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Votre choix :

[Libérer sa colère]

Elle se rappela alors ce que son père lui avait apprit il y avait bien longtemps pour se défendre au cas où un étranger l'attaquerait :

« Les hommes ont une zone très sensible. Alors si tu es un jour en situation désespérée, blesse-les de toutes tes forces à l'endroit entre leurs jambes »

Et, soudain, elle ne priva pas d'appliquer ce conseil.

Elle passa la main vers son entrejambe. Garry remarqua au dernier moment ce qu'elle s'apprêtait à faire. Mais c'était déjà trop tard pour lui. Il ne put se défendre car dans la seconde, elle attrapa cette zone à travers qu'elle tordit de toutes ses forces.

Le garçon expulsa un cri abominable avant de rouler sur le côté libérant ainsi Clem.

Elle s'était offerte une ouverture et elle comptait bien profiter d'elle. Sa colère était libre, elle allait la déchainer.

Rapidement, elle se mit au dessus de lui et commença à frapper son visage de ses petits poings à plusieurs reprises. Elle vit du coin de l'œil la sœur de Garry se précipiter pour venir en aide à son frère. Mais elle fut retenue par le capitaine laissant ainsi tout le plaisir à Clementine de libérer sa frénésie.

En frappant ainsi Garry, elle revit le visage de Kenny détruit par Carver. Elle vit le visage de ce dernier écrabouillé par Kenny ainsi que celui d'Arvo, ce serpent vicieux… et de toutes les personnes qu'elle avait vu blessées, torturées ou mortes tout au long de sa vie.

Leurs visages défilèrent sous formes de diaporama rapide… Tant de violence. Tant de peine. C'était trop.

Soudain, prise dans sa frénésie, elle s'arrêta seulement quand un craquement affreux fit écho à ses oreilles. Très vite elle repéra le nez de Garry 2qu'elle avait clairement cassé.

Elle se sentit envahie d'une nouvelle force. Une force dévorante. Puissante. Malveillante.

Elle observa alors le visage déconfit de Garry. Elle ne pouvait pas croire qu'elle avait fait ça. Son sang se mélangeait avec le sien alors que les coups avaient écorchés les jointures de ses mains. Elle sentait que d'infimes morceaux de son âme s'étaient évanouis à chaque assaut qu'elle avait offert au visage ravagé de Garry.

Mais ce qui la répugna plus encore fut le moment où elle releva la tête vers l'assistance dont l'attention était tournée vers elle. Certains silencieux, d'autres qui en redemandaient. Mais aucun parmi eux ne semblait choqué ou effrayé par elle. Et c'était surement là le plus dérangeant.

Ils acceptaient ce qu'il s'était passé comme un évènement ordinaire qu'ils avaient pris l'habitude de cotoyer.

Clementine se releva du corps de Garry et se tourna alors vers le capitaine. Les voix s'atténuaient déjà quand elle cracha à l'attention de celui qui avait toute sa haine :

- C'était ça que tu voulais ?!

Un silence suivit le désespoir de sa question. Elle se retourna vers toute l'assistance, hélant un peu plus fort :

- C'est à ça qu'ils nous réduisent ?!

Pour la première fois, elle utilisa le « nous ». Le « nous » qui ne s'adressait qu'aux cadets. Jeunes chez qui elle arrivait soudain à se retrouver, à se reconnaître.

- C'est dans un camp capable de faire ce genre de chose que l'on me force à rester ?!

Elle avait l'attention de tout le monde. Une écoute étonnement respectueuse de la part de tous les cadets. Les gradés n'étaient pas très ravis mais Clem s'en fichait. De toute façon, elle le voyait dans le regard de tout ces jeune gens…

- C'est déjà peine perdue, hein ?

Elle n'obtient de réponses de personne. Mais plus aucun sourire ne persistait sur le visage des enfants et adolescents. Seul persistait la compréhension de devoir grandir dans un tel monde. D'être l'instrument des autres. D'être un survivant qui ne deviendrait jamais ce qu'ils auraient pu être.

- Gretchen, aide-moi à porter ton frère. Déclara alors le capitaine qui s'avançait jusqu'à Garry. On l'emmène voir le médecin. Et toi – il guetta Clementine - tu viens avec nous.

La jeune fille obtempéra. Elle n'avait plus que ça à faire. Toutefois, elle fut très surprise lorsque sur son départ, la quasi-totalité des cadets hochèrent la tête sur son chemin. Elle reconnu ce geste comme celui d'un évident respect. Et malgré la situation, elle fut très touchée par cette attention… Même si elle pensait qu'elle ne la méritait pas.

Après une minute, Dalton, les deux jumeaux et Clem débarquèrent sans se faire connaître dans la salle d'auscultation qu'elle avait déjà visité plus tôt.

- Putain, mais qu'est-ce qu'il s'est passé encore ? Lâcha le médecin en voyant le visage de Garry avant Dalton et Gretchen ne déposent son corps sur la table d'auscultation.

Louie remarqua alors la présence de Clem et ponctua :

- Clementine ? Encore toi ?

Elle regarda ses mains ensanglantées, les blessures de Garry. Elle comprit immédiatement. Et si elle fut impressionnée par Clem, elle afficha néanmoins une certaine tristesse pour elle ainsi que pour Garry.

- J'apprécierai Capitaine que vous arrêtiez de pomper sur nos réserves de médicaments pour des futilités.

Ce dernier fit semblant de ne rien entendre et déclara simplement à l'attention de Gretchen :

- Retourne à ton poste.

Cette dernière observa Clementine avant de partir. La jeune fille fut surprise de n'y voir aucun ressentiment. Seulement un certain égard pour la combattivité dont elle avait fait preuve.

Dès qu'elle fut dehors, Clem n'attendit pas plus longtemps et ordonna à Dalton :

- Je veux voir AJ, maintenant ! Tu me dois bien ça !

Le capitaine l'observa avec la même intensité que Clementine. Une lueur de défi vibrait dans les prunelles de Dalton. La haine comblait celles de Clementine. Sans rien dire, l'homme s'en alla en refermant calmement derrière lui.

- Assis-toi là. S'exprima Louie en indiquant la chaise de son bureau. Je m'occupe de lui et après je verrai ce que je peux faire pour tes mains.

- Pas la peine.

Elle avala alors l'un des cachets qu'elle lui avait donné plus tôt puis reprit :

- Ne gaspillez pas vos réserves.

- Je disais ça seulement pour que lui et ses gorilles se calment un peu sur le traitement qu'ils réservent au gens de ce camp. D'ailleurs, le capitaine semble particulièrement intéressé par toi.

Alors le traitement qu'elle subissait n'était pas réservé à tous les nouveaux arrivants.

- C'est déjà plutôt rare qu'il fasse lui-même visiter le camp. C'est arrivé mais pas souvent. Et puis, je ne sais pas… La façon dont il regarde, c'est bizarre.

Clementine ne réussit pas à s'inquiéter autant qu'elle aurait dû de ces paroles. Elle était trop éreintée pour trouver la force de songer sérieusement aux mots du médecin.

- Il m'a toujours mise mal à l'aise. Sois très prudente avec lui.

Sur cet avertissement, Louie se tut pour soigner le jeune Garry toujours évanoui.

Quelques minutes passèrent où Clementine se sentit envahie par la honte de ce qu'elle lui avait fait subir. À tous ces fantômes du passé qui l'avaient accompagné dans sa fureur.

Ses pensées étaient confuses. Elle se sentait furieuse. Triste. Désorientée.

Mais elle ne put aller plus loin sur ses sentiments. Elle sursauta subitement lorsque la porte s'ouvrit encore une fois sur la silhouette de Dalton.

Mais la haine s'effaça soudain lorsqu'elle vit qui il tenait dans ses bras.

Son amour pour AJ envahie ses traits. Le bonheur de sa présence lui fit oublier tout le reste. Au point où elle se précipita vers le capitaine qui lui tendit le petit avec une surprenante délicatesse.

Le sourire de Clementine revint en même temps que le visage d'AJ s'anima dès qu'il fut dans ses bras. Il tendit ses petits pas vers son visage comme pour jouer avec elle.

Clementine ne sut trop pourquoi mais elle se surprit à dire au capitaine :

- Merci.

Elle ne se détesta même pas pour lui tenir pareil langage. Malgré ce qu'il lui avait ait subir, il avait au moins tenu parole. Car voir AJ était la seule chose dont elle avait besoin pour ne pas perdre espoir.

- De rien.

Elle fut étonnée qu'il réponde à sa brève gratitude. Plus encore dès qu'elle repéra la bienveillance de ses traits. Expression qu'elle ne pensait jamais voir sur son visage si stricte.

Après ça, sans autre mot, il repartit tout en déclarant qu'il repasserait la chercher ici plus tard. Il ne lui dit pas combien de temps elle pourrait espérer rester avec le petit. Mais Clementine s'en fichait pour le moment.

AJ était là… C'était tout ce qui comptait.

Quand elle fut seule en compagnie du gamin et de Louie, Clementine finit par remarquer enfin les œillades étranges de cette dernière.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je me demandais seulement pourquoi tu l'avais remercié ?

- Simplement pour avoir tenu parole.

Elle garda le silence un moment avant de la prévenir une fois encore :

- Fais attention Clem. Rien n'est gratuit avec lui. Surtout qu'il a l'air vraiment très intéressé par toi.

-Dans quel sens ?

- Je ne sais pas… Mais à ta place je ferais tout pour éviter de le savoir.

Clementine écouta attentivement cette déclaration. Puis elle observa AJ et se fit la promesse de le sortir elle et lui d'ici. Dès qu'elle aurait une véritable occasion, elle la saisirait…


J'espère que votre choix vous a satisfait !

A bientôt !