient pour la première fois. Bo restait méfiante mais face au sourire bienveillant de la blonde, il était difficile de garder une expression neutre.
— Alors vous êtes celle qui va me sortir d'ici ?
— Je l'espère Isabeau. Je peux t'appeler par ton prénom ?
— Bo. Vous faites plus… ce n'est pas très professionnel non ?
— Ça dépend. Tu préfères que je te vouvoie ?
— …Non. Appelez moi Bo.
— Tu peux me tutoyer aussi. On va passer pas mal de temps ensemble alors autant commencer sur de bonnes bases.
— On parle de combien de séance là ?
— Je ne sais pas encore. Cela dépendra de toi. À 90% ou presque. Le juge nous a donné une date, à nous d'être prête d'ici là.
— La directrice ne m'a pas précisé…
— Deux mois. A compter de demain.
— Oh…
— Bo, aujourd'hui il n'y aura pas de séance, je vais juste organiser une petite réunion avec des volontaires et demain on commencera les séances en solo. Ça te va ?
— Les filles ne viendront jamais.
— Si tu leur expliques que cela plaît aux juges et que je ne cherche pas des confessions mais des discussions alors je pense que tu pourras être surprise.
— Pourquoi moi ? Faite le vous-même.
— La directrice m'a expliqué ta… ton rôle dans la prison. Alors si tu pouvais me donner un petit coup de main ?
— J'y gagne quoi ?
— Disons qu'on commencera les séances doucement…
Bo fit une grimace alors que la blonde souriait en coin. Le jeu était en marche, Bo savait qu'elle n'avait pas affaire à une débutante et Lauren semblait disposée à ne pas la traiter comme la dernière des imbéciles. La brune ne comptait pas baisser sa garde de sitôt. La confiance était un animal sauvage à apprivoiser : il faut du temps, de la patience, de l'ouverture d'esprit… Bo doutait encore de l'efficacité du docteur. Elle supposait que la réunion serait une épreuve suffisamment éloquente.
Il devait être autour de 17 heures lorsque le docteur Lewis décida de commencer la séance collective. Bo se tenait à sa gauche, les bras croisés, fixant du regard le mur devant elle. Rainer était aussi présent mais à l'extérieur de la salle. Lauren lui avait demandé de sortir en constatant à quel point sa présence mettait mal à l'aise voire inquiétait les prisonnières. Bo se rendait compte à quel point elle souhaitait interroger le garde mais elle devait se douter que son autorité n'était pas encore acquise. Les filles étaient réunies en cercle, Bo avait réussi à convaincre son bloc ainsi que trois autres du bloc voisin. Pour l'instant tout se passait bien, la brune était surprise du temps d'adaptation éclair de la blonde. Une blague pour détendre l'atmosphère, un sourire qui rivalisait avec le soleil et les filles se mettaient à jacter sans fin. Même s'il s'agissait de choses triviales et sans importance, il était rare de voir en prison des détenues à l'aise avec les employés. Ils représentaient le système. L'extérieur. Mais Lauren était patiente et son visage ne mentait pas. Bo se demandait si cela n'était peu dangereux pour un psychologue d'être aussi ouvert dans ses émotions avec les patients. La jeune femme observait plus ou moins discrètement celle qui pourrait être son ange gardien ou son bourreau. Malgré toute la volonté du monde, Bo peinait à faire l'inventaire mental de ses défauts. Alors que celle des qualités… Il semblait que seule Tamsin restait insensible au charme de la blonde, probablement à cause de l'attention que lui portait Evony. Tout comme Bo, la brune manifestait clairement son intérêt.
— Peut-être que tu devrais t'arrêter là, Evony. On va remettre le sujet des « tendances sexuelles en prison » à une prochaine fois.
— Ouais lâché nous la gouine ! Tout le monde n'aime pas bouffer de la moquette au dîner !
— Hé ferme là toi !
— Ça suffit ! Je le répète, ces réunions ont des règles basiques et simples. Celles qui sont incapables de les suivre prendront la porte.
— Pff ! De toute façon ça sert à quoi d'être là ! Vous croyez tout connaître ? Je suis sûre que papa et maman paient encore les factures !
— Mylène, m'agresser n'aboutira à rien. Soit on parle calmement et à la fin je coche une case disant « présente et participative », soit vous sortez. Ces réunions existent pour échanger, se détendre ou au contraire se soulager d'un poids. Mais je ne veux pas d'insultes gratuites, inutiles et provocatrices. Vous voulez vous battre ? Sortez. Vous voulez être tout sauf productives ? Sortez. Je suis bien claire ?
Le silence emplit la salle. Lauren ne paraissait pas particulièrement énervée mais Bo pouvait sentir la chaleur irradier de son corps… Décidément, pensa la brune, cette fille doit être très mauvaise au poker. Mylène resta assisse sans pour autant s'excuser auprès d'Evony, ce qui eu pour conséquence les regards noirs de Tamsin et la promesse d'une discussion en tête à tête avec Bo. Dans le contexte d'une prison, elle usait assez rarement de la violence mais tout le monde savait qu'il ne fallait pas toucher à son groupe… ou aux arrivants, ou aux simplets ou toutes personne que Bo considère comme « innocente ». Il était vrai que la définition de ce mot pouvait être assez ambigüe pour la brune. Elle avait des critères, une morale, pourtant parfois la jeune femme n'hésitait pas à les briser. La prison obligeait souvent à… changer d'avis. La réunion reprit son cours mais le groupe avait du mal à repartir sur de bonnes bases. Bo voyait le docteur tenter différentes approches malgré la mauvaise ambiance. Elle ressemblait à ses chasseurs à la télé : ceux qui restent des heures, des journées cachées dans les arbres ou des cabanes, tout cela pour un seul animal. Avoir un objectif si claire, si percutant que les questions ne se posent plus obligeait l'admiration de Bo. Elle espérait trouver la même passion pour les prochains mois à venir. Lauren décida finalement de clore la réunion, à la surprise de la brune autant que la blonde, plusieurs prisonnières lui demandèrent s'il y aurait une deuxième session.
— Bo, tu veux bien rester un instant ? J'ai fini ton planning des deux prochaines semaines. On se voit deux fois par semaine au lieu d'une…
— Quoi ? Pourquoi ?!
— À cause de la date du tribunal. Bo, si je dois présenter un dossier sérieux aux juges alors il faut que d'abord je te connaisse et que mon opinion soit sans doute. C'est le mieux pour toi mais aussi pour moi tu sais. Professionnellement je suis réputée pour faire un travail exigeant.
— Ok, ok ! Mais j'ai des corvées, des…
— Tout est réglé ! Tu auras de mémoire, un peu moins de corvées et réparties de manière à ce que tu puisse travailler tes exercices en fin de semaine.
— … Mes quoi ?
— Ah oui. Je te l'expliquerai en détail demain lors notre séance, mais je donne à mes patients des petits travaux, rien d'insurmontable ne t'inquiète pas.
— Il y a des exercices physiques au moins ?
— Ça se peut. Tout à fait. Pourquoi ?
— Oh vous savez doc, la prison est un endroit sombre et bien solitaire.
— …euh ok. Bref, je te vois demain.
— Lauren ?
— Oui ?
— Merci pour Rainer, il n'est pas vraiment apprécié ici.
— C'est ce que j'ai pu voir. Est-ce que tu veux en parler… ?
— Nope.
— S'il te plaît ?
— Toujours nope.
— Aah, je sens que notre relation sera compliquée Bo, personne ne résiste à mes « s'il te plaît » !
— Ou beaucoup de personne font semblant.
— Pas mes patients.
— Vos amantes peut-être ?
— Ah. Ah. Très drôle. A demain Bo. Bon courage.
La nuit fut chaotique pour Bo. Vinrent d'abord les cauchemar, familiers mais sombres et déroutants. La brune se réveilla en sursaut au milieu de la nuit. Elle essaya ensuite de faire quelques abdos pour se fatiguer et se libérer l'esprit mais le sommeil lui échappa. La jeune femme était allongée, tendue sur son lit quand un visage lui vint en mémoire. Lauren Lewis. Un ange comparé à tout ceux que Bo avait connu. Le docteur était le fantasme suprême pour une prisonnière : figure d'autorité, intelligence, argent, beauté… Bo essayait de garder la tête froide mais il était vrai qu'en d'autres circonstances, la blonde aurait depuis longtemps été dans le lit de la brune. Bo était plutôt autoritaire sexuellement, elle aimait être en contrôle et avoir le choix de la prochaine caresse. Elle adorait par-dessus tout explorer la ligne fine entre le SM et les jeux de rôles. Être dominatrice représentait un état d'esprit et une façon particulière de considérer son partenaire. Il y avait des règles bien sûr mais Bo avait entrevu les limites de ce système. Elle ne désirait pas que son amant ou amante soit en constante soumission. La brune aimait jouer. Parfois en faisant claquer le fouet, parfois en criant. Jusqu'à présent, la jeune femme n'avait pas connu de partenaire qui puisse la satisfaire entièrement. Physiquement oui, mais psychologiquement Bo semblait toujours à la recherche d'un absolu, d'une évidence. Elle souhaitait cette épiphanie qu'ont les gens lorsqu'ils réalisent qu'ils sont amoureux. Ce clic qui résonne dans l'air. Mais la brune doutait fortement que Lauren Lewis soit la femme qui pourrait répondre à ses besoins. La prisonnière avait décidé de donner une chance au docteur, pour le reste… Avoir une relation interdite ne signifiait rien pour Bo. Mais elle devait se concentrer sur sa libération. Et Lauren Lewis était un peu trop présente dans son esprit ce soir. Demain Lauren l'attendrait pour sa première séance et l'idée de se retrouver seule à seule, porte close, avec le docteur, faisait naître un frisson le long de sa colonne vertébrale. Bo hésita un instant avant de faire glisser sa main jusqu'à sa culotte…Un dernier péché se dit-elle, le docteur dans son fauteuil nue, les jambes ouvertes, prête à recevoir la main de la brune. « Oui, juste pour ce soir après c'est un nouveau chapitre qui commence… ».
