« Dipper ! Tu sais que c'est malpoli de... couper la parole aux gens ! »
Elle rit toute seule de sa propre blague.
« Non mais sérieusement, comment on va faire pour que le portail fonctionne dans les temps ? Là les lumières ne font que clignoter, on n'a pas assez d'énergie !
- Tu me fais confiance ?
- Aussi étrange que pourrait l'être le croisement entre un éléphant et une souris, oui.
- Alors laisse-moi faire. »
En levant les bras, il fit apparaître sur le sol un cercle enfermé dans une étoile à 5 branches avant de murmurer une drôle d'incantation. Quelques secondes plus tard, un triangle (pas en fer cette fois) apparut au centre de la pièce en lévitant. Son chapeau de travers et son nœud défait lui donnait un air pathétique, d'autant plus que son unique œil était embué de larmes. Et qu'il était tout bleu, comme les murs de la salle d'attente d'un pédiatre.
« Bill, fit Dipper. C'est un plaisir de te revoir.
- Le... Le plaisir est partagé, répondit Bill en reniflant.
- Quel affreux mensonge, ajouta Mabel. Tu n'as pas arrêté de nous éviter depuis plusieurs jours.
- Honnêtement, la peste était plus sympathique que vous.
- Tu nous honores mon cher. Malheureusement, continua le jeune garçon en s'approchant du triangle effrayé, cela ne pardonnera pas le coup foireux que tu as fait à ma sœur et moi.
- Je... je vois pas de quoi...
- Avoue que c'est toi qui a aidé Gideon à nous coincer.
- C'était toi ? vociféra Mabel. Oh, je te jures que tu vas comprendre ta douleur...
- Laisse Mabel ! Va plutôt chercher les vêtements, lui ordonna-t-il. »
Mabel obéit en grognant : elle partit dans le bureau de derrière et ouvrit un tiroir d'où elle prit un t-shirt, une casquette, un pull...
« Qu'est-ce que vous allez faire ? Demanda Bill, curieux devant ces vêtements.
- Figure-toi mon petit Bill, dit Dipper les mains dans les poches, que nous avons réussi à transformer cet appareil en machine à voyager dans le temps en plus de voyager entre les dimensions. Ce qui peut s'avérer utile pour trouver un plan de secours où seule la fuite est envisageable ici, mais où nous devons être discrets quand même en arrivant de l'autre côté.Or, nous avons découvert qu'un appareil du même type allait s'ouvrir dans un univers alternatif où... m'enfin je te laisse la nous suffit d'entrer les coordonnés de temps et d'espace et boum ! Nous y serons sans nous faire remarquer puisque ce ne sera pas nous qui auront activé le portail dans l'autre dimension.
- Mais... mais pour y arriver il faudrait d'abord activer le portail ici ! Cria Bill. Et vous n'avez pas assez d'énergie pour ça !
- Oh si, j'ai assez d'énergie. De l'énergie pure même. »
Lorsque Bill comprit avec horreur de quoi il s'agissait, il n'eut pas le temps d'échapper à l'emprise de Dipper qui attrapa d'une main son côté droit.
Puis son autre main agrippa l'œil.
Et tira.
Arracha.
La ville entière de Gravity Falls pouvait entendre Bill à l'agonie... Si du moins quelqu'un était vivant pour l'entendre.
Très vite, le triangle fut réduit en poussière tandis que le globe oculaire reposait dans la main de Dipper Pines. Celui-ci, tout en jonglant avec son nouveau jouet, s'approcha du triangle (en fer cette fois)(décidément, il y a trop de triangle) et posa l'œil monochrome sur l'un des symboles qui s'alluma alors pour de bon, ainsi que tous les autres symboles, d'une lumière vive, et finalement, le portail.
Dipper se frotta les mains avant de retirer sa chemise pour mettre le t-shirt que Mabel lui tendait. En tournant légèrement la tête, le garçon vit sur des écrans quelques villageois s'approcher de leur maison, des fourches à la main. Rien de bien rassurant donc. Il fallait faire vite.
« Tu as tapé les coordonnées du monde qui nous intéresse ? Ça serait bête qu'on se trompe et qu'on finisse dans un univers où les humains sont des chaises et les coussins sont des pizzas.
- Oui, c'est fait frérot. J'ai aussi indiqué le jour et l'heure à laquelle on veut arriver.
- Super. »
Il enleva son pantalon noir et mit un short pendant que sa jumelle changeait de chaussures. Il passa ensuite ses mains dans ses cheveux pour décoiffer son brushing avant de poser une casquette sur sa tête. Mabel, elle, mettait un pull qu'elle avait tricoté elle-même. Ils avaient beaucoup étudié le monde dans lequel ils allaient entrer afin d'arriver inaperçu (ce qui est facile quand le portail est comme une fenêtre invisible sur d'autres mondes qui peut voyager dans le temps), et avaient décidé de ne négliger aucun détail.
« Dipper, tu sais que ce plan est vraiment risqué ? Je veux dire, on va devoir faire semblant de s'entendre TOUT LE TEMPS, pas uniquement devant les villageois, mais aussi à la maison ! Et je vais devoir porter des pulls tous les jours alors que ça me gratte, t'imagines même pas !
- Je sais que ça va être compliqué, mais on a cherché toutes les alternatives possibles et il n'y a que dans cet univers-là qu'on sera tranquille. Après, à toi de choisir : moi, ou la corde.
- Toi, répondit Mabel sans une once d'hésitation. Toujours. »
La nuit. Les yeux brillant des étoiles. La lune scintillant sur la lame.
« Alors saute. »
Les jumeaux Pines sautèrent dans le portail dans un éclair qui illuminerait un trou noir. Et ils se retrouvèrent... face à eux-mêmes. Littéralement. Enfin, plutôt face à leurs alter ego évanouis. Ils flottaient tous les quatre dans un vide aussi blanc que la neige, comme s'ils s'étaient retrouvés à la fin des temps. Sauf que deux cercles tranchaient cet espace irréel par leurs éclairs bleus. Si on regardait bien à l'intérieur de ces cercles, on voyait un paysage dévasté dans l'un, et un laboratoire dans l'autre. C'était de ce dernier dont son frère et elle venaient, se dit Mabel, toujours concentrée sur leur plan d'évasion. Il ne fallait surtout pas se planter. Il ne fallait surtout pas retomber dans la mauvaise dimension.
Elle tourna la tête et vit son frère en deux exemplaires : l'un semblait être tombé dans un sommeil trouble tandis que l'autre lui montrait une pierre bleue dans sa main, pour lui prouver qui était le vrai Dipper. Ou plutôt, qui était SON Dipper. Elle lui montra alors son amulette à elle, qu'elle mit autour de son cou et qu'elle cacha sous son col. Son Dipper, lui, la plaça à l'intérieur de sa casquette. Puis il tira le Dipper endormi de l'autre côté du portail, dans le cercle où se trouvait un laboratoire, et Mabel en fit de même avec son autre elle. Leur cercle se referma derrière leurs remplaçants, et les imposteurs firent mine de s'évanouir, en attendant que l'énergie qui les entourait, provoquée par l'ouverture des deux machines, se dissipent.
Quand la gravité commença à revenir, Dipper jeta sa casquette au loin, priant pour que son amulette ne se brise pas sous le choc, avant de tomber, sentant le sol qui tremblait sous le poids de toute la ville de nouveau sur terre. La machine aussi prit un sacré coup, un pilier de métal s'écrasa juste devant le portail et... et soudain une silhouette en surgit.
« Quoi ? Qui... qui est-ce ? Demanda Dipper bien qu'il connaissait la réponse.
- L'auteur des journaux. Mon frère. »
Dipper savait que ce ne serait pas le premier revenant qu'ils allaient croiser dans cet univers. Ça allait être amusant.
Pendant ce temps-là, dans une dimension parallèle, deux jumeaux innocents, Dipper et Mabel Pines, furent pendus tout en haut du plus grand arbre de Gravity Falls.
