Bonjour ou Bonsoir à tous

La dernière fois, je vous avais chacun laissé sur un choix et voici la suite de cette histoire.

Je pense avoir trouvé le parfait moyen pour vous laisser un choix à chaque fin de chapitre tout en restant dans la continuité d'une histoire qui se suit sans trop de changement.

Pour vous repérer vis-à-vis des phrases ou répliques liées à vos choix, j'ai créé un système très simple. Je le rapellerai à chaque début de nouveau chapitre d'ailleurs et le complèterai en fonction des différents choix.

Si jusqu'ici les choses vous semblent cohérentes, que vous aimez le principe ou si vous trouvez quelques failles, faites le moi savoir s'il vous plaît.

Réponse review

TWDthegameRocks : Tout d'abord je te remercie pour la review que tu as déposé ainsi que pour tous tes mots gentils. Je suis ravi si le principe te plait et j'ai été très touché par le fait que tu penses que ça reste dans la lignée du jeu. Pour Jack je te laisse découvrir ça comme il se doit. J'espère que cette suite te satisfera en tout cas :)

Merci beaucoup à Miossec pour m'avoir mis en alerte. J'espère que la suite te plaira.


Système de repérage des répliques liées à vos choix:

SI VOUS AVEZ CHOISI DE CRACHER SUR LE COMMANDANT CALDWELL = [C1]

SI VOUS AVEZ CHOISI DE CRACHER SUR LE CAPITAINE DALTON = [C2]


The Walking Dead : Beyond Survival

Episode 1 : Into Wellington

Chapitre 2 : New Home

[]

Lorsque vous étiez fait captif, le lendemain du jour où vous aviez été capturé, il fallait quelques secondes au réveil pour bien réaliser ce qui était arrivé.

Pour Clementine, cela lui prit douze seconde…

C'est le temps qu'il lui fallut pour prendre conscience de toute la douleur engendrée par le jour précédent.

Couché sur le ventre, elle ouvrit les yeux dans une pénombre complète. Jack avait du éteindre la lampe avant de s'endormir. Elle était loin de se porter bien. Son corps meurtri l'élançait de part en part.

[C1] Elle pouvait encore sentir chaque attaque de la veille. Les coups portés par le commandant et le Sergent qui avait ramené Jack dans cette pièce lugubre. Mais malgré ça, c'était les mots et le comportement du capitaine Dalton qu'elle n'arrivait à s'ôter de la tête.

[C2] Elle pouvait encore sentir les coups de fouets lacérer sa peau et revoir en détail la façon dont il l'avait observé La façon dont il s'était conduit suite aux tortures qu'il lui avait infligées. Une certaine douceur tellement déroutante.

Elle repensait aussi à ce qu'il lui avait fait ressentir, chaque élément de leur conversation. Il était déstabilisant, implacable et en même temps très intense. Elle se remémorait encore très bien l'atmosphère du moment où il avait braqué son arme sur sa tête. Ses mots… Son assurance… Son flegme…

D'après Jack, personne ne savait ce qu'il avait en tête…

Prévoyait-il déjà quelque chose pour elle ? Ou agissait-t-il de la même façon avec tout le monde ici ?

En tout cas, elle sentait qu'elle avait peut-être un peu trop attiré son attention. Ce qui n'était pas forcément bon pour elle. Son codétenu lui avait clairement dit de tout faire pour l'éviter tant qu'elle le pouvait.

Et après ce qu'il s'était passé la veille, elle comptait appliquer au moins cette règle.

Soudain, elle sursauta lorsque la porte s'ouvrit brusquement. Elle gémit sous le geste car le moindre mouvement irradiait les endroits où elle avait été blessée la veille.

Elle put voir les yeux ouvert de Jack alors que son visage et le sien étaient à présent éclairés par la lumière du couloir.

Lorsque Jack repéra celui venu les réveiller, il se leva à toute vitesse, avec des gestes assez maladroit, encore embrumé par les vapeurs du sommeil. Il se tint bien droit devant le capitaine Dalton. A la seconde où il l'avait reconnu, il s'était instinctivement tendu si bien que Clementine commençait réellement à croire à chaque chose qu'il lui avait dite la veille.

- Tu as encore une heure Jack. Ton sergent passera te prendre.

Le garçon resta debout alors que le capitaine s'avançait jusqu'à Clémentine. Elle ne se sentait vraiment pas la force de se mettre toute seule sur ses jambes. Comme une réponse à cette pensée, Dalton attrapa son bras et la souleva simplement sous les quelques gémissements de la jeune fille. Elle réussit à attraper sa casquette qui reposait à côté de sa couchette. Elle en avait besoin… Elle y était attachée. Sans elle, elle se sentait incomplète. Et elle avait avoir besoin de tirer sa force là où elle pourrait pour survivre à cette journée.

Quand elle fut debout, la main du capitaine resta cramponnée à son bras alors qu'il la conduisait à l'extérieur. Elle ne supportait pas son touché après tout ce qu'il s'était passé hier. Mais elle devait faire avec. Après les avertissements de Jack et ce qu'elle avait vu de lui hier, il valait mieux qu'elle se tienne à carreau.

Elle partagea une œillade avec son codétenue avant que le capitaine l'amène à l'extérieur. Dans le regard de Jack, elle y avait sentit une certaine compassion.

Le capitaine les fit alors reprendre le couloir de la veille jusqu'à rejoindre les échelles qui conduisait à l'autre étage. Chaque mouvement du haut du corps électrisait chacune des marques qui lui avaient été infligées hier. Elle se demandait sincèrement si elle arriverait à descendre l'échelle sans s'écrouler avant d'avoir atteint le sol.

Avant d'emprunter celle-ci, elle demanda non sans une certaine fermeté- qu'elle n'arrivait pas à effacer de sa voix :

- Où est-ce qu'on va ?

Il ne répondit pas. Au lieu de ça il lâcha simplement lorsqu'ils furent devant les échelles :

- Descend.

Elle fronça des sourcils, se sentit l'envie irrésistible de lui renvoyer une réplique cinglante. Seulement, elle se retint et obéit pour le moment.

Elle se cramponna au barreau, descendit les marches avec précautions. Elle grimaçait à chacune d'entre elles. Elle dépassa néanmoins sa douleur et réussit à rejoindre le second niveau sans succomber sous la souffrance.

Clementine remarqua très vite que ce second étage était en tout point semblable au troisième. La seule différence était qu'un autre jeu d'échelle se trouvait de l'autre côté de ce hall et permettait donc de rejoindre le rez-de-chaussée de cette grande construction.

- Où est-ce que tu m'emmènes ?

Elle réessaya une fois de plus. Elle espérait qu'elle irait voir AJ. Mais une fois encore, elle n'eut aucune réponse à sa question. Cela la frustrait passablement.

- Tu avais plus de choses à dire hier…

Elle n'avait pu retenir cette réplique. Toutefois, il restait toujours imperméable à ses paroles. Insensible à son désarroi.

Ils rejoignirent alors le rez-de-chaussée. Comme aux autres étages, ici aussi, il y avait encore très peu de mouvement humain. Il était probablement assez tôt.

Mais elle laissa cet élément de côté pour remarquer que ce dernier niveau était différent des deux autres. Au lieu d'être découpé en deux couloirs sur chaque limite de la construction, trois corridors moins longs qu'aux autres étages s'étendaient d'Est en Ouest. Les limites des six couloirs s'arrêtaient au milieu de ce hall beaucoup plus large que les précédents. Devant l'entrée de chaque accès était accrochée une pancarte à côté de l'ouverture de ces trouées. Sur celle qu'ils empruntèrent était inscrit « Zone de soin ». Elle était situé sur l'aile Est, au milieu de deux autres passage qui l'entouraient.

Il y avait cinq portes le long des parois de cette zone. Deux à droites et trois à gauche. Ils se stoppèrent devant la première à gauche. Dalton toqua à trois reprises avant qu'une voix derrière ne dise simplement :

- Entrez.

Il ouvrit, la laissant pénétrer dans la pièce la première. Elle repéra très vite une femme qui ne revêtait aucun vêtement de l'armée. Signe donc qu'elle n'était pas l'un des soldats de ce camp.

Enfin, elle l'était d'une certaine façon. Mais pas de la même manière que certains qui semblaient l'avoir été bien avant l'épidémie.

La femme était penchée sur un rapport quelconque sur le bureau de la pièce. En plus de ce meuble, les lieux étaient munis d'une table d'auscultation centrée entre ses quatre murs et d'une armoire qui contenaient surement tous types d'outils de soin ou de médicaments.

Elle tourna la tête lorsque le capitaine se racla la gorge tout en refermant le dossier sur lequel elle travaillait. La femme devait avoir un peu plus de quarante ans, était plutôt grande et possédait une attitude qui dénotait une certaine assurance. Elle avait un visage long. Ses cheveux bruns qui retombaient sur ses épaules grisonnaient légèrement par endroit. Elle possédait un nez plutôt allongé, en plus de pommette haute et bien rebondi. Ses yeux étaient larges si bien que Clem aurait presque pu croire qu'il pouvait voir mieux que bien d'autre.

D'ailleurs, lorsqu'elle posa son regard sur Clementine, elle secoua la tête par dépit puis clama en s'adressant au capitaine :

- C'était vraiment nécessaire de la mettre dans un tel état ?!

- Ce n'est pas de votre ressort Docteur. Il répliqua froidement. La soigner, ça, ça l'est par contre.

- J'en ai un peu marre de devoir soigner les gens dont vous êtes vous-même responsable des blessures.

Clementine s'étonna qu'elle lui parle avec une telle désinvolture. Après ce qu'elle avait vu du capitaine, ce que lui avait dit Jack… Elle n'imaginait pas quelqu'un avoir le courage de lui parler de la sorte.

- Je ne soigne presque plus que ça maintenant !

- Ça prouve bien que notre système marche.

La doctoresse parut offusquée par ces mots que Clem ne comprit pas complètement. Mais malheureusement, elle sentait que toutes les questions qu'elle avait vis-à-vis de ce camp auraient réponse très prochainement.

- Occupez-vous d'elle. Je reviendrai dans une demi-heure.

- A vos ordres, capitaine !

Une profonde ironie vibra sur le timbre de cette conclusion. Le capitaine lui jeta un coup d'œil qui lui fit ravaler sa salive. Il était aussi noir que menaçant. Mais il n'ajouta pas un mot de plus et quitta prestement la pièce.

- J'te jure ! Celui-là ! S'énerva-t-elle dans un murmure qui s'adressait plus à elle-même.

Clementine se sentait faible, encore trop dans le brouillard pour chercher à définir la relation entre les deux. Au fond, elle s'en fichait pas mal. Elle avait vite devoir penser à un plan pour se sortir d'ici. Peu importe le temps que cela prendrait…

- Met toi en sous-vêtements.

La réplique la fit légèrement sursauter alors qu'elle s'était laissé envahir par ses pensées.

- Dépêche-toi. T'as entendu ce qu'il a dit. J'aimerais avoir fini avant qu'il ne revienne.

C'était une femme clairement autoritaire, impatiente même. De toute évidence, Clem n'allait surement pas pouvoir espérer un peu de bonté auprès d'elle…

Elle n'était vraiment pas à sa place ici. Elle voulait partir. Prendre AJ et retrouver Kenny. C'était tout ce qu'elle souhaitait.

Mais au lieu de ça, elle dû accepter son sort et commença à se déshabiller avec beaucoup de difficulté. Dès que le tissu frôlait un endroit où elle avait été touchée, le rappel de la douleur violentait autant sa peau que son esprit.

Quand elle ne porta plus que sa culotte, le docteur lui tourna autour d'un pas plutôt lent. Clementine ne la quittait pas des yeux capturant ainsi de nouvelles émotions sur le visage de cette femme.

[C1] Parce que dès qu'elle eu bien observé les bleues sur son visages, son arcade fendue et le vilain hématome qui se répandait près de ses côtes, elle secoua une fois encore la tête par dépit. Comme si elle voyait ça bien trop souvent.

[C2]Car lorsque cette dernière observa l'état de son dos, les déchirures imposées à sa chair, sa sévérité s'atténua et une lassitude se dessina sur ses traits. Soudain, la femme lui apparut beaucoup moins dure qu'elle n'avait cru.

Sa colère, cette irritation permanente n'était surement là que pour cacher un certain malaise face à ce qu'elle avait entrevu au sein de ce camp.

- Assis-toi sur la table. Je vais tâcher de soigner tout ça au mieux.

Son timbre fut soudain bien moins ferme. Elle partit chercher un plateau d'ustensiles de soins qui se trouvait dans l'armoire. Elle récupéra aussi un flacon d'un produit désinfectant, des gants en latex et ce qui ressemblait à une pommade.

Elle déposa de quoi la soigner à ses côtés, sur la table d'auscultation. Clem la vit enfiler les gants avant qu'elle n'attrape une compresse ainsi que la bouteille de désinfectant.

- Ça va faire mal.

- Je sais.

Elle commença à tapoter doucement sur ses blessures. Mais chaque touché relançait plus encore les piques de douleurs.

- Comment tu t'appelles ?

Sous la surprise de Clementine, le médecin décidait d'engager le premier contact.

- Clementine.

[C1] Elle passa alors une pommade sur ses côtes douloureuse. Clementine se pinça la lèvre et ravala un vif gémissement.

[C2] Elle appliqua alors la compresse sur la peau déchirée de son dos. Clem dû presque se morde la lèvre pour ne pas hurler sa peine.

- Moi, c'est Louie.

Clementine la regarda assez interloquée, étonnée qu'une femme porte un tel nom.

- Je sais ce que tu te dis… Mais ce n'est pas moi qui l'ais choisi.

- Votre père voulait à tout prix un fils, c'est ça ?

- A vrai dire, c'était ma mère.

Cette réponse réussit à tirer un sourire à Clementine. Il sembla faire plaisir au médecin avant que celle-ci n'affiche une certaine tristesse. Sans trop comprendre comment, la jeune fille devina d'où venait cette soudaine amertume. Elle ne devait plus voir beaucoup de gens sourire au sein de cette communauté.

- Tu as quel âge ?

Clementine était un peu perdue entre la douleur et les questions du médecin. Elle finit donc par demander :

- Pourquoi vous voulez savoir tout ça ?

- J'ai remarqué que les gens pensent moins à la douleur lorsque l'on parle avec eux. Mais si tu préfères te concentrer sur elle, je peux arrêter de parler.

Elle était brusque dans ses mots, n'hésitait pas à dire sa façon de penser… Clementine appréciait ça. Cela la rendait plus vrai.

- J'ai onze ans. Bientôt douze je crois…

- Tu es jeune… Elle fit une pause puis repris avec une évidente irritation. Ils ne savent pas résister au plus jeune. Même si il n'y a plus de place pour accueillir plus de gens.

- Comment ça ?

- Réfléchi… C'est plus facile pour eux de façonner un enfant à son image qu'un adulte. Plus encore lorsqu'il s'agit d'un bébé…

L'esprit de Clementine tinta à cette dernière phrase. Elle virevolta immédiatement son buste, accentuant soudain la pression de la main du docteur qui lui causa malgré elle une pénible douleur. Toutefois, elle n'en avait cure. Elle demanda tout à fait agitée :

- Vous avez vu AJ ?! Il va bien ?! Qu'est-ce qu'ils vont lui faire ? Il est…

- Doucement ! Elle répliqua fermement. Je vais répondre à tes questions mais tu dois arrêter de bouger si tu veux que je te soigne correctement.

La jeune fille se força à calmer le trouble qui avait pris possession d'elle, se réinstalla dans sa position initiale alors que le médecin reprenait ses soins tout en indiquant :

- J'ai vu le petit qui était avec toi. Ils me l'ont amené pour que je l'ausculte et il était bien. J'ignore où ils l'ont installés mais ils ne vont pas le blesser. Il a une trop grande valeur pour eux.

- Pour faire pression sur moi vous voulez dire ?

- Ça et… le fait qu'un enfant de cet âge est très facile à « éduquer » dans leur sens.

Clementine pris peur face à la portée de ces paroles. Comptait-il transformer AJ au fil des années en un jeune soldat qui accepteraient leurs ordres comme paroles d'Evangile ? Deviendrait-il un être sans remords et compassion ?

Elle ne pouvait permettre qu'une telle chose arrive. Pas à lui. Surtout pas après avoir entrevu la nature de ceux qui dirigeaient ce lieu.

- J'ai fini.

Le docteur avait eu raison au bout du compte leur conversation lui avait pratiquement fait oublié sa douleur tant ses inquiétudes pour la vie d'Alvie grandissait au fur et à mesure des minutes qu'elle passait dans cet endroit.

- Je peux me rhabiller ?

- Oui mais reviens t'installer sur la table après. Il faut que je fasse état de ta santé en générale.

Clementine soupira de frustration. Elle aurait aimé que ce soit déjà terminé. Mais elle était néanmoins contente de pouvoir remettre ses vêtements. Même si leur bâtiment était chauffé par elle ne savait quel procédé, il ne faisait pas non plus suffisamment chaud pour rester trop longtemps dans cette tenue.

Quand elle revint s'asseoir, le docteur testa ses réflexes, pris sa tension, écouta les battements de son cœur puis fini par utiliser un petit objet électronique duquel ressortait une petite aiguille.

- C'est pour quoi faire ça ?

- C'est un kit qui me permet de définir ton groupe sanguin. Ils en ont récupérer une cinquantaine il y a quelques mois. Ça peut s'avérer vitale dans certain cas.

Elle planta l'aiguille dans son doigt puis attendit quelques secondes la réponse quand un petit bip vint résonner dans les lieux.

- Alors ? Ça dit quoi ?

- O négatif. Ça veut dire que tu peux donner ton sang à n'importe qui. Cela dit, fais-moi une faveur… évite d'avoir besoin d'une transfusion.

- Pourquoi ?

- Tu as beau pouvoir donner ton sang à tout le monde, seul un O négatif peut t'être transfusé. Et il n'y en a qu'un autre dans ce camp. Alors fais-moi plaisir et essaie de te préserver des situations dangereuses… Même si ça risque d'être compliqué lorsque tu rejoindras la section des cadets.

Encore ce mot : « section ».

Clementine n'avait rien pu obtenir de Jack qui n'avait plus dit un mot après qu'il ait mentionné cet élément hier au soir.

- C'est quoi la section des cadets ?

- Le groupe dans lequel ils t'enverront. C'est là qu'ils mettent tous les jeunes entre neuf et dix sept ans. Les cadets ont beaucoup d'importance ici. Les personnes qui étaient déjà compagnons d'armes du capitaine et du commandant ont le plus de valeurs ici. Mais beaucoup de missions reposent sur la section des cadets.

Ils prévoyaient donc bien de faire d'elle une recrue, une arme dont il se servirait pour la postérité de leur vil camp.

- C'est bon. Tout est normal. Mais il faudra mieux te nourrir.

Louie partit alors récupérer une feuille quadrillée sur laquelle Clementine la vit gribouiller quelques lignes. Elle ramena alors un morceau de ficelle rouge qu'elle lui attacha autour du poignet. Clem n'eut même pas besoin de demander sa signification que l'autre reprenait :

- C'est pour le service au réfectoire. Ils devront te donner une portion plus importante. C'est juste le temps que tu retrouve un poids convenable. Tu passeras au bracelet bleu après.

Louie retourna vers le placard et pris un sachet dans une boîte fermée à clés. Quand elle revint vers elle, Clementine remarqua les quelques comprimés qu'elle tenait. Le médecin lui dit alors :

- Se sont quelques antidouleurs. Je ne peux t'en donner que pour deux jours par contre.

- Ça ira. Merci.

Clem en avala un et mis les autres dans sa poche puis l'observa continuer à écrire sur la feuille qu'elle tenait précédemment. Elle n'aima guère ce silence assez pesant si bien qu'elle demanda très calmement, sans trop de brusqueries :

- Vous aviez une famille ?

Louie releva la tête de ses notes et lâcha casuellement, tout en se remettant à écrire :

- Pas vraiment. Mon père et ma mère était mort bien avant que le monde ne devienne ce qu'il est. J'étais enfant unique. J'avais des collègues, quelques amis. Un petit-ami aussi. Mais ça ne marchait plus fort avant même que tout arrive. Je n'ai jamais su ce qui lui est arrivé. J'ai survécu avec deux amis pendant quelques temps. Mais les choses ont mal tournés. Ils sont morts. Après ça j'ai erré quelques temps et j'ai pu trouver refuge dans un camp très bien un peu plus au Sud. C'est là qu'ils sont venus me chercher.

- Vous chercher ?

- Oui. C'est comme ça qu'ils procèdent ici. Lorsqu'ils leur manque un atout indispensable à leur survie, ils envoient quelqu'un s'infiltrer dans un camp ou un groupe qu'ils repèrent. Et après un mois, un petit commando pénètre dans les lieux et vient vous enlever. Heureusement, il n'y a eu aucune perte dans les deux camps lorsqu'ils sont venus me récupérer. Parfois, ils n'ont pas autant de chance.

Clementine était sidérée. Comment pouvaient-ils ainsi jouer avec la vie des gens ? Leur monde n'était-il pas suffisamment corrompu pour qu'ils n'en rajoutent une couche ?

Les Carver, Dalton ou Caldwell… C'était tous les même. Ils parlaient tous de survie mais ils n'avaient pas de respect pour la vie elle-même.

Les deux femmes passèrent alors les cinq minutes suivantes à discuter de la vie que Louie avait dans son ancien camp quand quelqu'un toqua à la porte.

Sans attendre la permission, le capitaine débarqua dans la pièce et demanda immédiatement :

- Elle est prête ?

- Oui. Faudra qu'elle revienne demain pour changer ses bandes.

- Notez le dans l'agenda des rendez-vous. Allez, viens ! Termina-t-il en s'adressant à Clem.

Celle-ci descendit de table et échangea un hochement de tête avec le médecin pour la remercier.

Elle quitta ensuite cette salle de consultation en compagnie de Dalton. Ils firent quelques pas pour rejoindre le hall de cet étage quand il demanda avec désinvolture :

- Tu te sens mieux ?

Elle aurait voulu le frapper pour oser lui poser une telle question. Comme si il en avait quelque chose à faire après la façon dont il l'avait traité la veille.

- Si tu comptes ne pas répondre à mes questions autant me le dire tout de suite.

- Tu ne réponds pas aux miennes alors ne vois pas pourquoi je devrais répondre aux tiennes.

Il avait voulu garer le silence tout à l'heure, elle pensait donc qu'il méritait qu'elle lui impose le même traitement.

- Tu comptes continuer à me tutoyer encore longtemps ?

- « Tu », elle appuya fortement ce terme lui indiquant le peu de respect qu'elle avait pour lui, n'as rien de mieux à faire que de me chaperonner ? Je pensais qu'un capitaine avait plus de responsabilité que ça.

Il accéléra soudain le pas se plaçant rapidement devant elle jusqu'à la faire reculer contre la paroi du mur. Il se tint à quelques centimètres d'elle, se pencha légèrement pour se mettre un peu plus à sa hauteur.

Il était si prêt qu'elle entrevoyait les points finement taillés de sa barbe.

Ses sourcils plutôt bas donnèrent plus de rigueur à son regard noisette. Sa bouche aux lèvres fines lui renvoya un bref rictus avant de retrouver tout son sérieux.

- Je sais que tu veux me tester. Mais ne le fais pas. Ça ne t'aidera pas.

Ce qui aurait pu passer comme une menace ou une mise en garde avait un tout autre goût soudain. Elle cru presque qu'il s'agissait là d'un conseil qu'il lui offrait gratuitement pour l'aider.

Clementine était encore hébétée lorsqu'il se remit en marche sur quelques pas. Voyant qu'elle ne le suivait toujours pas, il se retourna vers elle et ordonna simplement :

- Avance.

Elle le rejoint aisément, la tête baissée. Elle lui jeta de nombreux coup d'œil jusqu'à ce qu'ils atteignent les grandes portes du hall du rez-de-chaussée.

- Alors où est-ce que tu m'emmènes maintenant ?

- Je vais te faire faire une visite du camp et t'apprendre les règles de bases à suivre ici.

- Je pourrais voir AJ après ?

- Si tu fais ce que je te dis… oui.

Sur ces mots, ils passèrent les deux grandes portes de fer pour se retrouver à l'extérieur, dans le froid, devant le sol enneigé du camp. Ils se tenaient face au large parcours d'entraînement. Au-delà de celui-ci se trouvait le réfectoire seul large bâtiment fait de bois où quelques personnes, majoritairement soldats et gradés, s'engouffraient déjà.

Sur la gauche elle put observer à une cinquantaine de mètres la plaque de métal opaque. Elle ne pouvait pas voir l'autre côté et se demandait si le garçon qu'elle y avait vu hier était toujours accroché contre cette paroi.

Mais elle n'eut pas réellement le temps de s'attarder sur ce détail que la voix de Dalton la tira de ses pensées.

- Tu verras deux catégories d'individu ici, réparties sur quatre sections. Les soldats et les civils. Toute personne peut devenir soldat en prouvant que c'est ce qu'elle désire vraiment. Nous ne prenons pas dans nos rangs des gens en qui nous ne pouvons pas avoir confiance.

- Vous ne devez pas avoir beaucoup de candidature alors…

- Plus que tu ne le penses.

Il jeta un coup d'œil dans sa direction sous l'insolence de sa réplique. Mais il ne s'en offusqua. Sa stature resta parfaite. Son sang-froid, impénétrable. Son calme, terrifiant.

- Mais en toute franchise ce privilège est majoritairement accordé au cadet. Il est plus facile de transformer un enfant en soldat qu'un adulte avec déjà tous ses idéaux et un entrainement qui seraient trop dur à apprendre pour leur corps déjà vieillissant.

Dalton n'avait pas honte d'admettre ce qu'ils étaient, ce qu'ils faisaient ici…

- Ne comptez pas sur moi pour rejoindre vos troupes !

Il ne dit rien face à cette réplique, se contenta de sourire encore comme s'il savait quelque chose qu'elle ignorait. Cela l'irrita passablement au poing où elle sentit son poing se contracter avec ardeur. Seulement, elle relâcha la pression exercée par son muscle lorsqu'il reprit enfin la route.

Ils contournèrent le parcours sur le flan droit et rejoignirent le bâtiment du réfectoire.

Les civiles, lorsqu'ils le croisaient, préféraient baisser la tête face à lui. Les soldats, eux, s'arrêtaient et le saluaient à chaque fois qu'ils croisaient sa route. Il n'avait nul intérêt pour Clementine ce qui ne la dérangeait vraiment pas.

- Ils doivent faire ça à chaque fois qu'ils te croisent ?

- Une fois par jour s'il tombe sur moi. Comme je te l'ai dit hier, c'est une marque de respect. C'est sérieux pour nous.

- Oui et vous avez les méthodes parfaites pour l'obtenir. Répliqua-t-elle avec autant de dégoût que d'ironie.

Elle n'oubliait pas ce qu'on lui avait fait subir hier.

- Il y a quatre sections comme je te l'ai dit...

Il reprit son discours avec insouciance, se fichant pas mal des dires de Clementine.

- Les soldats, les cadets, les civils de réserves et les civils internes. Les deux premiers sont entraînés six jours sur sept, envoyés sur les plus dangereuse missions, veillent à la sécurité du camp. Ce sont les fondements qui maintiennent ce camp en vie jusqu'ici.

Elle se sentait mal pour tous les jeunes comme elle obligés d'être chargés de telles responsabilités. Mais elle saisissait pourquoi ils avaient une telle valeur : elle savait pertinemment que sa petitesse, son agilité, sa finesse lui avait permis d'accomplir.

- Les civils de réserves sont envoyés majoritairement pour la chasse et installer des pièges en dehors du périmètre. Si l'un de nos soldats et blessés l'un d'entre eux peut être choisi pour le remplacer. Quant aux internes se sont eux qui sont en charges de faire tourner les tâches d'intérieur. Cuisine, soin, agriculture, mécanique, nettoyage…

Clementine dû reconnaître au moins une chose à ce camp…

- Vous êtes bien organisé.

- Et discipliné. C'est ainsi que les choses fonctionnent et ça marche jusqu'ici.

- Ouais… À quel prix !

Il fit semblant de ne pas noter sa remarque. Ils arrivèrent devant le réfectoire dans lequel ils pénétrèrent par la double porte de bois.

À l'intérieur, Clementine repéra les quatre tables disposées de façon à former les formes d'un rectangle sur trois quart de la superficie de cet endroit. Le dernier quart était réservé aux cuisines qui se trouvaient de toute évidence derrière un long comptoir installés sur le flan gauche, là où était obligatoirement servie la nourriture.

On se serait cru dans une vraie cantine d'école. Ou peut-être tout simplement le réfectoire d'un régiment.

Elle comprit très vite après les paroles de Dalton que chaque section devait déjeuner à la table qui lui était désigné. Pour le moment, seule la table des soldats étaient déjà à moitié pleine. Le peu de civil qu'elle avait aperçu entrer ici se trouvait dans les cuisines à préparer le repas de tous les habitants du camp.

- C'est ici que nous déjeunons mais aussi là que nous rassemblons pour faire toutes sortes d'annonce. Six jours sur sept l'un des sergents de la section des cadets viendra te chercher à sept heures du matin. Tu devras immédiatement rejoindre le réfectoire avec le reste du camp. Nous faisons les comptes chaque matin pour s'assurer que tout le monde est là. Et on fait pareil tous les soirs après le dîner qui a lieu à vingt-heure trente. Donc je te conseille d'être présente ou d'avoir une très bonne excuse pour expliquer ton absence.

Clementine se força à écouter ses paroles afin d'éviter de commettre des erreurs plus tard. Car plus elle l'entendait parler, plus elle sentait qu'elle devrait rester ici plus longtemps qu'elle ne le souhaitait.

A vrai dire, elle aurait déjà aimé être très loin d'ici. Dans une maison confortable, autour d'un feu de cheminée, en compagnie d'AJ et de Kenny.

Elle arrêta ses pensées de peur de commencer à trop en souffrir…

Elle regarda alors certains des soldats en bout de tables qui semblaient avoir une discussion houleuse. Mais elle prit vite conscience qu'ils se chamaillaient à propos d'un jeu de carte étalé sur la table.

- Ceux affublés d'une casquette sont sergent, les lieutenants portent un calot. C'est d'eux que tu recevras directement tes ordres le plus souvent.

Ici, il y avait donc deux sergents ainsi qu'un lieutenant qui était par ailleurs une femme.

- Ils ne sont pas tous là bien sûr. La plupart sont partis réveillés le reste du camp. Tu verras très vite qu'il y a un lieutenant et deux sergents qui gèrent la section des soldats. Et il en est de même pour les cadets

- Et pour les civiles de réserves ? J'imagine que vous ne les laissez pas sortir chasser sans les surveiller.

- Evidemment. Ils sont supervisés aussi par un sergent et deux soldats. Ce n'est pas un groupe très important et ils sont plutôt dociles pour la plupart.

Elle le regarda de travers au mot docile mais ne dit rien. Au lieu de ça elle poursuivit en le regardant droit dans les yeux :

- Et toi et le commandant, vous faîtes quoi ? Vous diriger selon votre bon vouloir tous ces gens.

- Je suis à la tête de la section des soldats et des cadets. Le commandant lui gère les plans de bases de nos missions que je prépare et exécute. Et bien sûr il est aussi responsable des sections des civiles.

Ils étaient vraiment très bien coordonnés. Trop bien pour espérer qu'il soit facile de s'enfuir d'ici avec AJ.

- Tu sais, diriger cet endroit d'une main de fer nous permet d'éviter les rébellions et d'assurer la survie de bien plus de gens.

Il insufflait une certaine sagesse à ses paroles. Mais Clementine ne se laisserait pas berner si facilement. Elle était plus forte que ça. Elle devrait continuer à lutter contre eux de toutes les façons possibles.

- Allons-y avant que le reste du camp n'arrive. Il y a encore plein de chose à voir.

Après ça, ils quittèrent les lieux et passèrent l'heure suivante à visiter la majorité des endroits de Wellington. Il lui indiquait parfois les lieux dans lesquels elle ne devait pas pénétrer sans permission : comme le bâtiment de l'entrée par laquelle elle était arrivée. Il lui déconseilla aussi de trop s'approcher de l'entrée principale au risque de subir quelques représailles.

Ils revinrent alors dans les bâtiments où se trouvait la zone de soin qu'elle avait quitté un peu plus tôt. Ils ne remontèrent pas aux étages mais Dalton lui signala que le troisième niveau était réservé aux cadets, au cas les plus difficiles si on peut dire et c'était aussi là-bas qu'il avait créé leur salle d'enfermement et d'« interrogatoire »

Le second niveau était réservé aux civils et aux soldats. Les gradés, eux, dormaient aux rez-de-chaussée. Le couloir de la zone de soin était entouré par le couloir des douches et de l'agriculture. D'après Dalton, seul cette aile du rez-de-chaussée était approvisionnée en eau grâce à un circuit souterrain qui passait sous la construction de ce bâtiment.

L'aile Ouest comptait le couloir des quartiers des gradés, des provisions ainsi que la zone où était entreposés la majorité de leur armement qui était gardée par des soldats. Ces derniers s'empressèrent une fois encore de saluer Dalton pendant sa présentation, lorsqu'ils passèrent devant eux.

Clementine n'eut pas la chance de voir l'arsenal qui était le leur. Le capitaine la prévint que les espaces de l'aile Ouest lui était aussi interdit. Seul les gradés et soldats avaient le droit d'y venir.

- Les gardes te mettront immédiatement aux arrêts si tu es vu dans l'une de ces trois zones.

Au moins, elle savait maintenant où aller pour récupérer des armes et des provisions. Peut-être qu'un jour une opportunité se créerait. Mais ce qui était sûr c'était qu'elle comptait bien forcer sa chance. D'une manière ou d'une autre.

Quand ils eurent fini la visite de ce bâtiment, ils rejoignirent une fois encore l'extérieur. Immédiatement, Clem fut envahie par le bruit assourdissant des ordres qu'on hélait et les brouhahas des paroles et des rires moqueurs de plusieurs personnes.

Clementine remarqua immédiatement le parcours d'entraînement et les cadets qui s'y entraînaient.

Le parcours était découpé en carré. Au milieu de celui-ci, une zone de plusieurs mètres avaient étaient laissé vide pour permettre des entraînements au combat. Ils avaient donc séparé les cadets moins expérimenté. Ces derniers comptaient majoritairement les plus jeunes recrues de ce camp et ils étaient en train de s'exercer dans des affrontements plutôt rudes au milieu de ce carré.

Les autres, les plus chevronnés, enchaînaient indéfiniment le chemin d'obstacles qui entourait le terrain des combats. Elle aperçut d'ailleurs Jack en train de ramper avec agilité sous des barbelés. Le garçon semblait bien s'en sortir et était parfaitement concentré contrairement à d'autre qui y allait de commentaires moqueurs et narquois face à certains de leurs camarades.

Ils y avaient une majorité de garçon chez ces cadets mais Clem compta tout de même huit jeunes filles.

Deux sergents étaient là pour veiller au grain. Une femme blonde marquée d'une cicatrice sur la joue et un homme roux affichant une petite barbe bien taillé leurs aboyaient des ordres sans jamais s'arrêter ou bousculaient certains qui ralentissaient la cadence. Chacun des deux s'occupaient d'un des groupes et la blonde était celle qui avait en charge les plus compétents.

Au milieu de tout ce monde, un lieutenant au corps très élancé et au visage aux rides prononcées passaient dans les rangs, s'assurant que tout avançait comme il le fallait.

Dalton l'avait dit et c'était clair à présent… L'ordre et la discipline était des règles d'ors à appliquer ici. Personne n'y échappait.

- Impressionnant, tu ne trouves pas ?

- Ce n'est pas vraiment le mot qui me viendrait à l'esprit tout de suite.

Clementine était désorientée par cette visite. Il y avait tant d'informations à enregistrer ou à prendre en compte. Elle craignait plus que tout que leurs dextérités ne viennent à la changer et l'empêchent de s'enfuir de l'effroi que lui faisait ressentir cet endroit.

- Continuons.

Ils commencèrent à reprendre la route, se dirigeant vers le socle de la place vers l'entrée principale du camp. Mais ils furent arrêtés dans leurs mouvements lorsqu'un timbre rugueux héla très fort :

- Eh, la nouvelle !

Clementine se retourna illico vers la voix et repéra très vite le garçon qui l'avait interpellé. Il affichait un visage de forme ovale, des cheveux châtain assez ébouriffés contrairement à la majorité des coupes en brosses du reste des gamins. Ses yeux avaient des tons gris et son sourire était étonnement large.

Une jeune fille un peu plus petite était en appuie sur son épaule. Cette dernière lui ressemblait d'ailleurs trait pour trait. La même chevelure virevoltante. La même violence dans le regard. Le même sourire carnassier.

Les deux ne devaient pas avoir plus de quatorze ans.

- Ouais, toi ! Pourquoi tu ne nous rejoins pas ?

Plusieurs regards des jeunes présents se tournèrent vers elle. Celui de Jack aussi.

- Un combat, ça te tente ?! Moi ou ma sœur ? Ou nous deux si tu préfères ?

- Ce sera une victoire facile. Renchérit la fille d'un timbre tranchant et clairement insultant.

- Garry ! Gretchen ! Je vous prierais de fermer vos gueules et de retourner dans le rang ! Le sergent leur ordonna tout en continuant sa surveillance.

- Oui, sergent. Dirent-ils avec force, d'une même voix.

Ils jetèrent un dernier regard parfaitement aiguisé à l'attention de Clem. Elle ignorait pourquoi mais ils voulaient déjà en découdre avec elle. Elle souffla en marmonnant :

- Quels crétins !

- Ce sera bientôt tes coéquipiers.

Elle avait presque oublié la présence du capitaine qui avait été témoin de toute la scène.

- Ils ressemblent plus à des grosses brutes.

- Ils le sont. Ils sont empressés mais puissants et savent très bien gérer leurs peurs. Les jumeaux sont de très bons combattants. Ils rejoindront très certainement les soldats lorsqu'ils auront atteint leurs dix-sept ans.

Ces deux là semblaient heureux d'être ici… Ils s'étaient fait à la brutalité de la vie de ce camp. L'appréciaient même…

- Reprenons si tu veux bien.

Elle ne voulait pas mais elle savait parfaitement qu'elle n'avait pas le choix.

Ils dérivèrent finalement vers la place au fond du camp, là où se trouvait la large paroi métallique. La démarche de Clementine ralentie alors qu'elle s'inquiétait d'y voir encore le garçon qui y était accroché la veille. Etonnement le capitaine copia ses pas sur les siens, comme s'il avait saisit qu'elle avait besoin de prendre son temps.

Pourquoi agissait-il ainsi ? Que retirait-il de cette fausse compassion ? Qui était-il vraiment ?

C'était bien là toutes les questions qui trottaient dans la tête de Clementine.

Il était si difficile à cerner. Il pouvait se montrer menaçant et calme la seconde suivante. Vous parler avec sagesse et folie dans une même conversation. Il ne prenait pas de plaisir évident ou même un brin de dégoût face à la souffrance des gens. Il pouvait vous dévoiler une émotion et ressentir tout autre chose. Cet homme était une énigme que Clem voulait autant décortiquer qu'en oublier jusqu'à son existence.

Il semblait répondre à un code de tenue qui il avait dû appliquer presque toute sa vie. Mais elle ignorait bien ce que c'était.

Quand ils arrivèrent sur la place et qu'ils se tinrent devant le socle, Clem mit un instant avant de se décider à lever la tête en l'air. Mais elle fut soulagée de voir que plus personne n'était accroché sur cette affreuse plaque de métal. Et malgré le teint sombre de cette dernière, on voyait clairement du sang séchés s'étendre sur certains endroits

- Tu sais pourquoi nous avons installé ça ici ?

C'était très clair. Pour que tout le monde le voit, pour que tout le monde sache ce qu'il arrivait lorsqu'ils désobéissaient.

- Pour l'exemple.

- Exactement. Pourquoi tuer quelqu'un quand on peut le punir et faire un exemple de lui.

La mâchoire de Clementine se contracta. Elle exécrait par-dessus les mots du capitaine. Elle combattait de toutes ses forces la raison qu'il insufflait à chacun de ses mots. Elle sentait au fond d'elle qu'il essayait déjà d'implanter ses idées dans sa tête.

- Il est fou de voir à quel point un homme a finalement plus peur de souffrir que de mourir. Il se débat, devient meilleur, plus fort, fait moins d'erreurs… Tout cela par peur des représailles, de la douleur qui lui sera infligé. La peur et la douleur sont de très bonnes motivations afin de se dépasser et de devenir meilleur. Un jour, tu le comprendras.

Finalement, dans ce discours, elle perçut un changement dans son comportement. Comme si il parlait de quelque chose qu'il avait dû apprendre et expérimenter à de nombreuses reprises.

Mais pas une seconde, Clementine ne ressentit une once de compassion pour lui. De toute façon, étant donné le visage qu'il affichait, elle était sûre qu'il n'en cherchait pas. Seulement, pour la première fois, il s'était dévoilé… Même si cela ne dura qu'un court moment.

Alors soudain elle se dit que peut-être elle trouverait une faille chez lui ? Oui, peut-être…

Elle jeta un large coup d'œil au camp qu'il venait de lui faire visiter. Elle s'arrêta plus longuement sur les cadets, sur la façon dont ils étaient traités. Puis elle observa alors une dernière fois le sang incrusté dans la plaque devant elle.

Wellington n'était qu'un mensonge. Un soupir qui se diffusait à l'extérieur de ses murs attirant plus de gens dans leurs griffes.

Cette dernière pensée la fit soudain réfléchir à quelque chose si bien qu'elle eut le besoin de demander à haute voix :

- Pourquoi tant de monde à l'extérieur vient jusqu'ici ? Je veux dire… si personne ne sort d'ici, comment la rumeur peut se propager ?

Il la regarda et lui sourit plaisamment, de la même façon que lorsqu'elle lui avait annoncé son âge hier au soir.

- Nous avons créé la rumeur.

Un silence suivit sa réplique. Clementine encaissa la révélation avec une profonde tristesse.

- Si cet endroit avec été la terre promise que vous espériez tous, la rumeur n'aurait pas autant enflé.

Clementine resta perplexe, le scrutant alors d'un regard meurtrier.

- Parce que comme tu l'as dit, si on y pense vraiment, si les gens quittent cet endroit alors on peut se demander les raisons qui les ont poussés à partir.

Elle sentit les larmes lui montées aux yeux. Elle voulait hurler sa peine. Crier au monde à quel point elle ne supportait plus les mensonges et faux semblants de cette existence.

Pourquoi était-elle restée ? Pourquoi Kenny l'avait-il tant supplié ? Pourquoi n'avaient-ils pas mieux raisonner ?

Leurs choix l'avaient condamnée.

Maintenant, elle sentait réellement qu'elle ne pourrait pas quitter cet endroit avant un long moment.

- J'imagine que tu avais des amis qui ont risqué leur vie pour la tienne à l'extérieur ? Comme cet homme qui t'a amené ici ?

Elle se crispa dès qu'il fit mention de Kenny. Il l'avait fait hier. Recommençait encore aujourd'hui. Et elle savait pertinemment pourquoi. Il avait vu hier que ce sujet la faisait partir au quart de tour. Pourtant, elle devait rester concentrée pourtant. Ne pas se laisser piéger.

- Tu trouveras des gens qui feront pareil pour toi ici.

La douceur de cette réplique la prit à revers. Elle le regarda alors avec intérêt tandis qu'il poursuivit en clamant :

- Moi-même, je donnerais ma vie pour n'importe lequel de mes hommes si ce choix en vaut vraiment la peine.

Clem n'y cru pas une seconde ce qui ne passa pas inaperçu.

- Un jour, peut-être, je mettrai ma vie en jeu pour la tienne.

Il y avait une certaine force dans cette tirade. Une très étrange sincérité qu'elle eu bien du mal à croire.

Peu après, le capitaine se remit en route sans un mot et Clementine se retrouva malgré elle à le suivre sans qu'il ne lui ait ordonné quoi que se soit cette fois.

- Je peux voir AJ maintenant ?

- Pas encore. Il reste une chose à faire…

Clementine s'inquiéta du mystère derrière ces paroles. Ils retournèrent vers le terrain d'entraînements où les cadets suaient maintenant à grosse goutte. Lorsque les deux jumeaux qui l'avaient interpellés pus tôt passèrent devant eux, le capitaine héla d'une voix forte et impérieuse :

- Cadets Garry. Cadet Gretchen. Venez ici.

Les deux regardèrent leur capitaine tout en trottinant jusqu'à lui. Ils se tinrent bien droit devant lui. Derrière, le reste des cadets ralentit la cadence, leur jetant de nombreux coups d'œil. Même les deux sergents et le lieutenant avaient leur attention.

- Vous avez demandé un combat avec la nouvelle recrue, Clementine. Vous êtes toujours partant ?

La bouche de Clementine s'ouvrit sous la déclaration de Dalton. Elle n'en revenait pas… Il n'allait pas faire ça !

- Bien sûr, capitaine ! Commenta le garçon franchement content.

- On en serait ravi. Conclut sa sœur tout aussi excité que son frère.

- Très bien…

Le capitaine s'avança d'un mètre pour s'adresser au reste du groupe :

- Cadets ! Tout le monde s'arrêta dans son activité. Rejoignez le carré.

Il y eu quelques élan de joie de la part de certains, d'autre restèrent parfaitement calme, obéissant aux ordres comme le faisait Jack à cet instant précis.

Le capitaine la poussa à avancer, dépassant le parcours pour se réunir au centre du carré. Cadets, sergents et le lieutenant formèrent une ligne qui les entoura parfaitement. Au centre de l'espace qu'ils leurs avaient fait, Clementine se tenaient face aux deux jumeaux. Le capitaine Dalton, lui, se tenait entre eux quand il s'adressa à Clem à travers les murmures de cette petite foule rassemblée.

- Choisis celui que tu vas affronter !

Clementine ne trouvait rien à dire. Elle ne voulait pas se battre. Encore moins dans l'état physique dans lequel elle se trouvait. Surtout que les deux jeunes gens paraissaient aussi dangereux l'un que l'autre.

- Je n'en choisirais pas un.

Quelques huée et sifflement réprobateurs firent écho à son oreille en plus de phrases tels que :

- Lâche !

- Allez, choisis-en un !

- La nouvelle fait dans son froc on dirait !

Cette dernière réplique insinua quelques rires dans la voix de quelques cadets. Elle regarda chacun d'entre eux avec pitié et une évidente compassion. Voilà ce qu'ils étaient devenus… Des recrues qui ne vivaient plus que pour la violence et la lutte.

- Choisis-en un ou tu combattras les deux. Relança alors le capitaine avec fermeté. Ils sont plus vicieux encore lorsqu'ils combattent à deux.

Son cœur battait à tout rompre. La colère se diffusait dans son corps. La peur avec. Elle observait les deux l'un après l'autre sachant qu'elle n'aurait aucune chance d'échapper à ce choix.

- Commencez.

Alors elle prit sa décision. Elle s'apprêtait à pointer du doigt celui qui allait être son adversaire…

- Pardonnez-moi capitaine mais…

La voix de Garry l'interrompit dans sa décision. Elle l'écouta poursuivre comme le reste de l'assistance :

- Je ne trouve pas ça juste. On sait tous qu'elle va forcément choisir Gretchen.

- Vu mon niveau et le tien, vaudrait mieux qu'elle te choisisse toi. Répliqua sa sœur qui le nargua ouvertement.

- Ce que je dis c'est que nous avons un autre moyen de nous assuré un choix juste et égalitaire.

Clementine hallucinait. Il se battait pour avoir des chances égal de pouvoir la combattre. C'était impensable !

- Sortez la pièce alors !

L'annonce de Dalton en contenta plus d'un. Suivant ces mots, Gretchen sortit de sa poche de pantalon une petite pièce. Les deux jumeaux se tournèrent l'un vers l'autre, se souriant tout à fait extatique.

Les deux se serrèrent la main avec la pièce trônant à présent dans leurs deux paumes. Ils se séparèrent laissant la pièce dans la main de Garry.

La façon dont ils exécutèrent ces gestes était comme une chorégraphie qu'ils devaient exercer plus que Clementine n'aurait voulu le savoir.

Mais elle arrêta là toute ses réflexions lorsque la pièce se trouva entre les deux doigts de Garry.

Sa respiration se stoppa un moment dès que l'objet vola dans les airs, tournant sur lui-même avant de laisser la gravité la laisser retomber dans la paume de Garry qui referma ses doigts sur elle. Il la plaqua alors sur le dos de son autre main et finalement révéla à voix haute ce qu'elle disait :

- Face !

Elle sut immédiatement à la colère dans le regard de la jeune fille et la joie dans les yeux de Garry qui avait gagné le « privilège » de l'affronter.

Une partie de l'audience témoigna sa joie ou sa contrariété dans quelques cris.

Clementine avala de travers à l'idée d'affronter le garçon. Elle chercha autour d'elle un appui et réussit à retrouver un semblant de courage dans le regard de Jack.

Celui-ci la guettait avec une évidente compassion. Seulement, il lui fit comprendre aussi d'un mouvement de tête et d'un regard qu'elle devrait répliquer aux coups. Qu'elle devrait se défendre parce qu'on ne lui ferait pas de cadeaux.

- J'espère que tu sais encaisser les coups. Je n'ai pas pu botter les fesses d'un nouveau depuis un moment.

Clementine essaya de ne pas se laisser déstabiliser par Garry qui sautilla sur place comme pour se dégourdir les muscles. Il avait confiance en ses capacités. Elle aussi devrait se montrer aussi confiante. Même si elle savait déjà qu'il la surpassait en force, il y avait quelques choses que le garçon ne semblaient pas avoir beaucoup connu. La détresse des situations à risques… Celle qui puisait dans le cœur même de votre instinct de survie.

Clementine connaissait ça… Elle le comprenait. Lui, probablement pas. Ou pas comme elle du moins.

- Mettez-vous en position. Lança le capitaine

Clementine lui renvoya en un regard toute la haine qu'elle lui vouait. Mais il n'en eu que faire. Au lieu de ça, il poursuivit simplement :

- Vous êtes prêt ?

L'excitation s'empara un peu plus de l'assistance. Dalton s'écarta de quelques pas en même temps que Gretchen.

- Carrément prêt ! S'emballa Garry.

Clementine, elle, garda le silence, concentrée sur son adversaire.

Elle pouvait entendre son cœur battre à ses oreilles. Elle laissa son instinct prendre le dessus sur le reste de ses pensées. Oublia le passé, le présent, son futur. Seule la survie prédominait.

- Commencez !

Un silence parfait suivit cet ordre.

Immédiatement, Garry commença à se déplacer en cercle sur la droite faisant bouger Clementine qui resta éloignée de lui. Elle était parfaitement consciente qu'elle était en train de le laisser conduire le combat. Mais elle n'avait pas le choix. Elle devait le suivre et essayer de trouver une faille à sa première attaque.

Elle guettait chacun de ses mouvements. Parfois il faisait des mouvements plus fluides et agiles, enchainant avec des feintes qui la faisait reculer jusqu'à la limité du rassemblement derrière elle.

Dans ces conditions, il était difficile de garder son calme ou un contrôle sur ses pensées.

- Tu veux me laisser attaquer le premier ? Très bien alors je…

Le pied de Garry dérapa soudain sur le sol, l'empêchant de finir sa phrase. Il perdit son équilibre et Clementine su que c'était là peut-être sa seule ouverture.

Décidée, elle fonça à toute vitesse pour se jeter sur lui, le renverser au sol et s'offrir la possibilité de mener la danse. Elle s'apprêta à le toucher, toutefois, au dernier moment, elle pu enfin entrevoir son sourire.

C'était une feinte !

Il n'avait jamais perdu son équilibre. Mais Clementine le comprit trop tard.

Il réussit à l'esquiver avec une agilité qu'elle lui envia. Et avant qu'elle ne tombe au sol, il réussit à lui placer un vilain coup de pied dans le ventre qui l'envoya valser sur un demi-mètre.

Elle eut à peine le temps de prendre conscience de la douleur que Garry revenait à la charge, le poing levé prêt à l'atteindre en plein visage. Seulement son assaut retomba dans le vide alors qu'elle réussit à rouler sur le côté pour l'éviter.

Elle réussit à se remettre debout mais Garry utilisa ce temps pour revenir à la charge et passer sa jambe derrière la sienne de façon à la faire tomber durement sur le sol. Elle évita son premier coup de poing en bougeant la tête sur la droite. Mais tout de suite après, Garry attrapa sa gorge et parvint à lui donner un coup dans la mâchoire. Les blessures de la veille l'irradiaient. Les nouvelles aussi.

À force d'essaie, Clem put se mouvoir de façon à ce que sa bouche puisse mordre dans la peau de sa main. Et quand elle tint celle-ci, elle ne la libéra pas tant qu'un liquide au gout très prononcé de fer coula dans sa bouche.

Garry grogna la douleur de la blessure infligée par la jeune fille et la gifla férocement pour son action.

Brutalement le visage de la jeune fille bascula sur le côté et ce fut là qu'elle prit de nouveau conscience de la foule autour d'elle.

Les trois quart d'entre eux hurlaient comme des animaux, réclamant toujours plus de sauvagerie. Les autres, comme Jack, ne pouvait rien faire qu'être témoin de ce futile et ridicule combat.

Elle les observait avec un certain dégoût, une vive fureur et une curieuse compassion. Elle en avait assez. Elle devait en finir avec tout ça…

[Libérer sa colère - Chapitre 5] OU [Arrêter de se battre - Chapitre 6]


J'espère que ce chapitre vous a plu et que vos choix vous satisferont :)