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[Cracher sur le capitaine Dalton]
Elle cracha alors au visage du capitaine qui ne cilla pas un seul instant sous l'assaut. Immédiatement, ce n'était pas sa main qui s'était élevée dans les airs mais celle de son commandant qui voulu clairement la gifler pour son comportement. Mais il fut arrêté au dernier moment par Dalton qui retint sa main sous la stupéfaction de son supérieur.
Il la relâcha promptement tout en s'excusant :
- Pardon Commandant. Je ne voulais pas m'interposer de cette manière mais c'est personnellement à moi qu'elle s'en est prit. J'aimerai autant régler ça moi-même.
Le commandant sourit de façon mauvaise, sachant quelque chose que Clem ignorait.
- Bien. Appliquez la punition qui vous conviendra. Mais allez-y mollo capitaine.
- Bien sûr, monsieur. Dit-il tout en finissant de se nettoyer avec le revers de sa manche.
La réplique du commandant ne rassura guère Clementine… Qu'avait-il sous-entendu ? Peut-être qu'elle aurait mieux fait de se retenir finalement…
Ils sortirent alors tous trois de la pièce installés pratiquement au bout de ce long couloir. Sur leur droite il ne restait que deux autres portes, installées l'une en face de l'autre débouchant certainement sur d'autres containers. Ils avaient taillés la tôle de tous ces caissons ou en avait gardé d'autres intacts pour les utiliser en tant que pièces.
Combien y en avait-il ? Ou en avait-il trouvé autant ?
Mais elle n'eut pas le temps d'essayer de s'appesantir sur un sujet aussi futile qu'elle était poussée par la main du capitaine à avancer. Il récupéra le soldat qui gardait la porte et lui ordonna :
- Porter, suivez nous !
Ils avancèrent dans le couloir jusqu'à l'unique tournant qui se trouvait sur celui-ci. Seulement ils ne prirent pas, ni ne continuèrent à longer ce grand corridor. Ils s'arrêtèrent sur la porte au bout de ce morceau, à la lisière du croisement.
Clem ne se priva pas de décortiquer chaque détail de cette construction. De toute évidence, à cet étage, les couloirs formaient un « H ». Au centre de ce qui faisait office de la plus petite barre de cette lettre, ils avaient découpé une trouée qui conduisait à un étage inférieur grâce à trois échelles que quelqu'un finit de grimper.
La fillette comprit tout de suite qu'elle se trouvait au dernier niveau de la plus large et longue construction qu'elle avait repéré un peu plus tôt ; celle installée à l'opposé du réfectoire.
- Entre. Lança le capitaine tout en prénétrant dans la pièce qu'il venait d'ouvrir.
Il n'y avait pas d'électricité dans ce lieu sombre. Elle hésita vivement à passer le seuil, peu rassurée à l'idée de ce qui l'attendait. Mais elle n'eu pas le temps d'y songer qu'elle fut rapidement bousculer par le soldat qui les avait suivi jusqu'ici.
Le capitaine alluma alors deux lampes à huiles posées sur une table au fond des lieux. Et dès que les flammes de celles-ci s'avivèrent, Clementine repéra enfin les trois crochets plantés sous forme de triangle dans le plafond. Un morceau de corde étaient attachés à chacun d'eux.
La jeune fille inspira longuement, obnubilée par ces deux tiges qui pendaient disgracieusement.
- Attache-la.
Elle se pétrifia.
La seconde suivante, elle était attrapée par le soldat qu'avait réquisitionné le capitaine Dalton. Elle ne se débattit même pas lorsqu'il se saisit d'elle. Ça aurait été vain. Au mieux elle aurait attisé un peu plus la colère du capitaine.
Quoique… Elle n'était pas sur que le terme « colère » définissait réellement son état d'esprit. Sa façon d'être était déconcertante. Son calme était suffocant. Son regard, terrifiant. Il s'infiltrait dans chacune de ses pensées. Tant que seule une douleur au poignet droit lui fit reprendre contact avec la réalité de sa situation.
Son bras était tenu en l'air par Porter qui enroula la corde autour de son poignet. Il serra fort, s'assura que le nœud était bien solide puis opéra la même tâche avec son autre bras.
Elle ne pouvait plus aller nulle part à présent. Le capitaine l'observait du bureau installé sur son flan gauche. Après quelques secondes, il finit par s'approcher d'elle par derrière pour rapidement attraper les pans de son pull et son tee-shirt.
- Qu'est-ce tu fais ?!
Une terreur nouvelle et inouïe s'empara d'elle. Elle se sentit mal à l'aise. Nauséeuse. Soucieuse.
Mais fort heureusement, ce sentiment ne dura pas. Le capitaine passa seulement ses vêtements au dessus de sa tête, dévoilant ainsi la peau de son dos. Après ça, il ne posa plus ses mains sur elle.
Au lieu de ça, il rejoint de nouveau le bureau et ouvrit l'un des deux placards qui si trouvaient. Il empoigna quelque chose de sombre et de fin dont Clementine devina l'usage avant même qu'il ne se retourne et dévoile l'outil entre ses mains.
Un fouet.
Il s'approcha avec l'instrument, attrapa l'une des deux lampes qu'il vint faire pendre devant son visage grâce au dernier bout de corde accroché sur le troisième crochet.
Lorsqu'elle prit conscience de l'utilité de ce dernier, elle se dit qu'il fallait être plutôt malsain pour installer un truc pareil. Vouloir observer le visage des autres alors qu'ils souffraient sous les coups… C'était du jamais vu pour elle.
Clementine respirait vite. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Elle avait peur. Elle était effrayée par la nature même de cet homme et de ce qu'il comptait lui faire.
Il vint se poster devant elle, droit comme un piquet, les mains derrières le dos. Il était à moins d'un mètre de son visage, juste à quelques centimètres de la lampe qui pendait entre eux ; exposant ainsi les détails des expressions de l'autre. Il baissa les yeux vers elle. Il ne souriait pas. Ne paraissait pas non plus apprécié plus que ça la situation.
Le capitaine gardait une évidente gravité et comme tout à l'heure, il sembla essayé de s'imposer en elle à travers sa présence qu'elle sentait tout autour d'elle... Qu'elle sentait s'infiltrer dans sa tête.
Après un temps, il finit par parler en ne la lâchant jamais du regard même si les mots ne s'adressaient pas à elle.
- Prenez ça Porter. Il lui tendit le fouet par son flan droit. Faîtes selon mes ordres.
- Bien Monsieur. Dit l'autre en attrapant l'objet qui disparut finalement du champ de vision de la jeune fille à la casquette.
Même si la voix de Porter ne flancha pas, Clem y perçut un léger malaise.
Et elle savait que si elle l'avait noté, le capitaine aussi. Mais celui-ci feignit de ne pas l'avoir remarqué.
Ses prunelles restaient vissées à celle de Clementine. Il recula de quelques pas jusqu'à rejoindre les limites de la pièce, parfaitement stoïque.
Clementine inspira fort, son corps tremblait sous l'appréhension du choc, d'une douleur encore inconnu. Ses poings se crispèrent lorsque le capitaine énonça platement :
- Allez-y.
Aucune réponse ne vient, si ce n'était le mouvement du fouet qui claqua l'air et écorcha virulemment la peau de son dos. La violence l'aveugla, ses traits se déformèrent tandis qu'elle ravalait un cri avec une grande difficulté.
Elle ne lui donnerait pas satisfaction. Il ne la verrait pas le supplier ou gémir afin de lui demander son pardon. Envers cet être avilissant, elle tiendrait bon.
Elle serra les dents, ne baissa pas la tête. Il étudiait son visage sans jamais dévoiler un instant le fond de ses pensées. De toute façon à cet distance, elle ne pouvait plus percevoir que la forme de son visage et l'éclat de la flamme qui brillait dans ses orbes attentives.
- Plus fort.
Clementine se tendit par instinct lorsque le deuxième coup vint arracher la peau de ses reins. L'assaut avait était telle que sa tête s'était affaissé violemment en avant, laissant tomber au sol sa précieuse casquette.
La dernière attache qu'il lui restait de son passé. De ses parents, de Lee et même de Kenny.
- Recommence.
Le troisième traumatisme eu presque raison d'elle tant elle eu l'impression que l'impact frôla les os cachés sous peau. Ses pieds ne la retenaient même plus. Toute son énergie était usée afin de ne pas craquer. Seulement, elle savait pertinemment qu'elle ne pourrait plus tenir très longtemps.
Sa tête affaissée, le regard obnubilé par sa casquette tombée au sol… une unique larme roula sous son œil de droit. Elle pensait à tout ce qui l'avait conduis jusqu'ici. Commençait même à se demander si tout ceci n'était pas la voie que son destin avait choisie pour la punir de tous les gens qui étaient morts par sa faute…
Non !
Elle ne devait pas se laisser avoir. Elle parvint alors dans un dernier effort à évacuer les sombres pensées qui envahissaient sa tête puis réussit à reprendre contenance un bref instant. Elle ravala sa peine et sa souffrance une fois encore puis releva son faciès vers le capitaine.
Il aimait l'observer alors elle s'assurerait qu'il sache qu'il n'arriverait pas à la faire plier. Peu importait ce qu'il essayait d'atteindre en agissant de la sorte, il ne l'obtiendrait pas. La seule chose qu'elle lui offrit fut un visage emplie par l'animosité qu'elle ressentait à son égard.
- Tu n'as même pas… le cran de le faire… toi-même ?!
En dépit d'un débit chevrotant, son timbre transpirait la colère qui se diffusait dans tout son être.
- Encore une fois.
Le quatrième coup de fouet finit de briser ses derniers remparts. Les larmes s'écoulèrent sur ses joues sans qu'elle ne puisse y faire quoi que se soit. C'était un réflexe physique sur lequel elle n'avait aucun contrôle à l'heure actuelle. Elle subissait un véritable supplice. La souffrance était intolérable.
Pourtant, son visage gardait tout de même cette combattivité qui lui était propre. Malgré ses larmes intarissables, elle ne flanchait pas. Elle ne renonçait pas.
- C'est bon Porter. Ça suffira pour aujourd'hui. Repose le fouet dans l'armoire et retourne à ton poste.
- Bien capitaine.
Clem se retint bien d'exprimer une quelconque émotion fasse à la dernière réplique du capitaine. Elle n'essaya même pas de comprendre ce qui le poussait à s'arrêter maintenant. Elle n'avait plus la force de rien.
Elle pendait comme un pantin désarticulé qui venait de terminer le spectacle le plus difficile de sa carrière.
Un mal être étrange avait grandit en elle sous le dernier coup. Sans saisir encore pourquoi, Clementine s'était sentit dépossédée de quelque chose de vitale à sa vie. Un sentiment dans son cœur s'était effacé… Comme si une étape dans sa vie venait d'être franchie sans quel ne fut prête à la laisser partir.
Qu'avait-elle perdu ?
Le bruit des pas de Dalton s'approchant d'elle finirent par lui faire oublier un instant le sentiment de perte qui s'était emparé d'elle.
Elle était éreintée, n'avait plus la force de répliquer. Néanmoins, elle eu tout de même le cran de le dévisager d'un bref coup d'œil. Il ne souriait pas. Ne se sentait pas moins coupable qu'heureux de ce qui lui était arrivé. Il paraissait suspendu dans ses pensées sans jamais dévoiler un seul instant le fond celles-ci.
Il fit alors un geste qui déstabilisa Clem. Il ramassa sa casquette et lui remis sur la tête sans geste brusque. Il finit par la détacher avec une certaine finesse. Elle faillit s'écrouler au sol mais Dalton la rattrapa avec aisance. Il fit alors passer le bras de la plus jeune par-dessus son cou et la conduit hors de ces lieux.
Pourquoi une telle bienveillance après tant de malveillance ?
Mais Clem n'en avait cure. Elle était trop faible pour essayer d'y songer. Le moindre mouvement tiraillait la peau de son corps meurtri.
Ils rejoignirent le centre de ce dernier étage, la où les échelles grimpaient. Ils accédèrent au couloir parallèle à celui qu'il venait de quitter, s'engouffrèrent sur la gauche. Les porte défilaient sans que Clementine n'y prête attention jusqu'à ce qu'il les fasse s'arrêter devant l'une d'entre elle.
Il débloqua de sa main libre le loquet de la porte, l'ouvrit et les fit rentrer à l'intérieur de cette pièce sombre seulement éclairée par la lumière du couloir.
Clementine repéra brièvement une banquette sur laquelle le capitaine la déposa doucement sur le ventre. Il s'en alla sans piper mot, referma la porte la laissant seul dans la pénombre de cette cage. Le voile opaque qui comblait sa vue pénétrait aussi son âme. La douleur irradiait chaque particule de son être. Et celle-ci n'était pas que physique...
Elle arrêta alors de penser. Elle resta immobile, tâchant d'éviter tout geste car même respirer lui faisait mal. Elle se sentit alors tomber dans une semi conscience.
Entre réalité et rêveries, les deux se confondaient. Elle ignorait où s'arrêtaient les rêves et où commençait la vérité. Des images qu'elle savait stimuler par son esprit torturé… Des souvenirs des gens qui avaient croisés sa route… Des personnes avec qui elle aurait aimé être…
Elle savait que tout ceci était faux pourtant un espoir insensé s'infiltra, rongea sa raison. Elle tanguait sur les mensonges de sa conscience et prenaient un certain plaisir à croire que la vie à Wellington était la véritable tromperie.
Mais les choses ne marchaient pas comme ça. Tôt ou tard, elle dû faire face à la véracité de sa situation.
Ce fut le bruit grinçant de la porte qui s'ouvrit qui la fit quitter l'amertume de ses rêveries, de ses souvenirs, de ses désirs…
La voix de quelqu'un d'inconnu résonna, parlant avec une autre personne sans qu'elle ne distingue clairement leurs paroles. La porte se refermait quand elle rouvrit les yeux. Elle sut qu'elle n'était plus seule dans la pièce quand elle repéra le bruit d'une autre respiration ainsi que des pas qui marchaient dans sa direction.
Clementine prit soudain peur, ignorant tout de cet inconnu, de ce qu'il allait lui faire. Son rythme cardiaque grimpait à vive allure. Plus l'autre s'approchait, plus l'inquiétude envahie sa tête.
Elle savait ses yeux ouverts mais elle ne pouvait rien discerner.
Finalement, la personne présente passa tout près d'elle. Elle entendit clairement le talon de sa chaussure passer tout près de son oreille. Toutefois, l'autre poursuivit ses mouvements sur deux autres pas. Il sembla farfouillé dans des objets qu'il fit bouger. Et finalement, un grattement qu'elle connaissait bien résonna dans les lieux.
Elle ne pouvait le voir étant donné qu'il lui tournait le dos mais elle vit clairement l'éclat de l'allumette qu'il avait craqué définir la silhouette de son corps. Il était accroupi et finit par se relever avec une lampe comme celle qui se trouvait dans la pièce qu'elle avait visitée avant celle-ci.
Leur regard ne se croisèrent pas jusqu'à ce qu'il aille s'installer sur la couchette collée contre le mur opposé à celui où elle trouvait.
Immédiatement, grâce à la lumière posée devant lui, il finit par voir qu'elle était réveillée. Clementine, elle pouvait enfin discerner les traits de l'autre occupant des lieux.
Elle fut plus qu'étonnée par la jeunesse de ses traits. Il n'était pas plus jeune qu'elle, certes, mais il ne devait pas avoir plus de quinze ans. Son regard clair était affreusement terne, son physique bien entretenu contrastait avec la lassitude et le manque de vitalité qui se reflétait sur lui. Ses cheveux d'un brun foncés étaient coupés en brosse offrant une certaine sévérité à son visage au front large. Ses pommettes plutôt hautes creusaient légèrement ses joues.
Elle lui trouva une certaine ressemblance avec le rival d'Harry Potter dans les films du même nom. Lorsqu'il était un peu plus vieux par contre. Le visage du garçon assis de l'autre côté de sa couchette avait un visage plus carré et un front tout de même moins large que celui de l'acteur.
Ils se guettèrent avec un intérêt non dissimulé et une certaine crainte tout de même. Le jeune garçon finit par observer la peau de son dos toujours dénudé et donc les marques qui y avaient été imprimé.
- Comment… Comment c'est ?
Clementine se surpris presque elle-même lorsqu'elle entendit le timbre sa voix.
- Ils ont eu la main lourde pour ton premier jour… Mais j'ai vu bien pire ici. Ça laissera des marques mais dans quelques jours tu iras déjà bien mieux.
Elle apprécia sa franchise ainsi que son timbre rêche qui avait une tonalité plutôt agréable.
- Je m'appelle Jack. Finit-il par dire, un peu plus en confiance.
- Cle… Clementine.
- Bienvenue à Wellington…
Il n'y avait rien d'accueillant dans ses paroles. Elles étaient froides, morbides, desséchées. Il n'y avait aucun espoir derrière ces trois mots… Aucune échappatoire.
- Je ne compte pas y rester très longtemps…
- C'est ce que je disais au début. J'ai essayé de m'enfuir aussi… Mais ça n'a pas marché. J'étais même prêt à laisser ma mère ici. Elle est morte maintenant.
Clementine ravala difficilement sa salive. Vouloir s'enfuir au point de laisser sur place la seule personne que l'on aimait…
Dans quel genre d'endroit était-elle tombée ?
Elle en avait déjà eu un aperçu tout à l'heure mais elle sentait que ceci n'était que le sommet de l'iceberg sur ce qu'elle allait expérimenter dans l'enceinte de ce camp.
- Il faut que je parte d'ici.
Elle murmura cette phrase comme la devise qui serait celle de sa vie à présent. L'autre dû l'entendre puisque qu'il finit par énoncer :
- Le seul moyen de sortir d'ici s'est en s'échappant - ce qui n'arrive pratiquement jamais - ou les pieds devants.
Elle fut confuse par cette dernière expression qu'elle ne connaissait pas. L'autre dû le remarquer puisque qu'il rajouta platement :
- Mort.
- Ah…
Mais elle ne s'arrêta pas pour autant sur ce terme. Elle préféra réfléchir aux termes qu'il avait utilisé quand il avait parlé d'échappatoire
« Pratiquemment jamais »
Cela voulait donc dire qu'au moins une personne y était arrivée…
- Il faut que tu oublies tout ce qui a pu se passer avant. Crois-moi, se sera plus simple pour toi.
- Et si je ne veux pas oublier ?
- Tôt ou tard ça arrivera. Ils t'y pousseront d'une manière ou d'une autre. Peu importe ce qu'a été ta vie d'avant ou ce que tu espérais avoir en venant ici, c'est fini. Tu dois faire une croix dessus.
Et soudain, elle saisit enfin le sentiment de perte qui l'avait submergé sous le dernier coup de fouet.
Son enfance s'était irrévocablement envolée. Sans même s'en rendre compte, elle avait définitivement laissé les derniers espoirs d'expérimenter un semblant d'une jeunesse plus ou moins normal.
Elle ne pourrait jamais honorer la promesse qu'elle avait faite à Kenny. Et jamais celui-ci ne serait à quel point elle lui en voulait pour lui avoir fait croire une dernière fois que cela arriverait peut-être.
Clementine enfouit sa tête dans le matelas. Elle n'arrivait pas à pleurer, ni même à hurler. Pourtant, Dieu qu'elle en avait envie !
Tout allait tellement mal. Elle aurait tant aimé avoir AJ auprès d'elle. Le serrer dans ses bras. Se raccrocher à lui… à n'importe qui à vrai dire…
- J'ai un peu d'eau et un torchon propre pour nettoyer tes blessures. Si tu veux, je peux faire ça pour toi…
Clementine observa de nouveau le jeune Jack avec une sincère gratitude. Pas pour la proposition en elle-même… Mais pour lui avoir offert ces mots au moment où elle cherchait désespérément que quelqu'un lui tende la main.
- Oui. Merci.
Le garçon lui sourît. Au visage qu'il affichait, cela ne semblait guère être quelque chose qu'il faisait souvent ici. Il se leva donc promptement pour récupérer un large bol d'eau ainsi que la serviette dont il avait parlé. Il s'installa alors au pied de l'endroit au elle reposait, à hauteur du milieu de son dos. Puis, tout en trempant le tissu dans l'eau, il déclara avec une certaine émotion :
- Je vais essayer de ne pas te faire trop mal.
- C'est trop tard pour ça…
Sous la véracité des mots de Clementine, il se mit alors à essuyer le sang de son dos et à nettoyer les plaies avec les seules objets qu'il avait sous la main. Dès que le tissu passa sur ses blessures, elle mordit fort dans sa couchette. Elle gémit légèrement quand il restait trop longtemps sur une plaie.
- T'inquiète pas… Ils t'enverront voir le médecin demain.
- Pourquoi pas maintenant ? Demanda-t-elle avec une vive douleur dans la voix.
- Il faut que le message pénètre… Sinon te punir comme ils l'ont fait n'aura servi à rien.
Elle réfléchit aux paroles de Jack un moment. Sa haine envers cette communauté grandissait de minute en minute.
- D'ailleurs qu'est-ce que t'as bien pu faire pour subir ça dès ton arrivé ?
- J'ai -Aïe- craché sur votre capitaine…
- Sur Dalton ?!
Il était médusé. Il s'arrêta de nettoyer son dos puis lui déclara plus sérieux qu'il ne l'avait été depuis le début de leur conversation :
- Il y a une règle à appliquer ici. C'est la plus importante et la seule qui n'est pas inscrit dans leur règlement : éviter de faire quelque chose qui pourrait t'attirer des problèmes avec Dalton.
- Oui, j'avais cru comprendre.
Elle ne regrettait pas ce qu'elle avait fait. Il l'avait mérité. Mais elle devait admettre que la punition avait dépassé le crime commis.
- Non, tu ne comprends pas… Les coups de fouets s'est une chose… Le commandant utilise souvent cette punition aussi. Je ne sais pas s'il l'aurait fait pour ça, pour ton premier jour, mais il n'a pas la main morte en cas de désobéissance. Les lieutenants, les sergents et ses soldats non plus. Mais Dalton, lui, il sait comment s'infiltrer dans la tête des gens. Chaque chose qu'il fait à un but précis. Personne ne sait jamais ce qu'il prépare ou ce qu'il cherche à atteindre… Je l'évite dès que je peux et je te conseille de faire pareil.
Les paroles de Jack étaient loin de rassurer Clementine. À plusieurs reprises elle avait senti la présence de Dalton s'infiltrer en elle. Mais à chaque fois elle avait tenté de maintenir ses remparts face à lui. Elle pensait s'en être plus ou moins bien tirer… Mais est-ce que c'était vrai ?
Après tout, n'avait-elle pas déjà dit adieu aux espoirs d'une jeunesse résolument éteinte ?
Elle ne voulait pas y songer maintenant… Elle devait se concentrer sur autre chose que le capitaine de ce fichu camp.
« AJ »
Elle devrait se battre pour lui ! Quoiqu'il arrive…
- Voilà, j'ai fini.
Il fit une légère grimace, désolé qu'on lui ait infligé un tel traitement.
- Merci… Tu peux m'aider à m'asseoir ?
L'autre ne répondit rien et la prit seulement par taille pour l'aider dans sa démarche. Clementine soupira sous l'élancement affreux des plaies de son dos mais trouvait que l'eau avait tout de même apaisé sa peau.
Elle rabaissa finalement ses vêtements sur son dos et s'assura de ne pas s'appuyer contre la paroi métallique de container. Le frottement du tissu était déjà suffisamment pénible.
L'autre parti se rasseoir à sa place, la contempla quelques seconde puis finit par dire d'un timbre calme :
- À partir de maintenant, je te couvrirai, d'accord ?
- Après ce que je viens de vivre ici, tu ne peux pas t'attendre à ce que je te fasse confiance j'espère ?
- Il faudra bien. Parce que dans quelques temps, tu rejoindras notre section.
- Section ?
L'autre se ferma. Il baissa la tête rongé par une évidente culpabilité ainsi qu'une profonde amertume. Le dégoût dans son regard la tétanisa.
- Tu seras bien assez vite ce que ça veut dire…
Clementine était de moins en moins rassuré par cet endroit. Ses angoisses ne cessaient de grandir, ses incertitudes aussi…
J'espère que pour ceux qui ont fait ce choix, celui-ci vous a satisfait !
N'hésitez pas à m'en faire part dans un commentaire.
A bientôt pour la suite de l'histoire
