[]

Votre choix

[Laisser l'arme à Louie]

- Prends l'arme. Je porterais AJ, c'est ma responsabilité. Je préfère avoir un œil sur lui.

- Très bien mais prends ça quand même. Elle sortit un scalpel de sa poche qu'elle lui tendit. Frappe à la gorge si tu le peux sinon essaies d'atteindre l'artère brachiale ou l'artère fémorale. Elles se situent là.

Elle lui montra exactement où les deux point d'attaque se trouvaient. Une chose que les soldats de ce camp ne leur avaient pas enseignée.

- On se vide de son sang en quelques secondes si l'une de ces zones est touchée.

- Compris !

- Prête ?

- Oui ! Sortons d'ici.

Louie partit récupérer un sac à bandoulière rempli de médicaments qu'elle installa sur son épaule. Les deux se faufilèrent alors dans le couloir, laissant Louie couvrir les devants. Quand elles passèrent la porte pour rejoindre l'extérieur, elles courbèrent le dos, se baissèrent le plus possible pour s'assurer que de l'autre côté, personne dans le réfectoire ne remarque leur présence.

La pénombre était fragmentée. Elles tentaient d'avancer sous l'opacité amenée par les nuages qui s'effilaient dans le ciel, cachant parfois entièrement ou partiellement la rondeur de la lune. Quand celle-ci apparaissait, elles s'agenouillaient plus encore.

Le cœur de Clementine tambourinait de toutes ses forces. Engendrer une telle action pouvait leur coûter très cher. Mais ne pas la tenter l'aurait rempli de regrets… Enfin, seulement si elles et AJ s'en sortaient vivant. Elle craignait les remords d'avoir accepté la proposition de Louie si les évènements prenaient un tournant funeste.

Elles réussirent à accéder au bâtiment de l'entrée secondaire sans avoir été localisées. Elles pénétrèrent à l'intérieur du couloir, s'assurant d'avancer à pas feutrés. Elles passèrent devant différentes salles dont celle où elle avait vu Pablo tuer un homme quelques mois plus tôt. Elles s'engagèrent finalement à gauche, là où se trouvait cette porte que Clementine avait passée 146 jours plus tôt.

Sur la droite, dans un encastrement, était dissimulé un petit escalier qui permettait de rejoindre le premier niveau où deux gardes se relayaient vingt quatre heure sur vingt quatre. On ne pouvait jamais prévoir quand de nouveaux étrangers atteignaient les remparts de Wellington alors il fallait toujours des gens pour surveiller les environs. Depuis son arrivé, seuls deux personnes avaient été acceptées au sein de cette communauté. Deux civils à qui elle n'avait jamais parlé et avec qui elle ne parlerait probablement jamais si leur plan réussissait aujourd'hui.

Les deux s'épièrent alors assez tendues quand Louie finit par énoncer à voix basse :

- On va monter ensemble. Tu restes bien derrière moi.

- Je ne ferais pas mieux de t'attendre ici et de surveiller le couloir.

- Une autre pair d'yeux pour surveiller leur mouvement ne serait pas de trop je pense. Je ne veux pas manquer un mouvement d'attaque parce que je serai occupée à braquer l'autre.

- Oui, ce n'est pas idiot ce que tu dis.

Finalement, Louie commença à gravir délicatement les escaliers. Clementine la suivit de près et s'assura une bonne prise sur AJ, le tenant d'une main ferme tout en maintenant le scalpel de l'autre.

Quand elles atteignirent le haut des marches, elles perçurent distinctement une voix masculine et féminine faire écho derrière le mur au bout des escaliers. Clem crut reconnaitre la voix d'Edith, cette femme qui l'avait accueilli le jour de son arrivé, qui lui avait alors bien caché dans quoi elle mettait les pieds. Elles accédèrent au dernier palier et se plaquèrent contre la paroi. Derrière celle-ci se trouvait la pièce qui leur permettait de surveiller les alentours extérieurs. Les lieux par lesquelles elle et Kenny étaient arrivés. Endroit qu'il avait pu quitter et où elle avait dû rester…

Elle effaça l'homme de ses pensées. Elle n'avait pas besoin de songer à lui maintenant. Elle devait garder un contrôle parfait sur ses émotions.

Elle inspira et expira silencieusement. Louie la guetta puis dans un hochement de tête parfaitement claire, elles passèrent à l'action.

Louie débarqua dans les lieux, Clementine derrière elle suivant à la lettre la requête du médecin.

Leur arrivée impromptue attira immédiatement la vigilance des deux autres : un trentenaire assez petit ainsi qu'Edith.

- Ne faites pas un seul mouvement ! Clama férocement Louie.

Clementine surpris l'homme tenter d'atteindre le fusil à quelques pas de sa position. Elle l'indiqua d'un mouvement à Louie qui déclara d'un timbre ferme :

- Je n'y toucherais pas si j'étais toi !

L'homme ramena sa main contre sa cuisse puis demanda assez inquiet :

- Qu'est-ce que vous voulez ?

- Que vous ouvrez les portes et que vous m'envoyez l'un des sacs qui se trouvent derrière vous.

- Ce n'est pas une bonne idée. Vous allez vous attirer de gros ennuis, vous le savez. Lâcha Edith d'un timbre doux.

Clementine aurait voulu lui faire ravaler la douceur de ses mots. Elle s'exprimait comme si elles étaient amies et elle n'aima guère cela. Car, c'était bien en partie par sa faute qu'elle était ici.

Mais avant que Clem n'ai la chance de dire quoi que ce soit, Louie s'imposa une fois de plus :

- On n'a pas besoin de ton avis Edith. Maintenant faîte ce que je vous ai dis et personne n'aura à mourir aujourd'hui.

- Combien de temps vous comptez survivre dehors ? Il ne faudra pas longtemps pour que l'on vous retrouve. Essaya une fois encore Edith.

« Qu'on vous retrouve ». Le « on » mit Clementine en ébullition.

Soudain la haine en elle grandie de façon exponentielle. Sa mâchoire se contracta, ses sourcils se froncèrent, l'austérité combla l'éclat d'or de ses prunelles. Elle n'était pas là pour se venger pourtant l'envie était là. Un désir suffocant de se faire justice en se débarrassant de l'un des responsables de sa présence dans cet endroit qui l'avait déjà tant changé.

A cet instant, elle fut rassurée de ne pas tenir l'arme car elle n'était pas sûre qu'elle aurait su se contenir de ne pas tirer sur Edith.

Elle ne pouvait plus se voiler la face. Elle le sentait en elle. Avant Wellington, elle ignorait ce qu'était la haine. Elle méprisait les actions de certaines personnes mais jamais encore elle n'avait découvert l'énergie que cela prenait d'haïr les autres.

Maintenant c'était différent. Elle voulait leur faire payer la violence qu'ils faisaient naître en elle et les ressentiments qui emprisonnaient son cœur. Elle souhaitait punir tous ceux qui se rangeaient à leur côté sans combattre, sans essayer de garder un tant soit peu leurs valeurs passées.

Elle aurait aimé se débarrasser de tous ceux qui parlaient de ce camp en utilisant le « nous » et non le « ils ».

A cet instant, elle voulait ôter la vie à Edith, celle qui aurait pu – aurait du – lui dire de faire demi-tour avec Kenny.

- On n'a pas toute la nuit. Alors faites ce que je vous ai dis dans la seconde ou je n'aurais aucun remords à utiliser cette arme.

Edith et l'homme durent percevoir le sérieux des paroles de Louie.

- Très bien. On va le faire. Ce n'est pas la peine de tirer d'accord ?

Edith avait peur de mourir. Ça se voyait. Clementine avait appris à reconnaître cette émotion. Une émotion qui ne l'avait jamais habitée. La mort elle la craignait seulement quand elle pendait au dessus de la tête des êtres qu'elles aimaient, de ceux à qui elle aurait donné sa vie afin de les protéger.

Edith s'exécuta rapidement. Elle partit tirer sur la chaîne métallique qui ouvrait la porte au niveau inférieur et récupéra un tissu rempli de vivres.

- Amène le moi doucement.

Edith s'approcha de Louie calmement. Elle vint se positionner de façon à empêcher le docteur de guetter l'autre civil pendant trois brèves secondes. Et ce fut un temps suffisant pour pousser le trentenaire à profiter de cette fenêtre d'ouverture pour attraper le fusil. Mais son geste ne passa pas inaperçu aux yeux de Clementine si bien qu'elle cria subitement :

- Louie ! Attention !

L'homme mit la main sur le fusil. Et alors qu'il s'apprétait à les braquer, Louie ne pensa pas à tirer mais bouscula la fillette sur le côté comme si son instinct de protection était plus fort que celui de sa propre survie.

Clementine réussit à tomber sur le dos, évitant de blesser AJ dans sa chute. Edith partit se planquer à son tour au moment même où l'autre tira dans la direction de Louie qui eu a peine le temps d'éviter l'impact en se précipitant sur le flanc gauche. La balle se répercuta violement dans la tôle du container. Elle semblait l'avoir rasé de près.

Louie réussit alors à réajuster son tir au moment où l'autre s'apprêtait de nouveau à presser la détente. Seulement elle le devança d'une seconde suffisante puisque sa balle l'atteint dans l'épaule le poussant à lâcher son fusil. Comme pour Clementine, Edith était recroquevillée contre le mur essayant d'éviter ce concert de balle qui fusait dans ce lieu plutôt étroit.

L'homme essaya alors de récupérer son arme mais Louie fit feu une fois de plus. La balle ricocha sur les murs poussant Clementine à couvrir AJ et sa tête pour éviter cette balle perdue. Un troisième coup de feu retentit et quand elle ôta son bras de devant ses yeux, elle remarqua que Louie avait finalement atteint l'homme en plein visage. Il était couché par terre, mort. Sans possibilité de pouvoir revenir.

Clementine se remit promptement sur ses jambes. Louie lui tournait toujours le dos.

- Louie, il faut qu'on parte ! Maintenant !

Elle ne bougea pas. Quelque chose n'allait pas…

- Louie ?

Finalement le médecin se retourna lentement pour faire face à Clementine.

Le choc s'imprima sur les traits de la jeune fille lorsqu'elle remarqua la tâche rougeâtre se répandre sur son flan droit, juste en dessous de sa poitrine.

- Co... Comment ?

- J'aurais dû mieux visé...

Clem comprit immédiatement. La balle perdue ! Elle s'était logé dans le corps de Louie.

Cette dernière faillit tomber mais elle réussit à la rattraper in extremis.

- Il faut qu'on y aille !

Louie regarda la plaie, pressa de toute ses forces sur le trou formé dans sa chair

- Je ne sais pas si...

- Je t'en pris Louie, on doit essayer !

- D'a... D'accord. Prends l'arme.

Clementine accepta l'objet et poussa Louie à avancer pour rejoindre les escaliers. Avant de dépasser la paroi, elle lança un dernier regard vers Edith toujours reclue dans la même position. Pendant une seconde, elle eut presque pitié d'elle.

Elle suivit Louie dans les marches, gardant un oeil sur AJ qui gémissait doucement entre ses bras. Elles atteignirent rapidement le niveau du bas et passèrent par l'ouverture de l'entrée grande ouverte.

Seulement dès l'instant où elles passèrent les portes, l'écho d'une voix grave et autoritaire retentit derrière elles :

- Eh ! Qu'est-ce que vous faîtes ?!

Clementine pivota en même temps que Louie. Elle remarqua deux soldats qui les regardaient de façon mauvaise, la main déjà posé sur leurs revolvers.

Il n'y avait plus qu'une chose à faire... Sans y réfléchir, Clementine dégaina son pistolet et fit feu sur l'entrée. Les soldats se planquèrent rapidement alors qu'elle ouvrit le feu par intermittence tout en hélant à Louie :

- Prends AJ et partez devant !

- Clem, je…

- Fais-le !

Louie acquiesça face aux ordres de la jeune fille. Elle attrapa AJ et se mit à trottiner difficilement. Clementine tira une fois de plus pour couvrir la percer du médecin. Elle tira une seconde fois en se baissant lorsque deux coups répliquèrent vers sa position.

Elle pivota une seconde la tête derrière elle pour voir que Louie avait pratiquement atteint les limites de la butte. Clementine se mit alors à cavaler à son tour. Elle entendit quelques balles siffler à ses oreilles. Mais fort heureusement aucune d'entre elles ne l'atteint avant qu'elle ne soit cachée par le monticule qu'elle avait grimpé en faisant la course avec Kenny le jour de son arrivé.

Elle réussit à rattraper facilement Louie qui ralentissait la cadence un peu plus à chaque pas. Clementine pris alors AJ dans ses bras et l'aida à avancer en la forçant à s'appuyer en partie sur elle. Elles réussirent à atteindre l'orée des bois. Le souffle de Louie devenait plus difficile, son poids s'alourdissait alors que Clementine sentait qu'elle avait de plus en plus de mal à tenir sur ses jambes.

Tant qu'après plus d'une centaine de mètre parcourue, Louie s'effondra contre le tronc d'un arbre. Une horrible vision du passé se rapella à la jeune fille. Pendant une seconde, elle crut revoir Lee.

- Je t'en prie ! Relève-toi Louie !

- Je ne peux pas… Sa voix était faible et éreintée. C'est fini de toute façon. La balle a perforé le foie. Même moi je ne peux pas réparer de tels dommages.

- Tu dois essayer. Ce n'est peut-être pas ça.

- C'est mon domaine d'expertise. Je sais quand j'ai raison. Tu dois partir. Tu peux encore y arriver.

- On sait toi et moi que je n'irai pas bien loin.

- Tu peux essayer au moins !

Clementine resta silencieuse. Ses yeux s'embuaient lentement de larmes. Ses lèvres et tout son corps frémissaient.

Soudain, des voix firent échos jusqu'à elles. Ce n'était encore qu'un murmure mais elles se rapprochaient. Elle savait pertinemment qui étaient ceux qui venaient dans leur direction.

- Part !

- Non !

La sévérité dans son timbre força Louie à se taire si bien que Clementine poursuivit très sérieusement :

- Je ne te laisse pas derrière.

- C'est ta seule chance !

- Je sais...

Sa réponse émue Louie. Clementine s'agenouilla alors devant elle. Elle refusait de tenter sa chance. À quoi bon ? C'était perdu d'avance. Surtout qu'au fond d'elle, elle refusait d'abandonner Louie ici, toute seule. Elle avait laissé derrière elle tant de monde. Pas cette fois.

- Rien ne te fera partir d'ici, hein ?

- Plus maintenant.

Les deux s'observèrent en silence. Les voix se rapprochaient déjà. Leur écho était de plus en plus important. Ils entreraient bientôt dans les bois.

- Puisque… Le médecin toussa et cracha un peu de sang avant de reprendre plus faiblement encore. Puisque que tu ne veux pas partir, peux-tu m'accorder un autre service ?

Clementine sourcilla sans poser de questions. Louie poursuivit avec une vive intensité :

- Quand ils arriveront et qu'ils comprendront que je suis blessé mortellement, ils décideront peut-être de me laisser me transformer pour me punir un peu plus. Je les ai déjà vu faire. Et comme tout le monde j'imagine, je refuse de devenir une de ses créatures.

Clementine commençait à comprendre où ce discours allait les mener. Elle n'aima pas du tout la tournure de ces déclarations mais se força à écouter quand Louie reprit le souffle court, de plus en plus affaiblie :

- Même s'ils décident simplement de m'exécuter, je préférerais encore que ce soit toi qui m'achève. Je ne veux pas offrir ce plaisir à l'un de ces salopards.

La jeune fille à la casquette ne pouvait pas faire ça. C'était trop lui demander. Elle avait dû le faire une fois et ça avait été la chose la plus dur qu'elle n'ai jamais eu à faire. Tuer Lee. Et maintenant Louie.

C'était trop pour elle…

- Tu ne peux pas me demander ça.

- Vois plutôt ça comme un service rendu à une amie. Fais-moi cet honneur.

Malgré sa blessure et sa voix presque éteinte, elle tenta d'insuffler de l'humour sur cette dernière phrase.

- Ce n'est pas drôle. Clem marmonna profondément bouleversée.

- Je sais.

Elle redevint sérieuse. Elle palissait de seconde en seconde. Une couche de sueur recouvrait déjà son front.

- Mais c'est la seule chose à faire. Accordes-moi cette faveur.

La horde de soldat qui était sur leurs traces n'était plus très loin maintenant. Elle savait qu'elle n'avait aucune chance de s'enfuir. Elle voyait déjà les lumières de lampes torches se rapprocher de leur position, les encerclant petit à petit sans que les autres n'en aient encore conscience.

- On aura essayé au moins.

- Oui…

La voix de Clementine était nouée. Les larmes roulaient du coin de ses yeux. Elle savait ce qui lui restait à faire. Néanmoins, comme une dernière confession, Louie lâcha difficilement :

- N'oublie jamais qui est ton ennemi Clem. Tu es quelqu'un de bien. Ne les laisse pas t'avoir. Tu ne leur appartiens pas.

La jeune fille acquiesça sincèrement même si au fond d'elle elle n'était pas sûre de croire ces paroles ou de réussir à les appliquer à l'avenir. Elle leva l'arme pour la pointer sur le visage de son amie qui s'exprima sincèrement :

- Merci.

Comment pouvait-on remercier quelqu'un de mettre fin à ses jours ? Comment était-ce possible ?

- Je suis désolé.

Clementine ne reconnut même pas sa voix. Elle était inondée par l'anéantissement de ce moment qu'elle n'oublierait jamais.

- Au revoir.

Louie réussit à sourire sous ses adieux. Elle maintint ce rictus jusqu'à ce que Clem ne ferme les yeux, détourne le visage et finisse par appuyer sur la gâchette.

L'écho de la balle résonna à des kilomètres d'ici. Les oiseaux quittèrent les branches des arbres. La balle avait perforé l'âme de Clementine qui en ôtant la vie à Louie avait dû dire adieux aux derniers vestiges de son passé et d'une vie où l'espoir était encore possible.

Elle perçut alors les voix de soldats se rapprocher de plus en plus de sa position. Mais elle se fichait bien de tout ça.

Elle serra AJ dans ses bras. Le petit s'était mis à gémir faiblement sous l'explosion du coup de feu que Clementine avait tiré. Les pleurs de cette dernière firent alors écho aux complaintes du petit. Elle s'allongea sur cette infime couche de neige, au pied du corps de Louie. Elle regarda en hauteur, là où la cime des arbres touchait le ciel. Un ciel caché par les branches qui se trouvaient sur la route des cieux. Tant de détours à prendre pour trouver son chemin vers les étoiles…

Ses larmes s'étaient taries dès l'instant où sa fascination s'était tournée vers la voute céleste. Elle était tant absorbée par ce détail qu'elle ne bougea pas d'un centimètre lorsqu'un faisceau lumineux fut dirigé sur son visage. Elle resta parfaitement immobile quand la personne arriva à sa position dans une démarche presque féline.

Elle reconnut alors Dalton dès qu'il se pencha au dessus d'elle. Elle rassura par instinct sa prise sur AJ sans chercher à se relever. Il s'agenouilla alors à ses côtés puis murmura près de son oreille :

- Quoiqu'il arrive, tu acquiesceras à tout ce que je dirais à propos de cette histoire. Je peux t'éviter un paquet d'ennui si tu vas dans mon sens.

Elle ne comprit pas le but d'une telle déclaration. Elle n'avait pas confiance en Dalton. Pire, elle le redoutait lui et toutes ses manigances.

Seulement elle n'eut pas le temps de plus penser à l'étrange attitude du capitaine qu'il prit calmement AJ de ses bras et le déposa à leur côté. Tout de suite après, il la releva pour la remener contre son dos et commença une parfaite technique d'étouffement. Clementine ne se débattit même pas. Elle se sentit perdre conscience et eut l'occasion de jeter un dernier regard sur le corps de Louie… L'occasion de verser une larme de plus.


Elle reprit connaissance dans la pénombre de sa cellule éclairée par la lampe encore allumée. Elle se fichait bien de ses courbatures, de la douleur de son cou ou des tremblements qui parsemaient l'entièreté de son corps.

Dès la seconde où son regard s'était posé sur le plafond de cet endroit, elle avait été ensevelie sous le poids de la culpabilité de ce qui était arrivé.

Elle espéra pendant un instant que tout n'avait été qu'un horrible cauchemar. Mais la douleur était bien trop réelle. Ses souvenirs bien trop précis.

Toutefois, comme elle essayait d'y croire, elle se mit à compter chacun des traits qu'elle avait gravés dans le métal au dessus de sa couchette. Elle espérait n'en compter que 145. Mais malheureusement, il y en avait bien 146. Aujourd'hui était donc le 147ème jour… Tous les évènements qui violentaient et torturaient son esprit avait donc réellement eu lieu.

Elle avait dû prendre la vie de Louie. Elle l'avait fait. Elle lui avait accordé sa dernière volonté de la même manière qu'elle avait accepté la requête de Lee il y avait au moins deux ans maintenant. Elle avait été obligée de prendre la vie d'une amie qui avait été à ses côtés dès son arrivé. Qui avait pris soin d'elle et d'AJ. Qui avait tout risqué pour leur permettre de s'enfuir.

Mais tout avait capoté. Comme d'habitude, tout était allé de travers et cette fois encore elle avait dû tuer un être cher.

Sur cette affreuse pensée, sa colère reprit le dessus. Elle se leva de son lit puis tenta de faire disparaître chacun des traits imprimés sur le mur. Elle s'écorcha les doigts, s'arracha les ongles, brutalisa le mur mais les marques ne s'effaçaient pas.

Soudain, elle sentit quelqu'un l'attraper par les bras. Elle se débattit comme une forcenée même lorsqu'elle prit conscience de la présence de Jack. Il tenta de la calmer en enroulant ses bras autour de sa taille. Clementine continua à s'agiter si bien que le garçon les força à s'asseoir sur la couchette de la jeune fille, essayant de tempérer la fureur de chacun de ses mouvements.

- Je suis là. Il commença à murmurer à son oreille. Je ne te lâcherai pas.

Sa fureur fit alors place aux larmes de son cœur tourmenté. Les pleurs de son âme brisée par ce triste jour. Elle cessa de se débattre et chercha du réconfort dans l'étreinte

Pour la première fois depuis son arrivé ici, Clementine laissa couler un torrent de larmes contenu depuis bien trop longtemps. Elle gémit et suffoqua sa peine. Elle hurla son affliction au point d'en perdre la voix.

Elle sentait les bras de Jack se resserrer plus encore autour d'elle au fur et à mesure qu'elle se laissait aller à son chagrin. Elle prit conscience de ses mains caressant de façon apaisante l'échine de son dos.

Mais ça ne l'aida pas à se sentir mieux. C'était pire. Recevoir une affection qu'elle ne croyait pas mériter la mis plus à mal encore. Pourtant, elle ne pouvait pas quitter l'étau de son ami. Elle en avait besoin plus que jamais.

Elle sentit la fatigue la submerger après un temps qu'elle n'aurait put définir. Elle n'avait plus la force de pleurer, de gémir et encore moins de bouger. Elle était enfermée dans l'étreinte chaude de Jack qui refusait de la lâcher. S'il n'avait pas été là cette nuit, elle n'y aurait probablement pas survécu car pour la première fois, elle pensa à s'ôter la vie…

Seulement ce n'était pas digne d'elle. Son heure n'était pas encore arrivé.

Elle préféra alors évacuer ses sombres songes et penser au pourquoi qui avait fait que tout avait capoté ? Pourquoi ces deux soldats avait débarqué ruinant ainsi toute leur chance ? Pourquoi une simple balle perdue leur avait volé ses derniers espoir ? Finalement, est qu'elle n'aurait pas mieux fait de prendre l'arme ?

Elle ne savait plus...

Surtout que, parmi toutes ces introspections, elle se demandait encore quelle raison avait pu pousser deux soldats à apparaître à la seconde entrée cette nuit. Eux qui étaient censés être au réfectoire avait fait une visite impromptue le jour de leur tentative de fuite. Ça ne pouvait pas être qu'une coïncidence, si ?

Mais à quoi bon essayer de trouver un sens à toute cette situation. Cela ne ramènerait pas Louie. Cela ne l'absoudrait pas de l'avoir tué de ses propres mains…

Elle savait aussi que dès demain elle serait ardemment punie pour sa désobéissance. Ils n'allaient pas la laisser sans tirer à si bon compte. Elle savait qu'elle en paierait le prix. Cela dit, après les évènements d'aujourd'hui, quelle douleur physique pourrait compenser le supplice qu'elle subissait déjà.

Au bout du compte, il avait fallu 147 jours à Clementine pour que l'espoir de s'échapper de Wellington ne devienne qu'une douloureuse illusion. Une partie d'elle savait maintenant que même si elle parvenait à s'enfuir d'ici, un morceau de son âme serait à jamais enfermé dans l'enceinte de ces murs...

C'était là que commençait la chute jusqu'aux derniers jours de sa survie.


Un choix aux conséquences dramatiques et qui n'est pas sans rapeller le passé de Clementine. J'espère qu'il vous a satisfait au moins - enfin façon de parler ;) Très sincèrement, écrire ces choix aura été facile et pourtant très dur. Je m'étais beaucoup attachée à ce personnage disparu à présent.

Dorénavant les choses vont beaucoup changé pour Clementine. En particulier certaine facette de sa personnalité qui vous être mis à mal. Bref j'ai tout plein d'idées pour cette histoire que j'affectionne particulièrement.

Si vous avez un avis sur votre choix, n'hésitez pas à m'en faire part :) Je ne mords pas et réponds toujours !

A bientôt !