J'ai l'impression que personne n'a lu mon précédent chapitre et j'ai hésité à poster la suite mais j'aime aller au bout des choses.

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


Chapitre 7 : Amour ou devoir

Philippe regardait les deux femmes de sa vie, qui se tenaient côte à côte avec la même expression coupable plaquée sur le visage. Il aurait aimé pouvoir oublier ce qu'il venait d'entendre. Mais c'était impossible. Il lui semblait que les mots résonnaient encore et encore, lui donnant mal à la tête. Mulan fit un pas en avant, ouvrant la bouche, s'apprêtant à briser cette délicieuse bulle de silence dans laquelle le prince s'était enfermé. Tant que personne ne dirait rien, il pourrait digérer l'information, peut-être même faire taire cette voix qui n'en était pas une. Ces mots qui venaient de bouleverser tout ce en quoi il croyait.

Alors, pour échapper à la discussion que Mulan voudrait absolument qu'ils aient, Philippe fit volte-face et s'enfuit. Il en eut honte immédiatement mais ne s'arrêta pas pour autant. Il accéléra même lorsqu'un cri lui parvint. Sa femme l'appelait, le suppliait de revenir. Il ne s'en sentait pas le courage. Dès que le prince eut disparu au détour d'un virage, Mulan – qui avait essayé de le suivre sans beaucoup de motivation – revint lentement sur ses pas. Aurore l'attendait, serrant son bébé dans un bras, tenant son épée de l'autre main. Elle la lui tendit aussitôt.

- Tu veux sûrement récupérer ça, dit-elle timidement.

Le silence pesa un instant sur elles, jusqu'à ce que Mulan se décide à le rompre :

- Dis-moi… Tu penses vraiment que j'ai essayé de séduire Philippe ?

Aurore la supplia du regard. Elle ne voulait pas parler de ça. Elle aurait préféré que les dernières heures soient effacé de leurs mémoires. Elle aurait aimé retourner dans la forêt, dans les bras de son amie, au moment où elle avait enfin osé l'embrasser.

- Aurore, murmura la guerrière, qui lui prit la main. Je veux vraiment savoir. C'est important pour moi.

- C'est vrai, avoua-t-elle finalement. C'est vrai, je crois que tu as tenté de le séduire. Je constate même que tu y es parvenue.

- Jamais. Tu m'entends ? Jamais.

La princesse se détourna. La regarder lui faisait mal. Ne pas pouvoir la toucher lui faisait mal.

- J'ai gardé mes sentiments secrets, poursuivit Mulan. Et jusqu'à ce qu'il m'embrasse, je n'avais aucune idée de ce qu'il ressentait pour moi.

- Tu comptais m'en parler ? Du baiser ?

- Oui.

La guerrière contourna son amie, s'approchant jusqu'à ce qu'elle relève la tête et plonge dans son regard.

- Je ne veux plus jamais te mentir.

Aurore fit un pas en avant, comblant la distance entre elles. Leurs souffles se mêlèrent. Elle fut presque incapable de résister à la tentation de poser ses lèvres sur les siennes. Presque.

- Je t'aime, murmura Mulan.

Elle se mit à pleurer sans pouvoir s'en empêcher. Elle sentait que la princesse lui échappait et n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire pour la retenir. Elle ne s'en sentait pas le droit, de toute façon.

- Je ne peux pas, répondit Aurore, qui recula.

Elle serra son fils contre elle avec plus de vigueur.

- J'ai un devoir envers Philippe, reprit-elle. Nous sommes une famille maintenant. Nous ne pouvons pas nous contenter d'obéir à nos désirs en ignorant nos devoirs.

- Vous pourriez mettre fin à votre mariage ! s'exclama Mulan, qui désespérait. Et alors il ne serait plus question de devoir, mais seulement d'amour.

- J'ai également un devoir de mère. A quoi penses-tu que cela ressemblerait pour mon fils ? Je ne peux pas !

Le cœur en pièces, Aurore fit volte-face et prit la direction du centre-ville. Elle ne savait pas ce qu'elle dirait à Philippe lorsqu'elle le retrouverait. Elle ne savait même pas si elle avait envie de le retrouver. En fait, si elle s'était écoutée, elle aurait fait demi-tour et serait allée se jeter dans les bras de son amie. Mais elle ne voulait pas faire ça à Philippe. Elle ne voulait pas le faire encore une fois.

OooOooOooO

Philippe était agenouillé sur la banquette, devant la fenêtre de sa chambre d'hôtel, à cette place que sa femme avait occupé pendant si longtemps. Ainsi, c'était une histoire d'amour secrète qui l'avait gardée plongée dans ses pensées durant ces interminables nuits qu'elle ne passait pas près de lui.

- On peut parler ?

Aurore se tenait sur le pas de la porte, son bébé dans les bras. Elle se sentait comme une intruse sans savoir pourquoi. Le prince lui fit signe de venir prendre place à ses côtés et elle obéit, ne s'arrêtant que le temps de déposer l'enfant dans son berceau. Une fois assise, Aurore se tourna vers la fenêtre, car il était plus facile de regarder dehors qu'à côté d'elle.

- Je ne t'en veux pas, murmura Philippe, qui fixait un point imaginaire à l'horizon.

- Tu pourrais m'en vouloir. Tu devrais m'en vouloir.

- Est-ce que tu l'aimes ?

La princesse fut tentée de faire celle qui ne savait pas de quoi il parlait, mais elle savait que c'était vain. Ils avaient atteints un point de non-retour et elle s'en sentait étrangement soulagée.

- Elle compte beaucoup pour moi, reconnut-elle.

- Je peux le comprendre.

- Je sais. Elle compte pour toi aussi.

Aurore avait laissé filtrer un peu de sa colère dans cette dernière phrase. Elle n'arrivait pas à pardonner à son mari des erreurs qu'elle avait elle-même commises. Elle prit une profonde inspiration, les yeux fermés, écoutant la respiration du bébé qui s'était endormi dans son berceau.

- Nous allons nous en sortir, dit-elle bravement.

- Pourquoi est-ce que tu continues de t'accrocher à nous ? C'est terminé, Aurore. C'est terminé depuis longtemps.

Des larmes coulèrent sur les joues de la princesse, qui retint un sanglot douloureux. Son mari était si calme, si résigné.

- Et toi, pourquoi est-ce que tu abandonnes ?

Philippe prit son visage entre ses mains, la forçant à le regarder.

- Il y a une chose que tout le monde omet toujours de dire, répondit-il. Abandonner, ça fait du bien.

Il attira sa femme dans ses bras, et elle laissa libre cour à son chagrin. Le prince, lui, était incapable de pleurer. Il ignorait pour quelle raison, il savait seulement qu'il n'y parvenait pas. Et pourtant, il se sentait malheureux comme jamais. Se détachant doucement, Aurore posa son front sur le sien.

- Mon devoir est de rester auprès de toi et de notre enfant, hoqueta-t-elle.

- Tu es libre, Aurore. Nous serons toujours là, nous serons toujours ta famille. Mais je ne veux pas que nous vivions un mensonge. Nous avons fait cela trop longtemps déjà.

Résignée à son tour, la princesse se leva lentement. En passant devant le berceau, elle s'arrêta pour caresser la joue de son fils. Sur le seuil de la porte, elle s'arrêta à nouveau et regarda en arrière. Elle appuyait volontairement où ça faisait mal. Elle voulait avoir pleinement conscience de ce à quoi elle renonçait. Finalement, elle parvint à détacher son regard de sa famille et tourna les talons, refermant la porte derrière elle. Resté seul, Philippe sentit que les larmes venaient enfin.

OooOooOooO

Mulan se laissa tomber sur une souche d'arbre, juste devant le feu de camp des Joyeux Compagnons. Fidèle à son habitude, Petit-Jean la rejoignit dès qu'il capta sa détresse. Il s'assit en tailleur à ses pieds et prit sa main dans la sienne. La guerrière tenta d'inspirer mais cela se transforma en sanglot. Les larmes qu'elle avait retenues en chemin se mirent à couler librement sur son visage. Lorsqu'elle eut épanché sa peine, elle releva la tête, surprise de constater qu'une douzaine de ses compagnons la veillaient silencieusement. Un sourire lui échappa lorsqu'elle reconnut Will parmi eux.

Robin arriva au camp sur ces entrefaites. Il dispersa aussitôt ses hommes et vint s'asseoir près de la jeune femme. Celle-ci se glissa entre ses bras, les yeux fermés.

- Oh, Robin ! murmura-t-elle.

Les larmes revinrent, juste quand elle pensait ne plus pouvoir pleurer davantage.

- Raconte-moi, ordonna-t-il doucement.

Sa voix grave et chaleureuse rassura Mulan, qui parvint à maîtriser sa tristesse pour lui répondre :

- Je suis amoureuse d'Aurore. Et je crois qu'elle aussi. Mais elle est mariée à Philippe, qui est mon meilleur ami et qui nous aime toutes les deux. Ils ont un enfant, tu comprends ? Je n'ai pas ma place là-dedans.

- Oh.

Robin n'était qu'à moitié surpris par l'aveu. Il avait deviné bien des choses à travers ce que Mulan lui avait raconté avant et après avoir rejoint les Joyeux Compagnons. D'un ton calme, il répondit :

- Si vous vous aimez, alors c'est ce qui compte. Leur enfant va grandir, et il comprendra. Le meilleur exemple que ses parents peuvent lui donner est de vivre sincèrement. Et de suivre son cœur.

- C'est ce que tu comptes faire également ? Avec Marianne et Regina ?

- Oui.

Mulan se laissa câliner encore un moment, avant de se relever, embrassant son chef sur la tempe pour le remercier. Après un dernier regard reconnaissant, elle se glissa dans la forêt, encore incertaine de la marche à suivre. Elle voulait seulement revoir Aurore.

OooOooOooO

Philippe sortit prendre l'air, laissant son fils sous la surveillance d'Ashley, qui avait eu la gentillesse de monter voir s'il avait besoin de quelque chose. Une fois dans la cour devant Chez Granny, il s'adossa contre le mur et prit une grande inspiration. Il devait revoir tout ses plans pour l'avenir, redéfinir son futur dans sa globalité. La porte du restaurant s'ouvrit, et une femme sortit. En la voyant essuyer une larme, le prince se sentit attiré par elle. Il avait désespérément besoin de penser à la tristesse de quelqu'un d'autre. Cela lui semblait être un excellent moyen d'oublier la sienne tout en venant en aide à autrui. Alors il prit l'inconnue par le bras, d'un geste doux mais ferme.

- Tout va bien ? demanda-t-il.

La jeune femme se retourna. Elle avait le teint mate, des yeux noisettes et un sourire honnête. Une vague de compassion déferla sur lui en voyant la douleur de son regard.

- Oui, répondit-elle d'une toute petite voix.

- Non, je vois bien que non.

Le prince entraîna l'inconnue vers une table et la força à s'asseoir sur une chaise. Puis il commanda deux cafés auprès de Ruby. De retour auprès de la jeune femme, il s'installa en face d'elle, ne sachant comment la réconforter.

- Vous voulez me raconter ? demanda-t-il doucement.

- Je veux bien. Si ça ne vous dérange pas. J'ai le sentiment qu'il faut vraiment que j'en parle à quelqu'un.

- Alors je serai cette personne ! Je m'appelle Philippe.

Il lui tendit une main qu'elle serra avec plaisir.

- Et moi je m'appelle Marianne.

OooOooOooO

Mulan s'assit au bord de la plage, tout près de l'endroit où elle s'était disputée avec Aurore. Ce souvenir lui était à la fois doux et douloureux. Après tout, si cette dispute n'avait jamais eu lieu, elle n'aurait jamais avoué ses sentiments à la princesse. Et, malgré tout le mal qu'elle avait causé en le faisant, elle ne parvenait pas à le regretter. De discrets bruits de pas lui parvinrent, qu'elle identifia aussitôt grâce à son ouïe de chasseuse. Elle fut tout de même surprise de voir Aurore s'installer auprès d'elle.

La guerrière voulut parler mais sans trouver quoi dire. Peut-être que finalement il n'y avait rien à dire. Peut-être que leur histoire était une tragédie et qu'elle devait s'arrêter là. Peut-être que Mulan aurait dû se jeter dans l'océan et se noyer, comme elle l'avait souhaité parfois. Lorsque la princesse se tourna dans sa direction, posant sur elle un regard plein de tendresse, la brune réalisa qu'elle n'avait pas la moindre envie de la perdre pour toujours.

- C'est terminé, murmura Aurore. Philippe et moi, c'est terminé.

Mulan se rapprocha avant d'avoir pu s'en empêcher. Elle qui croyait qu'il s'agissait d'un adieu.

- Tout est de ma faute ! s'exclama-t-elle.

- Non.

Aurore tendit la main pour toucher le visage de son amie. Elle découvrait de nouvelles sensations à son contact, qu'elle n'avait ressenties pour personne d'autre. Un délicieux sentiment de panique et d'expectation se répandait en elle à chaque fois qu'elles étaient en contact physiquement.

- Je te choisis, toi, ajouta-t-elle, plus sereine qu'elle ne l'avait jamais été.

La princesse se pencha sur son amie, emprisonnant ses lèvres, l'empêchant de répondre. Elle laissa enfin libre cour à sa passion et son amour, sans retenue, sans fausse pudeur. Elles basculèrent en arrière, riant et s'embrassant tout à la fois. La tête dans les cheveux de la guerrière, Aurore murmura :

- Je t'aime aussi.

Les bras de Mulan s'enroulèrent autour d'elle, la serrant très fort. Presque trop fort. Et pourtant, elle aurait aimé que ça le soit encore davantage. Elle sentait son amour comme quelque chose de pesant dans l'atmosphère, qui alourdissait l'air, dansait tout autour d'elle, s'infiltrait sous les pores de sa peau. Elles se redressèrent, étroitement enlacées, leurs jambes toutes emmêlées sans que cela ne les dérange. Aurore posa sa tête sur l'épaule de son amie, respirant son odeur avec délice. Jamais elle n'aurait cru qu'aimer puisse être aussi enivrant.

- Je ne cesserai jamais de t'aimer, déclara soudain Mulan.

- Comment peux-tu seulement m'aimer ? J'ai été une vraie peste avec toi. Et je ne suis pas une guerrière, je ne suis pas courageuse, je n'ai rien d'une personne que tu pourrais admirer.

- Bien sûr que si, tu es courageuse. Tu as traversé beaucoup d'épreuves difficiles et tu as toujours fait de ton mieux pour aider les autres.

Aurore sourit. C'était plaisant à entendre.

- Comment as-tu su que tu étais amoureuse de moi ? questionna-t-elle, curieuse.

- Je l'ai su lorsque j'ai tenu ton cœur entre mes mains. Je me souviens de la façon dont tu me regardais lorsque je l'ai remis en place.

- J'étais terrifiée.

- Oui, mais tu me faisais confiance.

Mulan chercha la main de son amie et entremêla leurs doigts. Elle entendait son cœur battre dans son corps tout entier, ses membres tremblaient, son souffle était court, et elle était plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été. Tout contre elle, Aurore se faisait les mêmes réflexions.

- Tu sais, dit soudain la guerrière, la notion de devoir était très importante pour ma famille. Mais je n'ai jamais été d'accord avec ça.

- Ah oui ?

Mulan embrassa son amie dans le cou, lui arrachant un éclat de rire.

- Mon seul devoir est celui de mon coeur, murmura-t-elle à son oreille.

OooOooOooO

Ruby servit une tasse de café à Philippe, s'accoudant au bar pour discuter avec lui. Aussitôt, le docteur Whale, qui était assis sur le tabouret voisin, se tourna dans leur direction pour participer à la conversation. Au début, le prince fut un peu timide et n'osa pas parler, puis se sentant entouré, il finit par se confier.

- Vous vous aimez tous les trois, c'est bien ça ? demanda Victor. Vous pourriez être un couple un peu spécial, je ne vois pas où est le pro…

- VICTOR ! s'exclama Ruby, choquée.

Le docteur s'interrompit vivement en entendant sa petite-amie le remettre à sa place.

- Je voulais seulement détendre l'atmosphère, se défendit-il.

Ruby se pencha en avant pour observer attentivement son nouvel ami. D'un ton curieux, elle demanda :

- Alors comme ça, tu connais Marianne ?

- Nous venons seulement de nous rencontrer, répondit Philippe. Elle est très gentille et elle comprend parfaitement ce que je traverse.

- Oui, forcément, avec Robin et Regina, c'était un peu la même histoire. Sans le voyage dans le temps. Mais tu as compris.

Whale tapa dans le dos du prince et lança, tout en lui faisant un clin d'œil :

- Et en plus maintenant, elle est célibataire !

La porte du restaurant s'ouvrit, laissant passer Mulan et Aurore, qui vinrent aussitôt jusqu'à Philippe. La princesse attendit à l'écart tandis que les deux anciens compagnons s'éloignaient pour discuter. Une fois dans le couloir menant à l'hôtel, ils se firent face, un peu gênés tous les deux.

- Je te demande pardon, commença Mulan.

- Moi aussi.

- Tu n'as rien à te reprocher…

- Bien sûr que si. Tout ce que tu m'as dis lors de la malédiction était vrai.

Le prince passa une main dans les cheveux de son amie. Il se sentait encore plein de tendresse envers elle, en dépit de tout.

- Je vous ai aimées toutes les deux, reprit-il. Je trouve juste de vous perdre toutes les deux.

- Ne dis pas ça…

- Ce n'est pas grave. Un jour, je le sais, la douleur sera moins vive. Et je sais que je ne serais pas seul pour y faire face. J'ai de merveilleux amis. Comme toi, par exemple.

La guerrière se glissa entre les bras de Philippe, savourant son étreinte réconfortante. Elle s'était toujours sentie à l'aise auprès de lui, et elle était contente que cela n'ait pas changé. Les choses allaient être difficiles et elle le savait. Mais maintenant qu'Aurore lui avait avoué qu'elle l'aimait, elle se sentait capable d'y faire face. Et jamais elle n'abandonnerait son prince. Elle se détacha doucement de lui et ils échangèrent un sourire un peu forcé. Seul le temps guérissait ce genre de blessure. La jeune femme s'éloigna lentement, bientôt stoppée par un cri :

- Mulan !

Elle se retourna.

- Oui ?

Philippe sourit. Avec sincérité, cette fois-ci.

- Ne m'appelle plus jamais « Phil ».

- Promis.


Et voilà, plus que l'épilogue et c'est terminé. A dans deux/trois jours !