Aie aie aie je saaaiiiis ! Je suis désolée de mon retard, vous n'imaginez pas à quel point... J'ai eu énormément de difficultés à écrire ce chapitre, sans compter que j'avais un peu la flemme malgré ma passion pour cette histoire... Me pardonnerez-vous ?

En tout cas vous voyez, je vous avais promis que je n'abandonnerais pas, et je ne l'ai pas fait.

Bonne lecture... J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop.

P.S. : Ce n'est pas le dernier chapitre, il en faudra encore un au minimum après... Espérons qu'il arrive plus tôt que celui-ci...

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Si Dean était habitué à une chose, c'était bien la dissimulation. Dissimuler les derniers mots de son père, dissimuler qu'il avait vendu son âme, dissimuler son mal-être, dissimuler, dissimuler, dissimuler.

Mais ça, c'était quand même beaucoup. Les rêves où Castiel apparaissait étaient devenus de plus en plus fréquents, jusqu'au stade où il ne passait quasiment plus une nuit sans le voir au moins une fois.

Il savais ce qui était en train de se passer, évidemment. Et le cacher était difficile, mais quel autre choix avait-il ? L'expliquer à Castiel ? Impensable, il ne comprendrait pas. En parler avec Sam ? Ce serait ridicule, à la limite de l'humiliant.

Alors il continuait à supporter ses rêves, certains dans cette chambre de motel anonymes, d'autres en plein air, ou sur le terrain de telle ou telle enquête, sous le pluie, dans le noir, en plein soleil, sur une autre planète. Mais il y avait toujours Castiel. Parfois il ne faisait que lui parler, d'autres fois il se jetait sur lui, ou alors il ne le voyait pas, ou bien Dean était obligé de se détourner pour s'empêcher de le sauver d'un quelconque danger fictif. Sa capacité à vivre ses rêves tournait à la torture. Il était piégé.

Cette nuit, la chambre de motel revint le visiter. Devant lui il y avait l'image de Castiel, et juste à côté sa propre représentation. Et puis doucement, ils s'étaient mis à reproduire les événements du premier soir où cette chambre était apparue. Et Dean se sentait comme un voyeur, mais il n'arrivait pas à changer la scène alors il baissa les yeux, et s'assit sur le fauteuil abîmé. Il entendit les deux protagonistes tomber lourdement sur le lit, et le bruit de leurs baisers et leur gémissements continua de résonner dans la pièce.

Il releva les yeux un court instant. Castiel se trouvait sous sa propre silhouette, soupirant de plaisir. Et sa propre image, les joues rougies, descendait lentement le long de son corps, baladant ses mains sur celui-ci.

Dean se leva, et passa de l'autre côté du lit en enjambant les habits sur le sol, la tête penchée. Castiel se cambra sous une nouvelle caresse, ouvrant la bouche dans un hoquet silencieux. Dean eut un sourire attendri. Il était vraiment beau.

Soudain, une main se posa sur son épaule. Dean se retourna, sur la défensive, pour tomber nez-à-nez avec Castiel. Le vrai. Et pas la reproduction de son souvenir de la première nuit. Dean se recula vivement, constatant du coin de l'oeil qu'il avait par reflexe figé la scène qui se déroulait dans le lit.

- Je peux partir si tu veux, dit Castiel précipitamment. Je n'attends qu'un mot de ta part pour partir.

Dean secoua la tête, vidé de son énergie. Il fit un pas en arrière, et s'effondra à nouveau dans le fauteuil.

- Pourquoi tu es là ? demanda-t-il sans le regarder, la tête basse.

- Je ressens ce que tu ressens dans tes rêves, répondit-il. Très fort. J'ai senti ton désarroi. Tu as besoin d'aide.

- Je ne crois pas que tu puisses m'aider ce coup-ci, Cas, fit Dean en relevant la tête avec une expression amère sur le visage.

Il fronça les sourcils. Sur le mur près de l'entrée, légèrement dissimulé par Castiel, un grand miroir de hauteur d'homme venait d'apparaitre. Avant qu'il n'ai pu l'arrêter, Castiel suivait son regard et se tournait de trois-quart vers le miroir.

Presque dos à Dean, il resta planté là quelques secondes. Le chasseur ne pouvait pas voir son expression, mais il savait que c'était trop tard.

Puis Castiel tourna à nouveau sur lui-même, l'ait troublé. Son regard passa sur les habits qui jonchaient le sol, pour revenir au miroir. Il recommença ce manège plusieurs fois, puis se tourna vers le lit. Dean suivit son regard.

Il y avait toujours l'image de Castiel, torse nu, les joues rosies et le dos cambré, qui se tenait sous celle de Dean. La bouche de Castiel était figée entrouverte, gémissant en silence à cause des mains et des lèvres de Dean.

Castiel quitta la scène des yeux, pour les reporter sur Dean. Celui-ci courba la nuque, qu'il prit sous ses mains croisées. Il ne voulait pas avoir à affronter le regard de Castiel, maintenant qu'il avait compris.

- C'est moi, finit par dire Castiel.

Il n'y avait pas la moindre surprise ni la moindre moquerie dans ses mots, c'était une simple constatation. Dean ne bougea pas.

- L'autre soir aussi. Quand je suis venu.

La tête toujours baissé, Dean serra très fort les mâchoires et hocha imperceptiblement la tête. Il ne comprenait pas l'absence d'étonnement ou de raillerie dans sa voix.

- Oui, dit-il d'une voix faible en relevant la tête.

Il porta son regard sur les silhouettes sur le lit, incapable de regarder Castiel dans les yeux.

- C'est toi, répéta-t-il.

- Je... Je ne comprends pas, dit l'Ange. Qu'est-ce que je fais ici ?

- Moi non plus, enchérit Dean en passant sa paume sur ses yeux.

Puis il marqua une pause et expira longuement, d'un air las, avant de relever les yeux vers Castiel :

- Je suis... désolée.

Castiel releva la tête avec incompréhension :

- De quoi t'excuses-tu, Dean ?

Le chasseur fit un vague geste de la main, englobant évasivement la pièce.

- De ça. Je ne devrais pas te laisser entrer dans mes rêves. Pas de cette façon.

L'Ange prit un instant de réflexion, les sourcils froncés, avant de faire un pas vers Dean, qui regardait de nouveau la moquette brunâtre.

- Ce genre de rêve a un sens non, chez les humains ? finit-il par demander, intrigué.

- Ils signifient... commença Dean en hésitant, avant de se dire qu'il n'avait plus rien à perdre de toute façon. Ils signifient en général qu'on désire cette personne. Inconsciemment, la plupart du temps.

Castiel pencha légèrement la tête sur le côté en plissant doucement les yeux, comme il en avait pris l'habitude depuis qu'il avait ce vaisseau.

- Est-ce que tu me désires, Dean ?

L'intéressé releva vivement la tête, remarquant du même coup la proximité inattendue de Castiel. Celui-ci le fixait avec calme, attendant apparemment tranquillement la réponse à sa question.

Dean fit glisser sa main de sa nuque jusqu'à son menton, qui était mal rasé jusque dans ses rêves. Ce qui était en train de se passer était surréel. Il avait tout fait pour éviter cette conversation jusqu'à maintenant, et en ce moment il n'arrivait plus à se souvenir pourquoi il l'avait fait.

- Je suppose, dit-il enfin.

Son cœur fit un bond à ses propres mots. Castiel redressa la tête, impassible, pour suivre Dean qui se levait pour lui faire face.

L'Ange se sentait mal à l'aise. Qu'était-il censé faire maintenant ?

- Je sais, dit Dean, et Castiel sentit le souffle de ses mots sur sa peau, que c'est inutile. Absurde. Je veux dire, mec, tu es un putain d'Ange du Seigneur ! Et je ne veux pas –

Il s'interrompit, et frotta durement ses yeux d'une main lasse.

- Ce n'est pas grave, reprit-il d'une voix un peu tremblante. On dit qu'on est bons, et on en parle plus okay ? Tu-tu n'as qu'à quitter ma tête maintenant et demain tout ça n'existera plus, pour aucun de nous deux, et tu pourras– Je-je ne sais pas, je veux juste que ce soit finit.

Il se détourna de Castiel pour lui tourner le dos, et passa une fois de plus sa main sur son visage. Il leva les yeux vers le plafond, ravalant les inutiles larmes de honte et d'émotion qui voulaient sortir. Puis il prit une grande inspiration, et se retourna. Castiel était toujours là. Ses épaules s'affaissèrent de dépit.

- Dean...

L'ange fit un pas dans sa direction. Il releva le menton, cherchant ses mots, puis il avala sa salive. Dean se rendit compte que ce n'était qu'un vaisseau, et qu'il n'avait techniquement pas besoin d'avaler sa salive, pas plus qu'il n'avait besoin de respirer un peu plus vite comme il le faisait à présent.

- C'est bon, confirma-t-il après un instant. C'est bon, Dean.

Mais son regard n'approuvait pas les paroles de Dean, il approuvait ses yeux un peu embués et se lèvres qui tremblaient imperceptiblement, ses mains qu'il n'arrivait pas à maintenir immobile et son cœur qui fit un bond. Dean avait compris ce que Castiel approuvait. Il cligna des yeux, surpris, et releva le menton, se mettant presque au garde à vous.

- C'est bon ? interrogea-t-il stupidement.

Castiel ne répondit pas, il se contenta de cligner des yeux et ses prunelles claires parlèrent pour lui. Dean prit une inspiration hachée, désarçonné par la tournure des événements. Puis il expira lentement, et l'émotion le submergea.

Il leva une main incertaine vers le visage de l'Ange, s'attendant à tout moment à être informé qu'il avait mal interprété ses paroles. Mais il ne l'arrêta pas, et la main du chasseur se posa sur sa nuque, qui frissonna. Il la fit lentement passer sur le duvet de sa nuque, comme pour s'assurer que c'était véritablement Castiel, cette fois-ci, qui le laissait faire ce geste.

L'expression de l'Ange s'adoucit imperceptiblement, se relâchant sous la caresse de Dean. Il ne détachait pas ses yeux des siens de peur que rompre le contact visuel ne passe pour un recul de sa part. Il savait combien ça avait coûté à son protégé de lui avouer tout ce qu'il venait de lui dire, et il ne voulait surtout pas risquer de lui donner des doutes en détachant ses yeux.

Alors il se plongea dans ses prunelles vertes. Castiel savait combien c'était cliché, et il avait déjà croisé nombre de créatures avec des yeux nettement plus incroyables, mais il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un certain émoi en regardant ces yeux-ci. Dans sa nuque, la main large et calleuse de Dean continuait de le caresser doucement, et Castiel avait envie de fermer les paupières à ce contact.

Dean n'avait pas été aussi ému depuis longtemps. Il se sentait l'émoi de ses premiers amours, moins la confiance qu'il avait alors. Et comme il avait peur que tout cela lui échappe, ses yeux glissèrent sur les lèvres de Castiel. C'était un geste qu'il faisait habituellement pour prévenir et pour séduire ses partenaires, mais aujourd'hui il ne pouvait juste pas s'en empêcher.

Il se pencha doucement vers Castiel, prêt à recevoir un mouvement de refus à tout moment. Il inclina la tête, presque collé à son visage, puis posa ses lèvres sur celles de Castiel.

C'étaient des lèvres chaudes, douces, timides, beaucoup plus que tout ce que Dean avait rêvé. Et elles restaient presque immobiles, comme paralysées. Sans bouger, sans cesser les mouvements de sa main, Dean chercha son regard. Castiel le fixa un instant avec gravité, puis cligna une fois des yeux avant de les fermer. Dean l'imita, et commença doucement à le guider. Castiel le suivait, hésitant, aussi étonné que lui l'était.

C'était un baiser un peu maladroit, sans technique, sans expérience, sans préjugé. Dean avait peur de mettre Castiel mal à l'aise, alors il rompit rapidement le baiser sans trop s'écarter de lui, la main toujours au creux de sa nuque. Les joues de Castiel étaient rouges, autant de désir que de honte. Dean eut un minuscule sourire de bonheur. Castiel évita son regard, regardant vers le sol. Le chasseur, prit par le désarrois, détacha sa main de sa nuque pour lui laisser de l'espace.

- Ça ne va pas ? demanda-t-il précipitamment, de peur d'avoir mal agi.

L'Ange releva la tête, une expression un peu perdue sur le visage. Ses yeux passèrent à toute allure sur ceux de Dean, sur ses cheveux, son nez, ses joues, ses lèvres.

Puis il refit un pas en avant, et revint écraser ses lèvres contre celles de Dean. Surpris, il fit même un pas en arrière et se rattrapa comme il pouvait sur l'accoudoir du fauteuil derrière lui. Castiel était beaucoup plus entreprenant qu'une seconde auparavant, avide de ses lèvres, de sa peau, de son odeur. C'était surprenant, et terriblement attirant. Dean le suivit, lâchant un sourd gémissement obscène qu'il ne pût retenir. Il reposa sa main droite sur sa nuque, la gauche dans le creux de son dos, sur le tissu lisse de son trench coat, et l'attira vers lui tandis qu'il l'embrassait encore en encore.

Soudainement, Castiel se recula à nouveau. Dean resta ici, les deux mains à mi-hauteur devant son corps, la respiration sifflante et les lèvres gonflées. Castiel, en face de lui, offrait à peu près le même spectacle. Il cligna des yeux plusieurs fois de suite, puis dit rapidement :

- Je dois y aller.

Un instant plus tard, il disparut dans un bruissement d'ailes, laissant Dean en plein milieu de la pièce imaginaire.

Celui-ci finit de reprendre son souffle, remettant par la même occasion ses idées en place. Puis un rire nerveux le prit, se transformant en un rire franc qu'il n'avait pas eu depuis longtemps. Il tenta vainement de se recoiffer d'une main, puis fit un tour sur lui-même, toujours en train de rire doucement comme un dingue que personne ne comprendrait. Il ferma les yeux, puis les rouvrît avec un grand sourire.

Castiel voulait bien de lui. Castiel voulait bien de lui. Malgré l'absurdité, malgré les erreurs, malgré la gravité de tout ce qui se passait. Castiel voulait bien de lui.

Et DAMN, ses lèvres avaient bon goût.

Autour de lui, le décor se modifia pour devenir la grange couverte de pièges en tout genre où ils s'étaient rencontrés pour la première fois. Dans un coin, il y avait un matelas. Dean s'y rendit, son gloussement transformé en un sourire dont il ne pouvait se débarrasser, puis s'y allongea.

Au-dessus de lui, des symboles à la craie luisaient doucement. Et puis, au beau milieu de son rêve, là où il ne peut d'habitude pas trouver le sommeil profond, loin des voyages oniriques et des ennuis, il s'endormit. Pour la première fois depuis des années, il trouva un véritable sommeil réparateur au creux de ses nuits.