Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Un chapitre qui a failli ne jamais se terminer, après ces trois semaines d'interruption, j'étais un peu perdue (je déteste m'arrêter d'écrire aussi longtemps). Donc il m'a fallu un peu de temps pour me remettre dans le bain mais j'ai fini par l'achever ce fichu chapitre 6 ! Bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (chrystelleB, GentleChakal, AimCy), ainsi qu'à Hardcoredrugs, Eliane Gil, miss damdam, Gouline971, Bebaven, Petitestef, Piitchoun, Marion, Erza Robin, Madame La Duchesse, PouleauPotter, laloudu77, faerycyn, Acide'nette, Gratt'Papier, MademOiselle235463, loulou, cycy, Naoem, Goutte-de-Mer, Areka Motionless, Loufoca-Granger, Babar, PetitMilou, TiteTyLee, Plume DeSerpent pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont contactée sur Facebook/Twitter.

RAR :

Bebaven : ahah bon dans ce cas, je vais publier moins souvent, alors XD En même temps il fallait s'y attendre à ce que certains sorciers ne voient pas d'un très bon œil l'arrivée de gènes magiques chez les moldus ! Quant à savoir qui sont ces opposants, je garde le secret pour l'instant. Le H ne signifie pas Hermione cependant ) Merci pour ta review et j'espère que ce nouveau chapitre te plaira tout autant que le précédent ! Bises

Anonyme du 3 novembre : Ahah non Elias ne veut pas « dominer le monde » XD. Merci pour ta review et à bientôt !

Marion : oui, il semblerait que les hommes Malfoy aient un léger problème avec l'alcool ! Le mobile des meurtres n'est pas forcément la jalousie de la famille (c'est le cas pour Graziella et le joueur de jeux vidéos mais pas les autres) et la drogue a un autre rôle. Le H n'a aucun rapport avec Hermione ni Théo ^^ Merci à toi et gros bisous !

Loulou : non, non je persiste à dire ce n'est pas Théo qui tue les enfants (ce serait idiot, après s'être donné tout ce mal pour les créer) XD Pauvre Théo, vous le détestez tellement que vous lui mettez toujours tout sur le dos. Ahah. Merci pour ta review !

Cycy : Oh oui les vacances c'était trop bien ! (La dernière fois que j'avais pris deux semaines de vacances c'était… en juin 2011 donc j'estime les avoir méritées, XD). Lucius, amoureux ? Mouais, c'est un peu comme Théo, il « aime » à sa façon à lui, quoi. Ah ah. L'homme mystérieux a totalement à voir avec les meurtres et le H (qui ne veut PAS dire Harry, ni Hermione, comprenons-nous bien) est le symbole de leur « bande de malades ». Voilà, voilà, je te laisse méditer là-dessus ! XD Merci pour ta review et gros bisous !

Chapitre 6 : Réunions

« Encore au bureau à cette heure ? Tu vises un poste à la direction ou quoi, gamin ? », se moqua gentiment le vigile en poste à la réception de l'immeuble ultra-moderne de Gordon Laboratories.

Le « gamin » en question, un jeune stagiaire en génétique fraîchement débarqué de l'Université de Leicester quelques mois plus tôt, sursauta et se retourna en direction de l'homme qui venait de l'interpeller.

« Oh… Philip… euh, oui, je … j'ai dû travailler tard ce soir… », marmonna le jeune homme d'une voix mal assurée. D'un geste machinal, il serra contre sa hanche sa besace en cuir marron, tandis que le vigile hochait la tête en souriant.

« Pas de problème. Bonne soirée et bon retour chez toi », le salua son aîné avec un hochement de tête.

« M-merci, vous aussi », répondit doucement le stagiaire avant de passer les portes vitrées qui menaient à l'extérieur. L'obscurité enveloppa brusquement le jeune homme. Après le hall d'entrée de Gordon Labs, éclairé à outrance, le contraste avec la nuit noire était saisissant. D'autant plus que les réverbères de cette rue étaient tous éteints. C'est lui, il est déjà là, pensa l'étudiant en frémissant. Serrant un peu plus son sac sous son bras droit, il s'élança dans la nuit, l'œil et les oreilles aux aguets. C'est au premier coin d'immeuble qu'il entendit une voix murmurer son nom.

« Wesley. »

L'interpellé sursauta violemment et se retourna. Comme toujours, son contact le voyait et le trouvait en premier. Comme toujours, il sortait de nulle part. Et comme toujours, il lui foutait une trouille bleue.

« Ah v-vous êtes là », bégaya Wesley en plissant les yeux pour essayer de discerner les traits de son interlocuteur dans la nuit. Mais, comme à son habitude, l'homme portait une capuche et seule la partie inférieure de son visage était visible. Mais celle-ci, avec ses joues creuses et mal rasées, était suffisamment reconnaissable.

« Tu as ce que je t'ai demandé ? », demanda sèchement l'homme encapuchonné.

Wesley opina du chef et souleva d'une main tremblante le rabat de sa besace pour fouiller à l'intérieur. Sous le regard impatient de l'homme, il en ressortit une feuille A4, sur laquelle s'alignaient une trentaine de numéros, de noms et d'adresses.

« C'est tout ? », grogna l'homme en lui arrachant la feuille des mains.

Wesley fronça les sourcils. « Je vous l'ai déjà dit, ces documents sont confidentiels et je n'y ai normalement pas accès. C'est très difficile de mettre la main dessus et-

« Je m'en contenterai », grommela l'homme en fourrant la feuille dans une de ses poches. Il s'était détourné pour partir lorsque, rassemblant le peu de courage qu'il avait, Wesley le retint d'une voix qu'il voulait ferme.

« C'est la dernière fois que je fais ça », déclara-t-il en serrant les poings.

« Pardon ? », fit l'homme en se retournant, incrédule.

« La police se doute de quelque chose », expliqua le stagiaire, qui sentait son bref éclair de bravoure foutre le camp à travers champs. « Ils ont appelé aujourd'hui. Ils voulaient un entretien avec mon patron. »

« Désolé, mais ce n'est pas comme si tu avais vraiment le choix », le menaça l'autre d'une voix méprisante.

« J'estime avoir rempli ma part du contrat », se défendit Wesley en faisant un pas en avant. « A vous de remplir la vôtre. Je veux que vous relâchiez mes parents. »

Le silence retomba dans la ruelle et les deux hommes se jaugèrent, l'un se demandant ce qu'il lui avait pris de dire un truc pareil et l'autre presque admiratif du cran avec lequel le gamin osait s'adresser à lui. L'homme sourit alors sous son capuchon.

« Tu as raison… Je m'excuse, tu en as déjà bien assez fait pour nous. Tu mérites qu'on te fiche la paix, à présent », fit l'homme d'un ton horriblement mielleux.

Wesley hocha la tête, mal à l'aise. « Content qu'on soit d'accord sur ce point. »

« Viens avec moi, nous allons retrouver tes parents », reprit l'homme en tendant la main vers lui.

Wesley considéra un instant le bras que l'homme lui offrait et pinça les lèvres. Il avait déjà transplané une seule fois avec un ami sorcier à l'Université, et il avait détesté ça. Reprends-toi, merde, se morigéna-t-il aussitôt. Après ça, tu pourras retrouver tes parents et les mettre en sécurité. Ça vaut bien quelques petites nausées. Rasséréné à l'idée de revoir enfin sa famille, Wesley Morgan saisit l'avant-bras de l'homme à la capuche et s'y accrocha fermement. L'instant d'après, tous deux disparaissaient dans un craquement sonore.

~o~

Deux jours. Deux longues journées pendant lesquelles Aria s'était efforcée de toutes les manières possibles et imaginables de joindre le Directeur de l'école de sorcellerie. E-mails, téléphone, SMS, signaux de fumée… Rien n'aboutissait. Au bord de la crise de nerfs, elle avait même loué les services de plusieurs chouettes sur le chemin de Traverse pour envoyer une série de lettres à Poudlard. En vain. Soit ce Séverus Rogue était le Directeur d'école le plus occupé du monde, soit il l'ignorait purement et simplement. Aria penchait plutôt pour la seconde solution. Si bien qu'après 48 heures de tentatives infructueuses, elle décida de prendre les choses en main et de se présenter directement à l'école de Magie. Récupérant l'adresse et les coordonnées GPS de l'école sur le tout nouveau site Internet de l'établissement, elle avait estimé à environ six heures le temps de trajet en voiture et était partie au milieu de la nuit, au volant de son Audi TT noire.

Il était près de 9h30 du matin lorsqu'elle éteignit le moteur devant les immenses grilles en fer forgé de Poudlard. Passant les mains sur ses yeux fatigués et ses paupières engourdies, elle prit quelques minutes pour souffler un peu avant d'affronter l'insaisissable Séverus Rogue. Enfin, elle s'extirpa hors de l'habitacle et s'approcha à pas rapides de l'entrée du bâtiment encore déserté par ses élèves. Parvenue à la lourde porte en bois, elle serra le poing et frappa sans discontinuer pendant de longues secondes. La porte s'ouvrit bientôt sur un vieil homme très laid, à l'image du chat miteux et au regard fourbe qu'il tenait dans ses bras.

« Qu'est-ce que c'est ? », maugréa l'homme tandis que le chat la dévisageait d'un air peu amène.

« Bonjour, êtes-vous le Directeur de cet établissement, Séverus Rogue ? », demanda Aria en haussant inconsciemment le ton face au vieux bougre décrépi.

« Pourquoi vous criez ? Je ne suis pas sourd ! », beugla le fossile en postillonnant abondamment. « Je suis Argus Rusard, Concierge de cet établissement ! » Il lui jeta un regard mauvais avant d'ajouter : « Entrez, je vais voir si le Directeur est disposé à vous recevoir. Vous êtes ? »

« Maître Aria Stone, du barreau de Londres », répondit Aria avec un sourire poli.

Le dénommé Rusard fronça les sourcils et grommela quelque chose d'inintelligible. Aria discerna cependant les mots « cinglée » et « impôts » et se retint d'esquisser un rictus satisfait. Le vieil homme s'éloigna en claudiquant, son chat toujours dans les bras et grimpa les escaliers, laissant Aria seule dans le hall d'entrée. Bien malgré elle, les yeux de la jeune femme ne purent s'empêcher de dévorer avec émerveillement chaque recoin de la gigantesque salle, des portraits qui bougeaient dans leurs cadres dorés, des torches qui projetaient une douce lumière orangée et des armures postées le long des murs. Des bruits de pas se répercutant dans la pièce lui firent de nouveau tourner la tête en direction du grand escalier. Un homme tout vêtu de noir, sa robe de sorcier très ajustée boutonnée jusqu'au col, et aux cheveux et aux yeux également noir corbeau descendait les marches. Et il n'avait pas l'air content du tout.

« Qu'est-ce que vous fichez ici ? », demanda l'homme, faisant grincer Aria des dents. Quel accueil !

« Professeur Rogue, je présume ? », s'enquit Aria, ignorant l'animosité de son interlocuteur. « Je m'appelle Aria Stone et je-

« Je sais qui vous êtes », l'interrompit sèchement Rogue en plissant les yeux. « Vous m'inondez de messages depuis deux jours. »

« Messages auxquels vous n'avez pas daigné répondre », rétorqua Aria en haussant les sourcils.

« Parce que je n'ai pas daigné les lire », enchaîna aussitôt le Directeur. « Je pensais que mon absence de réponse était justement une indication subtile que je ne souhaitais pas m'entretenir avec vous. »

« J'avais deviné », répondit l'avocate avec un sourire pincé.

« Manifestement non, puisque vous êtes… là », lâcha lentement Rogue.

« Que voulez-vous, je suis tenace », ajouta Aria, son sourire s'élargissant face à la mine déconfite du Directeur.

Rogue poussa un long soupir agacé puis la détailla un instant des pieds à la tête. Même s'il détestait l'idée que Lucius ait pu faire souffrir Narcissa à cause de cette fille, il comprenait mieux à présent pourquoi le blond avait un faible pour elle. C'était un sacré numéro. Irritante à souhait. Et opiniâtre. Il pouvait bien lui accorder un semblant d'attention, même s'il avait l'impression de commettre un acte de trahison impardonnable vis-à-vis de Narcissa.

« Bien, vous avez une minute », fit Rogue en levant les yeux au ciel.

Passé un instant d'incrédulité, Aria se reprit et sortit de son sac à main l'enveloppe en papier kraft confiée par Benjamin. « Je viens de la part d'un ami inspecteur à la brigade des stupéfiants. Il cherche un expert en potions et substances sorcières afin de déterminer la composition d'une nouvelle drogue qui circule depuis quelques mois. Il s'agit d'une substance que l'on retrouve dans plusieurs affaires de meurtres. Je suppose que vous avez dû entendre parler de la tragique histoire de la petite Clara Lauren ? » Rogue hocha la tête. « Mon ami voudrait donc que vous analysiez ceci et que vous déterminiez quels sont les ingrédients manquants. » Elle lui tendit un autre document, que Rogue saisit avec un air circonspect. « Tenez, voici le rapport toxicologique où figurent les ingrédients déjà identifiés par leurs services. »

Rogue décacheta l'enveloppe kraft et plongea la main à l'intérieur pour en ressortir le tube à essais. Il considéra un instant le contenu peu ragoûtant du récipient et haussa un sourcil dégoûté. « C'est du vomi ? »

Aria pinça les lèvres. « Je ne suis pas sûre que ce soit vraiment le terme scientifique utilisé pour désigner ce fluide biologique, mais … oui, c'est du vomi », acheva-t-elle en dissimulant un sourire.

Rogue laissa retomber le tube dans l'enveloppe avec une mine dégoûtée. « Je ne dirige pas un laboratoire d'analyses mais une école, mademoiselle. Et j'ai une réunion de pré-rentrée dans cinq minutes. Figurez-vous que dans deux jours à peine, je vais avoir la lourde tâche d'éduquer une flopée de petits avortons dans l'espoir qu'ils ne deviennent pas de parfaits imbéciles. Si, si, croyez-moi c'est un travail à plein temps. » Il lui remit sans cérémonie l'enveloppe et le rapport toxicologique dans les bras. « Votre minute est écoulée. Bon retour à Londres. »

Aria ouvrit grand la bouche, outrée et regarda le Directeur se détourner et s'éloigner. « Alors, ça ne vous fait rien de savoir que des enfants innocents sont tués par des cinglés qui ont avalé cette drogue ? Drogue qui semble avoir été conçue par vos semblables ? »

Rogue se figea et lui fit de nouveau face. « Miss Stone, avez-vous déjà entendu parler du merveilleux concept de la sélection naturelle ? », railla le Directeur, bien que son expression indique clairement que si, ça lui faisait tout de même quelque chose.

« Et vous, avez-vous déjà entendu parler de la Gazette du Sorcier ? », le parodia Aria, les poings sur les hanches. « Je suis persuadée qu'ils adoreraient savoir que le plus grand expert en substances magiques a refusé d'aider la police à trouver ceux qui gangrènent notre société avec leur drogue meurtrière. Ça mériterait au moins un gros titre. Peut-être même plusieurs… »

Le soupir que poussa Rogue fut déchirant. D'un pas rapide, il revint vers Aria et lui arracha des mains l'enveloppe qu'elle brandissait déjà dans sa direction. « C'est bon, donnez-moi ça. Je verrai ce que je peux faire. Mais je vous préviens : ce boulot passera après mes devoirs de Directeur, tenez-le vous pour dit. »

« Absolument, Monsieur le Directeur », railla Aria d'une voix atrocement mielleuse.

« Maintenant, tirez-vous », acheva Severus en lui adressant un regard contrarié.

« Oui, Monsieur le Directeur. » Triomphante, Aria tourna les talons et quitta le hall, le sourire aux lèvres. Au moment où elle poussait la lourde porte en bois, elle se retrouva face à face avec une jeune femme d'à peu près son âge, aux longs cheveux bruns et bouclés (à la limite de l'hirsute) qui lui jeta un regard étonné. Aria la salua poliment et, encore toute à son succès face au Directeur de Poudlard, partit en sautillant presque jusqu'à sa voiture, sans remarquer que la jeune femme la suivait des yeux. Elle avait réussi à obtenir l'aide de l'expert, ça valait bien les douze heures de route aller/retour !

Toujours immobile devant la grande porte, Hermione regarda, ébahie, Aria Stone remonter dans sa voiture et démarrer sur les chapeaux de roues. Que faisait l'avocate la plus célèbre du moment à Poudlard ? La tête pleine de questions, la jeune femme entra à l'intérieur du bâtiment et vit que Rogue se tenait au centre du hall d'entrée, l'air revêche et des documents à la main.

« Séverus ? », fit Hermione pour attirer l'attention du Directeur. « Bonjour. Puis-je savoir ce qu'Aria Stone faisait ici ? »

Rogue grimaça. « Me demander de l'aide dans le cadre d'une affaire de meurtres d'enfant… », grommela Rogue tandis que les yeux d'Hermione s'écarquillaient soudain.

« La petite qui a été tuée sur les quais ?! », s'écria-t-elle avec emphase, tandis que Rogue opinait du chef. « Je savais que cette histoire avait l'air louche ! Et vous avez accepté de l'aider ? C'est génial ! », acheva la jeune femme, un brin admirative et oui avouons-le, jalouse. Le Directeur leva les yeux au ciel.

« Hum oui et bien… je ne fais que mon devoir de citoyen », grommela-t-il misérablement. « Venez, la réunion va commencer. »

Rogue s'éloigna aussitôt à grandes enjambées pour éviter le flot de questions, qui à n'en pas douter risquait de franchir le seuil des lèvres de sa nouvelle recrue, et pénétra dans la grande salle où l'intégralité du corps professoral les attendait.

Hermione connaissait déjà la grande majorité des visages et salua d'un sourire éclatant les professeurs de son adolescence. McGonagall, Slughorn, Sinistra, Binns, Babbling, Gobe-Planche… Ses yeux se posèrent alors sur un brun qui devait maintenant approcher de la quarantaine. Ce sourire idiot, ce pull branché, ce jean délavé so fashion. Oh c'est pas vrai, il est encore là, lui ?, s'égosilla intérieurement Hermione en jetant un regard méprisant en direction du professeur de technologies moldues Ilan Gregory qu'elle avait appris à connaître (et à détester) lors de sa septième année, après la guerre.

« Bienvenue, Miss Granger ! », l'interpella ce-dernier comme s'ils s'étaient quittés la veille. « Enfin… je peux vous appeler Hermione, maintenant que nous sommes collègues. »

Je préfèrerais que vous ne m'appeliez pas du tout, en fait, pensa la jeune femme avant de lui adresser un sourire faux. Décidément, même après une décennie sans l'avoir jamais revu, ce type lui sortait toujours autant par les yeux. Hermione se demandait par quel miracle Rogue avait pu le supporter toutes ces années.

Le professeur Rogue devait se poser exactement la même question car il s'assit en étouffant un soupir agacé. Tous les autres professeurs saluèrent à leur tour Hermione avec bienveillance et elle sentit son cœur s'accélérer. Ma première réunion de pré-rentrée à Poudlard… !

« Comme chaque année », commença Rogue, la mine grave, « nous démarrons l'année scolaire par une réunion de pré-rentrée, afin de nous préparer… psychologiquement et physiquement... (Il se tourna vers Binns)… enfin juste psychologiquement pour vous… (Binns hocha lentement la tête comme pour lui signifier qu'il n'y avait pas de mal)… au retour des enfants. »

McGonagall haussa un sourcil dubitatif, tandis que les autres professeurs prenaient une longue (et douloureuse) inspiration.

« Toutefois, cette année, deux nouveautés vont… disons, pimenter notre quotidien », reprit Rogue en se tournant vers Hermione, assise à quelques sièges d'écart. « La première est l'arrivée de Miss Hermione Granger, en tant que professeur de sortilèges de la première à la septième année et d'initiation à la magie sans baguette, septième année. Certains d'entre vous la connaissent déjà puisqu'elle était encore, il n'y a pas si longtemps, élève de cette école… »

« Oui, enfin, cela fait quand même onze ans que- », commença Hermione avant de remarquer le regard courroucé de Rogue.

« Miss Granger, tenez-vous absolument à être désagréable dès votre premier jour ici ? », hâcha-t-il tandis que le professeur d'Astronomie et Directrice de Serpentard Aurora Sinistra étouffait un rire derrière son agenda en cuir relié.

Hermione referma la bouche, rosit et prétendit zipper une fermeture Eclair devant ses lèvres. Manifestement, Séverus Rogue n'aimait pas qu'on lui rappelle sa fatidique progression dans la décennie de la cinquantaine.

« Secundo, dans deux jours débarqueront ici les premiers enfants sorciers génétiquement modifiés d'Angleterre », reprit Rogue tandis que Septima Vector, professeur d'Arithmancie et McGonagall échangeaient des regards de connivence.

« Déjà ? », s'étonna Bathsheda Babbling (Etude des Runes) en se redressant quelque peu sur son siège.

« Oui, déjà », répondit Rogue en croisant les mains sur la table. « Cela fait presque douze ans que les premiers essais génétiques ont été lancés dans notre pays et d'autres contrées d'Europe, c'est donc cette année que seront scolarisés les enfants de la première vague. »

Ilan Gregory poussa un ridicule couinement d'excitation et Hermione dut se retenir de lever les yeux au ciel. Ce type était décidément un parfait produit du nouveau gouvernement. Et en cela, il lui faisait penser à Dolores Ombrage, ex-Grande Inquisitrice de Poudlard et maniaque du rose bonbon. Elle aussi couinait… C'est peut-être pour ça que je ne peux pas encadrer ce type, s'amusa Hermione en imaginant aussitôt Ilan en tailleur de laine rose et entouré de chatons.

« Comme vous le savez, une attention toute particulière devra être portée à ces enfants », reprit Rogue en fronçant les sourcils. « D'après les statistiques, ils développent et laissent échapper très tôt leur magie, dès la petite enfance. C'est d'ailleurs ce qui a forcé le Ministère de la Magie à révéler plus vite que prévu l'existence des sorciers au reste du public et à façonner cette société mixte telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les enfants du programme génétique peuvent avoir une avance considérable sur leurs camarades nés-Moldus ou même sur les Sangs-Purs ou Sangs-Mêlés, car ils apprivoisent leur magie depuis bien plus longtemps que les autres. Il vous faudra gérer cette avance des deux côtés afin d'apaiser d'éventuelles tensions entre les élèves. Je dis « éventuelles » car on ne sait pas s'il y en aura. Les réactions des autres enfants seront déterminantes, vous devrez donc ouvrir l'œil, même en dehors des salles de classe. Je vous rappelle qu'on marche en terrain complètement inconnu. »

Tous hochèrent la tête consciencieusement, puis Minerva McGonagall prit la parole.

« Et s'ils déclarent des… anomalies ? Que sommes-nous censés faire ? », demanda-t-elle en relevant le menton.

« Aucun événement de ce genre n'a pour l'instant été noté chez les enfants de 0 à 11 ans déjà mis au monde dans le cadre du programme international », déclara Rogue avant de se racler la gorge. « Toutefois, si un quelconque incident anormal devait survenir, Poppy (il fit un geste en direction de l'infirmière, Mrs Pomfresh, assise en bout de table) a suivi une formation adéquate et pourra déterminer si l'enfant concerné doit être remis à sa famille voire être pris en charge par une équipe de Médicomages affiliés à Gordon Laboratories. »

Comme à chaque fois que l'on mentionnait le laboratoire (ou Théodore) en sa présence, Hermione pinça les lèvres et se tortilla nerveusement sur son siège. Bien que cela passe inaperçu pour la plupart des professeurs, cela n'échappa pas à Rogue mais le Directeur ne releva pas.

« Cela étant dit, nous pouvons passer au point principal de cette réunion… les emplois du temps », acheva-t-il, tandis qu'un brouhaha de parchemins que l'on déroule et d'encriers que l'on ouvre s'élevait dans la Grande Salle.

~o~

« Veuillez signer ici, ici et… ici », indiqua la secrétaire du Département des Mystères à Narcissa, penchée sur un tas de paperasse inextricable. Narcissa Malfoy s'exécuta, traçant de sa belle écriture calligraphiée le nom des Malfoy en trois exemplaires. Puis elle reposa la plume et leva un regard anxieux sur la secrétaire, qui vérifia les trois parafes, sourit et rangea les papiers dans un dossier déjà trop volumineux. Sur la couverture cartonnée, un nom s'étalait en lettres capitales. Bellatrix Lestrange.

« Est-ce que ça va être encore long ? », demanda Narcissa en tripotant nerveusement la sangle de son petit sac à main.

« Elle ne devrait plus tarder », lui promit la secrétaire avec un sourire rassurant, avant de retourner à ses occupations.

Narcissa prit une longue inspiration, souffla, pinça les lèvres, balaya la pièce du regard, souffla de nouveau. Pour la première fois depuis longtemps, elle se sentait terriblement stressée. Un million de questions, de doutes, de craintes l'assaillaient, hérissant les petits cheveux sur sa nuque, retournant son estomac et faisant fourmiller ses doigts. Qu'allait penser Bellatrix de ce nouveau monde ? Allait-elle supporter d'y vivre sans pouvoir exercer de magie, alors que le monde entier ou presque s'y était familiarisé ? Et que penserait-elle des fiançailles de son filleul avec une née-Moldue ? Qu'en était-il de ses convictions ? Etaient-elles toujours aussi… extrêmes ? Ou bien le suivi psychologique de ces dernières années d'incarcération avait-il porté ses fruits ? Narcissa ferma un instant les yeux et tenta de faire le vide dans sa tête. La plupart des questions furent balayées par un souffle forcé de sérénité. Sauf une.

Est-ce qu'elle va me pardonner de l'avoir trahie ?

Narcissa rouvrit les yeux. Finalement c'était ça, la vraie interrogation. Elle se souvenait parfaitement du regard que sa sœur aînée lui avait adressé lorsqu'elle avait libéré tous les prisonniers de leur sous-sol avant de s'enfermer dans l'une des cellules désertées. Les yeux de Bellatrix avaient transpiré la haine, le dégoût, la déception, le mépris. Mais à présent, après onze ans d'incarcération… Bellatrix la regarderait-elle toujours ainsi ? Elle espérait que non, sinon la cohabitation, aussi brève soit-elle, risquerait d'être difficile.

Un craquement sonore retentit dans son dos mais elle ne se retourna pas immédiatement. Un cliquetis de chaînes que l'on détache lui indiqua qu'on devait retirer ses entraves à Bellatrix, puis la voix d'un homme (celui qui avait dû transplaner avec elle depuis Azkaban) lui demanda de signer les papiers de sortie qui feraient d'elle (enfin) une femme libre. Poussant mentalement du pied ses dernières angoisses, Narcissa se retourna… et crut un instant qu'on lui faisait une blague.

Une femme qui ressemblait certes à sa sœur était penchée sur le bureau, plume à la main et signait son autorisation de sortie. Elle portait un pantalon de tailleur bon marché, mais propre et ajusté, ainsi que la veste assortie et des chaussures plates noires. Ses cheveux, que même leur mère n'avait jamais réussi à discipliner dès lors qu'ils avaient dépassé les 20 cm de long, étaient ramenés en queue de cheval sur l'épaule gauche et ne formaient plus l'imbroglio démoniaque de l'époque glorieuse où elle était le bras droit de Lord Voldemort.

L'étrangère releva la tête et se retrouva face à Narcissa, incrédule. Celle-ci dut cependant se rendre à l'évidence. C'était bien sa sœur Bellatrix, qui se trouvait en face d'elle à cet instant. Dans ce tailleur, avec cette coiffure… et cet air complètement normal, quoi qu'un peu triste et abattu, de l'être humain de base.

Bellatrix sembla légèrement mal à l'aise face au mutisme de sa sœur et plongea nerveusement les mains dans les poches de son pantalon.

« Salut, Cissy… », marmonna-t-elle en prenant soin de paraître détachée.

« Bella… », souffla Narcissa, qui se remettait difficilement du choc.

L'aînée pinça les lèvres. Le malaise s'intensifiait. « Ça va ? »

Elle me demande si ça va ? Narcissa nageait en plein surréalisme. Si la secrétaire et le gardien avaient fusionné sous ses yeux pour se transformer en chihuahua mangeur d'hommes, elle aurait presque pu trouver cela normal. En tous cas, plus normal que ça. Narcissa sentit l'anxiété ouvrir un robinet et les mots qui en sortirent s'écoulèrent sans qu'elle ne puisse plus les arrêter.

« Oh oui… enfin tu sais… Lucius déprime. Il se saoule parce que Draco va épouser Hermione… oh et il me trompe, aussi. Et j'ai couché avec Séverus. Une fois », déclara-t-elle à la vitesse de la lumière. Avant d'écarquiller les yeux, catastrophée. Mais pourquoi j'ai dit ça ? Derrière Bellatrix, le gardien et la secrétaire échangèrent un regard narquois. Les retrouvailles bizarres, c'était leur pain quotidien.

En face, Bellatrix haussa les sourcils à la fois étonnée par ce qu'elle venait d'entendre et amusée de se rappeler que sa sœur souffrait toujours de diarrhée verbale lorsqu'elle était angoissée.

« Et… et toi ? », tenta misérablement de se rattraper Narcissa.

Tentative qui faillit faire éclater de rire l'ex-détenue.

« Moi ? », railla Bellatrix, un léger sourire aux lèvres. « Oh, la routine. » Elle désigna du doigt le gardien qui venait de la déposer dans la pièce et son sourire s'élargit. « Je sors de prison ! », acheva-t-elle joyeusement.

Les deux sœurs se fixèrent un instant, ne sachant plus s'il fallait rire ou pleurer de cette situation rocambolesque. Puis Bellatrix se pencha légèrement vers sa petite sœur et chuchota, comme si elle s'apprêtait à partager un secret d'Etat. « Sans rire, t'as couché avec Séverus ? »

Narcissa cligna des yeux et plongea son regard dans celui de Bellatrix. Les yeux de la brune brillaient d'un éclat non plus malsain, comme il l'avait été ces dernières décennies, mais espiègle, rieur. Libre. Cissa eut soudain l'impression de retrouver la Bellatrix d'avant. Celle qui était revenue de l'université avec des étoiles plein les yeux et des rêves à n'en plus finir. Celle qui n'avait pas rejoint les rangs de Voldemort. Celle qui n'était pas encore mariée à Rodolphus Lestrange.

« Tu m'as manqué, Bella-tête-de-mule », souffla Narcissa d'une voix légèrement rauque.

Bellatrix fit un pas hésitant en direction de sa cadette et lui adressa un regard sombre. « Je sais. Moi aussi, je me suis manquée. Longtemps. »

Le cœur un peu plus léger, elles quittèrent le Ministère de la Magie, retrouvant (pour le plus grand bonheur de Bellatrix) le monde extérieur. La brune défit aussitôt sa queue de cheval et laissa ses frisottis d'ébène s'envoler au gré du vent chaud de cette avant-dernière journée d'août. Avec un soupir de ravissement, elle ferma les yeux et apprécia la chaleur du soleil sur ses joues.

« Est-ce que tu veux aller te reposer au Manoir tout de suite ou bien… », commença Narcissa en sortant sa baguette, prête à les faire Transplaner.

« Je préfèrerais me balader un peu dehors, si ça ne te dérange pas… », avoua Bellatrix en tournant la tête vers elle.

« Où veux-tu aller ? »

Bellatrix haussa les épaules. « Peu importe, tant qu'il n'y a pas de barreaux aux fenêtres. »

Narcissa acquiesça pour lui signaler qu'elle comprenait. « Un café ? »

Aussitôt, Bellatrix tourna la tête vers elle, le regard soudain avide. « Oh oui. » Cela faisait des lustres qu'elle n'avait pas pu boire une seule goutte de véritable café. C'est donc à pieds que les deux sœurs gagnèrent le Chemin de Traverse pour s'installer à la terrasse de l'un des nombreux cafés qui y avaient fleuri. Bellatrix sembla d'abord étonnée de constater que l'entrée au Chemin de Traverse ne se faisait plus par le Chaudron Baveur mais désormais par une galerie commerciale ouverte à tous. Puis lorsqu'elle vit la foule qui se pressait devant les boutiques magiques, certains vêtus de traditionnelles capes et d'autres de tenues plus moldues, elle se souvint de ce qu'on lui avait appris en prison.

« C'est vrai… ils savent tout à présent », marmonna-t-elle tandis que Narcissa esquissait un sourire pincé.

« Si tu veux, on peut aller ailleurs… », proposa la cadette avec une grimace mais Bellatrix secoua la tête.

« Non », fit-elle en prenant une grande inspiration. « Non, il faut simplement que je m'habitue. Après tout… je suis une Moldue désormais », ajouta-t-elle plus sombrement.

« Seulement jusqu'à la fin de ta conditionnelle », la rassura Narcissa en se mêlant à la foule des badauds empressés. Il ne restait que quarante-huit heures avant la rentrée à Poudlard et les derniers retardataires achevaient leurs courses, les bras chargés de livres, de cages à hibou, et autres sacs de vêtements.

Soudain, un détail attira l'attention de Bellatrix, alors qu'elle suivait sa sœur en direction d'un des cafés bondés. Une silhouette immobile. La seule au milieu de tous ces individus en pleine effervescence. Bellatrix ne parvenait pas à voir son visage, à cause de la capuche qui le recouvrait. C'est alors que l'inconnu leva lentement la tête, faisant progressivement sortir de l'ombre un menton pointu, des joues creuses et mal rasées, une mâchoire inférieure anguleuse. Bellatrix sentit un frisson indescriptible parcourir son échine. Ça ne peut pas être lui. Impossible. Elle plissa les yeux, tentant d'apercevoir le reste du faciès de l'homme…

Un grand gamin dépenaillé la heurta de plein fouet et elle tourna son regard noir et furieux dans sa direction.

« ALISTAIR ! », beugla une femme vulgaire (la mère, très certainement), le bras droit chargé d'un môme et tenant un troisième par la main gauche. « Demande pardon à la dame ! Tu n'as pas été élevé chez les loups, à ce que je sache ! »

L'adolescent roula des yeux et regarda Bellatrix de travers avant de lâcher un « Désolé », peu convaincant. Avant de traîner les pieds à la suite de sa génitrice qui semblait penser que cette piètre excuse était suffisante. Mais Bellatrix n'en avait cure. Aussitôt l'adolescent hors de son champ de vision, elle scruta de nouveau la foule à la recherche de l'homme immobile. Mais il avait disparu.

~o~

« Non mais sérieux, c'était quoi ce message à la con que tu nous as envoyé, là ? Tu te prends pour un agent secret ? », railla Ron Weasley en traversant le parking désert d'une vieille station de service abandonnée.

Draco, qui avait soigné et dissimulé les dernières traces de son entretien musclé avec Théodore à l'aide d'onguents divers et (en douce) du fond de teint d'Hermione, se retourna pour le regarder approcher. Le blond le fusilla du regard, tandis que Blaise et Harry s'esclaffaient doucement.

« Quoi, qu'est-ce qu'il avait mon message ? », bougonna Draco. « J'ai juste dit que c'était urgent, je ne vois pas ce qu'il y a de drôle. »

Ron, qui était enfin arrivé à leur hauteur, inclina la tête sur le côté avec l'air de dire non mais, tu te fous de moi ?. D'une main, il sortit son téléphone portable de sa poche et le brandit en direction de Draco. « Tu rigoles ? Tu veux t'entendre ? » Sans attendre de réponse, Ron pianota sur les touches et appela son répondeur, avant d'actionner la touche Haut-parleur. La voix féminine monocorde et pré-enregistrée s'éleva d'abord sur le parking.

« Vous avez 1 message archivé. Reçu aujourd'hui à seize heures trente-huit », fit le répondeur avant de biper et de laisser la place à la voix de Draco. Celle-ci était sèche, grave et hachée, comme s'il lisait un télégramme.

« Les gars, il faut qu'on se voie. Y'a une station essence abandonnée près d'Oxford. Rejoignez-moi là-bas dans une heure. Incognito. C'est important. » Un déclic indiqua que l'appelant avait raccroché et la voix robotique s'éleva de nouveau, sous les rires étouffés de Blaise, Harry et Ron.

« Tapez 1 pour Supprimer. 2 pour Archiver. 3 pour rappeler votre corresp-

« Ah, tais-toi, toi », siffla Ron en faisant taire son répondeur d'une pression sur le bouton rouge. Puis il dévisagea Draco et fronça les sourcils. « T'as pris des couleurs, toi, non ? »

Draco leva les yeux au ciel mais n'eut pas le temps de répondre à Ronald. Harry lui posait déjà la question fatidique.

« Alors, James Bond, si tu nous disais pourquoi tu nous as fait venir ici, au milieu de nulle part ? », se moqua gentiment le Survivant, en croisant les bras sur la poitrine.

Draco hocha la tête, agacé. « C'est ça, marrez-vous. Vous ferez moins les malins dans cinq secondes », maugréa Draco en fusillant les trois compères du regard. « Si je vous ai fait venir ici… c'est parce que ce connard de Théodore Nott est revenu en Angleterre. »

Toute hilarité déserta aussitôt les visages des trois autres.

« Attends… quoi ? », fit Harry en avançant le menton, la bouche entrouverte.

« Tu déconnes ? », grinça Ron, les poings déjà serrés.

Blaise resta silencieux et se contenta d'interroger Draco des yeux. Et ce qu'il vit dans les prunelles grises de son meilleur ami et associé lui indiqua que non, il ne déconnait pas.

« Quand ? », demanda Harry d'une voix dure.

« Il y a au moins une semaine », répondit Draco, avant d'ajouter : « D'après Hermione. »

« Oh là, Hermione l'a vu ? », aboya Ron, furieux.

« Elle ne me l'a pas dit tout de suite non plus, figure-toi », rétorqua le blond avec amertume. « Je ne sais pas si elle voulait que je vous mette au courant ou non, je n'en ai pas vraiment parlé avec elle… Mais je préfère le faire. Parce qu'il est hors de question de faire les mêmes erreurs que la dernière fois. »

Harry hocha la tête.

« Bon et alors, on lui défonce sa mouille à ce taré, ou bien ? », fit Ron en écartant les bras.

« Si tu tiens à te faire étrangler par Hermione, je t'en prie, vas-y », grommela Draco tandis que Blaise fronçait les sourcils.

« Comment ça, ne me dis pas qu'elle prend sa défense en plus ? », fit le métis, inquiet.

Draco prit une longue inspiration et regarda tour à tour chacun de ses amis. Il devait leur parler de ce gamin. Ce gamin qui était soi-disant le fils génétique d'Hermione et qu'elle refusait de laisser sans parent tant qu'ils n'en sauraient pas un peu plus sur les motivations de Théodore. Il se rembrunit. « Pas exactement, non… »

~o~

Alors qu'elle approchait de Londres, l'autoradio d'Aria s'arrêta automatiquement et une tonalité lui indiqua qu'elle recevait un appel. Passant un doigt sur la commande au volant qui lui permettait de répondre, elle décrocha.

« Aria ? C'est Ben… », fit la voix de l'inspecteur, légèrement déformée par le téléphone.

« Salut. Je viens de déposer l'échantillon à l'expert en potions », claironna-t-elle avant d'ajouter sur le ton de la plaisanterie. « Papa Ours a récupéré le pot de miel. Je répète : Papa Ours a récupéré le pot de miel. »

A l'autre bout du fil, Ben marqua un temps d'arrêt. « Attends, t'es en voiture, là ? », grommela-t-il, tandis qu'Aria levait les yeux au ciel.

« Détendez-vous, monsieur l'agent, je suis en Bluetooth », railla-t-elle. « Alors cette enquête, ça avance ? »

« Plutôt, oui », répondit Ben avec un soupir. « Graziella Santinoni nous a appris beaucoup plus qu'on ne l'espérait. D'après elle, tous les enfants assassinés sont des enfants génétiquement modifiés. »

« Des enfants de Gordon Labs ? », s'écria Aria, surprise. Elle réfléchit quelques secondes et fronça les sourcils. « Attends, je comprends à la limite pour l'alcoolique des quais et le conducteur de 4x4, ça pourrait être des fanatiques ayant décidé d'exterminer ceux qu'ils considèrent comme des erreurs de la nature… mais les autres ont été tués par un membre de leur famille ! Ça ne colle pas. »

« Je sais. On bosse là-dessus, figure-toi », bougonna Benjamin. « Ces deux derniers jours, on a rencontré les familles. Mis à part les parents de Clara Lauren et ceux du gosse écrasé, qui vivaient des vies de famille tout à fait normales et heureuses, les trois autres connaissaient de grosses difficultés. D'après les grands-parents Santinoni, Graziella était une enfant tout à fait adorable jusqu'à la naissance des jumeaux. Quand elle a eu neuf ans et que son petit frère Luca a allumé ses trois bougies d'anniversaire simplement en les regardant, ses parents lui ont expliqué qu'ils avaient décidé d'avoir des enfants sorciers car ils considéraient la magie comme un véritable miracle. »

Bien que Benjamin ne puisse pas la voir, Aria leva les yeux au ciel. La magie, un miracle… et puis quoi encore…

« Ils se sont donc inscrits au programme du laboratoire de génétique et après ça, les parents Santinoni ont complètement délaissé Graziella, ne se concentrant plus que sur l'éducation et le développement de leurs deux petits sorciers », continua Ben sur un ton montrant qu'il désapprouvait totalement ce comportement.

« Pas étonnant que la gosse ait mal tourné… », commenta Aria.

« Même schéma pour la famille Strong », reprit l'inspecteur avec un soupir. « Les parents décident d'avoir un second enfant, sorcier, et ils couvent le petit prodige tandis que l'autre devient de plus en plus banal et médiocre à leurs yeux. D'après eux, Justin était jaloux de son petit frère car celui-ci réussissait toujours tout ce qu'il entreprenait malgré son jeune âge alors que l'aîné n'était qu'une racaille, qui fréquentait les mauvaises personnes. » Ben soupira. « Lorsque je leur ai parlé, j'ai vraiment eu l'impression qu'ils se fichaient totalement que Justin se soit suicidé après son geste. Tout ce qui leur importe, c'est d'avoir perdu leur sorcier… »

Aria secoua la tête. « C'est pas vrai… », cracha-t-elle avec amertume. « Et la dernière ? Celle du train ? »

« Mary Mansfield élevait sa fille seule après un divorce difficile », répondit Ben et Aria l'entendit manipuler des papiers près du téléphone. Elle sourit, l'imaginant très bien fouiller dans le bazar de ses notes, les sourcils froncés et les cheveux en bataille. « Elles s'en sortaient pas trop mal malgré les tendances de la mère à la dépression. Et puis Mary a perdu son travail. Ruinée, elle a peu à peu sombré dans l'alcool, la drogue… On a fouillé leur appartement et on a trouvé un ordre d'expulsion de leur logement, daté du jour où Mary et Juliet se sont attachées au chemin de fer… »

Le silence retomba dans l'habitacle. Ni Aria ni Ben ne semblaient savoir quoi dire. Mais ça passerait, il leur fallait simplement quelques secondes pour se reprendre. Après tout, être confrontés à la misère du monde faisait partie de leurs boulots respectifs.

« Voilà pourquoi j'ai besoin au plus vite des ingrédients manquants de cette drogue », reprit finalement Benjamin. « Je dois savoir si ce sont les sorciers ou les autres qui fabriquent cette merde. Je ne sais pas comment ils font, ni même si c'est possible, mais la drogue pourrait pousser celui qui en consomme à cibler un enfant génétiquement modifié et à l'assassiner… »

« Les dealers doivent cibler des proches des enfants ou alors des gens qui sont susceptibles de les côtoyer de près : voisins, profs, employés municipaux… », proposa Aria.

« C'est ce que je pense aussi », acquiesça Ben. « On est en train de recouper les emplois du temps du conducteur de 4x4 et de l'assassin de Clara pour savoir si leurs lieux de vie ou d'activités étaient géographiquement proches. »

« Et pour les autres ? », fit l'avocate. « Si on suit ton raisonnement, alors toutes les familles ayant mis au monde un enfant génétiquement modifié sont en danger. »

« Je sais », fit Ben sombrement. « J'ai rendez-vous lundi avec le PDG de Gordon Labs, Théodore Nott… Il occupe ce poste depuis seulement quatre ans, soit depuis que le créateur du laboratoire, un certain Peter Gordon, lui aurait cédé l'intégralité de ses parts… Mais là aussi, il y a des trucs qui ne collent pas, notamment le fait que Peter Gordon a totalement disparu des radars depuis ce jour-là. »

Mon cher Ben, il y un paquet de trucs qui ne « collent pas » avec ce foutu psychopathe, j'en sais quelque chose…, pensa Aria en serrant les dents.

« Pourquoi attendre lundi ? », grinça-t-elle. « Va le voir dès demain… »

« Demain, c'est dimanche… les bureaux de Gordon Labs sont fermés », maugréa le flic. « Et pour une raison étrange, j'ai comme l'impression que mon supérieur n'est pas hyper emballé par cette histoire… Il m'a littéralement ordonné aujourd'hui d'éviter de faire des vagues. Bon sang, t'y crois, toi ? On a des tueurs d'enfants sur les bras et il ne faudrait pas faire de vagues ?! Bref, je n'aime pas ça. »

Aria soupira. « Profites-en pour te reposer vingt-quatre heures, dans ce cas… », admit-elle avant d'insulter copieusement un véhicule qui venait de lui couper la route. « Hum pardon, un dingue m'a fait une queue de poisson. »

« Donne-moi sa plaque, je vais lui retirer quelques points », plaisanta Ben, tandis qu'Aria éclatait de rire. « Bon, fais attention à toi, d'accord ? Je te tiens au courant et envoie-moi les résultats de ton expert dès que tu les reçois. »

« Compte sur moi… », assura Aria, avant d'ajouter promptement. « Toi aussi, prends soin de toi. »

Un silence tendu s'imposa entre eux, puis Ben souffla un « A bientôt » et raccrocha. Aria soupira et se cala de nouveau confortablement sur son siège conducteur. Si un ou des malades avaient décidé de s'en prendre à tous ces gens, ces meurtres-ci n'étaient certainement que les premiers d'une longue série. La jeune femme se demanda comment Théodore allait réagir en apprenant que des types en avaient après ses créations. Pour un type dénué d'empathie tel que lui… on pouvait s'attendre à tout.

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Et voilà, c'est terminé pour aujourd'hui ! Un petit chapitre de transition et d'explications pour vous éclairer sur toutes les infos du précédent, c'était nécessaire pour repartir sur de bonnes bases. J'espère que vous commencez à mieux cerner ce qu'il se passe à présent ! Le rôle de Wesley dans cette histoire, l'identité du mystérieux homme à la capuche, le retour de Bellatrix, Draco qui prend de bonnes décisions, l'enquête qui avance… Mine de rien c'était un chapitre chargé !

J'espère qu'il vous aura plu et j'attends vos reviews avec impatience !

Bisous bisous

Xérès