Note : Bonjour ! Je sais que je suis en retard sur…tout et je suis désolée pour ça ! La vie…Mais voici la partie 2 et finale de cet OS qui me tenait à cœur ! Maintenant je vais me concentrer uniquement sur Entre le soleil et la lune et finir aussi cette histoire (snif). Merci à tous et toutes pour les commentaires, les followers et autres ! A chaque fois que je reçois un message dans ma boite, c'est vraiment un rayon de soleil dans ma journée ! Donc merci (surtout toi mon adorée bêta) ! Bref, pour finir et pour me faire pardonner de l'attente : si vous souhaitez voir un os sur tel ou tel couple ou personnage, envoyez moi un petit mp et j'écrirai un os !
Bonne lecture !
— Entre Bo, entre. Tu veux quelque chose : thé, café ?
— Non merci.
—Tu ne t'assoies pas…?
Non.
— Ok, alors je vais t'expliquer comment vont fonctionner ses séances. Tout ce que tu me diras restera confidentiel sauf dans le cas où j'ai la conviction que tu représentes un danger pour les autres ou pour toi-même. À part cela…tout ce que tu me dis sera dans mon rapport. Après c'est à moi de voir ce que je mets en avant, tes progrès, les exercices aussi. Par exemple, si je te demande de m'écrire une petite liste de tes cinq fantasmes et que tu refuses de la faire, je devrai le noter.
Je croyais qu'on démarrait doucement.
Je…c'est ce que je suis en train de faire Bo. La séance n'a pas encore commencé.
— Et pourtant vous vous intéressez déjà à mes envies sexuelles, docteur. Vous êtes sûre de votre diplôme ?
— Je dois avouer que je trouve très intéressant le fait que le sexe est la manière la plus…directe pour toi d'avoir du contrôle.
C'est un problème ?!
— A toi de me le dire. Il est évident que tu cherches à me déstabiliser alors que tu es dans mon bureau depuis à peine cinq minutes… Je te fais peur Bo ?
— Vous m'ennuyez. Le blabla c'est pas mon truc ! Je ne vous connais pas et je suis sensée déblatérer ma vie comme si de rien n'était !
— On prendra le temps Bo. Si cela peut te rassurer, il est dans mon intérêt personnel que tu t'ouvres un minimum à moi. Alors donne moi une chance… Je ne suis pas un monstre de l'administration venu te dévorer. Je veux aider Bo.
…
Ok ?
Ok. Mais je reste debout.
Ok ! Alors avant de parler de sexe ! Comment s'est passée ta matinée ?
Normal.
La routine ?
…Vous connaissez ma position ici, je suppose.
— Tu es la ou le top dog, je ne sais jamais comment on dit, et si mes infos sont bonnes tu as même été plus ou moins élue par la populace.
— « Élue » est un bien grand mot ! J'ai fait une ou deux choses. J'ai sauvé une ou deux personnes et soudain popularité signifie pouvoir.
— C'est une gêne pour toi ?
Un fardeau. Vous n'avez aucune idée de ce que c'est.
… Je pourrais te surprendre. Décris moi une journée type d'un top dog.
Pourquoi ?
Considère cela comme le premier exercice de la semaine.
Étape 1 : survivre. Étape 2 : nourrir les drogués. Étape 3 : ne pas se faire choper.
Je croyais que tu avais banni la drogue de la prison.
— Je vois que tu es bien renseignée. Officiellement j'ai interdit à quiconque de faire passer de la drogue par des enfants, ou par des personnes clean. Tu veux ta merde ? Ok, mais tu te d'emmerdes seule.
Pourtant tu viens de dire…
— C'est pas aussi simple ! Franchement… même si je t'expliquais doc, ça servirait à rien ! Je te vois bien sapée dans ton fauteuil et tu veux prétendre que non seulement tu peux entrer dans ma tête mais aussi que tu peux avoir un regard sur la prison ?! En fait, tu veux juste une bonne petite fille à espionner et pour te rapporter les ragots juteux !
— Ok… Donc je vais ajouter un problème de confiance à autrui et paranoïa sur ta fiche si tu veux bien.
…
— Bo, ce n'est pas la première fois que je me trouve dans une prison. Tu n'es pas vraiment une exception, tu sais ?
Oh la ferme.
… On va s'arrêter là pour aujourd'hui. Une dernière question avant s'il te plait.
Quoi ?
— La Bo que tu me montres là est une fiction. Ce n'est pas une question, je sais que tu joues un personnage pour survivre, ça fait partit du jeu, je l'accepte. Maintenant, mon but est d'enlever toutes ses couches de maquillage, Bo. Et honnêtement ? Ça va faire mal. Alors on peut continuer le jeu du chat et de la souris mais j'ai tendance à vite sortir les griffes.
C'est encore une allusion sexuelle là ou…
— Bo, ces séances peuvent être bénéfiques pour toi et si elles ne sont pas toujours… agréables ou simples, ce sera toujours mieux que de montrer les poings et se prendre pour un boxeur. Tu veux vraiment partir pour la manière forte ?
De toute façon tu peux pas me for…
Tu veux sortir d'ici Bo ?!
Evidemment !
— Alors voici un nouvel exercice, ce soir, avant de te coucher, tu vas écrire un petit mot. Peu importe ce que c'est. Mais il faut que se soit TOI qui l'écrive Bo, pas le top dog de la prison, toi.
Vous me soûlez et on vient à peine de commencer.
Tu as lancé les hostilités. Tu aboies si on s'approche d'un peu trop près alors je te laisse venir à moi.
Pas peur des morsures, doc ?
Ne t'inquiètes pas pour cela…je ne t'ai pas attendu pour porter des cicatrices.
La nuit était tombée depuis un bon moment sur la prison. Bo entendait la ronde des gardes, le crissement des lampes et parfois les voix solitaires qui s'éveillaient pour s'éteindre aussitôt. Ce lieu prenait vie puis mourait en une seconde la nuit : les prisonnières croyaient pouvoir être ou faire autre chose, sortir de leur quotidien et défier les règles. Mais certaines percevaient la nuit comme une extension du jour, une prison dans la prison. Bo ne pouvait dormir. Un crayon à la main et une feuille sur ses genoux, elle fixait la page blanche frustrée de son échec. Lauren Lewis était une plaie ! Bo avait rarement des nuits apaisées mais la cause provenait de ses cauchemars. Alors qu'elle pouvait dormir tranquillement, elle se faisait des noeuds au cerveau pour écrire une phrase…Une phrase ! Pourquoi ?! Pourquoi je n'y arrive pas ?! Pourquoi c'est si compliqué ! Peut-être que je me prends la tête pour rien, je peux écrire un truc genre « j'aime le chocolat » ou « voulez-vous coucher avec moi ? », c'est assez représentatif de mon ancienne vie… En même temps, je peux aussi essayer de trouver quelque chose de plus profond, elle a dit de faire simple mais pas ridicule non plus ! Je vais pas me taper la honte dès la deuxième séance, déjà que j'ai mal géré la première. Bon alors, réfléchis, Bo ! Qu'es-ce que le moi d'avant écrirait ? Peut-être un mot sur mon boulot de détective ? Par exemple : j'aime aider les flics à arrêter les méchants mais aussi retrouver une personne disparue et la réunir avec sa famille. Non…elle va croire que je frime. Je pourrais écrire un truc drôle sur moi, genre « La dernière fois que j'ai essayé de cuisiner, Kenzi s'était arrangée avec un pote pompier pour avoir un camion au coin de la rue. ». Ou alors… La brune continua son expérience jusqu'au première heure du matin, Tamsin la trouva sur le sol, sa chambre jonchée de papiers couverts de gribouillis ou de débuts de phrase. Bo ne semblait pas particulièrement fatiguée, simplement concentrée sur sa tâche. La jeune femme regardait son amie sans la voir, perdue dans ses pensées, un sourire aux lèvres.
— Bo ! Mais qu'est-ce que tu as foutu ?!
— Je crois que je me suis fait avoir Tamsin. En fait, elle a rien à foutre de ce que je peux écrire sur ce papier, elle veut juste que je passe toute une nuit à penser à ce qu'était ma vie, ce que je pourrai retrouver, ce qui est mort…
Euh…
— Je la déteste. On dirait pas comme ça mais si. Tu sais toi à quel point c'est important de ne pas parler de son ancienne vie, de garder les pieds sur terre et de se concentrer sur la prison. Pour nous hein, celles qui ont quelques années à faire dans les pattes.
— Bah peut-être, mais toi tu sors bientôt dons c'est pas forcément une mauvaise chose. Avant tu nous parlais tout le temps de ta meilleure amie et comment vous avez fait les quatre cents coups ensemble.
…Je crois que je te préfère comme amante finalement.
Pff ! Désolée patron mais je suis trop demandée !
Ah ouais ? Trop de brunes dans ton lit ?
Une seule. Mais crois-moi elle en vaut suffisamment !
Ne te sens pas obligée de me donner des détails.
Hier soir, elle est montée sur…
Non vraiment.
Ha ha ok ! Mais bref, on a reçu un message de Rainer.
Oh putain, qu'est ce qu'il veut encore ?
— Apparemment la dose qu'on lui donne le vendredi ne suffit plus, il a dit à Evony qu'il voulait deux doses par semaine.
— Quoi ?! Mais c'est un malade ! J'aurai jamais dû commencer avec cette histoire ! Merde ! Pourquoi j'ai pas dénoncé ce fils de pute !
— Bo ! Calme toi ! Et c'est juste temporaire ! Mais tu sais ce qu'il a sur Evony… On peut pas juste la laisser en plan avec ce taré.
Je sais, je sais. Où en est ton contact ?
— Il travaille dessus. Apparemment Rainer a mis en place un bon système de sécurité du coup, mon pote va devoir appeler un hacker.
Quelqu'un de confiance ?
Pour lui. Moi je le connais pas.
— …Merde Tamsin ! J'aime pas ça ! On avait dit le moins de monde possible sur cette histoire !
— Il faut qu'on détruise les preuves Bo ! Toutes les copies qu'il a pu faire et obliger ce bâtard à démissionner.
— Non ! On en a déjà parlé avec Dyson ! C'est trop risqué ! Mais s'il n'a plus rien sur Evony, je n'aurais plus à lui donner de la drogue.
— Tu crois vraiment qu'il va s'arrêter comme ça ?
On suit le plan ! C'est clair ?
…
Tamsin.
C'est clair boss.
La journée se passa calmement, contrairement à ce que croyait Bo avant d'être incarcérée, il n'y avait pas de bagarre quotidienne ou de cadavre dans chaque placard. Les prisonnières avaient leur routine, leur groupe, leurs habitudes au sein d'un établissement qui mettait tout en œuvre pour éviter la casse. Tout était réglé. Aux yeux de Bo, le plus gros problème de la prison restait les drogués. Les premiers mois où elle avait été « élue » top dog, elle avait tenté de supprimer toutes les entrées et les sorties… Pour contourner ses règles, plusieurs prisonnières avaient utilisé les pire moyens pour faire passer de la drogue : les enfants. C'était arrivé trois fois en un mois, la première ayant été un succès, certaines prisonnières avaient cru pouvoir déjouer la vigilance de Bo. Deux enfants moururent suite à un sac de cocaïne explosé dans leur estomac. Les coupables avaient pris cher. Mais Bo aussi… La jeune femme se sentait responsable de ces enfants, pour elle, être top dog signifiait ordre et protection. Elle avait échoué à protéger ces enfants.
Après ces incidents, la directrice décida de stopper les visites entièrement. Il fallut presque cinq mois à Bo pour regagner la confiance de la directrice et créer de nouvelles règles pour les prisonnières. La première et la plus importante : ne jamais impliquer d'enfants. La jeune femme n'avait jamais touché aux drogues dures de sa vie. L'alcool par contre… Mais la brune fut forcée de changer ses commandements lorsqu'Evony entra dans sa vie. D'abord en tant qu'ennemie, les deux femmes s'étaient battues plusieurs fois assez violemment. Puis un incendie éclata au sous-sol, du côté des machines à laver, Evony était de corvée et n'avait pas réussir à sortir. Bo avait vu de loin son ennemi prendre soin de tout son groupe : Evony fit sortir toutes les femmes de la pièce y compris la garde qui était trop jeune et inexpérimentée pour agir. Malheureusement une explosion blessa une amie proche de la prisonnière qui se retrouva au sol, essayant de protéger de son corps la victime. Bo aida d'abord la garde à mettre les prisonnières en sécurité avant de retourner dans la salle pour sauver les deux femmes. Evony resta à l'hôpital plusieurs semaines à cause de ses poumons. À son retour, celle qu'on surnommait « la Marquise » sombra dans la dépression. Bo essaya de l'aider du mieux qu'elle le put mais elle soupçonnait que l'amie blessée puis décédée pendant l'accident était une personne importante pour Evony. Mais petit à petit, la jeune femme se réveilla de sa torpeur et devint une alliée loyale de Bo. Cela aurait été parfait sans les casseroles de Rainer : Evony refusa de s'expliquer lorsqu'elle demanda à Bo pour la première fois, un sachet de cocaïne. Il fallut du temps mais au final, Tamsin découvrit la vérité sur le chantage de Rainer. Il possédait des photos compromettantes d'Evony, certaines où elle sniffait, d'autres d'ordre sexuel… Rainer pouvait les utiliser pour détruire autant la vie interne qu'externe de la Marquise. La directrice l'enverrait au trou et au dehors, Evony était officiellement mariée à une personne riche et influente. C'était pour cette raison que Bo travaillait à récupérer ses photos et les détruire. Ordre et protection. De plus, même si elle ne prononcerait jamais les mots, Evony était une amie, une femme forte, présente pour les siens. Certes, cela ne l'empêchait pas de montrer un certain côté manipulateur, rigide ou cruel mais personne n'est parfait…
— Bo !
Rainer, tu m'as fait peur.
Oui j'ai vu que tu baillais aux corneilles au lieu de nettoyer le sol. Je me suis dit que…
Qu'est ce que tu veux ?
Oh on va éviter ce petit jeu. Au lieu de ça, tu vas me rejoindre dans la réserve dans cinq minutes et me donner ce que je veux.
Tu es barré ! J'ai appris ce matin que tu voulais le double, je n'ai pas encore la dose !
— Chut ! Moins fort pétasse ! Juste passe moi ce que t'as là et demain tu as intérêt à me donner la suite le plus tôt possible !
J'aurai ta came demain soir pas avant ! Je suis occupée toute la journée.
Tu es…
Rainer s'élança vers Bo et la saisit à la gorge en la soulevant légèrement.
— Je crois que tu as oublié qui tu es connasse… C'est toi qui porte l'accoutrement de criminel pas moi ! Donc tes petites histoires à deux balles j'en ai rien à foutre. Je veux ma came demain première heure ou Evony aura une surprise au réveil. T'as compris ?!
Si je rate mon rendez-vous, je vais attire l'attention…
Ooooh Madame a un rendez-vous….
— La psy. La nouvelle. J'ai une séance avec elle à 14 heures après le service à la cantine. Lâche-moi !
— Ok. Ok Bo. Après tout on est amis aussi non ? Retrouve dans la réserve demain à 17 heures avec mon sachet. Une minute de retard et je te promets que ça va hurler dans les blocs…
Espèce de sadique de merde !
Je t'aime aussi ma puce. A demain !
Bo serra les dents en regardant le garde tourner les talons. Il fallait qu'elle soit patiente et surtout discrète. Bo n'osait pas imaginer qu'elle serait la réaction de Rainer si la vérité venait à éclater. La jeune femme avait suffisamment de choses en tête ! Elle avait passé la nuit à écrire sans être une seule fois satisfaite. Contrairement à ce qu'elle avait d'abord cru, la brune ne souhaitait pas simplement impressionner Lauren…ou plutôt la rendre fière, ou juste capter son intérêt. Elle voyait cet exercice comme un défi : si elle pouvait résumé sa vie d'avant en une seule phrase ? Certes Bo modifiait un peu la consigne mais cette nouvelle règle était bien plus intéressante à ses yeux. Lauren aura peut-être son mot à dire mais peu importe car Bo avait une mission. Un objectif qui lui permettait de passer du temps à réfléchir sur son ancienne vie. Ses actions, ses valeurs, Kenzi…la jeune femme était revenue souvent dans ses pensées la nuit dernière. Les deux amies se voyaient dans une semaine ce qui ne les empêchaient pas de s'appeler un jour sur deux ou presque. Ces coups de fil étaient difficiles à gérer émotionnellement pour Bo : entre le manque et la peur, l'amour et le regret. Il restait des non-dits entre les deux jeunes femmes, en particulier du côté de la prisonnière. Kenzi au contraire essayait de se construire une nouvelle vie et d'intégrer sa meilleure amie du mieux qu'elle le pouvait. Malheureusement la prison était un lieu où le futur apportait rarement de l'espoir.
— Bonjour Bo !
— Bonjour.
— Comment vas-tu depuis la dernière fois ?
— Génial. Tip top. Je devrais être condamnée plus souvent.
— Et je vois qu'on a de l'humour aujourd'hui…
— Désolée…j'ai juste pas beaucoup dormi hier soir. Et tous les autres soirs depuis que j'ai atterri dans cette putain de prison.
— Cauchemars ?
— …
— Ok. Est-ce que tu as pu faire l'exercice que je t'ai donné ?
— Oui.
— Je peux voir ? Ou tu peux me dire directement.
— Je m'appelle Isabeau Mcmorigan Dennis.
— Ok…tu m'expliques ?
— Ça me prenait la tête votre histoire de mot du coup j'ai transformé la consigne. J'ai cherché une phrase qui pourrait résumer qui j'étais et c'est celle-là qui revenait le plus souvent.
Ok. Pourquoi est-ce que tu me vouvoies ?
Parce que j'ai peur de ce que le docteur pense de moi.
Vous n'êtes pas fâchée ?
— Pas du tout ! Certes ce n'est pas ce que je t'ai demandé mais tu as quand même fait l'effort de me présenter quelque chose.
— J'ai écrit mon nom.
— Et alors ? JE crois que tu es une personne suffisamment intelligente pour écrire quelque chose qui te touche, qui a de l'importance à tes yeux.
— Ou je pourrais juste me débarrasser de votre exercice en écrivant mon nom. Arrête de la provoquer Bo. C'est quoi ton problème ?!
— Tu sais ce que je pense ? En fait, tu es terrifiée à l'idée de prendre ces séances au sérieux et de t'ouvrir à moi. Je pense que d'écrire ton nom t'a permis de réaliser une chose sur toi-même qui t'a complètement déstabilisée et au lieu de chercher les réponses avec moi, tu préfères me bloquer tout accès pour éviter de souffrir.
— Oh fermez là ! Vous savez rien de moi ! Et c'est pas un diplôme à la con qui…
— Bingo ! La colère ! Enfin une émotion ! Je désespérais.
Respire. Respire. Tu sais qu'elle a touché un point sensible alors arrête de te battre. Elle est tellement… Non Lauren, c'est ton regard plus que tout qui me déstabilise. Je vois plus de foi en eux que dans mon reflet. Mais pourquoi tu perdrais ton temps avec moi ?
— J'ai écrit mon nom parce que je sais plus qui je suis. J'essaie d'être la même. À l'intérieur et à l'extérieur mais… La prison c'est…je sais plus qui je suis doc. Donc quand tu me demandes d'écrire un mot que celle que j'étais aurait écrit… Les mots me sont venus comme, je sais pas, une carte postale. Tu vois ? La lettre qui date, qui te touche mais en même temps la personne est tellement loin ! Que les mots deviennent superficiels. Mon nom lui ne l'est pas. Et c'est tout ce qui me reste doc. C'est tout ce que je peux te donner.
— Et c'est bien suffisant. Pour l'instant. Je, on, peut travailler avec ça Bo. Ton nom représente ton identité, ou du moins une partie. Il n'y a aucune honte dans le fait de se sentir dépossédée. Le problème n'est pas là, Bo. Je ne peux pas faire le travail toute seule.
— De quoi tu veux parler doc ? De mon enfance de merde ? De mon quotidien de merde ? De mon futur inexistant ?!
— Oui ! Oui Bo ! Tout ça ! Et peut-être à la fin, on pourra parler de voiture, de cinéma et de politique.
… Ça ressemble à un rendez-vous doc. Un rendez-vous galant.
J'adore la faire sourire. Je peux très bien imaginer Lauren à la lumière de quelques bougies, sirotant un verre de vin et rougissant au moindre compliment.
— Commençons d'abord par ton nom Bo. Qui est Dennis et qui est Mcmorigan ?
Une semaine plus tard, la jeune femme se préparait pour les visites et l'arrivée de sa meilleure amie en écoutant de la musique. Bo avait remarqué en début de semaine, le regard distant de Lauren. Elle était venue la voir pour s'excuser de devoir annuler la séance prévue. Bo avait été très déçue car la blonde représentait un rayon de soleil dans sa vie quotidienne. Malgré les sujets abordés lors des deux dernières séances, Bo aimait retrouver son docteur, échanger avec elle et parfois la faire rire. Lauren essayait toujours d'être la plus professionnelle possible mais de temps en temps, davantage lors de leurs tête-à-tête que lors des séances de groupe, elle se laissait porter et offrait des étincelles de bonheur à Bo. Alors lorsque la blonde était venue lui annoncer la nouvelle, la jeune femme s'était sentie presque trahie de passer en second après « une chose importante ». Les mots de Lauren avaient raisonné durement à ses oreilles. Un mauvais mot avait alors failli sortir de la bouche de la prisonnière mais le regard lointain et absent du docteur avait convaincu Bo de la gravité de cette chose. La brune espérait qu'il ne s'agissait pas d'une question de santé… Enfin, dans une heure, elle verrait Kenzi et son amie avait certainement beaucoup à dire sur ce sujet. Bo n'avait pas pu s'empêcher de parler de son incroyable docteur à Kenzi avec un peu trop d'enthousiasme. Mais elle ne pouvait pas se rendre compte de la bouffée d'air que représentait Lauren. Bo respirait pour la première fois depuis son emprisonnement. De plus, la brune avait appris ce matin que le contact de Tamsin avait enfin fait son boulot : Rainer ne sera plus un problème.
— Bo-Bo !
Kenzi ! Ouch ! Ouch ! Les talons Kenzi !
On ne se touche pas !
Oh ça va inspecteur moine ! L'écoute pas Bo et serre-moi fort, ça fait trop longtemps !
Kenzi je t'ai eu au téléphone avant hier.
— Ah bah oui génial. Dix minutes de conversation sur une blondasse hétéro avec qui tu adorerais couché.
Kenzi !
Bah quoi ? C'est pas vrai ?
Elle n'est pas hétéro j'en suis sûr.
En même temps, quelle fille resterait hétéro en te voyant ?
Han… Kenzi ! Tu pourrais m'offrir un verre avant !
— Pff ! Arrête. Toi et moi ? On serait certainement dans la même situation que maintenant mais nos rôles seraient inversés.
C'est trop tard maintenant, je sais que tu m'aimes !
Ouais, peut-être, bref. Quoi de neuf Orange is the New Black ?
Sérieusement Kenzi ? Tu me l'as fait à chaque visite.
En même temps une lesbienne en prison…
Je suis bi !
Oh à ce propos ! Comment va Dyson ?
Il ne me parle plus…
Ouch. Désolée Bo.
Non c'est mieux comme ça je pense.
Et docteur maboul ?
Kenz…
Mais quoi ! Moi je la sens pas ton histoire et puis c'est tout !
— …elle est vraiment… Elle croit en moi Kenzi. Je sais pas comment t'expliquer ce que cela me fait. J'ai l'impression d'être Supergirl mais c'est elle qui a tous les pouvoirs.
Va falloir bosser sur tes métaphores Bo-Bo. Dis lui de venir au Dal !
Mais ça va pas !
Oh s'il te plaît ! Comme ça j'aurai un aperçu !
Non.
Pff !
Hé ?
Quoi ?
Je t'aime.
Noooon ?! Franchement Bo tu touches le fond là. Bientôt je pourrai plus rien pour toi.
Je m'ouvre aux autres Kenzi, ordre du doc.
— Excusez-moi garde ! Oui vous ! Ma pote voudrait s'ouvrir à quelqu'un, vous voulez pas prendre ma place ?
Kenz !
Oh je plaisante ! Je t'aime aussi ou un truc comme ça. Enfin bref, parlons de moi !
Tu es vraiment…
SALE PUTE !
Bo sentit avant de le voir, le corps de Rainer s'écraser contre le sien. La jeune femme bascula sur le côté, sa tête heurtant le sol et ses bras se trouvèrent vite prisonniers sous le corps de Rainer. Elle vit Kenzi hurler puis s'approcher pour essayer de repousser le garde :
Bouge plus ou je te crève toi aussi !
Bo aperçut plus qu'elle ne vit réellement, le couteau suisse dans la main de son assaillant. Rainer avait les yeux exorbités, la chemise déboutonnée et il ne portait pas celle du travail. Il était shooté et très en colère. Bo essaya de se dégager pendant qu'il menaçait de nouveau Kenzi et les autres personnes dans la pièce. Malheureusement, ses deux bras étaient collés contre son corps et Rainer dirigeait sa lame vers son cou.
— Fais pas le con Rainer ! Lache ton couteau tout de suite !
— T'approche pas Dyson ! C'est fini pour elle ! Tu vas voir pétasse une belle ligne je vais te faire !
Aaaah !
Bo !
Non Kenzi reste là !
Dyson fait quelque chose, elle saigne !
— Ça peut pas se finir bien Rainer. Si tu la tues, tu seras à l'endroit même que tu détestes autant !
C'est pas bien grave ça, j'aurai de jolis souvenirs pour me tenir le chaud… Aaah !
Bo ne vit pas l'objet qui frappa Rainer à la tempe, mais complètement déstabilisée, la brune réussit d'un mouvement de bassin à le faire basculer et s'éloigner de lui. Kenzi l'enlaça tout de suite, pleurant à chaude larme alors que Dyson neutralisait son ancien coéquipier. Un mouvement sur sa gauche lui apprit que Lauren dans sa blouse de médecin auscultait sa tête.
— Merci doc !
Ce n'est rien.
Bo observa l'échange entre sa meilleure amie et son psy sans comprendre. Pourquoi Kenzi remerciait-elle Lauren ? Et comment Rainer… Ouch ! Plus tard les questions ! J'ai mal ! Oh Lauren me parle… bah tiens c'est bizarre j'entend pas ce qu'elle me dit. Hein ? Le choc ? Mais qui est en choc ? Hop houlà c'est devenu noir tout d'un coup ! Je vais peut-être faire un petit somme moi… Hein ? Qu'est ce qu'elle dit ? Je comprends rien ! Pas dormir ! Mais je t'emmerde ma future femme, y'en a qui bossent ! Y'en a qui se font agresser par un psychopathe ! Ah bah c'est au tour de Kenzi maintenant. Hein ? L'infirmerie. Oui d'accord. C'est bien ça. Lit et Lauren. Je prends. J'achète… je dors. Quoi ? Toujours pas ? Bon vous faites chier…
Ce fut les lampes jaunes que Bo vit en premier. Petit à petit, elle prenait conscience de la salle d'infirmerie, du lit en face du sien et de son corps amorphe. La jeune femme se souvenait de tout : Rainer, Kenzi, Lauren… Elle aurait voulu dire au revoir à sa meilleure amie mais les chances qu'on lui accorde une visite était très mince. De plus, Bo espérait ne pas passer plus d'une journée dans ce lit. Elle voulait au plus vite retourner à son bloc et s'assurer qu'Evony allait bien. Mais pour l'instant, la brune luttait contre la douleur à l'arrière de son crâne : une migraine faisait son apparition et semblait décider à étendre son territoire au plus vite. Bo s'apprêtait à se lever pour prendre un cachet quand une main sur son épaule l'arrêta.
— Hola cowboy ! A peine réveillée et on veut déjà galoper au vent ? Reste allongée Bo, dis moi ce que tu cherches.
Lauren se tenait près d'elle, habillée d'un simple jean noir et d'une chemise bleue marine, elle ne portait pas sa blouse et ses cheveux coiffés en une longue natte qui lui arrivait jusqu'au sein. Bo était subjuguée… la drogue sans doute pensait-elle.
— Là, là, allonge toi. Je t'apporte un verre d'eau. Comment tu te sens ? Ton amie était inquiète mais la directrice a refusé qu'elle reste. Après que Dyson ait placé Rainer dans une salle à part, il a fallu calmer les autres prisonnières. La situation était plutôt tendue…
Depuis combien de temps je suis endormie ?
— Deux heures à peu près. Mais tu vas rester ici jusqu'à demain pour que l'on s'assure que tu n'as pas de commotion cérébrale. Tiens ton verre ?
— Merci. Et Rainer ?
— Arrêté, viré, jugé. Il était complètement shooté, les policiers ont trouvé un petit sac de cocaïne dans sa voiture.
… Ils vont faire des recherches là-dessus ?
— Non je ne pense pas. La directrice veut que l'affaire soit bouclée au plus vite et en silence.
Ok.
— Je vais désinfecter ta blessure au cou, rien de profond mais pendant une semaine, il faudra que tu reviennes ici tous les jours pour changer le bandage.
Ok.
Bo se redressa contre son oreiller, sans vraiment le réaliser sa respiration était devenue plus haché comme si elle oubliait toutes les vingt secondes de respirer. Lauren préparait un kit sur un plateau alors que la brune s'autorisait quelques regards langoureux sur les courbes de son docteur. Elle semblait pensive et prenait un soin particulier à choisir le bon coton et le bon alcool. Bo sentait son cœur tambouriner dans sa poitrine, plus le moment approchait et plus son cerveau semblait s'éteindre. Il n'y avait plus que le « boum boum » dans ses tympans et Lauren qui se penchait sur son visage. Elle posa d'abord ses mains gantées autour de la plaie, puis avec délicatesse retira le bandage. Bo essayait tant bien que mal de se contrôler mais le parfum fleuri de la blonde, les mèches de cheveux rebelles et son regard intense n'aidaient pas du tout son cas ! Lauren était réellement une très belle femme et la brune avait soudainement les même hormones qu'un adolescent de quinze ans… Ses mains tremblaient contre le drap dès que Lauren respirait un peu trop fort et que son souffle venait effleurer sa peau. C'était trop pour Bo qui se sentit obliger de diffuser la tension.
Euh…
Lauren sourit puis s'éloigna pour jeter le bandage, sans un mot elle appliqua sur un bout de coton l'alcool puis avec un dernier regard pour sa patiente, pressa le produit contre la blessure.
— Mmmm.
Courage Bo, je vais aussi vite que je peux.
Je gère. Non vraiment, je… je gère.
Sensible ?
Pff ! Je suis top dog, doc ! Ce n'est pas un petit coton de… ouch !
Pardon ! Pardon ! Là !
Lauren souffla doucement sur la coupure obtenant un cri de surprise de la brune qui s'agrippa aux bras de son docteur. Elles se retrouvèrent soudain très proche l'une de l'autre, les regards indécis ne sachant où se fixer. Bo ne put s'empêcher de glisser sa main dans les cheveux de la blonde pour coller son front contre le sien.
— Lauren…
Bo…
Leur lèvres se touchèrent un fragment de seconde lorsque brutalement la blonde se releva en reculant.
— Nop ! No. Nan, nan ! Noooop !
…
— Pff ! Tu m'as retourné le cerveau Bo ! C'est pas très sympa entre nous ! Mais c'est moi l'employée, la psy, la plus mature…
Hé !
Donc non, non, non, non !
Lauren…
Il ne s'est rien passé. Voilà. C'est simple, efficace. On respire, on oublie…
Lauren !
Quoi ?!
Viens-là.
…Nop.
Lauren…
Non merci.
Lauren, je veux juste parler.
— Il n'y a rien à dire de plus Bo ! Ce que je viens de faire s'appelle une faute professionnelle, un massacre de l'éthique de conduite de ma profession !
Wah…qu'est ce que ça va être quand on couchera ensemble ?
Bo…ce n'est vraiment pas…Mais ne rit pas ! Ce n'est pas drôle !
— Mais tu t'es vue ? J'ai l'impression d'être ta sœur ou ta fille ! On est pas dans un porno chelou Lauren, on est deux adultes consentants qui…
— Tu es ma patiente ! Je ne suis pas… Je ne peux pas céder à la tentation. Peu importe la forme ou l'envie ou…
Moi je suis pour.
Bo !
Ok ! Ok ! On oublie.
Je vais transférer ton dossier à un autre médecin Bo.
— Quoi ?! Pour un baiser d'une demi-seconde ?! Lauren, j'ai suffisamment eu de mal avec toi et on est encore qu'au début de nos séances ! Je me tiendrai à carreau mais s'il te plaît, fais pas ça ! C'est trop dur de…parler. À quelqu'un. Quelqu'un d'autre que toi.
Je connais un…
— J'ai besoin de ces séances Lauren. Pas seulement pour les juges et ce putain ticket de sortie, mais pour moi. Pour moi.
…Ok. Mais aucun contact physique. Pas de sous-entendus. Pas de…
Masturbation ?
BO !
Désolée, désolée…
L'heure qui suivit fut aussi silencieuse qu'une messe du dimanche, cela ne dérangeait pas la brune qui restait affaiblit de ses blessures. Bo n'avait plus de maux de tête mais elle appréciait le fait que Lauren reste présente, en particulier après la visite de la directrice : non seulement Bo ne pouvait pas appeler Kenzi mais en plus les visites étaient suspendues jusqu'à nouvel ordre. La brune s'était permise un accès de colère en entendant cette nouvelle ce qui ne fit trembler personne dans la pièce. Pourtant, Lauren avait essayé de convaincre la directrice de l'impact négatif sur les prisonnières d'une telle décision mais à cause des retombées médiatiques sur Rainer, la prison devait retrouver un rythme normal. Bo se sentait en partie coupable, de plus la solitude imposée par l'infirmerie lui pesait sur le moral. Elle avait hâte de sortir et retrouver ses amies. La seule chose qui égayait l'idée de passer la nuit dans cette pièce était ces minutes en privé avec Lauren. Tout les quarts d'heure, la blonde venait inspecter sa patiente sans dire un mot, à la place elle offrait un spectacle de mimique qui faisait rire intérieurement la brune. Lauren était à présent à son bureau, replissant des pages de feuilles administratives, Bo essayait de se souvenir de l'attaque et surtout comment Rainer avait pu se retrouver au sol sans que personne ne le pousse.
— Lauren ?
Oui ?
Tu étais là depuis le début quand Rainer est devenu psycho ?
Je suis arrivée dans la salle au moment où il posait le couteau sur ton cou.
Yep… sentir la lame froide d'une arme contre son corps n'est pas l'expérience la plus plaisante que j'ai pu vivre. Je me souviens de la seconde où j'ai réalisé que j'étais dans la grosse merde. Où je me suis dit « Merde. ». Avec le recul, j'aurais pu avoir une pensée un peu plus littéraire ou philosophique pour mes derniers instants.
Bo ?
Hein ?
Tout va bien ?
— Oh ! Oui, oui ! C'est juste… comment Dyson a pu surprendre Rainer ? Il était juste en face de lui.
— ….Dyson a réussi à le désarmer et le menotter une fois qu'il était au sol complètement désorienté.
Oook…et ? J'ai un flash où je vois un truc voler et frapper Rainer en plein sur la tempe.
…
Oh mon Dieu elle rougit ! Oh putain elle est trop mignonne ! Oh putain elle… Mais pourquoi elle rougit ? Elle a une poussée de fièvre ou quoi ? À moins que la violence l'excite ? Oh putain elle est une lesbienne SM mais dans quoi je me suis embarquée moi ?!
Bo !
— Non mais les fouets c'est pas du tout mon truc, doc ! Les menottes non plus! Enfin ça tu devrais t'en douter… Entre nous, vous travaillez dans les donjons le week-end ? Genre docteur la journée, maîtresse le soir ?
Mais de quoi tu parles ?! Tu as développé une commotion sur ta commotion ou quoi ?
— Hé ho ! C'est pas moi qui a le rouge aux joues dès qu'il y a un peu d'action dans le coin !
… Je crois que je devrais appeler les urgences.
— Mais c'est toi qui rougit alors que je suis en train de décrire une expérience légèrement traumatisante à laquelle tu as assisté !
Oh mon Dieu Bo ! Mais je ne rougis pas parce que je suis excitée !
— … Ah bon ? Non parce que la violence au lit je suis pour mais avec des limites quand même !
Pourquoi ton cerveau est-il rempli à 80% de sexe ?
80% ? Je sais pas comment je dois le prendre…
C'est moi qui a lancé une agrafeuse sur Rainer ! Coup de chance, j'ai tapé où il fallait !
…
Bo ?
Une agrafeuse ?
— Je venais de la trouver dans la chambre d'une patiente, je m'apprêtait à la ramener à l'accueil quand…
— WOW ! WOW ! WOW ! COMMENT ÇA VOUS ÉTIEZ DANS LA CHAMBRE D'UNE PATIENTE ?!
Sérieusement ?
NON MAIS OK QUOI ! ALORS MADAME ME FAIT TOUT UN…
Bo…
ET PUIS LÀ J'APPRENDS QUOI, OH BAH MADAME S'AMUSE, MADAME…
La prisonnière s'étouffait presque avec ces mots, la colère lui était montée au visage suite aux sous-entendus de Lauren. Le visage rouge, elle faisait de grands gestes en oubliant tout ce qui se trouvait près d'elle. Par conséquent, la brune n'anticipa pas le poids soudain sur ces genoux ainsi que la bouche collée contre la sienne. Bo ne prit pas le temps de demander pourquoi ou confirmation : Lauren Lewis l'embrassait passionnément. Il n'y avait pas besoin de mots à ce stade là, juste prendre et donner autant que possible avant que la blonde ne retrouve ses esprits. Les langues se battaient tout comme les lèvres et les dents, si l'une ne mordait pas l'autre, alors des cheveux étaient tirés, des dos griffés… jusqu'à ce que l'une cède. Mais les deux femmes avaient autant à exprimer et si parfois elles devaient reprendre leur souffle aucune n'osait s'éloigner trop loin de peur que l'instant passe. Bo entendait les souffles coupés et les gémissements résonner dans la pièce, ou peut-être était-ce juste dans ses tympans. Son corps n'était qu'un torrent de feu sous les caresses de sa partenaire. Elle réalisait avec plus de fierté que de honte, que ses lèvres pouvaient la faire jouir ici et maintenant… bon un doigt ou deux seraient un plus dont la brune ne se plaindrait pas.
Mais le happy ending que la prisonnière attendait fut brisé par un dernier soupir de Lauren qui s'éloigna à l'opposé du lit. Les cheveux en bataille, les pommettes rosées, la chemise défaite… elle était sublime aux yeux de Bo qui peinait à reprendre son souffle. Elle savait par avance les mots que prononcerait le docteur, quelque chose comme « je ne peux pas » ou « c'est mal ». Un instant avait suffit à chambouler son existence : Bo ne se laisserait pas faire cette fois. Elle utiliserait des arguments imparables, elle sera la femme la plus patiente qui ait existé… tout pour que Lauren Lewis devienne une part de sa vie. Il fallut quelques minutes de silence pesant pour que la blonde relève enfin la tête et croise le regard de sa patiente. Contrairement à leur premier baiser, il n'y avait pas de regret dans les yeux de Lauren, de l'espièglerie, du désir, de la satisfaction, mais pas d'adieu sur le bout des lèvres. Du moins, était-ce ce qu'elle souhaitait voir. Mais avant que les doutes ne submergent Bo, la blonde sourit. Sincère et plein de bonheur. Bo ne put que fermer les yeux devant la promesse offerte de sa partenaire. Les mots semblaient réellement sans importance. Mais juste au cas où…
— Italien ou français, tu préfères quoi ?
Pour ?
— Le restaurant. Je pense que je vais rester dans quelque chose de classique pour notre premier rendez-vous.
Et si je veux de l'inattendu ?
Tu n'auras qu'à annoncer à tes amies que tu sors avec ton ancienne patiente.
…Je ne couche pas le premier soir.
J'organiserai le rendez-vous la journée alors.
Bo… quelques mois.
Je sais. Je peux le faire. Après tout, c'est toi qui m'a sauté dessus.
— Je… ! Tu es trop sexy pour ton propre bien. Tu es magnifique. Tellement passionnée. Tellement…tu me fais penser à une guerrière.
Euh…genre Xena ou… ?
Xena a déjà trouvé son âme sœur. Je dirais plutôt Wonder Woman.
… tu as vraiment un truc avec les fouets toi.
C'est un lasso !
Et puis tout le monde sait qu'elle finit avec Batman.
Mais pas du tout ! Ne laisse pas Hollywood te corrompre.
Et, comment tu comptes être une partenaire digne de Wonder Woman ?
Je pense avoir une ou deux lignes dans mon CV qui pourraient lui plaire.
Comme ? Psy ? Non je pense pas !
Soldat.
Sol…tu as fait la guerre ?
Afghanistan.
Wah. Hum… combien de temps ?
Suffisamment.
Rainer…
Yep.
C'est grâce à ça que…
— Yep. Tu découvres des parties de toi que tu ne connaissais pas avant lorsque tu es en territoire ennemi.
Je suis désolée Lauren.
… Donc je suis à la hauteur.
— Pour Wonder Woman ? Si elle te refuse c'est qu'elle possède le QI d'une huitre. Moi, je t'accepterai peu importe les lignes de ton CV.
Certes on fait plus de mal que de bien Bo…
Je suis littéralement une prisonnière Lauren.
Ok.
Ok.
Français.
Forcément.
oOo
Bo se relaxait dans sa chambre avant son « interview » : pendant des mois, elle s'était préparée, elle avait travaillé sur elle-même, sur qui elle était et qui elle voulait être. Dans deux petites heures, des personnes décideraient de récompenser son travail… ou pas. La brune n'avait pas peur et elle n'était pas excitée non plus. Elle se sentait calme après l'enfer qu'avait pu être certaines séances ou exercices imposés par Lauren. Finalement, elle était reconnaissante envers la détermination de son docteur. Peu importe, les cris ou les accès de colère, Lauren ne lui avait jamais claqué la porte au nez. Au contraire, chaque crise les avait un peu plus rapproché de l'inévitable. Pourtant elles n'avaient jamais cédé à la tentation… enfin pas après l'épisode de l'infirmerie. Bo avait été obligée de tout avouer à sa meilleure amie au bout de quelques semaines : Kenzi la trouvait « suspicieusement heureuse pour une condamnée ». Apparemment, la jeune femme avait été jusqu'à sonner à la porte de la blonde, la menaçant de goulag si elle ne faisait que jouer avec les sentiments de Bo. Quelques coups secs contre sa porte firent sortir Bo de sa rêverie. Evony et Tamsin s'étaient montrées très loyales et surtout présentes durant ces derniers mois, Bo avait été challengé plusieurs fois mais son groupe de filles était resté soudé. Les deux femmes ne cachaient plus leur relation et Evony semblait s'épanouir depuis que Rainer avait été arrêté. Après l'attaque, la brune avait rendu visite à Bo tous les jours, persuadée d'être la fautive et craignant que la top dog se venge. Il fallut un peu de temps mais Bo réussit à la convaincre qu'elle avait toujours sa place dans le groupe. En particulier auprès de Tamsin, elle qui se vantait d'être une libertine avait très vite accepté son nouveau statut de petite amie. Elles se tenaient devant Bo à présent car l'heure des adieux avait sonné. Il restait du temps mais Tamsin tout comme Evony devaient s'occuper de la cuisine :
— Bon on va pas en faire tout un plat, hein ? Tu te démerdes pour sortir, tu envoies une lettre de temps en temps et on se voit dans quelques piges !
— Wah ! Je suis sûre que Bo est presque submergée par les vagues d'amour qui émanent de toi.
On va pas pleurer non plus ! Dans deux ans on est sorties nous !
Tu nous récupéreras dans ta poubelle jaune boss ?
— Hé ! Ma merveilleuse voiture mérite mieux qu'une blonde au sang chaud et une marquise des années 60 !
Ouch…Non vraiment, c'est la pire insulte que j'ai jamais entendue.
Tamsin…
Ça m'a touché là, quoi ! En plein cœur !
Oh mon Dieu mais pourquoi on couche ensemble ?
Pff ! 69…
Tamsin !
Bah quoi ?! Elle demande ! C'est une position tellement sous-estimée…
Oh mon Dieu ! Ok ! Bye ! Déchire tout ! On t'aime !
Moi aussi !
Oh la ferme !
Je t'appellerai tous les jours Tamsin !
Et merde, c'est un coup à ce que je me suicide avant de sortir moi…
Bo se tenait à présent derrière la porte du tribunal. Elle attendait le feu vert de Lauren pour entrer et faire son discours. La brune avait répété encore et encore, elle ne voulait pas que sa déclaration ait un air de réchauffé ou d'improvisation. Elle était fière de son travail. Lauren sortit de la salle et se dirigea vers sa patiente, malgré les deux gardes présents, la blonde lui prit les mains en les serrant fortement. Bo prit une grande inspiration et entra à son tour. La pièce n'était pas décorée sauf pour un drapeau et le portrait du président. Deux tables se faisaient face, trois juges étaient installés, des dossiers ouverts devant eux. Bo sentit son cœur s'accélérer et ses mains devenir moites. Un juge lui expliqua la procédure à suivre, ce qu'elle devait faire, les conséquences de leur décision… Bo le voyait à peine. Une partie de son esprit était complètement bloqué sur le fait que le moment qu'elle attendait depuis des mois se déroulait sous ses yeux. L'autre partie avait l'idée que derrière sa présentation, le travail de Lauren serait évalué et jugé à son tour. En imposant sa signature, Lauren s'était désignée comme responsable de Bo. Elle souhaitait peut-être autant qu'être libre, voir de la fierté dans les yeux de la femme qu'elle aimait. Pendant les séances, Lauren avait donné de sa personne, parfois littéralement lorsque Bo refusait tout dialogue ou décidait de casser un ou deux objets dans la pièce. La blonde n'avait jamais abaissé le niveau, au contraire elle avait poussé et poussé jusqu'à que Bo n'ai plus eu aucun bouclier pour se défendre. En fin de séances, Bo terminait souvent en larme à cause de la pression de la prison et des enjeux de son évaluation. Ces moments intimes avec Lauren avaient été compliqués à gérer émotionnellement pour les deux femmes. L'une cherchait le réconfort d'une amante alors que l'autre craignait d'échouer et faussé une relation précieuse mais complexe. Difficilement, elles s'obligeaient parfois à écourter les sessions de peur de dépasser les limites. Tout cela pour être aujourd'hui devant ces juges, sereine et fière du chemin parcouru.
Mademoiselle Dennis, nous vous écoutons.
— Messieurs les juges de la cour, je me présente devant vous après des mois de travail intenses avec le docteur Lauren Lewis sur mes fautes et ma colère qui m'a conduit au statut de condamnée. J'ai conscience que ce que je tiens entre les mains, ce bout de papier peut soit faciliter ma sortie, soit me renvoyer d'où je viens. C'est pourquoi messieurs les juges, je suis là devant vous la boule au ventre : j'ai peur. Si je suis fière du travail que j'ai accompli, le véritable mot qui me vient à l'esprit en pensant à ces derniers mois est « soulagement ». Je suis une femme apaisée. Grâce au docteur Lewis, j'ai affronté pas mal de mes démons… J'ai repensé à mes actions passées et je regrette. Je regrette ma colère, ma rage, je regrette de ne pas avoir su protéger la personne la plus importante à mes yeux mais aussi de lui avoir fait du mal en choisissant la solution de la violence. C'est cette pensée qui me fait dire avec honnêteté que j'ai changé. Parce que l'idée de refaire mes erreurs passées, l'idée de… d'être une déception m'est insoutenable. Je ris un peu messieurs les juges car si seulement j'avais rencontré cette femme que vous voyez là, plus tôt. Je peux vous assurer que jamais vous n'auriez eu un dossier entre les mains avec mon nom dessus. Je ne suis pas parfaite c'est une évidence mais Lauren Lewis m'a appris à accepter mes défauts. Je suis soulagée de ne plus être en colère en permanence, je suis soulagée d'avoir appris, je suis soulagée de m'être exprimée même si ces séances sont l'une des choses les plus dures que je n'ai jamais faites ! Si seulement c'était la dernière… Mais je suis prête maintenant. Je veux avancer. Avec elle.
— Merci Mademoiselle Dennis, je vous prie de sortir un instant nous allons délibérer. Docteur Lewis, un mot s'il vous plait.
oOo
Trois semaines, un jour et six heures fut le temps que Bo passa à l'extérieur des murs de la prison avant d'avoir le courage de téléphoner à Lauren. Après sa libération, Bo se concentra pendant un temps sur ce qui restait de sa famille puis elle se mit sur le marché du travail rapidement. Elle avait été acceptée quelques jours plus tôt en tant qu'assistante dans un cabinet d'avocat. À sa grande surprise, le recruteur avait été réellement impressionné par sa détermination et souhaitait tester ses capacités. Elles avaient même parlé d'évolution notamment de faire évoluer Bo au poste de détective privé du cabinet. Kenzi avait sorti la bouteille de vodka bien sûr ce qui avait amené la brune a appeler une Lauren à moitié endormie pour raccroché deux secondes plus tard. Le lendemain fut… compliqué à gérer pour Bo. Finalement, la blonde avait non seulement accepté ses excuses mais aussi une deuxième chance. C'est pourquoi elles se trouvaient à présent dans un restaurant français (Bo avait refusé de prendre des cuisses de grenouille), souriant et flirtant au moindre mot. Bo pensait déjà au baiser qu'elle donnerait et recevrait à la fin de la soirée. Malgré la robe très sexy de sa partenaire, la brune tenait à sortir le grand jeu, à la limite du classique mais toujours dans la catégorie adorable. Pas de sexe le premier soir ! Bo s'était faite à l'idée de passer une partie de la nuit sous la douche…froide.
— Merci Bo pour cette soirée, c'était…
Incroyable ? Renversant ? Inoubliable ?
Spécial.
Euh… bon spécial ou… ?
— C'est marrant ce mode sûr de toi que tu actives toutes les cinq minutes et qui disparaît aussi vite qu'il est apparu. Tu as été comme ça toute la soirée, pourtant…
— C'est différent en prison. Il n'y a pas vraiment de règle, ça passe ou ça casse. Et ça compte rarement. Alors que là, toi et moi sur le pas de ta porte après un restaurant français, c'est vrai. Réel. Imposant. Je sais pas trop comment te l'expliquer.
Est-ce que c'est trop…?
— Non ! Non, non, non ! Tu rigoles ?! Maintenant que je t'ai, je ne te lâche plus ! Enfin je veux dire, on est pas encore ensemble ou…
Encore ?
Non mais dans le principe !
Mmm.
— Et puis, et puis… Tu peux aussi me claquer la porte au nez ça m'éviterait de continuer la séance de torture.
Nop. Et tu devrais le savoir depuis le temps, j'adore te torturer.
Lauren… c'est euh… c'est sérieux pour moi.
Pour moi aussi Bo.
Ok. Je peux entrer ?
Non.
Oh. Tu vas m'embrasser ?
Non.
Mais c'est la loi.
Tu vas me dénoncer ?
Bah… partir sans un baiser alors que je rêve de toi depuis des mois…
Il y a l'épisode de l'infirmerie.
Ahh l'infirmerie ! Ô douce nostalgie !
Bonne nuit Bo !
Non Lauren attend ! Sérieusement pas même un câlin ?!
Je t'appelle demain !
… Ouais bah je répondrai pas !
…
Lauren ?
…
Bébé ? Sérieusement je suis encore là hein !
…
Je pars ! Je m'en vais ! Je suis… oh et puis merde je t'appelle demain !
