Titre: Ten months.

Auteur: Nosky

Rating: T

Date: 24/01/2015

Info: Yaoi / Tao x Kris


Chapitre 2: Le lendemain est toujours pire que la veille

Une fièvre s'élevant en lui, son corps porteur d'une folie grossissante, il crut défaillir.

Jamais un cauchemar n'avait été si oppressant. Il avait beau repassé encore et encore les scènes dans sa tête, il ne pouvait toujours pas en revenir. Il avait cette impression d'être comme un enfant impuissant lorsque ses parents le gronderaient. Il ne pouvait rien faire à part pleurer, trembler et haïr. Ceci étaient ses seuls options envisageables. Il était pourtant décidé à ne pas trembler, à ne plus pleurer et à ne pas tomber si bas que la haine deviendrait la seule réponse possible à ce nouveau retournement dans sa vie. Il pensait avoir assez morflé les derniers mois pour pouvoir être épargné aujourd'hui.

Mais la Vie n'avait jamais été une alliée. Au contraire, elle savait frapper là où cela faisait le plus mal et surtout au moment où ça pourrait faire le plus mal. Comme si elle calculait comment détruire un homme en moins de temps possible mais de la manière la plus sadique. Tao y avait souvent pensé, il en était toujours revenu à la même conclusion : « A quoi bon tout ce train-train quotidien ? ». Au fond, tout était vain à ses yeux. Ce soir particulièrement, sûrement plus que toutes les autres soirées.

En réalité, son mauvais rêve s'était déjà échappé depuis un moment. Depuis une poignée d'heures maintenant. Pourtant, il pouvait encore sentir son odeur imprégnée sur sa peau et ses vêtements, comme si elle n'avait jamais disparu de là. Même après s'être gratté chaque mètre carré de son épiderme tel un fou furieux, il savait qu'elle était encore là. Elle empestait et remplissait ses narines jusqu'à lui donner la nausée. Il ne pourrait certainement plus jamais supporter cette proximité qu'il avait expérimenté durant la poignée d'heures dernières. C'était définitif.

Définitif ?

Il allait s'en convaincre.

Il devait s'en convaincre.

La nuit s'annonçait être bien longue à la longueur où cette histoire avançait. Il ne parvenait plus à fermer un œil alors qu'il ne cessait de ressasser les événements qu'il avait été forcé de traverser. Pourtant, un seul son résonnait encore dans son esprit : celui d'une gifle. Il n'y avait pas été avec le dos de la cuillère, c'est le moins qu'on aurait pu dire. En effet, comme seul réflexe après la fin de la discussion que Kris et lui avaient mené, il lui avait assené une merveilleuse claque qui avait fait devenir sa pommette et l'intégralité de sa joue totalement écarlate. Bien sûr, il s'en était voulu, un peu. Un petit pincement lui avait pris le cœur et il ne pouvait que manifester son embarras par ses dents sur sa lèvre, la torturant comme pour se punir de ses actes malveillants.

Personne n'avait posé de question lorsqu'il avait décidé de reprendre sa veste et de quitter subitement la petite sauterie que les membres avaient organisé à son insu. Bien entendu, certains grognèrent de voir le plus petit de l'équipe chinoise partir si tôt. Il se mangea même une réflexion qu'il aurait préféré ne pas attendre. Celle-ci le blessant bien plus profondément qu'il n'aurait voulu l'avouer.

« Tu ne restes même pas profiter de Kris ? Enfin, on ne sait pas quand on pourra le revoir ! »

Profiter de lui ? Dans cette histoire, c'était plutôt de lui dont on avait profité. Pourquoi devrait-il continuer à partager la même table que ce crétin ? Il se connaissait, il n'avait pas un fond méchant mais une fois la trahison subit, il n'oublierait jamais et la noirceur de ses sentiments ne cesserait plus jamais de s'intensifier. Après tout, chaque être humain touchait un jour ou l'autre une limite maximum qui n'était autre que notre propre borne d'arrêt d'urgent. Tao avait atteint sa limite lors du septième mois après la disparition de son partenaire et grand ami. Il avait tenté de tenir bon. Finalement il avait lâché prise comme tout être doté d'un minimum de sensibilité. Il avait le malheur d'en posséder trop, de la sensibilité. Tous les autres membres du groupe n'arrêtaient pas de lui répéter.

« Tu pleures trop panda. »

Il avait d'ailleurs tenté de s'endurcir et ce n'était pas faute d'avoir essayer encore et encore. Il se décourageait rarement et sa force de caractère contrastait totalement avec son comportement de trouillard de première. Il était assez acharné pour achever tout travail qu'il commençait. C'était sûrement la principale raison pour laquelle il avait abandonné la quête qui portait le nom de son ancien amant, qu'il n'avait plus versé une seule larme depuis ça, et qu'il avait pu frapper son homonyme de sang-froid une poignée d'heures plus tôt. Non pas qu'il était fier des progrès qu'il avait fait mais il devait bien avouer que le détachement qu'il avait réussi à adopter dans cette situation le faisait cyniquement sourire.

Ni heureux, ni triste, il nageait dans un océan de pleine perdition.

Lorsqu'il réussit à enfin fermer les yeux, il entendit de vagues bruits qui résonnèrent dans ses tympans. C'étaient les garçons, ils venaient à peine de rentrer et ils faisaient un vacarme du diable. Impossible de les rater ceux-là. Franchement, ils n'étaient pas très fins. Mais Tao avait l'habitude et ça le rassurait un peu de savoir qu'il n'était plus tout seul dans cette grande mansion. Enfin, grande était un bien grand mot. C'était sa peur qui faisait parler sa conscience et exagérait les choses bien trop facilement. Un peureux rédhibitoire, voilà ce qu'il était. Il n'avait pas osé sortir un orteil de sa couverture depuis qu'il avait éteint les lumières, et pour cause il avait couru dans son lit dès lors qu'il avait appuyé sur l'interrupteur, imaginant les plus terribles esprits le dévorant sur place. Il n'avait d'ailleurs pas pu retenir une sorte de couinement ridicule qui le féminisait plus qu'autre chose.

Ses paupières clignaient désormais d'elles-même alors que le sommeil le gagnait lentement. Décidément, lui qui pensait faire nuit blanche, la venue des autres et la sécurité qu'il ressentit grâce à leur présence était d'un grand secours. Ainsi, sa vue se flouta petit à petit pour laisser une simple tâche jaunâtre et lumineuse devenir vaporeuse au niveau de la bordure de la porte de sa chambre. Il se laissait bercer volontiers par cette atmosphère de pur douceur. Entre la chaleur de sa grosse couette molletonnée, les petits rayons de lumière qui lui faisait vriller les mirettes et les voix rauques des autres membres qui étaient une parfaite mélodie, il ne pouvait rien demander de plus. Enfin bien sûr que si, il pouvait toujours réclamer un peu de chaleur humaine, autre que celle fournit par son propre corps enfourné sous ses plusieurs couches de tissu.

Dieu devait avoir entendu sa prière lorsqu'un grand fracas le tira à peine de ses songes. Il aperçut une silhouette sombre aux contours imprécis se diriger vers son lit et s'y glisser sans un mot. Tout cela ne pouvait être qu'un rêve après tout, personne ne venait jamais dormir avec lui. Plus personne ne le faisait. Seul Kris avait l'habitude de venir partager son lit et il n'était plus là. Il n'y avait aucune raison pour que quelqu'un d'autre soit là à remuer ses pieds entre les siens, comme pour jouer, le taquiner. C'était sûrement un rêve. Oui, certainement. Ce devait être ça. Il n'y avait aucune autre explication probable et envisageable. Il se laissa alors aller de nouveau au sommeil sans récidiver.

Ce songe était vraiment agréable, malgré son caractère illusoire. Il ne se rendit même pas compte que le lendemain, tout disparaîtrait. Il profitait juste de ces deux bras qui étaient enroulés autour de ses hanches, de cette douceur que quelqu'un lui adressait gratuitement. Quoi que fusse cette apparition, un fantôme, un démon ou bien un ange, il souhaitait qu'il ne quitte plus jamais ses draps. L'expression même de ses désirs se concentrait en une masse qui le surprotégeait, juste comme il aimait.

« Tao, je regrette tant. Si tu savais. Je sais combien j'ai été égoïste. Je sais tout ça. »

Voilà des mots qu'il aurait souhaité entendre ce soir. Mais rien de tout cela n'était arrivé et il n'espérait plus que ça arrive un jour. Il ne voulait plus que son ex partenaire lui adresse ne serait-ce qu'un soupire. Il était décisif sur ce point-là. Pourtant, ces mots lui faisaient incroyablement de bien alors qu'ils résonnaient chaudement dans le creux de son oreille. Deux lèvres caressaient son cartilage piercé et il ne pouvait que frissonner de toutes ces attentions. Si seulement Kris pouvait être encore là. Si seulement il n'était pas parti, si seulement tous deux pouvaient poursuivre leur histoire idyllique comme auparavant. Tout ça n'était rien de plus qu'un tas de cendres parties en fumée.

Seulement, il déchanta bien vite quand il fut l'heure d'ouvrir les yeux. Comme il l'avait espéré, il ne restait plus rien. Juste un immense et béant vide dans son dos, si bien qu'il n'osa même pas se retourner pour constater le vain espoir qu'il s'était permis. Il mordit sa lèvre. Il s'en voulait. Pendant un instant, il aurait aimé se retourné et apercevoir la touffe blonde de Kris. Il aurait aimé pouvoir passer ses doigts entre ses mèches pour dégager son front, lui voler quelques baisers le plus timidement du monde, et enfin appeler son prénom en le murmurant jusqu'à ce que celui-ci ouvre enfin les yeux. Tout ceci n'était plus que souvenirs et regrets. De profonds souvenirs et de douloureux regrets.

Il sortir alors du lit après avoir inspecté son réveil pour voir l'heure. 6H15, et une odeur amère de café dans tout le logis, quelques voix qui bataillent en tentant de se faire discrètes.

Enroulé dans sa couverture tel un saucisson, il décida de quitter sa chambre pour rejoindre les autres qui étaient déjà levés. Bien entendu, ils n'étaient que très peu et encore allongés sur le canapé à émerger dans un sale état. Il se dirigea tout droit vers le second sofa qui faisait face au premier et les genoux collés à son torse, il lança un oreiller en direction des deux autres, ajoutant d'une voix presque mesquine.

« Vous n'auriez pas dû tant boire, vous ressemblez à de vrais zombies. »

Les autres se firent silencieux, si jamais leurs employeurs apprenaient ce qu'il s'était passé la veille, ils seraient foutu. C'était sûr et certain. Alors, pour faire taire le plus petit, ils lui éjectèrent l'objet qu'ils s'étaient reçus en pleine face et d'un geste de main, Luhan fit mine d'indiquer à Tao de baisser le volume pour que personne n'entende ce qu'il venait de dire. Il inspecta ensuite les lieux en tournant sa tête de gauche à droite, puis de droite à gauche de manière on ne peut plus anxieuse. Le panda ne put s'empêcher de poursuivre alors qu'il hochait simplement la tête à la remarque du jeune aux cheveux en barbe-à-papa.

« A quelle heure vous êtes rentrés ? Je n'ai pas regardé tout à l'heure. »

Les quelques garçons se jetèrent des regards hébétés alors qu'ils ne ressemblaient à rien d'autre que de terribles idiots. Aucun ne pouvait répondre à une question si évidente et Tao crut perdre foi en l'humanité lorsqu'il put observer XiuMin se rendormir sur l'épaule de Luhan tout en bavant sur celle-ci, détrempant le pauvre morceau de tissu qui n'avait rien demandé. Heureusement qu'aujourd'hui était leur journée de repos et qu'ils ne seraient pas obligés de se montrer en public. Qui plus est, le manager ne passerait pas par ici étant donné qu'il était assigné à son bureau pour régler de nouvelles offres d'interviews, d'émissions et fan-conférences en tout genre. Pauvre homme, il travaillait peut-être bien plus qu'eux.

Tout son corps frémit alors quand une grosse voix bien trop familière sut répondre à sa question. Il connaissait la personne à qui elle appartenait et il ne voulait pas poser ses pupilles sur lui. Il en était hors de question. Tout cela ne pouvait tout bonnement pas être vrai. Que faisait-il ici alors qu'il était sensé être parti depuis la veille ?

« Vers trois heures du matin. Oh, bonjour Tao. »

Finalement, il trouva le courage de croiser les prunelles de son homonyme qui avait daigné le saluer. Il ne put que susurrer calmement, son sourire de plus tôt se craquelant pour finir en lambeaux.

« Bonjour, Kris. »