Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Huhuhu, un chapitre avec un final très « brrrrr » pour bien achever de vous glacer les sangs en ce début d'hiver ! J'espère qu'il va vous plaire, c'est le premier « tournant » de l'histoire puisqu'à présent, l'essentiel des scènes vont se passer à Poudlard et du côté de nos petits flics. Je suis d'ailleurs ravie de voir que vous appréciez autant Benjamin, j'avoue que je n'avais pas prévu une telle popularité pour ce personnage, mais d'un côté TANT MIEUX ! Sur ce, bonne lecture et à très vite pour les reviews !

Merci à tous mes nouveaux followers (hovogliadite), ainsi qu'à Erza Robin, Elena Grape, Gouline971, Audrey917000, Marion, Petitestef, Piitchoun, miss damdam, Lyly Ford, SeventhApril, Acide'Nette, PouleauPotter, Eliane Gil, Loulou, steiil, Gratt'Papier, Plume DeSerpent, Guzguz, Areka Motionless, faerycyn, Djianara, Hardcoredrugs, cycy, Mrs Lyly Black, Goutte-de-Mer, Loufoca-Granger, Babar pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook.

RAR :

Marion : non, Draco ne va pas trop trop souffrir (tu peux garder tes mouchoirs dans leur paquet en toute sécurité). En ce qui concerne Pansy et Asto, je peux déjà te dire que non, on ne verra pas Astoria. Pansy, peut-être et encore c'est pas sûr et si je choisis de l'intégrer ce sera vraiment un rôle anecdotique, un personnage décoratif dans un certain contexte mais pas un personnage récurrent. Merci pour ta review !

Loulou : bon, gentille, Bella ? Peut-être pas, faut pas rêver. Mais cinglée comme elle l'était avant ? C'est sûr que non. Par contre elle va regretter la prison ! ahah Merci pour ta review !

Guzguz : Ahah, tu n'es pas la première à dire ne jamais lire de fiction en cours mais à le faire quand même en voyant la suite de Rise. Parfois j'ai l'impression d'être un monstre de vous faire subir ça. XD En ce qui concerne le côté scientifique des deux fictions, dans Rise j'ai inventé l'existence d'un gène magique mais tout ce qui tournait autour était véridique sur le plan scientifique. En revanche, pour la création des enfants, c'est presque de l'anticipation (j'insiste sur le presque) vu qu'on parle de modifier ou d'implanter un gène dans un embryon. La seule différence entre Elias et les autres est que son embryon a été modifié avec les gènes d'Hermione puis placé dans l'utérus d'une autre femme, tandis que les autres enfants ont grandi dans le ventre de leur mère. Cette technique est connue des médecins pour confectionner des bébés identiques à un frère ou une sœur malade (pour en faire des donneurs d'organes ou de moelle osseuse, par exemple). La question de l'éthique se pose cependant et la chose ne peut pas être appliquée, mais elle est possible. Pour répondre à ta question, je fais à la fois des recherches et je me base sur mes connaissances professionnelles (puisque je suis traductrice spécialisée dans les documents médicaux/pharmaceutiques/etc.). En tous cas merci pour ta review et j'espère que ce nouveau chapitre te plaira aussi !

Cycy : Mais ne t'inquiète paaaas, Draco va bien, c'est promis. u_u je me suis occupée personnellement de son cas, hum hum hum. En tous cas, le mystère s'épaissit, il va falloir que je fasse bouger un peu son cul à Rogue pour qu'il nous dégotte les derniers ingrédients, ça urge. Merci pour ta review et bonne lecture !

Anonyme du 21 novembre : effectivement, Théo ne s'est jamais mal occupé de son fils, c'est important pour la suite ! Merci pour ta review et bonne lecture !

Chapitre 8 : Signature

« Dans le tissu de l'espace comme dans la nature de la matière, figure, en tout petit, la signature de l'artiste. »
Carl Sagan

Après la débâcle du samedi soir, Lucius et Narcissa n'avaient pas laissé le choix à Draco et Hermione, insistant pour qu'ils passent la nuit au Manoir et qu'un Médicomage réputé vienne examiner leur fils le lendemain. La journée du dimanche avait donc été tendue, pesante, une ambiance encore alourdie par l'arrivée de la pluie et de la grisaille. Lucius et Narcissa ne s'adressaient pour ainsi dire plus la parole, Bellatrix avait passé la journée roulée en boule dans un fauteuil avec un énorme livre et Hermione avait eu la lourde tâche de relater à Draco la libération de sa tante et le double adultère de ses géniteurs.

Dans l'après-midi, après que le Médicomage appelé sur place ait rassuré Narcissa sur l'état de santé de son rejeton, Hermione et Draco insistèrent pour rentrer chez eux malgré les protestations de Mrs Malfoy. Tout en aidant précautionneusement Draco (qui avait tout de même trois côtes fêlées) à s'asseoir sur leur canapé, Hermione se surprit à avoir hâte d'être au lendemain. Le 1er septembre. La rentrée scolaire à Poudlard. Les cours… Avec un peu de chance, ils seraient désormais suffisamment occupés par le travail pour ne plus s'attirer d'ennuis. Et avec son fils à Poudlard sous bonne garde, Théodore se tiendrait peut-être à carreaux. En tous cas, Hermione ne pouvait que l'espérer.

« Tu crois qu'un jour, on pourra être peinards ? », grinça Draco en calant un coussin dans son dos avec une grimace. Le Médicomage avait fait des miracles sur son visage, réparant la quasi-totalité des dégâts causés par les poings de Kinchlowe, mais les fêlures des côtes prendraient un peu plus de temps à se résorber. Hermione se précipita pour caler un second coussin derrière ses épaules et esquissa un rictus.

« Tu veux dire sans arrestations arbitraires, sans instants gênants avec mes beaux-parents et sans psychodrames ? », railla Hermione en se laissant tomber près de lui sur le sofa. « Nan, on s'ennuierait », acheva-t-elle en secouant la tête.

« Pas sûr… », grommela-t-il tandis qu'elle posait la tête sur son épaule. « Quand je pense que cet enfoiré d'Ogden m'a reproché de faire un scandale… Comme si c'était nous les fautifs. »

« Il protège ses arrières… », commenta Hermione en fronçant les sourcils.

« Rien à foutre, on avait passé un deal, tu te rappelles ? », s'emporta Draco, la faisant sursauter. « On acceptait de fermer les yeux et nos gueules sur ce qu'il s'était passé après la Bataille, tant que Nott restait loin de l'Angleterre. » Il pinça les lèvres et sa mâchoire se contracta durement. « Pendant onze ans, Ogden a vaqué à ses occupations et nous aux nôtres. On lui a foutu la paix tant que l'autre con était à New York, comme on avait dit. Mais maintenant il est revenu et il faudrait qu'on fasse comme si de rien n'était ? »

« C'était idiot de penser que cet accord tiendrait… », murmura Hermione en se serrant un peu plus contre lui. « Quelque part je l'ai toujours su, que Théo reviendrait. C'est pas comme s'il était du genre à lâcher prise facilement… »

« Moi non plus, je ne lâche pas prise facilement », gronda Draco en tortillant inconsciemment une des boucles d'Hermione autour de son index. « Dès que j'irai mieux, je me pointerai dans son bureau et j'exigerai des explications. »

« C'est hors de question ! », protesta Hermione avec véhémence. Il lui jeta un regard courroucé et elle reprit aussitôt, se redressant pour le regarder droit dans les yeux. « Draco, je bénis chaque jour le ciel qu'il n'ait pas utilisé la magie contre toi dans ce restaurant. Je ne sais absolument pas pourquoi il ne t'a pas tout simplement réduit en cendres sur le champ, mais je suis heureuse que ça se soit passé ainsi. Si tu le cherches encore, tu risques de ne pas avoir la même chance deux fois. Pourquoi est-ce que tu crois que je vous ai enguirlandés comme des enfants de cinq ans, ce soir-là ? Ce que tu as fait était dangereusement stupide, il aurait pu te tuer… » Elle soupira et pinça les lèvres. « Et je ne veux pas te perdre… Je ne peux pas te perdre. Sans toi, je serai incapable de l'affronter. »

L'expression de Draco s'adoucit aussitôt et Hermione sut qu'elle avait gagné. Depuis qu'elle avait percé sa carapace une décennie plus tôt, la jeune fille avait remarqué que le blond ne savait tout simplement pas résister à de telles déclarations. Mieux, l'air bougon qu'il arborait juste après la faisait toujours craquer. Cette fois-ci ne fit pas exception à la règle et la lèvre inférieure de Draco tomba légèrement en une moue capricieuse et il poussa un soupir agacé.

« Ne dis pas de bêtises », marmonna-t-il. « T'as vécu bien pire que ça et tu es toujours là. Tu es une survivante. »

« Oui, grâce à toi », acheva-t-elle, consciente qu'elle portait le coup fatal. La moue du blond s'accentua mais cette fois, elle le vit esquisser un léger sourire. Hermione leva intérieurement les yeux au ciel. Ah les hommes, ils adorent sentir qu'ils sont indispensables… Se penchant légèrement en avant, elle déposa avec précaution un baiser sur ses lèvres. Aussitôt, Draco chercha à l'attirer contre lui pour approfondir le baiser mais poussa un grognement lorsque sa cage thoracique protesta douloureusement. Hermione recula pour lui laisser un peu d'espace et revint se blottir contre son épaule, là où elle ne risquait plus de lui faire mal.

Le silence retomba entre eux et seul le bruit de la pluie sur les baies vitrées se fit entendre pendant quelques minutes.

« Ma mère et Rogue… », souffla un peu plus tard le blond en secouant la tête. « J'ai cette espèce d'image atroce dans mon cerveau à chaque fois que j'y pense… Ma mère … et Rogue. »

« Merci de garder tes images atroces pour toi », grinça Hermione avec un sourire narquois. « Déjà parce que j'ai suffisamment à faire avec les miennes et surtout parce que je vais devoir travailler avec lui tous les jours. Je n'ai pas envie d'imaginer des trucs glauques à chaque fois que je l'aurai en face de moi. »

« Non mais tout de même… Ma mère… avec Ro-

« Ah mais ça suffit à la fin ! », s'esclaffa Hermione en lui assenant une petite tape sur le haut du crâne. Draco laissa échapper un éclat de rire, aussitôt suivi d'une grimace. La contraction de ses abdominaux réveillait la douleur dans ses côtes. « De plus, je ne vois pas pourquoi la relation de ta mère te choque plus que celle de ton père. Qui plus est avec une fille à peine plus âgée que nous ! »

« Ce n'est pas pareil, c'est un mec… », répondit Draco en dissimulant un sourire. Il savait très bien que ce genre de réponse agacerait sa fiancée au plus haut point. Bingo. Hermione tourna lentement la tête vers lui avec des yeux ronds et Draco eut toutes les peines du monde à garder son sérieux.

« Je rêve ou tu as bien dit ce que j'ai cru que tu as dit ? », demanda-t-elle en le fixant, scandalisée. Mais l'un des coins de la bouche de Draco se releva légèrement en tressautant et elle comprit qu'il se fichait d'elle. « Ah ah, très drôle… Fais attention à toi, parce que je pourrais aussi faire ça. » Elle tendit l'index et le rapprocha dangereusement des côtes endolories de Draco.

Le blond pencha la tête sur le côté. « Tu n'oserais pas… je suis faible, blessé et sans défense… », geignit-il en prenant une expression d'atroce souffrance.

« Apparemment pas assez, puisque tu trouves encore le moyen de faire des blagues pourries », rétorqua Hermione avec un sourire sadique.

« Ce n'est pas ma faute si tu pars au quart de tour dès qu'il s'agit de féminisme ou d'elfes de maison… », fit Draco, d'un air moqueur. « Ce serait dommage de ne pas en profiter un peu. »

« Gnagnagna », grogna Hermione en s'allongeant sur le canapé pour poser sa tête sur les genoux de son fiancé.

Draco poussa un long soupir teinté d'ironie et se mit à caresser doucement les cheveux d'Hermione, les yeux dans le vague. La jeune fille ferma les yeux, appréciant cet instant de calme après le tumulte de la semaine passée.

« Purée, ma mère et Rogue », maugréa pour la énième fois Draco, tout en guettant la réaction d'Hermione.

Celle-ci poussa un soupir exaspéré. « Zut. »

~o~

Lorsque Théodore Nott sortit de l'ascenseur à l'étage où trônait son bureau du siège londonien de Gordon Labs, il comprit que quelque chose n'allait pas lorsque l'un des vigiles habituellement en poste au rez-de-chaussée l'accueillit avec une expression embêtée.

« Monsieur Nott, je n'ai pas pu les empêcher d'entrer », commença aussitôt le vigile en faisant un geste en direction du bureau de son patron. « Ils ne voulaient pas attendre en bas, j'ai pourtant insisté… »

Théodore plissa les yeux. Il avait accordé une entrevue à ce flic des Stups en bon gentleman et voilà que ce type se permettait de pénétrer dans son bureau avant d'y avoir été invité. Pinçant les lèvres, il adressa un geste d'apaisement de la main au vigile et fit fermement basculer la poignée pour ouvrir la porte de son espace de travail. Deux officiers en civil, aux blousons de cuir passablement élimés, inspectaient silencieusement la pièce, sans rien toucher toutefois et se retournèrent en l'entendant entrer.

« Théodore Nott, je présume ? », fit le plus âgé des deux en tendant une main vers lui. Théodore évalua l'homme d'un regard froid. Il ne devait pas avoir plus de 10 ans de plus que lui. « Inspecteur Benjamin Hodgkin, de la brigade des stupéfiants et mon partenaire, le sergent Wilcox », reprit l'aîné, tandis que Théodore serrait la main tendue en prenant soin d'appliquer une pression plus ferme que celle du policier. Histoire de remettre les pendules à l'heure et de lui rappeler qui était le patron des lieux.

« Enchanté », répondit Théodore sur un ton qui laissait entendre qu'il n'en pensait pas un mot. « Surtout n'hésitez pas, faites comme chez vous… »

« Mais nous n'avons pas hésité », assura Benjamin avec un sourire horripilant. « C'est un beau bureau que vous avez là. Et un poste prestigieux pour quelqu'un d'aussi… jeune. »

Théodore leva un sourcil. « Est-ce pour me parler de mon âge que vous avez demandé à me voir ? », lâcha-t-il sèchement avant de consulter sa montre. « Parce que je n'ai pas toute la journée, je dois repartir à 10h30 pour emmener mon fils à la gare. C'est la rentrée scolaire, voyez-vous. »

Benjamin hocha la tête, enregistrant avec une pointe d'admiration dans un coin de sa tête que ce type de même pas trente ans était déjà P-DG de l'un des plus grands laboratoires du monde et père de famille. Un cas suffisamment atypique pour être noté.

« Votre âge ne figure absolument pas sur la liste de mes priorités », rétorqua Ben en s'asseyant placidement sur le fauteuil pivotant du PDG, ce que Théodore ne sembla pas du tout apprécier. Le flic ne manqua pas le regard meurtrier du jeune prodige et le vit croiser les mains dans son dos, certainement pour dissimuler aux regards ses poings serrés de colère. Intéressant… Maniaque du contrôle, ne supporte pas que l'on envahisse son espace personnel, ce type a des choses à cacher… que ces choses soient ou non en rapport avec mon affaire, d'ailleurs, pensa Benjamin avant de se caler confortablement contre le dossier. « En fait, je viens vous voir dans le cadre d'une affaire de meurtres. »

Cette fois, c'est la surprise que Ben vit passer dans le regard de Nott. « Un meurtre ? »

« Des meurtres », répondit nonchalamment Stuart, qui continuait de déambuler dans la pièce pour en inspecter le contenu. « Cinq avérés, plus précisément. Il pourrait y en avoir d'autres qui sont passés inaperçus mais c'est déjà pas mal pour commencer… »

Les sourcils de Théodore se froncèrent et il observa tour à tour les deux flics avant de revenir vers Benjamin. « En quoi est-ce que ces meurtres me concernent, exactement ? », demanda-t-il avec un détachement que Ben sentit exagéré. Tout d'ailleurs semblait exagéré chez ce type. Ses réactions, son apparente froideur, sa tenue irréprochable… Benjamin avait souvent croisé ce genre de personnages dans les hautes sphères de la société : chefs d'entreprise, hommes politiques, hauts gradés de l'armée. C'étaient les élites qui comptaient le plus grand nombre de psychopathes dans leurs rangs, une proportion normale quand on connaissait les sacrifices moraux que ces postes à haute responsabilité exigeaient. Mais de temps en temps, on en croisait un qui se distinguait des autres. Qui intriguait. Qui titillait l'instinct du flic. Et Théodore Nott était de ceux-là.

« Ce n'est pas vous personnellement qu'ils concernent, monsieur Nott », annonça lentement Ben en le scrutant et il crut voir un instant le jeune homme se détendre légèrement. « Mais votre entreprise. L'enquête préliminaire nous laisse penser que toutes les victimes étaient des enfants créés dans le cadre du programme d'intégration des sorciers. Par votre laboratoire. »

Théodore resta un instant interdit et sa mâchoire se contracta. « Vous êtes en train de me dire, qu'un type assassine de jeunes sorciers sortis de ces locaux et que vous ne me l'apprenez que maintenant ? », gronda-t-il en faisant un pas en avant.

« C'est justement là que ça coince. Trois des enfants ont été tués par un membre de leur famille, un autre a été renversé par une voiture et j'imagine que vous avez entendu parler de la petite Clara Lauren, attaquée par un dingue sur les quais… », énuméra Benjamin posément. « A première vue, rien ne semble lier ces affaires entre elles… »

« Il faudrait savoir », s'impatienta Théodore en se balançant d'avant en arrière sur ses pieds, les mains dans les poches de son pantalon. « Vous venez me voir soi-disant pour cinq meurtres et la minute d'après vous me parlez de deux accidents et de trois drames familiaux. De plus, vous n'avez aucun moyen de savoir avec exactitude si ces enfants étaient bien issus de ce laboratoire. Ces informations sont confidentielles et même nos employés ne la connaissent pas tous. »

Benjamin et Stuart échangèrent un regard. « Un témoin, et accessoirement l'un des assassins, ont insisté sur le fait que les enfants étaient des sorciers et plus particulièrement des modifications génétiques. Et comme je le disais avant que vous ne m'interrompiez, bien que ces affaires ne semblent pas liées, elles ont toutes un point commun : tous les assassins, généralement de nature dépressive, ont ingéré une même drogue inconnue avant les meurtres. Une drogue vraisemblablement produite par des sorciers, mais cette information doit encore être confirmée. »

Nott pinça les lèvres et se dirigea lentement vers la fenêtre, sous laquelle Londres s'étalait à perte de vue. « Vous pensez que quelqu'un fait prendre cette drogue à des proches des enfants afin de leur faire du mal ? », demanda doucement Théodore, les yeux dans le vague. Il semblait réfléchir intensément.

« C'est à peu près ça », admit Benjamin en scrutant la moindre des réactions du jeune PDG.

Celui-ci resta complètement immobile pendant quelques secondes, puis soudain pivota sur ses talons et refit face aux deux flics. « C'est n'importe quoi », décréta-t-il en secouant la tête. « Pour cibler les familles, il faudrait déjà les localiser. Une poignée d'employés seulement connaît l'identité des familles ayant fait le choix d'avoir un enfant modifié. Leurs dossiers sont uniquement identifiés par des matricules et il faut de nombreuses autorisations pour accéder aux données nominatives. Le bâtiment est également protégé contre toute intrusion non autorisée, qu'elle soit moldue ou magique. L'idée même qu'une personne extérieure au laboratoire puisse se procurer ces informations est ridicule. » Il avait dit tout cela très vite, presque comme s'il pensait à voix haute et Benjamin ne put s'empêcher d'être un peu impressionné par son débit de parole. Il lui fallut quelques secondes pour assimiler ce que Nott venait de lui dire et il formula sa conclusion à voix haute, au moment où le PDG du laboratoire devait lui aussi la faire intérieurement.

« Dans ce cas, il se pourrait que vous ayez une taupe dans votre entreprise… », conclut Hodgkin gravement.

« C'est ridicule », répéta Théodore dans un souffle. Mais Ben vit que son idée commençait à faire son chemin dans le cerveau de l'homme d'affaires.

« Les meurtres ont débuté au cours du printemps, peut-être avez-vous accueilli de nouveaux employés cette année ou peut-être en avez-vous contrarié d'autres ? Plan social, baisse de salaires… », proposa Ben, mais le regard noir de Théodore lui indiqua qu'il n'avait certainement pas fait de plan social dernièrement. Les affaires étaient plutôt florissantes, au contraire.

« La seule personne que j'ai engagée depuis janvier c'est un stagiaire et il est loin d'avoir les autorisations nécessaires pour accéder aux fichiers sensibles », marmonna Théodore en réfléchissant de nouveau.

« Son nom ? », demanda Stuart en dépliant son éternel calepin bourré de notes.

« Wesley Morgan », répondit Théodore sans réfléchir avant de se mordre la lèvre. Il semblait regretter ses paroles, comme si l'idée d'avoir deux flics moldus fouillant dans les affaires de son entreprise le dérangeait. Ce type est sûrement du genre à vouloir s'occuper de ses problèmes par lui-même, pensa Benjamin.

Stuart griffonna le patronyme sur son bloc-notes et referma le tout avant de le ranger dans sa poche.

Ben se leva du fauteuil en cuir et réajusta son blouson sur ses épaules. « On va se renseigner sur ce stagiaire. En attendant, je vous prierai de rester à notre disposition. Alors ne quittez pas la ville, encore moins le pays, si vous voyez ce que je veux dire. »

« Et pour les autres familles potentiellement en danger, que suis-je censé faire ? », demanda Théodore avec un haussement de sourcil insolent.

« Essayez d'éviter un mouvement de panique », lui conseilla Stuart en se dirigeant vers la sortie. « Tout changement brutal de situation pourrait provoquer la colère de l'instigateur de ces crimes, s'il sait qu'on est après lui. Il pourrait alors modifier son mode opératoire, paniquer et décharger sa colère de manière encore plus brutale. Pour l'instant, il a l'air de cibler principalement les familles chez lesquelles l'arrivée de l'enfant sorcier a provoqué de graves tensions entre les membres. Nous pourrions mettre en place une protection pour les cibles potentielles mais pour cela, nous aurons besoin de noms, d'adresses… »

« Je vais gérer ce problème en interne, merci et bonne journée », lâcha sèchement Théodore avant de s'asseoir à son bureau. Stuart et Benjamin échangèrent un regard perplexe, conscients qu'ils n'étaient plus les bienvenus sur les lieux et sortirent sans un mot de plus. De toute façon, ils n'étaient venus que discuter. Sans mandat ni autorisation de leur supérieur et surtout sans preuves tangibles, ils ne pourraient pas placer les familles sous protection… Autant laisser faire le maniaque du contrôle, pensa Benjamin en quittant la pièce.

Théodore évita ostensiblement la porte du regard, classant nonchalamment des dossiers, jusqu'à ce qu'il entende le panneau claquer. Les deux flics étaient partis. Dès qu'il fut seul, Théodore laissa tomber les papiers qu'il tenait à la main et poussa un soupir nerveux. La situation ne lui disait rien qui vaille. Il fallait absolument qu'il mette le Ministre au courant, mais avant cela…

Il saisit le combiné de son téléphone et appuya sur le 1 pour appeler directement sa secrétaire, dans le bureau voisin. Celle-ci décrocha aussitôt.

« Oui, Monsieur ? »

« Faites-moi venir le nouveau, Morgan. Tout de suite », exigea-t-il avant de s'apprêter à raccrocher. Mais un raclement de gorge gêné de sa secrétaire l'arrêta dans son geste.

« Eh bien, Monsieur, c'est-à-dire … Il n'est pas venu travailler depuis jeudi soir », balbutia-t-elle d'une voix aiguë. « J'ai essayé d'appeler chez lui vendredi et encore ce matin depuis que je suis arrivée… mais ça ne répond pas… »

Alors le flic aurait vu juste ?, pensa Théodore avant de reprendre sur un ton autoritaire. « Continuez d'appeler, Amy. Je veux qu'il rapplique dans mon bureau dès que possible. »

« O-oui, Monsieur », acquiesça la secrétaire avant de raccrocher précipitamment. Pensif, Théodore se cala contre le dossier de son fauteuil. Une fois Elias dans le Poudlard Express, il irait voir le Ministre. Tout ça ne sentait absolument pas bon.

~o~

« Tu te rappelles quand la voie 9 ¾ était encore accessible uniquement par ce bon vieux pilier en briques rouges ? », demanda Rémus Lupin, les mains dans les poches de son pantalon et fixant ledit pilier en souriant.

A côté de lui, Nymphadora (qui en sa qualité de Métamorphomage avait ce jour-là opté pour des cheveux rose fuschia assortis à son manteau) leva les yeux au ciel et poussa son époux du coude. « Et allez, c'est parti pour le quart d'heure nostalgique… », railla-t-elle tandis que leur fils Ted pouffait de rire tout en poussant son chariot surchargé de bagages.

« Quoi, qu'est-ce que j'ai dit, encore ? », demanda Rémus en écartant les bras.

« Rien du tout », rétorqua Nymphadora avec un sourire mutin, puis s'adressant à son fils : « Accélère Ted, sinon on va avoir droit aux 'ah, quand j'étais professeur à Poudlard…' »

« Je pourrais encore y enseigner, vous savez ? », reprit Rémus tandis que sa femme et son fils échangeaient un regard entendu. « Si ce revanchard de Séverus avait pris la peine de me le demander… », ajouta-t-il dans sa barbe.

« Ah non pitié », maugréa Ted, tandis que son père fronçait les sourcils. « Avoir son père comme prof, c'est trop la loose. »

« Pardon ? », grinça Rémus, quelque peu vexé.

« Ah, je vois Victoire ! », s'écria Ted en abandonnant son chariot en plein milieu du passage pour courir en direction de son amie, qui attendait déjà sur le quai avec Bill et Fleur. Nymphadora récupéra tant bien que mal le chariot et le poussa jusqu'aux Weasley qui saluaient déjà Ted avec chaleur.

« Le vôtre aussi, il est excité comme une puce ? », s'esclaffa Bill en guise de salut. Nymphadora se contenta d'un roulement d'yeux pour toute réponse.

« C'est simple, je me sentirai beaucoup plus détendue une fois que ce train sera parti », soupira-t-elle tandis que Fleur riait jaune. Apparemment, elle partageait aussi son opinion.

Quelques minutes plus tard, les deux enfants avaient monté leurs bagages dans le compartiment réservé aux malles et sautillaient avec excitation sur le quai. A 10h55, ils entrèrent dans le wagon le plus proche, se pressant à la fenêtre pour garder leurs parents dans leur champ de vision en vue du grand départ. Les quatre adultes regardaient avec affection les sourires démesurés de leurs deux rejetons lorsqu'un mouvement sur leur gauche attira l'attention de Rémus. Le loup-garou se figea. A quelques mètres d'eux, un jeune homme d'une trentaine d'années, au costume sombre strict et certainement très coûteux, était penché sur un enfant, qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. Mais Rémus n'avait que faire du gamin. Il fixait sans ciller les cheveux noirs et les yeux en amande de l'homme, tandis que son cerveau faisait lentement l'analogie. Nymphadora suivit son regard, mais n'ayant jamais vu Théodore de sa vie (en raison de son accouchement imminent avant la Bataille) elle ne comprit pas pourquoi son époux fixait ce père de famille avec stupeur.

Bill et Fleur remarquèrent également l'expression de Rémus, puis la présence du jeune homme en costume sombre, et échangèrent un regard interloqué.

« Mais c'est… on dirait… », bégaya Fleur, tandis que Bill hochait lentement la tête.

Rémus fit un geste rapide vers sa baguette dans sa poche, mais Bill saisit aussitôt son bras pour l'en empêcher. « Rémus, non », fit fermement le fils Weasley en serrant entre ses doigts la manche de l'ex-professeur. « Pas devant les enfants. »

« Qui est-ce ? », demanda Nymphadora, inquiète de la réaction de son mari.

« Théodore Nott », souffla Rémus, tremblant de colère. Bien qu'elle ne connaisse pas Nott de visu, Nymphadora savait parfaitement bien qui était Théodore Nott et ce qu'il avait fait. Elle écarquilla les yeux et se mit elle aussi à le dévisager.

Le garçonnet qui accompagnait Nott monta en courant dans le train, grimpa le marchepied puis se retourna, rayonnant, pour agiter la main en direction de son père, qui lui rendit son salut avec un sourire préoccupé. Juste à temps. Les portes du train se refermèrent dans un vacarme de mécanismes pneumatiques et un coup de sifflet retentit sur le quai. La rame se mit lentement en mouvement et les centaines de parents présents sur la plateforme se mirent à agiter frénétiquement les mains, jusqu'à ce que les wagons quittent la gare de King's Cross.

Soudain conscient des regards qui pesaient sur sa personne, Théodore tourna la tête en direction des Weasley et des Lupin, qui n'avaient toujours pas bougé, tendus comme des arcs. Théodore reconnut trois d'entre eux et un éclair de surprise passa dans son regard noir. Il remarqua alors les expressions courroucées de Bill et Rémus, puis celles choquées de Fleur et de l'épouse de Lupin. Il leur adressa un léger signe de tête et un sourire ironiques, et avant que Rémus ait pu se dégager de l'emprise de Bill pour dégainer sa baguette, il Transplana et disparut.

~o~

Elias regarda la porte du train se fermer avec un sourire d'extase. Enfin, sa scolarité magique allait commencer. Certes, il était un peu triste d'abandonner son père comme ça. Connaissant le phénomène, Elias savait très bien qu'il passerait ses journées, ses soirées, voire ses nuits au travail. Il oublierait de manger, de dormir il aboierait après ses employés, martyriserait sa pauvre secrétaire Amy… Elias aimait bien Amy. C'était la secrétaire personnelle de son père et étant jeune et sans attaches, elle avait suivi son patron depuis leur bureau de New-York jusqu'à Londres. Elle avait souvent gardé Elias lorsqu'il était plus petit. Et elle avait toujours un paquet de bonbons ou une sucette pour lui dans les tiroirs de son bureau.

Le train quittait la gare lorsqu'Elias détourna son regard du hublot de la porte. Il tournait les talons pour se mettre en quête d'un compartiment, mais surtout d'autres premières années, lorsque deux enfants sortirent de la voiture voisine et se figèrent en le voyant. Une fille, aux cheveux noirs tressés sur le côté et aux yeux d'un bleu électrique, pianotait frénétiquement sur son portable tandis que le garçon qui l'accompagnait, un petit gamin châtain clair au visage de renard, scrutait les lieux avec attention.

« Eh toi, t'es en première année ? », demanda le Renard en voyant Elias devant la porte du train.

Elias hocha la tête. « Et vous ? »

« Pareil », acquiesça le Renard avec un sourire satisfait. « Ça te dit qu'on reste ensemble ? A plusieurs on a moins de chances de se perdre ou de pas faire ce qu'il faut une fois arrivés… »

« Si tu veux… », déclara Elias en haussant les épaules. « Mon père m'a un peu expliqué comment ça se passe, mais- »

« Ton père était à Poudlard ? », s'écria le bavard avec un large sourire. « Trop cool, tu vas pouvoir nous dire comment c'est là-bas ! Moi, je ne connais pas du tout, mes parents sont tous les deux moldus et elle (il désigna du doigt la brunette toujours scotchée à son téléphone), sa mère est une sorcière mais elle a fait Durmstrang, alors… » Il haussa les épaules.

« Je ne sais pas grand-chose, juste quelques trucs », fit Elias avant d'être interrompu par deux « grands » dont l'un portait fièrement un badge de Préfet-en-Chef sur son uniforme déjà enfilé. Celui-ci était d'ailleurs aux couleurs de Serpentard, qu'Elias connaissait pour avoir trouvé la cravate et d'autres affaires de son père dans les placards.

« Vous n'avez pas l'impression d'être un peu dans le passage, les nains ? », grommela le Préfet-en-Chef, tandis que la fille qui l'accompagnait (vêtue d'un uniforme de Serdaigle) gloussait d'un air supérieur. « Allez ouste, trouvez-vous un compartiment. »

La fillette au portable greffé sur les doigts leva enfin le nez de son petit écran et haussa un sourcil dédaigneux en direction de l'adolescent.

« Genre, tu donnes des ordres… », maugréa-t-elle, tandis qu'Elias ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'admiration pour cette minuscule enfant qui osait répondre à un grand. Lui, aurait déguerpi sans demander son reste.

« Toi, tu ne connais pas encore le système des points », railla la fille de Serdaigle tandis que le Préfet-en-Chef étouffait un rire. « Ça viendra, va. »

« Allez, sans rire, les mômes, allez-vous asseoir. Si jamais il y a un coup de frein, vous allez manger vos dents sur le plancher… », reprit l'adolescent en secouant la tête.

« On y va », assura Elias en faisant signe aux deux autres nouveaux de le suivre. La petite brune leva les yeux au ciel et suivit en bougonnant, tandis que le Renard fermait la marche. Plaquant la tête contre la vitre du premier compartiment qu'il vit, Elias constata qu'il ne comptait que deux élèves, des « petits » comme eux. « Par ici ! », appela-t-il en ouvrant la porte.

Les deux élèves assis tournèrent la tête dans leur direction et les dévisagèrent avec curiosité.

« Est-ce qu'on peut s'asseoir avec vous ? », demanda Elias tandis que les deux enfants, une fillette aux longs cheveux blonds et un gamin châtain à l'air espiègle, échangeaient un regard avant d'acquiescer.

« Vous êtes en première année, vous aussi ? », demanda la blonde en observant Elias et ses deux nouvelles connaissances.

« Ça se voit tant que ça ? », demanda le Renard en s'asseyant aussitôt près de la blonde, ce que le garçon qui était avec elle ne sembla pas voir d'un très bon œil.

« Un peu beaucoup », railla-t-il tandis qu'Elias et Miss Portable s'asseyaient à leur tour. « Enchanté, Ted Lupin. »

« Moi, c'est Victoire. Victoire Weasley », se présenta la blonde, tandis que l'autre fille lui jetait un regard curieux.

« Victoire ? C'est quoi ce nom… trop bizarre », fit-elle en fronçant les sourcils.

« C'est en souvenir de la fin de la guerre, car c'est à peu près à ce moment-là que j'ai été conçue », rétorqua Victoire, légèrement vexée.

« Ouais, enfin, mes parents m'ont conçue en vacances, c'est pas pour ça que je m'appelle Bahamas », reprit la brunette, tandis que Victoire poussait un soupir exaspéré et que Ted et les garçons retenaient péniblement un fou rire. « Sinon, moi c'est Deborah Waters. Mais je préfère qu'on m'appelle Deb'. »

« Deb… », marmonna Victoire en levant les yeux au ciel.

« Vic… », railla Deborah en imitant parfaitement l'intonation méprisante de la blonde.

Les trois garçons échangèrent des regards appuyés et le Renard décida de se présenter avant que les deux filles n'en viennent aux mains. « OK… moi c'est David. David Reilly… et je connais déjà Deb parce qu'on habite dans le même quartier, alors je m'excuse d'avance de vous imposer sa prés-

Deborah lui enfonça son coude dans les côtes et David éclata de rire. Puis tous se tournèrent en direction d'Elias, dans l'expectative. Le jeune garçon rosit et se racla nerveusement la gorge. « Euh bah moi c'est Elias Nott. J'arrive des Etats-Unis et-

« NOTT, comme Nott-le-gars-qui-dirige-Gordon-Laboratories ? », s'écria aussitôt David, les yeux écarquillés.

Tous, sauf Deb, le regardèrent d'un air interrogateur et Elias déglutit. « Euh oui… comment tu sais ça ? »

Le sourire de David faiblit quelque peu et il sembla soudain gêné. « Oh, comme ça, je l'ai lu quelque part… », marmonna-t-il en se grattant l'arrière du crâne.

Deborah s'approcha vivement du visage d'Elias et plissa les yeux. « Ton œil, là… c'est un vrai ou c'est une lentille ? », demanda-t-elle, sans aucune gêne.

« C'est un vrai », protesta Elias en se reculant légèrement.

« Hmm… bizarre », déclara-t-elle en se recalant contre la banquette.

Victoire émit un petit ricanement et croisa les bras sur sa poitrine. « C'est elle qui est bizarre », grommela-t-elle tandis que les deux petites filles échangeaient des regards noirs.

.

Le voyage s'était déroulé agréablement, malgré quelques prises de becs entre Victoire et Deborah. Toutes deux avaient un caractère bien trempé et elles se chamaillaient à la moindre occasion. David, qui connaissait Deborah quasiment depuis sa naissance, semblait avoir l'habitude car il tempérait ses réactions en allégeant l'atmosphère par quelques blagues bien choisies ou en rembarrant gentiment son amie. Au bout de quelques heures cependant, le mouvement cadencé et berçant du train finit par avoir raison de leur excitation et Victoire se mit à somnoler sur sa banquette. Ted triait mollement sa collection de cartes de Chocogrenouilles, les paupières lourdes et tombantes, tandis que Deb et David dormaient déjà l'un contre l'autre, de temps à autre remués par une secousse de la machine. Même lorsqu'elle dormait, Deborah restait agrippée à son téléphone. Complètement accro…, pensa Elias avant de se détourner pour regarder défiler le paysage à travers la vitre.

Au loin, le soleil entamait son déclin, baignant les paysages d'Ecosse d'une lueur orangée. Ils allaient certainement bientôt arriver. Comme à chaque fois qu'il y pensait, le cœur d'Elias se mit à battre un peu plus fort dans sa poitrine. Poudlard. Ce seul nom résonnait dans son crâne comme un millier de promesses. Rencontrer d'autres sorciers, apprendre des centaines de sortilèges et de potions en tous genres, assister aux matchs de Quidditch et surtout… maman.

Lorsqu'il l'avait vue à la librairie, la semaine précédente, il n'avait pas pu s'empêcher de laisser éclater sa joie. Elle avait semblé un peu perdue mais c'était normal puisque Papa ne l'avait plus vue depuis avant sa naissance. Il savait que cela prendrait du temps mais d'après Papa, Hermione était tellement géniale qu'elle ne pourrait que l'aimer s'il y mettait du sien.

Elias en tous cas, l'aimait déjà. Son père lui avait montré tellement de photos d'elle, principalement prises lorsqu'ils étaient élèves eux-mêmes. Il lui avait raconté tellement d'histoires sur elle et ses deux meilleurs amis qui n'avaient cessé de braver tous les interdits de Poudlard pour se fourrer dans des histoires toutes plus mystérieuses les unes que les autres. Il lui avait dit à quel point elle était brillante également. La meilleure dans toutes les matières, à l'exception de la Divination et du vol sur balai (une particularité apparemment héréditaire, étant donnée la grâce toute relative avec laquelle Elias s'était écrasé sur le gazon après son premier et unique essai lors d'un après-midi à Central Park). Bref, sa mère était brillante, belle (en tous cas à ses yeux) et très courageuse. Il allait devoir mettre les bouchées doubles pour l'impressionner et lui montrer de quoi il était capable. Il travaillerait dur, et même si atteindre le niveau d'excellence de sa mère lui semblait infaisable, il essaierait. De toutes ses forces.

Soudain, une secousse plus forte que les autres réveilla les dormeurs du compartiment. Elias sortit de ses pensées et sentit le train entamer sa décélération. Un large sourire flotta sur ses lèvres. Ils arrivaient.

~o~

« C'est ici ? », fit Ben en coupant le moteur de sa voiture banalisée. Stuart vérifia l'adresse sur son calepin et hocha la tête.

Les deux flics descendirent du véhicule et avancèrent dans la petite allée qui menait au pavillon de la famille Morgan. D'après les informations récoltées au commissariat, Wesley Morgan était revenu habiter dans la banlieue de Londres chez ses parents après avoir obtenu son diplôme. Mis à part une amende pour excès de vitesse, le jeune homme avait un casier judiciaire vierge et semblait plutôt mener un style de vie sérieux et calme. Du moins, en apparence.

Serrant le poing, Ben frappa à la porte d'entrée et attendit qu'on vienne lui ouvrir. Mais à l'intérieur de la maison, rien ne bougea. Les lumières étaient toutes éteintes et aucun son ne lui parvenait à l'extérieur.

« Ils ne sont peut-être pas là », hasarda Stuart en jetant un œil par la fenêtre à gauche de la porte. Elle donnait sur une cuisine tout à fait normale et là encore, pas un chat.

« Leur voiture est devant le garage », marmonna Ben en désignant le break familial garé sur les pavés autobloquants. Il baissa les yeux. Le courrier s'accumulait dans la boîte aux lettres installée à même la porte d'entrée. Ben ramassa la pile et consulta les dates tamponnées sur les timbres. Cela faisait trois jours que le courrier n'avait pas été ramassé. L'inspecteur se mordit la lèvre, il n'aimait pas ça du tout. Il s'apprêtait à glisser de nouveau le courrier dans la fente lorsqu'une voix de femme rompit le silence.

« V'cherchez quelqu'chose ? »

Stuart et lui se retournèrent vivement en direction de la vieille dame toute ridée et courbée, qui les hélait depuis le trottoir. Ben poussa un soupir. Il ne l'aurait jamais avoué sous la torture mais il avait sursauté comme un gamin.

« Police de Londres, Madame », se présenta Benjamin en levant son badge serré dans sa main. « Avez-vous vu les Morgan récemment ? »

La petite vieille le dévisagea d'un air suspicieux par-dessus ses lunettes à double foyer. « Les Morgan, non, pas d'puis quelques mois… mais leur fils, ça oui que j'l'ai vu ! Le garnement ! »

« C'était quand la dernière fois ? », demanda Stuart en sortant son calepin.

« Jeudi matin à huit heures », répondit la voisine du tac au tac. « Je l'sais parce que c'était l'jour des poubelles. Et j'l'ai enguirlandé parce qu'il posait son sac poubelle en dehors du bac au lieu de l'mettre dedans. Après y'a les chiens qui viennent gratter et ça met des détritus dans toute la rue ! »

Stuart et Benjamin échangèrent un rapide regard éloquent et Ben murmura rapidement à son attention : « Le courrier n'a pas été ramassé depuis jeudi. On dirait qu'il est parti bosser le matin, mais qu'il n'est jamais revenu… »

« Qu'est-c'vous marmonnez dans vot' barbe ? », demanda la vieille en tendant son cou ridé dans leur direction. « Vous vous en fichez, vous, des poubelles éparpillées dans tout le quartier, hein ? Ben pas moi ! Alors si vous le voyez, le jeune, dites-lui que la prochaine fois que je l'attrape, je lui remets ses détritus dans son jardin ! »

Stuart émit un ricanement étranglé, qu'il tenta vainement de dissimuler derrière une quinte de toux et Ben regarda la petite grand-mère avec sérieux. « Bien sûr, Madame, nous lui dirons. »

La vieille dame grommela encore un peu et s'éloigna sous les rires silencieux des deux policiers.

« Oh bon sang, si jamais un jour je deviens comme ça, tirez-moi une balle », s'esclaffa Stuart en s'essuyant le coin des yeux.

« Promis », rétorqua Ben avec un sourire. Puis il se tourna de nouveau vers le petit pavillon familial et reprit son sérieux. « Bon, je vais faire le tour de la maison pour voir si je trouve quelque chose. »

« Je te rappelle qu'on n'a pas de commission rogatoire, alors évite les effractions… », railla Stuart en le regardant s'éloigner et tenter d'ouvrir les fenêtres et les portes qui donnaient vers l'extérieur.

« Ce n'est pas une effraction si une porte est déjà ouverte, c'est une invitation », plaisanta son supérieur en testant cette fois le soupirail qui menait à la cave.

Stuart leva les yeux au ciel et se dirigea quant à lui vers la voiture garée dans le jardin pour l'inspecter. Quand soudain un bruit de vitre brisée retentit dans tout le quartier, faisant s'envoler un groupe de corbeaux posés dans un arbre voisin.

« C'est pas vrai… », maugréa Stuart dans sa barbe avant de contourner la maison au petit trot. « Tu te fous de moi ? Je t'ai dit qu'on n'avait pas de commission rog- oh bbbbb » Le sergent Wilcox se boucha le nez aussitôt tant l'odeur qui s'échappait par la porte vitrée fracturée était pestilentielle. Le bas du visage enfoui dans sa manche, Stuart passa le seuil en enjambant précautionneusement les éclats de verre et chercha son supérieur du regard. L'air à l'intérieur de la maison était tellement vicié que ses yeux se mirent aussitôt à larmoyer et même le tissu pressé contre ses voies aériennes ne suffisait pas à masquer les relents qui empuantissaient l'atmosphère. Un bourdonnement sinistre résonnait également dans tout le rez-de-chaussée du pavillon. Des mouches. Des dizaines et des dizaines de mouches volaient dans la pièce, agonisaient sur les rebords de fenêtres ou filaient vers la sortie créée par Ben. Stuart sut déjà avant de le voir ce qu'ils allaient trouver. Il repéra alors son collègue, qui lui tournait le dos et s'approcha tout en essayant de retenir son déjeuner à l'intérieur de son estomac.

« Plus besoin de commission… », marmonna sombrement l'inspecteur, sans quitter le salon du regard. « …puisqu'on a ça. »

Stuart tourna la tête. C'est là qu'il les vit. Trois silhouettes attachées par le cou pendaient misérablement à la poutre centrale du salon à l'ancienne. Trois cordes de chanvre avaient été passées autour du bois centenaire, puis nouées derrière leurs nuques. L'absence de supports renversés sous leurs pieds indiquait qu'il ne s'agissait vraisemblablement pas de suicides, puisqu'il était peu probable que l'une des victimes se soit pendue avant de ranger correctement les chaises ou tabourets qui leur avaient permis de grimper jusque-là. A première vue, toute la famille était présente. Un homme et une femme d'une cinquantaine d'années, certainement Mr et Mrs Morgan, étaient suspendus au centre de la pièce tandis que le troisième, plus jeune (sûrement Wesley) avait été pendu près du mur, le visage tourné vers les silhouettes de ses parents.

Stuart devait en venir aux mêmes conclusions car il écarta légèrement sa manche de devant sa bouche et se tourna vers Ben. « On dirait que le ou les agresseur(s) ont pendu le fils en dernier pour qu'il ne manque rien du spectacle… », lâcha-t-il d'une voix nasillarde.

« C'est ce que je me disais aussi… », répondit Ben en scannant la pièce du regard.

Stuart émit un gargouillis grotesque et porta une main à son cœur. « Euh bon… je sors, je vais passer un coup de fil à la scientifique pour qu'ils nous envoient des gars », bégaya le sergent en se précipitant à l'extérieur.

Ben s'avança lentement en direction des corps, en prenant garde à ne pas marcher là où les intestins des cadavres s'étaient vidés. Dans moins d'une demi-heure, la police scientifique investirait les lieux et l'atmosphère changerait. Il disposait donc d'un peu de temps pour s'imprégner de la scène encore vierge. Il contourna les corps, rasant les murs et s'apprêtait à passer dans la partie salle à manger de la pièce de vie lorsqu'une tache sombre attira son regard. Le contraste de l'image noire sur les murs immaculés était immanquable. Un grand H calligraphié, identique à ceux qui avaient fleuri sur les murs de la capitale Londonienne et dans d'autres grandes villes d'Angleterre, était tracé sur l'une des cloisons. Benjamin sentit un frisson dérangeant parcourir son échine. Depuis des mois, ce signe apparaissait partout et la population avait vite classé l'affaire comme étant l'œuvre d'un plaisantin, d'un artiste en manque de reconnaissance ou d'un performer un peu loufoque… Mais le flic venait à présent de le réaliser. Ce n'était pas une œuvre d'art. Ce n'était pas un tag ni même un quelconque art de rue.

C'était une signature.

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Mouaaaaah hahahahahaha, je suis sûre que vous devez me détester là maintenant, tout de suite… Bon parlons peu, parlons bien, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Sérieusement, vous aviez vraiment cru que l'homme à la capuche allait gentiment ramener Wesley à ses parents après qu'il lui ait dit qu'il ne travaillerait plus pour lui ? Bah non, évidemment ! Comment avez-vous trouvé le moment Dramione ? Trop chou, non ? Personnellement, j'aurais payé très cher pour pouvoir prendre la place d'Hermione sur ce canapé. Et que pensez-vous de la petite bande qui se forme dans le train pour Poudlard ? Ils sont choupinoux aussi ! J'ai hâte de lire vos reviews et en attendant je vous dis à lundi prochain !

Bisous bisous

Xérès