Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Tout d'abord merci à tous, vous avez été extrêmement nombreux à donner vos impressions et à suivre/favoritiser le premier chapitre de cette fic ! C'est assez incroyable et je ne pourrai jamais vous remercier assez ! J'espère que ce second chapitre vous plaira, il n'a l'air de rien comme ça, au début, mais des indices sont cachés dedans (notamment un premier indice en relation avec l'image de couverture choisie pour cette histoire) et c'est à partir de la fin de ce chapitre que démarre véritablement l'histoire. Bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (Elsar, Naoki Akuro, del93, dragomione33, Graou-Girl, xDarcky, caro-de-lune, FireSilver, Gwen1380, Comeandseetheshow, MzelleCe, Rosaline-Narcisse, Niris, darkwinterpoems, audrey94460, AlexanaLonris, malfoymeds, Saiyu-san, Mlle Cullen59000, ootoo, aude9483, Katil, azakiel, Dangerous-Stupidity, Mrs Lyly Black, haruharuka, M1iya, FloraFanWinx, lilou4, Jenifael09, cece27, Helia.H, Arnalande, Lixette, Mouistiqua, Didoune, FabCissy, fairylilac, CryingToYourHeart, SatouneDV, Tipsy-Love, Minioon, Tinkiwi, Hinata-Chan142464), ainsi qu'à doddie08, sylphaangels, TomyC, Bebaven, Gratt'Papier, laloudu77, Gouline971, Earcil, MademOiselle235463, Louna, faerycyn, Piitchoun, sarahblue1, Lety31, TatieBella, Felicia, Marion, steiil, Celia, Hardcoredrugs, Loufoca-Granger, Alaska66, L.E.V.W, Eliane Gil, miss damdam, Babar, loulou, Madame La Duchesse, cycy, Marie, Mione159, Melusine Oriki, Anthracite77, Djianara, PetitMilou, Carboplatine, xxShimyxx, PouleauPotter, Kendy, Elena Grape, Petitestef, Goutte-de-Mer, Fla, Fifi72, Aqualys, Heibi pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook !

Je viens de m'apercevoir que j'ai oublié le Disclaimer en début de fic…
Disclaimer : Harry Potter est la propriété de J. et de la Warner Bros, seule l'histoire et certains personnages de mon invention m'appartiennent.

RAR :

Sylphaangels : Il ne faut pas oublier qu'une décennie entière s'est écoulée et les gens ont fini par accepter l'étrangeté de la relation entre Hermione et Draco (bon sauf Lulu). Mais effectivement, au fil de l'histoire, je glisserai quelques explications et autres flashbacks. On en saura également plus sur la fusion des mondes et comment on en est arrivés là. Merci pour ta review, en tous cas !

Bebaven : Merci beaucoup pour ta review riche en compliments ! Un premier chapitre, c'est toujours très délicat à publier et très stressant aussi mais ta review fait partie de celles qui rassurent beaucoup ! haha. On va d'ailleurs retrouver Aria dès le début de ce chapitre et j'avoue que oui, le caractère et le rôle que je lui ai donnés sont bien plus intéressants selon moi à exploiter que dans Rise. Je ne me voyais pas la faire stagner et voulais qu'elle évolue de manière assez forte pour cette nouvelle histoire. Encore merci pour ton message et j'espère que la suite continuera de te plaire !

Earcil : merci pour ta review ! Ce n'est pas grave si tu ne reviewes pas souvent, le tout c'est que tu prennes du plaisir à lire ! ) A bientôt !

Louna : Merci pour ta review ! Je suis contente que Rise et ce premier chapitre t'aient plu ! Ah ah ah Hermione n'est pas dégoûtée des enfants mais c'était nécessaire de commencer la fiction sans qu'elle soit déjà mère (tu comprendras très vite pourquoi…). J'espère que ce nouveau chapitre te plaira aussi !

Felicia : ahah la discussion inévitable sur les bébés arrivera peut-être plus tôt que prévu mais pas de la manière dont tu t'y attends, je pense. XD Pareil pour le retour de Théo, Monsieur Nott sait soigner ses entrées ! Merci pour ta review et à bientôt !

Marion : Ahah Lucius n'a pas fini d'agacer, surtout quand on sait qu'il fait exactement la même chose que son fils (quel hypocrite !) Enfin, je te laisse juger par toi-même avec ce début de chapitre.^^ Merci pour ta review !

Celia : Merci de ta review ! Si tu aimes les anecdotes avec la technologie moldue, je pense que tu vas aimer ce chapitre ^^ Bonne lecture !

L.E.V.W : Ah ah tu étais la deuxième à remarquer pour Bridget Bardow ! XD Oui, les publications se feront encore chaque lundi, je ne voudrais pas risquer de chambouler vos habitudes… Bisous et merci !

Loulou : sequel est le mot anglais pour « suite ». En fait on dit « sequel » pour une suite dont les événements se passent après la précédente histoire et on dit « prequel » pour une suite dont les événements se passent avant la précédente histoire. Et je posterai effectivement la suite chaque lundi, comme avant, sauf en octobre où je partirai en vacances mais je vous préviendrai à l'avance. Merci pour ta review et à bientôt !

Cycy : ahah, notre Théo national, oui c'est un surnom qui lui va bien. XD Ne t'inquiète pas, il débarque bientôt ! Bises et merci !

Marie : Merci à toi de me lire ! J'espère que cette nouvelle fiction te plaira autant !

Kendy : et bah nooooon ! Ce n'est pas Théo qui a agressé la pauvre petite Clara ! Ca aurait été trop simple, franchement et vous commencez à me connaître, je ne fais jamais dans le simpliste ! hihi Merci de ta review et j'espère que la suite te plaira !

Fla : merci beaucoup, j'espère que la suite te plaira !

Heibi : Ah ah ah, bien vu pour Lucius et les jeunettes, je te laisse découvrir ci-après… Quant à la tête d'Hermione, c'est pour bientôt ! Genre là, tout de suite, maintenant, dans ce chapitre XD Bisous et merci !

Chapitre 2 : The Kid

« Sandra, apportez-moi un café dans mon bureau, s'il vous plaît. Très serré, sans sucre… »

La jeune secrétaire du cabinet d'avocats Grey & Stone leva les yeux de son ordinateur et adressa un sourire désolé à sa patronne.

« Vous prévoyez une rude journée, Maître Stone ? », railla-t-elle en se levant déjà pour prendre sa veste et aller chercher le remontant au café d'en face.

Aria ferma brièvement les yeux et soupira, avant de hocher la tête. « Très rude. J'ai trois nouvelles affaires à traiter, donc si possible, invitez toute personne qui cherchera à me joindre à aller se faire voir », plaisanta Aria en désignant la lourde pile de dossiers entre ses bras.

Sandra s'esclaffa et contourna son bureau pour se diriger vers la porte. « Ou je peux aussi leur dire de rappeler ultérieurement. »

Aria sourit. « En voilà, une bonne idée. Je ne regrette pas de vous avoir engagée ! », ajouta l'avocate en tendant une main peu assurée (en raison de la pile de papiers qui menaçait de s'effondrer) vers la poignée de porte de son bureau. Elle se figea en entendant sa secrétaire reprendre la parole.

« Vous ne direz peut-être pas ça dans quelques secondes. Vous avez un visiteur, je me suis permis de le faire entrer dans votre bureau… », fit précipitamment Sandra avant de se sauver hors du cabinet. Aria la suivit des yeux, les sourcils froncés. A la manière dont sa secrétaire avait prononcé le mot « visiteur », il s'agissait sûrement de quelqu'un qu'elle connaissait. Ou d'une célébrité. Ou d'un de ces abrutis du Ministère de la Magie… Ils n'étaient pas franchement tendres avec elle depuis qu'elle avait engagé sa petite vendetta contre le monde sorcier. Mais étant un personnage médiatique, il leur était désormais difficile de la faire disparaître comme au bon vieux temps.

Aria poussa la porte et risqua un œil par-dessus sa pile de paperasse. Son cœur manqua un battement en constatant que son visiteur n'était autre que… Lucius Malfoy. Comme si je n'avais pas assez de problèmes en ce moment…, grommela-t-elle intérieurement. D'un pas qu'elle voulait rigide et déterminé, elle s'approcha de son bureau au design moderne et laissa bruyamment tomber sa pile de dossiers devant le clavier de son PC. Une petite figurine représentant Thémis, déesse de la Justice, s'ébranla légèrement sur son socle, sa minuscule balance s'agitant nerveusement au bout de son bras.

« Qu'est-ce que tu veux ? », demanda sèchement Aria sans regarder l'homme dans les yeux. « J'ai beaucoup de travail aujourd'hui, je n'ai pas le temps pour te recevoir… »

« Bonjour Aria », souffla Lucius sans s'émouvoir. Il était habitué aux accueils un peu froids de la jeune avocate. Mais la plupart du temps, ce n'était que l'accueil…

« Rassure-moi, tu n'es tout de même pas rentré par la porte principale ? », s'enquit-elle soudain en fronçant le nez.

Lucius haussa un sourcil amusé. « Si, pourquoi ? Tu as peur que les gens croient que tu t'envoies en l'air avec un vieux croulant de 53 ans ? »

Mais Aria ne goûta pas à la plaisanterie et le fusilla du regard en s'asseyant dans son fauteuil pour commencer à organiser les dossiers de la journée. « Primo, on ne s'envoie pas en l'air. L'utilisation de l'imparfait serait opportune étant donné que ce n'est arrivé que deux malheureuses fois. Secundo… »

« Cinq fois », musa Lucius en faisant tourner sa canne entre ses doigts.

Aria lui adressa un nouveau regard meurtrier. « Secundo », reprit-elle avec plus de hargne. « Ce n'est pas ce qui me préoccupe. Ce qui me préoccupe est que tu es un sorcier. Autrement dit, un adversaire pour environ 100% de ma clientèle. Ta présence, si elle est remarquée, ne serait pas bonne pour mes affaires. » Et pour ponctuer sa phrase, elle tapa durement un dossier sur la surface du bureau pour bien aligner tous les feuillets avant de les agrafer d'un geste agacé.

Lucius se contenta de la regarder avec un sourire narquois. « Tu es énervée… », fit-il remarquer doctement. « Serait-ce parce que ça fait près de deux ans qu'on ne s'est pas vus ? Je t'ai manqué ? »

Aria soupira et leva les yeux au ciel. « Sérieusement, Lucius, j'ai du travail et tu me fais perdre mon temps », reprit-elle en attrapant une autre liasse à agrafer. « Je te l'ai déjà dit la dernière fois : c'est terminé. J'en ai assez que tu te pointes au moment où je m'y attends le moins, à un moment où je suis vulnérable et/ou alcoolisée et/ou en pleine dépression post-rupture pour me retourner la tête et tirer ton coup. Je me porte très bien sans toi. Au revoir, merci d'être venu et ne te prends pas les pieds dans le paillasson en sortant. » Elle se leva et tendit le bras en direction de la porte, l'invitant à sortir.

Mais Lucius ne bougea pas et la transperça du regard. Le regard en question s'éternisant, Aria sentit sa façade défensive se fissurer légèrement. Il avait toujours eu cet effet-là sur elle. Dès le départ à Azkaban, c'était ce regard qui l'avait hypnotisée, l'avait poussée à lui parler, le questionner. Et à chaque fois qu'il la regardait depuis, même après toutes ces années, elle avait l'impression d'être à nouveau la jeune prisonnière de 22 ans, terrorisée et impuissante. Totalement à sa merci. Bon sang, s'il ne cessait pas tout de suite de la regarder ainsi, il n'aurait bientôt plus qu'à claquer des doigts pour qu'elle tombe encore dans le panneau. Ou plutôt dans ses bras. Mais lorsqu'il rouvrit la bouche et parla, ses mots lui firent l'effet d'une douche froide.

« Il est revenu », fit Lucius d'une voix sombre.

Aria sentit un frisson lui parcourir l'échine. Ses genoux se mirent à trembler et elle se rassit doucement dans son fauteuil, le temps d'accuser le coup.

« Tu es sûr que c'était lui ? », demanda-t-elle d'une voix faible et Lucius retrouva soudain (avec un ravissement pervers) la jeune et vulnérable Aria Stone qu'il avait connue à Azkaban.

« J'étais sur le Chemin de Traverse quand je l'ai vu », approuva Lucius. « Il entrait dans Gringotts. »

A cet instant, on frappa à la porte et Aria sursauta. « Entrez ! »

Sandra, la secrétaire, revenait avec son café fumant dans un mug en carton recyclé et trottina jusqu'au bureau d'Aria pour l'y déposer. Elle gratifia sa patronne d'un regard appuyé et d'un haussement de sourcils suggestif et Aria fronça les siens avec insistance. Elles n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre : Sandra savait parfaitement qui était l'homme dans son bureau et la relation qu'il entretenait (avait entretenue) avec l'avocate. Mais alors qu'Aria lui disait toujours qu'elle ne souhaitait plus voir « ce mufle de Malfoy », sa secrétaire ne cessait de glousser comme une adolescente en lui disant qu'il « n'y avait pas de mal à se faire du bien de temps en temps ». Avec un sourire bien trop grand à l'attention de Lucius, Sandra repartit dans l'autre sens pour quitter la pièce sans un mot. Ni même un gloussement, ce qui selon Aria représentait une grande amélioration.

La jeune avocate se racla la gorge nerveusement et prit une gorgée de café pour se remettre de ses émotions. Ainsi donc, Théodore Nott était de retour en Angleterre. La nouvelle ne la réjouissait pas vraiment étant donné que la dernière fois qu'elle l'avait vu, il lui avait confié une baguette qui avait servi à commettre un crime (en l'occurrence les meurtres de Gregory et Romilda Nott) avant de la faire arrêter puis emprisonner à tort à Azkaban. Elle avait eu beau se questionner pendant des mois, des années à ce sujet, Aria n'avait encore jamais compris pourquoi il avait fait ça. Par dépit parce qu'elle avait perdu de l'intérêt à ses yeux depuis qu'il savait qu'elle n'était pas une sorcière ? Par peur qu'elle ne rencontre sa petite amie de Poudlard (qui n'était en réalité pas sa petite amie du tout !) ? Par simple cruauté ? Cela restait un mystère complet pour elle et elle avait été soulagée d'apprendre par Lucius, onze ans plus tôt, qu'il avait élu domicile aux Etats-Unis. Pourtant, une part d'elle-même reconnaissait que c'était grâce à cette mésaventure, qu'elle avait abandonné ses études de lettres pour se consacrer au droit, et plus tard à la Défense des Moldus. C'était d'avoir connu l'horreur qui avait fait d'elle ce qu'elle était aujourd'hui. Une brillante avocate pour certains, un redoutable requin pour d'autres, un obstacle agaçant pour Ogden, ses ministres et ses entreprises. Sans Théodore, peut-être serait-elle une simple professeur d'anglais dans un lycée paumé, harcelée sexuellement par un vieux proviseur bedonnant pour un salaire de misère. Là au moins, le seul qui la harcelait sexuellement était un séduisant aristocrate qui ne semblait pas comprendre le sens du mot « non ». Non, non, Aria… Pas un séduisant aristocrate. Un aristocrate tout court. Marié, qui plus est.

« Est-ce que tu lui as dit ? », demanda-t-elle soudain en tournant un regard inquiet vers Lucius.

« A qui ? », fit Lucius, feignant l'innocence.

« Ta belle-fille… », soupira Aria en plissant les yeux. « Il faut qu'elle le sache, sa sécurité est en jeu-

« Techniquement, ce n'est pas encore ma belle-fille, il reste de l'espoir… », maugréa Lucius, la mine sombre.

« Arrête un peu ton cinéma… », le rabroua la jeune femme en levant les yeux au ciel. « Est-ce que tu lui as dit, bon Dieu ? »

Lucius pinça les lèvres, comme s'il n'appréciait pas vraiment de se faire enguirlander par sa jeune conquête. Ex-conquête…, corrigea-t-il intérieurement. Il avait déjà bien assez de sa femme pour lui reprocher le moindre de ses faits et gestes. « Non », répondit-il en boudant légèrement. « Cette histoire ne me concerne pas. »

Aria haussa un sourcil. « Si ça ne te concerne pas, pourquoi es-tu ici à me prévenir ? », demanda-t-elle, surprise.

Le regard narquois que lui adressa Lucius la fit se tortiller nerveusement sur son siège.

« Je vois, tu espérais que je sois morte de peur et te remercie de l'info en couchant de nouveau avec toi ? », aboya-t-elle, tandis que ses hormones traîtresses lui hurlaient « Oui ! Oui ! ».

« Oui, éventuellement », avoua Lucius en esquissant un sourire dangereusement sexy. « Mais aussi pour t'assurer que je veillerai sur toi. »

L'avocate le fusilla du regard. « Tire-toi. »

Le sourire de Lucius disparut aussitôt. Ramassant sa canne, et les restes de sa dignité, il se dirigea vers la porte.

« Et parle à ton fils, au moins », ajouta-t-elle dans son dos. « Sinon je m'assurerai personnellement que lui et sa petite amie soient mis au courant du retour de l'autre cinglé. »

Lucius grommela quelque chose d'inaudible et sortit du bureau, claquant la porte derrière lui. Si fort que la figurine de Thémis agita de nouveau sa petite balance dorée, comme pour narguer Aria. Celle-ci laissa tomber son front sur son clavier d'ordinateur et soupira. Lorsqu'elle releva les yeux, ses iris s'étaient assombris. Pour la première fois en un peu plus d'une décennie, Théodore se trouvait à moins de 8 000 km d'elle et sans même l'avoir encore vu de ses propres yeux, elle sentait déjà le fantôme de sa présence peser sur sa poitrine et l'étouffer. D'une main glacée et moite, elle empoigna le premier dossier de la journée et s'y plongea à contrecœur.

~o~

Une mélodie répétitive brisa le silence et Hermione leva le nez de la préparation de ses cours de la rentrée pour regarder l'écran de son ordinateur. Quelqu'un cherchait à la contacter par Skype. En l'occurrence Fred et George, depuis l'ordinateur de leur boutique. La jeune femme avança la main pour cliquer sur l'icône verte et lancer la communication, lorsqu'elle se figea. Skyper avec les jumeaux lorsqu'elle tentait de travailler pouvait s'avérer très dangereux. D'une part parce qu'ils finissaient toujours par lui faire visionner des tonnes de vidéos stupides mais hilarantes, tuant littéralement sa productivité. D'autre part, parce qu'il arrivait également qu'il leur prenne l'envie de tester de nouveaux trucs via Internet. La dernière fois, Hermione s'était retrouvée hypnotisée par des images psychédéliques trois heures durant, jusqu'à ce que Draco rentre du travail et ne rabatte l'écran de son ordinateur portable, la sortant enfin de sa transe.

La mélodie continuait de se répéter et Hermione décida tout de même de prendre le risque. C'était peut-être vraiment important, cette fois…

L'écran ouvrit une fenêtre et quelques secondes plus tard, les visages constellés de taches de rousseur et souriants de Fred et George Weasley apparurent en gros plan.

« Salut, Hermione ? T'as dix secondes, là ? », fit Fred en haussant les sourcils.

« Euh… », commença Hermione en jetant un regard hésitant en direction de ses livres de cours.

« Bien sûr qu'elle a dix secondes », répondit George à sa place. « Elle est prof et c'est les vacances, je suis sûr qu'elle glande, là… »

« Eh bien… », reprit Hermione, légèrement vexée.

« Tu as tout à fait raison, mon cher George », renchérit Fred en se frappant le front du plat de la main. « C'est d'ailleurs pour ne pas déranger les autres gens qui travaillent vraiment, eux, que nous avons décidé de faire appel à toi pour tester notre nouvelle application ! »

Hermione pinça les lèvres et les fusilla du regard. Mais qu'est-ce qui lui avait pris d'accepter cet appel, par Merlin ?

« Dites, ce n'est pas encore un économiseur d'écran hypnotiseur, au moins ? », maugréa Hermione en mettant la main sur la partie verticale de son ordinateur portable, prête à la rabattre au moindre signe suspect.

« Absolument pas », répondit Fred en secouant la tête.

« Promis juré », renchérit George, tout sourire.

« Craché ! », ajouta Fred en se penchant hors du champ de la caméra. Hermione l'entendit émettre un bruit de bouche peu ragoûtant et se demanda une seconde s'il avait réellement osé cracher sur le sol. Et vu la tête de George à côté de lui, ce devait certainement être le cas.

Hermione poussa un soupir et repoussa le livre qu'elle tenait à la main dans un coin de la table pour rapprocher son PC de ses yeux. « Allez-y, je suis prête. »

Une petite pop-up apparut en bas à droite de l'écran et elle plissa les yeux pour lire le nom du fichier qui venait de lui être envoyé. .

« Allez ouvre-le », fit Fred, l'air tout particulièrement excité.

Réprimant un soupir, Hermione cliqua sur le fichier et son lecteur vidéo s'ouvrit. Une image représentant une énorme bouse de vache apparut à l'écran. « Mais qu'est-ce que- ?

C'est alors qu'elle la sentit. Lourde, étouffante, omniprésente, l'odeur d'excrément bovin avait envahi toute la pièce. Hermione poussa un cri de dégoût et pinça son nez entre ses doigts, tout en fusillant les jumeaux du regard. « Par Berlin, bais vous êdes fous ! », beugla-t-elle d'une voix nasillarde, tandis que les jumeaux semblaient surpris de sa réaction.

« Ah merde, Fred, tu lui as envoyé au lieu de ! », protesta George en donnant un coup de coude à son frère. Hermione vit bientôt un nouveau fichier apparaître en bas de son écran. La main gauche toujours serrée sur son nez, elle s'empressa de cliquer dessus et quitta quelques instants son écran pour aller ouvrir les baies vitrées et faire un courant d'air. Lorsqu'elle revint devant son ordinateur, elle écarta les doigts de ses narines et inspira prudemment. L'odeur fraîche des citrons avait (presque) remplacé celle du purin.

« Alors, Hermione ? », demanda George en la voyant à nouveau respirer normalement. « Comment tu trouves notre nouvelle application d'odorama ? »

« Inutile et dangereux », rétorqua Hermione en fronçant les sourcils.

« Hourra ! », jubilèrent les deux frangins en se frappant mutuellement les paumes des mains. « C'est le plus beau compliment que tu pouvais nous faire, Hermione », ajouta Fred avec un large sourire.

« Plus sérieusement, je peux savoir à quoi ça sert ? », demanda la jeune femme, perplexe. « Mis à part à asphyxier les gens ? »

« On a présenté ce projet à une agence de home cinemas et on espère pouvoir intégrer les odeurs aux films, pour une immersion encore plus totale dans l'histoire ! », annonça fièrement George tandis que son frère hochait la tête à côté de lui. « On a déjà commencé à travailler sur La Planète des Singes. Tu veux sentir ? »

Hermione écarquilla soudain les yeux et se retint de secouer la tête frénétiquement. « Non, non ça ira ! Je vous crois sur parole. Mais franchement, je ne sais pas si c'est une très bonne idée. Après ça, ce sera quoi la prochaine étape ? Bosser sur Titanic et noyer les gens dans leur canapé ? »

Un silence étrange s'ensuivit et les deux jumeaux se regardèrent comme si Hermione venait de leur soumettre l'idée du siècle. Puis Fred se tourna vers l'écran et lui dit : « On te laisse, Hermione, on va tester ça ! »

La communication fut coupée et Hermione resta un moment immobile, les yeux ronds, tout en pensant qu'elle venait encore une fois de perdre une occasion de se taire. Autour d'elle, l'odeur du citron continuait de se diffuser et d'un geste lent, elle cliqua sur la petite croix de son lecteur vidéo pour le fermer. Ces deux-là étaient vraiment de dangereux psychopathes…

~o~

« Ah mais au fait, ce soir c'est le grand soir ! A quelle heure on vient ? », demanda Blaise en traversant la salle d'accueil de Sorcimmo pour se planter devant le bureau de Draco. Celui-ci était en train de remplir le dossier d'un manoir sorcier perdu dans les Highlands et ayant autrefois appartenu à l'illustre famille de Sang-Pur, les Rosier. Le dernier descendant des Rosier purgeait une peine non négligeable à Azkaban depuis la Bataille de Poudlard et venait de recevoir le baiser du Détraqueur après onze ans de réclusion. Plus aucune famille ne réclamant la propriété, Draco l'avait vue arriver sur le marché avec une satisfaction toute particulière. Le manoir était immense, encore richement meublé et la commission qu'il se ferait dessus promettait d'être gargantuesque.

Draco Malfoy leva les yeux vers son ami, et désormais collègue, en haussant les épaules. « J'en sais rien, quand vous voulez… à quelle heure ça commence ? »

« 20h50 », répondit Blaise avec un sourire. « On à qu'à dire 19h30 chez toi, le temps de prendre l'apéro avant… Rassure-moi, Ginny ne viendra pas avec les gosses ? Ils sont gentils mais de temps en temps, ça fait du bien de s'en débarrasser. »

« Hermione m'a dit qu'elle les laissait chez Molly pour… » Draco se tut. Un mouvement derrière la vitrine de l'agence avait attiré son attention. Il pencha la tête sur le côté pour regarder derrière Blaise et fronça les sourcils. Le métis suivit son regard et se retourna, comprenant pourquoi le blond faisait cette tête. A quelques mètres, le nez collé à la vitrine de Sorcimmo et scrutant entre les annonces de maisons et appartements placardées sur le vitrage, se trouvait Lucius Malfoy, sa sempiternelle canne à la main et une expression hautaine sur ses traits.

« Qu'est-ce qu'il fout là… », marmonna Draco en plissant les yeux.

« Il vient ce soir ? », s'étonna Blaise en reportant son attention sur son ami.

« T'es fou ? », grommela le blond tandis que son père tournait la poignée de la porte et entrait à l'intérieur, en prenant soin de dévisager avec mépris le moindre objet se trouvant sur son chemin. « Père ! Que me vaut le déplaisir de votre visite ? », railla Draco en se levant pour se mettre à sa hauteur.

Lucius fronça le nez. Dans un accès de bonté inexpliqué (et aussi parce qu'il avait peur qu'Aria mette ses menaces à exécution), il avait décidé de prévenir son fils du retour de son ennemi. Et voilà que ce petit impudent le prenait de haut et osait insinuer qu'il n'était pas content de le voir ? Et dire qu'à une époque bénie des dieux, son fils avait eu une peur terrible de lui. Mais que s'était-il passé ?

« Eh bien, quel accueil… », gronda-t-il en dévisageant Blaise, qui repartit s'asseoir à son bureau, posa les pieds dessus et attrapant une petite balle de jonglage, s'installa pour regarder le spectacle donné par Blondinets père et fils.

« Vous vous attendiez à quoi ? », railla Blaise en faisant sauter la petite balle dans sa main. « Un câlin ? »

Lucius le fusilla du regard et reporta son attention sur son héritier. Celui-ci souriait d'un air narquois. De mieux en mieux…

« Un peu de respect et de gratitude, ce n'est pas trop demander… », cracha Lucius tandis que Draco croisait les bras d'un air buté.

« Parce que du respect, vous en avez toujours pour moi… ou pour Hermione… », lâcha le jeune homme avec amertume.

Lucius serra la main autour du pommeau de sa canne. Toujours. Il fallait toujours qu'il ramène tout à cette Sang-de-Bourbe. « Cette fille n'est pas digne d'un-

« Cette fille, comme tu dis, sera bientôt ma femme », aboya Draco, le tutoiement ressortant toujours par réflexe lorsqu'il s'énervait contre lui. Cela avait le don d'agacer Lucius au plus haut point. « Que tu le veuilles ou non. Maintenant, dis ce que tu as à dire et sors de mon entreprise. »

« Notre entreprise… », corrigea Blaise en faisant de nouveau sauter sa balle d'une main à l'autre.

Lucius dévisagea tour à tour les deux jeunes hommes et pinça les lèvres. Cette fille sera bientôt ma femme, que tu le veuilles ou non, répétait la voix de Draco dans sa tête. Lucius se trouva alors bien sot. Sot d'avoir envisagé une seule seconde de partager l'info du retour de Nott avec son fils. D'avoir failli faire quelque chose pour la Sang-de-Bourbe. Mais s'il ne faisait rien ? S'il ne disait rien ? Avec un peu de chance, Nott aurait le temps de le débarrasser de son problème, ni vu ni connu. Un sourire glacial étira les lèvres de Lucius et il toisa son fils de toute sa hauteur.

« J'avais à te parler mais ce n'est clairement pas le moment… », lâcha-t-il d'une voix mielleuse. « Je suppose qu'on verra plus tard. Excellente journée à vous, les garçons. »

Il tourna donc les talons, sous les regards soupçonneux des deux amis et quitta l'agence, la tête haute. Et voilà, chantonna-t-il intérieurement. Avec un peu de chance, l'autre cinglé de Nott le débarrasserait de Granger avant que quiconque ait pu réagir. A l'intérieur, Blaise et Draco échangèrent des regards circonspects. Puis après une longue minute de silence, Blaise prit la parole.

« C'est con, c'était peut-être important… », marmonna le métis en regardant le père Malfoy disparaître au coin de la rue.

Draco haussa les épaules. « Mais non », grommela-t-il avec une pointe d'agacement. « Il faisait son intéressant, c'est tout. 19h30, donc ? Je vais prévenir Hermione. »

~o~

Hermione sursauta lorsque son portable vibra sur la table de la salle à manger. Levant le nez de ses bouquins, elle le prit et vit que Draco venait de lui envoyer un SMS.

Toujours OK pour ce soir ? Blaise et Patapon débarqueront pour l'apéro à 19h30. Je t'aime.

Hermione esquissa un sourire et secoua la tête. « Patapon », alias Ron Weasley, renommé ainsi depuis que Draco avait entendu Ginny chanter « Il était une bergère » à Lily pour l'endormir.

« Et Ron, et Ron petit patapon… », chuchota Hermione avant de rire doucement. Elle s'apprêtait à envoyer sa réponse lorsque le Patronus de Draco, un castor (ce qui faisait toujours grimacer Hermione car cela lui rappelait le surnom ridicule dont il l'avait affublée à Poudlard), apparut. La voix de Draco envahit la pièce.

« Tu as reçu mon SMS ? »

Hermione allait lever les yeux au ciel, lorsque la voix de Blaise, un peu plus lointaine, s'éleva à son tour.

« Mec, sérieux, faut que t'arrêtes les messages en double. Tu veux pas lui envoyer un hibou aussi ? »

La jeune fille éclata de rire et ses doigts pianotèrent vivement sur le clavier de son téléphone pour répondre à Draco. Non, elle n'avait pas oublié l'événement de la soirée. Oui, il y avait de quoi préparer un apéro à la maison. Et non, elle n'avait pas besoin d'une confirmation par hibou.

Secouant la tête et le sourire toujours aux lèvres, Hermione consulta sa montre. Il était près de midi et elle avait rendez-vous avec Ron pour déjeuner en ville. Elle voulait surtout passer chez Fleury et Bott pour acheter des livres supplémentaires avant la rentrée, mais déjeuner avec un ami lui ferait également du bien. Un ami sans enfant et dont la conversation s'orienterait sur autre chose que les couches culottes et le vomi. Abandonnant son travail pour se préparer en vitesse, elle sortit de chez elle et dans un craquement sonore, transplana jusqu'au chemin de Traverse. Ron l'attendait déjà près de la boutique de Mme Guipure et sourit en la voyant.

« Désolée, j'ai un peu de retard », s'excusa Hermione en l'embrassant sur la joue, « j'espère que tu n'as pas trop attendu. »

Ron secoua la tête. « Ne t'inquiètes pas pour ça », dit-il avec un large sourire. « En plus, c'est pas comme si on était débordés, au boulot en ce moment… »

« Quoi ? Les Aurors se tournent les pouces ? Mais que fait la police ? », railla Hermione en le suivant entre le flot de visiteurs qui se pressaient dans l'allée.

« C'est vrai qu'on est plutôt peinards ces derniers temps, ça manquerait presque de vilains sorciers à emprisonner… », avoua le rouquin en se présentant à la terrasse d'une brasserie. « Deux couverts, s'il vous plaît », ajouta-t-il à l'attention du serveur qui hocha la tête et leur fit signe de s'installer entre la façade du bâtiment et une jolie jardinière fleurie. « Et toi ? », reprit Ron une fois qu'ils furent assis, les menus en main. « La dernière ligne droite avant la rentrée ? Je suis sûr que tu es au taquet, comme d'habitude… »

Hermione lui adressa un regard indigné. « Je ne suis pas du tout au taquet », protesta-t-elle en levant les yeux au ciel. « Je prépare juste mes cours avec attention. » La jeune femme allait baisser les yeux sur son menu lorsque quelque chose attira son regard sur le mur à sa droite. Elle tourna la tête et fronça les sourcils en remarquant un grand « H » calligraphié en noir sur le mur blanc. « Drôle de tag… », marmonna-t-elle tandis que Ron suivait son regard.

« Ah ouais… des H comme celui-là, il y en a dans tout Londres. Ça doit être la signature d'un gamin qui veut se faire remarquer… », fit le jeune Auror en haussant les épaules. « Qu'est-ce que tu prends ? », reprit-il en reportant son attention sur le menu.

Hermione sourit. On ne pouvait jamais distraire Ron de son repas bien longtemps. « Des pâtes carbo, classique, simple, efficace. »

« Ah, tu ne prends pas d'entrée ? », geignit Ron, avec un regard embêté.

« Tu peux prendre une entrée sans moi, Ron », s'amusa Hermione en le gratifiant d'un regard narquois.

« Non, mais je vais pas manger tout seul, c'est pas grave… », bougonna-t-il en tournant la page pour accéder aux plats.

« Très bien, je vais aussi prendre une entrée », soupira Hermione en roulant des yeux.

« Non mais, je veux surtout pas te forcer », fit le rouquin en retrouvant un peu le sourire.

Le serveur arriva à leur table, sortant son calepin de sa poche. « Vous avez choisi ? », demanda-t-il avec un sourire à l'attention d'Hermione. Celle-ci le lui rendit poliment.

« Melon et jambon d'Espagne, puis pâtes carbonara, s'il vous plaît », commanda-t-elle, tandis que le serveur se tournait vers Ron après avoir noté sa commande.

« Et moi en entrée une salade César et-

« Monsieur, les salades sont très copieuses », s'excusa le serveur. « C'est un plat principal. »

« Je sais, je suis déjà venu et après votre salade, j'avais encore faim. Donc ce sera en entrée la salade César, je vous prie, suivie d'une pizza quatre fromages », commanda Ron tandis que le serveur faisait des yeux ronds mais se retenait de tout commentaire. En face de Ron, Hermione étouffa un rire nerveux.

« Et une carafe de vin rosé, s'il vous plaît », ajouta précipitamment Hermione. Le serveur hocha la tête et disparut en cuisine. « Tu es vraiment un goinfre, tu le sais, j'espère ? », s'esclaffa-t-elle tandis que Ron lui souriait de toutes ses dents.

« Et toi, tu bois de plus en plus de vin, tu le sais j'espère ? », se moqua son ami.

« J'ai Lucius Malfoy pour beau-père, je revendique mon droit d'être alcoolique », déclara Hermione, tandis que Ron redoublait d'éclats de rire. « Non, mais tu l'as vu vendredi soir ? Insupportable… »

« Lui-même, quoi… », approuva Ron tandis que le serveur déposait la carafe de vin sur leur table et leur servait à boire. « Rassure-moi, il ne vient pas ce soir ? »

« Merci », souffla Hermione au serveur et celui-ci repartit au pas de course. « Non, il ne sera pas là et je n'ai qu'une chose à dire : MERCI MON DIEU. »

Ron s'esclaffa et levant son verre, l'invita à trinquer, ce qu'elle fit.

« Au fait, tu as entendu parler de cette gamine qui s'est fait agresser ce weekend ? », demanda-t-elle avant de prendre une gorgée de rosé.

« Devant un bar sur les quais ? », demanda Ron alors qu'Hermione hochait la tête. « Ouais, j'ai vu. C'est atroce. »

« Et ? »

Ron lui jeta un regard pétri d'incompréhension. « Comment ça, et ? »

« Le type, on sait qui c'était, pourquoi il a fait ça ? Vous avez interrogé les parents ? », le questionna Hermione avec une pointe d'agacement.

Ron écarquilla les yeux. « Pourquoi faire ? »

Ce fut au tour d'Hermione de lui adresser un regard scandalisé. « Mais… enfin, ça me paraît évident ! »

« Le type n'était pas un sorcier, je ne vois pas en quoi ça concernerait les Aurors », se défendit Ron en fronçant les sourcils. « C'est à la police moldue de s'en charger, pas à nous. Et en plus il est mort, problème réglé. »

Hermione pinça les lèvres.

« Quoi ? », fit Ron, en captant son expression désapprobatrice.

« J'en sais rien… maintenant que les deux mondes ne forment plus qu'un, il serait peut-être temps que les sorciers aident un peu les moldus, et même dans les situations n'impliquant aucun sorcier… », grommela-t-elle en le fusillant du regard.

« Je te signale que les moldus ne nous aident pas, nous », protesta Ron avec amertume. « Sauf si tu considères l'augmentation de nos impôts comme une aide. Sérieusement, cette Aria Stone, je la retiens… Si on avait su, on aurait peut-être pas envoyé Harry la sortir des griffes des Détraqueurs, celle-là. »

Hermione tendit vivement la main par-dessus la table et assena une tape sur le haut du crâne de Ron, qui protesta vivement. Elle n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer la fameuse Aria Stone, à part dans le journal ou à la télévision, mais elle avait appris son histoire après sa séquestration en France. Harry la lui avait racontée. Quant à Lucius… elle l'avait surpris plusieurs fois à lancer des regards curieux ou intéressés dès que la discussion dérivait sur la jeune avocate et elle sentait qu'il avait encore des contacts avec elle. Elle en aurait mis sa main à couper. Toutefois, même si elle ne la connaissait pas personnellement, elle éprouvait une sympathie toute particulière envers la jeune femme, qui avait elle aussi été victime de la folie sans limites de Théodore Nott. Et rien que pour ça, Hermione ne pouvait pas laisser qui que ce soit la critiquer en sa présence. Pas même Ron.

Une heure plus tard, Ron et Hermione se quittèrent et le rouquin se traîna (plus qu'il ne marcha) jusqu'à son bureau du Ministère de la Magie, le ventre bien rempli de sa gigantesque salade et de sa non moins conséquente pizza. Hermione le regarda s'éloigner avec un sourire en coin, puis prit la direction de Fleury & Bott. Elle adorait vraiment cette boutique. Dès qu'elle passait le seuil, l'odeur de poussière et de moisissure omniprésente la transportait là où elle se sentait le mieux : entourée de bouquins. Elle venait à la base pour trouver des livres intéressants avec lesquels étoffer ses cours, mais elle se connaissait et savait qu'elle ressortirait les bras chargés de volumes dont elle n'avait pas forcément besoin mais qu'elle achèterait quand même.

S'engouffrant dans les rayons bondés de jeunes enfants rassemblant leurs manuels de magie avant la rentrée, Hermione grimpa à l'étage et commença par son rayon préféré : la magie sans baguette. Si « l'épisode Nott » avait servi à quelque chose, c'était bien à lui donner le goût de ne plus utiliser d'accessoire pour lancer des sorts simples. Outre le fait que c'était quand même classe, Hermione trouvait cela aussi plus sécurisant. Ainsi, même privé de sa baguette, le sorcier pouvait encore se défendre, ne serait-ce qu'un peu. Après tout, on ne savait jamais ce qu'il pouvait arriver…

Ajoutant un troisième et énorme livre à sa pile d'achats, Hermione prit le tout dans ses bras et tenta un demi-tour dans l'allée étroite entre deux rayonnages lorsque son chargement heurta violemment un acheteur qui arrivait dans l'autre sens. Dans un nuage de poussière, Hermione se sentit légèrement partir en arrière et les grimoires s'éparpillèrent sur le parquet avec fracas.

« Merde… », jura Hermione avant de se baisser aussitôt pour ramasser ses livres, puis se redresser. « Je suis désolée, je ne vous ai pas v-

Autour d'elle, le monde sembla soudain cesser de tourner. Le piaillement des futurs élèves, les remontrances des parents, disparus. Le poids de ses livres entre ses bras, inexistant. La poussière en suspension dans l'air et qui menaçait de la faire éternuer, envolée. Plus rien d'autre n'existait que la sensation atroce qui l'envahissait. Une sensation familière, depuis longtemps refoulée au plus profond d'elle-même, mais qui reprenait doucement, insidieusement sa place dans sa poitrine, son crâne, ses membres. La peur.

« Salut », fit simplement l'homme qui venait de la bousculer. Celui-ci arborait un petit sourire en coin, la tête légèrement inclinée sur le côté et ses yeux pourtant aussi noirs que l'Enfer brillaient d'une petite lueur malsaine. Tout d'ailleurs était noir, chez ce type : ses cheveux, ses yeux, son costume hors de prix, ses chaussures… son âme.

Tétanisée, Hermione réalisa alors qu'elle avait arrêté de respirer. L'air entra de nouveau dans ses poumons et elle lutta pour ne pas tousser. Ce n'est pas lui… ce n'est pas possible… je suis en train d'halluciner…

« Je savais bien que c'était toi, Hermione, je t'ai vue de loin… », reprit le jeune homme sombre en face d'elle, sans cesser de sourire. « Toujours à écumer les librairies, tu n'as pas changé… »

Ce sourire, ces yeux en amande, cette noirceur… Toujours figée, Hermione ne cessait de se répéter toutes les caractéristiques de son interlocuteur. Elle avait toutes les clefs en main et pourtant son cerveau ne pouvait- non refusait de faire l'analogie.

« Tu es encore plus belle que la dernière fois qu'on s'est vus… », souffla alors le jeune homme en tentant un pas vers elle. Mais ce nouveau mouvement sembla remettre les idées d'Hermione en place et elle sortit de sa torpeur.

« N'approche pas ! », siffla-t-elle en reculant d'un pas, les yeux écarquillés de terreur. Ça y était, son cerveau avait fait son boulot. Et maintenant, un seul mot résonnait contre les parois de son crâne, occultant tout autre type d'information : Théodore, Théodore, Théodore.

Théodore Nott prit un air faussement blessé. Ou peut-être l'était-il vraiment ? Hermione n'en avait aucune idée. Ce type n'était pas capable de sentiments humains. Tout ce qu'il faisait c'était copier les sentiments des autres en espérant donner le change. Ce n'était qu'un monstre, un monstre, un monstre, un monstre, caché sous une gueule d'ange. Il tenta un nouveau pas vers elle mais cette fois, Hermione parvint à se reconnecter à la réalité. Elle laissa vivement tomber les livres sur une table et tira sa baguette de sa poche. Toutefois, son cerveau était tellement paralysé par la peur qu'il ne lui envoya aucune information utile et aucun sortilège ne sortit de sa bouche.

En voyant la baguette d'Hermione pointée dans sa direction, Théodore eut une réaction étrange. Il sembla un instant plus agacé par la baguette elle-même que par le fait qu'elle le menace avec. « La baguette des Malfoys, hein ? Intéressant… », siffla-t-il avec une pointe de colère. « Mais si tu en as toujours besoin, c'est que tu n'es pas aussi puissante qu'à notre dernière rencontre, pas vrai, Hermione ? »

« Je n'en ai besoin que pour les sorts extrêmement puissants et c'est exactement ce que je compte t'envoyer dans la gueule, si tu approches encore d'un seul petit pas… », cracha Hermione, qui reprenait un peu de contenance.

Mais Nott ignora totalement son avertissement et s'avança d'un grand pas, avec un petit sourire satisfait. Et sans la quitter des yeux, il avança la tête jusqu'à ce que la pointe de la baguette noire s'enfonce dans la peau de son front. « Alors, vas-y, qu'est-ce que tu attends ? »

Hermione resta un moment à le fixer sans rien dire, la main serrée autour de sa baguette et les larmes montant progressivement à ses yeux. Elle réalisa alors une chose. Même si elle l'avait souvent rêvé, même si elle avait imaginé pendant des années le moment où elle aurait pu anéantir ce salopard, elle savait qu'elle en était incapable. Tuer un homme, aussi vil soit-il, de sang-froid, en le regardant dans le blanc des yeux, ce n'était tout simplement pas quelque chose qu'elle pouvait faire. Surtout un type aussi proche du gouvernement que l'était Nott. Cela lui vaudrait un aller simple et définitif pour Azkaban. Elle tenta donc une autre approche. Parler, gagner du temps, éviter à tout prix qu'il ne l'enlève comme la dernière fois. Car c'était forcément ce qu'il cherchait, non ? S'il était de retour, c'était pour tenter de la ramener auprès de lui ?

« Qu'est-ce que tu fais ici ? », souffla-t-elle d'une voix à peine audible, en reculant légèrement la baguette pour la décoller du front de Théo. Seul un petit point de pression rouge subsista et le jeune homme le frotta de sa main avec une grimace.

« Les affaires m'ont forcé à revenir en Angleterre… », répondit-il avec un sourire énigmatique.

« C'est ça, les affaires… et je suis censée te croire ? », aboya Hermione, ses yeux lançant des éclairs.

« Pourrais-tu s'il te plaît baisser cette baguette, maintenant ? C'est ridicule… », siffla Théodore en roulant des yeux, les mais bien enfoncées dans les poches de son pantalon de costume noir.

« Pour que tu essaies encore de m'enlever comme un lâche ? Non merci », rétorqua Hermione en plissant les paupières.

De nouveau, Théodore inclina la tête sur le côté et lui adressa son sourire le plus glacial. La seconde d'après, la baguette d'Hermione s'arrachait toute seule d'entre ses doigts et venait sagement se poser dans la paume ouverte du jeune homme. Hermione ouvrit la bouche pour hurler un sortilège de protection quelconque mais il la devança.

« Je te la rendrais après, c'est impoli de menacer la personne avec qui on a une conversation… », la morigéna-t-il comme si elle avait cinq ans. « Crois-le ou non, je ne suis absolument pas rentré pour toi. C'est un hasard si je te trouve ici. »

La mâchoire d'Hermione tomba mollement sur sa poitrine et le sortilège mourut au fond de sa gorge. Il ment. C'est forcément pour moi. Avec lui, tout tourne toujours autour de moi.

« Alors ? Tu prépares ta rentrée ? », demanda-t-il sur un ton affreusement léger.

Il sait que je suis prof. Il n'a jamais cessé de me traquer, j'en suis sûre, hurla intérieurement Hermione, tandis qu'elle le dévisageait, hébétée.

« A quoi est-ce que tu joues, Théo ? », balbutia-t-elle, la lèvre tremblante.

Les yeux toujours luisants dans la pénombre, le brun lui jeta un regard curieux, comme s'il ne comprenait pas la peur d'Hermione. Pire. Ça l'amusait. En deux pas, il avait refermé la distance entre eux et Hermione recula aussitôt, sentant bientôt le mur du fond de la boutique empêcher toute retraite. Les mains de Nott se plaquèrent sur ses joues et la forcèrent à lever les yeux vers lui. Hermione sentit aussitôt ses genoux trembler. Bon sang, même après une décennie d'absence et des milliers d'heures de psychothérapie, il avait toujours autant d'effet sur elle que s'ils s'étaient quittés la veille. Le trouillomètre battant tous les records, Hermione eut l'impression qu'elle allait perdre connaissance. Son cœur battait à tout rompre et elle commençait à voir des petits points blancs danser devant ses yeux.

« Je suis si heureux de te voir, Hermione… », souffla doucement Théo en plongeant son regard noir dans le sien.

« Lâche-moi, je t'en prie… », articula-t-elle d'une voix si faible qu'elle ne sut même pas s'il l'avait entendue. Et si c'était le cas, il n'en montrait rien.

Soudain, un bruit derrière eux les fit sursauter et Théodore tourna la tête, rompant tout contact visuel avec la jeune femme. Hermione suivit son regard et vit débarquer un petit garçon d'une dizaine d'années, tenant dans ses bras une pile de livres de classe.

Hermione se revit soudain onze ans en arrière, lorsque la jeune Laura Madley avait elle aussi interrompu un échange entre elle et Théodore, payant son intrusion de sa vie. Hermione eut soudain envie de hurler à l'enfant de fuir, de courir chercher de l'aide, de prévenir les Aurors, le Ministère, la BAC, le FBI, les services secrets, Superman, bref n'importe qui… Mais le gamin la dévisageait étrangement et de toute façon, la proximité de Théodore, pressant son corps contre le sien, avait eu raison de ses cordes vocales.

Soudain, le visage du petit brun s'éclaira d'un gigantesque sourire et il fit quelque pas dans la direction des deux adultes. Du coin de l'œil, elle vit que Théodore observait l'enfant avec un sourire curieux et ne montrait aucun signe de vouloir le trucider. C'était déjà ça…

C'est alors que le petit garçon lui lança un regard émerveillé et ses lèvres bougèrent cette fois pour laisser échapper un mot, un seul.

« Maman ?! »

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Ah ah ah ah, je vous vois déjà tous faire de grands yeux exorbités, mais je vous assure qu'il y a une explication logique à tout ça (et une autre explication que « Hermione a oublié qu'elle était enceinte et a accouché dix ans plus tôt »). Réfléchissez comme Théo et je vous assure que vous comprendrez tous seuls )

J'espère que vous avez aimé ce chapitre et j'attends vos réactions avec impatience ! En attendant la suite, je vous fais des bisous et je vous souhaite une bonne semaine ! A lundi prochain !

Xérès