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Je sais que cela fait longtemps mais quand vous verrez la longueur que font les deux choix j'espère que vous comprendrez :) Aussi j'étais occupé sur la suite de mon autre fiction sur Walking Dead : The Game alors j'ai laissé celle-ci de côté pendant un bon mois.

NOTE : Je met cette histoire en hiatus car je veux finir le premier épisode de mon autre fic qui arrive bientôt à sa conclusion. Elle aussi d'ailleurs mais les chapitres sont bien plus long à écrire sur Beyond Survival.

Et n'oubliez pas, les reviews sont les seuls retours que peut espérer un auteur de fanfiction, alors n'hésitez pas !


Votre choix

[Partir en mission]


Système de repérage des répliques liées à vos choix:

DANS LE CHAPITRE 1 "Welcome to Wellington", SI VOUS AVIEZ CHOISI "CRACHER SUR LE CAPITAINE DALTON" : [C2] + caractère gras


C'était le jour J aujourd'hui. Elle quittait le camp pour trois jours au moins. Trois nuits de danger loin de l'enfer qu'était Wellington.

Clementine, Jack, les jumeaux et trois soldats déposaient leurs affaires, armes et matériels nécessaire à la mission dans la remorque du camion militaire. La jeune adolescente était plus excitée qu'effrayée par l'expédition car elle préférait être dehors, dans la nature, sur les routes même si cela voulait dire prendre plus de risques.

Ce matin, ils s'en allaient pour le barrage de Black River, à plus de soixante-dix kilomètres d'ici et à quinzaine de kilomètre en aval de la petite ville de Cheboygan.

Ce n'était pas une infrastructure hydraulique de grande envergure. Mais le barrage était suffisamment important pour produire une bonne quantité d'électricité. Il était donc facile de comprendre pourquoi l'endroit était prisé par les gens qui s'étaient installés près de cet aménagement.

Huit personnes partaient pour ce voyage. Elle, Jack, les jumeaux et Dalton. En plus de trois soldats.

Gutterman, le chef mécanicien le plus performant de Wellington, était emmené pour ses compétences plus que nécessaire à la réussite de cette opération. Certains de ses « frères d'armes » l'appelait parfois ''Rabbin'' parce qu'il était un homme encore très proche de sa foi. Il n'y avait aucun cheveux sur son crâne car il avait beau avoir seulement trente cinq ans, ils étaient déjà aussi chauve que certain quinquagénaire. L'homme avant donc pris la décision de toute enlevé. Il avait l'air plus fragile que la majorité des autres de ces compagnons.

Il y avait aussi Porter, un jeune d'à peu près vingt cinq ans, aux origines difficilement identifiable. Sa peau tendait vers un teint des îles, ses yeux était aussi noir que la nuit et ses cheveux étaient d'une couleur plutôt cendré. Il était plutôt petit affichant néanmoins des larges épaules. Ses joues étaient plutôt saillantes et s'harmonisait étrangement avec sa bouche aux lèvres fines qu'il avait l'habitude de souvent mordiller.

[C2]

Elle se souvenait très bien de ce dernier. Elle n'oublierait jamais qu'il avait dû la fouetter le premier jour de son arrivé après qu'elle est craché sur le capitaine Dalton. Après cet incident, elle le repérait toujours parmi les autres soldats mais n'avait jamais eu l'occasion d'échanger un mot avec lui.

Le dernier était l'homme amené pour seconder Gutterman dans sa tâche. Il se nommait Viktor et son accent très prononcé laissait peu de doute sur ses origines. Un pays d'Europe de l'Est. Probablement la Russie ou l'Ukraine. Sa peau était aussi blanche que l'albâtre et paraissait aussi râpeuse que la surface du bois. On aurait dit qu'un simple coup aurait pu craqueler les traits de son visage. Elle n'avait d'ailleurs jamais vraiment pu voir ses yeux car il portait une paire de lunette de soleil aux larges montures presque tous les jours, par bon ou mauvais temps.

Le plan était d'établir le campement à un demi kilomètre de la zone et d'agir par étapes sur trois jours. La préparation était, comme d'ordinaire, très bien orchestrée.

D'après leurs deux émissaires qui avait été envoyés sur les lieux durant trois semaines, la communauté qui avait élu domicile pas très loin du barrage y venait une fois par semaine, toujours à la même date. Lorsqu'on leur avait fait un topo de la situation, Clementine n'avait pas compris tous les détails techniques énumérés par Gutterman. Elle savait en revanche que le but était de créer un système de dérivation pour récupérer une partie de l'énergie qu'utilisait la communauté proche des lieux dans quatre de leurs générateurs de secours.

Ces derniers leur servaient en cas d'urgence. Ils avaient dû les utiliser deux mois plus tôt après qu'une tempête se soit abattue sur la région détériorant leur système électrique, les privant de ce bien nécessaire à quantité d'activité au sein de la communauté. Il avait fallu une dizaine de jours pour réparer les dommages et ils avaient donc été dans l'obligation de se servir de chacun des générateurs.

Ils finissaient de charger leurs affaires quand elle s'écarta de quelques pas de la remorque avant que Jack ne vienne s'installer à ses côtés et s'exprime vivement :

-Je suis content que tu viennes avec nous.

-Pourquoi ? T'as peur quand je suis pas là pour couvrir tes arrières ? Elle le guetta du coin de l'œil tout en ricanant frugalement.

-Te flatte pas trop, hein ! Il rétorqua plus amusé que réellement vexé. On forme une bonne équipe c'est tout ce que je veux dire.

-J'imagine que c'est vrai. Il n'y a personne qui peut mieux prévoir mes réactions.

-C'est pareil pour moi.

Il finit sur un clin d'œil au moment où Garry s'adressa à eux posément :

- L'un de vous deux peut aller récupérer ce qui reste.

Les deux amis regardèrent derrière eux, au point où se trouvait un sac à dos qu'il restait à emmener.

-Monte, je le fais.

Le garçon concéda simplement, grimpant derrière les jumeaux dans la remorque comme Clem revenait sur ses pas, à une dizaine de mètre de là.

Elle s'agenouilla et s'assura du contenu du sac qui contenait de nombreux outils. Avant même qu'elle n'ait le temps de se relever, l'ombre d'un homme affichant un béret apparu devant elle.

Elle jeta un œil en l'air pour apercevoir Dalton qui vint s'arrêter à sa hauteur. Son visage était toujours aussi bien rasé et s'exprimait peu si ce n'était à travers une certaine rigueur. Mais de temps en temps, en sa compagnie, il lui arrivait de s'exprimer différemment. Elle ne comprenait que rarement les émotions – s'il en avait – qui jaillissait sur ses lignes.

Elle se remit debout en maintenant le tissu qu'il lui prit délicatement des mains. Elle s'étonna de son geste, le guettant avec une certaine suspicion alors qu'il demanda casuellement :

-T'es sûr de toi pour cette mission ?

Elle ne lui répondit pas. Non par insolence mais parce qu'il n'y avait rien à répondre. Le choix était fait.

-Qui veillera sur Pablo et Jessy maintenant que toi et Jack partez pour trois jours ?

Elle le scruta sévèrement, exécrant sa remarque qui la culpabilisa de partir et de les laisser tous les deux ici. Pourtant, sous la montée de sa colère, il reprit :

- Je t'aurais bien promis que tout se passera bien pour eux mais je ne serai pas sur place. Désolé.

Il conclut avec une étrange franchise en posant paisiblement sa main sur son épaule. Le touché de ses doigts s'évada furtivement alors qu'il rejoignait le camion pour monter par la porte du passager avant.

Clementine resta figée un moment face au geste du capitaine. Qu'est-ce qu'il n'allait pas chez lui ?

Ce n'était pas la première fois qu'il agissait de cette façon avec elle. Se montrant aimable, agréable tout en dévoilant une sincérité qui avait l'air si vrai qu'elle sonnait fausse.

C'était plus bizarre sachant qu'il ne perdait jamais une bonne occasion pour la mettre à l'épreuve. Il jouait avec elle et elle en avait plus qu'assez.

Elle espéra très fort que Dalton ne revienne pas vivant de cette opération. Comme à chaque fois que lui, le commandant et les pires des soldats qui se trouvaient ici se mettaient en péril, elle souhaitait de toutes ses forces qu'ils y laissent la vie.

Elle se remit finalement en mouvement et embarqua peu après, aidée à monter dans le camion par la main que lui tendit Jack. Les portes leurs furent ouvertes, ils purent enfin prendre la route.


Ils arrivèrent tout près de leur destination un peu après seize heures cette après-midi là. Ils passaient soudain devant un champ de récolte où plus rien ne poussait depuis de nombreuses années. La terre infertile, couverte d'une infime pellicule de glace restait là sans utilité. Sans personne pour prendre soin d'elle. Clementine trouva cela étrangement triste.

Le camion continua sur deux cent mètres, Black River sur leur flan droit, un petit bois bordant le côté gauche. Quand la route à travers la nature de ces grandes feuillages leur permit, l'engin braqua vers le bois et s'enfonça sur un chemin terreux submergé de racines, pierres ou pousses de mauvaises herbes. Ils finirent pas stopper le moteur à une cinquantaine de mètre s'assurant de garer le véhicule de façon à pouvoir repartir rapidement en cas de danger.

La route avait été plutôt silencieuse. Elle avait parfois échangé quelques mots avec Jack mais jamais de long discours. L'adolescente avait été trop obnubilée par l'idée de n'avoir jamais pu quitter Wellington si longtemps. Il y avait une pression inquiétante liée à cette mission mais celle-ci était compensé par la saveur libératrice de pouvoir vivre comme par le passé - même si cela ne durerait que trois jours. Si elle essayait très fort, elle pouvait se projeter dans une vie différente où elle était de retour sur les routes, voyageant d'une destination à l'autre, campant dans différents endroits et entourée de gens à qui elle pouvait se fier. Des gens comme Jack. Des personnes comme Garry et Gretchen en qui elle avait confiance dorénavant.

Elle imaginait que ces trois là se laissaient envahir par leurs pensées de la même façon qu'elle. Leur mutisme et leurs œillades perdues sur l'horizon dénotaient d'une multitude de rêveries qui, si elles n'étaient pas tout à fait semblable aux siennes, tendaient certainement vers des réflexions intimement liées.

Elle n'aurait jamais cru que cette période difficile et tragique puisse lui manquer. Vivre sur les routes lui avait coûté beaucoup. Pourtant, cela lui avait amené son lot de moment de joie qu'elle n'avait pas ressenti en deux années à Wellington.

C'était dangereux. Mais elle avait appris depuis quelques temps que c'était le danger d'une vie qui éloignait tout autant qu'il rapprochait les gens.

-Tout le monde descend !

La voix du capitaine claqua dans l'air et la ramena sur terre. Il sortait de la cabine du passager avant. Le conducteur, lui, avait un pied à terre quand les deux soldats et les cadets descendirent les uns après les autres de la remorque.

L'homme au béret ordonna alors à l'intégralité de l'équipe de commencer à installer leur campement. Ils obéirent d'un même mouvement et déchargèrent une grande partie du matériel.

Clementine partagerait une tente avec Jack. Les jumeaux, étonnement, avaient décidé de se séparer. Gretchen serait avec Porter et Garry avec Viktor. Quant à Dalton, il cohabiterait avec Gutterman.

Le froid s'intensifiait dans la région alors ils avaient préférés prendre avec eux des tentes plus longues à installer mais d'un tissu de meilleure qualité que celles qui n'avaient qu'à être jeter en l'air pour être montées. Les avantages de ces dernières ne compensaient nullement le choix de mieux se protéger du froid qui s'installait un peu plus chaque jour. Et s'ils voulaient s'assurer d'être en forme lorsqu'ils seraient sur le terrain, ils allaient devoir profiter de vrai nuit de repos.

Il lui était arrivé assez souvent, lorsqu'elle était avec Christa, de passer des nuits entière éveillée, à essayer de ne pas penser au froid qui la fouettait de part en part. Ou si elle ne dormait pas, c'était seulement pour être prête en cas d'attaque de rôdeurs qui se faisaient, cependant, de plus en plus rare dans cette région.

Ils installèrent leur campement provisoire sur une surface en carré de dix mètres de long, sous la voûte des sapins qui auraient la possibilité de les couvrir en partie s'il venait à pleuvoir. La neige n'apparaîtrait pas avant quelques semaines normalement mais déjà les températures en ce début novembre tournaient autour des cinq degrés.

Ils s'assurèrent aussi de créer un périmètre de barbelé pour prévenir d'attaques de rôdeurs venus faire un festin d'eux. Leur groupe installa ensuite un paravent au dessus du feu, de façon à dévier le mouvement de la fumée pour éviter d'attirer l'attention sur eux par ceux qui vivaient tout près d'ici.

Elle ne savait pas trop où exactement mais elle obtint la réponse à sa question dès qu'ils eurent terminé l'installation du camp une heure plus tard.

Le capitaine les rassembla vers la tente qu'il partagerait avec Gutterman. Il déposa un plan sur le sol devant lequel il s'accroupit tandis que chacune des personnes présentes resta debout à l'écouter entamer son discours :

- L'orphelinat où sont nos possibles ennemis se trouve ici. Il pointa un point sur la carte qui se trouvait de l'autre côté de la rive, à un peu plus de deux kilomètre au Sud-Est de leur position. Notre cible est juste là. Son doigts bougea légèrement sur sa gauche, un peu plus près de leur position, sur le canal qui représentait Black River. On fera un simple repérage des lieux demain pour que Gutterman et Viktor puisse se préparer et étudier le système. Ensuite, on s'assura de récupérer l'énergie dans nos générateurs. On fera ça sur deux jours.

Ils connaissaient déjà ces informations mais un rappel aidait à se familiariser plus encore avec les charges qui leurs incombaient.

- Cadets, il jeta un regard à chacun d'entre eux, vous couvrirez Gutterman et Viktor durant chacune des expéditions. Porter restera au campement. Je resterai sous couvert à l'extérieur, à la limite Ouest du barrage pour surveiller la zone. On utilisera les radios au cas où des complications surviennent. Il faudra agir vite. Vous aurez deux heures par expédition avant que l'on retourne au campement. Pas une minute de plus.

Il replia la carte, se remit debout et compléta d'un ton parfaitement ajusté, dénué de tension ou de crainte :

- L'autre camp à l'air d'être plutôt routinier. Ils ne devraient pas refaire surface au barrage avant cinq jours d'après nos deux émissaires. Mais les choses peuvent tout de même changer. Vous devez être prêt à affronter n'importe quelle situation.

Même si la vie à Wellington était dirigée d'une main de fer à travers un mécanisme bien rôdée, que chacune de leurs opérations était finement préparée, il persistait une certaine originalité d'action dans leur plan en plus d'une évidente ingéniosité. Jamais ils ne repassaient à la même heure ou le même jour à un lieu qu'ils avaient l'habitude de visiter. Il cherchait à se faire discret. À ne pas faire parler d'eux et se créer des ennemis. Une façon pour eux de maintenir la – fausse - rumeur du havre qu'était Wellington.

-Pour les tours de gardes durant les nuits, Garry, Gretchen et Porter vous prendrez le premier tiers. Gutterman et moi prendrons la suite. Clementine, Jack et Viktor vous assurerez le dernier tour.

La jeune fille ne put s'empêcher de noter que les cadets étaient tous mis sous la surveillance d'un soldat. Même si elle savait que c'était pour éviter des risques inutiles, elle doutait que cela soit la seule raison cachée derrière cette décision.

Le capitaine n'avait sûrement pas assez confiance en eux pour les laisser garder le campement pendant que les autres dormiraient. Il devait craindre qu'ils décident de s'échapper dans la nuit ou de s'en prendre aux soldats. C'était d'autant plus ironique car il comptait sur eux pour les protéger durant l'opération qui commencerait dès demain.

Après ça, il imposa leur couvre feu à vingt deux heures et dispersa le groupe. Dalton resta en compagnie de Gutterman et Viktor discutant du barrage pendant encore un long moment. Les cadets furent mis sous les ordres de Porter qui les aida à lancer un feu, tout en commençant à sortir des aliments d'un large sac de provision qui se trouvait encore dans la remorque du camion. Ils ramenèrent aussi une glacière dans laquelle se trouvait de la viandes d'animaux quelconque chassés par les civils de réserve du camp.

Elle aida à lancer les premières braises en compagnie de Porter et Garry, laissant Jack et Gretchen embrocher la viande sur des pointes de fer. Quand le feu commença à prendre, leur système de déviation pour la fumée fonctionna à merveille. Ils ne pourraient certes pas s'installer dans l'angle où le nuage vaporeux s'éparpillait mais c'était là une petite concession pour éviter d'être repéré.

Maintenant que l'hiver s'installait, le jour avait déjà fait place à une nuit claire où l'éclat des étoiles et de la lune traversaient les innombrables branches des arbres. Le rayonnement de l'embrasement insufflait suffisamment de lumière pour laisser entrevoir distinctement la zone jusqu'au limite de l'entrée de leurs tentes.

Peu après, Clementine et Jack copièrent les gestes des jumeaux lorsqu'ils s'installèrent autour du feu de camp. Ces derniers étaient habitués maintenant à partir pour plusieurs jours. Ils étaient officiellement chez les cadets. Mais ils participaient presque à autant de missions avec les plus jeunes qu'avec les soldats du camps dorénavant.

Les deux amis s'assirent à deux bons pas de la chaleur rassurante amenée par les flammes dansantes. Elle trouva sa place entre Garry et Jack. Gretchen, elle, était installée sur le flan droit de son frère.

Les jumeaux discutaient avec un certain enthousiasme d'une scène d'un film d'autrefois dont l'action final semblait se passer sur un barrage. Clementine et Jack restèrent silencieux, les jambes replier contre leur buste. Pour eux, c'était leur première nuit loin de Wellington depuis bien longtemps. Et la jeune fille n'avait pas encore décidé si cela était une bonne chose ou pas.

Elle observa alors un moment Dalton qui était concentré sur sa conversation avec ces deux compagnons. Par surprise, il détourna son regard vers elle et l'intensité qui apparut très vite dans ses yeux la transperça. Elle l'angoissa autant qu'elle l'intrigua. Clem préféra dévier la course de ses prunelles et éviter de se brûler la rétine en lorgnant une fois de plus dans sa direction.

Elle guetta simplement Porter déposer la viande embrochée et deux conserves à côté du feu. Elle sourit par défaut lorsqu'elle surprenait les jumeaux se chamailler sur la façon dont il se souvenait de la fin d'un film, se sentit rassurée par la présence réconfortante de Jack assis tout près d'elle.

-Tenez.

Son regard avait dévié sur la course du feu quand elle remarqua Porter se mordillant la lèvre tout en se penchant légèrement vers elle et Jack. Il leur tendait à chacun un roman.

- Pour vous occuper. On peut vite s'ennuyer dans ce genre de mission.

Depuis quand n'avait-elle pas lu un livre ? C'était avant l'épidémie, c'était certain.

-Merci. Finit par dire Jack en prenant le livre qu'il lui offrait.

Clementine hocha simplement de la tête, acceptant le bouquin. Tout de même, elle était assez décontenancée par l'attention aimable de Porter. Elle n'était pas habituée à ça des soldats.

-Sors plutôt les cartes Porter que je te fasse rougir d'embarras comme une pucelle !

Elle s'étonna du tutoiement et du timbre aussi effronté qu'amical de Garry. Elle fut plus ahurie encore sous la réponse du soldat :

- D'après mes comptes, garçon, je t'ai battu sur au moins 80% de nos parties.

- 60

- Je t'accorde 70.

Garry rit de bon cœur en compagnie de sa sœur. Jack et Clementine se lancèrent des œillades hésitantes peu habitués à une telle ambiance avec les soldats de Wellington.

-En vrai, on se fait la guerre mais c'est de ta sœur dont on devrait se méfier. Apostropha Porter dans un rire tout en venant s'asseoir aux côté de Gretchen.

Il observa l'adolescente suspicieusement et tonna tout en sortant un jeu de carte de la poche du haut de sa veste :

-On est tellement occupé à se faire des coups bas que t'en profite bien pour nous voler pas mal de nos victoire.

-Vos victoires ? Elle répondit avec sarcasme, se moquant ouvertement des paroles de l'homme qui se mordilla la lèvre une fois de plus. Dis plutôt que je sais comment utilisé les atouts que j'ai à ma disposition.

-Je ne peux pas aller contre cette argument. La voix de Porter devint soudain plus grave, presque fiévreuse. Sa réplique fit d'ailleurs rougir Gretchen qui lui renvoya un petit coup de coude dans les côtes.

Garry sembla s'exaspérer de la réaction des deux puis déblatéra assez crispé comme pour éviter un sujet qu'elle ne saisissait pas :

- J'aimerai bien qu'on joue avant que vous vous décidiez à rejoindre votre fichu tente et qu'on est droit à un vrai opéra.

Mais si elle n'avait pas comprit précédemment, tout devint parfaitement net à travers cette phrase.

Gretchen et Porter s'échangèrent un regard complice avec quelque chose qu'elle avait déjà vu dans les yeux de Pablo et Jessy avant qu'ils ne s'éclipsent pour aller faire leurs petites affaires. Même Jack se mit à sourire sous la situation qui rappela à Clem un souvenir du passé. Elle revit Luke, Mike, Bonnie, Jane et Kenny dans l'un des rares moments paisible et calme du bout de route qu'ils avaient fait ensemble. Elle saisissait enfin un peu mieux de quoi il avait été question lorsqu'ils étaient resté plutôt vague sur un sujet qui lui échappait à l'époque.

-Pas de problème. Je vais m'occuper de toi... et ensuite, ta soeur et moi on s'occupera autrement.

La réplique ne plut guère à Garry qui leva la main dans les airs comme pour chasser une mouche. Gretchen roula des yeux même si elle ne paraissait pas vraiment agacé. Jack, lui, se mit à pouffer franchement à ses côtés si bien qu'il attira l'attention des trois sur eux.

- Ne t'y mets pas Jack ! Le prévint Garry sur un rapide coup d'œi.

- Vous voulez jouer ? Lança agréablement Gretchen faisant fi de la remarque de son frère.

- Un coup de main pour ridiculiser Garry est toujours le bienvenue. Reprit narquoisement Porter en défiant le jumeau d'un coup d'œil.

- T'as besoin de renfort pour être sûr de pas perdre contre moi ? Finit par dire le garçon avec une arrogance qu'il appuya en haussant ses sourcils.

Jack et Clementine se regardèrent une seconde puis acquiescèrent simplement de la tête. Les autres s'écartèrent quelque peu pour laisser les deux cadets fermer le cercle qu'il venait de créer près du feu.

- Prêt à pleurer ?

- Tu peux toujours rêver, tu gagneras pas cette fois.

Elle n'aurait jamais imaginé qu'il puisse y avoir une telle complicité entre soldat et cadet.

- Ouais, si tu le dis... Elle crut que l'homme aux cheveux cendrés en avait terminé mais il réitéra avec un sourire tout à fait présomptueux. D'ailleurs, ça me fait penser que c'est à côté de ta sœur que j'irais rêver ce soir.

Garry devint rouge de colère sous l'impertinence étonnement amusante du jeune Porter. Ce dernier éluda le visage de l'autre et leur expliqua rapidement les règles qu'ils assimilèrent pleinement après les deux premières mains. Les piques ne cessaient de voler entre Porter et Garry. Certaines franchement mal placées, d'autre plus subtils. Et au milieu, Gretchen, suivit par Jack après un moment, riait franchement à leurs dépends en les titillant assez souvent sur la futilité de leur rivalité.

Clementine se surprit à sourire plus d'une fois. Elle laissa même échapper un petit rire avec les autres lorsque Porter avait dit à Garry :

« Je pourrais créer une baraque entière avec la déviation qui sort de ton pif maintenant. »

Depuis sa confrontation avec Gretchen, une bosse était apparue sur son nez et ne semblait plus vouloir disparaître.

[C2]

Clementine n'arrivait pas à croire qu'elle pouvait rire et afficher de si nombreux rictus face aux blagues de l'homme qui l'avait fouetté le premier jour sous le commandement de Dalton. Elle se rappelait le doute dans sa voix lorsque le capitaine lui avait tendu le fouet et dit de faire selon ses ordres. Elle préféra oublier ce douloureux souvenir, se remettre dans le jeu et dans ce moment plus qu'étrange qu'elle partageait avec les autres.

Après une bonne demi-heure d'une atmosphère à des lieues de ce que Wellington l'avait habitué, ils arrêtèrent la partie puis tempérèrent l'ambiance bonne enfant qui régnait dès que le capitaine et les deux soldats vinrent les rejoindre.

Néanmoins, le climat ne devint pas tendu. Aucun mal être ne persistait alors que Gutterman et Viktor entraient aisément dans les conversations et les taquineries lancées à Garry qu'il était facile d'irriter. Dalton mis la nourriture sur le feu, puis resta silencieux, le visage perdu dans un livre qu'il était parti chercher dans sa tente.

Par la suite, ils partagèrent leur repas avec une familiarité déconcertante. Clem réussit néanmoins à s'accommoder un peu plus de ces changements et profita de son dîner, échangeant quelques mots avec Garry et Jack. Gretchen était occupée dans une conversation de chuchotements inaudibles avec Porter. Le « Rabbin » conversait avec Viktor de sujet bien au delà de sa compréhension. Quant à Dalton, il resta pratiquement muet durant tous leurs échanges. Épiant chaque personne autour de lui, interrompant de temps à autres les discussions des deux mécanos pour donner son avis ou point de vue de façon concise.

Dès qu'elle sentait son attention s'arrêter longuement sur elle, elle évitait soigneusement tout contact visuel. Elle n'était pas habituée à lui dans ces conditions. Elle avait déjà un mal fou à cerner qui il était quand elle était au camp mais ici, il semblait plus différent encore. Plus à l'aise, moins ferme. Observateur. Silencieux. Dangereux.

Au milieu du repas, un grognement se fit entendre et Dalton se leva pour aller empaler sur la lame de son couteau le crâne du rôdeur qui s'était pris dans les barbelés.

Si ce n'était ce détail, elle put presque oublier pendant cette soirée ce qu'était réellement sa vie et leur monde. La convivialité dans les échanges du groupe lui plut plus qu'elle ne voulait bien l'admettre.

Les choses étaient tellement différentes. Comme un univers parallèle dans lequel elle devrait un jour sortir pour revenir dans son monde d'origine. Elle commença à se demander si c'était là l'une des raisons qui poussaient les cadets à rejoindre les soldats une fois leur dix-septième année atteint.

Elle se souvint alors d'une réplique que Dalton lui avait dit lors de la visite du camp, le lendemain de son arrivé à Wellington. Il avait mentionner le fait qu'il ne prenait dans leur rang que des gens, cadets majoritairement, sur qui ils étaient sûr de pouvoir se reposer. Elle se rappelait avoir rétorqué qu'il ne devait pas avoir beaucoup de candidature et à ça, il lui avait alors dit :

« Plus que tu ne le penses. »

Si les choses se passait ainsi au milieu des soldats lorsqu'ils partaient pour plusieurs jours, elle comprenait mieux pourquoi cela en attirait plus d'un. Ils étaient tous soudés et loyaux les uns envers les autres. Un peu comme elle avec Jack, Pablo, Jessy... et probablement le reste des cadets.

C'était un moment curieusement convivial et elle aurait aimé le ramener au camp avec elle.

Pourquoi la vie dans l'enceinte de Wellington ne pouvait-elle pas être toujours ainsi ?


Le lendemain, à dix heure du matin, leur première escale à pieds jusqu'au barrage se déroula sans imprévu. Ils rejoignirent la limite du côté Ouest du pont du barrage d'un peu moins de dix mètres de large qui liait ainsi les deux rives. Le temps étaient plutôt couverts mais quelques percés du soleil apparaissaient parfois entre les volutes grises du ciel.

Quand ils arrivèrent sur les lieux, elle fut étonnée par la taille de cette architecture plus imposante que ce qu'elle avait imaginé. Le canal de béton était entouré de barrière de métal, permettant ainsi une traversée en toute sécurité pour rejoindre l'autre rivage. Sur la droite de la construction, les courant de la rivière était plutôt calme. Le niveau de l'eau sur cette façade était pratiquement à leur hauteur. Et elle ignorait par quel procédé mais l'eau ressortait de l'autre côté s'évadant d'un large conduit qui la recrachait sur le second flan où le ciment s'incurvait légèrement. Cette source retombait en jet en contre bas, chutant d'une quinzaine de mètre avant de rejoindre sa course sur la continuité du cours d'eau.

L'écho de la force de la cascade fouettant l'étendu bleu n'était pas assourdissant. Tout de même, un vrombissement perpétuelle persistait dans l'air. Cela devait attirer quelques rôdeurs mais, aujourd'hui, aucun n'était venu se mêler à la fête.

Sur la pente où l'eau était rejetée, presque au milieu du pont, un petit jeu d'escalier en fer descendait jusqu'à une petite plate-forme où une porte avait était encastré dans le béton pour rejoindre l'intérieur du barrage.

Comme prévu, les cadets accompagnèrent le « Rabbin » et Viktor à l'intérieur des locaux, laissant Dalton sur place pour couvrir leurs arrières. La porte était fermée par un cadenas que Viktor brisa aisément avec une grosse pince coupante sortit de son sac.

Une fois à l'intérieur, ils tombèrent dans une pénombre totale et utilisèrent alors leurs lampes frontales. Chacun en avait reçut une pour se prémunir du moindre danger et d'être libre de tous mouvements. Ils descendirent d'un niveau jusqu'à tomber sur un long couloir qui comptait de nombreuses portes. Ils s'aventurèrent dans celui-ci sans faire d'arrêt jusqu'à ce que le son qui avait résonné dès leur entré dans les lieux deviennent particulièrement tonitruant. Ils débouchèrent finalement sur ce qui lui parut être certainement la salle la plus grande de cette construction. Ici, le bourdonnement était presque étourdissant. Tant qu'elle voulut à tout prix se couvrir les oreilles afin d'atténuer ce cycle infernal.

Mais ça n'aurait pas été prudent. Elle devait garder son esprit fixé sur la situation ainsi qu'une main proche de son arme à feu. C'était la première fois qu'il lui en donnait une depuis son arrivé. Chaque cadet s'en était vu offert, en plus de leur couteau de survie qu'il pouvait garder constamment sur eux durant ces trois jours. Elle dût admettre que cela témoignait d'une certaine confiance en eux de la part du capitaine qui avait ordonné qu'il porte un revolver et garde toujours leur lame avec eux. Ou alors, il savait simplement qu'ils n'oseraient rien tenter. Qu'il n'y avait rien à tenter à vrai dire.

Encore moins après la soirée d'hier. Clementine aurait eu beaucoup de mal à abattre des personnes avec qui, avec grand surprise, elle avait réussit à passer un moment agréable la veille au soir.

[C2]

Aussi, si elle avait eu de la rancœur pour Porter, celle-ci n'existait plus. Il n'avait fait qu'obéir aux ordres après tout. Tout comme elle le faisait.

Elle avait réussi à rire timidement plusieurs fois encore après la fin du repas. Ils s'étaient relancés dans une partie de carte mais avait favorisé un jeu en équipe. Même Dalton avait participé à trois mains tout en restant le plus souvent silencieux, sauf lorsqu'il était obligé de parler pour faire avancer le jeu.

Oui, il aurait été difficile de tuer Gutterman, Viktor ou Porter pour essayer de prendre la fuite. Elle n'était par ailleurs plus tout à fait sûre que fuir était ce qu'elle voulait dorénavant. Elle s'était faîte à cette vie. En dépit de tout ce qu'elle avait cru autrefois, c'était arrivé.

Elle en prenait plus conscience encore lors de telles opérations. Elle était là pour protéger des soldats et c'était ce qu'elle comptait faire. Les couvrir, eux, les jumeaux et Jack si la situation l'exigeait. Tuer tout étranger qui essayerait de les blesser.

Pour Dalton cependant ; elle n'était pas sûre. À vrai dire, s'il était en danger et qu'elle avait la possibilité de l'aider, elle le laisserait très certainement périr. Non... Elle était certaine de le laisser mourir.

Si elle haïssait autant Cadlwell que Dalton, elle n'avait néanmoins plus peur du commandant. Elle connaissait l'animal et savait à quoi elle pouvait s'attendre en allant contre ses décisions. Dalton, lui, l'effrayait constamment. Malgré tout, il la fascinait aussi bien trop souvent.

Son instinct de survie lui disait de rester éloignée. Sa curiosité, elle, voulait en apprendre plus sur le capitaine. Pourtant, elle était consciente que l'homme était sûrement une énigme qui ne devait jamais trouver de réponse.

Elle quitta alors ses songes lorsqu'elle perçut Gutterman se diriger à quelques mètres vers la façade du mur de droite. Il sembla ouvrir un panneau de commande et après quelques secondes et un déclic qu'elle perçut à peine à travers cette cacophonie, des lumières s'allumèrent aux quatre coins de la pièce.

Elle ne l'avait pas remarqué avant mais le plafond de ciment se trouvait à au moins cinq mètres au dessus de leurs têtes. Les seuls couleurs des lieux étaient sur les panneaux de commande jaune qui se trouvaient aux quatre coins de la pièce. Le reste était d'un gris salle et plutôt terne.

Une nacelle en fer au dessus du sol longeait l'intégralité de la salle sur le côté gauche. Elle permettait d'atteindre deux énormes turbines où l'eau était brassé grâce à un système mécanique qui tournait à une vitesse vertigineuse. Elle n'aurait même pas eu le temps de prendre conscience de sa mort si elle avait été jeté dans cette fosse qui n'aurait rien laissé de son corps.

De larges tuyaux reliés directement à ces turbines sortaient du sol devant eux pour rejoindre le fond de la pièce, vers ce que Gutterman définit comme un alternateur puis un transformateur électrique. C'était à partir de ce dernier qu'ils allaient récupérer l'énergie. La machine faisait au moins deux mètres de hauteur sur six mètres de large. Elle comptait de nombreuses commandes, boutons, compteurs ou prises dont elle ignoraient la fonction.

Les deux mécaniciens se mirent rapidement au travail, sortant un peu de matériel et leur calepin de notes sous la surveillance des cadets qui gardaient toujours un œil sur l'ouverture du couloir.

Les plus jeunes ne parlaient pas. De toute façon, avec le bruit infernal qui régnait, il aurait été difficile de réussir à tenir une conversation. Elle se demandait d'ailleurs comment les deux soldats pouvaient réfléchir dans de telles conditions.

Après un moment, la radio de Gutterman et Viktor grésilla sous le son de la voix de Dalton qu'elle entendit difficilement demander comme les choses avançaient. Il avait dît plus tôt qu'il prendrait contact toutes les demi-heures.

Les choses se déroulèrent simplement. C'était plutôt ennuyant à vrai dire. Et elle se surprit à avoir très envie de retourner à leur petit campement pour reprendre leurs parties de carte.

Quand les soldats eurent finit de prendre toute leur note et d'étudier l'engin après un peu plus d'une heure, le groupe se remit en route avec une certaine satisfaction. Dès qu'elle fut dehors et que le sons des turbines disparut enfin, elle souffla de soulagement. Il fallut alors attendre tous le trajets de retour à pieds pour que cet agaçant bourdonnement disparaisse.


Ce soir-là, Dalton avait décidé de laisser toute sa nuit au "Rabbin" qui devait, selon lui, être au mieux de sa forme pour demain. Et donc, au comble de son exaspération, Clem avait été assignée avec lui lors de son tour de garde. Il vint alors la réveiller calmement, infiltrant un courant d'air frais dans la tente lorsqu'il déplaça le tissu. Elle mit une bonne minute à sortir de sa léthargie avant d'enfiler son blouson et d'agripper son couteau. Juste avant de sortir, elle repéra le regard grand ouvert de Jack. Elle considéra ses prunelles fixées aux siennes. Elle ne pouvait certes pas définir tous ses traits dans la pénombre mais elle reconnut la mise en garde dans ses yeux.

- Fais attention. Il murmura avant de clore ses paupières.

Elle avait compris qu'il faisait référence à Dalton...

Elle quitta les lieux et s'avança dans l'air froid afin de rejoindre le capitaine assis près du feu. Il nettoyait un fusil, vivement concentré sur son travail. Tout en flânant jusqu'à sa position, elle passa devant la tente de Gretchen et Porter. entendant des voix et gémissements qui s'apparentaient presque autant à de la douleur qu'à un plaisir qu'elle ne comprenait pas.

Elle préféra vite s'éloigner de ce point et vint s'asseoir autour du feu, s'assurant de s'asseoir aussi loin que possible de Dalton. Elle crut le voir sourire mais ce fut si court qu'elle pensa qu'il s'agissait seulement d'un reflets des braises sur son visage.

Elle tendit alors ses mains vers la chaleur pour essayer de les réchauffer du froid qui faisait déjà souffrir ses articulations. L'autre semblait obnubilé par les gestes qu'ils répétaient inlassablement sur l'arme qui glissait entre ses doigts. Peut-être était-ce là sa façon de garder ses mains au chaud.

Dix minutes s'écoulèrent dans un silence parfait lorsque qu'une plainte plus prononcée, suivit d'une autre, et encore d'une autre... se répercutèrent jusqu'à leurs oreilles. Les bruits venaient de chez Porter et Grechen poussant Clementine à détourner le regard vers leur position. Elle ne savait trop quoi penser de ce qu'elle entendait et de la relation que les deux entretenaient réellement.

Quand elle pivota de nouveau son visage en direction du feu de camp, elle nota immédiatement l'intensité et l'intérêt inconfortable avec laquelle Dalton la scrutait. Elle sentait que le brun essayait encore d'entrer dans sa tête.

Elle tenta d'esquiver cette attention qui la troublait mais c'était trop tard déjà. Elle lui avait accordé trop d'intérêt pour l'empêcher de murmurer au milieu des grognements des voix de Garry et Porter ;

- Cela te rend curieuse ?

Elle resta stoïque, le guettant avec appréhension. Il réitéra face à son silence :

- Ou effrayée ? Mal à l'aise ? Dégoûtée peut-être ?

- Pas vraiment. Elle répondit mystérieusement comme il aimait le faire avec elle.

Malgré tout, cela ne l'arrêta pas pour autant.

- Pas vraiment à quoi ?

Fatiguée de tourner en rond, elle finit par admettre :

- Je ne pense pas que ce qu'il se passe entre eux doit me faire ressentir quoi que se soit.

Si les lèvres de Dalton ne sourirent pas, ses yeux le firent. Elle oubliait parfois à travers sa haine le charisme qui se cachait chez cet homme.

- Pas encore.

Elle comprit tout de suite qu'il se jouait d'elle lui offrant le même genre de réponse qu'elle lui avait donné quelques secondes plus tôt. Elle détestait quand c'était lui qui menait la danse. Et malheureusement pour Clementine, c'était pratiquement tout le temps le cas.

Elle fut rassurée quand après quelques secondes les gémissements des deux s'éteignirent laissant l'écho de la nature reprendre ses droits sur l'atmosphère. Elle vit alors la main du capitaine farfouiller dans la boîte à côté de lui pour en sortir un revolver. Elle se tendit instantanément mais retrouva son calme lorsqu'il dit :

- Tu sais comment nettoyer une arme ?

- Je peux apprendre. Elle répliqua simplement.

Il lui montra alors quoi faire avant de lui tendre l'arme et le matériel adéquate pour prendre soin du revolver. Quand elle eu l'objet entre les mains, elle ne put se retenir de demander ironiquement mais néanmoins curieuse de sa réponse :

- Tu n'as pas peur que je retourne l'arme contre toi ?

- Elle n'est pas chargée.

Elle ne put s'empêcher de noter qu'il évitait d'une certaine façon sa question. Elle l'observa quelque temps, peu habitué à partager de tels moments avec lui.

- Quoi ? Il finit par souffler posément sans jeter d'œillades dans sa direction.

- Pourquoi tu voulais que je sois de garde avec toi ?

- Parce que j'en avais envie.

Elle secoua la tête par frustration face à ses réponses pourtant simples mais qui lui paraissait bien trop souvent manquer de sens. Ou alors était-ce juste un moyen de plus pour lui de se jouer d'elle. Comment savoir avec lui...

Ils ne dirent plus mots après ça. Leur regards se croisaient parfois, restant alors plus longtemps accrochés que la fois précédente.

Elle avait l'impression qu'une conversation passait entre eux sans qu'elle n'en saisisse son sens véritable.


Les événements avancèrent comme une routine à laquelle elle s'adapta avec facilité tout en restant tout de même sur ses gardes. Elle n'oubliait pas ce que serait de nouveau ces journées lorsqu'ils repartiraient pour Wellington.

Ils étaient maintenant aux troisième jour de leur mission. Il était presque midi et ils partiraient dans très peu de temps régler la dernière étape de cette opération.

La veille, ils étaient retourné au barrage pour récupérer de l'énergie dans deux de leurs quatre générateurs. Ils avaient eu une frayeur lorsque Dalton les avait appelé par radio pour leur dire que deux hommes traversaient le barrage. Mais les étrangers avait continué leur route, repartant au Nord, à l'opposé de la position de leur campement provisoire. Quelques rôdeurs avaient croisés leurs chemins mais les créatures qui l'effrayaient tant auparavant n'avait plus l'impact qu'ils avaient eu sur elle autrefois. L'adolescente savait qu'elle ne devait jamais les sous-estimer mais elle ne s'en inquiétait plus de la même manière.

À part ça, rien n'était venu perturber leur mission et leur retour en tout sécurité au campement. Le reste de la journée s'était déroulé comme la veille jusqu'à atteindre la dernière ligne droite de ces trois jours assez inattendus.

Ils avaient déjà désinstallé les tentes, avaient rangé le matériel et avaient embarqué sur eux les armes, les deux derniers générateurs et outils nécessaire.

- Porter, tu déplaces le camion, tu remontes la route sur trois cent mètre et tu nous attends là, prêt à repartir dès qu'on arrive.

Sur ses mots, Dalton s'était alors retourné vers chacun d'eux et avait simplement déclaré :

- On y va !

Ils arrivèrent à destination après dix minutes de marches sous couvert des bois. Les cadets accompagnèrent Viktor et Gutterman à l'intérieur des locaux comme lors des deux jours précédent.

Dans la salle principale, les deux soldats accomplissait la même tâche qu'hier après-midi quand un grésillement retentit de la radio. Comme la veille, tout le monde se retourna d'une même œillade car l'appel du capitaine arrivait trop tôt.

- Rabbin, Viktor, j'ai deux civils dans un véhicule en arrêt sur la rive Est du barrage. Non, ils sont quatres. Deux autres viennent de descendre. Trois homme, une femme.

Ils s'étaient tous approchés de la radio de Gutterman, formant un cercle autour de l'engin qu'il tenait au milieu d'eux.

- Qu'est-ce qu'ils font ? Avait demandé ce dernier.

- Ils déchargent de la marchandise. Des outils aussi. Ils sont armés. Des fusils d'assaut. Trop loin pour voir les modèles.

- Est-ce qu'il viennent vers nous ?

- Affirmatif. Je vais les retenir, les empêcher d'atteindre les escaliers.

Les cadets s'épièrent les uns après les autres sachant qu'ils allaient dès à présent rentrer en conflit.

- Détruisez l'installation. Vous avez ce qu'il faut sur vous.

Voilà bien un plan dont ils n'avaient pas entendu parlé.

- Quoi ?! Jack était sous le choc

- Mais... Gretchen tenta quelque chose cela dit elle ne put aller plus loin.

- Cadets, Dalton avait de toute évidence reconnu leurs voix, c'est un ordre !

Sans savoir pourquoi, Clementine sous le choc de ce qui leur demandait de faire attrapa la radio des mains de Gutterman.

- Tu condamnes peut-être toute une communauté Dalton !

- Une communauté qui aura connaissance de notre présence et avec sous la main un système d'énergie qui pourrait nous causer des problèmes dans l'avenir. Cela les distraira suffisamment longtemps pour éviter qu'ils nous suivent.

- Attends, tu...

Elle réessaya mais fut vite interrompue par l'homme à l'autre bout de la radio.

- Ce sont mes ordres Clementine. Applique-les ! Sa voix était féroce, implacable.

Elle sentit que le reste des cadets n'étaient pas non plus ravi à la perspective de détruire les locaux. Les deux soldats eux ne montraient nulle émotion. C'était les ordres de leur capitaine, ils devaient les exécuter.

Après ça, la radio de Dalton resta allumée de sorte qu'il puisse rester en contact permanent avec eux. Cela leur permit alors d'entendre un premier coup de feu. S'en suivit un autre et un suivant qui n'avait pas été tiré par lui cette fois-ci.

-On s'y met ! Ordonna d'une voix forte le "Rabbin".

Promptement, lui et Vikor sortirent huit bâtons de dynamites ainsi qu'un rouleau de corde déjà raccroché à la tête de chaque explosif.

Le cœur de Clementine battait à tout rompre. Elle n'arrivait pas à croire qu'une minute plus tôt elle s'ennuyait ferme et qu'elle s'apprêtait maintenant à lutter pour sa survie en participant peut-être à l'anéantissement des espoirs d'un camp sûrement meilleur que Wellington.

- Gretchen et Garry, vous vous occupez de poser ceux là sur les deux turbines. Il leurs donnèrent deux bâtons chacun accomplissant la requête du Rabbin en faisant attention de ne pas emmêler les fils entre eux.

Les soldats chargèrent Jack et Clementine de couvrir le couloir au cas où les étrangers viendraient à passer malgré Dalton. Eux partirent installer deux bâtons de part et d'autre de l'alternateur ainsi que du transformateur.

Le regard fixé sur le long corridor, la jeune fille agrippait son arme, la prise fermement resserrée sur l'objet de métal. Ses sens étaient en éveil. Il lui arrivait parfois de jeter quelques coups d'œils emplis de tension avec Jack qui se tenait à ses côtés.

Finalement les jumeaux et les soldats les rejoignirent. Les tirs continuaient dans les radios de Gutterman et Viktor.

- Vous en êtes où ?! Vrombit la voix de Dalton. Ils ont repéré ma position. Je ne les retiendrait pas longtemps. Dépêchez-vous !

- Oui, capitaine.

Un long fil relié aux huit bâtons traversait la salle jusqu'à leur position à la limite du couloir. Il avait beau faire froid, Clementine était toute transpirante.

Avec gravité et prévoyance, Gutterman finit par dire en montrant le bout de corde qu'il tenait dans la main :

- Dès que j'aurai allumé la mèche, on aura soixante secondes pour dégager d'ici. Sûrement pas une de plus.

Garry tapa du pieds, Jack avala de travers, Gretchen soupira et Clementine garda les yeux grands ouverts. Ils étaient fixés sur la pointe qui dépassait des doigts du soldat qui sortit un briquet de sa poche.

Pendant un moment, elle crut presque pouvoir entendre les battements de cœur de chacun de ses camarades. Ce qui était ridicule étant donné le charivari produit par les turbines.

- On est prêt capitaine.

Ils ne devaient laisser personne derrière. S'ils avaient été lâches, ils auraient déjà laissé les soldats à leurs sorts. Mais leur mission étaient de les protéger et eux ainsi que les cadets allaient avoir besoin d'être couvert une fois qu'il se retrouverait sur le canal du barrage face aux ennemis. Surtout que l'enfer risquait de se déchaîner sur eux lorsque l'explosion retentirait. Une explosion aux conséquences encore inattendues.

- Faîtes-le maintenant ! Leur commanda le capitaine qui sembla tiré une fois de plus.

Gutterman inspira longuement puis finit par allumer la mèche.

Dans la seconde, le groupe partit en trombe, se hâtant de rejoindre le pont du barrage. Ils longèrent le couloir qui parut plus long à Clementine que les autres fois où ils l'avaient emprunté. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce morceau de mèche en train de se consumer et qui annihilerait les lieux.

Il montèrent finalement les escaliers pour rejoindre la porte de sortie. Ils escaladaient les marches deux à deux dans un rythme ajusté à celui des autres. Un rythme sur lequel il s'était entraîné au camp.

Elle prit conscience que Jack se trouvait derrière elle avec Viktor qui portait l'un des deux générateurs. Elle entendit la radio de ce dernier dire quand ils passèrent la porte :

- Je vous vois. Ils sont à cinquante mètre à droite du haut des marches. Utilisez la formation de couverture. Un pour deux.

Ce qui signifiait que Clementine devrait couvrir Jack et Viktor en haut des marche avant qu'ils ne soient suffisamment à couvert pour faire de même pour elle.

- Bien reçu. Acquiescèrent d'une même voix les deux soldats qui ouvrait et fermait la marche.

Ils étaient finalement dehors et gravir en toute hâte l'escalier accroché contre le ciment du barrage. Ils restèrent accroupis au maximum. Elle pouvait entendre les coups de feu couvrir le bruit de l'eau de la chute qui retombait du côté de la façade qu'ils grimpaient.

Combien de temps restait-il avant l'explosion ?

Mais elle n'avait pas le temps de s'en inquiéter que, comme ordonné par le capitaine, Gutterman se plaqua contre le rebord au bout des marches puis jeta un rapide coup d'œil pour repérer les cibles à l'Est de leur position. Dalton les attendait sous couverture des arbres à l'Ouest.

Le Rabbin ne perdit pas une seconde de plus. Il confia le générateur qu'il tenait à Garry puis se mit à tirer dans la direction de leurs adversaires permettant ainsi aux jumeaux de courir en direction du capitaine. Tel qu'il était prévu, Garry et Gretchen, une fois à l'abri, opérèrent la même action. Le rebord du ciment lui cachait la visibilité sur ceux qui par chance n'atteignirent pas ses compagnons.

Clementine se décida alors à émettre les même gestes que Gutterman pour protéger les deux hommes derrière elle déjà prêt à courir.

La jeune fille émit un mouvement mais fut alors seulement consciente de la violente détonation qui fit trembler la terre, l'air et chaque élément autour d'eux. Elle perdit son équilibre et tomba douloureusement sur le sol. Le haut de sa silhouette était maintenant à découvert sur le sol de la piste de béton où se trouvait les autres.

Aucun coup de feu ou coup de tonnerre ne pouvait ressembler à ce qu'elle venait d'entendre. Un sifflement affreux resta accroché à son oreille, le mur du barrage se fissura sur plusieurs parties.

Elle sentit un coup de feu raser sa tête. Elle pensa durant un bref instant que si elle avait été plus grande de quelques centimètres, la balle se serait logée dans son crâne. Mais les ennemis n'eurent pas le temps de la viser une seconde fois qu'elle était brutalement tirée par Jack qui agrippait ses jambes pour la ramener à l'abri vers les escaliers, cachée alors par le rebord du mur.

- Tu vas bien ? Il hurla en la regarda de la tête au pied, de toute évidence paniqué à l'idée qu'elle ait été blessée.

- Oui mais...

Soudain, son regard et celui des deux autres se retournèrent sous un grondement vivement inquiétant. Ils repèrent les craquelures se transformer en crevasse, s'élargissant de seconde en seconde, laissant fuir de l'eau en grosse quantité sur la façade du barrage. Ce dernier semblait gronder sa douleur. Prêt à déverser un torrent de larmes qui les engloutirait s'ils ne quittaient pas vite cet endroit.

Sur cette pensée, la brèche atteint les fondations de l'escalier sur lequel ils se trouvaient. Immédiatement, l'objet tangua et ils savaient tous trois qu'ils devaient courir sans couverture afin de se sortir de là.

- Prêt ?

Les cadets hochèrent la tête sous la question de Viktor.

- Maintenant !

Ils sortirent de leur cachette provisoire et très vite, les balles sifflèrent à leurs oreilles. Ils cavalèrent tous trois en zigzag, prenant plus de temps mais évitant d'être visés par leurs ennemis.

La jeune fille ne regarda jamais derrière elle, ni même devant. Son attention était fixé sur ses pieds. Elle était poussée par l'adrénaline de se mettre à couvert et de sauver sa vie. Elle avait à peine conscience des talons qui claquaient derrière eux indiquant que les autres les suivaient de près.

Le grondement provenant du barrage s'intensifia. Un vilain craquement fit littéralement osciller le sol sous ses pieds. Elle tentait de garder son calme mais ce n'était jamais facile dans de telles conditions.

Finalement, quand elle se força à relever les yeux, elle guetta chaque côté du canal remarquant des rôdeurs venus les rejoindre sur le flan Est et Ouest. Les deux groupes devaient affronter des adversaires en plus empêchant Dalton et les autres de les couvrir. Ils étaient trop occupés à gérer les rôdeurs qui sortaient des bois.

Clementine jeta alors un coup d'œil derrière elle et eut juste le temps de voir la silhouette d'un homme qui braquait Jack. Sans même y réfléchir, elle se jeta sur le côté et donna un coup d'épaule qui fit vaciller son ami qui prit la balle sur le flan au lieu de la recevoir au milieu du dos.

Il réussit à se maintenir debout et se remit à courir sous le soulagement de Clementine qui avait pris quelques mètres d'avances sur lui à présent.

Elle arrivait enfin vers les autres que Viktor venait d'atteindre donnant déjà un coup de main pour se débarrasser de la vingtaine de rôdeurs rameuter par le bruit qu'ils avaient causé.

Un bruit résonna derrière elle, comme si quelque chose tombait.

Elle virevolta par instinct pour voir que Jack était par terre, le dos collé au sol, à moitié dans les vapes sous le coup qu'il avait forcément dû recevoir sur le crâne en s'effondrant.

- Christa, tue cet enfoiré ! Cria l'homme qui avait tenté d'abattre Jack quelques secondes plus tôt

Elle n'avait pas bien entendu ? Si ?

Clementine repéra finalement la femme qui s'approchait de Jack. Elle ne regardait pas dans sa direction. Trop concentrée sur le corps de son ami qui capta brusquement les yeux de Clementine dans un signe de désespoir.

La jeune fille resta paralysée. C'était elle. C'était Christa. Elle la voyait mal sous ces couches de vêtements et cette écharpe mais l'image de cette femme resterait toujours fraîche dans son esprit. Son corps, ses mouvements, sa façon de courir, ses cheveux, le teint de sa peau qu'elle pouvait voir sur le haut de son visage.

- Qu'est-ce que tu fous ?! Tue-la !

Elle savait que les mots de Dalton lui étaient adressés. Même en prise avec les rôdeurs, il gardait un œil sur leur situation. Mais sa voix n'était qu'un murmure dans son esprit encore trop sous le choc.

- Protège ton ami ! Le capitaine réitéra avec une puissance impérieuse.

Le temps sembla se suspendre. Elle ne pouvait plus qu'entendre son cœur qui était sur le point d'exploser comme le barrage sous ses pieds. Elle avait fait tellement de mal déjà. Elle ne pouvait se résoudre à ôter la vie à quelqu'un d'autre. Encore moins à une ancienne amie. Mais il fallait qu'elle fasse quelque chose tout de même. Elle ne pouvait la regarder prendre Jack ou, pire, le tuer.

Elle l'aimait trop pour permettre ça.

Par instinct, elle accourut jusqu'à Christa qui pointait à présent son arme sur le front de Jack. Elle hésitait si bien qu'elle offrit tout le temps à Clem d'utiliser la vitesse dans ses jambes qui la rendait si fière par moment.

Elle n'était qu'à un mètre quand cette vieille connaissance nota l'ombre de son corps. Mais c'était déjà trop tard. Avant qu'elle ne lui fasse front pour comprendre qui elle était, son bras attrapa fermement son poignet qui tenait l'arme afin de lui faire une clef de bras solide qu'elle maintint dans son dos. Elle dégaina son couteau de son étui avec une habilité effrayante et plaqua la lame sur sa gorge.

Maintenant qu'elle avait grandi, le nez de Clementine arrivait à hauteur de sa nuque. Elle eut juste à se mettre sur la pointe des pieds, changer le timbre de sa voix par sécurité et prononcer à son oreille.

- Reste à terre le temps qu'on parte.

Elle ne put voir le visage de Christa. Elle ne put que deviner ses traits lorsqu'elle lui trancha sèchement la gorge devant ennemis et alliés. Wellington lui avait bien appris.

Le corps de la femme retomba lourdement au sol. Elle ne bougea pas. Et sans tergiverser, Clementine aida Jack à se relever afin de rejoindre leur groupe et de quitter cet endroit de malheur.

Dans sa course, elle se sentit obligé de jeter un coup d'œil en arrière, là où était encore couchée Christa. Elle fut rassurée quand elle aperçut un homme dans une colère noire hurler son nom avant de l'atteindre.

Les deux amis rejoignirent finalement les autres au moment où Dalton déclara :

- Allons-...

Mais le reste de cet ordre mourut sous le cri qui s'échappa des cordes vocales de Clem lorsqu'elle sentit une douleur fulgurante traverser la chair de son dos sur le sifflement d'une balle.

Elle s'effondra au sol, tomba dans les pommes à la seconde où sa tête percuta le sol.


Elle reprenait conscience par période au début.

Elle se sentit portée sur le dos de quelqu'un à travers les bois. Elle reconnut un morceau de route en regardant au dessus de l'épaule de l'homme qui la portait. Elle entendit un tumulte si assourdissant qu'elle comprit dans sa léthargie que le barrage avait dû céder. Elle ouvrit une fois de plus les yeux sous l'air frais du vent qui fouettait sa peau.

Mais ce fut une vilaine gifle sur son visage qui lui permit de se raccrocher à la réalité et à la douleur qui parcourait tout son dos.

- Reste réveillée ! C'était la voix du capitaine. Elle devina aisément qu'il l'avait giflé.

Elle ouvrit les yeux, sut qu'elle était dans le camion, au fond de la remorque, entourée de Jack, Dalton, Porter et Gutterman.

- Clem, accroche-toi ! C'était la voix de son ami cette fois. T'as sauvé mes fesses et t'as plutôt pas intérêt à claquer avant de m'offrir l'occasion de le faire pour toi. Alors tiens-le coup, ok ?!

Elle réussit à pouffer plus par nervosité que par réel amusement. Néanmoins, elle était touchée par la ferveur de Jack lui aussi blessé durant l'opération.

- Ne t'endors pas. Elle entendit le capitaine dire, assis à ses pieds. Tu n'as pas envie de tomber dans le coma.

Elle scruta tout autour d'elle remarquant alors l'absence de Garry et Gretchen.

- Où sont les jumeaux ?

- À l'avant, avec Viktor. Répondit laconiquement Dalton. Il fallait des gens suffisamment compétent pour panser correctement vos blessures jusqu'à ce qu'on arrive au camp.

Elle remarqua un liquide rouge à côté d'elle. Elle sentait que la flasque devait s'agrandir de minute en minute. Et plus de sang elle perdait, plus il devenait difficile de garder les yeux ouverts.

Elle les ferma une seconde d'entendre :

- C'est tout ce que t'as en toi ? Elle ouvrit ses paupière sur la confession du capitaine. Il avait les bras croisés sur son torse et semblait peu concerné par sa très probable mort.

- J'aimerais t'y voir... Elle s'irrita entre ses dents d'une voix faible.

- Je connais, merci. Il souffla avec un petit rictus puis enchaîna avec tant de vigueur qu'elle frémit sous le timbre de sa voix. Mais je pensais vraiment que toutes tes belles paroles sur le fait de vouloir protéger tes amis étaient vrai. Je croyais que tu tenais suffisamment à eux pour tenir plus longtemps la distance. D'ailleurs, imagine ce que sera AJ quand tu mourras.

Elle voulut le frapper fort pour oser mentionner l'enfant.

- Quoique... vu que tu ne le vois plus depuis un moment maintenant, que tu vives ou meurs ne changera pas vraiment les choses. Pourtant, le petit aurait bien besoin de quelqu'un en ce moment. Il développe déjà des signes inquiétant selon ton dictionnaire du comportement. Imagine – sa voix devint plus ténébreuse et l'éclat mauvais dans ses prunelles captura son regard – ce gamin qui ne ressentira jamais rien dans la vie. Il sera vide. Un pantin bien docile entre nos mains...

Si elle n'avait pas été si faible, elle se serait jetée sur lui pour l'étrangler et l'obliger à se taire. Au lieu de ça, elle fut forcée d'écouter son discours qui perdura si longtemps qu'elle fut choquée lorsqu'elle comprit qu'ils arrivaient devant les portes du camp et qu'elle avait réussi à rester éveillée le reste du trajet.

Elle fut conduite rapidement en zone de soin, emmenée immédiatement dans ce qui faisait office de salle d'opération. Julian, le médecin du camp, sortit tout un tas de matériel et finit par lui injecter une seringue dans le bras.

Très vite, la tête lui tourna, des tâches blanches parsemèrent sa vision. Son cœur battait lentement. Si lentement qu'elle crut qu'il cesserait tout mouvement. Pendant une seconde, elle le souhaita.

Elle voulait se fondre dans le décor qu'elle ne voyait plus, jusqu'à disparaître et appartenir pour toujours à ce camp maudit.

Dans les limbes de son esprit, elle crut percevoir la voix de Lee. Celle de Luke aussi, de Louie et de tant d'autres qu'elle connaissait par le passé. La voix de ceux qui avait trépassé. Qui avaient quitté cette « vie ».

Elle croyait qu'ils l'attiraient vers elle. Vers la mort. Mais leurs murmures inaudibles devinrent clair. Ils lui disaient tous de repartir. De retourner se battre pour sa vie. Et c'était bien le timbre de Lee qui flottait au dessus des autres.

Quand la pellicule blanche disparut pleinement, elle se surpris à cligner des yeux pour les ajuster à la pénombre de la pièce, éclairée par une lampe au dessus de la porte et d'une bougie à côté de son lit. Elle repéra le son particulier d'une machine qui vérifiait les battements de son cœur.

Clem était dans la salle de repos, couchée sur le dos. L'opération était donc terminée. Depuis combien de temps ?

Elle remarqua finalement une ombre en plus de la sienne qui dansait sur le mur au dessus de sa tête. C'était la silhouette d'un homme. Quand elle jeta un coup d'œil, elle vit le visage de Jack qui regardait droit devant lui et ne paraissait pas avoir noté qu'elle avait ouvert les yeux. Il était assis sur le lit à droite du sien, le dos appuyé contre le mur, les jambes allongés et croisés sur le matelas. Elle put entrevoir une compresse plutôt large sous le tissu de son tee-shirt. Ils avaient l'air soucieux, épuisé et atrocement abattu.

- Hey... La voix de Clementine était sèche et rauque. Elle eut du mal à la reconnaître.

Quand Jack vira ses yeux sur elle, une certaine douceur vient s'ajouter au visage dévasté de son ami. Il s'assit alors sur le rebord du lit, les pieds posés au sol avant de se lever pour venir s'asseoir à côté d'elle. Il déplaça délicatement une mèche qui lui barrait la joue. Il prononça alors d'un ton envahie par le trouble et l'accablement :

- Comment tu te sens ?

- J'ai d'avoir été piétiné par une horde enragée... J'ai tellement de courbatures que je ne pense même pas avoir la force de boire.

Sa réplique ne réussit même pas à lui arracher un infime sourire. Dans ses yeux régnaient la tempête d'un chagrin qu'elle n'arrivait pas à saisir.

- Qu'est-ce qu'il y a Jack ?

- Écoute, ça peut attendre... Remet-toi et...

- Jack, s'il te plaît ? Elle l'implora. Elle sentait qu'elle devait savoir.

Il soupira, consterné, et finit par avouer ce qui le tourmentait.

- C'est Pablo et Jessy.

- Le bébé ? Elle l'interrogea vivement inquiète qu'elle ait accouché pendant leur excursion et qu'in incident soit survenu.

- Oui... Sa voix devint presque fantomatique, inerte. Jessy a accouché pendant qu'on était absent.

Les prochains mots eurent bien du mal à sortir de la bouche de Clementine :

- Le bébé est mort, c'est ça ?

- Oui. Il admit de but en blanc.

Elle encaissa la nouvelle avec beaucoup de retenue, tempérant l'horreur qui rugissait en elle. Elle aurait voulu qu'il s'arrête de parler maintenant. Malheureusement, elle comprit dans son regard que son histoire n'était pas finie.

- Mais c'est un peu plus compliqué que ça. Il baissa les yeux. Elle vit une larme rouler sur sa joue qu'il effaça aussi vite avant de l'observer à travers l'humidité de ses orbes. C'est... C'est Pablo qui a tué leur fille.

Clementine se sentit brusquement aussi comprimée que si elle avait été enfermée dans une cages deux fois trop petite pour elle. Étouffée comme si quelqu'un s'était assis sur sa cage thoracique pour l'empêcher de respirer convenablement. Elle réfutait l'idée. Elle n'y croyait pas. Il n'avait pas pu faire ça. Pas lui.

- Qu'est-ce tu racontes ? Elle dit en réfutant de toute ses forces l'idée même si elle savait pertinemment que Jack plaisanterait pas sur un tel sujet. C'est impossible. Il... Pablo n'aurait jamais fait ça.

- Il l'a fait pourtant !

Sa voix devint soudain sombre et pleine de colère. Pas contre elle, non. Contre Pablo. Et contre lui aussi, elle croyait.

Et si elle se montrait honnête envers elle-même, Clementine admettrait ressentir une rage similaire. Seulement, contrairement à Jack, elle pouvait comprendre ce qui avait poussé Pablo à faire ce choix même si elle ne l'acceptait pas.

Car, c'était bien là les songes et réflexions qui la rongeaient depuis des mois. Celles qui l'empêchaient de retourner auprès d'AJ.

Il lui était arrivé de rêver de le tuer et de se libérer enfin de la pression qu'exerçait ce petit bonhomme sur sa vie. De s'affranchir de son existence. Mais maintenant qu'elle faisait face à l'idée qu'un ami à elle soit passé à l'acte, elle sut que jamais plus ces maux d'esprit ne viendraient la hanter.

Toute sa vie, Pablo devrait vivre avec cette infamie. Il se blâmerait toujours pour cet acte là. Ne s'en remettrait jamais vraiment.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant qu'on était pas là ?

Elle voulait des détails. Elle avait besoin de la vérité sur ce qui avait conduit à tant d'ennui.

Vérités que Jack consentit à lui donner avec grande peine. Il lui dit que le lendemain de l'accouchement, Pablo avait assommé le médecin et prit le bébé pendant que Jessy dormait. Il était monté dans l'un des cachots et l'avait tué là-bas. D'après ce que Jack avait entendu, le couple auraient organisé ça depuis des mois mais Jessy se serait rétracter lorsque sa fille est née. Pablo non, de tout évidence. Ce dernier avait d'ailleurs été laissé dans la cellule où ils avait commis son crime. Et lui et Jessy n'avait pas prononcé un mot depuis l'incident.

Sous le long et dur récit de Jack, le mal-être de Clementine atteint des proportions inimaginable. Et elle se dit alors que si c'était si dur pour elle, qu'est-ce que cela allait être pour Pablo et Jessy ?

« Aucun parent ne devrait avoir à faire ça »

L'écho de la voix de Lee la remua plus encore. Elle se rappelait du train. Elle revit le corps faible de Duck proche de son dernier souffle. Les visages de Kenny et Katjaa face à l'impensable, l'innommable. Le souvenir était toujours net après tant d'années. Et c'était bien la seule phrase de ce funeste moment dont elle se souvenait parfaitement.

Elle comprit alors à se souvenir qu'en perdant leur fille, Pablo et Jessy disaient adieux à ce qu'avait été leur vie et cette idée la meurtrissait. Elle aurait préféré les coups de fouets que les lacérations invisible qui tourmentèrent son esprit et son cœur. Dans cette tragédie, d'une certaine façon, elle perdait deux amis.

Pour la première fois, elle put mieux comprendre la détresse de Kenny après la mort de Duck. Pablo lui ouvrait les yeux mais elle aurait aimé rester aveugle.

- On aurait mieux fait de rester ici.

C'était là la seule conclusion qu'elle donnerait sur ce sujet.

- Parfois on ne peut ni améliorer les choses, ni les empirer. Parfois rien dans nos choix ne fait de réel différence. Si ce n'est peut-être sur l'impact qu'ils imposent à nos vie.

Ils se turent un long moment après ça. Chacun perdu dans ses propres pensées. Le silence était si pesant qu'elle sursauta légèrement lorsque Jack l'interpella :

- Clem ? Je voulais te demander...

- Hmm... Elle le guetta sentant un tiraillement en lui à l'idée de prononcer ses prochains mots.

- Au barrage... La femme qui a failli me tuer, Christa... Tu la connaissais, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu ne l'as pas tué ?

Elle écarquilla les yeux. Sa bouche s'ouvrit légèrement. Elle avala de travers sachant que sa réaction la trahissait déjà.

- Je t'ai vu lui murmurer quelque chose à l'oreille. T'oublies en plus qu'on a suivi les même entraînements. Aucune chance que la profondeur de la plaie que tu lui a laissé puisse la tuer.

Elle ignorait si Christa avait su qui elle était. Elle ne pensait pas. Elle n'avait jamais eu l'occasion de la voir arriver. Ni même relever la tête après l'avoir égorger et laissé pour « morte » sur place.

Elle espérait que ses camarades l'avaient sortis de ce guêpier. Mais elle savait qu'ils avaient été témoin de son crime et qu'ils accouraient déjà vers elle quand les cadets et soldats s'enfuyaient à travers les bois pour rejoindre le camion.

- C'est vrai. Je l'ai connu. Mais c'était autrefois. Elle m'a protégé pendant longtemps, je ne pouvais pas la tuer.

- Je comprends. Et t'inquiète pas, personne n'entendra parler de ça.

Elle réussit à lui sourire avec gentillesse même si elle retrouva bien vite son amertume en même temps que celle de son ami.

- Bien. Parce que je n'ai pas besoin du commandant ou du capitaine sur mon dos maintenant que je compte renouer un contact avec AJ.

- Dalton t'a vraiment pas lâcher dans le camion, hein ? Je lui en serai presque reconnaissant puisque qu'il t'a maintenu réveiller. Presque...

- Oui, j'imagine que son truc a marché. Elle souffla en complétant. Même si tout ce qu'il disait n'était que la pure vérité.

Elle rumina les affreuses paroles du capitaine avant de les repousser loin dans sa tête pour avouer sincèrement :

- Mais c'est pas à cause de tout ce qu'il a dit que je veux le revoir. Après ce qu'il vient d'arriver à Pablo et Jessy, je sens qu'il est temps. Je ne peux plus laisser mes peurs m'empêcher de l'approcher.

Elle se demanda alors quel était le prénom de la fille de Pablo et Jessy. En avait-elle un au moins ? Toutefois, elle n'avait pas la force d'interroger Jack. Ou pas envie plutôt. Tout ce qui l'intéressait pour le moment était de se reposer et de songer à l'idée de retrouver sa place dans la vie d'AJ.


J'espère que cela vous a plu.

Je vous retrouve dans quelques temps pour le chapitre cinq !