Bonjour ou Bonsoir à tous !
Je n'avais pas publier depuis quelques temps mais je crois que lorsque vous verrez la longueur de ce chapitre vous comprendrez pourquoi. Je m'en excuse mais c'était nécessaire. Aussi, étant séparés en plusieurs parties, vous aurez la possibilité de faire des pauses dans votre lecture. ;)
C'est un chapitre inspiré directement par le principe de l'épisode "400 jours" de la saison 1. Certes toujours du point de vue de Clementine mais j'ai beaucoup aimé ce principe d'avancer dans l'histoire à travers un seul jour.
J'espère que ce chapitre vous plaira. Ce fut un vrai plaisir de l'écrire.
Système de repérage des répliques lié à vos choix:
SI VOUS AVEZ CHOISI "LIBERER SA COLERE" : [C3] + caractère en italique
SI VOUS AVEZ CHOISI "ARRÊTER DE SE BATTRE" : [C4] + caractère gras
The Walking Dead : Beyond Survival
Episode 1 : Into Wellington
Chapitre 3 : 147 Days
Jour 9
Wellington. Sur 96 personnes le camp comptait 33 soldats, 40 civils et 23 jeunes en dessous de dix-sept ans. Sur ces 23 adolescents ou enfants, 18 étaient en âge d'être chez les cadets. Avec Clementine, ils étaient dix-neuf maintenant.
Aujourd'hui était le premier jour où elle allait rejoindre les autres pour commencer son « entraînement ». Louie avait parlé pour elle auprès du commandant et du capitaine afin de lui laisser une semaine pour se remettre de ses blessures. Elle en avait eu grandement besoin.
Durant ce temps, elle avait eu la chance de pouvoir voir AJ tous les jours depuis la première fois où Dalton lui avait ramené dans la salle d'auscultation. Pendant toute la semaine, elle avait passé son temps entre sa cellule et la zone de soin là où était dorénavant installé AJ. Clementine était rassurée qu'il soit sous la surveillance de Louie. Elle avait confiance en elle. Sa franchise et son impulsivité lui plaisait.
Il était tôt encore et Clementine attendait dans sa cellule en compagnie de Jack. Ils patientaient dans l'attente que l'un des deux sergents de la section des cadets ne viennent les chercher. C'était la première fois qu'elle allait rejoindre tous les autres au réfectoire pour son premier repas en leur compagnie. Et comme chaque matin, cette dernière comptait déjà les jours qui la libéreraient du pouvoir que Wellington exerçait sur elle. Pour ça, , dès son réveil, elle gravait un trait sur le mur juxtaposé à sa couchette.
- Pourquoi tu comptes les jours ?
La voix de Jack résonna quand elle eu fini d'inscrire la marque sur le mur.
- Pour me rappeler la dette qu'ils me doivent. Du nombres de jours qu'ils m'auront pris...
- Ouais... je vois ce que tu veux dire.
- Au moins dehors, je pouvais décider de la manière dont je voulais survivre.
- Ils ne nous laissaient pas trop ce choix ici.
Clementine aimait qu'il parle d'eux sans jamais se compter comme un membre de leur camp.
Elle avait repéré deux catégories de personnes ici : ceux qui parlaient du camp en utilisant le « ils » et ceux qui favorisaient le « nous ». Elle ignorait encore la proportion de gens de chaque catégorie mais elle sentait déjà que cette dernière expression était prédominante dans ce camp.
Elle se leva alors de sa couche pour changer de pantalon. Elle avait échangé ses vêtements contre d'autre que le camp lui avait donné. Les tenues étaient assez chaude, confortable et facilitaient les mouvements. C'était probablement le seul bon point qu'elle put accorder à Wellington.
- Pas trop angoissée par ton premier jour ?
- Non.
Elle mentait. Bien sûr qu'elle l'était. Chaque minute passée dans l'enceinte de ce camp l'angoissait. Seulement, elle avait appris à contenir sa peur. A ne pas la laisser la submerger.
- Assis toi à côté de moi au réfectoire. Se sera mieux.
Elle n'avait pas été en contact avec le reste des jeunes depuis son combat avec Garry. Elle se demandait sincèrement quel accueil la jeunesse de ce camp lui ferait. Ils lui avaient témoigné un certain respect après la lutte que Dalton lui avait forcée d'engager. Seulement, après une semaine, comment savoir quel comportement ils adopteraient vis-à-vis d'elle ?
[C3] Elle s'inquiétait particulièrement par rapport au deux jumeaux. Surtout Garry. Après l'avoir ainsi battu devant tous les autres, chercherait-il à prendre revanche ? Elle craignait moins sa sœur car elle se remémorait encore le dernier coup d'œil qu'elle lui avait lancé après avoir quitté la salle de consultation. Il n'y avait eu nulle haine ou mépris. Plutôt une considération quant à l'ardeur dont elle avait preuve. Une ardeur que Clementine n'aimait guère se remémorer. Mais après une semaine, son frère pouvait très bien avoir changé le sentiment de cet échange entre les deux jeunes filles.
[C4] Elle ressassait toujours l'abandon dans son combat face à Garry. Non par crainte ou par lâcheté. Mais parce qu'elle avait su entrevoir la futilité de persévérer dans cette lutte qui n'avait aucun sens. Si ce n'était attisé l'intérêt de Dalton et répondre à son étrange besoin de la mettre à l'épreuve. Il lui restait encore quelques marques sur le corps et le visage suites aux coups portés par le jeune garçon. Mais ce qui était gravé en elle, n'étaient pas les plaies, les hématomes ou la douleur. Ce qu'elle gardait de ce moment était le sentiment qu'elle avait réussi à fait naître chez Garry. Sa fascination lorsqu'il l'avait vu refuser de se défendre. L'écho de son cri qui semblait avoir eu une étrange résonnance en lui. Peut-être même à l'oreille de plusieurs cadets réunis autour d'eux ce jour-là.
Sur ces pensées, elle s'éloigna du petit tas d'habits et revint s'asseoir sur sa couchette, face à Jack qui ne cessait de l'épier.
Elle aimait bien ce garçon. De tous ceux qu'elle avait croisé ici, il était de loin ce qui se rapprochait le plus d'un ami. Il lui avait offert un accueil à des lieux de ce qu'elle avait reçu de Dalton ou du commandant Caldwell. Leur caractère mutuel s'accordait bien. Il était indulgent, malin et ne manquait pas de cran.
Elle se rappelait encore le soutien qu'elle avait vu dans ses prunelles le jour où elle avait combattu Garry. Il la connaissait à peine et pourtant, il n'avait pas hésité à se montrer prévenant sur ce qui était alors sur le point d'arriver.
- A quoi tu penses ? Lança alors le brun d'un timbre agréable.
- Je me disais que j'ai eu de la chance de faire chambre commune avec toi. Après ce que j'ai vu la dernière fois, je n'aurais pas trop aimé partager ma cellule avec un autre cadet.
Quand elle se rappelait la fougue chez les trois-quarts d'entre eux lors de son combat, elle n'appréciait pas trop l'idée de devoir faire équipe avec eux. Ce qu'elle avait vu jusqu'ici, leur désir à toujours plus de violence, de douleurs et de sang lui faisait craindre le pire les concernant.
- Tu sais, les cadets sont plus que ce que tu as pu voir d'eux la dernière fois. Ce n'est pas de leur faute s'ils ne font plus réellement la distinction entre ce qui est bien ou mal. Ils ont pris goût à tout ça. La violence, c'est tout ce qui leur reste pour la plupart.
- Et pas toi ?
Il afficha une certaine culpabilité, un dégoût prononcé pour des souvenirs qui semblaient se rappeler à lui.
- Disons que je sais encore que je ne suis pas censé autant l'apprécier. J'essaie de m'accrocher à mes sentiments d'avant. Mais c'est pas facile tous les jours ici... J'ai fait des choses dont je ne suis pas très fier. Ils savent comment nous pousser à faire ce que l'on se croyait jamais capable de faire.
Et d'après certaines des révélations de Jack, le soir venu, lorsqu'ils discutaient quelques temps avant de s'endormir, ce dernier subissait ce traitement depuis plus de huit mois.
- Nous sommes pratiquement tous orphelins ici. Et si nous arrivons avec un proche, ils s'assurent de nous éloigner, de nous empêcher d'être en contact avec l'autre au point où on finit inévitablement par commencer à se détacher d'eux. La seule famille qui nous reste au bout du compte, c'est les cadets...
Clementine remarqua pour la première fois sa façon de parler des cadets. Il utilisait le terme "nous" alors qu'il se gardait bien de le faire lorsqu'il faisait référence au camp dans sa globalité. Il semblait étonnement attaché à eux. Mais elle n'était pas convaincue que cet attachement était quelque chose qu'il avait recherché. Elle se demandait si celui-ci ne lui était pas simplement tombé dessus à force d'être à leur contact.
Après quelques secondes de silence, la porte de leur cellule vint finalement s'ouvrir, grinçant légèrement alors qu'elle laissait apparaître l'un des sergents. C'était la blonde qu'elle avait sur le terrain d'entraînement le jour du combat. Elle s'appelait Alice Turner d'après Jack.
Clementine suivit les gestes du garçon avant de sortirent des lieux sur l'ordre du sergent. De plus près, Clementine pouvait maintenant remarquer son nez légèrement bossu, ses lèvres pincées, son front plissé et ses épaules carrées. Elle n'était pas très grande mais avait un corps puissant pour une femme de cette taille.
Dans le couloir, elle se retrouva en compagnie d'autre cadets qui se tenaient en rang par deux, chacun devant les portes de leurs cellules. Ils étaient tous parfaitement silencieux. Elle les guetta un instant mais préféra baisser la tête, évitant bien d'échanger un regard avec qui que se soit. Le sergent ouvrit deux autres portes de ce couloir en même temps qu'un autre le faisait sur l'aile Ouest.
Quand tout le monde fut sorti, la femme déclara d'un timbre fort, comme une habitude quotidienne :
- En avant !
De façon disciplinée, comme une chorégraphie parfaitement maîtrisée, ils empruntèrent leur route et les échelles jusqu'au rez-de-chaussée se mêlant à des civils et quelques soldats qui se rendaient eux aussi au réfectoire.
A l'extérieur, la neige recouvrait une bonne partie du sol aujourd'hui. Le terrain d'entraînements était recouvert de ce duvet blanc mais le froid était moins rude que quelques jours plus tôt.
Les rangées se dispersèrent légèrement laissan plus de liberté aux mouvements. Des murmures et voix s'élevèrent en même temps que des petits groupes se restaient, toutefois, une étonnante coordination dans leurs démarches.
Clementine resta au côté de Jack qui copiait son pas sur le sien. Elle lui jetait parfois des coups d'œil mais le garçon gardait son regard fixé droit devant lui, les mains fourrées dans les poches de son pantalon brun.
Tandis qu'ils s'approchaient du bâtiment où étaient servis les repas, Clementine repéra un mouvement sur le flanc de Jack. Immédiatement, elle se tendit alors qu'un garçon qui avait à peu près l'âge de ce dernier vint se poster sur sa droite. Il affichait un visage assez allongé, un teint mate ainsi qu'un menton bien défini. Ses oreilles légèrement décollées étaient mises en évidence par ces cheveux noir coupés en brosse.
Le garçon murmura quelque chose à l'oreille de Jack, suffisamment fort pour que Clem réussisse à comprendre ses mots :
- Je sais que tu es prévu en mission pour demain. Faut que tu me laisses ta place. Je me suis déjà arrangé avec Thompson pour être sur les devants si une place se libère. T'as juste à aller le voir pour lui dire que t'es pas au top et que tu préfères envoyer quelqu'un d'autre à ta place.
D'après les informations de Jack, Thompson était le lieutenant responsable de la section des cadets et prenait donc directement ses ordres de Dalton.
- Pourquoi ?
- S'il te plaît Jack. Fais ça pour moi mon pote ! Moins t'en sais...
- Moins je prends de risques. Je commence à connaître le refrain.
L'autre le supplia du regard sans rajouter un mot puis Jack finit par soupirer :
- Très bien... Mais tu m'en dois une.
- Merci, mec.
Le garçon accéléra le pas renvoyant un rapide regard intrigué vers Clementine avant de s'engouffrer dans la cantine suivit de près par Jack et la jeune fille. Un brouhaha se répercuta à ses oreilles alors que la salle se remplissait rapidement. Clementine profita de se bruit pour rompre le silence entre elle et le garçon demandant assez curieuse :
- Ça arrive souvent que vous échangiez vos places ? J'aurais pensé que vous préféreriez rester éloignés d'elles…
- Il n'y a pas que des inconvénients à être en mission. Surtout quand elles sont plus ou moins dangereuses comme celle de demain. On a le droit à quelques avantages lorsque l'on se porte volontaire sur certaines d'entre elles.
- Des avantages ? Quels genres ?
- Pas du genre à espérer quelques bénéfices sur la nourriture ou la possibilité de sauter un entrainement... Mais le capitaine, le commandant et les autres gradés apprécient l'initiative. Ils nous fichent un peu plus la paix.
- Alors finalement, ils n'ont pas complètement la main mise sur vous...
Clementine aima le goût de cette information. Ils y avaient quelques failles dans l'organisation très bien établies de Wellington.
- Ils contrôlent beaucoup de choses. Mais ils ne peuvent pas avoir un œil partout. Au bout d'un moment, on arrive à trouver quelques astuces.
- Pourquoi ton ami prendrait le risque de se porter volontaire sur une mission dangereuse ?
- Il y a souvent deux raisons à ça qui reviennent le plus souvent. Soit pour se faire oublier pour un comportement qui nous a attiré quelques problèmes récemment ou prévoir d'avance qu'on risque peut-être d'avoir quelques ennuies dans pas longtemps. Et vu qu'il a été plutôt calme ces dernières semaines, j'opterais pour la deuxième option.
Clementine observa ce jeune garçon aux cheveux noir avancer parmi les autres avec une attitude décontracté, insouciante. Parmi tous les cadets, ils paraissaient être en dehors de la réalité de ce que représentait ce camp. Comme si Wellington n'avait pu avoir une quelconque emprise sur lui.
- J'espère qu'il sait ce qu'il fait. Le timbre de Jack était inquiet. Il lui arrive d'être assez imprudent.
- Comment il s'appelle ?
- Pablo.
Clementine guetta de nouveau celui que venait de nommer Jack s'asseoir à table à côté d'une jeune fille qui devait avoir le même âge que lui. Elle les vit directement entamer une discussion qui leur tira à tous deux un petit sourire. Elle détourna les yeux lorsqu'elle vit alors Pablo déposer un baiser d'une grande tendresse sur ses lèvres.
Jack et Clementine se trouvèrent alors une place sur l'un des bancs, presque en bout de table, à gauche. La table des cadets était positionnée plus vers l'entrée, sur le côté droit, derrière celle des soldats qui étaient prêt des cuisines. Sur le flan gauche était donc celles réservées aux civils qui s'installaient calmement. La plupart d'entre eux - des femmes en majorité - semblaient fatigués, démoralisés et démunis. Seul quelques uns paraissaient s'en sortir mieux que les autres.
- L'un des sergents va passer faire les comptes. Jack attira l'attention de Clementine puis poursuivit en rajoutant. Ensuite chaque tablée à son tour ira faire la queue pour chercher son assiette au comptoir. Les soldats d'abord, les cadets puis les civils.
- Même pour servir la nourriture, ils se sentent obligés d'indiquer qui est mieux qu'un autre.
- J'imagine... Mais c'est aussi une façon pour eux de bien coordonner les choses.
La quasi-totalité des places étaient prises à présent. Clementine pouvait maintenant entrevoir quelques coups d'œil que certains des jeunes lui renvoyaient. Elle fit tout pour les ignorer, regardant le matériau du meuble devant elle comme un élément des plus fascinants. Seulement elle ne put maintenir cette parade longtemps qu'elle aperçut la silhouette de deux personnes se poster derrière le garçon et la fillette installés devant eux.
Assise, les jumeaux Garry et Gretchen paraissaient plus menaçant encore. Leurs cheveux d'une même teinte noisette étaient - si possible - plus en bataille que le jour de leur rencontre. Leur sourire carnassier lui fit plus froids dans le dos que la première fois qu'elle avait posé les yeux sur eux et elle ignora bien pourquoi.
Ils tapotèrent alors sur l'épaule des deux enfants assis en face d'elle et Jack. Ces derniers étaient clairement plus jeunes que Clementine. Ils leur ordonnèrent d'une même voix :
- Bougez de là !
Les deux petits ne se firent pas prier et partirent chercher une place de l'autre côté en même temps que les jumeaux s'installaient sans jamais cesser de dévisager Clementine. Ils se guettèrent tous trois sous l'œil inquisiteur de Jack.
[C3] Elle remarqua le visage encore abîmé de Garry et ne put s'empêcher de ressentir un vif élan de honte et de ressentiment envers elle-même et contre Garry pour l'avoir tant poussé à répliquer. Mais elle en voulait plus particulièrement à Dalton. Elle s'était laissé manipuler sans réfléchir à ce qu'elle perdrait en répondant aux règles de son jeu. Pourtant, le jumeau n'avait pas l'air amoindri, encore moins fragilisé. Il semblait toujours avoir autant d'assurance. Il était très intrigué par elle. Sa sœur aussi d'ailleurs.
[C4] Elle remarqua que Garry dévisageait son visage légèrement contusionné par endroit. Elle sentait chez eux cette même aura qui appréciait la lutte et la brutalité d'un bon combat. Et ce, même si Garry avait fini par arrêter les hostilités lorsqu'elle avait arrêté de répliquer la dernière fois. Elle savait surtout que cela ne semblait guère l'intéresser d'affronter quelqu'un qui ne désirait plus rendre les coups. Elle se disait seulement que vu le tempérament qu'il lui avait montré jusqu'à présent, il aurait eut plutôt tendance à en finir rapidement avec elle que de s'éloigner comme il l'avait fait la dernière fois.
La question se posait alors... pourquoi étaient-ils là ? Voulaient-ils remettre ça ? Elle espérait grandement que non.
- Je ne veux pas de problème avec vous.
- On n'est pas là pour ça.
Ce fut Gretchen qui prit la parole en premier suivie très vite par son frère qui déclara non sans un air profondément narquois :
- Pas aujourd'hui en tout cas.
Clementine s'inquiéta un peu de cette parade.
- On voulait simplement savoir à qui on avait affaire. Mieux te connaître si on peut dire. Gretchen résuma platement.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que ça vous apporte ?
- Rien de spécial. C'est juste que les nouveaux sont plutôt rasoirs habituellement. Pas toi étonnement. Admit alors Garry.
- Je devrais me sentir flatter ?
- Un peu, oui.
Ils avaient un ego surdimensionné. Ils étaient fiers et arrogants. Mais, au moins, ils étaient francs avec eux-mêmes.
Mais ce qui choquait plus encore la jeune fille était la manière dont ils se partageaient les répliques comme s'ils étaient un même esprit capable de répondre pour l'autre, en parfaite accord avec les pensées de son alter ego.
Puis, finalement, Garry fut le premier à revenir sur leur altercation qui remontait à plus d'une semaine.
[C3] - Notre combat de la dernière fois était plutôt excitant, tu n'trouves pas ? J'admets que ma fierté en un pris un coup mais c'était une bonne chose d'une certaine façon. A force de chorégraphier chaque attaque, on a tendance à oublier les coups en traître. C'était un rappel que je ne risque pas d'oublier.
- Crois-moi, je n'hésiterais pas à me resservir de ce genre de truc si tu t'en prends à moi.
[C4] - On disait avec Gretchen que t'as eu un sacré culot si tu veux mon avis lors de notre confrontation. Parler comme tu l'as fait au capitaine. Refuser le combat. C'était assez téméraire. Ils n'aiment pas trop qu'on ne joue pas selon ses règles.
- Je me fiche bien de ce que peux penser Dalton.
Elle le chercha du regard à la table des soldats. Il lui tournait le dos et ne pouvait pas voir la haine du regard qu'elle déposa sur sa nuque. Son attention revint alors vers les jeunes assis autour d'elle lorsque Garry clama:
- Tu as du courage... Mais les chiens en ont aussi.
Clementine se sentit vivement irritée par la réplique du garçon qu'elle voulut lui faire ravaler en le cognant très fort en plein visage.
- Tu ferais mieux de commencer à te plier aux ordres, à faire ce qu'on attend de toi.
- Et si je refuse ?
- T'es plus toute seule maintenant. Ce que tu fais peut retomber sur le reste des cadets. Reprit finalement Gretchen après avoir miraculeusement disparu des trois dernières répliques.
Clem enragea à l'idée qu'ils croyaient sincèrement qu'elle allait finir par se faire à l'affreuse situation dans laquelle elle se trouvait. Qu'elle allait tout encaisser sans jamais rien dire. Ils ignoraient jusqu'où elle pouvait aller...
- D'ailleurs, je pense que se serait mieux que tu évites de chercher le capitaine à l'avenir. C'est bon pour personne lorsque quelqu'un cherche les ennuis avec lui.
Pour la première fois, elle entrevit une légère peur dans les mots de Garry. Elle voulut leur répliquer durement qu'elle n'y était pour rien si leur fichu capitaine était un être qui ne démontrait aucun remord pour aucune de ses actions jusqu'à présent. Seulement, elle fut coupée par le timbre soudain rêche de Jack qui s'interposa en sa faveur :
- Vous allez lui foutre la paix ?! Elle a compris le message. Vous êtes les grands méchants loups des cadets qui se feront une joie de la remettre à sa place en cas de frasque.
- Toujours prêt à défendre ceux qui sont sans défense, hein Jack ? Répliqua Gretchen d'un ton tout à fait moqueur.
Une fois encore, Clementine n'aima guère qu'ils remettent en cause la force qu'elle avait en elle. La force de son courage.
[C3] Après tout, elle avait bien fait mordre la poussière à Garry la semaine dernière.
[C4] Même si elle n'avait pas physiquement gagné son combat contre Garry, elle pensait l'avoir remporter sur un plan purement moral.
- Sans défense ?
Les jumeaux la fixèrent avec une attention sévère alors qu'elle ponctuait avec fermeté :
- C'est bien mal me connaître.
- On a hâte de voir ça !
Ils se regardèrent avec une vive lueur de défi à travers l'intensité intransigeante de leurs prunelles. Ils finirent par couper court à cet échange lorsque le second sergent des cadets vint jusqu'à eux pour les compter.
Le reste du temps passé au réfectoire se déroula sans autres incidents ou même échanges avec les deux jumeaux. Ils s'étudiaient parfois pendant quelques secondes mais aucun ne reprit la parole. Clementine mangea son repas en silence, passant le plus clair de son temps le visage plongé dans son assiette. Quand ils eurent enfin la permission de quitter les lieux, les cadets se levèrent presque tous au même moment sachant déjà où se diriger même si Clem n'en avait aucune idée.
Alors qu'ils avançaient tous vers la sortie, Jack dû capter ses interrogations si bien qu'il lâcha naturellement :
- Aujourd'hui on a le terrain d'entraînements pour toute la matinée vu que la majorité des soldats partent en mission ce matin.
- Comment on sait où se rendre chaque matin ?
- Ils nous font un long rapport pour la journée du lendemain tous les soirs après le dîner. Si il n'y a pas de mission en extérieur, où pas d'entraînements de prévu, on donne un coup de mains aux civils internes. Pour savoir où aller, faut que t'ailles voir le tableau au fond du réfectoire.
Il lui indiqua du doigt le panneau sur lequel était dessinée une grille à l'intérieur de laquelle étaient écrits des mots qu'elle ne pouvait distinguer de si loin.
- Ils notent tous les jours les tâches qui ont besoin de main d'oeuvre en plus. Tu choisis celle que tu veux et tu t'y rends.
- J'imagine qu'on ne peut pas espérer éviter de s'y rendre sans avoir de problèmes ? Demanda-t-elle sans grand espoir alors qu'elle gardait à présent la voix basse.
- Tu peux essayer d'esquiver une fois, peut-être deux fois mais ils vérifient les registres des civils qui notent notre présence, l'heure à laquelle on arrive et celle à laquelle on part. Je ne pense pas qu'ils retracent l'agenda de chaque cadet tous les jours mais on ne sait jamais quand ça peut tomber sur toi.
Bon sang ! Pourquoi ils s'acharnaient à si bien agencer chaque élément, choses ou tâches qui se trouvaient dans ce camp ?! N'y avait-il donc aucune ouverture nulle part ?!
Ils finirent par passer la porte du réfectoire pour se retrouver dans le froid quasi permanent de cette région. Ils atteignirent en quelques pas le terrain d'entraînement devant lequel se tenait la moitié des cadets ainsi que les deux sergents et le lieutenant.
Ce dernier annonça lorsque tous les dix-neuf cadets furent rassemblés :
- Comme il a été dit hier, je vais rejoindre quelques soldats pour une mission aujourd'hui. Je vous laisse à la charge de vos sergents et comme d'habitude, je ne veux aucun rapport d'incident à mon retour. C'est clair pour tout le monde ?
- Oui, lieutenant Thompson.
Les cadets - sauf Clementine - répondirent d'une même voix parfaitement synchronisée. Mais, étrangement, durant cette petite mise au point, le regard de Thompson s'était longuement arrêté sur Clementine. Elle n'imaginait pas que ce discours n'était adressé qu'à elle. Mais en même temps, les autres devaient déjà le connaître par cœur. Peut-être était-ce juste un rappel qu'il faisait à chaque fois qu'un nouveau rejoignait leur "rang".
Dès que le lieutenant les quitta, l'entraînement ne tarda pas à commencer. Bien évidemment, pour son premier jour, elle fut envoyée dans le groupe des moins expérimentés qui commençait par des entraînements au corps à corps. Ces récentes blessures allait certes mieux mais pas au point de ramasser d'autre coups si peu de temps après le temps de guérison qui lui avait été accordé.
Heureusement, pour le moment, il faisait majoritairement des démonstrations de coups de base afin d'échauffer les cadets qui passèrent par deux à chaque fois que le sergent les appelait.
Tandis qu'elle regardait avec autant de colère que de fascination les mouvements qui s'enchaînaient entre les jeunes au centre du terrain, certains de ceux restés en retrait pour regarder se présentèrent à elle après quelques minutes, leur donnant leur nom parfois. Elle retenu celui d'un certain Alexander, aux timbre aigus, au joue bien rebondie, affichant des cheveux d'un joli roux. Il lui fit étrangement pensé à Duck avec quelques années de plus. Elle se rappela aussi celui de la jeune fille qu'avait rejoint Pablo. Une certaine Jessy. Cette jeune fille de quatorze ans était plus grande que Clementine même un rien semblait pouvoir la briser. Pourtant son visage et ses yeux aussi bleu que le ciel en fin de soirée affichait une résolution qui intrigua un moment Clementine.
Elle ne parla pas trop avec eux ou les autres gamins du groupe dans lequel on l'avait jeté. Parfois, quelques uns essayaient de l'interroger sur son affrontement avec Garry, lui témoignant un certain respect quant à sa hargne et sa détermination. Elle ne répondait que par des hochements de tête et des brefs oui ou non pour éviter de s'attarder sur ce sujet qui l'exaspérait profondément.
Après quelques minutes, elle fut finalement appelée par le sergent qui affichait un visage parfaitement ordinaire si ce n'était ses sourcils extrêmement larges et ce cou bien trop long à son humble avis.
Jack lui avait dit qu'il s'appelait Gregson. Sergent Gregson. Et ce dernier interpella alors Jessy qui rejoint, à son tour, le carré de combat.
- Utilisez les mêmes parades que je vous ais montré au début pour faire tomber votre adversaire et seulement celles-ci. Pas de coup bas.
Clementine sut que ces derniers mots lui étaient adressés. C'était son premier entraînement et il devait deviner que son instinct pouvait toujours reprendre le dessus. Surtout qu'elle imaginait que Jessy s'était à coup sûr déjà exercée sur ces parades de techniques de défense et d'attaque à mainte reprise. A cet instant, son instinct lui aurait bien servie.
Elles commencèrent à se tourner autour sur l'ordre de Gregson. Très vite, les jeux de jambes, les clés de bras et les mouvements de Jessy eurent raison de Clementine à plusieurs reprises. Elle tombait au sol à genoux, sur le dos ou face contre terre. Certains des chocs relancèrent la douleur de ses récentes blessures la faisant grimacer plus qu'elle ne l'aurait voulu. Mais la jeune adolescente qu'elle affrontait s'assurait d'éviter de lui faire trop mal, s'assurant le plus souvent qu'elle ne tombe pas trop violemment.
Puis alors, à force d'essai, les assauts s'imprégnèrent dans les gestes de Clementine. Elle réussit à enregistrer et appliquer les démonstrations qui avaient été faites. Elle arrivait enfin à se défendre face à plusieurs attaques. A répliquer suffisamment jusqu'à réussir à prendre l'avantage sur son adversaire et la mettre à terre au moins une fois.
Dès que Jessy se remit sur ses jambes, Gregson les arrêta :
- C'est bon toutes les deux. Retournez dans le rang. Alexander, Hector, à votre tour.
La journée défila plutôt rapidement après ça. Ils échangèrent leur place avec l'autre groupe, tournant en boucle sur le parcours d'exercices. Clementine était déjà lessivée. Bien plus que le reste de ces jeunes qui avaient une endurance qui l'impressionna. A un moment, elle chopa une crampe dans la jambe alors qu'elle escaladait un mur grâce à une corde qui traînait le long de la paroi. Elle faillit s'effondrer à plusieurs reprises mais à chaque fois, sous sa surprise, l'un des cadets de l'équipe dans laquelle elle avait été propulsée venaient lui prêter main forte, la poussant à ne pas abandonner, à continuer.
L'unité entre eux la décontenança grandement. Comme s'ils étaient tous les mailles d'une même chaîne. Si l'une se brisait, le tout était détruit.
Et à force de soutien, elle se souvint de ce que Jack lui avait dit ce matin dans leur cellule : " La seul famille qui nous reste au bout du compte, c'est les cadets..."
Même si la plupart était guidé par un instinct primal d'agressivité, d'acharnement et d'ardeur, il persistait entre chacun d'eux une évidente cohésion. C'était le dernier port d'attache d'émotions qui les avaient fuies.
Quand les sergents mire fin aux entraînements pour aujourd'hui, Clementine faillit presque se coucher sur le sol glacial. Les autres étaient fatiguées mais pas autant qu'elle. La douleur de certaines blessures la lançait en même temps que les nouvelles qui agressaient ses muscles. Les courbatures allaient vraiment être affreuses demain !
Elle transpirait comme jamais auparavant. Plus étonnant encore étant donné les températures des environs. Elle aurait aimé nettoyer ces couches de sueurs qui lui collaient à la peau. Et pour une fois, comme une réponse à son désir, le sergent Turner déclara d'une voix haut perchée :
- Tout le monde à la douche !
Depuis son arrivé, elle n'y était pas allé une fois, faisant une toilette rapide tous les deux jours dans la zone de soin à partir d'un saut d'eau et du savon que Louie lui avait obtenu. D'après elle, l'hygiène était une chose importante pour eux afin d'éviter que des maladies ne se répandent parmi la population.
Elle se demandait qui avait eu les compétences adéquates pour créer un système en matière d'hygiène aussi opérationnelle. Les douches étaient communes mais par chance les filles et les garçons étaient séparés. Quand elle pénétra à l'intérieur, elle trouva qu'il y avait une certaine ressemblance avec les douches du gymnase de son ancienne école; si on oubliait la couleur des murs des containers qui délimitaient la pièce.
Elle se déshabilla au milieu des filles, assez gênée contrairement à ces dernières qui étaient plus habituées. Honnêtement Clem ne voulait pas s'habituer à ça, ni au entraînement et aux douleurs musculaires qu'ils engendraient. Elle ne voulait s'adapter à rien qui se trouvait dans l'enceinte de ce maudit camp.
Lorsqu'elle choisit un pommeau de douche libre et tira sur la tige de métal comme le faisait les autres, l'eau qui s'écoula lentement fut moins glacé que ce à quoi elle s'était attendue. Elle était plutôt tiède tendant tout de même vers des tons froids.
Après cinq minutes la blonde au nez tordu, sergent des cadets, pénétra dans les lieux pour les prier d'en finir et de se rhabiller dans les deux minutes qui suivirent.
Elles ressortirent des douches, se mêlèrent aux garçons puis retournèrent à l'extérieur du bâtiment. Les sergents étaient sur le point de les congédier pour remplir des tâches en interne pour le reste de la journée. Mais brusquement, le bruit de plusieurs transports pénétrant en trombes par les portes vers l'entrée principale les arrêtèrent dans leurs mouvements.
Une voiture et un minibus assez large s'arrêtèrent près du socle où personne n'y était attaché aujourd'hui. Une cacophonie s'installa au milieu des soldats qui descendaient des autos. Clementine repéra du sang sur quelques uns. Mais rien de très grave alors qu'elle n'entendait aucun hurlement de douleur et qu'ils étaient tous capable de se tenir debout.
Mais, de toute évidence leur mission d'aujourd'hui ne s'était pas passée aussi bien que prévu.
Soudain, les cadets et leurs sergents accoururent vers ceux qui venaient d'arriver. Mais pas Clementine. C'était la peut-être sa seule opportunité de la journée pour se rendre en zone de soin et d'aller voir AJ pour le tenir dans ses bras. Même si ce n'était que cinq minutes.
Elle s'engouffra alors dans les lieux qu'elle venait de quitter avec les autres et rejoint en courant la salle principale d'auscultation. Elle toqua à la porte alors que la voix de Louie l'autorisait à entrer. Un sourire s'était installé sur ses lèvres dès le moment où elle s'était précipitée pour venir ici. Elle ne prit pas la peine de saluer Louie, regardant autour d'elle à la recherche d'AJ.
Et lorsqu'elle prit conscience de la disparition du petit, sa brève joie se fâna. Elle laissa place à une affreuse inquiétude et une sourde colère.
- Où est-il ? Demanda-t-elle avec désespoir alors qu'elle remarquait enfin le regard empli de compassion de Louie.
- Je suis désolé mais ils l'ont changé de place. Je ne sais pas où ils l'ont installé.
La rage la gagna plus encore alors qu'elle que comprenait que :
- Par "ils l'ont", tu veux dire Dalton ?!
Le médecin n'eut même pas besoin d'acquiescer. La confession dans son regard était suffisamment éloquente.
- Il...
Elle ne put aller plus loin dans sa réplique. Derrière elle, deux soldats pénétraient par l'entrée. Ils étaient par ailleurs accompagnés de Dalton qui fermait la marche avec toute la prestance dont il était capable.
Un silence horrible s'installa dans la pièce. Les deux blessés légers qui devaient être ceux qu'elle avait repéré sur la place avant d'accourir ici la dévisageait bizarrement. Quant à Dalton, cet homme au visage toujours parfaitement net, au regard lugubre et indéchiffrable, ne sembla même pas remarquer sa présence. Mais elle savait qu'il l'avait vu.
Hâtivement, il passa devant les deux soldats puis, comme si elle était transparente, il s'engagea devant elle sans lui jeter un coup d'œil. Il indiqua à l'attention de Louie :
- Ces hommes sont blessés. Ce n'est pas trop grave mais il vaut mieux les soignés.
- Je vais voir ça. Dit-elle penaude, sans s'inquiéter de la réaction du capitaine à la présence de Clementine. S'il se décidait à réagir à sa présence.
Ce qui ne sembla pas être le cas alors qu'elle le voyait ressortir sans une œillade pour elle. Déterminée, elle le suivit jusque dans le couloir tout en hélant :
- Où il est ?!
Il continua à marcher comme si elle n'avait pas parlé. Alors, avec audace, elle vint se poster devant lui, l'arrêtant dans ses mouvements.
- Où tu as mis AJ ?!
Finalement, il l'observa posément comme si il prenait seulement conscience de sa présence.
- En sécurité.
Ça ne répondait pas à sa question.
- Laisse-moi le voir.
Elle n'aima pas la supplique dans cette requête.
Il sourît presque agréablement et clama avec naturelle :
- Non. Pas aujourd'hui.
Elle était révoltée. Elle savait que chaque détail de son attitude et des traits de son visage devait lui témoigner la haine qu'elle ressentait à son égard.
Mais à l'amusement qui pointa dans ses yeux, elle était consciente comme il l'était qu'elle était à sa merci. Il décidait. Pas elle.
- Quand alors ?
- Quand je le déciderai.
Sur ces mots, il se remit en route laissant derrière lui une Clementine qui aurait dû savoir à l'avance qu'un tel privilège ne serait durer dans un endroit pareil.
Jour 26
Les entraînements commençaient à payer. Les courbatures disparaissaient au fur et à mesure que son corps s'endurcissait. Elle s'améliorait de jours en jours. Au point où elle avait déjà dépassé le niveau de la moitié des cadets du groupe de ceux moins expérimentés. La survie, elle l'avait dans le sang. En plus d'une agilité impressionnante et d'une détermination à toute épreuve.
Elle mettait tout ce qu'elle avait dans les entraînements car plus elle deviendrait forte plus elle aurait de chance de s'enfuir d'ici. Elle comptait utiliser leurs enseignements contre eux. Se servir de ce qu'elle aurait appris pour se débarrasser des obstacles mis sur sa route.
Ils étaient sur le parcours pour le moment. Mais quand il fut leur tour de passer aux combats au corps à corps, Clementine se sentit mal à l'idée de faire l'exercice que leur imposa le sergent Gregson et le lieutenant Thompson qui gardait de près un œil sur leur apprentissage du jour.
D'habitude, ils passaient leur temps à enchainer de nombreuses chorégraphies de mouvements d'attaque et de défense. Ou alors il s'exerçait pour abattre des rôdeurs sous différentes conditions physique. D'ailleurs, jamais encore elle n'avait passé tant de temps sans en voir un.
Mais aujourd'hui, elle comprit que ce n'était pas des exercices fait pour anéantir ces créatures mais plutôt des méthodes pour tuer discrètement un ennemi bien vivant.
C'était une chose de tuer un homme en condition de réel danger. S'en était une autre d'apprendre à les attaquer dans le dos pour mettre fin à leur jour.
Ce jour là, Clementine apprit comment briser la nuque d'un homme, comment poignarder et trancher une gorge pour éviter tous cris de l'adversaire. Des leçons qu'elle espérait ne jamais avoir à mettre en pratique. Même si à l'heure actuelle, elle n'était pas sûr d'avoir assez répéter les manœuvres pour les recréer parfaitement.
En tout cas, elle était malheureusement convaincue que si ils leur apprenaient ces méthodes, c'était bien parce qu'ils voulaient qu'ils s'en servent.
Lorsqu'ils en eurent finit avec cet après-midi, Clementine, comme les autres, partit prendre sa douche comme ils le faisaient après chaque entraînement. Puis, sachant qu'ils leur restaient une bonne heure et demi avant le dîner, elle décida de partir donner un coup de main à l'une des nombreuses fonctions interne du camp. Elle n'avait plus besoin de se rendre au réfectoire pour voir quels tâches avaient besoin d'un coup de main. Elle allait toujours à l'atelier de confection de vêtements qui se trouvait dans le bâtiment par lequel elle s'était condamnée lorsqu'elle était arrivée devant les portes de Wellington avec Kenny.
Kenny...
Une boule dans sa gorge revenait dès qu'elle pensait à lui. Quand cela arrivait, elle passait la moitié de ce temps à chérir son souvenir. Le reste était partagé entre sa colère grandissante pour l'avoir laissé ici et la jalousie qu'elle ressentait vis-à-vis du choix qu'il avait sur la façon dont il voulait survivre.
Etonnement, elle ne pensait jamais qu'il avait pu périr. Pourtant, étant donné la condition physique dans laquelle elle l'avait quitté, c'était une possibilité. Toutefois, elle était persuadé qu'il avait réussit à s'en sortir, qu'il avait peut-être même trouvé un nouveau groupe de gens ou un camp où s'installer et avait déjà commencé à l'oublier !
Et voilà la colère qui pointait de nouveau le bout de son nez...
Elle détestait l'idée de le savoir heureux alors qu'elle, dépérissait ici. Elle aurait voulu être heureuse avec lui.
Elle arrêta là ces songes de peurs de se laisser submerger une fois encore et arriva hâtivement à sa destination.
Le travail était fait par une bonne femme d'une cinquantaine d'année, sourde et muette, au visage si doux qu'on se demandait comment elle avait réussit à atterrir ici... Ou même à survivre si longtemps.
Clementine n'avait pas de talent particulier pour la couture mais c'était le seul endroit où elle pouvait être suffisamment au calme. Aucuns des cadets ne choisissaient jamais de rejoindre cet endroit. La personne qui le gérait était littéralement muette, permettant ainsi à Clem de s'enfermer sereinement dans son esprit et de réfléchir correctement à diverses possibilités pour quitter cet endroit.
Plus d'une heure dû s'écouler durant laquelle elle répétait indéfiniment les mêmes gestes pour recoudre vêtements, draps ou tout type de tissu détérioré qui pouvait être rattrapé. Parfois la femme lui souriait avec gentilesse. Quand elle faisait ça, elle imaginait qu'elle n'avait pas totalement conscience de ce qu'était réellement cet endroit...
Clementine sentait qu'elle ne devait pas être en contact avec beaucoup de personnes au camp. Mais sa présence semblait lui faire plaisir même si jamais elle ne communiquait d'une quelconque façon ; sauf pour lui montrer quelques techniques pour coudre plus efficacement.
Quand la jeune fille décida de s'en aller, elle remarqua qu'aucune âme vivante ne traversait ce long corridor. Elle commença à marcher pour rejoindre l'angle du couloir qui la ramènerait dans le froid de la zone extérieur. Elle passa devant différentes pièces ouvertes et vides du moindre vivant. Il y avait toujours très peu de gens qui traînaient ici à cette heure tardive. Les seuls présents se trouvait au niveau supérieur, guettant au cas où la venue de nouveaux arrivants. Elle se demandait d'ailleurs combien de gens avait été refusé depuis son premier jour ici.
Soudain, elle entendit alors clairement un très faible son guttural tandis qu'elle s'approchait doucement de la pièce suivante. Elle entendit quelque chose gicler et un son aigu difficile à percevoir.
Et quand Clementine arriva enfin devant la pièce qui faisait office de petit bureau, elle crut imaginer ce qu'elle était en train de voir.
Pablo, avec qui elle n'avait jamais parlé, qu'elle avait seulement côtoyer lorsqu'il venait discuter avec Jack et qu'elle était dans les parages, venait de tuer un homme sous ses yeux sans en avoir encore pris conscience.
Le visage du garçon témoignait de la surprise de son acte. Son corps tremblait mais elle ignorait si cela était dû à une évidente rage qu'il portait à l'homme à qui il avait tranché la gorge, à l'adrénaline de la tuerie ou au choc de ce qu'il venait d'accomplir. Cela pouvait être dû aux trois réunies à vrai dire.
Lorsqu'il releva les yeux vers elle, notant enfin sa présence, le couteau qu'il tenait tomba de sa main et tinta affreusement sur le sol, à côté du corps. Le contrecoup de ce qu'il venait d'accomplir lui tomba dessus. Elle entrevit son soulagement mélé au subit traumatisme d'une pareille action. Une panique s'insinua en lui alors qu'il observait en furie le corps du mort et prenait conscience du sang répandu sur une partie de son visage et de son pull.
Elle l'observa, toujours sous le choc.
- Aide-moi.
Elle crut rêver sous la demande du jeune latino. Elle ne bougea pas quand il s'approcha calmement d'elle. Clementine reprit finalement conscience quand il attrapa son bras avec délicatesse et la supplia :
- S'il te plaît.
Elle comprit finalement lorsqu'il contempla le sang sur son vêtement. S'il restait dans cette tenue, il était fichu. Jamais il ne pourrait traverser la cours et retourner à sa cellule pour se changer sans être détecter.
Aussi, même si elle avait appris que Wellington n'était pas partisan des exécutions - ou exception -, elle savait que la mort pouvait s'avérer parfois plus douce que leurs punitions.
Seulement, devait-elle vraiment lui venir en aide ?
Après l'avoir vu attaquer cet homme avec autant de sang-froid, l'avoir vu l'égorger sans aucun remords, elle aurait dû le craindre. Ne pas lui faire confiance. Etre convaincue qu'il la tuerait pour avoir été témoin de son crime.
Pourtant, à son grand étonnement, elle déclara d'un timbre légèrement tremblant :
- Tu as détruit le cerveau ?
- Pas... Pas encore. Dit-il d'une voix presque désséchée.
- Fais-le et cache toi dans la pièce d'à côté ! Quant t'y es, tu m'attends là !
Subitement, le garçon obéit. Il reprit le couteau qu'il planta efficacement dans le cerveau du mort puis tous deux évacuèrent les lieux. Il se conforma aux ordres de Clementine alors que celle-ci se ruait jusqu'à la pièce où elle avait passer la dernière heure. Juste avant d'apparaître devant l'ouverture de la salle de "dressing" de Wellington, elle contrôla mieux son souffle très erratique, tentant de tempérer son agitation.
Elle se décida finalement et avec un petit sourire forcé, elle pénétra dans les lieux où la quinquagénaire se trouvait toujours, travaillant aussi calmement que d'ordinaire.
Elle attira l'attention de cette femme sourde et muette qui fut plaisament surprise de son retour. Clementine attrapa alors le calpin à ses côtés sur lequel elle écrivait pour se faire comprendre aux autres.
Clementine gribouilla rapidement qu'elle avait besoin d'une veste en plus, qu'elle commençait à se sentir un peu malade et qu'il faisait trop froid dehors pour affronter le froid avec le seul pull qu'elle avait.
La paleur de son visage et ses légers tremblements durent aller dans le sens de son mensonge. Parce que, quand elle eut fini la lecture de la note, la dame se déplaça immédiatement, hocha de la tête avec un sourire aimable et partit lui donner une veste qui trainait sur le meuble où était entreposé les bons vêtements.
Clementine la remercia sincèrement puis la quitta en toute hâte. Elle tendit l'oreille sur sa route pour s'assurer que personne n'allait lui tomber dessus. "Leur" tomber dessus.
Elle prit finalement conscience de s'être rendue complice de son meurtre lorsque qu'elle atteint la pièce indiquée à Pablo.
- Pablo ? Elle murmura dès qu'elle passa le seuil.
Le garçon apparut de derrière le bureau. Malgré la lumière tamisée des lieux, elle remarqua son teint blafard et transpirant.
- Nettoie toi avec ton pull et enfile ça !
Il s'éxécuta dans la seconde tandis qu'elle lançait le tissu sur le meuble tout près de lui. Il enleva son haut, ulisa le côté sans tache du vêtement pour se nettoyer les mains et le visage. Il frotta comme un forcené. Tant que Clementine se demanda s'il n'allait pas finir par s'arracher la peau.
Mais après quelques secondes, il s'interrompit brusquement. Il se tenait torse nu, l'oreille tendu si bien que Clem comprit sa brusque tension quand elle nota elle aussi les bruits de pas dans le couloir.
Sans trop de bruit, ils se précipitèrent derrière le bureau. Ils savaient qu'ils y seraient bien caché. Néanmoins si l'étranger remarquait le corps dans l'autre pièce, ils étaient fait comme des rats. Ils n'auraient plus la possibilité de s'en aller sans être repérer.
L'individu s'approchait rapidement à présent. Les deux s'observaient avec crainte. Ses pieds semblèrent passer devant le bureau où se trouvait le cadavre mais continuèrent leur chemin d'une même démarche. Le soulagement apparut dans leurs iris. Mais la tension les rattrapa quand ils perçurent distinctement son ombre sur le mur alors qu'il passait sans s'arrêter devant la pièce où ils se trouvaient. Il s'éloigna jusqu'à ce que le clapotis de ses chaussures devienne parfaitement silencieux.
Clementine inspira de tout son soul ayant l'étrange impression d'avoir arrêter de respirer pendant un moment.
Bon sang ! Dans quoi elle s'était embarquée ?!
- Sortons d'ici ! Elle clama dans un murmure empressé.
Pablo enfila la veste sur son tee-shirt, la referma. Il retourna alors son pull à l'envers, faisant attention de ne pas remettre du sang sur ses mains. Il le plia à plat et le cacha dans son dos, sous la veste qu'elle lui avait apporté.
- Allons-y.
Ils regardèrent discrètement de chaque côté du couloir avant de s'y engager. Il n'y avait personne alors d'une démarche rapide, ils longèrent le reste de l'allée, prirent à gauche puis finirent par rejoindra la sortie avec une vive délivrance.
Quelques gens se rendaient au réfectoire sous l'éclat de la lune quasi pleine. Aucun nuage n'obscurcissait le ciel. Les étoiles se comptaient par millions ce soir. Une belle nuit. Paisible et rassurante.
Ironie parfaite après ce qu'il venait de se passer...
Ils se mêlèrent aux gens en restant à quelques mètres d'eux. Personne ne sembla faire attention à leur présence dans la pénombre de la nuit.
Pour la première fois depuis qu'il lui avait demandé son aide, Pablo finit par murmurer avec sincérité :
- Merci pour ce que tu as fais.
Clementine le regarda avec gravité. Pas nécessairement ravie d'avoir été embarquée là-dedans.
- C'est pour ça que t'as voulu partir en mission à la place de Jack la dernière fois ? Parce qu'honnêtement, je ne suis pas sûr que partir sur une dangereuse mission compense un meurtre...
Il ne fut pas étonné que Jack lui ai parlé de leur système d'échange qu'ils utilisaient parfois dans certaines situations. Il admit alors sans gêne, avec calme :
- J'avais besoin que personne ne soit sur mon dos si je voulais pouvoir faire ça. Fallait que je me tienne bien quelques temps étant donné la réputation que je me suis forgé. On ne s'en rend pas compte mais certains nous observent même quand on n'en a pas conscience. Lorsque l'on montre des signes de rebellions, ils font attention.
Ils se turent quelques secondes. Clementine ne savait que penser de tout ça.
- Ce n'était pas quelqu'un de bien. Rajouta-t-il une fois encore, pour expliquer son acte.
- Qu'est-ce qu'il a fait ?
- Il s'en prenait à une fille. Peut-être pas qu'une.
Elle ne saisit pas trop ce que cela voulait vraiment dire. Il dût le remarquer puisqu'il insista avec dégoût :
- Il la touchait...
Elle comprit sans saisir pleinement la notion. Elle était trop jeune encore. Mais elle savait que cela était vue comme l'une des pires choses que l'on pouvait faire dans ce monde.
Subitement alors, le nom d'une jeune fille du camp tinta dans son esprit. Sans vraiment le chercher, elle s'exprima avec douceur :
- Jessy ?
- Oui.
S'il y avait une chose qu'elle avait compris sur Pablo, même si elle n'avait jamais parlé avec lui avant aujourd'hui, c'était l'affection qu'il portait à Jessy. Une affection qu'elle lui rendait. Quand ses yeux se posaient sur eux, c'était évident. Elle ignorait les limites de cette admiration qu'ils avaient l'un pour l'autre. Mais étant donné ce que Pablo avait fait aujourd'hui, elle imaginait qu'il n'y en avait pas.
Leur relation était aussi fraternelle qu'amicale, pleine de tendresse dans leurs gestes, de dévotion dans leur regard, d'amour dans leurs sourires.
Ils étaient l'un des rares beaux éléments de ce camp. C'était probablement pour ça d'ailleurs que son instinct l'avait poussé à l'aider. Elle avait dû y songer sans en avoir conscience.
Seulement, après ça, est-ce que Pablo resterait le même ? Serait-il lentement rongé par la pensée d'avoir tuer un homme - même un homme si mauvais ? Cela le changerait-il ?
Mais ces questions ne prirent pas longtemps avant de trouver réponses. Elle contempla Pablo avec intérêt. Clem remarqua alors sa démarche insouciante tout à fait inchangée et la paix qui assiégeait l'intégralité de ses traits. Elle était persuadé qu'il vivrait très bien avec son crime.
L'action l'avait secoué sur le coup. Mais ses conséquences le rendaient parfaitement satisfait. Heureux.
Elle n'avait pas vu ce sentiment depuis bien longtemps...
Clementine ignorait pourquoi mais malgré ce qu'elle l'avait vu faire, elle le trouvait fort honorable. Une qualité disparut depuis bien longtemps. Une notion difficile à trouver chez les gens à présent. Et ce bien avant que les morts ne se soient mis à marcher.
- Je te promets que si on venait à t'accuser ou à te suspecter, je me dénoncerai immédiatement.
- C'est surprenant... mais je te crois.
Il lui sourit avec une vive gratitude, touché par ses mots.
- Si t'as besoin de quoi que se soit, tu pourras compter sur moi. Sur Jessy aussi. On te soutiendra jusqu'à ce que notre dernier souffle.
Ils cessèrent de parler dès que l'afflux des gens autour d'eux fut plus important.
Et dans le silence qui s'était installé entre eux, Clementine se demanda comment quelqu'un arrivait encore à parler comme ça ? Il semblait tout droit sorti d'un roman épique, rempli d'aventures, de chevalier, de combats à l'épée...
Tant d'honneur... Etait-ce encore possible ?
Clementine voulait y croire. Croire que ce camp ne pouvait pas tout détruire en eux...
Jour 68
Six jours sur sept, les cadets s'entraînaient. Le septième, ils avaient le droit à un repos bien mérité - sauf exception. Ils pouvaient dormir deux heures de plus et errer - plus ou moins à leur guise - dans l'enceinte du camp. Mais surtout, aujourd'hui était important car Clementine aurait la chance de pouvoir passer une bonne artie de la journée avec AJ.
Depuis le jour où elle avait définitivement rejoint les cadets, Dalton avait décidé qu'elle ne verrait le petit qu'une fois par mois, toujours en période de repos.
Cette sentence l'avait déchiré. La présence d'AJ lui manquait tant. C'était affreux de le savoir si près et de ne pas pouvoir être à ses côtés. La douleur sur le long terme était pire encore que tous les coups qu'elle avait reçu depuis son arrivé. Malgré tout, la punition qu'il lui avait été imposé près de deux semaines auparavant l'avait retourné au moins autant que le manque créé par l'absence d'AJ.
Elle n'avait pas été torturée physiquement mais son esprit avait été mis à rude épreuve. Ils ou plutôt "Elle" l'avait enfermée trois jours entier dans le noir, avec l'équivalent d'un quignon de pain en guise de repas pour chaque jour et un peu d'eau qu'elle avait dû préserver jusqu'à la fin de cette horrible période d'isolement. Elle avait cru devenir folle à force de ressasser les pires souvenirs de sa vie. Dans l'obscurité totale, il n'y avait pas d'échappatoire à la douleur du passé. Il fallait l'affronter. On pouvait essayer de fixer son esprit sur de belles choses mais c'était peine perdue le plus souvent.
Sa pénitence, Clem l'avait reçut pour avoir attaqué le sergent Alice Turner. Plus elle apprenait à la connaître, plus elle l'exécrait. Elle était hautaine, vindicative et bien trop orgueilleuse. Elle pouvait encaisser beaucoup de mots durs, de menace et d'intimidation...
Toutefois, quand Turner avait dit :
"Bouges-toi ! Tu recevras l'aides de personnes. Alors si tu comptes sur des gens comme le crétin qui t'a amené ici, tu peux toujours courir. Il ne peut plus rien pour toi ! T'es toute seule !"
Clementine avait lâché l'entraînement. Elle s'était jetée sur elle sans y réfléchir une seconde. Elle savait pertinemment qui lui avait murmurer à l'oreille comment l'atteindre en plein coeur si bien que Turner n'avait pas été plus surprise que ça par son assaut.
Cela dit, Clem avait tout de même réussit à lui décocher un vilain coup dans l'estomac qui l'avait fait recracher l'air de ces poumons. Juste après, elle avait été maitrisée par le second sergent des cadets.
Turner n'avait guère apprécié le coup qu'elle lui avait mis et avait alors décidé de l'enfermer au cachot pendant toute une semaine.
Etonnement, elle ne savait pas pourquoi mais un soldat était venu la faire sortir le troisième jour lui annonçant qu'elle était libérée.
Enfin, façon de parler...
La rage de Clementine grandissait de jour en jour au sein de ce camp. Elle se sentait capable de plus de violence, de moins de remords... Et elle n'aimait pas ces sensations.
Enfermée dans ses pensées qui dérivaient trop loin, elle remercia pensivement Jack pour ses petits gémissements. Ils lui avaient permis de se recentrer sur cette journée et sur la présence d'Alvie qu'elle rejoindrait en salle de soin dans peu de temps maintenant.
Soudain les complaintes de Jack s'accentuèrent. Elle l'observa dormir avec douceur et compassion alors qu'il semblait enfermer dans un mauvais rêve.
Elle aimait beaucoup Jack. Elle aimait sa gentillesse, sa patience, son calme. Elle sentait toutefois qu'il avait une peur insondable de perdre ce qu'il restait de son humanité. Elle avait aussi compris sa crainte manifeste des punitions réservées par le camp. Elle avait saisit que cette angoisse permanente était née après sa tentative de fuite qui avait presque réussie. Mais elle ne l'avait jamais interrogé sur ce qu'on lui avait fait subir. Elle n'était pas non plus allée chercher l'information vers quelqu'un d'autre. S'il souhaitait lui en parler, elle préférait qu'il le fasse de son plein gré.
Autre que Jack, Clementine avait commencé à passer plus de temps avec Pablo et Jessy ; même si cette dernière avait un tempérament très solitaire et parlait peu. A l'exception de la présence de Pablo, elle n'entendait pratiquement jamais sa voix.
D'ailleurs, quand elle pensait à ces deux là, Clementine en revenait toujours à ce jour où elle avait aidé le latino à s'en sortir. Lorsque la mort du civil qu'il avait tué avait été découverte quelques heures plus tard, une enquête avait été menée durant quelques jours. Elle s'était avérée non concluante. Ils manquaient de piste, de témoins et donc de suspects. Et étant donné que Jessy n'avait jamais rien dit des choses que lui avait fait cet homme, il était impossible pour eux de remonter jusqu'à Pablo. Seul au courant de ce sujet sensible avec Clementine.
Forcément, toute cette affaire avait immédiatement créé des liens entre eux. Des liens fort basé sur la confiance de garder ce secret et ainsi se protéger mutuellement.
[...] Les minutes s'égrenèrent dans la pénombre de cette pièce. Pourtant, à force d'espérer la venue de quelqu'un, elle entendit faiblement le verrou de la porte sauter juste avant que cette dernière ne s'ouvre.
Elle s'était attendue à la présence d'un sergent, prête à réveiller Jack. Seulement, il ne s'agissait ni de Turner, ni de Gregson. Cette carrure, la rigueur de ces traits, ce regard brun et brumeux d'une vive intensité...
Qu'est-ce que lui voulait Dalton ?
Comme Jack lui avait dit lors de sa première nuit, elle avait passé son temps à l'éviter ces dernières semaines. Mais l'homme avait la fâcheuse tendance de se retrouver trop souvent sur sa route.
- Viens avec moi.
Sa venue n'avait même pas réveillé Jack toujours enfermé dans les limbes de ses rêves.
Sans un mot, elle se leva de sa couchette et sortit de sa cellule. Elle suivit en silence le capitaine jusqu'à sortir du bâtiment et rejoindre la seule bâtisse où elle n'avait pas encore mis les pieds jusqu'à présent; celle adjacente à l'entrée principale.
Elle aussi était faîte de container et était presque en tout point semblable à celle de la seconde entrée. A la différence que celle-ci était largement plus petite.
La jeune fille n'avait que très rarement aperçu des civils entrer là. Majoritairement, seul les soldats et les cadets choisis pour partir en mission y pénétraient.
Comme partout, il n'y avait aucune décoration ici aussi. Tout était froid, morne et fait d'acier alternant un bleu sale et un rouge périmé. Mais Clementine savait pertinemment qu'aucune couleur sur les murs n'aurait pu changer ce que représentait Wellington pour elle.
Dalton et elle passèrent devant ce qui semblait être une large salle de briefing puis continuèrent jusqu'à rejoindre la dernière porte du couloir. Sur cette dernière était écrit avec de la peinture blanche "Bureau, Commandant Caldwell".
Elle ne lui avait pas parlé depuis son premier jour. Comme les autres, elle le croisait parfois lorsqu'il déambulait dans le camp mais il était bien trop occupé pour accorder personnellement son temps à une bonne partie du camp. Seuls les gradés le côtoyaient en général.
Dalton toqua à la porte quand le timbre bourru du commandant les autorisa à entrer.
Il était assis derrière un bureau, écrivant sur une feuille de papier. Son bouc était toujours présent et les cicatrices de son visage semblaient plus visible sous l'éclat de la lumière de cette lampe. Ses yeux d'un bleu presque gris étaient clairement fatigué aujourd'hui. Mais cela n'enlevait rien à la dureté de ses traits.
Il releva les yeux vers eux alors que Dalton refermait la porte et la poussa à se tenir plus au centre de la pièce, face au commandant.
- Comment vas-tu Clementine ?
Elle était surprise qu'il connaisse son prénom. Plus encore par ce ton bien trop aimable à son goût.
Que pouvait-elle répondre à cette question ? La vérité ? Surement pas. Il savait qu'il ne la voulait pas vraiment. Elle sentait qu'il la testait, étudiant son tempérament par rapport à ce qu'il avait vu d'elle la première fois.
- Je vais bien.
- J'ai appris que tu avais attaqué ton sergent il y a deux semaines ? Quelque chose à dire là-dessus ?
Elle jeta un coup d'oeil vers Dalton qui se tenait sur son flan droit, à un petit mètre derrière elle. Elle savait que rien ne serait arrivé si il n'avait pas parler à Turner de sa réaction quand on faisait référence à Kenny.
- J'ai été puni pour ça.
Elle ne s'excusa pas, ne préféra pas argumenter sur ce sujet qui l'échauffait facilement.
- Et est-ce que ta punition t'a servi ?
- Je ne recommencerai pas si c'est qui vous inquiète.
- Bien. Tu comprends donc qu'on ne peut pas tolérer une telle remise en question de l'autorité ?
Elle aurait voulu hurler "Non !". Seulement, elle dû admettre à contre cœur :
- Oui.
Clementine commençait à s'impatienter. Elle ignorait encore la véritable raison de sa présence ici et voulait une réponse rapide à ce mystère.
- Tu peux remercier le capitaine Dalton pour avoir fait pression sur le sergent Turner afin de réduire ta peine. Turner t'y aurait laissé pour la semaine.
La déclaration choqua Clementine qui bascula une nouvelle fois sa tête vers Dalton. Il n'avait pas cillé aux mots du commandant. N'affichait aucune émotion sur laquelle on aurait pu mettre un nom.
Un seul terme prédomina alors dans l'esprit de Clementine : "Pourquoi ?"
Très vite, Caldwell tourna son regard vers Dalton, lui parlant comme si elle avait quitté les lieux :
- Tu es sûr qu'elle te paraît prête ? Je trouve que c'est tôt encore. Elle a l'air de retenir encore beaucoup trop de choses en elle.
- Elle vous étonnera, j'en suis sûr.
- Je suis sûr de ça mais j'ignore encore comment. Je n'ai jamais beaucoup aimé les surprises, tu le sais.
Elle détestait qu'on parle d'elle de la sorte, qu'ils décident pour elle de chaque détail de son existence.
- Je m'assurerai qu'elle se tienne à carreau.
Elle en avait assez. Sans réussir à se contrôler plus longtemps, elle finit par lâcher sévèrement :
- Est-ce que je pourrais savoir de quoi vous parlez ?
Le commandant n'aima guère son interruption dans leur discussion. Il la scruta avec venin.
- Nous allons te changer de groupe. Tu rejoindras les cadets les plus expérimentés et nous commencerons à t'envoyer en mission en extérieur.
Clementine s'inquiéta de ses mots. Toutefois, elle était aussi stupéfaite d'en être assez satisfaite dans un certain sens. Elle allait enfin pouvoir quitter l'enceinte du camp.
Elle cacha du mieux qu'elle put cette pensée au yeux du commandant qui l'étudiait sous toutes les coutures. Après quelques secondes il se leva de son siège, fit le tour du bureau et vint se planter devant elle. Il était vraiment grand. Une tête de plus que Dalton au moins.
- Une fois que tu seras dehors, je te conseille vivement de ne rien faire d'imprudent.
Clementine ne répondit rien, le regardant droit au fond des yeux alors qu'il relançait avec plus de force :
- Je veux te l'entendre le dire.
- Je ne ferais pas de vagues. "Pas en mission du moins. Pas sans AJ"
Elle était sûr qu'il avait deviné sa dernière pensée qu'elle s'était abstenue d'énoncer à haute voix.
- Je pense que c'est une décision précipitée capitaine.
- Je m'assurerai de la garder à l'oeil. Faîte-moi confiance. Est-ce que je vous ai déjà déçu ?
- Je dois avouer que non... Il soupira. Très bien. Mais fais en sorte de la mettre en mission quand tu seras présent. Au moins les premiers mois. Je serai plus rassuré comme ça.
- Je le ferai, commandant.
- Tu peux y aller.
Clementine s'abstient de lui témoigner son antipathie. Cela n'allait pas l'aider. Elle fut reconduite par Dalton à l'extérieur de l'édifice. Lorsqu'ils dépassèrent le socle où se trouvait la paroi de métal, elle lui demanda avec une vive irritation :
- Pourquoi tu agis comme ça avec moi ?
- De quoi tu parles ? Il feint d'ignorer ce qu'il devait forcément savoir.
- Te comporter comme un parfait salaud un moment et être plein d'attention à un autre. Tu cherches à faire quoi en agissant comme ça ?
- Pourquoi devrait-il y avoir une raison particulière... C'est ainsi que j'agis avec toi, tu n'as pas besoin de comprendre pourquoi. Ce n'est pas nécessaire.
Elle contracta sa mâchoire à sa réponse qui ne lui apporta aucun renseignements.
- Tu sais, ce que je voudrais vraiment c'est que tu arrête de t'intéresser à moi. D'être toujours sur mon dos.
- Désolé... Il ne l'était pas. Mais ça, ce n'est pas possible.
Elle nota une étrange délicatesse dans cette dernière réplique, en plus d'un sourire ravi qu'il ne se fatigua même pas de cacher.
Est-ce qu'un jour elle arriverait à comprendre la façon de pensée de Dalton ? Elle commençait à croire que non...
Il la reconduit jusqu'à la bâtisse principale, allant en zone de soin. Ils pénétrèrent dans la pièce où se trouvait déjà Louie, faisant de toute évidence le compte de son inventaire.
La femme lui sourit agréablement lorsqu'elle nota sa présence. Dalton, lui, n'eut même pas droit à un coup d'œil. Mais il s'en fichait pas mal. Il déclara simplement avant de repartir :
- Je te ramène le gamin.
Elle soupira de lassitude lorsqu'il eut refermé la porte.
- Comment tu vas ? Lança alors Louie qui venait dans sa direction.
- Aussi bien qu'on puisse aller dans un endroit pareil, j'imagine... Ils m'ont changé de groupe. Je vais commencer à rejoindre quelques missions.
- C'est tôt... Je crois que les seuls à avoir était aussi rapidement balancer d'un groupe à l'autre était les deux jumeaux.
- Pourquoi ça ne m'étonne même pas...
Elle ne côtoyait pas trop ces deux là. Elle préférait rester loin d'eux. Il ne semblait pas mauvais. Ils étaient seulement imprévisible et semblaient avoir une passion trop grande pour la compétition et la violence d'un combat. Ils s'amusaient à lui renvoyer des piques de temps à autres. Mais elle sentait que tout cela allait changer. Maintenant qu'elle allait se retrouver avec eux pour les entraînements ou même en missions, elle n'était pas sûre qu'elle allait pouvoir espérer qu'ils la laissent tranquille plus longtemps.
- En tout cas, Dalton avait l'air très confiant. Il pense que je vais bien m'en sortir. Elle émit alors avec un élan de dégoût dans la voix.
- Ce serpent ! Je ne peux vraiment pas me le voir, c'lui là !
L'emportement de Louie réussit à tirer un sourire des lèvres de Clementine qui finit par retrouver une certaine mélancolie lorsqu'elle s'exprima :
- Je ne pourrais même pas profiter d'être dehors pour tenter de m'en aller. Je ne pourrais pas partir avec l'idée d'avoir laissé AJ ici.
Louie fut clairement ému par les paroles de Clem. Rapidement, elle posa ses mains sur ses épaules et comme un serment, elle lui fit une promesse :
- Si je peux t'aider pour t'enfuir avec lui un jour, je le ferais.
Cela la toucha. Elle voyait clairement qu'elle était sincère. Mais au lieu de la remercier, Clem se surpris à dire :
- Pourquoi moi plutôt qu'un autre ?
- Je ne sais pas... Surement parce que tu es la seule personne que je peux tolérer ici.
Elle savait que c'était là sa façon de lui dire qu'elle l'aimait beaucoup. Le médecin n'était pas très expansif sur ses sentiments mais Clem savait qu'elle tenait à elle à sa manière. Et c'était suffisant pour elle.
- Je ne veux pas que tu te mettes en danger pour moi. J'ai de la ressource, tu sais...
- Oui, ça c'est sur. Le docteur répliqua avec taquinerie. Mais un peu d'aide ne peut pas faire de mal.
- Justement... Quand on demande de l'aide ou quand on essaie d'en offrir à quelqu'un, les choses ont tendance à mal finir.
- Je prend le risque. Termina-t-elle sur un clin d'œil.
Clementine savait qu'elle ne pourrait pas lui faire changer d'avis. Elle appréciait son dévouement envers elle. Mais elle avait peur pour Louie. Elle ne voulait pas avoir la mort de quelqu'un d'autre sur la conscience. Surtout pas une amie.
Dalton revint après cinq minutes avec AJ. Il lui tendit avant de s'en aller. Clementine s'assura de ne lui offrir aucun regard et de ne pas le remercier comme la première fois qu'elle l'avait fait. Elle le regrettait déjà suffisamment.
- Oh mon Dieu ! Comme t'as grandi !
Elle le tint dans ses bras, l'enlaçant tout en faisant attention de ne pas le blesser.
Après un mois, les changements physiques étaient assez importants. Les traits de son visage étaient bien plus expressifs. Ses cheveux devenaient plus long, affichant des petites bouclettes d'un brun clair. Même si il était évident qu'il était la progéniture de Carver et non d'Alvin, quand Clem le regardait, elle ne voyait jamais le visage du tyran. Son père était Alvin même si son sang ne coulait pas dans ses veines.
Alors qu'elle l'observait, une larme puis une autre commença à rouler de ses yeux. Elle ne s'autorisait jamais à pleurer. Néanmoins elle ne put se retenir à la pensée de la déception que les parents d'AJ ressentiraient s'ils pouvaient les voir. Elle avait promis à Alvin et Rebecca de protéger ce qu'il restait de leur famille. D'être là pour lui. Mais on ne lui permettait pas de tenir cette promesse comme elle aurait dû. Elle espérait que là où ils étaient, ils ne lui en voulaient pas trop.
- Clem, ça va aller ?
Louie avait dû enfin remarquer ses pleurs si bien que la jeune fille ravala celles qui arrivaient et murmura d'une voix tremblante :
- Oui... Il le faudra.
Tandis qu'elle l'observait un peu plus, elle sentait qu'il commençait déjà à changer. Il semblait y avoir quelque chose de plus terne dans ces petits yeux. Rien que son manque de réaction lorsqu'elle le tenait l'effraya. Elle ignorait qui s'en occupait toute la journée ; elle n'avait pas réussi à le découvrir. Mais elle commençait à croire qu'il ne recevait pas l'attention qu'il lui fallait. Et elle était sûre que ce n'était pas bon signe pour son développement psychologique futur...
- Je te promets qu'un jour je nous sortirai d'ici AJ. Je te le jure.
Elle savait pertinemment qu'il ne pouvait comprendre le sens d'un tel vœu. Mais elle avait besoin de le faire. De se le promettre à elle-même.
Parce que plus le temps passait, plus elle doutait d'y arriver. Le dire à voix haute rendait la promesse plus concrète. Plus vraie.
Jour 85
La première mission sur laquelle elle avait été assignée pour récupérer de l'essence une semaine plus tôt avait été d'une facilité déconcertante. Celle d'aujourd'hui cependant s'annonçait bien différente...
Elle, une douzaine de soldats dont trois gradés et le reste des cadets du groupe qu'elle avait rejoint se trouvait dans la salle de briefing. Elle était assise entre Jack et Pablo qui comme le reste de l'assistance écoutait soigneusement les paroles du commandant et du capitaine qui serait à leur côté pour cette initiative. Sur le papier la mission semblait plutôt simple. Mais une reconnaissance faîte la veille avait annoncé une cinquantaine de zombies entourant la zone.
La mission était de récupérer un nouveau générateur. Il commençait à consumer trop d'énergie pour celui qu'ils avaient et comptaient donc créer une dérivation grâce au nouveau générateur. Fort heureusement, les détails mécaniques leur fut épargnés.
Il comptait sur les cadets pour s'infiltrer dans le bâtiment par un conduit d'aération afin de récupérer l'équipement nécessaire pendant que les soldats s'occuperaient des rôdeurs réunis à l'entrée afin de former une percée et permettre aux jeunes de ressortir avec le matériel par la porte principale. Ils préféraient envoyer tous les cadets à l'intérieur car ils ignoraient le nombre de rôdeurs à l'intérieur.
- Est-ce qu'il y a des volontaires pour passer en tête de rang et annoncer aux restes par radio si la situation est gérable à l'intérieur ?
Immédiatement Garry et Gretchen levèrent la main tout en ponctuant d'une même voix :
- Nous, commandant.
- C'est bien. Je n'en attendais pas moins de vous deux.
On aurait pu croire qu'ils faisaient ça pour s'attirer les faveurs du commandant ou de n'importe quel autre gradé. Mais, en toute franchise, les deux aimaient le goût du risque. Ils ne fonçaient pas tête baissée dans les problèmes, seulement elle était persuadée qu'ils les aimaient plus que de raison.
Quand la réunion fut terminée, ils rejoignirent les trois véhicules qui devaient les emmenés jusqu'à leur destination. Tout en rejoignant le camion où des cadets grimpaient déjà à l'arrière, Jack interrogea Clementine qui appréhendait ce qui allait se passer aujourd'hui :
- Pas trop stressée ?
- Non, ça va.
Clementine mentait. Parce que comme Lee lui avait appris, chaque chose qu'elle ferait était dangereuse. Plus encore quand il fallait partir récupérer un objet dans un bâtiment cerné par des rôdeurs.
Certes, entre hier et aujourd'hui la situation devant l'édifice avait pu changer. Les rôdeurs avaient pu s'en aller. Cela dit ils pouvaient aussi être bien plus nombreux.
- Tu verras, ça se passera bien. S'exprima de nouveau Jack comme il semblait avoir vu à travers son mensonge. Je couvre tes arrières, t'inquiète pas.
- Moi aussi. Conclût Pablo.
Elle leur était reconnaissante. Tant qu'elle leur répondit à tous deux :
- Et je ferai pareil.
Les trois se sourirent avec douceur et finirent par embarquer avec le reste des cadets.
Les transports les conduisirent jusqu'à un laboratoire à la limite de la ville d'Alpena, à une quinzaine de kilomètre de Wellington. L'hiver faisait place au printemps. La glace et la neige fondait même si le froid était toujours bien présent.
Ils traversèrent la petite ville jusqu'à arriver sur St State avenue, près de la rive d'un immense lac. Ils s'arrêtèrent au bout de cette dernière au croisement de Prentiss St. Ils étaient à environ cent cinquante mètre de leur point de mission. Il fallait s'assurer que les rôdeurs probablement attirés par le bruit constant des mouvements de l'eau ne remarquent pas leur présence immédiatement.
Ils garèrent les véhicules de façon à pouvoir vite redémarrer pour reprendre la route. Deux soldats étaient laissés pour les protéger, le reste envoyé en direction du bâtiment.
Avant même de trop s'approcher, le capitaine en tête du groupe poussa tout le monde à se cacher derrière un petit bâtiment. Il sortit une paire de jumelle, se mit dans l'angle et observa le lieu que le reste d'entre eux ne pouvaient voir.
Il se retourna alors vers eux et à travers quelques gestes que tout le monde avait appris, les cadets et les soldats se dispersèrent. Les plus jeunes étaient conduits par le lieutenant Thompson. Il leur avait été ordonné de contourner l'édifice en prenant au sud puis à l'Ouest sur Harbor Dr en se déplaçant aussi discrètement qu'efficacement. Ils avancèrent en ligne jusqu'à Park Street laissant les soldats s'occuper de Chisholm Street - là où un grand nombre de zombies étaient réunis. Les plus jeunes passèrent devant celle-ci sans être repérer par les rôdeurs qui s'épanouissait devant l'entrée et une partie du parking qu'ils ne purent qu'observer un instant dans leur avancé.
Quand ils furent en position, derrière le building, deux cadets et le lieutenant s'occupèrent de retirer la grille d'aération ou seul les gamins pouvaient passer. Les autres comme Clementine, Pablo, Jack ou encore les jumeaux restaient aux aguets en cas d'attaque surprise de rôdeurs qui les auraient repéré.
Clementine était contente de sentir que les réflexes qu'elle avait appris sur les routes étaient toujours là. Plus précis même. Avec l'entraînement qu'elle avait reçu jusqu'ici, elle était plus confiante en ses capacités de survie.
- J'espère qu'on va pouvoir compter sur toi.
Elle remarqua la présence de Garry qui s'était rapproché d'elle en même temps que Gretchen. Il s'approcha un peu plus de son oreille et murmura tout à fait narquois :
- C'est maintenant que tu dois nous prouver que tu n'es pas faible.
- T'inquiète pas pour ça.
Elle lui renvoya un regard sévère qui l'amusa plus qu'autre chose.
Lorsque la grille fut retirée et posée au sol, ils se retournèrent tous au même moment que le lieutenant Thompson s'adressait clairement aux jumeaux :
- Vous êtes prêt ?
Les autres acquiescèrent silencieusement. Thompson leur tendit une radio puis rajouta :
- Dès que vous atteignez une salle où tout est sécurisé pour votre passage vous nous prévenez. Le générateur se trouvera au rez-de-chaussée mais on ignore où.
Les jumeaux se hissèrent dans l'ouverture. Gretchen pénétra avec facilité par celle-ci toutefois il n'en fallut pas beaucoup pour que Garry eut été trop large pour passer. Ils rampèrent alors par le conduit jusqu'à disparaître dans l'obscurité de ce maigre tunnel.
La tension montait alors que les secondes s'égrenèrent sans nouvelle des jumeaux. Néanmoins, après deux minutes la radio du lieutenant grésilla alors qu'on entendait Gretchen dire :
- On a trouvé une salle sécurisée. Dîtes aux cadets de prendre à droite au premier tournant. La grille sera ouverte.
- Bien reçu.
Le lieutenant interrompit le contact et ordonna à leur attention :
- Allez-y.
L'un après l'autre, ils s'engouffrèrent par le trou d'aération. Clementine passa après Pablo, suivit de près par Jack qui concluait la ligne.
Dès qu'il passa, Clem entendit Thompson informer les soldats qu'ils étaient tous entrés et qu'ils pouvaient commencer l'assaut.
Dans le conduit sombre, la respiration de Clementine s'accentua. Ils prirent à droite comme indiquer par Gretchen et ne mirent pas longtemps avant de trouver la sortie. Les jeunes sautaient l'un après l'autre du conduit. Puis quand Clementine arriva à son tour suivit très vite par Jack, elle remarqua le sang qui goûtaient des armes des jumeaux ainsi que des deux rôdeurs allongés sur le sol.
L'un des cadets, d'environ quinze ans, au teint mat déclara alors :
- Je croyais que vous disiez que la pièce était sûre.
- C'est quoi deux rôdeurs ! Si on n'pouvait pas se charger de si peu on ne serait pas sur ce genre de mission.
- Votre arrogance vous perdra les gars. Siffla Jack entre ses dents.
- En attendant on est toujours là.
Le frère et la sœur se frappèrent dans la main. La fierté imbibait tout dans leur comportement. Pourtant, Clem devait admettre que leur aplomb, leur force et leur discernement étaient des atouts indispensables. Ils fonctionnaient comme un seul cerveau dès qu'ils s'entraînaient ou étaient envoyés sur le terrain. Ils savaient dirigés un groupe quand la situation le demandait. Et malgré leur tempérament exaspérant, les cadets écoutaient et appliquaient la majorité de leurs ordres. Même s'ils n'étaient pas tenus de le faire.
- Allez, on se bouge. On forme deux groupes. Pablo, Jack, Cindy, Joe et Trish vous serez ensemble. Il indiqua au deux derniers membres de leur groupe. Xander et Clementine, vous êtes avec nous.
Leur soudaine sévérité étonna la jeune fille peu habitué à les voir si sérieux. En plus, elle se demandait bien pourquoi il voulait la faire joindre leur formation. Elle aurait vraiment préféré être avec ses deux amis. Ils savaient pertinemment qu'ils s'entendaient très bien.
- Vous faites toutes les salles jusqu'à trouver ce qu'on est venu chercher. En cas de danger trop grand, vous utilisez vos sifflets. Tout le monde a le sien ?
Sous les dires de Gretchen, chacun montra l'objet accroché à une ficelle autour de leur cou.
- Très bien. On y va.
Clementine vint se mettre derrière Garry, formant ainsi la formation qu'ils avaient demandés.
Ils toquèrent à la porte à plusieurs reprises pour s'assurer qu'aucuns zombies ne rôdaient dans le couloir. Après une minute, ils surent que la voie était dégagée. Ils ouvrirent la porte. Chacun tenait son arme en main. Machette ou long couteau de survie.
On ne leur avait pas donné d'armes à feu pour une raison bien précise. Les portes de devants étaient ouvertes d'après celui qui avait fait un rapport de la situation sur place hier. Et si un coup était tiré dans l'enceinte de ces couloirs, ils ne donnaient pas chers de leur peau si une flopée de rôdeurs venaient les encercler.
Clementine se rappelait avoir demandé à Jack peu avant leur meeting du matin pourquoi ils n'attiraient pas simplement leurs attentions loin du bâtiment. Jack lui avait alors répondu que dès qu'ils le pouvaient, ils se débarrassaient d'un maximum de rôdeurs. Ils n'essayaient pas de les déplacer dans endroit à un autre. Pour eux, plus de rôdeurs morts étaient une sécurité. Ils ne prenaient pas le risque de retomber sur eux un autre jour.
- Vous vérifiez les salles sur la droite, on s'occupe du flan gauche.
Ils opérèrent tout de suite les ordres de Garry. Clementine avança en formation serré sur le couloir de droite en compagnie des jumeaux et du jeune Alexander, ce garçon dont le physique lui rappelait parfois Duck.
Ils ouvrirent une première porte au moment qu'elle entendait l'écho de l'autre groupe en train d'opérer les mêmes gestes. Sur la deuxième qu'ils défoncèrent, un rôdeur s'y trouvait. Il tanguait sur ses deux pieds. leur tournant le dos.
Les jumeaux se décalèrent et d'un coup d'œil que Clementine comprit, ils lui demandèrent de s'en charger.
Cherchaient-ils à la mettre en danger ou simplement à la tester ?
Sans crainte, elle releva leur stupide défi. Elle pénétra dans la pièce où le rôdeur marcha finalement jusqu'à eux quand il eut repérer leur présence. Sachant qu'elle était plus intelligente que ces créatures, plus rapide, elle se para de son couteau, enchaîna un mouvement de jambes que le camp lui avait appris en entraînement pour faire tomber son ennemi. Quand il fut à terre, elle empala rapidement le crâne du rôdeur sur son couteau.
- Jolie coup.
- T'assimile bien les entraînements.
Pour une fois, elle repéra une vraie sincérité sur leurs traits calme et grave. Quand ils étaient dans le feu de l'action, ils étaient soudain moins prompts à la vantardise. Ils étaient de bon conseil même.
Peut-être qu'ils étaient plus que l'arrogance qu'ils aimaient dévoiler.
Alors qu'ils s'approchaient de la troisième porte, Clementine ne put se retenir plus longtemps et leur demanda :
- Pourquoi m'avoir pris dans votre groupe ? Je croyais que vous ne m'aimiez pas particulièrement.
- Qui a dit ça ? Lança Garry plutôt surpris.
- Je sais pas... Peut-être toute les piques que vous n'avez cessez de me renvoyer depuis que je suis arrivé.
- Au contraire, c'est plutôt un signe de notre intérêt pour toi. Surtout celui de mon frère à vrai dire. Je crois qu'il n'arrive pas à s'ôter votre combat de la tête.
- La ferme Gretchen. Trancha la voix de son jumeau alors qu'il ouvrait la troisième pièce, elle aussi vide.
C'était la première fois qu'elle vit Garry parler à sa sœur de cette manière. Cela fit bien rire cette dernière alors que Clementine ne savait trop comment prendre ces déclarations. Oubliant ce sujet, elle préféra insister sur sa première question :
- Alors pourquoi vous vouliez que je sois avec vous ?
- Parce qu'on est les mieux entraînés et que tu es moins bien préparé que les autres, c'est aussi simple que ça.
Elle n'y crut pas vraiment si bien qu'elle demanda, avec un sérieux doute :
- C'est Dalton qui vous a dit de me garder à l'œil, hein ?
Ils ne répondirent pas à cette question et c'était bien tout ce qu'elle avait besoin comme réponse.
Quand ils arrivèrent vers le bout du couloir, ils repèrent les deux dernières portes du couloir. Devant l'une d'entre elle qui ne devait s'ouvrir que de l'intérieur était indiqué sortie de secours.
Et soudain, sans saisir pourquoi, elle poussa un bref cri lorsqu'elle sentit un bras s'enrouler autour de son cou suivi d'un couteau posé sur sa gorge.
Elle comprit qui la maintenait. Mais elle ne saisit pas pourquoi il faisait ça.
- Qu'est-ce tu fous Xander ?! Entama Gretchen stupéfaite par ce retournement.
- Lâche-là ! Le timbre de Garry était menaçant.
- Non. Je... Je dois partir... Je peux plus rester là-bas. Je ne tiendrais plus longtemps.
Soudain, elle prit conscience dans sa voix de l'épuisement morale du garçon qui la maintenait. De toute évidence, Alexander n'avait pas assez en lui pour supporter la vie à Wellington.
Et qui aurait pu lui reprocher ? Surement pas Clementine. Même si elle n'appréciait guère qu'il se serve d'elle en otage.
- Lâche prise et on gardera ça pour nous Xander. C'est pas trop tard encore. Gretchen tenta de le calmer.
Garry, lui, avait une prise parfaite sur la lame de son couteau, près à le dégainer à la moindre faille que lui offrirait Alexander.
- Ne vous approchez pas ou je la tuerai. Je le ferai si vous m'y obligez.
Ils se tournèrent autour de façon à ce qu'Alexander puisse se retrouver vers la sortie, poussant les jumeaux à prendre position au point qu'ils venaient de quitter. Au loin, Clem vit que l'autre groupe avait enfin prit conscience que quelque chose n'allait pas et se précipitait jusqu'à leur position.
Puis, brutalement, tout s'enchaîna rapidement en dépit d'un effet de ralenti accentuer par l'adrénaline du moment. Dès l'instant où elle sentit la tête d'Alexander regarder dans la direction de la sortie de secours, cette seconde d'inattention le condamna.
Clementine sut que Garry avait prit en visé la tête du garçon. Il allait le tuer. Et malgré la menace qui pesait contre elle, elle ne voulait pas ça. Subitement elle hurla :
- NON !
Une surprise apparut sur le visage de Garry juste avant qu'il ne réadapte son mouvement et que son couteau ne s'échappe de sa main droite pour transpercer l'avant bras qui entravait sa gorge.
Alexander hurla, relacha la pression sur sa gorge offrant la possibilité à Clementine de se dégager. Elle fut rapidement tirer par la main du garçon qui venait de lancer la lame dans la chair d'Alexander. Il la fit passer derrière lui de façon presque protective.
Tandis que les autres les rejoignaient, requérant les éléments de l'affaire, Clementine resta silencieuse, obnubilé par Gretchen qui força Alexander à s'agenouiller au sol tout en lui maintenant fermement les mains dans le dos. Dès cet instant, Garry s'approcha du garçon terrifié et le frappa violemment au visage au niveau de la mâchoire.
La férocité du choc contraria Clem. Alexander cracha un peu de sang. Garry remit ça et s'en fut trop pour elle. Personne ne semblait prompt à l'arrêter.
- C'est bon, ça suffit ! Arrête ! Il a compris !
- T'étais avec moi là ?! Brailla-t-il médusé qu'elle prenne sa défense. T'as vu qu'il a essayé de tuer ?!
- Tu vois pas qu'il est complètement désespérer ?!
- Comme nous tous ici !
La hargne dans son timbre la terrifia. Finalement, caché derrière cette fierté et cette arrogance, il admettait être lui aussi prisonnier de Wellington.
Elle l'observa soudain avec moins de dureté et relança d'un timbre froid où sa fureur s'était néanmoins évanouie :
- C'est terminé. Vous l'avez maitrisé. On ferait mieux d'en finir avec cette opération.
- Quand est-ce que tu commenceras à comprendre qu'on est responsable des uns des autres. Si l'un de nous s'enfuit en mission, c'est les autres qui prennent.
- Et c'est une raison suffisante pour t'en prendre à lui comme tu l'as fait ?
- Il peut s'estimer heureux que je ne l'ai pas viser en plein tête
- Comme tu comptais le faire avant que je ne te dises de ne pas le faire ?!
Il l'observa avec aigreur, contrarié. Elle savait que tous les regards des cadets étaient tournés vers eux.
- Tu agis toujours comme ça quand quelqu'un te sauve la vie ?
Elle voulu répliquer mais ne trouva rien à dire face à la bienveillance qu'il insuffla à cette phrase sans même en avoir conscience.
Puis tout simplement, il se tourna alors vers Jack et demanda :
- Vous avez trouvé le générateur ?
- Euh... Oui. La pièce à droite au fond du couloir.
- Très bien. On emballe tout ça et...
Brusquement, quelques coups de feu retentirent, interrompant Garry dans ses déclarations. Les armes ne devaient être utilisés qu'en cas de nécessité absolue. Cela voulait dire que les soldats avaient plus de mal que prévu de maintenir les rôdeurs qui se trouvaient à l'extérieur.
- Gretchen, garde un œil sur Alexander. Pablo et Jack vous porterez le générateur jusqu'à la sortie. Pour tous les autres, on part devant, à l'entrée principale pour donner un coup de main.
Ils obéirent aux ordres de Garry sans discuter. Ce dernier pris la tête du groupe avec lequel il longea rapidement les couloirs pour trouver l'entrée principal à quelques mètres de là.
Devant les portes doubles, ils remarquèrent immédiatement les nombreux corps répandus sur le sol à une dizaine de mètre de l'entrée. Les quelques soldats n'étaient pas en réel danger mais la masse de rôdeurs s'étaient agrandie si bien qu'ils n'avaient eu d'autre choix que de sortir leurs armes pour éviter d'être cerner.
Lorsqu'ils repérèrent la présence des plus jeunes derrière les rôdeurs, sur l'ordre du capitaine ils cessèrent les tirs permettant ainsi aux cadets d'entrer dans la lutte en cernant les rôdeurs.
Clementine chopa la tête d'une créature qui lui tournait le dos et ne s'inquiéta pas de celui qui arrivait sur son flan droit alors qu'il était maitrisé par un jeune garçon au teint mat.
Les crânes explosaient sous les impacts virulents de leurs armes. L'un après l'autre ils tombaient comme des mouches jusqu'à ce que plus un seul ne se tienne debout.
Les vêtements étaient salis par la chair explosée. L'odeur affreuse des corps en putréfaction lui retourna l'estomac. Mais ils s'en sortirent tous indemnes. Aux grand dam de Clementine qui aurait apprécié que Dalton soit mordu et condamné à perdre la vie.
Au moins Pablo et Jack était sain et sauf, se tenant derrière le reste des cadets avec le générateur aux côté de Gretchen qui maintenaient toujours Alexander.
Le capitaine s'avança alors vers eux d'une démarche solennelle et déclara d'un timbre ferme mais satisfait :
- Vous avez fait du bon boulot. On rentre.
Tout le monde se remit en route pour rejoindre les véhicules. Clementine marcha lentement, trop concentrer sur le capitaine qui repéra enfin la situation d'Alexander et demanda donc des réponses à Garry.
Elle ne pouvait les entendre de sa position mais elle comprit très vite les détails de leur conversation lorsque le regard des deux tomba sur elle. Clementine détourna immédiatement son visage, accélérant le pas. Elle se sentit triste à la pensée du jeune Alexander et du châtiment qui l'attendait une fois rentré à Wellington.
Elle ne croyait pas qu'il ait jamais vraiment voulu la tuer. Il était désespéré. Tellement qu'il avait tenté sa chance aujourd'hui pour s'enfuir une fois pour toute de Wellington.
Malheureusement pour lui, sa tentative avait échoué... Il devrait en payer le prix.
Jour 111
Ils profitaient d'un jour de repos aujourd'hui. Un jour où la pression du campement était plus facile à supporter. Pourtant, Clementine, Pablo, Jessy et Jack ne trouvaient de satisfaction à cette journée.
Ils s'étaient réunis sur le parcours d'entraînement, assis en hauteur, en cercle sur l'une des parois qu'ils devaient grimper pendant leurs exercices.
Ils faisaient de moins en moins froid et rester dehors n'étaient plus aussi dur que deux mois plus tôt.
- J'arrive pas à croire qu'il est fait ça...
Clementine et les autres regardèrent Pablo avec gentillesse. Sa voix s'était brisée sous cette réplique. Jessy attrapa sa main dans la sienne. Il entrecroisa ses doigts aux siens, se raccrochant à elle comme un homme à une bouée de sauvetage.
La veille au soir, Alexander s'était ôté la vie. Ils avaient appris la nouvelle ce matin et la quasi totalité des cadets avait été vivement touché par le suicide du garçon.
- Tu n'y a jamais pensé ? Demanda Jack d'un ton presque douloureux, troublé.
- Non. Dit-il avec fermeté en perdant ses prunelles sur le visage de Jessy.
Il scruta de nouveau Jack en s'exprimant :
- Toi, oui ?
- Bien sûr.
- Quand ça ?
- Tu sais quand...
Jessy et Pablo indiquèrent par leur visage qu'ils saisirent immédiatement le sous-entendu des paroles de Jack. Et pour une fois, Clementine laissa sa curiosité l'emporter :
- Qu'est-ce qu'il s'était passé ?
Les traits du brun affichèrent une immense tristesse, une certaine culpabilité aussi. Les deux autres ne montraient qu'une vive compassion pour leur ami.
Le silence persista un moment si bien qu'elle crut que sa question n'aurait pas de réponse. D'ailleurs, étant donné son état, elle n'était plus très sûre de vouloir obtenir cette information à présent. Pourtant, après un temps, d'une voix basse et tourmenté, Jack finit par reprendre la parole.
- Je t'ai déjà dit que j'avais tenté de m'enfuir...
Elle acquiesça simplement sans chercher à le brusquer.
- Je t'ai dit que j'avais même laissé ma mère derrière moi. J'étais arrivé à un point où j'étais presque aussi désespéré de sortir d'ici que Xander. Mais ça a capoté. Je n'ai pas fait un kilomètre qu'ils m'avaient déjà retrouvé. Je savais que j'allais en baver lorsqu'il m'aurait ramené. Comme Xander.
Clementine se rappelait encore ce qui lui était arrivé. Ils s'étaient assurés qu'il ne recommence jamais une telle tentative. Clementine entendait toujours ses cris sous les coups de fouets qu'il avait reçu publiquement, devant le socle de la place qui se trouvait derrière elle à cet instant. Ensuite, elle avait failli pleurer de rage quand ils l'avaient accroché pendant douze heures à la paroi de métal noir.
Après ça, il avait disparut trois jours dans les cachots, isolés du restes des habitants du camp.
Son esprit s'était définitivement brisé sous les dommages infligés à son corps et son esprit. Il ne s'en était pas remit et avait fini par s'ôter la vie.
- En tout cas, quand je suis revenu au camp, j'imagine que le commandant devait être dans un de ses mauvais jours... Il n'était pas aussi cruel d'habitude. Mais ce jour-là, au lieu de me punir, il a eu une "meilleure idée".
- Qu'est-ce ce que c'était ?
- Il a exécuté ma mère devant moi. Devant tout le monde à vrai dire.
L'impact de ces mots fit frémir Clementine. Elle avala de travers, ses yeux ronds.
- Mais... mais je croyais qu'ils ne tuaient pas les habitants du camp ?
- Il y a toujours des exceptions... Et puisque j'avais tenté de m'enfuir sans elle et qu'elle ne leur était pas très utile, Caldwell s'est dit que ce serait une punition parfaite.
Clementine eut presque envie de vomir. Comment pouvait-on faire preuve d'une telle cruauté ? A quoi ça menait ?
Sa haine pour le commandant Caldwell monta en puissance. A force de maudire Dalton, elle avait presque oublié qui était le véritable gérant de cet enfer. Le capitaine était particulier, elle ne comprenait pas cette personnalité bien trop étrange et mystérieuse.
Mais Caldwell, lui, était un tyran fait du même bois que William Carver. A la différence qu'il était plus malin et bien plus puissant que ce dernier qui avait déjà perdu son camp et la vie par la même occasion.
Tout cela lui avait été ôté de la main de Kenny...
Elle secoua immédiatement sa tête comme pour effacer ce dernier nom de sa pensée.
Elle focalisa de nouveau son attention sur Jack encore torturé par l'image de ce qui devait être le pire souvenir de sa vie.
- Désolé d'avoir demandé.
Clementine se sentit obligé de s'excuser après avoir ravivé pareille douleur en lui. Elle tenait trop à lui pour accepter de le voir souffrir ainsi.
- T'aurais fini par savoir de toute façon... Au moins, c'est fait.
Il réussit à lui renvoyer un fin rictus pour lui montrer qu'il ne lui en voulait pas une seule seconde.
Elle repensa alors au sujet qui les avait fait traverser l'histoire de Jack. Elle se demanda soudain si un jour elle pourrait en venir à penser à mettre fin à son existence. Parce que malgré tout ce qui lui était arrivé, elle n'avait jamais eu une telle pensée jusqu'à présent.
Jack oui... Alexander était carrément passé à l'acte.
- Vous croyez qu'on aurait pu faire quelque chose pour Alexander ? Peut être que si on l'avait mieux soutenu...
Après un moment de silence, la question de Clementine les poussa à réfléchir sincèrement.
- Je pense pas... Après ce qu'ils lui ont fait et sa tentative de fuite lorsqu'il t'a menacé... J'n'aime pas dire ça mais il était déterminé à en finir. Souffla Pablo d'un air profond et attristé.
- J'imagine que c'est pour ça qu'il s'est tant entraîné pour changer de groupe.
La voix douce et calme de Jessy imposa un regard interrogatif dans le regard des trois autres. Elle poursuivit alors :
- La seule occasion qu'il connaissait pour partir d'ici s'était d'aller en mission avec vous. Et dès la première opération, il a sauté sur l'occasion.
Jessy avait très certainement visé juste. Son tempérament plutôt solitaire avait des avantages. Elle était attentive à son environnement, voyait beaucoup plus de choses que la majorité des gens ici.
Jessy, qui avait tant subit d'après ce qu'elle avait compris et qui était toujours là pour prendre soin de Pablo autant que lui pouvait le faire.
Cela avait étonné Clementine qu'après un an à Wellington elle soit encore au milieu de ceux qui étaient "inexpérimentés". Mais elle avait appris quelques semaines plus tôt que Pablo ne la voulait pas sur le terrain. Tant qu'elle avait accepté de faire semblant de ne pas être assez dégourdie pour rassurer celui qui donnerait sa vie pour elle sans y réfléchir une seconde.
Clementine comprenait pourquoi il préférait l'éloigner des opérations : le danger et peut-être aussi la possibilité de s'enfuir qui serait probablement trop tentante s'ils étaient tous deux en mission. S'ils échouaient, comme Xander ou Jack l'avait fait, ils risqueraient de perdre la seule chose qui importait dans leur vie : leur présence mutuelle.
- N'empêche, j'en veux un peu à Garry pour ce qui est arrivé à Alexander.
Les deux garçons observèrent Clementine comme ils paraissaient comprendre pourquoi elle parlait ainsi. Pourtant, avec un regard montrant une certaine reconnaissance vis-à-vis de ce qu'avait fait le jumeau pour la protéger, Pablo lança :
- Il t'a quand même sauvé la vie. Vu l'état de nerf de Xander à ce moment là, il aurait pu te tuer en désespoir de cause.
- Peut-être... Mais il ne l'a pas fait. Je sais pas... Je me dis juste que Garry aurait pu inventer une histoire au lieu de le dénoncer à Dalton.
- Garry aurait pu essayer de mentir mais le capitaine est assez malin pour savoir quand quelqu'un lui raconte des conneries. Commença par expliquer Jack. Surtout que de telles blessures ne pouvaient être causés que par l'un d'entre nous. En plus, il a bien vu que Xander était retenus par Gretchen. Quels choix il lui restait... En mentant, on aurait tous été torturé jusqu'à ce qu'ils obtiennent la vérité.
Elle savait qu'ils avaient raisons, qu'ils auraient tous payés le prix fort si Alexander avait pris la fuite ou si Garry avait mentit pour le protéger...
Est-ce qu'un seul parmi eux valait la peine de faire souffrir le reste des cadets ?
Avant, elle aurait dit oui... Aujourd'hui, elle n'en était plus tout à fait sûre.
Jour 146
Clementine traversait le couloir pour se rendre en zone de soin afin de voir AJ. Elle toqua à la porte comme d'habitude puis fut invitée à entrer par Louie. Le médecin tenait l'enfant dans ses bras, lui parlant comme si il était capable de comprendre ce qu'elle disait. Clem fut touchée par la bienveillance de Louie envers le bébé. Elle avait beau se montrer un peu bourrue dans sa façon d'agir ou dans ses dires, elle n'en restait pas moins une femme avec un grand cœur. Clementine le savait pour avoir passé baucoup de temps avec elle ces derniers mois.
Des mois déjà... Le premier jour semblait si proche et pourtant si loin. C'était très déstabilisant.
On n'avait pas le temps de s'ennuyer ici. Toujours sur ses gardes, toujours en missions ou à l'entraînement, toujours la crainte pour ceux à qui elle tenait... Comme ce petit bout de chou qui était comme son petit frère.
- Il t'attendait !
Quand Louie fit rencontrer le regard d'AJ vers le visage de Clementine. il tendit immédiatement ses petits bras dans sa direction comme il semblait vouloir qu'elle le prenne dans les siens. Une sensation chaleureuse envahie son être. Un sourire disparu depuis des mois apparut sur ses lèvres. Elle crut qu'elle allait verser une larme.
Même si elle le voyait peu, il la reconnaissait. Il s'était clairement attaché à elle. Elle n'imaginait pas qu'à cet âge se soit encore possible mais c'était le cas.
Le sourire qu'il lui renvoya quand ses mains furent enlacées autour de son corps la combla. Pendant un instant, elle oublia où elle se trouvait pour profiter de ces précieux instants.
- Je t'ai manqué, hein ?
Il gazouillait, gémissait de façon tout à fait adorable.
- Clem ?
La jeune fille releva les yeux vers Louie qui semblait soudain très sérieuse si bien que Clem demanda assez inquiète :
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Tu veux toujours t'enfuir d'ici, n'est-ce pas ? Parce que si tu es prête à prendre ce risque, ça peut se faire ce soir.
La surprise envahit son visage. Elle n'était pas sûre d'avoir bien compris ce que disait le médecin. Mais la gravité dans son regard était une preuve bien suffisante.
- Alors, est-ce que tu veux tenter ta chance ?
Elle s'étonna d'y réfléchir. Seulement elle avait rencontré des gens ici qui comptait pour elle maintenant. Des sur qui elle se reposait...
Pouvait-elle les laisser derrière sans se retourner ? Les laisser dans cet endroit ?
Toutefois, une fois dehors, peut-être qu'il y aurait quelque chose à faire pour arrêter Wellington, pour empêcher les gens de s'y rendre et libérer ceux qui le voulaient.
- Oui ! Dit-elle avec force. Je veux toujours partir.
- Très bien. Je partirai avec toi alors.
Cette révélation rassura Clementine. Plus encore, elle était franchement ravie par cette nouvelle.
- Voilà ce qu'on va faire… Notre seule chance c'est d'opérer pendant le dîner. Pendant qu'ils seront tous occuper au réfectoire et avant que le capitaine n'envoie quelqu'un chercher AJ. Donc juste avant le repas, il faudra que tu passes ici pour je te donne une solution saline.
- Pourquoi faire ?
- Elle provoquera des vomissements vingt à trente minutes après que tu l'ais ingéré.
Clementine s'alarma un peu de ce détail mais le médecin reprit comme pour répondre à son agitation :
- Ça nous permettra de quitter le réfectoire en plein repas. Ils t'autoriseront à sortir et m'enverront avec toi pour que je puisse t'examiner. Ils enverront probablement un soldat armé avec nous. Ils n'aiment pas les gens qui se balade dans le camp quand quasiment tout le monde est au réfectoire ; ça les rend nerveux je crois. Il faudra que tu m'aides à le maitriser pour que je lui ingère ça avec une seringue.
Elle pointa un produit qui se trouvait sur son bureau puis demanda calmement :
- Tu penses en être capable ?
- Oui !
- Bien.
Comme elle l'avait voulu en s'acharnant dans ses entraînements, ceux-ci lui permettraient de se sortir d'ici.
- Après ça tu prendras son arme. Il faudra que l'on se faufile à l'extérieur jusqu'à la seconde entrée. La moins gardée. On rejoindra le couloir de la porte de sortie et il faudra qu'on neutralise les deux gardes au premier niveau d'une façon ou d'une autre… Si on veut sortir, c'est notre seule chance.
Clementine comprit tout de suite ce qu'elle sous-entendait.
- Si tu ne penses pas être capable de tuer si c'est nécessaire, tu dois me le dire. Je prendrai l'arme. Je préfèrerais que tu la tiennes car tu sais certainement bien mieux t'en servir que moi. Mais si tu ne t'en sens pas capable autant que je le fasse.
Clementine avait toujours été douée avec une arme entre les mains. Mais l'idée de devoir peut-être tuer quelqu'un ne lui plaisait guère.
- Je crois qu'on verra ça une fois qu'on aura maitrisé le garde.
- Faisons comme ça alors.
Clementine remercia pensivement Louie de ne pas la bousculer d'avance sur un choix qu'elle ne sentait pas encore la force de prendre.
- Et sinon, il nous faudra des provisions...
- J'ai déjà prévu un sac avec une certaine quantité de médicaments et nous prendrons des provisions dans les sacs qu'ils donnent à ceux à qui ils refusent l'entrée.
Des sac comme celui avec lequel Kenny était reparti. Ce détail avait titillé Clementine au début. Qu'un camp tel que Wellington accepte d'offrir des vivres aux autres avec tant de facilité la dérangeait un peu. Mais elle avait compris qu'agir de la sorte poussait les gens à revenir et surtout envoyait à un message de sympathie que certains de ceux qui avait été refusés pouvait transmettre à d'autres survivants.
C'était très malin de leur part… Vilement rusé.
- Ça va être dangereux mais on a une vraie chance. Ça peut marcher.
- Et si ça échoue ?
- On doit réussir ! Il ne vaut mieux pas imaginer ce qu'il se passerait sinon. Ils ont toujours fait preuve d'une grande originalité pour punir ceux qui désobéissaient à leurs règlements.
Louie s'interrompit alors et rajouta avec éloquence :
- Mais si ça tourne mal et que si je te dis de courir sans te retourner pour moi, tu devras le faire ! C'est clair ?
Clementine avala de travers et déclara avec une vive émotion face à la loyauté de Louie :
- D'accord ! Je le ferai.
Le docteur posa une main sur son épaule. Son visage témoignait de sa résolution.
Ce soir, elles partaient !
[…]
Le reste de la journée passa avec une lenteur exagérée. Elle ne cessait de se répéter étape par étape le plan de ce soir. Elle ne participa pratiquement pas aux conversations entre ceux qui étaient devenus de vrais amis. Elle n'osait même pas les regarder sentant la culpabilité remonter à chaque fois qu'ils lui souriaient ou tentaient de la dérider.
Elle aurait voulu dire "désolé". Désolé de devoir les laisser derrière. Mais avec cette méthode de fuite, elle savait qu'aucuns cadets ne subiraient de représailles. Louie partirait avec elle et elles iraient le plus loin possible. Espérant que le manteau de la nuit couvrirait leur présence pendant les recherches qui seraient rapidement menées par Wellington.
Ils étaient bientôt vingt heures quand Jack, Pablo et Jessy décidèrent de redescendre du mur. Clementine n'avait même pas remarqué qu'ils s'étaient levés, qu'elle entendait Jack l'appeler :
- Clem, tu viens ?
- Euh oui… J'arrive.
Elle descendit finalement de la paroi où ils avaient l'habitude de se réunir. Tout en quittant le terrain d'entraînements, Jack l'interrogea alors assez perplexe :
- T'es sur que tout va bien ?
- T'as été plutôt silencieuse aujourd'hui, compléta Pablo. Plus que Jessy encore, c'est pour te dire !
Cette remarque taquine lui valu un petit coup de coude dans les côtes de la part de Jessy et réussit à dérider un peu Clementine.
- Je me sens juste un peu patraque.
- Tu devrais aller voir le doc. Elle pourra surement te donner un truc.
L'ironie de cette phrase failli presque lui faire verser une larme. C'était exactement ce qu'elle comptait faire avec un but bien précis derrière.
- Je crois que c'est ce que je vais faire. Je vous retrouve au réfectoire.
Elle feignit des maux de ventres donnant ainsi une chance de plus à ces trois amis de s'éloigner de la vérité de ce qu'elle comptait entreprendre. Il ne devait pas avoir le moindre doute aux risques de représailles qu'elle refusait qu'ils subissent par sa faute.
Comme convenu, elle rejoignit Louie passant au milieu de quelques personnes qui commençaient doucement à se rendre au réfectoire ou faisait simplement des allers venus d'une tâche à une autre.
Quand elle pénétra dans les locaux, Louie l'attendait de pieds ferme. Elle semblait calme ce qui était un bon point pour elles. La voir ainsi tempéra l'agitation grandissante de Clementine.
Elle vint jusqu'à AJ au même moment que Louie préparait la solution saline. Elle l'interrogea tandis qu'elle l'observait minutieusement élaboré le produit :
- C'est dangereux ?
- Si c'est mal préparé. Mais je sais ce que je fais. Tu peux me faire confiance.
Depuis longtemps Louie avait obtenue sa confiance.
Elles restèrent silencieuses. Beaucoup de pensées s'entrechoquaient dans l'esprit de Clementine. Le doute. Une évidente crainte. Mais aussi, l'espoir. L'espoir d'être hors de ces murs dans moins d'une heure avec AJ et Louie qui plus est.
- Tiens.
La voix de l'autre l'interrompit dans ses pensées. Elle attrapa le flacon qu'elle lui tendait tout en renchérissant :
- Cul sec !
Clementine avala de travers puis absorba d'une traite le liquide d'un goût salé bien trop prononcé.
- C'est affreux !
- C'est un peu l'effet recherché. Sourit Louie en lui reprenant le flacon.
Mais son rictus s'effaça bien vite alors qu'elle savait qu'elle était la prochaine étape de leur plan. Elles ne pourraient bientôt plus faire de retour en arrière. Leur plan était en marche…
Clementine embrassa alors AJ sur le front, caressa ses cheveux bouclées puis quitta les lieux sans se retourner, tout à fait déterminée.
Elle rejoint le reste des soldats, civils et cadets qui commençaient à s'installer à leur table respective.
Chacun de ses pas accentuait les remous de son estomac. Le goût détestable du produit était toujours collé sur son palais. Elle sentait des remontées acides caresser désagréablement sa gorge.
Elle tenta de ne pas y penser pour le moment et comme d'habitude, elle alla s'installer à côté de Jack qui lui avait gardé une place. Il demanda repérant son mal-être :
- Ça ne va pas mieux, hein ?
Elle remua la tête de gauche à droite. Elle avait peur que parler lui fasse tout expulser dès à présent. Et c'était encore trop tôt. Surtout que le stress n'arrangeait pas sa situation ; il comprimait un peu plus son estomac.
L'une après l'autre, les tablées se levèrent pour récupérer leur repas. Quand son assiette fut devant elle, afin d'accentuer ses relents, elle imposa à son esprit des images toutes pires que les unes des autres. Elle tenta de capturer au souvenir les pires odeurs qui avaient envahi ses narines par le passé. Plus elle songeait à toutes ses choses, plus son ventre se contractait sous le produit ingéré et l'effet psychologique de tant d'horreurs.
Finalement, un son guttural finit par passer ses lèvres faisant immédiatement se reculer d'elle Jack et la jeune fille sur sa gauche. La seconde suivante, elle vomissait le peu qu'elle avait dans l'estomac dans son assiette. Cela créa une petite panique de dégout et d'inquiétude autour d'elle. Immédiatement, un petit brouhaha s'installa suivit par l'arrivé de Dalton jusqu'à leur table.
Clementine était pâle, ses yeux pleuraient sans qu'elle ne puisse le contrôler. Elle devait avoir l'air franchement mal en point. Elle espérait qu'elle était suffisamment convaincante…
- Docteur !
A l'une des tables des civils, Louie feignit la parfaite surprise tout en restant comme le reste des civils intrigués par ce qui se passait à la table des cadets.
- Vous pouvez aller l'examiner ?
- Euh… Oui, bien sur.
Elle était douée. Rien sur son visage n'indiquait qu'elle préparait un mauvais coup. Clem, elle, était bien trop mal à cette seconde pour avoir l'air suspecte.
Jack l'aida à se lever alors qu'elle feignait être trop faible. Le médecin s'approcha de Clementine pour la tenir par le bras. Les yeux de tous étaient dirigés sur cette dernière. Mais ce n'était pas grave. Tant qu'elle et Louie pouvaient s'éclipser d'ici, c'était que leur plan fonctionnait.
Comme prévu alors, Dalton demanda à l'un des soldats de les conduire jusqu'en zone de soin. D'après ce qu'avait vu Clementine de ses compétences, l'homme était plutôt fort et rapide mais manquait d'équilibre. C'était donc sur ce point faible qu'elle frapperait.
- Je passerais vous voir après le dîner. Conclut le capitaine qui retournait déjà à sa table.
Sans qu'ils ne le voient, Clem renvoya un regard d'une profonde gratitude dans la direction de Pablo, Jack et Jessy. Les trois quittèrent lentement le réfectoire. A l'extérieur Clementine marchait de façon ralenti soutenu par Louie qui jouait parfaitement son rôle.
Mais maintenant qu'elle avait tout expulsé, son mal-être passa sous l'air frais de la nature. Elle retrouva très vite ses forces même si elle fit semblant d'aller plus mal encore.
- Dépêche-toi ! J'ai à peine eu le temps de toucher mon assiette.
Son impatience à vouloir retourner au réfectoire pour finir son repas était un point positif pour elles. La jeune fille savait qu'étant donné son comportement, il ne s'attendait pas du tout à un assaut de leur part.
Ils atteignirent finalement la zone de soin. Devant la porte de la salle où était encore installé AJ, Clementine feignit une crampe douloureuse lorsque Louie eu ouvert. Cela l'obligea à s'arrêter dans l'ouverture força ainsi le soldat à passer devant elle pour lui tourner le dos.
Elle savait que ce n'était pas une question de taille ou de forces dans ce genre de situations c'était une prouesse technique parfaitement acquise et maitrisée qui faisait la différence.
Clementine s'était tant entraîné qu'elle était pleine d'assurance et se savait en position de force face à son ennemi.
Sur cette réflexion, sans y réfléchir à deux fois, elle profita de la négligence de l'autre pour enchainer son attaque.
Elle leva son bras dans les airs et envoya une violente claque dans l'oreille du soldat. L'effet de ce coup fut immédiat. Il perdit son équilibre déjà peu développé et hurla sur la douleur que causait toute attaque sur cette zone étonnement fragile.
Elle passa alors devant lui et percuta avec sa paume son nez avant même qu'il ne réussisse à protéger son visage.
Il tomba à genou, plutôt sonné. Puis dans un dernier essai, il tenta de récupérer son arme dans son étui. Seulement il était trop étourdi à présent pour dépasser la vitesse d'action de Clementine. Cette dernière attrapa son poignet dans sa main, lui fit une clé de bras parfaitement orchestrée jusqu'à ce que, finalement, Louie se jette sur eux et n'enfonce avec précision une aiguille dans la nuque de cet adversaire.
Cinq secondes plus tard, il s'effondrait au sol, le nez ruisselant de sang, parfaitement évanoui.
Louie retourna son corps grâce à l'aide de Clementine. Elle ôta l'arme de l'étui et la tint entre elle au dessus du corps du soldat.
- Alors, tu prends l'arme ou je la garde ?
Clementine réfléchit sérieusement à cette question. Après quelques secondes, elle lui donna sa réponse…
[Prendre l'arme - Chapitre 8] OU [Laisser l'arme à Louie - Chapitre 9]
Les choix très prochainement...
