Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Gros stress cette fois, entre ma semaine de boulot hyper chargée et le cauchemar du cerveau vide pour le début du chapitre, j'ai cru que je n'y arriverais jamais. Et puis finalement, il est là. Par contre ma santé mentale a pris un coup avec le taf de malade de cette semaine, il a bien fallu que je trouve un exutoire… Donc please ne blâmez pas à Théodore, il redevient juste le bon vieux Théo que vous aimez toutes et tous… (et moi, ça m'a permis de me défouler un peu, ahah) Bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux followers (evathiebaut1, LolaGranger, MissDraymione), ainsi qu'à Eliane Gil, Petitestef, PouleauPotter, Acide'Nette, Fla, Hardcoredrugs, Erza Robin, Loulou, Marion, Gouline971, Elena Grape, Djianara, luli123, Lyly Ford, miss damdam, faerycyn, Mrs Lyly Black, Piitchoun, cycy, laloudu77, MademOiselle235463, Gratt'Papier, Babar, PetitMilou, Loufoca-Granger pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook.

RAR :

Fla : Elias ne sait pas ce qu'il s'est passé entre Hermione et Théo. Il pense qu'ils sortaient ensemble puis qu'ils ont rompu lorsque Théo est parti en Amérique (du moins c'est ce que Théo lui a dit). Hermione va essayer d'expliquer mais il va falloir y mettre les formes, ce n'est qu'un enfant ! J'espère que ce chapitre te plaira aussi et merci pour ta review !

Loulou : mais naaan, ce n'est pas parce qu'Elias se fait des amis que ça va forcément mal se passer ! ahah Je décèle une pointe de discrimination envers les mâles de la famille Nott. (je ne vois absolument pas pourquoi… u_u) Merci à toi et gros bisous !

Marion : Je ne pense pas que ce soit le genre de Théo de mettre des photos dans des espaces où d'autres gens peuvent accéder. Il ne dévoile pas ses secrets si facilement, c'est un maniaque du contrôle ^^ Même si Théo a encore tendance à perdre son calme, il est tout de même beaucoup plus « sage » que lorsqu'il était ado où il pensait avoir droit de vie et de mort sur n'importe qui. Ne t'en fais pas, il y aura encore du Dramione puisque Hermione et Draco habitent à Pré-au-Lard et Hermione n'étant pas Directrice de maison elle n'est pas obligée de dormir au château, hihi. Les autres enfants n'ont pas peur de l'œil d'Elias, ça les intrigue plutôt mais ils n'ont pas de raison d'avoir peur de lui, après tout puisqu'ils ne le connaissent pas (ou son père). Merci pour ta review et gros bisous !

Djianara : c'est surtout que Théo le cache beaucoup mieux ! Et il sait se contrôler aussi, alors qu'avant… Merci pour ta review et oui, sache que je suis HONOREE de la lire ! hihi Bises et bonne lecture !

Cycy : euuuh un lemon Sévissa (ou Narcirus, ahah) non bof, là euh … Sinon, oui, la voie 9 ¾ est accessible à tous désormais ! J'aurais dû mieux le préciser, c'est vrai ! Merci pour ta review et bonne lecture !

Chapitre 9 : Suckerpunch

Après avoir déposé Elias à la gare, Théodore avait fait un détour par le Ministère de la Magie pour faire part de son problème en personne à Ogden. Celui-ci avait patiemment écouté le jeune homme résumer sa rencontre avec les deux flics moldus, ainsi que ces histoires de meurtres et la possibilité qu'un traître ait pu s'infiltrer dans le laboratoire. Le Ministre avait alors adopté une expression neutre, bien que Théodore le connaisse suffisamment pour savoir qu'il bouillait littéralement, et lui avait demandé de vérifier si des décès avaient bien été déclarés au laboratoire tandis qu'il parlerait au commissaire principal de la police londonienne.

En fin de journée, Théodore était donc retourné à son bureau, dans un état d'énervement avancé. Il détestait sentir la situation lui échapper et celle-ci lui filait entre les doigts aussi rapidement que de l'eau s'écoulant d'un tuyau d'arrosage. Se ruant dans le bureau d'Amy, sa secrétaire, il fit claquer la porte tellement fort derrière lui que la jeune femme sursauta et leva un regard surpris dans sa direction.

« Monsieur, il y a un problème ? », demanda-t-elle avant de remarquer son expression sombre. Celle des mauvais jours.

« Amy, appelez le service qui s'occupe de recueillir les signalements d'événements indésirables, des décès et autres incidents divers… », commença-t-il, tandis que la secrétaire décrochait déjà son téléphone et pianotait sur les touches. « Je veux une liste de tous les décès survenus depuis disons un an… non, deux ! Je dois vérifier quelque chose… »

Quelqu'un sembla alors décrocher à l'autre bout du fil et Amy transféra la requête de son patron à son interlocuteur. Puis elle raccrocha et leva des yeux inquiets dans la direction de Théodore. « Monsieur… est-ce que… des enfants seraient morts ? », demanda-t-elle doucement.

« D'après les policiers qui sont venus ce matin, oui », répondit Théodore tandis que la secrétaire portait une main à sa poitrine en soufflant un « oh » de stupeur.

« Les pauvres petits… », souffla-t-elle, scandalisée. « Mais comment… ? »

Théodore la considéra avec froideur et retourna en direction de son bureau. « Reprenez-vous, Amy et faites votre travail. Appelez également le suivi psychologique et demandez-leur une liste de toutes les familles ayant connu des difficultés avec leur ou leurs enfants. »

« Oui, Monsieur », acquiesça Amy avant de prendre une grande inspiration pour retrouver son sang-froid.

Théodore disparut de nouveau dans son bureau et se laissa tomber dans son fauteuil. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'admiration pour sa jeune secrétaire. Amy faisait admirablement bien son travail, elle était dévouée, débrouillarde… Elle connaissait certaines des facettes les moins reluisantes de son patron et pourtant, elle était toujours là. Elle l'avait même suivi jusqu'ici, de l'autre côté de l'Atlantique. Amy était de ces femmes qui sont sempiternellement attirées par les types dangereux. Playboys volages, sportifs violents, intellectuels méprisants, tous ses petits amis avaient la fâcheuse tendance à adorer la faire souffrir. Du haut de ses 26 ans, la jeune femme avait connu plus de drames amoureux que la moyenne des célibataires. Et encore une fois, le seul homme auquel elle se dévouait corps et âme, était un type totalement dénué d'empathie et avec une « légère » tendance à la violence.

Dans une autre dimension, il aurait certainement pu l'emmener dîner. Boire un verre et peut-être plus si affinités. Mais le Théodore Nott de cet univers-là n'était pas comme ça. Il considérait sa secrétaire comme un simple outil, au même titre que Connie Williams, l'étudiante fauchée qui avait porté Elias contre quelques millions de dollars. Ces filles ne l'intéressaient pas. Elles étaient utiles, à l'instar d'une table, d'une chaise ou d'une machine à laver. La seule qui comptait, sa muse, son inspiration… c'était Hermione. La mère de son …

Une minute… Théodore brisa le fil de ses pensées dans un sursaut. Il se redressa sur son fauteuil, le cœur soudain battant. Comment n'avait-il pas pu y penser plus tôt ? L'espace d'un instant, Théodore se maudit d'être ce qu'il était. Toute autre personne normale aurait immédiatement pensé à ça… mais pas lui.

Elias… si vraiment des types exterminent les enfants génétiquement modifiés… alors, il est en danger lui aussi.

Théodore serra les poings et tenta de raisonner de manière rationnelle. Lorsqu'il laissait sa colère prendre le dessus, il ne parvenait plus à penser normalement. Hermione. Elle le protègera, lui et tous les autres qui sont à Poudlard en ce moment. Il prit une longue inspiration et ferma les yeux, tout en se répétant inlassablement : Hermione le protègera. Hermione le protègera.

Une petite voix grinçante se fit alors entendre dans un recoin de son cerveau. Est-ce que tu es bien sûr de ça ?, railla-t-elle, tandis que ses yeux noirs se rouvraient, brillants de fureur. A cet instant précis, la porte de son bureau s'ouvrit et Amy trotta jusqu'à son bureau pour y déposer plusieurs feuilles A4 fraîchement éditées. La jeune femme eut un mouvement de recul en croisant les prunelles meurtrières de son patron. La plupart des êtres humains normalement constitués auraient pris leurs jambes à leur cou, mais pas elle. Et si elle n'avait pas eu aussi peur de se faire virer, elle aurait probablement succombé à son complexe de l'infirmière et passé ses bras autour des épaules de son patron en le suppliant de lui dire ce qui n'allait pas. Mais il la mettrait certainement à la porte si elle osait.

« Les listes que vous avez demandées, Monsieur », murmura-t-elle en lui jetant un regard inquiet.

Théo se saisit mécaniquement des feuillets et Amy vit sa mâchoire se contracter. Elle avait suffisamment observé ce phénomène pour savoir qu'il s'agissait là d'un remerciement ET d'une invitation à sortir dans les plus brefs délais. Tournant les talons, elle quitta donc la pièce et referma doucement la porte derrière elle. Mais alors qu'elle s'asseyait à peine sur sa chaise, la porte du bureau de Nott s'ouvrit toute grande et le P-DG en sortit à grandes enjambées, le poing serré autour des feuilles qu'elle venait de lui imprimer. L'aura qu'il dégageait était tellement sombre et électrique, qu'elle-même hésita une seconde avant de se lancer à sa poursuite. Elle eut tout juste le temps de s'engouffrer dans l'ascenseur que Théodore avait appelé avant que les portes ne se referment et elle prit quelques secondes pour reprendre son souffle.

« Monsieur, que se passe-t-il ? », le supplia-t-elle en tournant la tête dans sa direction.

Mais Nott s'était calé dans un coin de l'ascenseur, les traits déformés par la fureur et Amy vit nettement le sang pulser dans une veine de son cou. « Monsieur… », tenta-t-elle de nouveau. Mais le reste de sa phrase resta coincé dans sa gorge lorsqu'elle vit le regard meurtrier qu'il lui lançait. La secrétaire referma la bouche et demeura silencieuse. Bientôt, une légère tonalité indiqua qu'ils étaient arrivés à l'étage souhaité et les portes s'ouvrirent. Théodore les franchit aussitôt et remonta le couloir, toujours suivi par Amy, bien que celle-ci reste désormais à une distance respectable. Arrivé devant une porte, il entra sans même prendre la peine de frapper et deux visages interrogateurs se tournèrent dans sa direction.

Les deux employés chargés d'enregistrer les signalements d'effets indésirables, incidents et décès liés aux enfants issus du programme échangèrent un regard paniqué. C'était la première fois que le grand patron descendait dans leur bureau et malheureusement pour eux, il ne semblait pas s'agir d'une visite de courtoisie.

« C'est quoi, ce bordel ? », gronda Théodore en montrant la feuille froissée qu'il tenait dans sa main.

Les deux employés se regardèrent de nouveau, ne sachant pas quoi répondre. On leur avait demandé une liste des décès, ils l'avaient produite et envoyée. Pourquoi diable leur boss se mettait-il en colère comme ça ? L'un d'eux jugea donc opportun de formuler une réponse. Grossière erreur.

« C'est votre liste », fit l'employé de droite d'une voix tremblante, un dénommé Fischer à en croire son badge.

Le regard que lui adressa Théo le fit frémir sur son siège et les deux employés échangèrent à nouveau des expressions nerveuses.

« Je vois bien que c'est une liste », siffla Théodore en contournant le bureau pour venir se planter au plus près de Fischer. L'autre employé, Callahan, sembla clairement soulagé de ne pas être celui qui avait pris la parole en premier. Fischer, en revanche, se liquéfiait sur place. « Depuis quand travaillez-vous pour nous, Fischer ? », demanda soudain Théodore d'une voix doucereuse, après un bref coup d'œil au badge de l'employé.

« Euh… qua-quatre ans », répondit l'employé, qui pâlissait à vue d'œil.

« Quatre ans, hm ? », répéta Théodore en se tournant vers l'ordinateur posé sur le bureau. « Et dites-moi en quatre ans, combien avez-vous répertorié de décès parmi les enfants sortis de ce laboratoire ? »

« Je … je ne sais pas, Monsieur », avoua Fischer en tournant un regard suppliant en direction de son collègue, mais celui-ci détourna lâchement les yeux en direction de son propre écran.

« Vous. Ne. Savez. Pas », articula Théodore dans un souffle. Fischer se mit aussitôt à trembler comme une feuille. « Pas grave », reprit le brun en tapotant sur l'écran cathodique. « Cet ordinateur est là pour ça, non ? Cherchez. »

Aussitôt les doigts de l'employé se mirent à courir sur le clavier, triant les données selon les critères désirés et bientôt, une liste s'afficha à l'écran.

« Combien de décès, il y a quatre ans ? », demanda Théodore tandis que Fischer cliquait sur l'année correspondante.

« Un, Monsieur », bégaya-t-il en lisant la ligne unique demeurant sur le tableau. « William Lloyd, grand prématuré. Décédé à l'âge de huit semaines de détresse respiratoire néonatale. »

Théodore se pencha pour s'appuyer sur le bureau et lui adressa un sourire glacial. « Bien. Il y a trois ans ? »

Nouveau clic, nouvelles lignes sur le tableau.

« Deux. Un autre nouveau-né prématuré, même pathologie et un autre, décédé à l'âge de 4 ans d'une insuffisance rénale », lut Fischer avant de se tourner vers Nott, désagréablement proche de lui.

« Ne vous arrêtez pas en si bon chemin, combien il y a deux ans ? », l'encouragea Théodore avec légèreté.

Fischer déglutit et cliqua. « Un seul, Monsieur. Mort-né, celui-ci. »

Théodore se mordit la lèvre, fusillant du regard son employé qui aurait payé très cher pour pouvoir disparaître dans un trou de souris. « Maintenant, faites-moi apparaître les six derniers mois. »

Clic.

Le visage de Fischer se décomposa et il ouvrit puis referma plusieurs fois la bouche avant de pouvoir émettre le moindre son.

« V-v-vingt-huit ? », couina-t-il en réalisant que c'était certainement la raison pour laquelle son patron se trouvait dans une telle colère.

« Vingt-huit… », siffla Théodore en se redressant pour le toiser de toute sa hauteur. Puis soudain, ses deux poings saisirent l'employé par le col et il le secoua comme un prunier. « VINGT-HUIT DECES ET VOUS NE JUGEZ PAS UTILE D'EN AVERTIR LA DIRECTION ? »

« Mais Monsieur, ce sont presque tous des accidents… ou même des meurtres pour certains », protesta faiblement Fischer, en se tordant le cou pour lire les informations à l'écran. « Nous ne sommes pas responsables de ce qui arrive en dehors du cadre médical… »

Les yeux de Fischer semblèrent littéralement sortir de leurs orbites lorsque l'ordinateur de son bureau se désintégra alors de lui-même, pièce par pièce, chaque élément venant flotter tout autour de lui et de Nott en une sinistre farandole. Le câble d'alimentation se redressa comme un serpent et vint également danser près de son crâne. De l'autre côté de la pièce, Callahan se leva précipitamment de sa chaise et vint se plaquer contre le mur le plus proche. Quant à Amy, sagement planquée dans le couloir, seule sa tête dépassait de l'encadrement de la porte. Et elle ne semblait pas en mener beaucoup plus large que les deux autres.

« A peine quatre décès naturels en trois ans… », gronda Théodore, tandis que les morceaux de l'ordinateur continuaient de voleter autour d'eux. « Et vous ne jugez pas utile de nous avertir d'une telle recrudescence de… comment dites-vous ? D'accidents ? » Le câble du PC fouetta l'air comme un serpent à sonnettes en colère et Fischer sursauta. « Je vous en foutrai des accidents », reprit Théodore en plissant les yeux. « Si je le voulais, je pourrais par accident vous faire avaler un par un chacun des foutus circuits imprimés de cet ordinateur, avant de vous brancher à ce câble jusqu'à ce que vous vous allumiez comme un putain de sapin de Noël ! »

Les yeux de Fischer s'écarquillèrent et il se figea en voyant dans le regard de Nott qu'il était à deux doigts de mettre ses menaces à exécution. Mais les composants reprirent un à un leur place dans l'unité centrale et en quelques secondes, tout était de nouveau opérationnel. Sans lâcher le col de son employé, Théodore releva la tête en direction d'Amy et celle-ci fut soulagée de voir qu'il s'était légèrement calmé, voire même quelque peu fatigué.

« Amy, appelez Rita aux Ressources Humaines, dites-lui d'aller nous trouver deux babouins au zoo. Ils remplaceront à merveille ces deux imbéciles… », fit-il d'un ton horriblement mielleux.

Bien que l'ordre soit complètement absurde et rhétorique, Amy en profita pour s'éclipser en quatrième vitesse, laissant les deux infortunés employés seuls avec leur P-DG. Les doigts de Nott lâchèrent progressivement la chemise de Fischer et celui-ci retomba, les jambes tremblantes, dans son fauteuil. Théodore contourna de nouveau son bureau et se dirigea sans un mot vers la sortie. Il venait de franchir le seuil du couloir, lorsqu'il fit volte-face et dévisagea avec mépris Fischer et Callahan.

« Bien entendu, vous êtes virés », lâcha-t-il sur un ton à nouveau normal. « Tous les deux. » Puis il disparut dans le couloir.

~o~

« Par ici, les premières années ! », s'égosillait la Préfète-en-Chef en faisant de grands moulinets avec les bras. Mais le bruit de la locomotive, conjugué aux bavardages et aux rires incessants des élèves déferlant des wagons, couvraient sa voix trop douce et c'est dans l'indifférence la plus totale qu'elle continua de s'acharner à jouer les sémaphores humains.

« Sans vouloir te vexer, Sandra, fit le Préfet-en-Chef en venant poser son bras sur les épaules de la jeune fille, « tu n'as pas exactement les poumons nécessaires à cet exercice. Bien que ta poitrine se soit agréablement développée durant l'été, soit dit en passant », ajouta-t-il en lorgnant sur la cravate jaune et noire de sa collègue Pouffsouffle.

« Pervers », gronda celle-ci en se dégageant.

Le Serpentard éclata de rire, puis s'éclaircit la gorge. Avant de hurler d'une voix de stentor.

« PREMIERES ANNEES, EN RANG ET DANS LE CALME SUR LA DROITE DU QUAI ! »

Les malheureux étudiants trop proches de lui sursautèrent et se bouchèrent aussitôt les oreilles en grimaçant. Mais comme par miracle, une rangée impeccable de minuscules enfants se forma aussitôt près des barrières qui délimitaient le quai de la gare de Pré-au-Lard et le volume sonore chuta drastiquement. On aurait juré que le train lui-même avait baissé d'un ton.

« Espèce de taré », marmonna un grand Serdaigle en le contournant, les sourcils froncés, tandis que le Serpentard lui soufflait un baiser avec une moue ironique.

« Bel organe, Michael ! », lança un autre élève dans la foule, une remarque qui fut suivie d'un certain nombre de rires étouffés.

Michael Andrews, Préfet-en-Chef et accessoirement Serpentard, esquissa un sourire radieux et fit signe à la rangée de premières années de le suivre. « Par ici, les nains. Direction les cachots- euh je veux dire le château, ahah », annonça-t-il en se délectant des regards soudains apeurés des petits nouveaux. « Ça va, je déconne, détendez-vous du slip… », ajouta-t-il en voyant le regard désapprobateur que lui lançait Sandra Abitbol, une grande afro-britannique élancée aux yeux en amande.

« Franchement, je ne comprends toujours pas comment tu as pu obtenir ce badge », grommela-t-elle tandis que le Serpentard rabattait ses cheveux châtain mi-longs en arrière.

« Parce que je suis beau gosse ? », proposa-t-il avec un sourire charmeur.

« Ou alors parce que ta mère couche avec Rogue ? », ironisa Sandra tandis que Michael prenait une expression choquée. « Je suis sûre que c'est ça ! »

« Garce, on avait dit pas les mamans ! », geignit-il tandis que la jeune fille éclatait de rire.

Un peu plus loin en arrière, le petit groupe formé par Elias, Ted, Victoire, Deborah et David avançait en suivant les autres élèves. Deborah avait décroché les yeux de son téléphone et observait attentivement les deux Préfets-en-Chef qui se chamaillaient à l'avant. « Il rigolait, pour les cachots, pas vrai ? », demanda-t-elle en se tournant vers Ted et Victoire qui marchaient à côté d'elle.

Victoire esquissa un sourire supérieur et plissa les yeux. « Non, même qu'il arrive qu'on y enferme les petites filles trop crédules… », railla-t-elle, mais un regard de Ted la fit taire aussitôt.

« Il y avait bien des cachots autrefois… », expliqua le petit garçon d'une voix sombre. « Mais mon père m'a dit qu'ils avaient été utilisés par Voldemort pendant la guerre pour… emprisonner des otages ou punir des élèves qui tentaient de se soulever contre lui. Ils ont été fermés et condamnés lors de la reconstruction du château. »

Déborah le regarda longuement et comprit qu'il s'agissait là d'un sujet épineux. Manifestement, le père de Ted lui avait beaucoup parlé de la guerre de la décennie précédente et ce malgré le jeune âge de son fils. Sûrement par devoir de mémoire.

« Ton père l'a faite, c'est ça ? », demanda-t-elle en rangeant son téléphone dans la poche de sa robe de sorcier flambant neuve. « La guerre. »

Ted hocha la tête. « Oui, les parents de Victoire aussi », ajouta-t-il en désignant son amie du doigt. « Et les tiens ? »

La brunette secoua la tête. « Ma mère avait déjà fini Durmstrang, elle était partie étudier les chamanes en Mongolie et mon père est un moldu alors, non… »

La file s'arrêta brusquement et ils faillirent heurter les élèves qui marchaient devant eux. La procession était parvenue sur les rives d'un lac aux eaux d'un noir si profond qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'une gigantesque nappe de pétrole.

« Allez, les nains, on embarque ! Trois par trois ! », beugla le Préfet-en-Chef en désignant les petites barques alignées le long du rivage.

Victoire écarquilla les yeux. « Ah non, pas moyen », souffla-t-elle en reculant d'un pas.

Constatant que sa rivale perdait son sang-froid, Déborah courut vers l'une des barques et grimpa dedans afin de bien montrer qu'elle n'avait pas peur. David la suivit, ainsi qu'Elias et très bientôt, il ne resta plus sur la rive que Victoire, Ted qui réconfortait cette dernière et les deux Préfets-en-Chef qui les observaient, les bras croisés.

« Surtout ne vous pressez pas … », maugréa Michael en approchant des deux enfants.

« C'est mort, je ne monterai pas dans un de ces trucs », décréta Victoire en croisant les bras.

« Et pourquoi, je te prie ? », demanda le Serpentard, les sourcils froncés.

« Non mais… Vous savez ce qu'il y a là-dedans ? », piailla la petite blonde en désignant le lac du doigt.

« Parce que toi tu le sais, peut-être ? », railla le Préfet-en-Chef, narquois.

« Parfaitement ! Il y a un calamar géant, des strangulots avec des tentacules longues comme ça (elle écarta les bras au maximum), des êtres de l'eau armés de tridents et même que ma tatie Gabrielle a failli MOURIR dans ce lac ! », s'écria-t-elle tandis qu'une série de murmures paniqués s'élevait du côté des barques.

Les deux Préfets-en-Chef échangèrent des regards inquiets à l'idée d'avoir à gérer toute une promotion de gosses soudain effrayés par la traversée. Sandra se précipita vers Victoire et lui mit un doigt sur les lèvres.

« Ok, ok jeune fille, je comprends mais… sur les petits bateaux, là, tu ne risques absolument rien, c'est promis ! », assura-t-elle avec un sourire forcé.

Un bruit de pas sur les graviers derrière eux indiquèrent aux Préfets qu'un élève était sorti de sa barque. Victoire pencha la tête et constata que Deborah venait de quitter son embarcation et s'avançait vers les deux adolescents avec une expression insolente.

« Qui êtes-vous pour promettre une telle chose ? », demanda-t-elle, feignant la surprise. « Êtes-vous des adultes responsables ? Avez-vous effectué des tests avec chacun des bateaux qui se trouvent ici ? Sont-ils conformes d'ailleurs, ces bateaux ? Si oui, avez-vous un certificat qui le prouve ? Avez-vous également le brevet de sauvetage nécessaire pour nous secourir en cas de chute dans l'eau ? »

Sidérés, les deux Préfets observaient la petite brune, les yeux écarquillés, tandis que Victoire semblait absolument ravie de l'intervention de sa nouvelle camarade. Comme ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à répondre à l'interrogatoire de la petite, celle-ci haussa les épaules et secoua la tête.

« C'est bien ce que je pensais… vous êtes des rigolos », conclut-elle en tournant les talons pour aller se rasseoir dans sa barque avec Elias et David, lequel tentait vainement d'étouffer son fou rire dans sa manche.

Michael et Sandra la suivirent lentement des yeux, puis reportèrent leur attention sur Victoire et Ted, qui n'avaient toujours pas bougé. « Bon, je vais faire comme si je n'avais rien entendu », marmonna Michael, avant de saisir le corps fluet de Victoire par la taille pour la jucher par-dessus son épaule. La petite se mit à pousser des cris stridents tandis qu'il l'entraînait, impuissante, jusqu'à la dernière barque, celle des Préfets-en-Chef. Ted les suivit et grimpa avec eux, en secouant la tête. Aussitôt les fesses posées dans la barque, Victoire cessa de hurler et se figea, aussi immobile qu'une statue de sel, les doigts serrés sur le banc de chaque côté de ses cuisses. Michael se pencha alors par-dessus bord et frappa deux fois du plat de la main sur la coque de la barque. Tous les esquifs s'animèrent en même temps, entamant leur traversée.

« Ouah, tu leur as bien rabattu le caquet aux deux idiots », s'esclaffa Elias et regardant Déborah avec admiration.

La brunette esquissa un sourire ravi. « Mon papa est juriste, il m'a appris quelques trucs… », lâcha-t-elle en haussant les épaules. « C'est lui qui n'arrête pas de m'envoyer des textos depuis qu'on est partis. Il veut toujours savoir si tout ce que je fais est sécurisé, au cas où j'aurais un accident et qu'il faille porter plainte… »

« Mieux vaut ne pas lui parler de ce qu'il vient de se passer », pouffa David.

« Evidemment », concéda Deborah en levant les yeux au ciel.

Après plusieurs minutes de trajet, les barques arrivèrent enfin sur l'autre rive et tous les élèves en descendirent pour courir avec enthousiasme en direction des portes du château, par lesquelles filtrait la lumière des torches du hall d'entrée. Ted descendit le premier de la barque des Préfets, tandis que Michael décrochait non sans mal Victoire de son banc et la soulevait pour la déposer sur la terre ferme. Une fois les deux pieds au sol, la blonde lui jeta un regard furieux et de toute la force de son petit mollet, lui décocha un coup de pied magistral dans le tibia.

Michael poussa un juron mais la petite avait déjà empoigné Ted par le bras et l'entraînait à sa suite en hurlant : « Cours, Ted ! Vite ! »

C'est haletants qu'ils rejoignirent le reste du groupe, qui patientait devant les portes de la Grande Salle. Une grande et vieille sorcière dominait toute la troupe de plusieurs têtes et adressa un regard bienveillant à l'attention de Ted et Victoire, qui lui adressèrent un petit signe de la main.

« Vous la connaissez ? », chuchota David, intrigué.

« C'est le professeur McGonagall. Elle faisait partie de l'Ordre du Phoenix », répondit Ted à voix basse également. « Elle vient de temps en temps manger chez nous, vu que mon père était prof ici avant. Plus maintenant, heureusement, je vais pouvoir explorer chaque recoin de ce château en paix. »

« C'est quoi, l'Ordre du Phoenix ? », s'enquit Elias en se penchant à son tour.

« Bah dis donc, toi, les cours d'Histoire de la Magie ne seront pas du luxe… », s'esclaffa Ted, tandis que Minerva McGonagall s'éclaircissait la gorge et croisait les mains devant sa poitrine.

« Bienvenue à vous, nouveaux élèves de l'école de sorcellerie de Poudlard. Je suis le professeur McGonagall, Directrice de la maison Gryffondor et enseignante de l'art subtil de la Métamorphose. Dans quelques instants, vous pourrez entrer dans la Grande Salle où sont déjà réunis tous les élèves ainsi que vos professeurs. Le Directeur vous accueillera et vous demandera de choisir officiellement votre maison. Vous avez tous reçu la documentation cet été et j'ose espérer que vous l'avez lue attentivement. Mais pour éviter les erreurs, le Directeur vous rappellera les différentes spécialités de chacune des quatre maisons avant de vous appeler. Une fois répartis, vous vous installerez à votre table et le banquet de début d'année pourra commencer. »

Des murmures d'excitation parcoururent le groupe d'élèves et McGonagall se dirigea vers les portes de la Grande Salle.

« Vous savez où vous voulez aller, vous ? », demanda Elias à ses nouveaux amis.

« Gryffondor », répondirent à l'unisson Victoire et Ted, avant d'étouffer un rire.

« Mon père me déshériterait si j'allais ailleurs de toute façon », gloussa Ted en souriant.

« Moi c'est Serdaigle qui m'intéresse », répondit Deborah. « J'aimerais devenir Médicomage. »

« Et moi, Pouffsouffle », renchérit David, fièrement. « Les technologies mixtes, c'est l'avenir. Si j'étais né quinze ans ans plus tôt, c'est moi qui aurais inventé les Hoverboards. »

Elias haussa les sourcils et Deborah leva les yeux au ciel. « Laisse tomber, c'est un grand fan de Retour vers le futur… », railla-t-elle. « Et toi, tu veux aller où ? »

Elias se mordit la lèvre et rosit légèrement. « Gryffondor. C'était la maison de ma mère. »

« Ooh c'est mignooon, le petit chéri à sa maman », plaisanta David en ébouriffant les cheveux noirs d'Elias.

« N'importe quoi… », protesta le brun, tandis que David redoublait d'éclats de rire. Les portes de la Grande Salle s'ouvrirent à cet instant, mettant fin à leur discussion. Un « ooh » admiratif parcourut les premières années, tandis qu'ils suivaient McGonagall dans l'allée centrale, tordant le cou pour observer chaque recoin de la pièce, y compris le plafond enchanté où flottaient des centaines de bougies.

« Trop … bizarre… », souffla Deborah, la bouche grande ouverte et les yeux rivés sur le ciel étoilé au-dessus d'eux.

« Trop cool, tu veux dire », rétorqua Elias, impressionné lui aussi, bien que son père lui ait déjà parlé de cette pièce au moins un millier de fois. C'était tout de même autre chose de la voir en vrai.

Le petit groupe s'arrêta au centre de la salle et Elias remarqua un homme aux longs cheveux noirs et d'aspect légèrement luisant, lui tombant de chaque côté du visage. Il se tenait debout devant un immense pupitre en forme d'aigle et le jeune garçon en déduisit qu'il devait s'agir du Directeur. Mais son attention fut vite détournée du maître des lieux. Derrière lui, à la table où étaient assis tous les professeurs, il avait remarqué une masse de cheveux bouclés bruns, ainsi qu'un visage qu'il connaissait déjà par cœur.

Hermione, sa mère, était tournée vers son voisin, un homme d'une quarantaine d'années, qui lui parlait avec enthousiasme. Mais à en croire l'expression de la jeune femme, elle ne s'intéressait absolument pas à ce que son interlocuteur disait. Comme si elle se sentait observée et aussi parce que le Directeur venait de leur lancer un regard noir qui fit aussitôt taire le bavard, Hermione tourna la tête en direction des nouveaux et Elias sentit que leurs regards se croisaient. Il n'aurait pas su dire comment mais il savait qu'elle ne regardait que lui. Il le ressentait au plus profond de lui-même et ne put s'empêcher de sourire d'un air ravi.

Il vit alors la bouche de sa mère se pincer, comme si elle hésitait entre un sourire et un rictus, puis elle baissa la tête et reporta son attention sur le Directeur, lequel avait commencé à parler. Le sourire d'Elias s'évanouit, à peu près aussi vite que la joie qu'il avait éprouvée en la voyant, et il baissa la tête.

« Tout d'abord, avant de procéder à la répartition, je voudrais vous présenter les deux nouveaux membres de notre équipe : le professeur Rémus Lupin, enseignant de défense contre les forces du mal-

« QUOI ? »

Rogue venait de se décaler pour laisser apparaître Rémus, assis sur sa chaise à la Grande Table, mais un hurlement aigu s'était élevé du côté des premières années. Tous les étudiants de la salle se redressèrent sur leurs bancs afin d'apercevoir le petit nouveau qui venait aussi grossièrement d'interrompre leur directeur. Lupin, lui, décocha un regard ravi en direction de son fils, dont la mâchoire menaçait de tomber sur le sol.

« Je disais donc, Rémus Lupin, enseignant de défense contre les forces du mal… », reprit lentement Rogue en fusillant Ted du regard.

« Tu n'avais pas prévenu ton fils ? », demanda le professeur Sinistra en se penchant vers Rémus.

« Je voulais lui faire la surprise », répondit le loup-garou avec un large sourire. « Tu penses bien qu'avec toutes les bêtises que j'ai moi-même faites ici je n'allais pas le laisser s'en tirer comme ça… »

Le professeur Sinistra gloussa et Rogue présenta à son tour Hermione, sous les applaudissements des élèves. Un dernière année siffla bruyamment entre ses doigts, déclenchant quelques éclats de rire. Rogue ne sembla pas apprécier le geste et se tourna aussitôt vers la table des Serdaigles, cherchant l'élève du regard.

« Roberts, en retenue samedi », gronda-t-il tandis que quelques élèves pouffaient à la table bleu et argent. « Vous commencez bien l'année, félicitations. »

De nouveaux rires nerveux parcoururent l'assemblée puis Rogue leva les mains pour demander le silence.

« Bien, maintenant que Roberts a pris sa première retenue du semestre, je sais que cette nouvelle année a officiellement commencé… », déclara-t-il en fusillant le dénommé Roberts du regard. « Je vais donc appeler nos nouveaux élèves un par un. A l'appel de votre nom, vous vous avancerez jusqu'au professeur McGonagall à ma droite et annoncerez dans quelle maison vous souhaitez étudier. Elle vous donnera alors une écharpe et une cravate aux couleurs de votre nouvelle promotion. Vous pourrez ensuite rejoindre votre table. Ackermann, Isobel ! »

Une petite rousse se détacha du groupe et s'avança sans hésiter en direction de McGonagall, avant de clamer haut et fort « Serdaigle ! ».

« Hiii, c'est génial, j'ai trop hâte de commencer les cours avec Hermione ! », souffla Victoire en secouant le bras de Ted avec excitation. Mais son ami était trop occupé à essayer d'assassiner son père à coups regards noirs pour lui prêter une quelconque attention.

Elias leva le nez, intrigué. « Tu la connais ? », l'interrogea-t-il en haussant les sourcils.

Victoire hocha la tête. « Elle était amoureuse d'un de mes oncles, il y a super longtemps, quand les dinosaures existaient encore », plaisanta la jeune Weasley avec un sourire ironique. Puis elle désigna Ted du doigt. « Et son père l'avait comme élève. »

« Ne me parle pas de mon père », gronda Ted, sans cesser de fusiller son paternel du regard.

Victoire leva les yeux au ciel. « Bref, tout ça pour dire… elle fait quasiment partie de notre famille. On était même invités chez elle, pas ce weekend mais l'autre avant. Elle habite à Pré-au-Lard, le village juste à côté, tu sais ? »

Elias déglutit et hocha la tête en silence. Merlin, cette fille qu'il venait de rencontrer en savait sûrement plus que lui sur sa propre mère. Avec une pointe de jalousie, il reporta son attention sur Hermione, qui semblait perdue dans ses pensées et soupira doucement. Avec un peu de chance, s'il devenait ami avec Victoire, il pourrait lui aussi faire « quasiment partie de la famille »… non ?

De son côté, Hermione sentait la voix de Rogue se faire de plus en plus lointaine, comme étouffée par un coussin. A vrai dire, une fois n'est pas coutume, elle n'écoutait plus. Malgré elle, ses yeux ne cessaient de dévisager Elias, au milieu du groupe d'élèves. Ce qui n'était pas chose aisée, étant donné qu'il ne faisait pas vraiment partie des plus grands et qu'un garçonnet de quelques centimètres de plus lui bouchait régulièrement la vue. Juste après que leurs regards se soient croisés, elle s'était sentie nerveuse et n'avait pas pu s'empêcher de détourner les yeux. Elle avait reporté son attention sur lui juste après, mais il avait baissé la tête et Hermione s'était sentie mal en lisant la déception sur ses traits. Je ne peux pas lui donner tout ce qu'il attend de moi, ce gosse… c'est juste… tellement malsain…, pensait-elle en l'observant. Devant elle, les élèves commençaient à défiler, annonçant la maison dans laquelle ils désiraient étudier. Gryffondor accueillait ceux qui désiraient se spécialiser dans les sorts et enchantements, ainsi que les métiers de la sécurité ou de la défense, comme les Aurors par exemple. Les Serpentards étaient plus portés sur les sciences pures, l'arithmancie ou encore l'étude des Runes. Serdaigle était la maison des futurs Médicomages ou des maîtres des potions, et on y étudiait les soins magiques, la biologie ou encore l'herbologie. Et enfin allaient à Pouffsouffle ceux qui désiraient se tourner vers le commerce et les technologies mixtes.

A côté d'elle, l'insupportable professeur Gregory gloussait et applaudissait à tout rompre à chaque fois qu'un élève décidait d'intégrer sa maison, Pouffsouffle. Hermione devait faire un effort surhumain pour ne pas le gifler à chaque fois qu'il ouvrait la bouche.

« Lupin, Edward ! », annonça soudain Rogue, sortant Hermione de sa rêverie.

Le petit Ted sortit du groupe (déjà bien réduit) de premières années et s'avança vers McGonagall, tandis que Deborah se penchait vers David et lui glissait quelque chose à l'oreille. (« Pas étonnant qu'il préfère Ted, Edward c'est vraiment bizarre comme prénom. ») Les yeux flamboyants de Ted étaient rivés sur son père, assis à la Grande Table. Rémus se contentait de lui adresser un sourire narquois, du moins jusqu'à ce que son fils ouvre la bouche pour faire son choix.

« Serpentard », grinça le garçonnet avant de tourner un sourire sadique en direction de son paternel, dont les yeux sortaient presque de leurs orbites. « Finalement, je crois que je vais adorer l'arithmancie », ajouta-t-il tandis que McGonagall lui tendait une écharpe et une cravate vert et argent, non sans un regard étrange en direction de Rémus.

Derrière Ted, dans le petit groupe encore non réparti, Victoire se frappa le front du plat de la main.

« Je croyais qu'il voulait aller à Gryffondor », risqua Elias en se penchant vers la blonde.

« Oui, mais ça, c'était avant… », grommela la fillette en regardant Ted s'asseoir à la table des Serpentards.

« Au pire, j'ai lu dans la brochure cet été qu'on pouvait changer d'orientation à la fin de la première année ou après les BUSE en fin de quatrième… », fit David, pragmatique. « Et de toute façon, au début, on a quasiment que des cours communs de base, ça ne change pas grand-chose qu'il soit là ou ailleurs. »

« Regarde la tête de son vieux et ose lui dire que ça ne change rien », railla Deborah en pointant son index en direction de Rémus, qui était à deux doigts de la syncope.

« Nott, Elias ! », fit soudain la voix du Directeur. Elias sursauta puis joua des coudes pour quitter le petit groupe et s'avancer vers McGonagall. Pour une raison inconnue, le Directeur le fixait étrangement et Elias fit son possible pour ne pas avoir l'air intimidé.

A la table des professeurs, le menton appuyé sur sa main, Hermione remarqua le manège de Rogue et se demanda vaguement s'il était au courant de la situation. A cet instant, Rogue se tourna vivement vers elle et la dévisagea, les yeux ronds, les lèvres pincées et les narines frémissantes.

Bon, apparemment non…, pensa Hermione avant de lui adresser un sourire crispé. Et voilà, Sévychou, chantonna-t-elle intérieurement. Au lieu de culbuter Mrs Malfoy dans un coin du manoir, il aurait mieux valu inspecter plus attentivement la liste des nouveaux él-

La tête que fit Rogue à cet instant précis rappela à Hermione que son employeur était non seulement maître des potions, mais également un Légilimens accompli. Dans un mouvement qu'elle voulut naturel et pas du tout dans le style 'je-me-suis-fait-griller', elle tourna précipitamment la tête et porta son attention sur Elias, qui l'observait, fièrement campé sur ses petites jambes, sous le nez de McGonagall.

Elle sentit le regard bicolore du gamin la transpercer de part en part et lorsque celui-ci fut certain qu'elle le regardait enfin, il ouvrit la bouche.

« Gryffondor ! »

Oh…, pensa Hermione, surprise. Les yeux ronds, elle observa l'enfant tandis qu'il récupérait sa cravate et son écharpe. Elias releva le nez et leurs regards se croisèrent de nouveau. Bien que l'œil noir reste un mystère indéchiffrable pour elle (une caractéristique qu'il tenait bien évidemment de son père), Hermione lut sans aucune peine la détermination dans l'œil noisette. L'envie de faire ses preuves. Le besoin de reconnaissance.

« Oh, qu'il est mignon celui-ci ! », s'extasia Ilan Gregory à côté d'elle, lui faisant involontairement tourner la tête. « Vous avez vu ses yeux, Hermione ? »

« Euh… oui, oui, j'ai vu », bredouilla misérablement la jeune femme avant de voir qu'Elias se dirigeait déjà vers sa nouvelle table. Une fois assis, les yeux de l'enfant revinrent aussitôt se poser dans sa direction.

Il n'est pas comme Théodore…, pensa soudain Hermione. Il lui ressemble, c'est vrai… mais il est différent. Très différent. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres et elle hocha légèrement la tête en signe d'approbation, un geste qu'Elias accueillit avec une joie non dissimulée. Le sourire d'Hermione s'agrandit. Peut-être que tout se passera bien ici, finalement.

~o~

« C'est lesquels les Préfets de Gryffondor ? », demanda Elias en tendant le cou à la recherche d'un insigne sur le torse de ses camarades.

« J'en sais rien… », maugréa Victoire en sautant sur place pour essayer de distinguer quelque chose par-dessus la marée humaine qui sortait de la grande salle. Soudain, une petite silhouette se fraya un passage jusqu'à eux et Victoire prit une expression désapprobatrice. « Ted ! Je peux savoir ce qui t'a pris ? Serpentard !? Sérieusement ? », s'écria-t-elle tandis que son ami esquissait une grimace.

« Je sais, on avait dit qu'on irait à Gryffondor ensemble, mais… », geignit le jeune garçon. « Ça m'a trop énervé qu'il soit là ! J'ai voulu lui donner une leçon ! » Il tendit le bras en direction de son père, toujours assis à la table des professeurs. « Il va tout le temps être sur mon dos pour m'empêcher de faire des trucs cools ! Franchement, c'est la loose d'avoir son père comme prof. »

Elias jeta un bref coup d'œil en direction d'Hermione mais ne dit rien. Il ne comprenait pas pourquoi Ted se plaignait, lui était parfaitement content à l'idée d'avoir sa mère comme enseignante.

« Oui, enfin, de là à choisir Serpentard… », marmonna Victoire, clairement déçue.

« Je changerai l'année prochaine », la rassura Ted avec un sourire d'excuse. « Et puis si ça se trouve, les sciences, les runes, l'arithmancie… ça va me plaire ! »

Victoire roula des yeux comme si elle en doutait fortement mais n'ajouta rien. Tous trois se dirigèrent vers la sortie de la Grande Salle et se suivirent jusqu'au grand escalier. Les Préfets de Serpentard et de Gryffondor se dirigeaient dans la même direction, vers les étages. Depuis la reconstruction du château et la fermeture des cachots, la maison Serpentard avait déménagé dans une des tours, non loin de celle de Gryffondor. Les trois amis commencèrent leur ascension des escaliers lorsqu'un mouvement attira l'attention de Victoire en contrebas. Dans le hall, sous leurs pieds, quelqu'un se frayait un chemin à contresens, tentant péniblement de remonter le flot des élèves en direction de la Grande Salle.

« Mais qu'est-ce qu'il fiche là, lui ? », s'exclama Victoire, n'en croyant pas ses yeux.

« J'étais justement en train de me poser la même question… », renchérit Ted tandis qu'Elias suivait leur regard pour essayer de deviner de qui ils parlaient. La blonde haussa les épaules et ils reprirent leur route en direction de leurs salles communes.

En bas, la Grande Salle était désormais vide et les professeurs remontaient lentement l'allée centrale en discutant. Rogue ouvrait la marche et Hermione sentait à son expression préoccupée que l'arrivée d'Elias le perturbait à peu près autant qu'elle. Si ce n'était plus, vu qu'elle avait eu le temps de se faire à l'idée…

« Miss Granger, je peux vous parler une minute ? », demanda le Directeur en se retournant dans sa direction.

Hermione pressa le pas, le rejoignant au niveau des grandes portes et se figea soudain. La personne qui venait d'entrer dans son champ de vision n'avait rien à faire là. Mais alors rien du tout. L'intrus s'était planté juste derrière Rogue, lequel regardait Hermione et tournait donc le dos au nouveau-venu. Ce-dernier se racla sèchement la gorge pour signaler sa présence. Surpris par ce bruit si proche, Severus Rogue sursauta et fit volte-face… juste à temps pour que le poing de Lucius Malfoy lancé à pleine vitesse ne vienne écraser son nez. Avec un craquement sinistre, une giclée de sang s'échappa de l'appendice nasal de Rogue et vint s'écraser par terre. A l'instar du malheureux directeur de Poudlard.

Hermione sentit sa mâchoire se décrocher. Elle fixait Lucius, impuissante, et l'absence de réaction derrière elle lui indiqua que les autres professeurs semblaient à peu près aussi stupéfaits. Des murmures excités et des rires narquois commençaient à se faire entendre parmi les élèves encore présents et des index se pointaient dans la direction de Rogue, inerte sur le sol. Alors qu'Hermione se disait que la situation ne pouvait pas être pire, Lucius Malfoy lui prouva le contraire. Se penchant sur Rogue, KO sur le carrelage, il beugla d'une voix féroce.

« Ça, c'est pour avoir baisé ma femme ! »

Oh… mon… Dieu…, fut tout ce que le cerveau d'Hermione parvint à générer d'utile.

La première à reprendre ses esprits fut Minerva : la directrice de Gryffondor se rua dans le hall en hurlant aux derniers élèves, qui sortaient déjà leurs téléphones portables pour immortaliser l'instant, de filer dans leurs salles communes s'ils ne voulaient pas écoper de retenues jusqu'à la fin du mois. Rémus accourut à son tour, baguette à la main, qu'il pointa sans grande conviction en direction du blond furieux. Et pour cause, le loup-garou fixait comme fasciné le nez sanguinolent de Rogue, qui gisait sur le sol.

« Si seulement James et Sirius étaient encore vivants pour voir ça… », murmura-t-il, un petit sourire étirant son visage couvert de cicatrices.

« Non mais vous avez pété un câble ?! », s'écria Hermione, tandis que son futur beau-père massait son poing avec une grimace. Bien heureusement, Lucius n'eut pas le temps de lui répondre : Minerva, après avoir dissipé les regards curieux, fondait sur lui comme un chat sur un mulot.

« Comment OSEZ-VOUS ? », s'égosilla-t-elle en toisant Lucius de toute sa hauteur. Celui-ci lui décocha un regard méprisant à faire applaudir l'intégralité de son arbre généalogique et tourna les talons en direction de la sortie. « REGARDEZ-MOI QUAND JE VOUS PARLE ! Comment osez-vous accuser un honnête homme d'avoir commis ce… ce… un tel outrage ?! »

« Professeur McGonagall… », marmonna Hermione en posant une main apaisante sur son bras.

« Un comportement indigne, voilà ce que c'est ! », vociféra la directrice de Gryffondor.

« Professeur… », insista la brunette en appuyant avec plus d'insistance sur le bras de son aînée.

« Vous devriez avoir honte, Malfoy ! Séverus ne ferait jamais- QUOI, MISS GRANGER ? », tempêta Minerva en se tournant enfin vers elle. L'expression d'Hermione lui indiqua manifestement que la jeune femme en savait bien plus à ce sujet qu'elle. Le visage de McGonagall se décomposa et elle regarda tour à tour le dos de Lucius qui s'éloignait et le corps inerte de Rogue sur la pierre. « Mais… mais… »

« Je sais, oui… », marmonna Hermione, mortifiée.

Le regard de la Directrice s'arrêta finalement sur Rogue et elle sembla soudain réaliser qu'il avait besoin de soins. « Où est l'infirmière ? Poppy ! Poppy ?! », s'écria-t-elle avant de grimper les escaliers en courant.

« Je vais le réanimer », annonça Ilan Gregory en sortant sa baguette de sa poche. Mais Hermione l'arrêta d'un geste, ne se rappelant que trop bien ce qu'un autre professeur incompétent avait fait en voulant lancer un simple sortilège censé réparer une fracture. Harry s'était retrouvé à l'infirmerie avec un bras sans os…

« Mieux vaut attendre Mrs Pomfresh », dit-elle en se postant à côté de Rémus, qui observait avec une pointe de ravissement son ancien ennemi dans les vapes.

« Si seulement j'avais un appareil photo sous la main… », ironisa Rémus tandis qu'Hermione secouait la tête.

« Vous n'avez pas une rébellion filiale à gérer, Rémus ? », railla-t-elle tandis que le loup-garou se renfrognait.

« C'est vrai, j'oubliais. Bonne soirée, Hermione… », marmonna-t-il avant de tourner les talons.

Hermione soupira et reporta son attention sur le pauvre Rogue, qui ne reprenait toujours pas connaissance. Ses doigts dans sa poche effleurèrent un petit objet et une idée affreuse mais tentante lui traversa l'esprit. Les autres professeurs commentaient entre eux l'incident tout en gardant un œil sur le Directeur mais personne ne prêtait attention à elle. D'un geste discret, elle sortit son téléphone de sa poche et entra dans le menu « Appareil photo ». Approchant nonchalamment de son supérieur, elle cadra tant bien que mal sur le visage tuméfié et sanguinolent de Rogue et appuya sur le bouton. L'image se figea pendant une seconde et s'enregistra dans la mémoire. Pianotant sur le clavier, elle transféra l'image en pièce jointe d'un MMS et sélectionna quelques contacts.

Oh, pas beaucoup, hein… juste ceux que ça fera rire…, pensa-t-elle pour se donner bonne conscience.

Clic. Le contact Harry Potter fut sélectionné. Clic. Ron Weasley. Clic clic. Fred et Georges aussi. Oh et puis zut… Draco, Ginny Weasley, Bill Weasley, Charlie Weasley, Blaise Zabini, Neville Londubat, Dean Thomas, Seamus Finnegan et Luna Lovegood vinrent compléter la liste. Dans les escaliers, McGonagall redescendait enfin, accompagnée de Mrs Pomfresh. L'infirmière réanima Rogue, puis répara son nez cassé en un tour de main et le Directeur se releva en titubant légèrement.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? », anonna-t-il en regardant tout autour de lui d'un air perdu.

Rassurée de voir qu'il se portait bien, Hermione s'éloigna tranquillement en direction de la sortie. Elle n'avait absolument pas le courage d'aborder le problème Elias à une heure aussi tardive. De plus, il était temps pour elle de rentrer à Pré-au-Lard, afin de s'assurer que Draco allait mieux lui aussi. Mais d'abord…

Les doigts volant littéralement sur le clavier, Hermione accompagna sa photo d'une courte légende et appuya sur Envoyer.

Les petits instants de bonheur, ça se partage. Joyeux premier septembre à tous ! – H.

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Et voilà, c'est fini pour aujourd'hui ! Un chapitre à l'ambiance un peu plus légère, ça ne fait pas de mal ! En tous cas, je me suis beaucoup amusée à l'écrire, surtout la dernière partie. Vous avez été nombreux à me la réclamer. A la base, je n'avais pas prévu d'en faire un passage comique mais je me suis dit allez, soyons fous ! J'espère que ça vous a plu et j'attends vos reviews avec impatience. Mais dès la semaine prochaine, fini de rire, on reprend l'enquête ! Merci de votre fidélité et à bientôt !

Bisous bisous

Xérès