[]

Votre choix

[Prendre l'arme]

Clementine attrapa l'arme que Louie lui tendait.

- Tu en es sûr ?

- Oui. Et toi, tu as quand même quelque chose pour te défendre ?

Elle sortit un scalpel de sa poche en guise de réponse et souffla fièrement :

- Il n'y a rien de plus dangereux qu'un médecin avec une telle arme entre les mains.

- Allons-y alors !

Louie partit récupérer un sac à bandoulière rempli de médicaments qu'elle installa sur son épaule. Elle se dirigea jusqu'à AJ qu'elle prit dans ses bras. Le médecin devrait prendre soin de lui pendant que Clementine surveillait leurs arrières.

Les deux se faufilèrent dans le couloir, Clementine restant devant pour protéger. Quand elles passèrent la porte pour rejoindre l'extérieur, elles courbèrent le dos, se baissèrent le plus possible pour s'assurer que de l'autre côté, personne dans le réfectoire ne remarque leur présence.

La pénombre était fragmentée. Elles tentaient d'avancer sous l'opacité amenée par les nuages qui s'effilaient dans le ciel, cachant parfois entièrement ou partiellement la rondeur de la lune. Quand celle-ci apparaissait, elles s'agenouillaient plus encore.

Le cœur de Clementine tambourinait de toutes ses forces. Engendrer une telle action pouvait leur coûter très cher. Mais ne pas la tenter l'aurait rempli de regrets. Enfin, seulement si elles et AJ s'en sortaient vivant. Elle craignait les remords d'avoir accepté la proposition de Louie si les évènements prenaient un tournant funeste.

Elles réussirent à avancer jusqu'au bâtiment de l'entrée secondaire sans avoir été localisées. Elles pénétrèrent à l'intérieur du couloir, s'assurant d'avancer à pas feutrés. Elles passèrent devant différentes salles dont celle où elle avait vu Pablo tuer un homme quelques mois plus tôt. Elles s'engagèrent finalement à gauche, là où se trouvait cette porte que Clementine avait passée 146 jours plus tôt.

Sur la droite, dans un encastrement, était dissimulé un petit escalier qui permettait de rejoindre le premier niveau où deux gardes se relayaient vingt quatre heure sur vingt quatre. On ne pouvait jamais prévoir quand de nouveaux étrangers atteignaient les remparts de Wellington alors il fallait toujours des gens pour surveiller les environs. Depuis son arrivé, seuls deux personnes avaient été acceptés au sein de cette communauté. Deux civils à qui elle n'avait jamais parlé et avec qui elle ne parlerait probablement jamais si leur plan réussissait aujourd'hui.

Les deux s'épièrent alors assez tendue quand Clem finit par énoncer à voix basse :

- Reste en bas des marches. S'ils se mettent à tirer je ne veux pas que toi ou AJ soyez blessé.

- Je commence à croire qu'il vaudrait mieux que je tienne l'arme et toi AJ.

- J'ai fait mon choix ! Je ne compte pas revenir en arrière maintenant.

Clementine inspira puis expira longuement l'air de ses poumons. Tout allait se jouer maintenant…

Laissant Louie et AJ derrière elle, elle commença à gravir les marches des escaliers furtivement. L'arme était braquée devant elle. Plus elle grimpait plus elle se sentait enhardie, résolue à mener à bien cette – dernière – mission.

En haut, elle entendit alors une voix masculine et féminine faire écho derrière le mur qui se trouvait au bout des escaliers. D'ailleurs, Clem crut reconnaitre la voix d'Edith, cette femme qui l'avait accueilli le jour de son arrivé, qui lui avait bien caché dans quoi elle mettait les pieds.

Elle atteint alors le dernier palier et se plaqua contre la paroi. Derrière celle-ci se trouvait la pièce qui leur permettait de surveiller les alentours extérieurs. Les lieux par lesquelles elle et Kenny étaient arrivés. Endroit qu'il avait pu quitter, camp où elle avait dû rester…

Elle effaça alors l'homme de ses pensées. Elle n'avait pas besoin de songer à lui maintenant. Elle devait garder un contrôle parfait sur ses émotions.

Elle inspira, expira silencieusement puis finit par passer à l'action.

Clementine quitta le mur et entra dans la pièce tout en ordonnant :

- Ne bougez pas et faîtes voir vos mains !

Ils repèrent immédiatement sa présence. Ils lui firent face, remarquant très vite l'arme qu'elle braquait sur eux. Elle vit l'homme d'une trentaine d'année essayer d'atteindre son fusil quand Clementine le menaça :

- N'essaie même pas !

L'homme ramena sa main contre sa cuisse.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- Que vous ouvrez les portes et que vous m'envoyez l'un des sacs qui se trouvent derrière vous.

- Clementine, ce n'est pas une bonne idée. Tu sais que tu vas t'attirer de gros ennuis. Lâcha edith d'un timbre doux.

- Ne me parle pas comme si tu me connaissais ou que nous étions amies. C'est en partie par ta faute que je suis ici !

Edith baissa les yeux. Elles ne se côtoyaient pas mais comme tout le monde ici, elle savait quel sort été réservé aux enfants au sein de ce camp. Elle aurait pu la renvoyer au loin avec Kenny. Leur dire qu'il n'y avait pas assez de place pour elle et l'enfant. Mais au lieu de ça, elle lui avait ouvert les portes de cet enfer.

- Quand j'ai vu le désespoir dans les paroles de ton ami, j'ai senti que vous ne survivriez pas en restant avec lui. J'ai hésité mais quand il m'a supplié, je l'ai vu. Je pensais que toi et le petit ne survivriez pas plus longtemps dehors.

- Tu ne sais pas de quoi tu parles. Clama-t-elle entre ses dents. J'aurais pu prendre soin de lui et de Kenny. J'aurais pu aider Kenny à retrouver espoir… Le trouble fit trembler sa voix pleine d'amertume et de fureur. Mais ça, par ta faute, je ne le serais jamais !

Soudain la haine en elle grandie de façon exponentielle. Sa mâchoire se contracta, ses sourcils se froncèrent, l'austérité combla l'éclat d'or de ses prunelles. Elle n'était pas là pour se venger pourtant l'envie était là. Un désir suffocant de se faire justice en se débarrassant de l'un des responsables de sa présence dans cet endroit qui l'avait déjà tant changé.

Elle ne pouvait plus se voiler la face. Elle le sentait en elle. Avant Wellington, elle ignorait ce qu'était la haine. Elle méprisait les actions de certaines personnes mais jamais encore elle n'avait découvert l'énergie que cela prenait d'haïr les autres.

Maintenant c'était différent. Elle voulait leur faire payer la violence qu'ils faisaient naître en elle et les ressentiments qui emprisonnaient son cœur. Elle souhaitait punir tous ceux qui se rangeaient à leur côté sans combattre, sans essayer de garder un tant soi peu leurs valeurs passées.

Elle aurait aimé se débarrasser de tous ceux qui parlaient de ce camp en utilisant le « nous » et non le « ils ».

A cet instant, elle voulait ôter la vie à Edith, celle qui aurait pu – aurait du – lui dire de faire demi-tour avec Kenny.

Cette pensée poussa alors Clem à braquer son arme sur le visage d'Edith. Elle se sentait déterminée. Prête à tout. Poussée par son besoin dévorant de se faire justice.

- Clementine, s'il te plaît, ne fais pas ça. Je suis désolé, d'accord ? On va t'ouvrir, te laisser un sac et tu partiras.

Sa prise se raffermit sur le revolver, son doigt trouva le doux contact de la détente. Elle la touchait comme une caresse, sans jamais la presser complètement.

- Je t'en prie Clementine !

Edith avait peur de mourir. Ça se voyait. Clementine avait appris à reconnaître cette émotion. Une émotion qui ne l'avait jamais habité. La mort elle la craignait seulement quand elle pendait au dessus de la tête des êtres qu'elles aimaient, de ceux à qui elle aurait donné sa vie pour les protéger.

Et subitement, sous cette dernière réflexion, elle se rappela pourquoi elle était là… Pourquoi elle devait agir vite et oublié son irristible envie de vengeance.

Elle devait sauver AJ. Sauver Louie. Ils devaient s'enfuir ensemble et recommencer une nouvelle vie.

- Passe-moi un des sacs et ouvre la porte

Edith sembla soudain rassurée alors que la fougue passagère de Clementine diminuait à vu d'œil. La femme ne se fit pas prier, elle obéit rapidement aux ordres. Elle tira sur la chaîne métallique qui ouvrait la porte au niveau inférieur et récupéra un tissu rempli de vivre.

Avant qu'elle ne s'approche d'elle, au risque d'être attaquer, Clem s'exprima fermement, les yeux plissés guettant sans cesse l'un et l'autre :

- Lance-le à mes pieds.

Edith exécuta l'ordre et repris position au côté de l'homme à cinq bons mètres d'elle. Il était stoïque, jetant parfois des coups d'œil au fusil posé à quelques pas entre eux.

- Toi, dit-elle en pointant du menton le trentenaire, attrape lentement le fusil et fais le glisser vers moi.

Il n'avait toujours pas émis un son. Il avança calmement jusqu'à l'arme, sans gestes brusques. L'arme était directement braquée sur lui, se déplaçant en fonction de ses mouvements. S'il lui offrait une occasion, Clementine tirerait. Elle l'abattrait ni plus ni moins.

Sa main toucha alors le canon de l'arme quand une voix fit écho en bas des escaliers. Le sang de Clementine fit un tour alors qu'elle percevait clairement deux voix masculines dire clairement :

« Qu'est-ce que vous faîtes là ?!

« Vous n'avez pas… »

Puis brutalement, un choc retentit. Un cri de douleur perça l'air. Quelque chose tomba. AJ hurla. Un coup de feu résonna.

L'adrénaline s'empara de Clementine. AJ et Louie étaient en danger. Peut-être blessés.

Son inattention passagère avait poussé l'homme en face d'elle à empoigner le fusil tandis qu'Edith se planquait déjà contre un mur. Mais le trentenaire ne fut cependant pas assez rapide. Par instinct, Clementine appuya sur la détente et la balle atteint la tête de l'homme qui mourut sur le coup.

Son corps entier tremblait à présent. Ses muscles étaient contractés, la tension et les pleurs d'AJ qu'elle percevait plus bas était comme un poison douloureux dans ses veines.

Elle entendit alors quelqu'un accourir dans les escaliers. Elle espérait que ce soit Louie, qu'elle ait réussi à maitriser les personnes qui les avait surpris elle et AJ en bas des marches.

Malheureusement, la jeune fille n'aurait pas cette chance.

Un soldat brun et d'une vingtaine d'année apparut de la paroi qui cachait les escaliers. Immédiatement, en même temps qu'elle, il la menaça avec son fusil :

- Tu ne sortiras pas d'ici ! C'est trop tard. Baisse ton arme.

Clementine avait peur. Pas pour sa vie mais pour ce qui était arrive à Louie ou à AJ. Le silence de cette première et les hurlements de ce dernier était tout sauf rassurant.

- Qu'est-ce que vous avez fait à Louie ?

- La question serait plutôt de savoir ce qu'elle a fait ! Cette pute de médecin a réussi à tuer le sergent Cobbs ! Elle fait un somme pour le moment donc ne compte pas sur elle pour t'aider ! Maintenant obéis ou tu meurs ! Et si tu meurs, il n'y aura plus personne pour veiller sur ce gamin qui hurle comme un cochon qu'on égorge.

Des larmes de rages roulèrent de ses yeux. Sa fureur était comme un brasier impossible à contenir. Elle ne voulait pas renoncer mais c'était déjà perdu.

Leur plan avait échoué. Elles avaient failli à leur mission. Et maintenant ? Qu'allait-il leurs arrivé ?

Elle savait qu'elle ne gagnerait pas cette lutte. La rapidité et la dextérité du soldat surpassait la sienne. Et AJ était encore en vie. Elle devait abdiquer.

À contre cœur, elle jeta le pistolet au sol. Le soldat s'approcha d'elle. Elle n'eut le temps que de voir sa crosse se lever dans les airs avant qu'une douleur fulgurante ne lui vrille la tempe et qu'elle s'écroule au sol.


Quand elle reprit conscience, la douleur qui lui vrilla la tête était insupportable. Elle sentit le froid touché la peau de son cou, de ses mains, pénétrer à travers ses vêtements. Elle comprit très vite qu'elle était allongée dehors, à même le sol. La voix qui semblait appartenir au commandant braillait des mots qui n'avaient aucun sens pour elle à cet instant.

Ses paupières s'ouvrir difficilement, quand elle vit rapidement quelqu'un se pencher au dessus d'elle puis s'en aller tout en hélant :

- Commandant, elle reprend conscience.

La voix de Caldwell s'interrompit. Elle regarda alors autour d'elle alors qu'elle percevait sa silhouette avancée promptement jusqu'à elle sous l'éclat argenté de la lune. Tout dans sa démarche indiquait un danger.

Il l'attrapa par les épaules puis avant qu'elle ne soit prête pour ça, il la releva en la forçant à s'agenouiller au sol. Elle jeta un œil de chaque côté et pris enfin conscience de l'endroit où elle se trouvait.

Au milieu de la place, devant le socle où se trouvait la paroi métallique noire, l'ensemble des habitants étaient réunis autour d'elle, du commandant, du capitaine et quelques gradés postés en retrait.

Finalement, elle remarqua la présence de Louie qui se tenait en face d'elle, à une dizaine de mètre, installée dans la même position qu'elle.

Elle tenta d'intercepter son regard mais son regard était baissé. Elle semblait saignée.

Sous le silence horrible de l'assistance, le commandant s'accroupi devant elle l'empêchant d'observer la stature de Louie.

- Quand vas-tu enfin comprendre ? Il siffla entre ses lèvres d'un timbre vipérin. Tu nous appartiens maintenant. Faire ce que tu as fais aujourd'hui t'attirera plus de problèmes qu'autre chose. La preuve, regarde où tu en es.

Clementine n'avait rien à dire. Elle n'avait plus la force de répondre quoi que se soit. Elle n'avait plus qu'à subir les représailles.

- Comment devrais-je te punir ?

Il se releva et déclara à l'ensemble du camp dans une attitude tout à fait théâtrale.

- Dîtes-moi, comment devrais-je la punir ?

Ils restèrent tous muets. Le commandant n'attendait nullement qu'ils répondent à cette question. Il avait déjà décidé la façon dont il comptait lui faire payer sa désobéissance. Elle le voyait dans ses yeux, dans cette engouement mélangé à la furie qui perçait dans son timbres et sur ses traits.

- Apportez-moi le gamin.

Le cœur de Clementine rata un battement. Elle voulu hurler, le supplier de ne pas s'en prendre à lui mais sa bouche resta ouverte, sans possibilité de laisser un son s'échapper de ses cordes vocales. Ses yeux étaient exorbités sous l'effroi qu'il le blesse ou pire, qu'il le tue.

Un soldat sorti des rangs avec le petit entre ses bras. Il semblait aller bien. Silencieux mais les yeux grands ouverts. Dès que le petit fut entre les mains du commandant, Clementine serra les dents. Elle ne supportait pas que lui plus qu'un autre pose la main sur lui.

Pas après ce que Jack lui avait raconté…

Comptait-il se débarrasser d'AJ de la même façon qu'il l'avait fait avec la mère de Jack ? Serait-ce ça sa punition ?

Pendant une seconde, elle chercha son ami dans la foule. Elle crut le repérer derrière une ligne de soldat mais n'eut pas le temps de s'en assurer que le commandant s'approchait de nouveau d'elle, restant debout cette fois-ci.

Elle le vit sortir son arme de son étui accroché à sa taille. Cette fois-ci elle ne put rester silencieuse. Elle supplia comme elle avait supplié Lee de se relever peu avant sa mort :

- Par pitié, pas ça ! Ne le tuez pas ! Tuez-moi si vous le voulez mais ne lui faîtes pas de mal !

Elle n'arriverait pas à se remettre de la mort d'AJ. S'il disparaissait, elle serait brisée à jamais. Car, certes, ce n'était encore qu'un bébé incapable de parler, de marcher ou d'interagir concrètement avec elle. Mais cet enfant était la lumière qui la guidait vers l'humanité qu'il restait en elle. Il était sa bouée lorsqu'elle commençait à être fatiguer de nager contre le courant imposé par ce camp. Le port d'attache de ce qu'il restait de son passé… S'il mourrait, elle était perdue.

- C'est ta punition qui le sauvera.

Il sourit avec fierté. Comme s'il était convaincu d'avoir trouvé la meilleure façon de lui faire regretter sa tentative de fuite aujourd'hui.

Sous son honnêtement, il déposa alors le revolver entre eux. Elle ne comprit pas jusqu'à ce qu'il se décale sur la droite et déclare simplement en pointant Louie du doigt :

- Tue-la.

Cette sentence la désarçonna. Elle ébranla toutes les fondations de ses émotions. Il ne pouvait pas lui demander ça. Ce n'était pas possible. On ne pouvait pas être si cruel.

- Non… Elle murmura, le timbre tremblant, les larmes prêtes à s'écouler de ses yeux.

- Elle a tué un sergent. À mis en place le plan pour vous enfuir. Elle est allé trop loin. Elle mourra d'une façon ou d'une autre. Mais si tu t'en occupes, le petit et toi resterez sains et saufs.

- Je ne peux pas…

- Tu le peux mais tu le ne veux pas. Voilà pourquoi c'est toi qui dois le faire.

Louie releva alors son visage vers elle. Elle avait le visage partiellement déconfit. Elle semblait résignée, sachant déjà ce qui l'attendait. Mais Clementine crut rêver lorsqu'elle la vit afficher de la compassion pour elle pour avoir à la tuer.

Ce visage lui offrit une raison de plus de refuser d'exécuter Louie.

Pendant un instant, Clémentine hésita à se saisir du pistolet pour se débarrasser du commandant. Elle sut que ce dernier pris conscience de l'idée qui traversa son esprit. Mais il ne s'en inquiéta pas une seule seconde. Il savait pertinemment qu'elle n'irait pas au bout de cette réflexion.

Même si elle réussissait son coup, AJ, Louie et elle perdraient la vie d'une façon ou d'une autre.

- Prends l'arme, lèves-toi et tues-la !

Clementine regarda tout autour d'elle à la recherche d'une aide quelconque. Mais aucun ne bougeait. La plupart avait le visage bas. Mais pas Jack. Elle le repéra facilement cette fois. Il s'était avancé pour mieux l'observer. À travers un regard elle sut qu'il tenta de lui envoyer tout le soutien dont il était capable.

- Clem…

La force avec laquelle avait été prononcé son nom la fit pivoter son faciès vers celui de Louie. Cette dernière reprit alors aussi résolue qu'émue :

- Prends l'arme Clem et fais ce qu'il te dit. C'est la seule façon pour que tu protèges AJ. Et très honnêtement, je préfère que se soit toi plutôt que l'un de ses salopards.

Les larmes de Clementine s'écoulèrent sans qu'elle ne puisse les contenir. Elle gémissait légèrement, secoué au plus profond de son être.

- Louie, je ne veux pas faire ça… Je ne pourrais pas y faire face… Pas ça. Elle souffla d'une voix basse, profondément troublée.

- Tu t'en remettras. Tu es une survivante.

Clementine attrapa alors l'arme sans vraiment en avoir conscience. C'était comme si elle était emprisonnée dans son propre corps, dans l'incapacité la plus totale d'arrêter ce qu'elle était sur le point de faire.

Elle n'était plus qu'un pantin à la solde de Wellington. Elle n'avait plus de choix, de liberté d'action. Elle leur app…

- Tu ne leur appartiens pas Clem.

Cette phrase lui permis de ne pas se laisser ensevelir par le désespoir.

Elle se tenait à un mètre devant Louie, l'arme bougeant nerveusement contre sa jambe. Les larmes s'étaient taries mais pourtant sa tristesse dominait toutes ses pensées. Son cœur était oppressé, elle étouffait sous l'horreur de cette situation insensée.

- Tu es quelqu'un de bien. N'oublie jamais qui est l'ennemi. Ne les laisse pas t'avoir.

Elle leva l'arme pour la pointer sur le visage de Louie tout enlevant la sécurité.

- Je suis désolé.

Clementine ne reconnut même pas sa voix. Elle était inondée par l'anéantissement de ce moment qui la hanterait pour toujours.

- Au revoir.

Suite à ces derniers mots, Louie réussit à sourire avec gentillesse sous ses adieux. Elle maintint ce rictus jusqu'à ce que Clem ne ferme les yeux, détourne le visage et finisse par appuiyer sur la gâchette.

L'écho du coup de feu explosa quelque chose en elle. La balle n'avait pas seulement abattu Louie. Elle avait perforé l'âme de Clementine qui en ôtant la vie à Louie avait dû dire adieux aux derniers vestiges de son passé et d'une vie où l'espoir était encore possible.

Elle ouvrit ses paupières quand elle sentit quelqu'un lui prendre l'arme des mains. Lorsqu'elle regarda le corps inerte de Louie, dont le sang coulait du trou formé dans son crâne, elle régurgita le peu qu'elle avait dans l'estomac. Elle sentit les vertiges lui monter à la tête. Ses jambes flageolantes ne la maintinrent pas plus longtemps qu'elle se sentait tomber dans l'inconscience la plus totale.


Elle reprit connaissance dans la pénombre de sa cellule éclairée par la lampe encore allumée. Elle se fichait bien de son mal de tête, des tremblements qui parsemaient l'entièreté de son corps.

Dès la seconde où son regard s'était posé sur le plafond de cet endroit, elle avait été ensevelie sous le poids de la culpabilité de ce qui était arrivé. Engloutie dans les ténèbres par la malveillance de l'homme qui gérait ce camp d'une main de fer.

Elle espéra pendant un instant que tout n'avait été qu'un horrible cauchemar. Mais la douleur était bien trop réelle. Ses souvenirs bien trop précis.

Toutefois, comme elle essayait d'y croire, elle se mit à compter chacun des traits qu'elle avait gravés dans le métal au dessus de sa couchette. Elle espérait n'en compter que 145. Mais malheureusement, il y en avait bien 146. Aujourd'hui était donc le 147 ème jour… Tous les évènements qui violentaient et torturaient son esprit avait donc réellement eu lieu.

Elle avait dû prendre la vie de Louie. Elle l'avait fait. Pour préserver AJ, on l'avait forcé à assassiner une amie qui avait été à ses côtés et l'avait soutenu dès son arrivé. Qui avait pris soin d'elle et d'AJ. Qui avait tout risqué pour leur permettre de s'enfuir.

Mais tout avait capoté. Comme d'habitude, tout était allé de travers et cette fois encore elle avait dû tuer un être cher… de la pire des façons qui soit. Quand elle avait dû mettre fin aux souffrances de Lee, ça avait été différent. À l'époque c'était la chose à faire. Mais aujourd'hui, ce qui était arrivé n'était que cruauté et malveillance.

Sur cette affreuse pensée, sa colère reprit le dessus. Elle se leva de son lit et tenta de faire disparaître chacun des traits imprimés sur le mur. Comme une possédée, elle s'écorcha les doigts, s'arracha les ongles, brutalisa le mur... toutefois les marques rne s'effaçaient pas.

Soudain, elle sentit quelqu'un l'attraper par les bras. Elle se débattit comme une forcenée même lorsqu'elle prit conscience de la présence de Jack. Il tenta de la calmer en enroulant ses bras autour de sa taille. Clementine continua de s'agiter si bien que le garçon les força à s'asseoir sur la couchette de la jeune fille, essayant de tempérer la fougue violente de chacun de ses mouvements.

- Je suis là. Il commença à murmurer à son oreille. Je ne te lâcherais pas.

Pour la première fois depuis son arrivé ici la colère fit place aux larmes de son cœur tourmenté. Aux pleurs de son âme brisée par ce triste jour et tous ceux qui avaient précédé celui-ci. Elle cessa de se débattre et chercha du réconfort dans l'étreinte indispensable de Jack.

Elle gémit et suffoqua sa peine. Elle hurla son affliction au point d'en perdre la voix. Elle sentait les bras de Jack se resserrer plus encore autour d'elle au fur et à mesure qu'elle se laissait aller à son chagrin. Elle prit conscience de ses mains caressant de façon apaisante l'échine de son dos.

Mais ça ne l'aida pas à ce sentir mieux. C'était pire. Recevoir tant de bienveillance alors qu'elle ne croyait pas la mériter la mis plus à mal encore. Pourtant, elle ne pouvait pas quitter l'étau de son ami. Elle en avait besoin plus que jamais.

Elle sentit la fatigue la submerger après un temps. Elle n'eut alors plus la force de pleurer, de gémir et encore moins de bouger. Elle était enfermée dans l'étreinte chaude de Jack qui refusait de la lâcher. S'il n'avait pas été là, elle n'aurait probablement pas survécu à cette nuit. Car, pour la première fois, elle pensait à la libération que cela serait de finir par s'ôter la vie…

Seulement ce n'était pas digne d'elle. Son heure n'était pas encore arrivé.

Elle préféra alors évacuer ses sombres songes et penser au pourquoi qui avait fait que tout avait capoté ? Pourquoi ces deux soldats avait débarqué ruinant ainsi toute leur chance ? Pourquoi s'était-elle attarder sur son envie de se faire vengeance ? N'aurait-elle pas mieux fait de laisser l'arme à Louie lui évitant peut-être de perdre un temps très précieux ?

Si elle avait agit plus vite peut-être qu'elles auraient eu le temps de passer les portes avant que les soldats ne les surprennent… Surtout qu'elle se demandait encore la raison de leur présence ce soir. Eux qui étaient censés être au réfectoire avait fait une visite impromptue le jour de leur tentative de fuite. Ça ne pouvait pas être qu'une coïncidence, si ?

Mais à quoi bon essayer de trouver un sens à toute cette situation. Cela ne ramènerait pas Louie. Cela ne l'absoudrait pas de l'avoir tué de ses propres mains…

Finalement, il avait fallu 147 jours à Clementine pour que l'espoir de s'échapper de Wellington ne devienne qu'une douloureuse illusion. Une partie d'elle savait maintenant que même si elle parvenait à s'enfuir d'ici, un morceau de son âme serait à jamais enfermer dans l'enceinte de ces murs...

C'était là que commençait la chute jusqu'aux derniers jours de sa survie.


Un choix aux conséquences cruelles et tragiques pour vous qui l'avait fait. J'espère qu'il vous a satisfait au moins - enfin façon de parler ;) Très sincèrement, écrire ces choix aura été facile et pourtant très dur. Je m'étais attaché à ce personnage disparu à présent.

Dorénavant les choses vont beaucoup changé pour Clementine. En particulier certaine facette de sa personnalité qui vous être mis à mal. Bref j'ai tout plein d'idées pour cette histoire que j'affectionne particulièrement.

Si vous avez un avis sur votre choix, n'hésitez pas à m'en faire part :) Je ne mords pas et réponds toujours !

A bientôt !