Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Me revoilà enfin après cette looongue absence mais je pense que vous ne m'en voudrez pas tant ce nouveau chapitre est riche en informations, temps forts et moments à glacer les sangs ! J'avoue j'ai mis le paquet, c'est l'effet Halloween, sûrement ! Bonne lecture ! J'ai hâte de lire vos reviews !

Merci à tous mes nouveaux followers ( , Nobuta-chuunyuu, love-in-your-eyes02, unionily, ThuyNhyD, baby japonnaiz, drgabrilus, LaPolichinelle, Zezely, chachoub, Noolane, Serpent d'Argent, PouleauPotter, diaman, , DreamsWritters, Plume DeSerpent), ainsi qu'à Erza Robin, cycy, Eliane Gil, MademOiselle235463, Petitestef, Elena Grape, Marion, TatieBella, Gouline971, miss damdam, Nekozuni, Earcil, loulou, L.E.V.W, Hardcordedrugs, laloudu77, Audrey917000, Areka Motionless, Babar, Gratt'Papier, Goutte-de-Mer, K.G. Pierce, okami shiroi, PetitMilou, TiteTyLee, ecathe38, Alaska66, Loufoca-Granger, Mione159 pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook.

RAR :

Cycy : Ouais, on va mettre Draco sous Green Fairy, peut-être qu'il encaissera mieux la nouvelle… Ou pas. (La réponse plus bas). Pauvre Théo, pourquoi vous voulez toutes le tuer ? Il est adorable pourtant… Gros bisous et merci pour ta review !

Marion : Un bazooka ? Pauvre petit Théo ! ça, c'est sûr que le pauvre Draco n'a pas fini d'en baver à la maison. Après s'être fait casser la figure, il apprend que sa future femme est déjà maman ! (enfin, plus ou moins) Merci pour ta review !

Earcil : Ton adresse mail n'est pas passée (FFnet met un filtre qui détecte et supprime les adresses). Tu peux me contacter sur ma page Facebook Xérès Malfoy ou alors te créer un compte FFnet (gratuit) pour qu'on puisse s'envoyer des messages privés. L'ISIT oui je connais bien ! C'est une excellente école. Moi, je suis allée dans une autre école de trad à Angers (l'IPLV). L'interprétariat ce n'est pas du tout mon domaine donc je ne vais pas t'être bien utile pour ça. Moi je suis plutôt trad technique et plus particulièrement le domaine médical/pharmaceutique. En tous cas, je serai ravie de discuter de ces métiers et te conseiller (par Facebook ou FFnet ou sinon j'ai une adresse gmail mais je préfère ne pas la donner directement ici). A bientôt et merci pour ta review !

Loulou : Ne t'inquiète pas, le pauvre Draco ne va pas se laisser abattre ! (la preuve ici, en bas). J'espère que tu n'as pas trouvé ces trois semaines trop longues ) Bisous et merci pour ta review !

LEVW : Bon, trois semaines c'était pas si terrible, si ? Tu me pardonnes d'avoir honteusement pris des vacances ? XD Bisous

Chapitre 5 : Coffee & Crime

Aria raccrocha son téléphone et passa une main fraîche sur sa nuque raide. Il était vingt-deux heures passées, elle était toujours au bureau et la conversation téléphonique qu'elle venait d'avoir avec son ex-petit ami (et accessoirement inspecteur des Stups) ne l'avait pas franchement enthousiasmée. D'une part parce qu'il venait de lui apprendre l'arrivée d'une nouvelle drogue aux ingrédients vraisemblablement d'origine sorcière et qui avait été l'élément déclencheur de deux meurtres d'enfants. Et d'autre part parce que ce genre d'appels tardifs lui rappelait à quel point sa vie personnelle pâtissait de sa vie professionnelle. Franchement, qui était encore au boulot à cette heure-ci ?

Benjamin, manifestement, se répondit Aria en soupirant. Décidément, on se ressemble plus que je ne le pensais…

Elle sentit son cœur se serrer légèrement à l'évocation de son ex-compagnon. Bien qu'elle ait tout fait pour qu'il pense le contraire, Ben avait beaucoup compté pour elle et les dix-huit mois qu'ils avaient passés ensemble avaient été fabuleux. Pour la première fois de sa vie, elle s'était sentie en sécurité et heureuse avec un homme. Et puis elle avait tout gâché. Après sa première dispute avec Ben (elle ne savait même plus à quel sujet), elle était sortie en claquant la porte. Comme de par hasard, elle avait croisé Lucius Malfoy ce soir-là. Et comme à chaque fois qu'elle se sentait perdue, il suffisait à ce sale blond de malheur de claquer des doigts pour qu'elle tombe entre ses bras.

Dès le lendemain matin, elle avait su qu'elle ne pourrait pas se le pardonner et avait mis fin à sa relation avec Benjamin, avant d'envoyer Lucius au diable. Mais aujourd'hui, avec la voix nerveuse de Ben, cette tension entre eux qui se ressentait même au téléphone… elle avait senti son rythme cardiaque s'accélérer et n'avait pu s'empêcher de sourire béatement lorsqu'il lui avait proposé d'aller boire un café pour parler de son affaire et de son lien potentiel avec le monde sorcier.

Ça suffit pour aujourd'hui, rentre chez toi…, s'ordonna-t-elle en repoussant son fauteuil pour se lever et ramasser son sac à main. Après avoir fermé sa porte à clef, puis éteint les lumières et verrouillé le cabinet, Aria Stone sortit dans la rue éclairée à la lueur des réverbères. Elle n'avait pas fait trois pas lorsqu'un bruit étrange, comme un raclement de chaussure sur le trottoir, la fit sursauter et se retourner. La jeune avocate se figea. Là, adossé contre le bâtiment voisin, la mine sombre, Lucius Malfoy l'attendait. C'est pas vrai, qu'est-ce qu'il fiche ici ?

Lucius leva lentement la tête dans sa direction et Aria remarqua aussitôt sa mine défaite et ses yeux vitreux. Son regard glissa jusqu'à sa main droite et vit alors qu'il y tenait une bouteille d'alcool quasiment vide. Oh oh…

Un voyant lumineux « DANGER » se mit à clignoter dans le cerveau d'Aria et elle déglutit douloureusement. S'il y avait bien une chose qui était plus dangereuse encore qu'un Lucius Malfoy, c'était un Lucius Malfoy ivre.

« Qu'est-ce que tu fais là ? », demanda-t-elle dans un souffle. Elle ne devait pas paraître trop agressive. Pas quand il était dans cet état-là.

« Je t'attendais », gronda l'homme en se décollant maladroitement du mur. « Tu n'as vraiment pas de vie pour travailler aussi tard le soir… », ajouta-t-il avec un rire narquois.

Aria décida de ne pas relever. Primo parce que c'était vrai. Et secundo parce que cela risquait d'énerver le blond. Celui-ci se dirigea d'un pas hésitant vers elle et Aria dut se faire violence pour ne pas reculer d'un air dégoûté.

« L'idée que tu n'aies rien dans ta vie me plaît assez… », reprit Lucius en agrippant sa taille pour l'attirer contre lui. « Parce que comme ça, je t'ai pour moi tout seul. »

Aria détourna le visage lorsqu'il tenta de l'embrasser, mais sans se laisser démonter, Lucius se contenta de lui dévorer le cou et le haut de son épaule gauche. Aria ferma les yeux. L'état actuel de Lucius la révulsait purement et simplement. Pourtant, dès qu'il la touchait, elle sentait un désir inexplicable l'attirer vers lui comme un aimant. Ses mains rudes autour de sa taille, ses dents pinçant légèrement la peau sensible de sa gorge, la façon dont il murmurait son prénom… A chaque fois, elle se laissait emporter. C'est alors que le visage et la voix de Benjamin s'imposèrent dans son cerveau. Benjamin qui refaisait un pas vers elle. Benjamin, avec qui elle pourrait peut-être avoir une vie saine et heureuse. La jeune avocate rouvrit aussitôt les yeux et de toute la force de ses bras, repoussa Lucius qui tituba légèrement en arrière, tout en lui jetant un regard ahuri.

« Arrête ça tout de suite », siffla-t-elle, les yeux lançant des éclairs. « Je t'ai déjà dit que c'était terminé. »

Lucius cligna des yeux plusieurs fois, puis sembla penser à quelque chose et sous les yeux effarés d'Aria, éclata d'un rire amer.

« Je peux savoir ce qu'il y a de si drôle ? », cracha-t-elle.

« Quelle journée de merde… », marmonna Lucius en s'arrêtant progressivement de rire. « D'abord j'apprends que mon fils s'apprête à demander cette sale moins que rien en mariage… et maintenant toi… Vous me faites tous chier. »

Aria serra les dents. Bon sang, qu'elle détestait quand il était dans cet état. « Tu devrais rentrer chez toi, Lucius. Ta femme doit se demander où tu es passé », souffla-t-elle en tournant les talons. Une seconde plus tard, il était sur elle. Aria sentit sa main se refermer sur son bras et il la poussa de toutes ses forces contre le mur du bâtiment le plus proche. La jeune femme émit un léger cri de surprise, bientôt étouffé par la bouche de Lucius prenant possession de la sienne. Le goût de l'alcool se mêla bientôt à celui du sang. Elle s'était mordue la langue en heurtant la paroi de pierre. Les mains de Lucius palpèrent maladroitement sa jupe de tailleur, cherchant à se glisser en dessous, à la faire remonter le long de ses cuisses.

« Allez, je sais que tu en as envie… », gronda Lucius dans son oreille. Juste avant de pousser un hurlement de douleur. Aria venait d'enfoncer son genou dans son entrejambe. Aussitôt, elle bondit pour s'éloigner le plus possible de lui, tandis qu'il se pliait en deux en jurant.

« Putain LUCIUS, REGARDE-TOI ! », hurla-t-elle, les larmes aux yeux. « Qu'est-ce que tu essayais de faire, là ? Me violer ? Mais tu as perdu la tête, ou quoi ? »

Lucius se redressa légèrement, avec une grimace, et lui jeta un regard haineux. Aria passa une main tremblante sur son visage et prit une longue inspiration.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive ? », gémit-elle, tentant une autre approche. « Ces dernières années, tu es devenu… Tu n'es plus l'homme que j'ai rencontré à Azkaban. Avant tu… tu imposais le respect. A chaque fois que tu apparaissais devant moi, droit comme un i, avec ton air qui disait à tous 'Allez vous faire foutre !' … J'adorais cet homme-là. C'est lui qui m'a sauvée, autrefois. » Elle fronça les sourcils et la contraction des muscles autour de ses yeux firent rouler quelques larmes sur ses joues. « Tu n'es plus rien de tout ça. Tu es une loque. »

Les deux iris de Lucius auraient pu la brûler sur place à cet instant précis mais elle ne s'arrêta pas.

« Bon sang, Lucius, réagis : tout le monde te déteste ! », s'écria-t-elle en écartant les bras. « Ta femme, ton gosse ! Tes amis… merde, je ne sais même pas si tu en as ! Et au lieu de te remettre en question, tu te tournes vers moi, parce que je suis la seule à être ASSEZ STUPIDE pour tomber dans le panneau ! Mais c'est terminé, tu m'entends ? Fini ! Maintenant, il va falloir que tu changes avant qu'il ne soit trop tard. Parce que pour l'instant, tu te crois seul mais ta femme est toujours à tes côtés, ton fils t'adresse encore la parole, tout comme ta belle-fille. Malgré tout ce que tu leur fais subir, ils ne se détournent pas totalement de toi ! Mais ça ne va pas durer éternellement. Et si tu ne te reprends pas, tu vas finir tout seul comme un con. » Aria reprit son souffle et vit que Lucius la fixait, interdit. « En tous cas, ne compte plus sur moi », acheva-t-elle dans un sanglot avant de partir aussi vite qu'elle le pouvait sur ses hauts talons.

Sa voiture se trouvait quelques dizaines de mètres plus loin. A mi-chemin, elle se retourna brièvement et aperçut Lucius à la lumière d'un réverbère. Il n'avait toujours pas bougé d'un pouce. Aria tournait de nouveau la tête en direction de son véhicule lorsqu'elle heurta de plein fouet un homme, la capuche de son sweat rabattue, qui arrivait en sens inverse. Le souffle coupé, la jeune avocate balbutia une excuse et contourna l'homme avant de déverrouiller la portière et de s'asseoir derrière le volant. La voiture partit en trombe, suivie des yeux par le type qu'Aria venait tout juste de bousculer. Puis les yeux noirs de l'homme se tournèrent lentement en direction de l'endroit où se tenait toujours Lucius Malfoy. Un sourire mauvais étira ses lèvres et contracta ses joues mal rasées. Puis sans un bruit, il se détourna et se fondit dans la nuit.

~o~

Avec un craquement sonore, Hermione et Draco atterrirent devant le porche de leur maison. C'est dans un silence tendu, qu'ils passèrent le seuil et qu'Hermione s'engouffra dans la salle de bains pour fouiller dans l'armoire à pharmacie, où se côtoyaient remèdes moldus et sorciers dans un joyeux bazar. Draco la suivit à pas lents et s'appuya contre le chambranle de la porte pour la regarder faire. Elle poussa bientôt un juron étouffé et se retourna vers le blond, les sourcils froncés.

« Je vais mettre de la glace sur ta bosse, ça enfle… », dit-elle sèchement en cherchant à sortir de la salle de bains. Mais il lui barra la route.

« Tu n'as pas de l'onguent, plutôt ? Sans ça, je risque d'avoir une marque… », rétorqua-t-il tandis qu'elle lui jetait un regard agacé.

« Ça, tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même », maugréa-t-elle en le contournant pour se diriger cette fois vers le congélateur. Elle défit quelques glaçons, qu'elle fourra dans un torchon propre et fit signe à Draco de s'asseoir sur une chaise. Le jeune homme obéit d'un air buté et elle abattit le torchon plein de glaçons sur son front gonflé et rougi.

« Aouh », chuchota Draco en grimaçant.

Hermione soupira. « Et non, je n'ai plus d'onguent depuis que tu as vidé ma réserve après avoir essayé de réparer le lustre du salon… »

La main de Draco s'éleva pour venir se poser sur la sienne, qui tenait toujours le torchon sur sa tête. Les doigts du blond caressèrent doucement ceux d'Hermione et la jeune femme n'eut pas d'autre choix que de le regarder enfin dans les yeux.

« Tu aurais dû me dire que tu l'avais vu, hier… », fit-il doucement, tandis qu'elle fermait les yeux et hochait la tête en silence. « Comme ça, on l'aurait retrouvé avec Potter, la Belette et Blaise et on lui aurait mis la raclée de sa vie. »

Hermione rouvrit les yeux avec une expression courroucée. « Oh oui, quel merveilleux plan ! », railla-t-elle en secouant la tête. « Attaquer l'un des types les plus riches et les plus influents de cette planète, sans parler du fait qu'il pourrait tous vous tuer en trois secondes, ça c'est du génie ! »

« Bon, ok peut-être pas », marmonna Draco en haussant les épaules. « Mais tu aurais pu juste me mettre au courant, non ? »

« Je voulais d'abord avoir l'avis d'Isaac… », maugréa Hermione en baissant les yeux. « Je ne savais pas comment t'en parler, j'avais peur que tu pètes un plomb. »

« Comme si c'était mon genre… », la rabroua le blond. Pour toute réponse, Hermione appuya un peu plus fort sur les glaçons pour lui rappeler les conséquences de son dernier accès de colère et il émit un petit cri de douleur. « Bon, peut-être un peu. N'empêche que tu aurais dû m'en parler. »

« Oui et bien, les choses ne sont pas toujours aussi simples », grommela Hermione en passant un autre chiffon humide sur les quelques plaies visibles sur le visage de Draco pour les nettoyer. Le blond saisit son poignet et arrêta son geste. La jeune femme se mordit la lèvre et garda son regard ostensiblement braqué sur le haut du crâne de son petit ami pour ne pas croiser ses iris accusateurs.

« C'est comme ça qu'il a toujours fonctionné, Hermione », souffla doucement Draco en caressant la main de la jeune femme. « Il t'isole, te force à mentir que ce soit effrontément ou par omission. Et cela lui donne encore plus d'emprise sur toi. Rappelle-toi avant la Bataille, à la Chaumière-

« Je me rappelle », fit-elle un peu sèchement. Un peu trop. Draco s'était raidi et elle consentit à plonger son regard dans le sien. Avant de hocher la tête et de répéter sur un ton plus doux : « Je me rappelle. C'est juste que cette fois, c'est différent. »

Draco fronça les sourcils. « En quoi, est-ce que c'est différent ? »

Hermione se mordit la lèvre et ferma les yeux. Fini les cachotteries, elle devait lui parler d'Elias. Si elle dissimulait encore son existence, elle prenait le risque que Draco l'apprenne d'une autre manière. Même s'il se montrait compréhensif à présent, de nouveaux mensonges risqueraient à long terme de provoquer de grosses disputes. Et ça, elle ne le voulait pas. C'est pourquoi elle prit une longue inspiration et se lança.

« Théodore n'est pas revenu tout seul en Angleterre », dit-elle faiblement. « Il a un fils. Elias. »

Les sourcils de Draco se haussèrent sur son front tuméfié, faisant légèrement gonfler la bosse proéminente qui y poussait déjà. « T'es sérieuse ? »

Hermione hocha la tête.

« Attends, t'es en train de me dire qu'il existe une nana assez tarée dans la Voie Lactée pour faire un enfant avec ce dégénéré ? », s'esclaffa le blond, incrédule. Etrangement, il remarqua qu'Hermione ne semblait pas amusée par sa remarque. Son hilarité s'envola aussitôt. « Et c'est qui sa mère, à ce gamin ? »

« Techniquement, il a deux mères… », reprit Hermione avant de grimacer. « Enfin, je suppose. J'en sais rien. C'est compliqué. »

« Deux mères ? », répéta Draco en fronçant le nez. « C'est stupide, on ne peut pas avoir deux mères ET un père. A moins que… » Il réfléchit. « Oh… c'est encore un truc sorti de son foutu laboratoire, c'est ça ? »

Hermione opina du chef. « En quelque sorte. » D'un air détaché, elle se remit mécaniquement à tamponner les plaies de Draco de son linge humide. Puis avec quelques détails scientifiques, elle résuma ce que lui avait expliqué Théodore sur la façon dont Elias avait été conçu. Une mère porteuse, ayant fourni un ovule fécondé par la semence de Nott, et une mère « génétique » dont l'ADN avait été implanté dans le fœtus. Draco l'écouta sagement, hochant la tête de temps à autre, les sourcils froncés. Enfin, Hermione jeta le linge rosi de sang dans l'évier et se tut, avant de repartir fouiller dans l'armoire à pharmacie en quête de quelque chose d'utile. Draco la regarda faire en silence, avant de faire la moue.

« C'est dingue, cette histoire… », marmonna-t-il tandis qu'Hermione sortait un flacon de désinfectant et de la gaze en évitant soigneusement son regard. « Quand même, je ne vois pas vraiment l'intérêt de prendre les gènes d'une deuxième nana pour les mettre dans le fœtus d'une autre. A moins que cette deuxième nana soit vraiment spéciale… »

Hermione se retint de grimacer. Si Draco suivait le fil de ses pensées, il n'allait pas tarder à tout comprendre tout seul. Il y eut un instant de silence, pendant lequel Hermione imbiba sa gaze de désinfectant avant de la plaquer sur les plaies de Draco. Le jeune homme laissa échapper un grognement (« ça pique ton truc ») mais Hermione l'ignora.

« Et il a quel âge, ce gosse ? », demanda Draco, tout en réfléchissant encore à ce qu'Hermione venait de lui expliquer.

Hermione sentit sa fréquence cardiaque s'accélérer mais choisit de garder un ton léger et détaché pour lui répondre. « Onze ans », lâcha-t-elle simplement.

Elle sentit Draco se figer et darder ses prunelles d'acier sur elle. Hermione sentit une sueur froide dégouliner le long de son échine et se força à se concentrer sur ses petits tampons de gaze. Le silence qui régnait à présent dans la pièce était assourdissant. Jetant un regard rapide en direction du visage de Draco, Hermione aurait pu jurer voir les petits rouages de son cerveau se mettre en action sous sa chevelure platine.

« Tu n'es tout de même pas en train de me dire que… », commença le blond, tandis qu'Hermione baissait son regard alourdi par la culpabilité. « Oh, Merlin, c'est pas vrai… Et le gosse, il sait ? »

Hermione esquissa un rictus gêné. « Théodore l'a élevé en ne lui parlant que de moi comme étant sa mère légitime. Et il a sûrement dû lui montrer des photos car dès qu'il m'a vue, il m'a appelée 'maman'… »

Les yeux de Draco semblèrent sortir de leurs orbites.

« Je sais, ça semble complètement dingue… », murmura-t-elle en soupirant.

« Dingue ? », s'écria Draco avec une pointe de colère. « C'est tout ce que tu trouves à dire ? Dingue ? C'est complètement insensé, oui ! Et puis d'ailleurs, je peux savoir comment ton ADN s'est retrouvé en possession de Monsieur le Savant Fou ? »

Hermione lui jeta un regard abasourdi tant le ton de Draco était accusateur. Comme si c'était de sa faute.

« Il avait besoin de mon sang pour ses recherches quand on était en France ! », se défendit Hermione en jetant gaze et désinfectant sur le bord de l'évier. « Je ne savais pas qu'il s'en servirait pour… CA ! », acheva-t-elle, à cours de mots.

« Attends, attends, tu l'as LAISSÉ te prendre du sang ? », s'exclama le blond, les yeux écarquillés.

Hermione ouvrit la bouche, outrée. « Lai-... LAISSÉ ?! Non mais, tu t'imagines quoi ? Que c'était la dolce vita, là-bas ? », s'emporta-t-elle. « J'ai été enfermée pendant des semaines dans une pièce de 3 mètres carrés sans d'autre distraction que les quelques apparitions de Théo et le cliquetis atroce de cette putain de bouche d'aération ! Alors OUI, quand Théo me demandait de faire quelque chose, JE LE FAISAIS ! », s'égosilla-t-elle tandis que Draco refermait la bouche, interdit.

C'était la première fois qu'elle abordait de tels détails de sa séquestration avec lui. La seule personne qui en avait entendu parler jusqu'alors était le Dr Goldberg. Tout comme ses tentatives de suicide et d'autres histoires sordides de son enfermement. Ou le fait qu'au fil de ces semaines de séquestration, Théo et elle avaient vécu quelque chose d'étrange, intime et invasif à la fois. Un sinistre simulacre de vie de couple détraqué. Mais cela, elle priait pour que Draco ne l'apprenne jamais.

La tête que faisait le blond lui fit aussitôt regretter ses paroles. Elle l'avait toujours protégé de cette partie de sa vie, se concentrant sur leur avenir à deux plutôt que sur le passé et leur séparation forcée. Et aujourd'hui, elle venait de lui en balancer quelques morceaux choisis en pleine poire. C'était peut-être légèrement rude mais Hermione ne put s'empêcher de penser que cela remettait un peu les pendules à l'heure. Le bras de Draco s'enroula soudain autour de sa taille et il l'attira vivement contre lui. Hermione posa son front sur l'épaule du jeune homme et ferma les yeux pour apprécier la force avec laquelle il la serrait dans ses bras. Comme s'il avait peur de la voir s'envoler. Elle soupira.

« Excuse-moi », souffla-t-il contre ses cheveux bruns. « Je ne voulais pas… »

« Je sais », répondit Hermione en se blottissant contre lui. « Désolée de m'être emportée. »

Ils restèrent un instant dans les bras l'un de l'autre, puis Draco s'écarta soudain. Il semblait avoir réalisé quelque chose.

« Tu vois ? Tu vois ce qu'il fait ? », demanda-t-il vivement en prenant Hermione par les épaules. « C'est toujours pareil. Il lui suffit de se pointer pour que tout parte en sucette. »

Hermione fronça les sourcils et haussa les épaules, ne sachant pas quoi répondre.

« Mais cette fois je ne le laisserai pas gagner, tu m'entends, Hermione ? Pas ce soir… », continua le blond avec hargne.

La Gryffondor hocha la tête. « … ok… », dit-elle d'une voix douce. Mieux valait attendre qu'il ait fini sa diatribe et qu'il se calme.

« Il croit qu'il a réussi à ruiner notre soirée mais il se trompe… », reprit Draco avec un sourire dément. Puis pris d'une impulsion soudaine, il posa un genou à terre et releva son nez tuméfié en direction d'Hermione, tout en fouillant dans sa poche de pantalon à la recherche de la rose fanée et froissée, dans laquelle se trouvait toujours la bague de fiançailles des Malfoy.

Quoi ? Là, maintenant, tout de suite ?, hurla intérieurement Hermione, incrédule.

« Hermione… je sais que cette soirée a été un véritable cauchemar et qu'une demande en mariage entre deux chiffons trempés et une armoire à pharmacie n'a absolument rien de romantique… mais au final, je crois que le lieu importe peu. Avant de rentrer dans ce restaurant tout à l'heure, je voulais que ce soir tu acceptes enfin de devenir ma femme. Et je refuse de laisser cet imbécile de Nott gâcher mes plans… »

« Nos plans, tu ne te maries pas tout seul à ce que je sache… », corrigea Hermione, un sourire espiègle aux lèvres.

« Tu te soumettras, femme… », reprit le blond, narquois. Hermione lui assena une petite tape sur le haut du crâne et il s'esclaffa. Puis reprenant son sérieux, il mit son poing gauche devant sa bouche et s'éclaircit pompeusement la gorge, tandis qu'Hermione éclatait d'un rire nerveux. « Hermione Granger… »

« Oui, Draco Malfoy ? », plaisanta Hermione, bien que son timbre tremble légèrement sous le coup de l'émotion. Sous ses yeux, Draco extirpa délicatement l'anneau d'entre les pétales fripés de la rose et le tint entre ses doigts.

« En dépit de tous les bâtons que le destin met dans nos roues, les rouquins jaloux, les généticiens psychopathes, les enfants sortis d'on ne sait où, nos familles timbrées, pour n'en citer que quelques exemples… je n'imagine pas une seule seconde ma vie sans toi. Et je veux bien supporter tous ces tourments jusqu'à la fin de mes jours, si ce soir… tu acceptes sans la moindre hésitation de faire partie de ma vie. Pour toujours et à jamais. »

Le silence retomba dans la pièce et Hermione dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas se jeter au cou de Draco et l'étouffer de baisers. Elle esquissa un sourire de guingois et d'une toute petite voix demanda : « Tu es sûr, pour les généticiens psychopathes ? »

« Certain », répondit Draco du tac au tac.

Hermione sourit et se mit lentement à genoux pour être à sa hauteur. Levant sa main gauche, elle tendit les doigts et présenta son annulaire, que Draco s'empressa d'habiller de son nouveau bijou. Puis il l'attira contre lui et ils échangèrent un baiser passionné. Hermione s'y abandonna, tentant d'ignorer le goût métallique du sang qui demeurait encore sur la lèvre inférieure de son fiancé. Le sang, les plaies, les bosses… ce qui les avait unis un peu moins de douze ans auparavant et qui les unissait encore maintenant. Haletante, Hermione mit fin à leur baiser et pressa son front contre celui de Draco.

« C'est la demande en mariage la plus romantique qu'on m'ait jamais faite… », chuchota-t-elle en glissant une main dans ses cheveux blonds.

« Ah parce qu'il y en a eu d'autres ? », plaisanta Draco en prenant un air faussement incrédule.

Hermione haussa les épaules, sarcastique. « Moui, un type bizarre dans un restaurant petit bourgeois… un fiasco total, si tu veux mon avis… »

~o~

Engoncée dans l'un de ses plus jolis tailleurs, Aria Stone triturait nerveusement une petite peau innocente au coin de l'ongle de son pouce. Coincée dans les embouteillages londoniens et en route pour le centre-ville, où Benjamin et elle avaient convenus de se retrouver pour parler de sa mystérieuse drogue, elle s'aperçut qu'elle stressait encore plus à l'idée d'un face à face avec son ex qu'avant une plaidoirie.

Du calme, ce n'est qu'un café…, se répéta-t-elle pour la millième fois au moins depuis son réveil.

C'est ça, un café…, se moqua une autre petite voix dans un coin de son cerveau. Si ce n'était qu'un café, ce n'était pas la peine d'enfiler ton tailleur Vivienne Westwood. Ni de chausser tes Louboutin. Et tu n'aurais pas piqué une crise devant la glace ce matin en t'apercevant que Lucius a laissé un léger suçon dans le creux de ton cou…

D'un geste vif, Aria rajusta le foulard qu'elle avait drapé autour de la petite marque traîtresse et soupira bruyamment. Lucius… Il était dans un état tellement minable, la veille. Aria se demanda avec une pointe d'inquiétude s'il était bien rentré chez lui. Non, non, on s'en fiche ! Oublie ce type et tout ce qu'il représente, il ne t'apportera que des embrouilles ! Trouvant enfin une place pour se garer, Aria se rangea en créneau dans une rue voisine du lieu de rendez-vous et sortit de sa voiture en prenant soin de rajuster une dernière fois son foulard en se regardant dans le rétroviseur.

D'un pas rapide et assuré malgré les pavés inégaux et ses talons aiguilles, elle traversa la rue et se dirigea vers le café où Benjamin devait l'attendre. Elle avait cinq minutes d'avance, mais connaissant le personnage, il devait être là depuis un moment, fourrageant dans ses dossiers. Elle doutait même qu'il ait pris la peine de dormir depuis son coup de fil. En entrant dans le commerce, elle constata qu'elle avait raison. L'inspecteur Benjamin Hodgkin, d'énormes cernes mangeant ses joues et entouré de paperasse, était déjà installé dans un coin de la salle, un énorme mug de café fumant posé devant lui. Aria s'arrêta un instant pour l'observer. Il n'avait absolument pas changé, si ce n'était quelques rares cheveux blancs qui semblaient prêts à coloniser ses tempes. Il paraissait aussi plus fatigué, plus inquiet. Mais Aria ne se formalisa pas. Ben était flic par conviction et il prenait chacune de ses affaires très à cœur, au point parfois d'en oublier de prendre soin de sa propre personne ou de ses proches. Aria se remit en mouvement mais à peine avait-elle fait un pas dans sa direction, que Benjamin se retourna pour la voir arriver. Ils échangèrent un regard inconfortable, puis l'inspecteur se leva et lui fit signe de s'asseoir en face de lui. Ce qu'elle fit.

De l'autre côté de la rue, le regard rivé sur la devanture vitrée du café, Lucius Malfoy fulminait. Après sa déconfiture de la veille, il avait suivi Aria ce matin dans l'espoir de pouvoir s'excuser, s'expliquer et voilà que cette petite garce retrouvait un imbécile de flic. Et pas n'importe lequel : son ex petit-ami. Il le reconnaissait pour les avoir observés, elle et lui, à l'époque où ils sortaient ensemble. Il comprenait mieux à présent pourquoi elle l'avait repoussé avec tant de force la veille. Lucius serra les poings. Aria lui appartenait. Il l'avait sortie d'Azkaban, il l'avait sauvée des griffes des Détraqueurs, il l'avait ramenée chez elle saine et sauve. S'il l'avait voulu, il aurait pu la laisser recevoir le Baiser et passer le restant de ses jours dans un asile pour aliénés. La petite ingrate n'avait aucune reconnaissance alors qu'elle lui devait tout : sa vie, sa carrière, sa célébrité. Tout ça n'aurait jamais existé sans lui. Elle est à moi.

Tournant rageusement les talons et bousculant une vieille dame qui lui hurla dessus copieusement, Lucius fit quelque pas pour regagner une rue moins exposée. Malgré le fait que les Moldus soient aujourd'hui au courant de la présence des sorciers, il ne parvenait pas à s'habituer à utiliser sa baguette en public. Les vieilles habitudes ont la dent dure… Il sortit sa baguette de sa canne et s'apprêtait à Transplaner quand un mouvement au fond de la ruelle attira son attention.

Un individu sombre, anonyme grâce à une capuche qui dissimulait ses traits, était tourné vers lui et semblait le fixer. Il s'agissait vraisemblablement d'un homme, au vu de sa stature et de sa silhouette masculine et lorsque le soleil troua brièvement les nuages orageux de cette fin d'été et éclaira l'intrus, Lucius eut vaguement l'impression de l'avoir déjà vu. Hier soir… Le type qui a bousculé Aria… Lucius chassa cette idée saugrenue, sûrement générée par les restes d'alcool et une (petite) dose de paranoïa.

« Quoi ? », lança Lucius avec hargne à l'attention de l'homme qui l'observait toujours par-dessous sa capuche rabattue.

L'autre en face ne répondit rien et Lucius commença à se sentir franchement mal à l'aise. Les doigts serrés autour de sa baguette, il se prépara instinctivement à attaquer. Mais c'est alors que le type fit un geste et Lucius constata avec surprise que l'homme possédait également sa propre baguette. Il tendit celle-ci en direction du mur le plus proche et aussitôt, une marque apparut progressivement sur la pierre. Une marque noire, un tag, que de nombreux Britanniques avaient récemment découvert sur leurs murs. Un « H » calligraphié.

Abasourdi, Lucius regarda la lettre se former puis reporta son regard sur l'homme qui l'avait tracée mais celui-ci avait disparu. Le blond resta un instant sans bouger, se demandant ce qu'il venait de se passer. D'un pas lent, il s'approcha du « H » sombre sur le mur blanc et l'observa quelques instants avant de regarder encore une fois autour de lui. Mais il était seul dans la ruelle.

~o~

« Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as fait appel à moi », fit Aria en parcourant les rapports toxicologiques que Benjamin lui avait mis sous le nez. « Je ne suis pas une experte en ingrédients sorciers. Et si ça se trouve, c'en est même pas… »

Benjamin fronça les sourcils. « Je ne connais aucun sorcier dans mon entourage, toi tu baignes littéralement dedans… », insista-t-il avant de plonger la main dans un sachet en papier kraft. Il en ressortit un petit tube à essai scellé par un capuchon hermétique et le tendit à Aria, qui s'en saisit. Le tube était à moitié rempli d'un liquide épais jaune orangé, grumeleux et ponctué de petites touches vertes.

« Qu'est-ce que c'est ? », demanda Aria en levant le tube devant ses yeux.

« Un extrait du contenu de l'estomac de l'assassin de Clara Lauren », répondit Benjamin comme si c'était absolument normal. Aria grimaça, reposa le tube sur la table et s'essuya machinalement les doigts sur sa jupe. « Je voudrais que tu le donnes à un sorcier capable de l'analyser et de savoir si les ingrédients qu'il nous manque sont bien d'origine sorcière. »

Aria commença par protester. « Je ne connais pas de- ». Mais elle se tut. Faisant mentalement l'inventaire de ce qu'elle savait sur les sorciers amateurs de « cuisine », elle se souvint d'avoir entendu dire que l'actuel directeur de l'école de magie Poudlard, un certain Rogue, était l'un des plus grands experts en potions d'Angleterre. « Bon, d'accord, peut-être que j'en connais un », admit-elle sur un ton bougon.

Benjamin lui adressa un sourire triomphant et Aria se sentit rosir comme une adolescente. « Je savais que je pouvais compter sur toi », lâcha-t-il, ravi. « Et contrairement à ce que tu peux penser, tu auras un rôle bien plus intéressant si jamais on découvre que cette drogue a bien été élaborée par des sorciers. »

« Plus intéressant que de faire du trafic de vomi de cadavre ? », railla Aria en prenant une gorgée de son expresso. « J'ai hâte. »

Benjamin balaya son commentaire d'un haussement d'épaules et reprit. « Il se trouve que le dossier semble bien plus gros qu'on ne le pensait », expliqua-t-il en tirant une nouvelle liasse de sa pile. « Pour l'instant, on a remarqué des similitudes entre les meurtres de Clara Lauren et de Bradley Strong : la drogue ingérée par leurs assassins, la tranche d'âge des victimes… Et on a des raisons de penser que ces deux meurtres n'étaient pas les premiers. Regarde. »

Il lui tendit plusieurs photos au format A4 et Aria dut faire un effort pour ne pas rendre son petit-déjeuner. Le premier cliché n'était littéralement qu'une bouillie de chair, agrémentée çà et là de morceaux de vêtements sanguinolents, étalée sur des rails de chemin de fer. Sur les cailloux à gauche des rails, une petite chaussure noire vernie et intacte avait échappé au massacre.

« Il y a deux mois, les corps de Juliet Mansfield, sept ans, et de sa mère Mary ont été retrouvés sur les rails de la ligne entre Oxford et Coventry. Les collègues du coin ont pensé à un meurtre-suicide car la mère, célibataire, était dépressive et venait de perdre son emploi. »

Aria regarda Benjamin, un sourcil levé. « Et je serais tentée de leur donner raison. Statistiquement… »

Benjamin ne la laissa pas continuer et présenta un second cliché. Un garçonnet était étendu sur le bitume, aussi désarticulé qu'un pantin abandonné. Une large plaie séparait son visage en deux. « Il y a trois semaines, ce gosse de Leeds a été intentionnellement renversé par un conducteur de 4x4. Le type a été envoyé en prison et a déclaré qu'il ne comprenait absolument pas pourquoi il a percuté l'enfant puis fait demi-tour pour lui rouler encore dessus une demi-douzaine de fois. Il s'est suicidé en se pendant dans sa cellule avant d'avoir pu dire s'il était oui ou non sous influence ce jour-là. Malheureusement, aucun prélèvement n'a été fait après le meurtre et donc on peut s'assoir sur la toxico. Mais le type n'était clairement pas dans son état normal. »

Aria pinça les lèvres. Ok, peut-être que celui-là était effectivement louche. Benjamin lui tendit alors la dernière photographie. Cette fois, aucun cadavre ne se trouvait dessus. Seulement la photo, prise dans un commissariat de la banlieue de Liverpool, d'une jeune adolescente brune d'environ 16 ans au visage sombre et au regard sinistre. Elle tenait un petit panneau noir sur lequel s'étalait son nom en lettres blanches. Graziella Santinoni.

« C'est juste une enfant. Qu'a-t-elle fait ? », demanda Aria en levant un regard interrogateur.

« Cette 'juste-une-enfant' a mis le feu à sa maison alors que ses parents et leurs jumeaux de dix ans, Mara et Luca, étaient profondément endormis dans leurs chambres. Aucun survivant. Mais le plus intéressant, c'est que Graziella était déjà connue des services de police pour consommation de drogue, ivresse sur la voie publique et trouble à l'ordre public. Le psy qui l'a examinée lors de sa précédente arrestation avait indiqué un grave état dépressif et une tendance aux actes violents, causés manifestement par des problèmes familiaux… »

Le jeune inspecteur sourit et laissa ses paroles faire son effet sur Aria. L'avocate se mordit la lèvre. « Trois de nos assassins font partie de la famille des victimes. La drogue et la dépression est également un sujet récurrent. Mais l'assassin de Clara et le conducteur du 4x4 sont complètement à côté de ce schéma familial. Ils n'ont absolument rien à voir avec les enfants, de près ou de loin. »

« C'est bien pour ça que j'ai besoin que tu fasses analyser cet échantillon pour moi », reprit Benjamin en se penchant un peu plus vers elle par-dessus la table. « Et une fois qu'on aura la confirmation de l'origine sorcière de cette drogue, tu iras voir les trois familles encore en vie et tu les convaincras de porter plainte contre X en orientant la plainte vers le monde sorcier. »

Aria éclata d'un rire amer. « Je connais un certain Ministre de la Magie qui ne va pas du tout apprécier cette mauvaise publicité… », ricana-t-elle en secouant la tête.

« Précisément », reprit Benjamin avec un rictus satisfait. « Il aura tellement la frousse de voir ses entreprises mixtes perdre du chiffre d'affaires et de la popularité, qu'il fera tout pour coopérer et faire avancer l'enquête avant que le public ne soit au courant… »

Le sourire d'Aria s'élargit. « Rien que pour faire chier ce pourri d'Ogden, je veux bien t'aider… », jubila-t-elle tandis que Ben prenait une gorgée de café. « Je me charge de contacter l'expert en potions. Mais à ta place, je continuerai de creuser les points communs entre les victimes. Il y a forcément quelque chose qu'on a manqué. Une logique. »

« Eh oh, tu vas pas m'apprendre à faire mon métier », grommela l'inspecteur sur le ton de la plaisanterie. L'avocate éclata de rire. L'alchimie entre eux était aussi palpable que lorsqu'ils étaient ensemble. Ils échangèrent un regard doux et chargé de souvenirs heureux. Puis le barman surgit et déposa la note, sortant brutalement les deux tourtereaux de leur rêverie. Benjamin se racla la gorge et détourna les yeux avant de reprendre sur un ton bougon. « Hmm bon, il faut que j'y aille, j'ai obtenu un entretien avec Graziella Santinoni cet après-midi. C'est à Liverpool alors, j'ai un peu de route… »

Aria hocha la tête, récupéra le tube à essai qu'elle remit dans le sachet en papier et le fourra dans son sac à main. « Je te tiens au courant, dès que j'ai les résultats. »

Hodgkin lui sourit et acquiesça de nouveau. Puis il sembla hésiter un instant, avant de se pencher vivement pour l'embrasser sur la joue. Il recula de nouveau, nerveux et se leva de sa chaise, rassemblant maladroitement ses dossiers. « Bon… à bientôt. »

Aria sourit et le regarda partir. Lorsqu'il fut sorti, elle soupira bruyamment et enfouit son visage entre ses mains. Posant les yeux sur la petite coupelle contenant l'addition, elle vit que Benjamin y avait discrètement déposé un billet de 20 livres. Quel gentleman…, plaisanta-t-elle intérieurement. Avant de reprendre son sérieux. Elle avait du travail et pas des moindres : elle devait contacter le directeur de l'école de magie.

~o~

L'inspecteur Benjamin Hodgkin et son partenaire, le sergent Stuart Wilcox, étaient tous deux assis dans l'un des parloirs individuels du centre de détention pour mineurs de Liverpool. Les murs gris et décrépis, le claquement métallique incessant des portes s'ouvrant et se refermant sur les cellules et les couloirs interminables, les annonces au haut-parleur grésillant… tout le bâtiment transpirait le malheur et la déchéance. Les quelques visages menaçants des mômes qu'ils avaient croisés en traversant la cour ne respiraient pas non plus la bonne humeur. Pas étonnant quand on voit dans quoi on les entasse…, gronda intérieurement Ben tout en tapotant nerveusement des doigts sur la table en mélamine défraîchie du parloir. Enfin, un cliquetis se fit entendre dans la serrure et les deux flics se redressèrent sur leurs chaises. Le verrou tourna bruyamment et la porte en fer s'ouvrit en grinçant sur un maton en uniforme, matraque à la ceinture, tenant fermement par le bras une frêle jeune fille de type méditerranéen. Bien que la partie inférieure de son visage soit recouverte d'une espèce de muselière, Ben l'identifia aussitôt : c'était bien Graziella Santinoni. Son regard sinistre était fidèle à celui de la photographie et elle faisait froid dans le dos.

Le gardien entraîna la jeune fille vers une chaise vissée au sol, située de l'autre côté de la table où étaient déjà assis Benjamin et Stuart, et exerça une ferme pression sur son épaule gauche pour l'y installer. Elle s'exécuta et le gardien passa aussitôt les chaînes qui entravaient les poignées de la jeune fille dans un œilleton fixé à l'assise de la chaise en bois, avant de les sceller à l'aide d'un cadenas. Pendant tout le temps qu'avait duré la procédure, Graziella n'avait pas cessé de fixer Ben, de son regard froid et malsain. Une fois la gamine arrimée à son siège, le gardien se détourna et se dirigea vers la porte mais Ben le retint d'une voix forte.

« Vous avez oublié d'enlever son masque », gronda l'inspecteur en fronçant les sourcils.

Le maton se retourna et haussa les épaules. « Elle a arraché des morceaux de trois de mes collègues depuis qu'elle est arrivée, c'est une mesure de sécurité… », répondit le gardien comme si c'était évident.

« Et comment est-ce que je suis censé interroger cette jeune fille si elle est muselée comme un vulgaire pitbull ? », cracha-t-il du tac au tac. En face de lui, la gamine haussa un sourcil amusé et tourna lentement la tête vers le gardien. Celui-ci sembla d'abord réticent, puis fusilla du regard le flic.

« C'est vous qui voyez », grommela le gardien en se penchant prudemment pour retirer la grille qui enserrait les mâchoires de Graziella. « Evitez aussi de lui donner n'importe quel objet susceptible de blesser. Stylo bic, crayon à papier… »

« Merci, je connais la procédure », acheva sèchement Benjamin en invitant l'homme à quitter la pièce d'un geste de la main. Là, l'adolescente sourit carrément, sans que son sourire n'atteigne pour autant ses yeux. Ceux-ci restaient sombres, froids, et rivés sur les deux policiers.

La porte du parloir claqua et Benjamin poussa un soupir agacé avant de reporter son attention sur la prisonnière.

« Bonjour Graziella, je m'appelle Benjamin Hodgkin. Je suis inspecteur de police et voici mon partenaire Stuart Wilcox. Nous travaillons à la brigade des Stupéfiants. »

Une lueur amusée anima les iris noirs de la jeune Italienne, qui haussa un sourcil narquois. « Merde alors, moi qui pensais que je recevais enfin les deux putes que j'avais commandées… », railla l'adolescente en dévisageant tour à tour Ben et Stuart, un large sourire aux lèvres.

« Très drôle », lâcha Benjamin tandis que Stuart fusillait la jeune fille du regard. « On voudrait te poser quelques questions à propos de cette nuit-là. Je suppose que tu sais de quelle nuit je parle ? »

L'adolescente fit semblant de réfléchir quelques secondes. « Hmm attendez, laissez-moi deviner. Vous voulez parler de… la nuit où j'ai fait cramer les quatre connards qui me servaient de famille ? »

« En effet », répondit Hodgkin sombrement. Manifestement, cette gamine ne semblait pas avoir été prise d'un coup de folie induit par l'absorption de drogue, contrairement à l'assassin de Clara ou au conducteur du 4x4 de Leeds. Elle savait parfaitement ce qu'elle avait fait et elle l'assumait à outrance.

Graziella rejeta la tête en arrière et soupira longuement. « J'ai déjà tout dit à la police il y a deux mois, alors lisez mon dossier et foutez-moi la paix. »

« Justement, j'ai lu ton dossier », reprit Benjamin en croisant les bras. « Et quelque chose me turlupine. Ton casier judiciaire fait état d'antécédents de consommation de drogues dures et pourtant aucune analyse toxicologique n'a été effectuée lors de ton arrestation sur les lieux de ton crime. Pourquoi ? »

Graziella rabaissa le museau et plongea son regard dur dans celui de Benjamin. « Qu'est-ce que ça peut vous foutre ? »

« Rien. Tout. A toi de me le dire. Je trouve simplement bizarre que personne n'ait eu l'idée de tester une droguée notoire qui vient de commettre quatre meurtres », railla l'inspecteur en haussant les épaules. Il commençait à cerner la jeune fille. Une adolescente perdue, qui prend le monde entier pour un tas de merde, méprise l'autorité et ne réagit vraiment que lorsqu'on joue son propre jeu : celui de la provocation.

« Je ne suis pas une junkie », aboya aussitôt la gamine en se penchant dans sa direction.

« Ce n'est pas ce que dit ton dossier », répondit benoîtement Benjamin en désignant du doigt les documents posés sur un coin de la table.

« J'EMMERDE MON DOSSIER ! », hurla-t-elle en donnant un coup de pied dans la table. Peine perdue, celle-ci, à l'instar de sa chaise, était vissée au sol et son geste ne fit que l'ébranler. « Le type qui a voulu me faire la prise de sang aussi, il avait lu que mon dossier. Je lui ai pété le nez », acheva-t-elle, bravache.

Benjamin hocha la tête. « Je vois… », fit-il doucement. « Mais dans ce cas, si ton dossier ment, la prise de sang n'aurait pas dû te faire peur, puisqu'elle aurait été négative, je me trompe ? »

Les yeux de Graziella se muèrent en deux infimes fentes et sa lèvre supérieure se retroussa, découvrant ses dents. « Je te baise, pauvre connard », siffla-t-elle avant de se recaler d'un air buté contre le dossier de sa chaise.

Je vais prendre ça pour un non, ironisa intérieurement Benjamin tout en échangeant un regard éloquent avec son collègue. Puis il reprit. « Tu étais donc sous l'emprise de drogue lorsque tu as mis le feu à ton domicile ? », demanda-t-il.

Graziella soupira d'un air rageur. « Peut-être bien », cracha-t-elle en lui lançant un regard en biais. « Mais c'est pas ça qui m'a décidée à le faire. Ça a peut-être précipité les choses, mais je savais qu'un jour je les buterai. Tôt ou tard. Ils me faisaient trop chier. »

Un éclair avide passa dans le regard de Benjamin. Il se sentait approcher du but. L'adolescente le remarqua elle aussi et elle plissa de nouveau les yeux, méfiante.

« Une drogue en particulier, ce soir-là ? », demanda Ben sur un ton empressé.

Le silence retomba lourdement dans le parloir, seulement perturbé par les griffonnements de Stuart sur son calepin. L'inspecteur et la prisonnière se jaugèrent pendant quelques secondes. Tous deux savaient parfaitement où le flic voulait en venir, restait à savoir si elle daignerait lui dire ce qu'il voulait entendre. Soudain, Graziella esquissa un rictus.

« Vous faites partie de ceux qui enquêtent sur la gamine écrabouillée sur le trottoir par ce clodo, pas vrai ? », demanda-t-elle, savourant la rapide expression étonnée qui passa sur les traits de Benjamin. « Bah quoi, nous aussi on regarde les infos… », ajouta-t-elle avec un sourire narquois.

« Qu'est-ce qui te fait croire que ton affaire et la sienne sont liées ? », demanda Benjamin en inclinant la tête sur le côté.

« Je ne le savais pas », le provoqua Graziella, si bien que Ben ne savait pas si elle disait ou non la vérité. « C'est votre tronche quand j'en ai parlé qui m'a dit que j'avais raison. » La jeune fille regarda Ben secouer la tête puis haussa les épaules et détourna le regard. « Peu importe. Comme je vous l'ai dit, j'ai toujours eu envie de buter ces deux vermines depuis qu'elles sont nées. La drogue n'a fait que précipiter le jour de leur mort. »

« C'était une pilule verte, pas vrai ? », demanda Benjamin doucement. Il sentait la gamine prête à se livrer, à tout déballer. Ce n'était qu'une question de minutes. Et de tact.

Graziella baissa les yeux, avant de les tourner vers lui. Puis elle hocha la tête lentement.

« Est-ce que tu connais le type qui te l'a vendue ? », reprit-il, mais la jeune fille se braqua aussitôt et le fusilla du regard.

« Je suis pas une balance », gronda-t-elle.

« D'accord, d'accord », admit Benjamin d'une voix apaisante. « Alors dis-moi au moins une chose. Est-ce que c'était un type normal ou… un sorcier ? »

Graziella le considéra un instant bouche bée, comme si elle le prenait pour un demeuré. Elle regarda tour à tour chacun des deux flics, comme pour vérifier que ce n'était pas une blague ou une caméra cachée. Puis le « o » que formaient ses lèvres s'étirèrent en un sourire. Un sourire orgueilleux, un sourire derrière lequel se cachent les secrets.

« Je rêve », souffla-t-elle avant de s'esclaffer. « Superflic ne sait rien, pas vrai ? Vous êtes venus ici, un doigt au cul et l'autre à l'oreille sans avoir la moindre idée de ce que vous cherchez vraiment. » Elle rit de plus belle. « Vous êtes pathétiques. »

Benjamin et Stuart échangèrent un regard agacé, tandis que le rire de Graziella faisait écho sur les murs du parloir. Le verrou de la porte cliqueta de nouveau et elle s'ouvrit sur le gardien, qui entra dans la pièce avec une expression peu amène.

« Qu'est-ce qu'il se passe ici ? », beugla-t-il pour couvrir les rires stridents de la jeune meurtrière.

« Gardien ! Ramenez-moi à mes appartements ! », ironisa Graziella tandis que le maton défaisait le cadenas et les chaînes sous le regard mauvais des deux policiers éconduits. Il fit lever l'adolescente et lui saisit le bras pour l'entraîner vers la sortie.

« Attends ! », rugit Benjamin en se levant brusquement de sa chaise. « Qu'est-ce que je ne sais pas ? De quoi est-ce que tu parles ? »

Graziella fit signe au gardien de s'arrêter et tourna lentement son visage narquois en direction des deux agents. « Vous voulez vraiment savoir ? », souffla-t-elle, mutine.

Benjamin et Stuart hochèrent la tête comme un seul homme. L'Italienne sourit.

« Vos gosses… vos adorables petites victimes… », cracha-t-elle avec dégoût. « Ce sont des saloperies de mutations. Ce seront tous des mutations. »

Hein ?, fit une voix stridente dans le cerveau de Benjamin. De quoi est-ce qu'elle parle ?

« Attends… quoi ? »

Mais Graziella fit signe au gardien de reprendre sa route et malgré les protestations de Ben, se laissa entraîner hors de leur vue. L'inspecteur, haletant, fronça les sourcils et tenta mentalement de faire le point.

« Je… je crois qu'elle parle des enfants génétiquement modifiés dans le cadre du programme d'intégration des sorciers… », balbutia Stuart en relisant à la vitesse de l'éclair toutes les notes prises sur son carnet. Ben lui jeta un coup d'œil et vit qu'il avait tracé en grandes lettres le mot « mutations », puis l'avait entouré et souligné trois fois. C'est alors que Stuart reprit son crayon et inscrivit deux nouveaux mots en dessous, suivis de deux points d'interrogation.

GORDON LABS ?

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Pfiouuu, que d'informations dans ce chapitre, j'espère qu'il valait le coup d'attendre 3 semaines ! J'espère aussi qu'il vous a plu et que vous commencez à entrevoir le mobile des meurtres ? Et que pensez-vous de la déchéance de Lucius ? Et de l'homme qu'a bousculé Aria et qui a tracé le H sur le mur, qui est-il selon vous ? Qu'avez-vous pensé de Graziella également ? Elle fait peur, non ? XD
J'ai hâte d'avoir vos réactions sur tout ça et en attendant, je vous dis à lundi prochain !

Bisous bisous

Xérès