Shingeki no Kyojin appartient à Hajime Isayama

Chapitre 2 : Can we start again ?

Lentement, les rayons pâles de l'aube avaient fini par dissiper la chape de brouillard argentée qui s'étaient déposée pendant la nuit.

Christa bailla à s'en décrocher la mâchoire, ses paupières étaient lourdes et ses jambes ankylosées, chaque pas était une bataille contre l'appel de Morphée.

Une odeur putride la saisit à la gorge, lui fit venir les larmes aux yeux et lui donna un haut-le-cœur. Des immondices jonchaient le sol et une eau sale débordait du caniveau, elle regarda avec dégoût sa chaussure droite atterrir dans une flaque visqueuse.

Les murs étaient lézardés et les fenêtres brisées. Son pied se dégagea dans un bruit de succion.

Un homme dormait là, étendu sur les pavés, les cheveux emmêlés et gras, les vêtements rapiécés et tachés, la figure recouverte par une feuille de chou datant de plusieurs jours et une bouteille de gin à moitié vide à la main.

La ville où elle avait décidé de faire escale était d'avantage connue pour ses faits divers que pour son cadre touristique, mais au moins elle n'était pas seule, elle avait la chance d'avoir quelqu'un qui avançait à ses cotés.

La plupart des blessures de Ymir avaient déjà cicatrisées et son visage avait repris quelques couleurs, mais avec ses habits déchirés et recouverts de sang séché, elle risquait d'attirer l'attention, même dans un endroit pareil.

Toutefois, Christ avait l'esprit trop embrumé pour parvenir à trouver une solution convenable.

-On s'arrête !

La voix de Ymir résonna dans la ruelle, la plus jeune se figea instantanément.

-Je peux encore continuer, protesta-t-elle avec moins de conviction qu'elle ne l'aurait voulu.

-Tu plaisantes ? Tu tiens à peine debout, tu es sur le point de t'écrouler de fatigue ! Tu as besoin de faire une pause, et pour ma part, j'ai besoin d'explication. Tu avais dit que tu m'expliquerais la situation si j'acceptais de te suivre, tu t'en souviens n'est-ce pas...Après tout, c'est moi qui souffre d'amnésie, pas toi...Et je n'ai pas l'intention de te suivre encore longtemps si tu refuses de me dire ce qui se passe.

-Mais...Si quelqu'un te voit dans cet état, il va se poser des questions et...

-C'est bon ! Laisses-moi faire, j'inventerais une histoire.

Un sourire triste se dessina sur le visage de Christa, en effet, Ymir était plutôt habile en mensonge, elle en avait elle-même était victime récemment. La petite blonde hocha la tête.

La bouche de Ymir s'étira en un grand sourire qui dévoila ses dents.

-Je savais qu'on finirait par s'entendre toutes les deux ! Allons discuter de tout ça autour d'une assiette et d'une tasse de café...Et pas d'inquiétudes si tu n'as pas de quoi payer, je m'en occupe également.

Les deux partirent à la recherche d'un établissement ouvert malgré l'heure matinale, avec un peu de chance, elle pouvaient trouver une gargote bas de gamme et y obtenir un repas rance et insipide qui aurait au moins le mérite de leur remplir l'estomac.

Marchant à grands pas, elles remontèrent les ruelles sombres, évitant au maximum les artères principales. Les rues vides et silencieuses avaient quelques choses d'oppressant.

Le regard de Ymir fut attiré par une lumière jaune qui éclairait l'intérieur d'une auberge, une délicieuse odeur de café flottait dans l'air. L'odeur de nourriture qui émanait de la taverne leur mit l'eau à la bouche et Christa se rappela qu'elle n'avait presque rien avalé depuis ce jour où des titans étaient mystérieusement apparus à l'intérieur du mur Rosa.

Néanmoins, elle était tout de même réticente à l'idée d'y mettre les pieds, et si la nouvelle de leur évasion était déjà arrivé jusqu'ici, et si des affiches promettant une récompense en échange de leur capture étaient placardées à l'intérieur, et si...

Ymir venait de franchir le seuil de la porte.

Un tintement de cloche annonça son entrée, tous les regards se braquèrent dans sa direction. Christa savait que son amie pouvait être impressionnante -effrayante parfois même- mais là, elle ressemblait à un chiot devant une bande de molosse.

L'hostilité était manifeste, mais Ymir se reprit rapidement, elle avança avec un air de conquérant et fit semblant d'ignorer l'inimitié ambiante.

-'peux faire quelque chose pour vous ? Demanda le barman occupé à essuyé un verre avec un chiffon crasseux et étonné de voir quelqu'un qui n'était pas l'un de ses clients habituels.

La grande brune prit le temps de lire l'ardoise accrochée au mur avant de se décider, hors de question de montrer que la situation l'intimidait,ne serait-ce qu'un peu.

-Deux cafés et deux sandwichs au jambon...

Elle se tourna légèrement vers Christa cachée dans son dos.

-Ça te va ?

Le « oui » presque inaudible de Christa ressembla à un couinement de souris.

La plus jeune se força à faire un pas de coté et à ne plus s'abriter derrière le corps protecteur de Ymir.

Un sifflement sonore retentit.

La déesse sentit une chaleur soudaine et désagréable se propageait sur ses joues, sans son uniforme elle se sentait, faible, mise à nue, désarmée...Une voix intérieure lui ordonna de se ressaisir, après tout, c'était un soldat, un membre des bataillons d'explorations, elle avait survécu à plusieurs confrontations face aux titans, elle en avait même abattu , alors elle n'avait aucune raison de se laisser déstabiliser par les regards lubriques qu'on lui lançait.

Ymir avait plus de mal à se contrôler, elle posa sa main sur l'épaule de la petite blonde dans un geste de possession, sans vraiment comprendre ce qui la poussait à agir ainsi, et foudroya du regard la salle lorsqu'elle attrapa sa commande.

Christa sursauta au contact chaud du gobelet entre ses mains.

En principe la clientèle des lieux, principalement composées d'escrocs, de voyous et de petits bandits, n'en aurait eut que faire, mais là, le regard glacial du titan, suffisamment explicite sur ses intentions(c'était un regard qui signifiait « refait ça et je brise méticuleusement chaque os du corps »), suffit à faire taire les bruits intempestifs, ça et le sang sur ses vêtements...

Les deux fugitives constatèrent rapidement, avec déplaisir, qu'il ne restait plus une seule table de libre, et l'idée de s'asseoir avec des criminels potentiellement armés ne les tentait guère, à moins que...

Christa tira sur la manche de Ymir avec sa main libre et désigna d'un signe de tête une table uniquement occupée par un homme à l'air las et fatigué.

Elles s'en approchèrent et Christa, qui ne parvenait pas à se défaire de l'éducation rigoureuse de son enfance, préféra demander avant de se saisir d'une chaise :

-Est-ce que...Est-ce qu'on peut s'asseoir avec vous ?

-Si ça ne vous dérange pas de manger avec un vieux grincheux comme moi, répondit-il en soupirant.

C'était un homme d'une quarantaine d'année, à la chevelure grisonnante et aux habits élimés, Christa éprouva rapidement de la sympathie à son égard.

Ymir en revanche le regarda d'un air suspicieux, puis accepta l'offre en se disant que de toutes façons, elles couraient certainement plus vite que lui, et puis, même si elle refusait de l'admettre, elle avait aussi besoin d'une pause.

L'homme sortit une flasque de sa poche, en avala quelques gorgées, s'essuya la bouche et les examina d'un air perplexe.

-Vous êtes dans un sale état, qu'est-ce qui vous est arrivé ?

-En fait...commença à répondre Christa

Ymir lui coupa aussitôt la parole en prenant le ton le plus sérieux possible :

-C'est une longue histoire.

Et l'adolescente se lança dans un immense récit dans lesquels Christa était la fille d'un riche marchand menacée d'enlèvement, et elle un garde du corps engagé pour la protéger, elle décrivit des villes traversées, raconta des combats épiques menés contre de féroces adversaires, imagina diverses anecdotes pour agrémenter sa narration.

Elle avait eut un peu de mal à démarrer son mensonge, mais désormais le scénario s'écrivait dans son esprit comme un fil qui se déroulait allègrement entre ses doigts, et il lui plaisait assez bien.

L'homme éclata de rire.

-Et si tu me disais plutôt la vérité jeune homme, j'ai un fils de ton age, je sais reconnaître quand il ment.

L'énervement fit trembler les lèvres de Ymir, par habitude sa camarade lui attrapa le bras pour la calmer.

Aucune des deux ne corrigea l'erreur de leur interlocuteur.

Christa se prit au jeu, plus simple et amusant qu'elle ne l'aurait imaginé, le plus important était de rester raisonnable au niveau des péripéties.

-En fait, monsieur...

-Vous pouvez m'appelez Gauvain.

-Nous cherchons à aller au sud pour rejoindre nos parents, malheureusement, nous avons été agressés en chemin, mon frère s'est défendu du mieux qu'il a pu, mais...

-Si je comprends bien, vous n'avez pas de quoi payer votre repas.

Ymir fut la plus rapide :

-En effet, nous avons pensé qu'une âme généreuse pourrait peut-être...Et si jamais ce n'est pas le cas, nous avons de bonnes jambes...

-Bon d'accord gamin, tu as gagné, je vous offre le repas, je vais même allez voir s'il reste des chambres de libre à l'étage, ce n'est pas le grand luxe, mais vu votre état ça vous fera du bien.

Christa se sentit coupable en pensant aux quelques pièces qui s'entrechoquaient dans sa bourse, certes elle ne possédait pas grand chose, mais le fait de profiter de la gentillesse de ce pauvre homme la dérangeait, déserter pour sauver la personne qu'elle appréciait le plus c'était une chose, arnaquer un innocent c'en était une autre, d'un autre coté, cet argent risquait d'être nécessaire plus tard...

-Nous...nous ne pouvons pas a...accepter, bégaya-t-elle gênée, et puis nous devons reprendre la route...

Un douleur vive sur sa jambe lui fit perdre ses mots, un rapide coup d'œil lui permit de comprendre que c'était un coup de pied volontaire de la part de Ymir.

-J'insiste ! Vous me rappelez trop mes enfants, je me sentirais mal de ne pas vous aider.

Elle s'apprêta à bredouiller un merci lorsqu'elle sentit une main se posé sur son épaule. Une autre main se posa sur la table.

Les trois convives se figèrent.

Une fois de plus Ymir fut la première à réagir.

-Ôtes tes sales pattes de là ! rugit-elle en plantant retirant violemment la main de l'épaule de Christa.

Le membre en question appartenait à Lance, un gaillard insolent d'une vingtaine d'année, dernière recrue d'une bande de voyou, qui cherchait à affirmer sa place dans le groupe en provoquant des conflits.

Il attrapa Christa et l'obligea à se lever, faisant bondir Ymir de sa chaise. La lame d'un couteau se déplia aussitôt à quelques centimètres du visage de la brune.

-Ne bouges pas ! s'écria-t-il en tentant de paraître menaçant malgré ces mains qui tremblotaient, tu joues les grands frères protecteurs, mais tu n'es pas si efficace que ça dans ce rôle, j'ai entendu votre conversation, alors si tu ne veux pas être blessé...Maintenant écartes toi !

Il se regardèrent en chiens de faïence, aucun des deux n'osant faire un seul geste. Ymir hésitait sur la conduite à adopter, une partie d'elle voulait juste lui arracher Christa, mais le risque de se faire lacérer la figure refrénait cette envie. Lance ne savait pas non plus comment réagir, il avait pensé naïvement que le fait de posséder une arme serait une dissuasion suffisante, mais ce...ce nouveau venu avec sa drôle de voix qui semblait n'en avoir que faire des lois qui régissaient la ville, refusait de le laisser passer.

Toutes l'attention de la salle était tourné vers eux.

Il répéta son avertissement, espérant ne pas avoir à se servir de son arme :

-Pousses-toi !

Lorsqu'il constata qu'on ne prenait pas ses menaces au sérieux, il poussa un rugissement de rage et donna un coup de couteau.

Le corps de Ymir réagit de lui même, sa main intercepta la lame tranchante tandis que sa jambe faucha celles de son adversaire avec une facilité étonnante...Bon sang ! Quand avait-elle appris à faire ça ?

Voyant que Lance cherchait à se relever, le propriétaire des lieux décida d'intervenir.

-Pas de bagarre dans mon établissement, c'est la règle, annonça-t-il en remettant le jeune homme sur pied.

C'est seulement en relâchant le coutelas que la brune remarqua le sang qui s'écoulait sur sa paume et prit conscience de la situation.

Son index droit tomba sur le sol.

Christa pâlit en voyant le moignon ensanglanté, elle avait beau savoir qu'en tant que shifter-titan Ymir, était tout à fait capable de faire repousser ses membres, elle était tout de même mal à l'aise.

La petite bonde se demanda d'ailleurs si son amie avait encore conscience du monstre qui se caché sur la face sombre de son cœur.

Mais pour l'instant, il y avait des problèmes plus urgent à régler.

Elle se tourna vers Gauvain,occupé à nouer un mouchoir autour de la blessure de son amie pour tenter d'arrêter le saignement et demanda timidement :

-Excusez moi, j'aimerais savoir si votre proposition est toujours d'actualité...Parce que Ymir a besoin d'aller de désinfecter ses blessures, et de quelques soins...je me disais que ce serait plus simple si nous pouvions accéder à une chambre...

L'homme hocha la tête d'un air compréhensif.

-Attendez moi là, je reviens.

Et il partit voir l'aubergiste, lui chuchota quelque chose à l'oreille,lui glissa un papier chiffonné dans la main reçut un petit objet dans le creux de la sienne et revint vers les deux adolescentes.

-C'est bon, j'ai réussi à vous avoir une chambre, voici les clefs. Pour y accéder, vous empruntez les escaliers là-bas, puis vous longez le couloirs, aucune chance de la rater.

Christa se confondit en remerciements.

Le quarantenaire lui tapota doucement le dos, lui assura que ce n'était rien, et les accompagna jusqu'en bas des escaliers.

Une fois arrivée devant la porte, Christa tourna fébrilement la clef dans la serrure...et comprit ce que Gauvain avait voulu dire par « ce n'est pas du luxe » : Une matière verdâtre, visqueuse et malodorante suintait sur les recouverts murs d'un horrible papier peint jauni, le matelas du lit s'était affaissé, créant une petite cuvette, et la porte de la salle de bain était à moitié arrachée de ses gonds...enfin, elles n'avaient pas l'intention de s'attarder là, juste le temps de reprendre des forces, puis...

Le son du porte que l'on fermait lui indiqua que Ymir venait de pénétrer dans la pièce à son tour.

-Je ne suis pas vraiment ton frère n'est-ce pas, parce que en dehors du fait que je n'ai pas le bon appareil pour remplir parfaitement ce rôle, j'ai quelques souvenirs vagues et confus de mon enfance, et tu n'apparais dans aucun d'entre eux.

-En fait...Quand il a cru que tu étais un garçon, je me suis dit que ce serait une bonne idée de se faire passer pour des frères sœurs, après tout ils recherchent deux filles, pas un frère et sa sœur.

-Et notre véritable lien ?

Christa hésita sur les informations à révéler, craignant de compromettre le plan qui s'était échafaudé dans son esprit fatigué, celui-ci était simple : Amener Ymir dans un endroit où elle serait en sécurité, puis revenir se rendre, seule, et ne jamais révéler le lieu de refuge de son aînée. Elle savait que la séparation risquait d'être difficile,surtout pour elle, et que sa désertion se payerait certainement par une exécution, mais elle ne voyait pas d'autres alternatives et tout ce qui comptait désormais, c'était de sauver Ymir.

-Nous sommes des membres de l'armée issus de la même promotion, mais la dernière mission a mal tournée et...nos supérieurs hiérarchiques sont persuadés que tu es en partie responsable de cet échec.

-Est-ce nous étions des amies ?

-Non pas vraiment...

Ce mensonge lui broya le cœur, la douleur augmenta en voyant la mine déconfite de la brune. Un silence lourd et pesant s'installa dans la petite chambre.

-Au moins tu m'apprécie suffisamment pour mettre en jeu ta carrière...Bon je vais à la douche, si je l'arrose il repoussera peut-être, essaya de plaisanter la plus grande en regardant son moignon.

-En t'attendant, je vais m'allonger et fermer les yeux quelques minutes.

Christa réprima un bâillement.

-Dis, Ymir...

Une autre idée s'inscrivit dans sa tête, mais elle hésita à la prononcer, elle finit par se forcer en voyant que l'adolescente aux tâches de rousseur s'impatientait.

-Tu me rejoins au lit après ? demanda-t-elle en se triturant les doigts.

Le rire nerveux de Ymir se répercuta contre les murs.

-Oh nous avons ce genre de relation en fait ?

Christa sentit une teinte carminée colorer ses joues, elle baissa la tête pour dissimuler son rougissement.

-Pas comme ça ! Je voulais dire pour dormir...

Le sourire narquois de Ymir refusait de s'effacer, agacée la blonde lui lança un oreiller à la figure.

-Va te laver au lieu de me regarder avec cet air idiot !

Sa camarade lui renvoya le coussin et se dirigea vers la douche, toujours avec ce fichu sourire sur le visage.

Christa soupira et se laissa tomber sur le matelas, même amnésique Ymir parvenait encore à lui faire perdre ses moyens.

Dans le renfoncement de la douche, une fine couche de buée ne tarda pas à recouvrir les murs. Ymir grimaça en sentant le jet d'eau chaude atterrir entre ses omoplates. Le liquide cristallin glissa le long de sa colonne. Elle dénoua le tissu souillé de sang entour sur sa dextre, il tomba dans le bac et fut rapidement gorgé d'humidité. Elle regarda l'eau rougie disparaître en tourbillonnant. Ainsi, elle était devenue soldat...Pourtant elle ne se rappelait pas avoir ce type d'aspiration dans son enfance...

L'adolescente remit ses haillons en se promettant de les remplacer dès que la première occasion se présenterait et replaça la pièce de tissu trempée dans sa poche. En ressortant, elle remarqua aussitôt le calme qui s'était abattu sur la chambre et le léger sifflement que produisait le nez de Christa. Marchant sur la pointe des pieds elle s'approcha doucement, un sourire espiègle sur la figure.

La petite blonde prononça des paroles inaudibles et se retourna.

La plus grande s'arrêta net au milieu de la chambre, puis avoir compris que la plus jeune s'agitait dans son sommeille, traversa les quelques mètres restant

-Ymir...marmonna Christa endormie.

Le visage de Ymir se modifia pour prendre une expression sereine, attendrie, elle attrapa la couverture et recouvrit le corps de la plus jeune avec.

Alors, elle recula, jusqu'au couloir et, le plus doucement possible, referma la porte derrière elle.

Christa sentait l'irrégularité du matelas dans son dos, elle sentait le lit qui s'affaissait , le frottement des draps contre sa peau, le parfum réconfortant de Ymir. Sans avoir besoin d'ouvrir les yeux,elle su d'instinct dans quel endroit elle se trouvait, là où elle avait dormi pendant ses trois années de formations, mais le dortoir était étrangement silencieux, étrangement vide...

-Tu es un humain, affirma une voix connue.

Elle ouvrit le yeux, son regard rentra aussitôt en contact avec celui de l'adolescente penchée au dessus d'elle.

-Et les titans dévorent les humains n'est-ce pas ? demanda la voix avec un ton plus rauque.

La déesse hocha la tête sans comprendre...Elle laissa échapper un petit cri de surprise en sentant les mains froides de Ymir, qui s'étaient glissé sous son haut, caresser son épiderme.

-Ymir...Nous ne pouvons pas...hoqueta-t-elle, les pensées rendue confuse par la sensation étrange dans son ventre.

Le titan-shifter grommela mais accepta le refus et se contenta de s'asseoir. Le matelas s'enfonça encore un peu sous le poids de la brune.

-Tu as raison Christa, on ne peut pas faire ça...Après tout...

Le rythme cardiaque de la blonde s'emballa lorsqu'elle entendit la fin de la phrase.

-...J'ai prévu de me marier, je dois épouser Bertolt.

Impossible ! Les paroles prononcées par Ymir lors de la bataille de Trost n'étaient-elles qu'un tissu de mensonges ?

-Mais...Tu avais dit qu'on se marierait à la fin de tout ça, tu l'avais promis !

Elle se réveilla en sursaut, le cœur battant à toute rompre dans sa cage thoracique.

Bon sang ! Christa savait depuis longtemps qu'elle appréciait énormément Ymir, inutile de le nier, mais la possibilité de pouvoir aimait la brune de cette façon ne l'avait jamais effleurée. Cela ne voulait rien dire, elle avait juste été perturbée par les événements récents et la conversation qu'elle avait eu juste avant de s'assoupir, ce rêve ne représentait nullement ses véritables désirs...

-Menteuse ! hurla la voix au fond de son cœur.

De son coté Ymir, n'ayant aucune connaissance des questions qui tourmentaient sa cadette, arpentait les rues du faubourg. Machinalement elle faisait rouler de petites pierres en donnant un léger coup de pied dedans. En ce milieu de matinée, les rues étaient pleines d'animations, mais l'adolescente savait comment passer inaperçu, elle était particulièrement doué à ce jeu-là. De ce fait, tout le monde autour d'elle se comportait comme si elle n'existait pas.

Un papier chiffonné lancé par un homme coiffé d'un haut-de-forme attira son attention, intriguée elle le ramassa de la main droite et le déplia dans la foulée. Il s'agissait du journal local, un exemplaire issu du tirage de la nuit. L'adolescente parcourut rapidement la une du regard et, par simple curiosité, jeta un coup d'œil sur la date...

D'après le quotidien, ils étaient en 850 ! Ce n'était possible...plus de soixante années n'avaient pas pu s'écouler comme ça, sinon elle serait morte, ou du moins, elle serait devenue une vieille défraîchie...

Se calmer, elle devait se calmer. Il y avait certainement une explication rationnelle, la pouvoir actuel avait du mettre en place un nouveau calendrier...Cette solution lui plaisait bien, elle l'adopta.

C'est uniquement à ce moment qu'elle remarqua à quel point ces doigts étaient crispés sur la feuille, elle les enleva un à un, d'abord le pouce, l'index, puis le majeur...

Une seconde ! Son index, il était là, comme si il n'avait jamais été tranché. Une sueur froide lui inonda l'échine...Peut-être n'avait-il jamais été coupé, peut-être avait-elle imaginée cette scène...

Elle glissa la main dans sa poche, le mouchoir s'y trouvait.

Peut-être que c'était le moment présent qui n'était qu'un rêve...

Agacée, elle frappa du point contre un mur en brique, la douleur qui se propagea dans ses phalanges lui fit comprendre que ce n'était pas un songe, que tout cela était réel.

Merde ! Ymir était perdue, troublée, désemparée.

L'enfant fourvoyé leva les yeux vers les immenses murs au loin, seul élément rassurant et familier dans ce monde qui lui était presque entièrement inconnu.