Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Ohayo-gozaimasu, mes p'tits poulets ! Dernière publication de chapitre avant mon départ en vacances, vous n'aurez donc pas de nouvelles de moi pendant 3 lundis soit 21 jours, soit tout un tas de dodos et même si je suis contente de partir loiiiiin, très loiiiin, j'appréhende aussi le fait d'arrêter d'écrire pendant aussi longtemps. Mais promis, j'aurai toujours mon petit carnet sur moi là-bas au cas où j'aurais envie d'écrire quelques scènes. Le prochain chapitre d'Ennemi(s) Intime(s) sera donc publié le 3 NOVEMBRE (sans faute). En attendant, je vous souhaite une bonne lecture pour ce chapitre disons… mouvementé et j'attends avec impatience vos impressions !

Merci à tous mes nouveaux followers (Namels, Craeks, ogdoc, Rosaline-Narcisse, TheodoreIsNott, Kannaha, invisible tear), ainsi qu'à Eliane Gil, Petitestef, cycy, Gouline971, Elena Grape, laloudu77, Piitchoun, Hardcoredrugs, Marion, MademOiselle235463, faerycyn, loulou, Madame La Duchesse, Audrey917000, luli123, Gratt'Papier, miss damdam, Fla, Passion Fugace, PetitMilou, Babar, Nanette45, Klywen, Elro, Areka Motionless, Loufoca-Granger, Goutte-de-Mer, L.E.V.W, Erza Robin pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook.

RAR :

Anonyme du 29 septembre : merci pour ta review ! J'espère que tu t'es remis(e) du choc depuis… )

Anonyme 2 du 29 septembre : Merci à toi ! J'espère que la suite continuera de te plaire !

Marion : oui, il s'agit bien d'une drogue mais pour le reste, tu n'as pas encore trouvé ni pourquoi, ni comment, ni qui ! ^^ Et pour Hermione, fais confiance au psy ) Merci pour ta review !

Loulou : Ah bah non, si je te dis si Théodore disparaît ou non, je révèle une partie de la fin, ce serait bête ! XD Par contre, je peux te dire qu'Hermione va en parler à Draco bientôt et surtout, Hermione ne souffrira pas comme dans Rise, c'est promis. Les intrigues ne sont pas centrées sur elle donc elle ne sera pas la cible de tortures ni d'horreurs, mais plutôt une protectrice et bien sûr elle cherchera à découvrir la vérité ) Voilà, j'espère que je t'ai rassurée, quand même ! Bises et merci pour ta review !

Fla : non, t'inquiète,Hermione ne va pas autant en baver que dans Rise ! Promis ! Merci pour ta review !

Klywen : Merci beaucoup ! J'espère que la suite continuera de te plaire :) Et merci pour ton message !

Chapitre 4 : La petite fée verte

« Attention le voilà… », murmura Blaise en plongeant le nez dans son demi de bière.

A l'initiative d'un Harry Potter survolté, Blaise, Draco et Ron avaient accepté de se retrouver pour déjeuner dans un café londonien. Le Survivant traversa la salle, tira la dernière chaise libre à la table des trois autres et s'assit avec un sourire démesuré.

« Alors, vous en avez pensé quoi ? », demanda-t-il, les yeux brillants.

« Bonjour, déjà », railla Ron en haussant un sourcil narquois. « De quoi est-ce que tu parles ? »

« Bah, du match », reprit Harry, dont le sourire faiblit légèrement. « Vous l'avez regardé, pas vrai ? »

Blaise fronça les sourcils et regarda Draco. Le blond haussa les épaules puis se tourna vers Ron, les sourcils levés et le rouquin secoua la tête.

« Quel match ? », reprit Ron posément, tandis que Blaise se retenait tant bien que mal de glousser. « Il y avait un match ? »

Harry cessa aussitôt de sourire. « De Quidditch, oui. A la télé. Avec moi dedans », hacha-t-il comme s'ils étaient devenus fous.

« T'étais au courant, Blaisounet ? », demanda Ron en se tournant vers le métis.

« Absolument pas », nia ce dernier, tandis que Draco lui aussi secouait la tête avec gravité. « Tu jouais dedans, tu dis ? T'es sûr ? »

Un lourd silence s'abattit autour de la table, pendant lequel Harry regarda tour à tour ses trois amis, perplexe et oui, légèrement déçu. Puis Blaise ne put plus se retenir et se mit à ricaner, bientôt imité par ses deux complices. Harry leva les yeux au ciel.

« Ce que vous pouvez être cons, je vous jure », maugréa-t-il en s'accoudant sur la table.

« Roh, c'est bon, on charrie », s'esclaffa Ron en tapant sur l'épaule d'Harry (lequel retrouvait néanmoins peu à peu le sourire). « Tu nous prends pour qui ? Ginny ne t'as pas dit qu'on s'était tous réunis chez Hermione et Blondinet pour te regarder ? »

« Ginny a dormi au Terrier, je ne suis rentré que tard dans la nuit chez nous, je ne l'ai pas encore vue, ni les enfants », avoua Harry avec une grimace.

« Elle a été atroce, tout du long. Une vraie groupie », grommela Ron en secouant la tête. « J'ai cru que j'allais l'assommer quand tu as attrapé le Vif. »

Harry éclata de rire. « Désolé d'avoir volontairement fait durer le supplice, alors… »

« Comment ça ? », l'interrogea Blaise en fronçant le nez.

Harry esquissa un rictus et baissa d'un ton. « En fait, j'aurais pu l'attraper bien plus tôt, ce Vif d'Or, mais les dirigeants de BBC1 nous ont demandé de faire durer le match entre 30 et 90 minutes au moins. Ça rapporte, vous comprenez… ? »

Les autres hochèrent la tête en silence et Harry se tourna vers Draco pour changer de sujet. « Comment va, Hermione ? Elle ne stresse pas trop ? La rentrée, c'est dans à peine six jours… »

Le blond haussa un sourcil éloquent. « Hier, je l'ai trouvée un peu sur les nerfs, mais aujourd'hui elle doit aller voir Goldberg alors… ça ira mieux après, j'en suis sûr », marmonna Draco en baissant les yeux. Bien qu'il soit conscient que le Dr Isaac Goldberg ait fait des miracles, il avait toujours eu du mal à évoquer la thérapie d'Hermione. Cela réveillait en lui bien trop de mauvais souvenirs.

« Elle va toujours le voir ? », s'étonna Harry. « Je croyais qu'elle allait mieux, ces dernières années. »

« Elle y retourne une à trois fois par an, pour… faire le point », répondit le Serpentard en haussant les épaules. « Il n'arrête pas de lui dire qu'elle pourrait très bien se passer de lui à présent, mais je ne sais pas… on dirait qu'elle a peur de ce qu'il pourrait arriver si elle n'est plus suivie de temps en temps. »

Harry hocha la tête et esquissa un sourire encourageant. Mais avant qu'il n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Draco reprit la parole.

« J'ai décidé de lui faire ma demande », lâcha-t-il tandis que Blaise et Harry se fendaient d'un sourire immense et que Ron s'étouffait littéralement avec sa bière.

« Félicitations, vieux », fit le métis, ravi.

« Félicitations », renchérit Harry.

« Eh oh, elle a pas encore dit oui », grommela Ron en détournant les yeux.

Draco tourna ses iris de glace en direction de Weasley. Malgré l'amitié qui s'était installée avec les années, ni l'un ni l'autre n'avait oublié qu'ils avaient été (et restaient encore un peu) rivaux en amour. « Quelque chose à ajouter, Patapon ? », grommela le blond en le fusillant du regard.

Ron haussa les épaules et lui adressa un grand sourire faux, en levant son verre dans sa direction. « Tous mes vœux de bonheur, Fouinette. »

~o~

Assise dans la salle d'attente du cabinet de psychiatrie Goldberg & Pritchard, Hermione attendait patiemment son tour. Elle avait hâte d'y être. Pas seulement pour parler enfin de ses problèmes personnels, mais aussi parce que le patient suivant du Dr Pritchard la mettait franchement mal à l'aise. Le type, pas très propre sur lui, ne cessait de la déshabiller du regard, une main plongée dans la large poche de son jean baggy usé jusqu'à la corde. Répugnant. Elle avait soigneusement évité de le regarder, jusqu'à ce que le type quitte son siège et vienne s'asseoir sur celui jusqu'à côté du sien.

Hermione se raidit et par réflexe, tourna la tête vers l'homme. Réprimant une grimace, elle constata qu'il puait le mauvais vin.

« Ils en mettent du temps, ces docteurs, pas vrai ? », murmura le type en humant l'odeur des cheveux d'Hermione. Celle-ci se décala hors de sa portée et le fusilla du regard. « On pourrait s'amuser, tous les deux, pour passer le temps ? Ce serait sacrément ironique, tiens… »

Lui jetant un regard méprisant (décidément, c'était un tic Malfoyen qu'elle prenait de plus en plus souvent…), elle haussa un sourcil. « Et en quoi ce serait ironique ? », demanda-t-elle sèchement, tout en éloignant légèrement son siège.

« Bah, je suis accro au sexe. Mais je me soigne ! », s'esclaffa le type avec un rire gras. « Et toi pourquoi t'es là, ma jolie ? »

Un sourire carnassier se faufila sur les lèvres d'Hermione et d'une voix sombre, elle répondit : « J'ai castré un homme avec une barre de fer. » Le sourire libidineux du pervers se figea aussitôt. « Et j'ai aimé ça », acheva Hermione en plissant les yeux.

Elle vit nettement l'homme déglutir, puis il se leva et regagna son premier siège, de l'autre côté de la salle d'attente. Hermione se retint d'éclater de rire et tenta de garder une expression menaçante. Heureusement, la porte du bureau de Goldberg s'ouvrit pour laisser passer le docteur et sa patiente précédente.

« A la semaine prochaine, Penny, portez-vous bien », salua le psychiatre tandis que la Penny en question lui serrait la main et traversait la salle d'attente pour se réfugier dans l'ascenseur. « Bonjour Hermione, c'est à nous. »

L'interpellée adressa un dernier regard de maniaque à l'accro du sexe, qui serra instinctivement les jambes, puis retenant un rictus, entra dans le bureau. Son sourire se figea cependant aussitôt lorsqu'elle se rappela pourquoi elle avait eu si hâte d'être là.

« Asseyez-vous, Hermione », proposa Goldberg en lui désignant un fauteuil en cuir moelleux. Le jeune psy, à peine 38 ans, se posa à son tour dans un fauteuil identique en face d'elle et croisa les jambes. Ses yeux d'un bleu électrique la transperçaient littéralement à chaque visite, au point qu'Hermione s'était parfois demandé s'il ne lisait pas dans ses patients comme dans des livres ouverts. « Ça fait un moment qu'on ne s'est pas vus, tout se passe toujours bien dans votre vie ? »

Hermione leva les yeux et vit qu'il souriait, confiant. Il avait l'habitude depuis quelques temps qu'elle vienne le voir sans avoir de réel souci, même si elle s'évertuait à prétendre le contraire. Au début de sa thérapie, il avait sans relâche écouté ses cauchemars, le viol perpétré par Théodore, le récit des tortures infligées par les Mangemorts, puis sa séquestration en France. Ils avaient fait un travail gigantesque sur elle et avec le temps, les cauchemars s'étaient raréfiés, les souvenirs s'étaient atténués , les détails morbides envolés. Pourtant, quelque chose empêchait Hermione de cesser définitivement sa collaboration avec Isaac. Tout comme Draco, ses amis, sa famille, il était l'un des piliers sur lesquels elle avait reconstruit sa vie. Et elle craignait plus que tout que la fragile structure ne s'effondre si l'on en retirait la moindre pièce.

Toutefois, ce jour-là, elle ne venait pas pour rien.

« Il est revenu », dit-elle d'une voix faible.

Goldberg fronça les sourcils et se redressa dans son fauteuil. « Vous voulez dire… »

« Le type qui m'a violée et enlevée, oui », répondit-elle en détournant les yeux.

« Et… » Le psychiatre pinça les lèvres, soudain en alerte. « Vous allez bien ? Il ne vous a pas fait de mal ? »

Hermione hocha, puis secoua la tête, comme indécise sur la réponse à donner. « Eh bien… il ne m'a pas bousculée, ni agressée, que ce soit verbalement ou physiquement… Il prétend qu'il n'est pas revenu en Angleterre pour moi, mais je n'en crois pas un mot », marmonna Hermione, amère. « Je suis sûre qu'il attend que je baisse ma garde pour mieux me prendre par surprise. Je dois au contraire redoubler de vigilance, ce type est dangereux. »

« Où l'avez-vous vu ? », demanda Isaac.

« A la librairie. Il a dit que c'était le hasard mais… », Hermione se tut, mordillant sa lèvre inférieure.

« Vous ne le croyez pas », acheva le psychiatre tandis qu'elle secouait la tête en signe de dénégation. Goldberg lui jeta un regard en biais. « Qu'avez-vous ressenti en le voyant ? »

Hermione fronça les sourcils. Elle ne voyait pas vraiment où le docteur voulait en venir. C'était évident ce qu'elle avait ressenti, non ? « Je… j'étais terrorisée. Il a envahi mon espace personnel, il m'a touchée, m'a serrée contre lui… j'étais tétanisée, c'était comme si toutes les heures qu'on a passées ensemble vous et moi n'avaient servi à rien ! », déclara-t-elle avec une pointe d'hystérie. « J'ai été incapable de lever le petit doigt. S'il avait tenté quoi que ce soit, je n'aurai même pas réagi… Je me suis sentie si faible, si inutile, si… »

« Vulnérable ? », proposa Isaac et elle hocha la tête.

« Onze ans », gémit-elle en rejetant la tête en arrière pour la caler contre le dossier du fauteuil. « Onze ans et je suis toujours cette gamine terrorisée face à lui. Je n'ai absolument pas évolué. Un échec total. »

« Je ne vois pas les choses de cette manière », fit Goldberg d'une voix apaisante. « Vous avez dit qu'il n'avait rien tenté contre vous, n'est-ce pas ? »

« Eh bien… », Hermione réfléchit. Non, Théo ne s'était pas montré violent. Elle l'avait même trouvé plus apaisé, moins exalté que l'adolescent avide de pouvoir qu'elle avait quitté une décennie plus tôt. « Non, je suppose que non. Mais ça ne veut rien dire. C'est un psychopathe, on ne peut pas savoir ce qu'il a derrière la tête. »

« Peut-être », reprit le psychiatre en se retenant de corriger le psychopathe en sociopathe. C'était un écart de langage que faisait la plupart des gens. « Mais l'Hermione d'il y a dix ans n'aurait certainement pas fait la différence. Elle aurait paniqué et aurait peut-être provoqué l'affrontement, tandis que l'Hermione d'aujourd'hui a réagi de manière calme et réfléchie. Sinon, il ne vous aurait certainement pas laissée partir sans vous donner une leçon, je me trompe ? »

Hermione ouvrit la bouche, sciée. Elle n'avait pas vu les choses sous cet angle.

« Que pense Draco de tout cela ? Comment gère-t-il ce retour ? », demanda Isaac en la dévisageant.

Hermione se mordit la lèvre de plus belle et baissa les yeux, les joues en feu. « Euh… »

« Vous ne lui avez pas dit… », s'amusa Isaac en appuyant son menton sur sa main. Il la connaissait par cœur. Avant même de poser la question, il savait qu'elle n'en avait pas encore parlé à son petit ami. Il était même quasiment certain qu'elle avait décidé de laisser passer sa consultation AVANT de lui en parler.

« Je voulais d'abord voir avec vous… », fit-elle d'une toute petite voix.

« Et si je n'étais pas là, Hermione ? », la rabroua-t-il gentiment. « Si j'avais décidé de laisser tomber la psychiatrie pour me reconvertir dans la vente de porte-monnaie en poil de chameau, qu'auriez-vous fait ? Vous auriez gardé cela secret jusqu'à la fin de vos jours ? Ou jusqu'à ce que votre ami l'apprenne tout seul comme un grand ? »

Hermione esquissa une mine boudeuse. Elle détestait se faire gronder comme une enfant de cinq ans.

« Si je vous parle ainsi, Hermione, c'est parce que je sais que vous êtes forte, au fond de vous. Vous n'avez plus besoin de moi et je persiste à croire que c'est le cas, malgré le retour de M. Nott », expliqua-t-il d'une voix douce. « Vous êtes suffisamment armée pour gérer la situation en adulte. Et pour cela, vous devez commencer par avertir Draco. »

Hermione déglutit et grimaça. « C'est que… il y a autre chose. »

Isaac lui lança un regard étrange, comme s'il se demandait ce qui pouvait bien lui être arrivé de plus grave que ça.

Hermione prit une grande inspiration et se lança. Elle lui avoua tout. L'enfant qui portait ses gènes, la manipulation de Théo pour faire croire à celui-ci qu'elle était sa mère (même si c'était en partie vrai), la rentrée de cet enfant à Poudlard… Elle ne savait tout bonnement pas comment avouer tout cela à Draco. Et à voir la tête d'Isaac lorsqu'elle eut finit son histoire, il n'allait pas lui être d'un grand secours non plus.

« Je vois… », marmonna le psychiatre, perplexe. « Ce type est un grand malade. »

« Ça fait une décennie que je vous le dis », fit Hermione avec un rire nerveux. « Vous comprenez pourquoi je n'ai pas pu me résoudre à tout lui dire de but en blanc ? Il va faire une attaque ! »

« Je dois dire que je le comprends… », avoua Isaac en haussant les sourcils.

Hermione se renfrogna. « Vous ne m'aidez pas beaucoup, docteur… », grommela-t-elle tandis qu'il lui décochait un sourire amusé.

« Et vous, qu'avez-vous ressenti, face à cet enfant ? », reprit-il, inquisiteur.

Le visage de la Gryffondor se décomposa. « Vous allez me trouver horrible… », gémit-elle.

« Mais non, allez-y… », l'encouragea le médecin.

Elle soupira. « De l'indifférence. Je veux dire… il n'est rien pour moi et on dirait qu'il s'attend à ce que je sois la mère qu'il n'a jamais eue. J'en suis incapable ! », s'écria Hermione, avec une pointe de désarroi.

« C'est tout à fait légitime », répondit Isaac. « Vous n'avez pas voulu ni porté cet enfant. Vous n'êtes au courant de son existence que depuis 24 heures… Vous ne pouvez pas l'aimer simplement parce qu'on vous dit : ça, c'est votre fils. »

Hermione hocha la tête, tortillant nerveusement une mèche de cheveux autour de son index. « D'un autre côté, je m'en veux car il a l'air tellement différent de son père. Certes, il lui ressemble physiquement mais… j'ai l'impression que c'est un enfant adorable, tout ce qu'il y a de plus normal ! Je m'en voudrais de le voir mal tourner parce que je l'ai rejeté ! »

Isaac hocha la tête et sourit. « Il ne sera pas avec son père à Poudlard. Vous pourrez passer du temps avec lui, apprendre à le connaître. Peut-être que vous ne vous sentirez jamais 'mère' de cet enfant, mais cela ne vous empêche pas d'établir un contact légèrement plus amical qu'une simple relation prof-élève. C'est à vous de voir. »

Hermione esquissa un pauvre sourire, rassérénée à l'idée d'être bientôt derrière les murs protecteurs de l'école de magie. Là-bas, Théodore ne pourrait rien contre elle, elle aurait la paix. Puis elle gémit de nouveau. « Et Draco ? »

Isaac grimaça. Lui aussi était à court d'idées en ce qui concernait la gestion de cet autre problème.

« La franchise, il n'y a que ça de vrai », répondit-il sans grande conviction. « Mais une approche en douceur ne serait pas du luxe. »

Hermione le fusilla du regard. « Wow, toutes ces années d'études de la psychologie pour en arriver à des solutions comme celle-là… Très impressionnant », railla-t-elle, tandis que son médecin riait sous cape.

« Je suis persuadé que vous saurez trouver les mots par vous-même, Hermione », la rassura-t-il avec un sourire en coin. « Mais comme je suis magnanime… »

« Et que je vous paie pour ça… », railla Hermione avec un sourire trop large pour être honnête.

« Eventuellement, oui ! », acquiesça le psychiatre. « Je vais quand même vous donner quelques conseils… »

~o~

« Il l'a revue, je le sens… », murmura Narcissa en s'adossant à la commode massive du salon du Manoir Malfoy.

Le Directeur de Poudlard, Séverus Rogue, en visite chez sa meilleure amie, poussa un soupir. « Tu te fais des idées, ça fait plus de deux ans qu'il n'a plus de contact, je ne vois pas pourquoi-

« Quand il est rentré à la maison, il me regardait avec encore plus de dédain que d'habitude », insista Narcissa sans attendre qu'il eût terminé sa phrase. « Comme après chaque fois qu'il couche avec elle. »

Lentement, Séverus s'avança vers elle et leurs regards se croisèrent. Iris noirs d'adulte déterminé contre océan bleu de femme délaissée. « Je t'ai déjà dit ce que j'en pensais, Cissy. Tu sais qu'il te trompe occasionnellement depuis des années. Pourquoi tu ne divorces pas, tout simplement ? »

« On ne DIVORCE PAS d'un Malfoy ! », s'écria Narcissa avec une pointe d'hystérie. Nerveuse, elle se mordilla l'ongle du pouce, tandis que Rogue se rapprochait encore, posant une main sur son épaule. « J'ai cru que je pourrais le supporter… », reprit-elle en secouant la tête. « J'ai cru qu'en le laissant batifoler avec une Moldue, cela le ferait changer de comportement vis-à-vis d'Hermione et de Draco… J'ai cru… » Mais Séverus ne sut jamais la troisième chose que Narcissa croyait car elle se tut et pinça les lèvres, les scellant définitivement.

Son ami sourit et étouffa un rire. « Fermer les yeux sur l'infidélité de ton mari dans l'espoir d'améliorer la vie de ton fils, c'est du toi tout craché… », souffla-t-il, tandis qu'elle lui jetait un regard mi-amusé, mi-agacé. « Tu te rappelles la dernière fois que nous avons eu cette conversation ? », reprit-il en la sentant frémir.

« Séverus… », commença Narcissa en fronçant les sourcils. « Ne commence pas. C'était une erreur. Lucius n'a peut-être aucun scrupule à cracher sur ses vœux de mariage, mais je ne suis pas comme ça. »

« Alors quitte-le », la pressa Rogue en approchant son front de celui de Narcissa. « Je saurai prendre soin de toi. Bien mieux que Lucius ne l'a jamais fait. »

Narcissa leva les yeux vers ceux de Séverus, se rappelant à quel point leur seule et unique étreinte deux ans plus tôt avait été douce. Elle y avait trouvé le réconfort, alors même que son époux la trompait avec une femme de vingt ans de moins qu'elle, mais au réveil, elle n'avait pas pu se regarder dans la glace. Narcissa était de ces femmes qui respectent leurs engagements, quoi qu'il arrive. Mais la vue des lèvres de son ami de toujours, se rapprochant subrepticement des siennes, réclamant amour, affection, fidélité et respect, était tentante. Encore une fois, comme deux ans plus tôt, Narcissa Malfoy sentit un petit diablotin la piquer de son trident et la pousser en direction de l'adultère. Alors que ses lèvres effleuraient celles de Séverus, une voix résonna dans le hall d'entrée du Manoir.

« Maman ?! »

Surprise, Narcissa repoussa violemment le torse de Rogue et eut tout juste le temps de se recomposer un visage détendu avant que son unique fils ne fasse irruption dans le salon.

« Draco ? », fit-elle d'une voix dangereusement haut perchée et absolument pas naturelle. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

Sur sa gauche, elle entendit nettement Séverus soupirer et se tourner en direction des doubles portes qui marquaient l'entrée de la pièce. Draco Malfoy s'y tenait, bien droit dans son costume noir et Séverus pensa qu'il quittait tout juste son travail. Le jeune homme regarda tour à tour sa mère, puis son ancien professeur de Potions, les sourcils légèrement froncés. « Qu'est-ce que vous avez tous les deux à faire cette tête ? On dirait deux gamins qui ont boulotté un paquet de bonbons en douce… », railla le blond en s'avançant pour embrasser sa mère sur une joue.

Narcissa laissa échapper un rire bref et aigu, à peu près aussi authentique que sa voix, et secoua la tête. « Comment vas-tu mon chéri ? »

Draco serra la main de Rogue avec un hochement de tête, puis se tourna de nouveau vers sa génitrice. « Euh, bien… très bien, même. En fait, j'aurais un petit service à te demander… »

« Hmm ? », fit-elle en fixant Draco droit dans les yeux. Elle évitait ostensiblement de regarder autre chose que les prunelles de son fils (et par autre chose, il s'agissait bien entendu de Séverus Rogue) et son regard devint tellement fixe que Draco lui-même commença à se sentir mal à l'aise.

« Maman, tu es sûre que ça va ? », s'enquit le blond en jetant un regard interrogateur à Rogue. Ce dernier leva les yeux au ciel.

« Mais oui », le rabroua Narcissa. « Alors, de quoi as-tu besoin ? »

Draco décida de laisser tomber, il ne saurait manifestement rien, et de passer à la véritable raison de sa visite. « Eh bien en fait… j'aurais besoin que tu me donnes ta bague… », marmonna-t-il en se préparant psychologiquement au concert de couinements qui n'allait pas manquer de suivre.

« Ma bague ? », fit- d'abord Narcissa en fronçant les sourcils. Puis soudain ses yeux s'écarquillèrent. « Ma bague ! Tu veux dire… Ma bague de fian- Oh MERLIN, ma bague de fi-, ma bague de-, ma bague ! »

Draco la regarda bégayer avec une mine un peu inquiète, tout en se demandant si sa mère n'était pas en train de faire un accident vasculaire-cérébral… Mais celle-ci se jeta alors à son cou, l'étouffant presque. Par-dessus l'épaule de sa mère, qui sautillait sur place tout en le serrant de toute la force de ses bras, Draco jeta un regard légèrement agacé à Rogue. Ce genre de démonstrations d'affection maternelle en public l'avait toujours dérangé. Mais Narcissa n'avait jamais cessé de lui faire subir les outrages de son amour inconditionnel de mère, et ce bien qu'il approche aujourd'hui de la trentaine.

S'arrachant soudain de son fils, Narcissa tira aussitôt les deux bagues qui trônaient sur son index gauche, pour lui tendre la bague de fiançailles des Malfoys, avant de renfiler son alliance. « N'oublie pas que c'est à toi de trouver l'anneau pour le mariage. La bague de fiançailles se transmet de génération en génération mais l'alliance est propre à chaque-

« Je sais, Maman, je sais », s'empressa de lui assurer son fils avant d'avoir droit à l'histoire complète en huit volumes des us et coutumes de la grande famille Malfoy.

Narcissa se tut et prit une mine contrite, comme si elle savait parfaitement qu'elle parlait trop. Mais les coins de sa bouche se relevèrent aussitôt. Rien, pas même le caractère bougon de son fils n'aurait pu l'empêcher de faire éclater sa joie à cet instant précis. D'un geste vif, elle plaqua ses mains fines sur les joues de Draco et lui fit balloter la tête de gauche à droite. « Oh, mon petit garçon, qui va se marier ! », jubila-t-elle, tandis que Draco levait les yeux au ciel, le visage toujours malmené par les paumes de sa mère. « Quand est-ce que tu vas lui faire ta demande ? », l'interrogea-t-elle, excitée comme une puce.

« Avant la rentrée… », répondit Draco en haussant les épaules. « Je vais l'inviter au restaurant… »

Narcissa hocha la tête. « Peu importe l'endroit, je suis sûre que ce sera parfait. Hermione t'aime tellement… »

Draco allait sourire quand il vit l'un des yeux de sa mère commencer à larmoyer. « Ok, là, je crois qu'il est temps que je parte », railla-t-il en se détournant. Il n'avait pas fait un pas en direction de la sortie que son téléphone vibra dans la poche de son pantalon. Il se figea pour le saisir, sans remarquer derrière lui sa mère qui se tournait vers Séverus en esquissant une petite danse frénétique de la victoire. Il appuya sur la touche pour allumer l'écran et vit qu'il venait de recevoir un SMS d'Hermione.

J'ai réservé un resto ce soir ! Ce sera l'occasion de fêter la rentrée et de discuter en amoureux… :3 Je t'attends à la maison. Je t'aime

Draco haussa les sourcils. « Alors ça, c'est bizarre ! », lâcha-t-il tout haut, tandis que dans son dos, sa mère se figeait dans ses pas de danse pour se retourner vers lui.

« Quoi donc ? », demanda-t-elle.

« Hermione me propose un restau, tu parles d'une coïncidence… », répondit-il avec un petit rire. « Bon, j'imagine que ça va se faire ce soir, finalement ! »

Le blond baissa la tête pour pianoter sur l'écran et composer sa réponse. Dans le fond de la pièce, Narcissa avait recommencé sa folle sarabande.

Les grands esprits se rencontrent… j'allais t'en proposer un ! Hmm, discuter, c'est tout ? Je suis déçu… )

« Je me demande de quoi elle veut me parler… », marmonna le jeune homme en appuyant sur « Envoyer ».

« Elle est peut-être enceinte ?! », glapit sa mère, enthousiaste.

Draco se tourna vers elle avec un sourire narquois. « Maman, si Hermione était enceinte, le premier au courant ce serait lui », railla-t-il en désignant Rogue du doigt. Le Directeur de Poudlard haussa un sourcil interrogateur. « Pour vous supplier de ne pas lui accorder la moindre minute de congé maternité. Si elle le pouvait, elle accoucherait en donnant ses cours… », acheva-t-il en grommelant.

Rogue laissa échapper un ricanement. Effectivement, cela ressemblerait beaucoup à Miss Granger. Ou plutôt la future Mrs Malfoy. Avec un sourire satisfait, Séverus Rogue décida de patienter encore un peu au Manoir jusqu'au retour de Lucius. Il y avait des choses en ce monde dont il était indispensable d'être témoin. La tête de Lucius apprenant que son unique héritier allait bel et bien épouser une née-Moldue en faisait partie.

~o~

D'un geste fébrile, Hermione saisit son portable pour lire la réponse de Draco.

Les grands esprits se rencontrent… j'allais t'en proposer un ! Hmm, discuter, c'est tout ? Je suis déçu… )

Il plaisante…, pensa Hermione avec une pointe d'agacement. Je suis en train de me préparer à lui annoncer que son pire cauchemar est devenu réalité, et lui… il plaisante.

La jeune femme soupira. Plus les heures passaient, plus les conseils d'Isaac (« Allez-y en douceur, emmenez-le dans un endroit agréable, montrez-lui que toute cette situation vous ronge et que vous avez besoin de son soutien… tout se passera bien… ») lui paraissaient aussi utiles qu'un trou du cul au niveau du coude.

Hermione, tu deviens vulgaire, c'est la fin des haricots…, se morigéna-t-elle tandis que ses ongles tapotaient nerveusement l'accoudoir de son canapé. Cela faisait au moins vingt minutes, depuis qu'elle avait réservé deux couverts au Ledbury, qu'elle végétait dans le sofa moelleux, fixant sans ciller l'écran noir de la télévision. Elle avait essayé de travailler, de lire, de faire des mots croisés (elle détestait les mots croisés, par Merlin !), mais rien, elle n'arrivait à rien. D'un geste rageur, elle saisit la télécommande et alluma le téléviseur, zappant furieusement les chaînes sans même regarder les programmes qui défilaient.

Enfin, après un nombre incalculable de pressions sur les boutons de la zapette, après avoir aperçu ce que la Terre entière recelait d'émissions de télé, le cliquètement caractéristique de la porte d'entrée retentit et Hermione se figea, cessant de martyriser la télécommande. A l'écran, l'image se stabilisa sur un reportage retraçant le largage des deux bombes H sur Hiroshima et Nagasaki en août 45. Hermione vit le champignon atomique noir et blanc se former à l'écran, et ne put s'empêcher de penser que sa vie allait bientôt ressembler à ce spectacle de désolation. Même ma télé se fout de moi…, pensa-t-elle, avec amertume. La porte d'entrée se referma en claquant. Avec un peu de chance, ce n'était pas Draco, après tout. Ça pouvait être sa mère qui passait à l'improviste, ou Ginny, ou un représentant du câble. Ou un Témoin de Jéhovah. Oh oui, Jéhovah, envoyez-moi un de vos témoins, là, maintenant, tout de suite… Tout sauf Draco.

« Hermione ? », fit la voix du blond sur un ton particulièrement joyeux.

Et merde. Dans sa tête, Hermione frappa métaphoriquement trois coups de théâtre sur la paroi de son crâne. Le spectacle allait commencer. Comment ma vie est (re)devenue un cauchemar, Acte I, Scène I, écrit et dirigé par Miss Hermione Granger.

~o~

Elle ne comprenait absolument pas pourquoi Draco avait insisté pour qu'elle passe l'une de ses plus jolies robes (et l'une de ses plus décolletées aussi, mais ça à la limite, elle savait pourquoi…). Elle avait donc enfilé, la mort dans l'âme, une robe courte et vaporeuse rouge à bretelles et col en V, ainsi que des escarpins assortis et hors de prix offerts par Narcissa à l'un de ses anniversaires. Elle les adorait, bien qu'ils lui fassent atrocement mal aux pieds. Mais ce soir, la douleur de ses petons lui paraissait bien moindre en comparaison du drame qui allait se jouer d'ici quelques secondes. Elle regarda avec appréhension son petit ami terminer son dessert. On y était. Le moment fatidique. Elle devait parler.

« Quand j'y pense, j'étais sur le point de te proposer un restau dans la semaine et toi tu en réserves un pour le soir même… », gloussa Draco, tout en terminant sa savoureuse tartelette aux fraises et au miel.

La gorge nouée, Hermione ne put qu'esquisser un sourire de guingois et hocher la tête. Elle déglutit douloureusement et parvint à articuler. « Je me suis dit que ce serait bien, avant de commencer la rentrée et d'être ensuite plongée dans la folie des cours et des copies à corriger… »

Draco la regarda par-dessus leurs verres, ses yeux pétillants de malice. « Oui, tu as eu une excellente idée, vraiment. »

Oh mon dieu, comment je vais pouvoir lui dire, il a l'air tellement heureux d'être là…, paniqua intérieurement Hermione en tentant de sourire un peu plus franchement. Elle avait repoussé le moment de lui avouer ses mésaventures jusqu'au dessert, mais maintenant qu'elle y était, elle se sentait se dégonfler comme un vulgaire ballon de baudruche. Je ne vais pas y arriver si je ne me lance pas maintenant…, allez Hermione, un peu de courage, bon Dieu…

« Draco, il faut que je-

« Hermione, je voulais te dire-

Les deux amoureux échangèrent un regard surpris. Ils avaient commencé une phrase tous les deux en même temps et, son courage l'abandonnant, Hermione éclata d'un rire nerveux et agita la main. « Toi d'abord ! », grinça-t-elle en maudissant intérieurement sa propre lâcheté.

« Comme tu voudras. Mais avant ça… », répondit le blond avec un sourire ravi. Hermione le vit se retourner et attirer l'attention d'un serveur, qui arriva au petit trot.

« Monsieur ? »

« Une bouteille de votre meilleur champagne, s'il vous plaît », demanda-t-il, tandis que le serveur approuvait d'un hochement de tête. Draco se retourna vers elle et ce qu'elle vit dans son regard aurait normalement dû la projeter sur un petit nuage. Il la dévorait des yeux, d'un regard tellement empreint de passion qu'elle ne voyait qu'une seule conversation possible après ça…

Non, je me fais des idées. Il va sûrement m'annoncer qu'il a vendu une maison hors de prix et qu'on est désormais millionnaires. Ou que son père s'est fait liposucer le cerveau et qu'il est devenu mon plus grand fan. Ça ne peut pas être autre chose. Ça ne DOIT pas être autre chose. Pas ce soir, pas maintenant !

« Hermione », fit doucement Draco en tendant la main vers la sienne sur leur petite table carrée. Hermione vit ses doigts glisser dans la paume du blond comme dans un film au ralenti. « Je ne pourrai jamais te remercier de tout ce que tu as fait pour moi depuis ce jour où tu as débarqué dans mon Manoir. Tu m'as sauvé. De toutes les façons possibles. Tu m'as ouvert les yeux sur le monde qui m'entourait, sur moi-même. Tu as-

Un bourdonnement atroce emplit les oreilles d'Hermione. Elle avait cessé de respirer, cessé de penser, cessé de… tout en fait. Elle ne pouvait que regarder, impuissante, les événements se dérouler devant ses yeux, telle la spectatrice de sa propre tragédie. Elle ne pouvait pas le laisser continuer. Elle ne pouvait pas le laisser faire sa demande sur un mensonge, un non-dit, un secret. Car c'était forcément cela dont il s'agissait : une demande en mariage. Elle s'y était attendue depuis son retour en Angleterre et sa titularisation à Poudlard. En d'autres circonstances, elle aurait été ravie d'accepter mais pas aujourd'hui, pas alors qu'elle lui mentait par omission. C'était contre tous ses principes. Mais d'un autre côté, l'arrêter maintenant ? L'interrompre aussi brutalement alors qu'il lui faisait la plus longue déclaration d'amour qu'un membre de la famille Malfoy ait jamais dû faire à une femelle ? Impensable, inhumain. Les poumons d'Hermione commencèrent à se faire douloureux, par manque d'air, mais même alors, elle n'eut pas le réflexe de les remplir. Peut-être que si elle se laissait mourir d'asphyxie, là, sur sa chaise, tout s'arrêterait avant que le monde ne bascule.

Toujours tétanisée, elle regardait les lèvres de Draco bouger, sans pour autant comprendre le sens de ses paroles. Mais elle se doutait de ce que ces lèvres disaient. Et dans peu de temps, quelques minutes, voire quelques secondes, ces lèvres allaient prononcer quatre mots : Veux-tu m'épouser ? La gorge sèche, Hermione vit Draco lâcher brièvement sa main pour plonger la sienne dans sa poche et en ressortir une petite rose rouge, dont la tige était coupée au ras de la fleur. Glissé entre les pétales écarlates, Hermione vit un magnifique diamant monté sur un anneau en argent scintiller à la lumière des spots du restaurant huppé. Oh non, il faut que j'intervienne. Il faut que j'intervienne ! Je ne peux pas ne rien lui dire !

Retrouvant soudain l'usage de ses muscles, de ses poumons et de ses cordes vocales, Hermione se redressa vivement sur sa chaise et ouvrit grand la bouche.

« Draco, je- ! »

« Tiens, ça alors… Qu'est-ce que ce fichu monde est petit ! »

La bouche d'Hermione se referma aussi sec. Cette voix. Elle détestait cette voix. Mais pour la première fois de sa vie, elle fut presque heureuse de l'entendre. Draco, en revanche, s'était figé, la rose toujours à la main et fixait un point juste derrière l'épaule gauche d'Hermione. Celle-ci n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui se trouvait derrière elle. Sa voix. Identifiable entre toutes.

Les joues de Draco passèrent par tout un panel de couleurs étranges, tremblèrent, se contractèrent, se gonflèrent. Son nez se fronça, se détendit, se fronça de nouveau. Et ses yeux… ses yeux auraient pu tuer jusqu'au dernier convive et membre du personnel du restaurant, si seulement on leur en avait donné l'occasion.

La nuque aussi raide qu'un manche à balai, Hermione tourna lentement la tête et leva les yeux vers Théodore Nott, planté juste à côté de son épaule. Malgré le petit sourire narquois qu'il arborait sans arrêt et son apparente décontraction, Hermione put voir que son regard était rivé sur la rose et transpirait la fureur. La rage. Le meurtre. Oh oh…

Théodore baissa les yeux pour venir rencontrer le regard effarouché d'Hermione. Pendant l'espace d'une seconde, une toute petite seconde, elle fut soulagée. Maintenant que Théodore était là, Draco était au courant de son retour. Cela faisait une mauvaise nouvelle de moins à annoncer elle-même à son petit ami. Mais la petite seconde s'écoula et elle sentit son estomac se nouer en voyant le regard de Nott s'assombrir encore plus. Aussi noir que l'Enfer. Et le soulagement d'Hermione ficha le camp aussi vite qu'il était venu lorsque le brun reprit la parole, avec une lenteur absolument insupportable.

« Deux fois que je tombe sur toi en deux jours, Hermione, je vais commencer à penser que tu me suis… » Sourire bright. Regard de braise. Petit rire mesquin.
Hermione sentit littéralement le sol s'ouvrir sous ses pieds et l'engloutir. Mais ce n'était rien comparé à ce qui allait suivre.

Le visage de Draco se tourna lentement vers elle. La phrase de Théodore se répercutait inlassablement dans son crâne et il analysa difficilement ce qu'elle impliquait. Hermione l'avait vu. Hier. Hier, quand elle lui avait semblé étrange. Hier quand il lui avait demandé ce qui n'allait pas et qu'elle avait prétendu être stressée par la rentrée. Le regard catastrophé qu'Hermione lui rendit confirma que Nott disait vrai. Draco se leva soudain, le poing serré sur la rose, qu'il fourra vivement dans sa poche. Ses yeux lançaient des éclairs, tandis que l'expression de Nott trahissait la satisfaction qu'il éprouvait face au spectacle.

« Un problème, mon vieux ? », ne put s'empêcher de railler Théodore en enfonçant ses mains dans ses poches. Hermione leva les yeux vers le brun, le suppliant du regard de ne pas en rajouter. Mais il l'ignora. C'est alors que tout bascula. Le poing de Draco lâcha la rose dans sa poche et se serra de nouveau, à vide, tellement fort que ses jointures blanchirent. Il releva la tête vers Nott et sa mâchoire se contracta de nouveau. Puis il ouvrit la bouche, la referma, la rouvrit, comme s'il tentait de dire quelque chose sans y parvenir. Hermione haussa un sourcil, inquiète. Oh Merlin, je le savais, il fait une attaque.

Puis Draco cessa d'essayer de parler et referma la bouche. Nouvelle contraction des mâchoires, nouveau regard meurtrier. Et il sauta à la gorge de Théodore Nott.

~o~

Les gorilles qui gardaient l'entrée du Ledbury projetèrent les deux jeunes hommes ensanglantés et débraillés sur le trottoir. Hermione trottina derrière eux et sortit du restaurant, rouge de honte, les bras serrés autour de sa veste et de celle de Draco, qu'il avait abandonnée sur le dossier de sa chaise.

« ET NE VOUS AVISEZ PAS DE REVENIR ICI, SINON ON APPELLE LES FLICS ! », beugla l'un des vigiles en les menaçant de son index pointé.

Hermione passa, toujours en trottant, devant les deux hommes, s'inclinant et s'excusant tour à tour, les joues en feu. « Désolée. Vraiment. Désolée, nous partons. Nous paierons pour les dégâts, voici ma carte de visite. Mes coordonnées sont dessus. Encore désolée. Désolée… »

Les deux gorilles leur lancèrent un dernier regard menaçant et rentrèrent à l'intérieur du restaurant en bombant le torse. Etendu sur le bitume, Théodore Nott épongeait le sang qui coulait de son nez, de sa lèvre supérieure et de son arcade sourcilière à l'aide de sa manche, laquelle rougissait à vue d'œil. A deux mètres de là, Draco couché sur le flanc plaquait une main sur l'énorme bosse qui gonflait progressivement sur son front, résultat du magnifique coup de boule avec lequel il avait ouvert le combat. Droit dans le pif de Nott. L'un des moments les plus satisfaisants de la vie de Draco. Le seul son du cartilage craquant sous la peau l'avait presque fait jouir. Presque.

Les mandales des deux gros balèzes qui les avaient séparés ensuite, beaucoup moins.

« Oh putain… », maugréa le blond en roulant sur l'autre flanc.

Théodore renifla misérablement, observant le sang couler à grosses gouttes de son visage jusque sur le sol. Les talons d'Hermione claquèrent sur le trottoir et les deux garçons levèrent leurs visages tuméfiés et sanguinolents dans sa direction.

« J'espère que vous êtes fiers de vous ! », s'égosilla-t-elle, les mains sur les hanches et les yeux gonflés de larmes. « Bravo ! Quel SPECTACLE ! QUELLE MATURITÉ ! »

Un nouveau gargouillis humide retentit du côté de Théodore, lorsque celui-ci pencha la tête en arrière pour arrêter son hémorragie nasale.

« En ce qui me concerne, c'était ça ou l'Avada Kedavra direct… », grogna Draco en se mettant difficilement à genoux. Les coups de poings de Théodore, puis ceux des deux vigiles, avaient enfoncé ses côtes et il restait plié en deux, la position droite étant trop douloureuse.

« Z'est za, gomme zi d'édais azez fort bour me duer, gros daze », anonna Théodore, la tête toujours en arrière.

« Quoi ? T'as dit, quoi, là ? Aouh ! », s'écria Draco avant de se plier de nouveau en deux de douleur. Hermione s'avança vers lui pour lui porter secours mais il tendit la main en avant et la fusilla du regard. « Non, Hermione, là pour l'instant je n'ai pas très envie que tu m'approches. »

Théodore crachota doucement, le sang qui ne coulait plus par son nez tombant à présent au fond de sa gorge. Pour une raison qu'Hermione ne comprenait pas, Théodore n'avait pas utilisé la magie pour se défendre. Il s'était contenté de se battre mano a mano avec Draco, alors que dix ans plus tôt, il lui aurait sûrement brisé la nuque d'un simple claquement de doigt. Mais la jeune femme n'allait pas s'en plaindre. Même s'il était temporairement très fâché contre elle, Draco n'était ni mort ni coupable de meurtre. Elle considérait donc que ça s'était plutôt bien terminé. Oui, enfin, il ne sait pas encore pour Elias, marmonna une petite voix dans sa tête, qu'elle fit taire aussitôt. Voyant que Draco avait vraiment du mal à se mettre debout, elle ignora son interdiction de l'approcher et le força à s'appuyer contre elle.

« Est-ce que ça va ? », demanda-t-elle d'une toute petite voix.

« D'après toi ? », maugréa le blond en s'accrochant néanmoins à ses épaules.

Un nouveau crachotement particulièrement répugnant s'éleva depuis le bitume et Hermione roula des yeux avant de se tourner vers Théodore. « Oh et toi, ne mets pas la tête en arrière ! C'est le meilleur moyen pour qu'un caillot se forme dans ton nez ! Et arrête ces bruits ignobles ! »

Théodore remit sa tête en position normale et lui jeta un regard qu'elle identifia comme étant amusé malgré ses paupières tuméfiées. Puis il se mit debout et rajusta avec autant de dignité que possible sa veste noire et le col de sa chemise maintenant tachée de sang. Les deux premiers boutons avaient été arrachés dans la bataille et Théodore jeta un regard contrarié en direction des lambeaux de tissus arrachés autour du col.

« Tu as ruiné une chemise à 800 dollars, tu en es conscient Malfoy ? », grommela-t-il avec un soupir théâtral.

Draco écarquilla les yeux. Quel culot ! « Et toi, tu viens de ruiner ma demande en mariage, pauvre con ! »

« Quoi, une demande en mariage, ça ? Dans ce restaurant de petits bourgeois ? Je croyais que tu avais meilleur goût, mon ami… », se moqua Théodore, tandis qu'Hermione se renfrognait.

Il est très bien ce restaurant…, eut-elle tout juste le temps de penser avant de sentir Draco la repousser sans ménagement pour s'élancer de nouveau en direction de Théo.

« Ça y est, c'est bon, je vais me le faire », gronda le blond en claudiquant jusqu'à son rival, lequel lâcha son nez pour brandir les poings devant lui, bien décidé à riposter cette fois. Ses doigts ne faisant plus pression sur ses narines, le sang se remit à couler librement. Hermione courut pour devancer Draco (ce qui ne fut pas très difficile, même avec des talons de 8 centimètres, compte tenu de son état) et se planta entre les deux boxeurs amateurs en tendant les bras pour les séparer.

« STOP ! CA SUFFIT, MAINTENANT ! VOUS ÊTES RIDICULES ! », aboya-t-elle en mimant les mouvements de Draco de manière à ne pas lui laisser la moindre ouverture pour frapper Théodore. Derrière Hermione, Théodore esquissa un sourire triomphant en direction du blond, du moins jusqu'à ce qu'Hermione fasse volte-face vers lui et le fusille du regard. La seconde d'après, elle lui administrait une gifle à lui décoller la tête. « Et toi, si tu trouvais ce restaurant si petit bourgeois, comme tu dis, tu n'avais qu'à pas y entrer et nous foutre la paix ! », cracha-t-elle tandis qu'il plaquait une main sur sa joue, avec un air ahuri. « DRACO ! ON RENTRE ! »

Et avant que le blond ait pu émettre une seule protestation, elle attrapa son bras et ils transplanèrent.

~o~

Le poing serré du sergent Stuart Wilcox, de la police londonienne, frappa doucement la porte du bureau de son supérieur. Celui-ci leva le nez de sa paperasse et fronça les sourcils.

« Hmm ? », grogna-t-il, ce qui dans le langage de l'inspecteur Benjamin Hodgkin, 38 ans et petit prodige des Stups britanniques, signifiait qu'il était une heure bien trop avancée dans la nuit pour oser lui faire parvenir de nouveaux dossiers à feuilleter.

« L'analyse toxico préliminaire du jeune qui a buté son petit frère hier soir… », annonça Stuart tandis que l'inspecteur tendait le bras dans sa direction pour qu'il lui donne le dossier. « Vous allez jamais deviner ce qu'on a trouvé. »

Benjamin « Ben » Hodgkin, ouvrit le dossier cartonné et parcourut rapidement les premières observations du labo de l'Institut Médico-Légal, ses yeux s'arrêtant sur les passages surlignés au Stabilo® jaune. « Merde… », marmonna-t-il en se frottant le menton. « Méphédrone, méthylenedioxypyrovalerone, et… bon sang. »

« Et ces deux autres ingrédients à la con que personne n'arrive à identifier, ouais », marmonna Stuart en hochant la tête. « Le labo est toujours dessus. »

Hodgkin laissa retomber le dossier sur son bureau et se frotta les yeux des deux mains. Cela faisait plus de 36 heures qu'il n'avait pas dormi et manifestement, ce n'était pas tout de suite qu'il allait pouvoir se glisser dans ses draps. « T'es en train de me dire que le taré des quais et ce jeune ont tous les deux pris la même merde avant de buter leurs victimes ? », marmonna-t-il en clignant des paupières.

Stuart acquiesça gravement. « Même chose. Un cocktail qui cartonne, d'après les gars du labo. La méphédrone provoque l'angoisse, la paranoïa et l'autre, la MDPV c'est un stimulant dérivé des amphétamines. Ces deux ingrédients ensemble se retrouvent notamment dans la composition de cette drogue récente, les « sels de bain ». La nouveauté, ce sont les deux autres trucs qu'on n'a pas réussi à trouver. » Stuart mit les mains dans ses poches et esquissa un sourire narquois. « Ils l'ont appelée la Green Fairy, à cause de la couleur de la gélule. »

Hodgkin lui jeta un regard torve.

« La petite fée verte, quoi », insista Stuart, face à l'absence de réaction de son collègue.

« Je sais oui, en référence à l'absinthe », grommela Benjamin en secouant la tête. « Vous faites chier, merde. »

Le visage du sergent Wilcox se décomposa quelque peu.

« Dès qu'il y a une nouvelle saloperie qui débarque sur le marché, vous pouvez pas vous empêcher de lui donner un nom cool, hein ? », s'énerva Benjamin avec une expression courroucée. « C'est pas déjà assez vendeur sans ça ou quoi ? »

« Je vous prie de m'excuser, Monsieur », se rattrapa Wilcox, penaud. Hodgkin soupira et secoua la tête. Quelque chose le turlupinait. Les deux ingrédients inconnus, ce n'était pas ce que l'on pouvait trouver habituellement sur le marché. Du moins pas sur le marché qu'il avait toujours connu. Le marché d'avant l'arrivée des sorciers dans leur monde. Son regard bleu électrique se posa sur son téléphone portable, abandonné près de son clavier d'ordinateur. Peut-être qu'elle saura quelque chose ?, pensa-t-il en pinçant les lèvres. D'un geste vif, il attrapa l'appareil et ses doigts volèrent sur le clavier pour naviguer dans son carnet de contacts. Arrivé à la lettre S, il cliqua sur l'entrée Stone, Aria et appuya sur OK. Ça faisait des mois qu'il n'avait pas eu de ses nouvelles. Et si elle ne répondait pas ?

Benjamin avait rencontré Aria Stone, alors tout juste diplômée du barreau, quelques années plus tôt et ils étaient sortis un bout de temps ensemble, mais la jeune femme avait très vite mis un terme à leur relation. Sans aucune raison valable. Benjamin avait supposé qu'il y avait un autre homme mais sans jamais en avoir la confirmation. Il ne savait pas vraiment si Aria pourrait connaître l'origine des ingrédients mystérieux ou au moins lui confirmer qu'ils étaient d'origine sorcière. Mais il se devait de chercher dans cette direction. Arrête de te chercher des excuses, Ben, tu crèves juste d'envie de l'appeler… Poussant un soupir agacé, il appuya sur l'icône vert de composition du numéro.

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Bon, vous avez vu, j'ai été cool, je n'ai pas fait de trop gros cliffhanger avant mes vacances ! Alors que pensez-vous de ce chapitre ? Le cassage de gueule de Théo ? La demande en mariage ratée ? L'évolution de la relation Séverus-Narcissa ?
En attendant vos reviews, je vous rappelle que le prochain chapitre sera publié le
3 NOVEMBRE et je vous fais de gros bisous ! Promis, je publierai sur Facebook quelques photos du Japon et notamment de Universal Studios Japan à Osaka, où nous allons visiter le parc d'attraction Harry Potter !

A bientôt et des bisous

Xérès