Chapitre 3 : Close my eyes, these voice stay
Christa fixait une tache de forme abstraite sur l'un des murs de la chambre, l'esprit ailleurs. Lentement, elle était parvenue à se calmer et à faire disparaître les sensations étranges dans son son ventre, mais ses craintes, au contraire, refusaient de s'évanouir. Elle avait peur, elle avait constamment peur depuis cette nuit au château Utgard. La sensation omniprésente était devenue presque naturelle, comme si elle avait toujours était là, telle une vielle amie qui la suivait partout et qui lisait en elle.
Elle voulait Ymir, elle voulait se blottir contre la brune, s'enivrer de son parfum familier et réconfortant, sentir sa peau...
La petite blonde sentit un tiraillement dans ses organes et maudit son corps qui avait décidé de lui octroyer une source de tracas supplémentaire. Elle était une adolescente et elle savait que ce genre de chose aurait fini par se manifester un jour ou l'autre, mais pas maintenant, pas à un moment aussi crucial, et surtout, pas à l'égard de sa meilleur amie ! D'ailleurs en parlant du titan...
La porte venait de s'ouvrir en grand et de heurter le mur avec fracas. Ymir se tenait sur le seuil, nerveuse, paniquée, bien loin de la personne calme qu'elle avait l'habitude d'être.
Instinctivement la petite déesse se leva, attrapa doucement l'enfant troublé par la main et l'attira à l'intérieur, se forçant à ignorer la brûlure au bout de ses doigts. Christa avait chaud, trop chaud, elle avait besoin d'ouvrir la fenêtre, mais celle-ci était bloquée. Pour l'instant, elle devait feindre d'aller bien, Ymir avait besoin d'elle.
Elle obligea son aînée à s'asseoir sur le bord du lit à coté d'elle et retira une mèche foncée collée par la sueur sur son visage, dévoilant une multitude de tache des rousseurs.
-Tout va bien, calmes-toi, je suis là.
Le ton se voulait apaisant, mais cela sonnait faux, horriblement faux.
-Regardes !
Ymir agita sa main juste devant les yeux de la blonde, trop perturbée pour remarquer le visage anormalement rouge de sa camarade. Christa ne remarque tout d'abord que l'absence du mouchoir, puis...
Mince ! Elle n'avait pas prévu que le processus de régénération soit aussi rapide. Il lui fallait trouver une excuse pour expliquer cette guérison soudaine, elle ne pouvait pas se contenter de dire « ne t'inquiète pas, c'est normal, tu es un titan », non elle ne pouvait certainement pas.
-En fait...
La voix de Ymir monta d'un diapason :
-Dis moi la vérité ! Qu'est-ce que qui m'arrive, qu'est-ce que je suis, qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
La plus petite se contenta d'ouvrir la bouche et de la refermer sans prononcer un seul mot, le titan-shifter l'attrapa par les épaules et la secoua sans ménagement.
-Répond moi, merde !
Les rouages dans le cerveau de Christa s'activèrent brusquement.
-OK, je ne t'ai pas dit toute la vérité, pour être exacte, tu étais un cobaye destiné à être éliminé.
Ymir eut un rire bref.
-Donc je ne suis qu'un rat de laboratoire...Et toi qui prend des risques pour moi, tu dois vraiment être idiote.
-Tu as tord ! Je...Je ne suis pas idiote...Tu mérites d'être sauvée !
Un éclat illumina un court instant le regard de la grande brune.
On frappa à la porte.
La plus grande glissa aussitôt la main dans sa poche. Les deux filles se regardèrent, hésitant sur la marche à suivre.
Les coups redoublèrent d'intensité. La voix de Gauvain résonna dans le couloir.
-Qu'est-ce qu'on fait demanda Christa.
Ymir se gratta le front d'un air pensif.
-Va ouvrir décida-t-elle, vite, avant qu'il ne défonce la porte !
Gauvain pénétra dans la pièce sans attendre dès que l'autorisation d'entrer lui fut accordée. Christa trouva qu'il avait une mine plus joyeuse qu'auparavant, comme si il avait trouvé une raison de se réjouir entre-temps.
Ymir fronça les sourcils, ce revirement de situation ne lui plaisait guère, elle huma dans l'air une odeur connue, mais sur laquelle elle n'arrivait pas à mettre de nom.
-Je suis venu prendre des nouvelles et vous apportez ça.
Il tendit un sac, l'enfant illégitime le saisit mais n'osa pas regarder ce qu'il y avait dedans, de peur de ressembler à un enfant avide, impatient. L'homme remarqua son trouble.
-Ouvres, c'est un cadeau.
La sacoche contenait en fait des vêtements, la gorge de Christa se serra sur le coup de l'émotion, même dans ce monde il existait encore des personnes altruistes, qui étaient là pour leur prêter main forte.
-Merci, je ne sais comment...bredouilla-t-elle.
-Ce n'est rien, répondit-il avec un sourire, mais si vous tenez tant que ça à me remercier, il y a un service que vous pouvez me rendre...
-Bien sûr ! s'exclama la plus jeune toujours prête à rendre service, tout ce que vous voulez.
Ymir marmonna des paroles inintelligibles.
-Voilà, j'ai un colis à récupérer, et j'aurais besoin d'un peu d'aide...Ah ! Et j'oubliais...
Il sortit un spray de sa poche et marcha vers Ymir qui recula.
-Allons, laisse-moi moi voir ta blessure, ça risque de piquer un peu mais un grand garçon comme toi peut supporter ça.
Il lui attrapa le bras. La fragrance devint plus forte. Christa avala difficilement sa salive, et si il découvrait que...
-Lâche-moi ! aboya le titan-shifter.
Ça y est ! Elle savait ce qu'était cette senteur atroce qui lui soulevait le cœur, Gauvain s'était enivré, c'est pour cela qu'il semblait aussi heureux que si on venait de lui annoncer qu'il avait hérité d'une fortune incommensurable. Quelque chose n'allait pas avec cet homme...
Voyant que l'adulte s'apprêtait à insister, la petite déesse décida d'intervenir avant que la situation ne devienne irrécupérable.
-S'il vous plaît, excusez-le et laissez le désinfectant, je vais m'en occupais et je vous le rapporterais tout à l'heure, je crois que mon frère ne se sent pas très bien.
Et pour appuyer ses dires elle posa ses lèvres sur le front de la brune, priant pour qu'aucun rougissement n'apparaisse sur sa figure.
Gauvain hocha la tête.
-Je suppose que c'est le mieux à faire, je vous attendrais dans ma chambre, c'est là 306.
Une fois de nouveau seules, Christa fouilla dans le sac et lança à Ymir ce qui devait lui être destiné. L'adolescente aux taches de rousseurs renifla bruyamment, une forte odeur de naphtaline imprégnait les tissus.
-Je ne veux pas que tu y ailles, ordonna-t-elle, je n'ai pas confiance en lui.
La petite blonde s'indigna :
-Comment oses-tu dire ça, après tout ce qu'il a fait pour nous ?
Ymir se leva.
-Justement ! Je n'arrive pas à croire qu'il agit comme ça uniquement par gentillesse, il cache forcément quelque chose ! Moi je n'y vais pas.
Christa se pinça une phalange dans un tic nerveux, pourquoi Ymir était-elle si obtus et butée ?
-Bien dans ce cas j'irais seule, tu n'as qu'à m'attendre ici.
-Comme si je pouvais te laisser sauter dans la gueule du loup sans rien faire.
-Je n'ai pas besoin que tu me protèges constamment, alors arrêtes !
Sans s'en rendre compte, elle avait haussé le ton jusqu'à crier, son corps tremblait sous l'effet de l'énervement.
-Dans ce cas, vas-y, rétorqua sèchement la plus grande, je m'en fous.
Et elle se retourna, indiquant ainsi qu'elle ne la retiendrait pas, que la porte était grande ouverte. Christa voulu dire quelque chose mais se ravisa et quitta la pièce en silence, elle détestait partir sur une dispute, cependant, elle refusait de céder. Elle tâta ses poches pour vérifier que le spray s'y trouvait, soupira, et se dirigea vers le lieu de rendez-vous.
A l'instar de la première fois qu'elle avait traversé le couloir, elle ne croisa personne sur son chemin malgré l'heure plus avancée. Peut-être étaient-ils les seuls à occuper une chambre, le bar devait faire vivre l'établissement.
Elle toqua, Gauvain l'accueilli en souriant.
-Je suis content que tu sois venu.
La jeune fille excusa Ymir, prétextant une fièvre soudaine pour ne pas dire la vérité. La bouche de son interlocuteur se tordit légèrement dans un mouvement qui ressemblait à un sourire.
-Ce n'est rien, il faut mieux qu'il se repose, attends une minute, le temps que je mette mon manteau, et nous y allons.
Elle acquiesça d'un signe de tête et resta sur le seuil à attendre.
-C'est bon ! Allons-y.
Ymir était un crétin, comme si une personne aussi aimable pouvait représenter une menace, c'était la bonté incarnée.
La salle principale, encore pleine et animée il y a quelques heures à peine, était désormais vide et terne. Le barman occupée à frotter un verre recouvert de traces de doigt avec un chiffon crasseux les regarda passer du coin de l'œil.
Christa frissonna, elle avait froid et regrettais de ne pas avoir enfiler le gilet matelassé qui se trouvait dans la sacoche, le soleil matinal ne parvenait pas à la réchauffer et le fait d'être à bout de nerfs n'arrangeait rien. Pour se changer les idées elle entama la conversation.
-Vous savez qui vous a envoyé ce colis ?
Pas de réponde, elle insista :
-Un ami, de la famille ?
Gauvain resta muet et détourna le regard quand elle se tourna vers lui. Un bruit de pas se fit entendre et avant d'avoir compris ce qui arrivait, Christa se retrouva prise au piège.
-Je suis désolé, murmura-t-il.
Ymir avait raison, elle aurait du se méfier, elle avait été trop naïve et maintenant elle allait être...
On l'empoigna avec force et un coton imbibé lui fut appliqué sur le nez. Elle se débattit, griffa, donna des coups de pied, mais déjà le chloroforme commençait à faire effet, ses mouvements devenaient plus lents, ses membres plus lourds. Le monde s'effaça. A l'aide Ymir...
Le titan-shifter se retourna sur le ventre et plaça l'oreiller sur sa tête pour ne plus entendre le tic-tac régulier de l'horloge, « Christa, Christa » semblaient dire les aiguilles. Elle s'empara du premier objet qui lui tomba sous la main – un coussin en l'occurrence –, et l'envoya en direction du bruit. Le cadran se brisa en heurtant le sol. Ymir fut tellement soulagée de ne plus avoir à supporter ce son agaçant qu'elle ne s'en formalisa pas, il lui suffira de de dire que la pendule était mal accrochée pour justifier sa chute lorsque sa camarade de reviendra, et puis, de toute façon, elle n'avait pas de compte à lui rendre, elle se fichait bien de ce que la petite blonde pouvait penser à son sujet.
Il n'empêchait que cela faisait déjà pas mal de temps que celle-ci s'était absentée, il lui était peut-être arrivé quelque chose, peut-être avait-elle des ennuis...
Bon sang ! Pourquoi s'en souciait-elle, ce n'était pas ses affaires, elles n'étaient même pas amies !
Une pulsation enfla dans son cerveau et la douleur lancinante qu'elle ressentait depuis la veille devint plus intense, comme si une bête minuscule s'était mise à lui grignoter l'intérieur de la boite crânienne. L'adolescente se massa les tempes pour essayer d'apaiser son mal de crâne, en vain, la douleur ne faisait que s'accroître. Elle ferma les yeux, une bonne sieste restait le meilleur moyen qu'elle connaissait pour faire disparaître une migraine, mais le sommeil ne voulait pas d'elle.
Ce n'est pas le moment de roupiller, elle a besoin de toi, aller dépêches-toi !
Elle lutta un instant contre les voix dans son esprit avant de céder, il lui suffisait d'aller frapper chez Gauvain, de constater que Christa – certainement trop fâchée pour retourner ici – était restée lui tenir compagnie et qu'elle était saine et sauve, pour avoir la conscience tranquille.
Ymir soupira et enfila les chaussures qu'elle avait enlevée en hâte et négligemment jetée dans un coin de la pièce avant de se laisser lourdement tomber sur le matelas défoncé.
Elle détestait agir ainsi, elle détestait faire le premier pas après une dispute, cela lui apparaissait comme une situation de faiblesse, mais c'était l'unique solution qu'elle avait trouvé pour soulager ses craintes.
Elle esquiva les morceaux de verre brisé et quitta la pièce, les mains dans les poches, en sifflotant, dans un air faussement détendu.
Son poing martela la porte de la chambre numéro 306, elle n'obtint aucune réponse.
-Gauvain, Christa, c'est moi Ymir, ouvrez ! s'écria-t-elle en appuyant sur la poignet.
La porte céda. Dans un réflexe instantané Ymir bondit en arrière, avant de se constater que personne ne se trouvait dans la pièce, Gauvain, distrait avait certainement oublié de fermer correctement.
Elle franchit prudemment le seuil – son instinct lui disant de se méfier –, et avança à tâtons, le temps pour ses yeux de s'habituaient à l'obscurité et d'être en mesure de trouver l'interrupteur.
Une lumière vive inonda la pièce en grésillant.
Le plancher était maculé de boue, jonché de saletés, de bouteilles vides, d'habits froissés, rien d'intéressant à première vue. Sans aucun scrupule elle renversa le contenu des tiroirs sur le sol, dispersant du bout du pied ce qu'elle jugeait sans importance, soit la majorité de ce qui s'y trouvait. Un petit carnet noir attira son attention, lorsqu'elle l'ouvrit une feuille s'en échappa en tourbillonnant. En la dépliant l'adolescente constata qu'il s'agissait d'une lettre et la parcourue rapidement.
Bon dieu ! C'était une demande de rançon...Le titan-shifter avait un mauvais pressentiment. Elle tourna les pages si rapidement que plusieurs se détachèrent de la reliure, elle les attrapa au vol. Une série de chiffres et de noms y était griffonné, avec tout en bas...
Les pièces du puzzle s'emboîtèrent dans l'esprit de la brune.
Ce gars...Ce salaud ! Il avait profité de la gentillesse de Christa ! Ymir bouillait de rage, elle n'avait qu'une envie, retrouver cet enfoiré et lui cognait dessus jusqu'à ce que son visage ne soit plus qu'une masse informe et sanguinolente, jusqu'à avoir trop mal pour refermer le poing et porter un coup supplémentaire.
L'adolescente se précipita à l'extérieur, le temps pressait, il n'y avait pas une minute à perdre, si elle voulait avoir avoir la moindre chance...
Elle dévala les marches d'escalier quatre à quatre.
-La petite blonde qui était avec moi, vous l'avez vu ? apostropha-t-elle le barman absorbé par la vaisselle sale dans l'évier.
-Elle est passé avec Gauvain il y a trois heures.
-Pour aller où ? J'ai besoin de savoir, je dois la retrouver !
-Aucune idée, tu n'as qu'à demander à Lance, il sait peut-être quelque chose, répondit-il sans relever la tête.
L'homme était trop habitué aux disparitions inexpliquées pour s'en émouvoir, une de plus ou une de moins n'y changeait rien, ce genre d'événement était monnaie courante ici.
-Qui ça ?
D'un geste vague de la main il désigna une silhouette assise dans fond, en train de siroter un verre. Elle s'en approcha.
Lui ! C'était l'individu avec qui elle s'était bagarré plus tôt. En reconnaissant la personne à l'origine de ses déboires et de son humiliation Lance se tassa sur sa chaise. Il était devenu la risée de la bande, et alors qu'il pensait que rien ne pouvait faire empirer d'avantage sa journée, voilà que son adversaire revenait pour le narguer.
Ymir lui colla le carnet,qu'elle avait emporté avec elle, devant les yeux.
-Un petit voyou comme toi doit être capable de me renseigner.
Évidemment, il était au courant de ce qui se tramait dans les bas fonds de la ville, le chef de son groupe y participait même activement, toutefois il avait juré de ne révéler aucune information à ce sujet, il en allait de son honneur et de sa vie.
-Tu ferais mieux de ne pas mettre ton nez là-dedans, considères que tu es fils unique maintenant.
-Te fous pas de moi ! Comme si je pouvais l'abandonner alors qu'elle a tout sacrifié pour me sauver !
-Je ne peux rien dire, sinon ils me tueront.
-De toute façon, si tu refuse de parler, je te tuerais à leur place.
Elle l'attrapa par le col.
-Tu penses que je ne suis pas sérieuse ! hurla-t-elle, tu veux que je te montre si je plaisante !
Ymir resserra sa prise au point de l'étrangler. Lance tira sur les bras de son bourreau pour tenter de se libérer, mais le titan-shifter, décidé à ne rien lâcher, reprit avec la même véhémence :
-Quel genre de trafic s'opère ici ?
Le regard du petit escroc commençait à se voiler.
-D'êtres humains, répondit-il en suffoquant à moitié, les marchands d'esclaves et les proxénètes viennent ici pour se fournir.
Sans s'en rendre compte, la jeune amnésique relâcha légèrement la pièce de tissu entre ses mains. Dans quel pétrin Christa avait-elle mis les pieds...
Lance inspira une grande bouffée d'oxygène et s'étouffa presque en sentant l'air entrer de nouveau dans ses poumons, il avait bien cru que sa vie était arrivée à sa fin. Il se massa la gorge.
-Où s'effectuent les transactions ? l'interrogea l'adolescente aux éphélides.
-Dans un hangar à coté du port, un bateau vient récupérer la marchandise à la tomber de la nuit.
Ymir resta silencieuse quelques instants, le temps d'analyser la situation.
-Bien, montre-moi le chemin.
-Impossible ! Si je...
Son interlocutrice lui lança un regard si noir qu'il se recroquevilla, Le petit voyou fut persuadé qu'il allait être tuer si il refusait de coopérer.
-Tu n'as pas conscience de ce à quoi tu t'attaques, ils n'ont aucun scrupule à se salir les mains, essaya-t-il de l'avertir pendant qu'il se levait.
-Rien à faire ! Et pas d'entourloupes, sinon moi non plus je n'hésiterais pas à couvrir mes mains de sang.
-Je t'accompagne jusqu'à l'entrée, mais à l'intérieur de l'entrepôt tu devras te débrouiller.
-D'accord, si tu tiens tant à rester un lâche, rétorqua Ymir d'un ton sec.
Elle n'avait aucune envie de ce qui la pousser à agir ainsi et elle ne voulait pas y réfléchir, elle devait sauver Christa, c'était tout.
Christa entrouvrit le yeux, sa bouche était pâteuse et ses bras et jambes ankylosés. Les sédatifs qu'on lui avait administrés brouillaient ses pensées. Par une petite lucarne, elle voyait la lumière du jour décliner, d'un instant à l'autre elle allait être...
La petite déesse se mordit l'intérieur des joues jusqu'au sang pour réprimer son envie de pleurer, cela ne devait pas se passer comme ça, elle n'avait même pas réussi à mettre Ymir en sécurité.
Avec difficulté elle tourna un peu la tête vers Gauvain qui avait pris une teint livide.
-Aidez-moi, articula-t-elle péniblement.
Il s'éloigna, feignant de n'avoir rien entendu.
La jeune fuyarde se décomposa intérieurement, elle était abandonnée, personne n'allait venir à son secoure.
Un bruit de pas retentit sur le sol poussiéreux. Elle sentit un liquide froid couler entrer ses lèvres, automatique elle avala plusieurs gorgée avant de serrer les dents, elle refusait d'accepter quelque chose de la part de ce traître.
-Bois, c'est juste de l'eau, je te le promets.
Comme si elle pouvait lui faire confiance.
-Détachez-moi plutôt, ordonna-t-elle sèchement.
-Je ne peux pas, c'est pour eux, pour mes gosses, si je ne verse pas la somme demandée, ils vont être...Pardonnes-moi...
Il avait les larmes aux yeux. Christa pensa à la bataille de Trost, aux soldats qui avaient acceptés de retourner sur le front malgré la peur, malgré les traumatismes, pour empêcher leurs familles de connaître l'horreur qu'ils venaient de vivre. Eux c'était leurs vies qu'ils sacrifiaient, pas celle des autres.
Non, elle pouvait pas lui pardonner, elle en était incapable.
Une ombre se projeta sur le mur, elle se contorsionna pour apercevoir le nouveau venu, à en juger la réaction de Gauvain – qui s'était mis à suer à grosses gouttes –, c'était la personne qu'il attendait.
Le nouvel arrivant jeta une bourse garnie de piécettes au père de famille déchu.
-Bon boulot, je suis persuadé qu'une prise comme ça va rapporter gros, les propriétaires de bordels seront prêts à y mettre le prix.
Gauvain, mal à l'aise laissa presque tomber sa flasque.
-C'est juste une gamine, on ne pourrait pas...J'en ai marre de tout ça, je n'en peux plus de participer à toutes tes petites combines Dal, c'est la dernière fois.
-Tu veux me laisser tomber ? demanda le dénommé Dal avec un ton faussement innocent.
-Je ne suis même plus capable de me regarder dans le miroir, je me dégoûtes, tu peux comprendre ça ? s'exclama Gauvain d'une voix vacillante.
Son interlocuteur fit mine de réfléchir.
-Soit, mettons fin à notre coopération dans ce cas.
Gauvain contempla la demi-douzaine d'hommes présents sans oser y croire.
-J'y vais alors...
Après un dernier regard en arrière, il se retourna et s'élança vers la sortie, il était parvenu à rassembler la somme nécessaire pour la rançon, désormais il allait vivre. Il y eu un claquement sonore et...
Une tache rouge s'étala sur sa poitrine, il regarda la fleur de sang s'étendre, éberlué, et bascula en avant.
La petite blonde eut un haut le cœur en sentant l'odeur de souffre et de chair brûlée.
Dal abaissa l'arme encore fumante.
-Boss vous venez de buter votre meilleur rabatteur, s'écria l'un des hommes de main.
Le leader braqua le canon sur son acolyte.
-Et alors, j'en trouverais un autre, quelqu'un d'autre à un problème avec ma façon de procéder ?
Le petit groupe terrorisé lui assura que non.
Jusqu'à présent, Christa avait espéré que Ymir vole à son secoure mais maintenant elle priait de tout son cœur que la brune ne vienne pas, l'homme était dangereux, il n'hésiterait pas une seconde à l'abattre froidement. Hélas, elle distingua un bruit de cavalcade, rapidement suivie d'une voix qu'elle connaissait bien :
-Christa ! Je jure que celui qui lui a fait du mal aura à faire à moi !
La plus jeune rassembla ses forces.
-Ymir! Ne viens pas ici, ils sont armés ! hurla-t-elle.
Mais il en fallait plus pour décourager le titan-shifter, et celui-ci ne tarda pas à faire irruption. Ymir lança un regard dénué d'émotion au corps inerte de Gauvain, pour elle il n'avait eu que ce qu'il méritait.
-C'est qui le chef, que je lui présente mes salutations en premier, demanda l'adolescente avec provocation.
Le criminel eut un sourire amusé, il avait envie de s'amuser avant de donner une bonne leçon à cet impertinent.
-Tu ne manque pas de culot, tu ne sais pas qui je suis ?
-C'est surtout que j'en ai rien à faire.
Elle bondit en avant pour porter le premier coup, Ymir était rapide, mais les séquelles de ses derniers combats nuisaient à la fluidité de ses mouvements. On l'attrapa par l'arrière pour l'immobiliser.
Dal leva son arme, la crosse s'abattit dans un bruit d'os brisés, du sang ruissela sur le menton de la brune, il brandit le fusil une seconde fois pour porter le coup de grâce.
L'estomac de Christa se retourna.
-Stop ! Arrêtez, ne lui faites pas de mal, je vous en supplie.
L'homme abaissa son rifle, cela devenait vraiment intéressant, il lança à la petite blonde un regard de prédateur.
-Tu acceptes de faire tout ce que je t'ordonnes.
Elle détourna le regard, elle avait compris ce qu'il attendait d'elle.
-Oui, si vous me promettez que Ymir aura la vie sauve.
-Tu as ma parole.
Mais quelqu'une n'était pas satisfait de cet arrangement, le titan-shifter se débattit comme un forcené.
-Je refuse ! Christa tu ne peux pas faire ça...Merde !
On posa le métal froid d'un pistolet sur front.
Christa essaya de paraître sur d'elle :
-Ne bouge pas, sinon tu vas être tuer !
Cette phrase fit l'effet d'un écho ironique dans son esprit.
La petite blonde sentit des mains avides se glisser sous sa chemise, le tissu fut déchiré, les boutons arrachés, et ses sous vêtement dévoilés. Dans un réflexe de protection, elle ferma le yeux. Pendant longtemps, son but avait été de mourir en martyr, dans un sens c'est ce qui allait arriver, mais elle avait toujours imaginé son sacrifice comme le fait de repousser quelqu'un au moment ou une main gigantesque allait se refermer sur lui, au moment où les balles étaient sur le point de le toucher...
Christa sentit son pantalon glisser le long de ses jambes et le son à peine perceptible d'une fermeture qui s'ouvrait parvint à ses oreilles.
Elle entendit une explosion – sans doute une conduite de gaz –, des cris...
Un liquide chaud et poisseux se déversa sur son ventre nu.
A chaque fois je pense que je ne vais pas avoir assez d'inspiration pour faire un chapitre d'une taille au moins égale à celle du précédent, et à chaque fois il est encore plus long, en espérant que ça dure...
Hn, merci pour la review, ça m'a fait très plaisir. Ne t'inquiètes pas, le passage en italique du chapitre deux est bien un rêve et non un flash-back contrairement au chapitre 1, c'est pour cela que Ymir fait d'ailleurs(implicitement) référence à sa nature de titan alors que Christa n'est pas censé être au courant à cette époque.
Oui je creuserais le lien entre les Reiss et le culte du mur, c'est prévu, mais plus tard, pour l'instant je veux vraiment me concentrer sur le « couple ».
En espérant que la suite te plaise...
Et qu'elle plaise à tous les autres lecteurs potentiels.
