Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Huhuhu un chapitre qui va se terminer par une révélation ! On se retrouve dans mes blas-blas de fin pour parler du rythme des publications au mois de décembre. En attendant, bonne lecture à tous !
Merci à tous mes nouveaux followers (Azur4, melusyne), ainsi qu'à Naoem, nanette45, Audrey917000, Elisendre, Val, PouleauPotter, jujupititetortue, Marion, Loulou, cycy, Gouline971, Erza Robin, Tamara, Lyly Ford, Hardcoredrugs, Djianara, sarahblue1, miss damdam, Eliane Gil, Zezely, Julie G, Petitestef, TiteTylee, Babar, ecathe38, faerycyn, Mikasa, MademOiselle235463 pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook !
RAR :
Naoem : ahahah contente que la scène avec Lucius et Rogue t'ait fait rire. Et ce n'est pas fini ! Il y aura des conséquences… XD Merci à toi ! J'espère que le prochain chapitre te plaira aussi !
Nanette45 : Merci pour ta review, surtout si c'est la première ! Je suis contente que mon travail te plaise et que tu trouves ça original ! J'espère que le reste te plaira aussi ) Merci encore !
Elisendre : Merci pour ta review ! Ne t'inquiète pas, l'enquête reprend bientôt son cours ! Bonne lecture.
Val : Merci de m'avoir lue ! Je suis contente que ma fic te plaise. Pauvre Rogue, n'empêche. L'incident est loin d'être terminé pour lui ! Merci à toi et bonne lecture !
Jujupititetortue : Merci à toi de m'avoir lue et reviewée ! Je te rassure, tu n'es pas la seule à adorer Théo (même si la grande majorité voudrait plutôt l'étriper). Moi aussi je l'adore, vu que c'est le personnage le plus complexe de cette histoire et j'avoue que dans Ennemi(s) Intime(s), j'ai eu tendance à m'inspirer de 50 shades (pour le côté maniaque du contrôle seulement, parce que bon, on est loin du gentleman qui fait faire des tours en avion ou en hélicoptère…ahah). Merci beaucoup pour tes compliments et n'hésite pas à me redonner ton avis (maintenant que tu sais faire, huhu). Bonne lecture !
Marion : Non, pas de référence directe au film, mais suckerpunch en anglais signifie « coup en traître), ce qui est totalement ce que fait Lucius, mais aussi Rémus vis-à-vis de son fils ^^ Mais sinon, j'ai vraiment adoré ce film, visuellement il m'a fait planer… Et Emily Browning ! :3 Merci pour ta review et bonne lecture !
Loulou : Merci pour ta review ! Certes, la photo va tourner mais pas seulement … ahah. Quelqu'un a été plus rapide qu'Hermione… J'espère que la suite te plaira !
Cycy : Ne sous-estime pas le tempérament bouillant des Malfoy, ahahah. N'empêche, tel père tel fils, ils règlent leurs différends avec leurs rivaux à coups de poings … Merci pour ta review et bonne lecture !
Tamara : Elias est « manipulé » dans le sens où son père lui a menti sur tout et qu'il prend ces mensonges pour la réalité. Mais maintenant qu'il est à Poudlard, les pendules vont se remettre à l'heure… En tous cas tu as raison sur ce point : Théodore est très attaché à Elias et comme tu l'as dit, l'enfant a eu un effet salvateur sur lui. Etant un « petit morceau d'Hermione », Théo en a pris soin, du mieux que sa sociopathie le lui a permis. Hermione va évoluer petit à petit, ne t'en fais pas ! Merci beaucoup pour ta review et bonne lecture !
Julie G : certes vous êtes une majorité à vouloir l'étriper, mais il y a quand même des fans de Théo-chou parmi vous ! XD Merci pour ta review et j'espère que ce nouveau chapitre te plaira aussi !
Mikasa : Merci beaucoup pour tes deux reviews. Je suis contente que The Rise and Fall t'ait plu et que le début de cette suite également ! Mais maintenant, il va falloir attendre les lundis comme tous tes petits camarades ! ahah Merci à toi et à très bientôt ! Et surtout bonne lecture )
Chapitre 10 : Désillusions
Pensif, Ben observait les équipes de la police scientifique passer la maison des Morgan au crible. Les corps venaient d'être décrochés et emmenés à la morgue et seul le contenu de leurs intestins, l'odeur pestilentielle et le gigantesque H peint sur le mur blanc rappelaient la scène sinistre que les deux flics avaient découverte quelques heures plus tôt. Des hommes et des femmes en combinaison blanche intégrale fouillaient le salon, mais aussi les autres pièces de la maison à la recherche d'indices exploitables, d'empreintes (même partielles) mais Benjamin avait l'impression qu'ils faisaient chou blanc. Tout ce qu'ils trouvaient pour l'instant appartenait vraisemblablement à la famille. A croire que leurs agresseurs n'avaient rien laissé au hasard.
« C'est dingue, ce truc… », fit une voix sur sa gauche.
Sortant de ses pensées, il tourna la tête pour regarder l'un des gars en combinaison. Celui-ci s'était arrêté devant le H sur le mur et le scrutait attentivement.
« Quoi ? », demanda Ben en tournant de nouveau les yeux vers la lettre noire.
Le technicien approcha du mur, dans le bruissement caractéristique de ses surchaussures en papier et de sa combinaison, et se posta au plus près de la lettre. « Je viens de le remarquer », reprit-il en passant le doigt sur la lettre. « Il ne s'agit pas d'une peinture à la bombe, à l'eau, à l'huile ou n'importe quelle autre forme de couleur. Sinon, on remarquerait la trace du pinceau ou la couche formée par les gouttelettes projetées par l'aérosol… »
Ben fronça les sourcils et s'approcha, en prenant soin de ne pas accrocher ses propres surchaussures dans un élément du mobilier. « Comment ça ? », grommela-t-il en collant ses yeux au mur. Bon Dieu, il a raison.
« On dirait que la lettre fait partie du mur, comme si elle avait été construite avec… mais je doute que les Morgan aient opté pour un élément de déco de ce genre », reprit le technicien en secouant la tête. « Je pencherais plutôt pour un sortilège mais, à vérifier. »
« Mais comment est-ce que personne n'a vu ça avant ? », s'emporta Ben, surtout fâché contre lui-même de ne jamais avoir prêté plus d'attention à cette lettre. « Ce truc s'affiche partout en ville et personne n'a remarqué que ce n'était pas un tag normal ? »
Le technicien inclina la tête et haussa les sourcils, seule partie de son anatomie encore visible sous la tenue de protection intégrale. « Sérieusement, des tags, y'en a à tous les coins de rue. Si on devait s'arrêter pour les observer chacun en détail… »
Ben dut s'avouer qu'il marquait un point. Fronçant de nouveau les sourcils, il reprit son observation de la lettre, agacé. Manifestement, elle avait un lien avec son enquête. Et il l'avait eue sous le nez depuis des mois sans jamais s'en douter. Cela l'énervait prodigieusement. On lui tapa soudain sur l'épaule et il se retourna, pour faire face à son partenaire. Stuart arborait une expression inquiète et tenait son téléphone à la main.
« Ben, il faut rentrer au poste… », fit le sergent Stuart Wilcox avec un rictus incertain. « Le commissaire principal et le procureur veulent nous voir. »
« Pourquoi ? », demanda Ben, un mauvais pressentiment au creux de l'estomac.
« J'en sais rien, il a juste dit que c'était urgent », répondit Stuart en haussant les épaules.
Les deux flics sortirent de la maison, quittant aussitôt leurs surchaussures qu'ils laissèrent dans la poubelle prévue à cet effet et remontèrent l'allée grouillant de techniciens. De l'autre côté du portail, c'était l'effervescence. Badauds, agents chargés de la sécurité et journalistes se bousculaient contre les barrières installées par les policiers. Se frayant un passage jusqu'à leur voiture, Benjamin reconnut la petite vieille croisée lorsqu'ils étaient arrivés devant la maison. Celle-ci tendait son cou flasque et ridé en direction de la maison des Morgan. Radio-patelin allait certainement tourner à plein régime, ce soir.
Après une bonne heure d'embouteillages malgré le gyrophare, Benjamin et Stuart arrivèrent au commissariat central et se dirigèrent directement dans le bureau du commissaire principal de la brigade des stupéfiants, James Ferguson. Le procureur Neil Campbell était également présent, ainsi qu'un troisième homme, légèrement bedonnant, et confortablement assis dans un fauteuil en cuir. Ce-dernier ne prit même pas la peine de se lever pour saluer Ben et Stuart lorsqu'ils entrèrent. Mais Ben ne lui en tint pas rigueur. Il s'était littéralement figé en reconnaissant le troisième invité. Tibélius Ogden, Ministre de la Magie en personne. Ca y est. Là, je suis sûr et certain que mon affaire concerne les sorciers…, pensa Ben en s'avançant au centre de la pièce.
Le Ministre de la Magie regardait froidement les deux flics et Ben sentit aux expressions fermées du procureur et du commissaire principal que la scène qui allait se jouer aurait tout d'un drame shakespearien.
« Hodgkin, je ne vais pas y aller par quatre chemins », commença abruptement Ferguson en prenant une grande inspiration. « Vous êtes dessaisis de l'affaire. »
Un silence assourdissant s'abattit dans la pièce et Ben eut l'impression de soudain porter tout le poids du monde sur ses épaules. Drame shakespearien était un euphémisme. A ce stade, on était carrément en pleine tragédie grecque.
« Je… je suis quoi ? », balbutia Ben en avançant la tête en avant. Du coin de l'œil, il vit Ogden esquisser un geste d'impatience.
« Cette affaire n'est plus de votre ressort », reprit le commissaire principal en croisant les bras. « Je me demande d'ailleurs si elle l'a jamais été », ajouta-t-il avec un grognement désapprobateur.
« Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur », cracha Ben en sortant de sa stupeur. « C'est une drogue qui est à la base de tout, alors oui, je pense que ça concerne la Brigade des Stups. »
Son ton sec ne parut pas du tout du goût de son supérieur qui le fusilla du regard. « Plus maintenant ! Plus depuis que le Ministre du monde magique est venu en personne m'annoncer que vous vous êtes permis de harceler l'un de ses subordonnés… », aboya le commissaire tandis qu'Ogden se contentait de s'enfoncer un peu plus confortablement dans son fauteuil.
« Harceler ? Mais vous délirez ! », s'emporta Ben en écartant les bras. Aussitôt, Stuart posa une main apaisante sur son épaule. Ils étaient déjà dans de sales draps, c'était inutile d'en rajouter.
« Hodgkin, j'attends de vous que vous laissiez tomber toute cette histoire. Ce sont nos collègues du Ministère de la Magie qui vont reprendre cette affaire, en vous remerciant du travail accompli jusque-
« Commissaire, il y a des vies en jeu ! Des familles, des enfants… », se défendit Stuart, désespéré.
« Tibélius nous a parfaitement expliqué les tenants et les aboutissants de cette histoire », répondit le procureur d'une voix atone. « Il nous a assuré que des mesures de protection ont été prises aujourd'hui même afin de mettre en sécurité les familles à risque et l'enquête sera reprise par leurs services, vous n'avez donc plus à vous inquiéter de la santé de ces citoyens. »
« Mais enfin, commissaire… ! », insista Ben, bien décidé à ne pas se laisser subtiliser le dossier aussi facilement.
« C'EST UN ORDRE, INSPECTEUR HODGKIN ! », beugla Ferguson, tandis que Ben refermait la bouche aussi sec. « Maintenant, faites-moi le plaisir de tourner la page et de vous reposer quelques jours, au calme. »
« Quoi, vous me suspendez en plus ? », l'interrogea Ben, les yeux étincelants de colère.
« Pas encore, mais ça ne saurait tarder si vous continuez à adopter ce comportement… Contentez-vous d'un ou deux jours de repos », rétorqua le commissaire, menaçant. C'était la première fois que son supérieur lui retirait ainsi une affaire de cette ampleur. Et compte tenu de son état d'énervement, l'ordre venait manifestement de très haut. Ben décida donc de ne pas aggraver son cas. Les lèvres pincées, il tourna les talons et se dirigeait vers la sortie, quand pour la première fois depuis qu'ils étaient arrivés, Tibélius Ogden ouvrit la bouche.
« Bien entendu, vous cesserez toute recherche concernant ces meurtres et mettrez fin à toute collaboration avec d'éventuels contacts que vous avez décidé d'impliquer… », fit le Ministre de la Magie d'une voix doucereuse.
Ben s'arrêta et se tourna lentement vers le Ministre. « Ce qui signifie ? », demanda Ben en lui jetant un regard perçant.
« Je parle de votre petite avocate du dimanche… Aria Stone. » Ben fronça le nez. Le mépris avec lequel Ogden avait prononcé le nom d'Aria hérissait les cheveux sur sa nuque. « Vous avez été vu avec elle, dans un café. Nos informateurs ont supposé que vous aviez sollicité son aide… »
Ben se ressaisit et décocha un regard dédaigneux au Ministre. « Vos informateurs sont donc mal informés », mentit-il effrontément. « Miss Stone et moi-même avons été en couple pendant dix-huit mois il y a quelque temps. Nous avons simplement décidé de reprendre notre relation là où nous l'avions laissée. » Puis avec une expression féroce, il se tourna vers son supérieur et le procureur, avant de désigner Ogden du doigt. « Pour information, Messieurs… ça, c'est du harcèlement. Bonne soirée chez vous. »
Et sans un mot de plus, Stuart et Ben quittèrent la pièce en claquant la porte.
~o~
Amy éteignit le moteur de sa nouvelle voiture anglaise et contrôla son reflet dans le rétroviseur central. Maquillage, coiffure, tout était parfait. Tout à l'exception de ses mains tremblantes et moites. Prenant une grande inspiration, elle ferma les yeux et agita ses mains en l'air pour en faire cesser les tremblements et se calmer un peu.
Après les événements de la journée, la crise de colère de son patron et la menace qui pesait sur les enfants modifiés par Gordon Labs, elle n'avait cessé de s'inquiéter pour Théodore. Maintenant qu'Elias était parti à des centaines de kilomètres, Amy n'était pas sûre de savoir comment allait évoluer son supérieur. Il avait beau être un homme puissant, elle le sentait terriblement seul et rongé par… quelque chose. Elle ne savait quoi exactement, mais son aura s'était assombrie dernièrement. Plus particulièrement depuis un peu moins d'un an. Peut-être à la perspective de se séparer d'Elias pour l'année scolaire ? Mystère.
Amy s'extirpa de sa Mini Cooper et leva le nez en direction du bâtiment immense devant lequel elle s'était garée. Un immeuble avec tellement d'étages qu'elle devait se tordre le cou pour en apercevoir le sommet. Maintenant qu'Elias n'était plus là, Amy était bien décidée à savoir ce qui ne tournait pas rond chez Théodore. Et avec tous les incidents des précédentes heures, il aurait sûrement besoin de compagnie. Ou de réconfort, se surprit-elle à espérer.
Avec une nouvelle inspiration revigorante, la jeune secrétaire entra dans l'immeuble en composant le code et s'avança dans le luxueux vestibule au carrelage étincelant. Elle approcha de l'ascenseur et pinça les lèvres. Une jeune femme attendait déjà devant les portes métalliques, tout en mâchant bruyamment un chewing-gum. A en juger par les talons aiguilles, la jupe quasi-inexistante, les bas résilles bon marché et le maquillage outrancier, il ne s'agissait pas d'une résidente… L'intruse était en pleine inspection de son sac à main, lequel regorgeait de préservatifs multicolores et de tubes de gels divers, entre autres objets coquins hétéroclites. Amy grimaça. La prostituée dut remarquer son expression car elle releva la tête et dévisagea Amy froidement.
« Quoi, faut bien bouffer… », cracha-t-elle, avant de jeter un œil au tailleur impeccable et aux Jimmy Choo de la secrétaire. « C'est sûr que toi, tu dois pas manquer de grand-chose… »
Amy rosit légèrement, honteuse de s'être fait prendre en flagrant délit de jugement et reporta son attention sur l'ascenseur qui descendait. Lentement…
Enfin, la fille de joie sembla trouver son bonheur dans sa besace et en sortit une volumineuse perruque brune avec un grognement exaspéré. « Tiens-moi ça, la bourge… », railla-t-elle en jetant la perruque en question dans les mains d'Amy, qui fronça le nez. L'autre cracha son chewing gum dans la poubelle juste au moment où les portes de la cabine s'ouvraient. Les deux femmes s'y engouffrèrent et la prostituée se cala aussitôt devant le miroir placé sur la cloison du fond.
« Au travail c'est Eva, mais en vrai je m'appelle Carrie », fit-elle en sortant une petite boîte blanche de sa caverne d'Ali Baba. « Comme la meuf de Sex and the City. Sauf que moi, c'est plus Sex que City », acheva Carrie en ricanant de sa propre blague. Lorsque Carrie ouvrit la boîte, Amy discerna à l'intérieur une paire de lentilles colorées que la jeune femme tenta tant bien que mal de placer sur ses globes oculaires.
« Amy », se présenta sobrement la secrétaire en faisant tourner la perruque brune et bouclée entre ses doigts. « Pourquoi est-ce que tu mets tout ça ? »
Carrie tourna ses yeux (dont l'un était à présent noisette et l'autre bleu) en direction d'Amy et haussa les sourcils. « Le client impose, Eva dispose », répondit-elle en plaçant la seconde lentille noisette. Elle cligna ensuite plusieurs fois des yeux, laissant la petite membrane se placer correctement sur son iris. « C'est le problème avec les mecs pétés de thunes. Ils peuvent pas baiser sans une foutue mise en scène. »
« Quel étage ? », l'interrompit Amy, que la discussion mettait vraiment mal à l'aise.
« 32 », répondit Carrie/Eva.
C'est aussi là que je vais, pensa Amy en appuyant sur le bouton. Un pressentiment affreux lui saisissait les entrailles mais elle chassa ses idées noires. Théodore n'est certainement pas le seul à habiter à cet étage, se morigéna-t-elle.
Carrie fit signe à la jeune femme de lui rendre sa perruque et Amy la lui tendit précipitamment. L'ascenseur se mit en mouvement et alors qu'elle ajustait les boucles brunes synthétiques sur ses cheveux noirs, Carrie reprit la parole.
« Celui-là, c'est les brunettes bouclées qu'il kiffe. Ne me demande pas pourquoi… », fit-elle en haussant les épaules. « Mais l'avantage, c'est que les types dans ce genre sont prêts à payer très cher pour que leurs petits secrets soient bien gardés. »
Amy esquissa un rictus. « Mais tu n'as pas peur ? », demanda-t-elle, mal à l'aise. « Je veux dire… Aller chez des inconnus, comme ça… Et s'ils sont violents ou qu'ils veulent… » Elle ne parvint pas à terminer sa phrase mais Carrie sembla comprendre ce qu'elle voulait dire et lui adressa une expression soudain grave.
« Parfois, ouais, j'ai peur… », avoua Carrie dans un murmure. « Mais pas de celui-là », ajouta-t-elle en levant un index vers le plafond de l'ascenseur. « Il est passé dans le bar de mon mac le weekend dernier. C'est le genre beau gosse ténébreux. Celui qui ferait rêver n'importe laquelle d'entre nous d'un plan à la Pretty Woman, tu vois ? »
Beau gosse ténébreux…, pensa Amy tandis qu'une grosse boule se formait dans sa gorge.
« Et toi, t'as un mec ? », demanda la prostituée sans se gêner.
« Non », marmonna Amy en regardant ailleurs. Calme-toi, Amy, tu te fais certainement des idées. Cette fille n'est pas son genre. Même si je n'ai absolument aucune idée de ce qu'est son genre.
« Tu pourrais venir avec moi », proposa Carrie en lui faisant un clin d'œil coquin. « On lui demandera plus cher et on se partagera la thune. »
« Merci, mais j'ai déjà un travail », répondit sèchement Amy tandis que ses joues s'empourpraient.
« Dommage… », soupira l'autre en se préparant à sortir. L'ascenseur venait d'achever sa course.
L'heure de vérité…, pensa Amy en expirant profondément. Si elle s'arrête devant le 324, je serais fixée… Par pitié, ne va pas au 324.
Les portes métalliques s'ouvrirent tandis que l'ascenseur dernier cri annonçait d'une voix monocorde « Trente-deuxième étage ». Carrie sortit la première et Amy la laissa prendre de l'avance avant de suivre à petits pas.
320… 321… 322… Arrête-toi, bon Dieu, arrête-toi…
Mais lorsque Carrie s'arrêta, ce fut devant le 324. Amy sentit son cœur manquer un battement et continua de descendre le couloir, plus rapidement. Elle entendit Carrie frapper à la porte et accéléra le pas. Les yeux gonflés de larmes, elle parvint au bout du couloir, lequel formait un coude avant de bifurquer vers les escaliers de secours et le local technique. Elle tourna là et se plaqua dos au mur, le souffle court, luttant pour retenir les sanglots qui se pressaient derrière ses lèvres.
La porte du 324 s'ouvrit et le regard noir de Théodore Nott se mit à briller lorsqu'il aperçut les cheveux bruns bouclés et les yeux noisette de la fille qu'il avait commandée.
« Coucou chéri, je suis rentrée… », murmura Carrie d'une voix suave.
Pour toute réponse, le brun ouvrit grand la porte pour laisser passer sa commande, avant de se pencher pour vérifier que le couloir était vide. Pas un chat à l'horizon. La porte se referma avec un cliquetis discret, puis Amy entendit distinctement le bruit du verrou tourner. Lentement, elle se laissa glisser contre le mur, jusqu'au sol et enfouit son visage entre ses bras.
Pourquoi fallait-il toujours qu'elle soit attirée par les mauvais garçons ? Essuyant une larme, Amy se releva et ôta ses talons. Et c'est dans le plus grand silence qu'elle reprit la direction de l'ascenseur et s'y engouffra. Mieux valait oublier toute cette histoire. Si Théodore savait qu'elle était au courant de ses visites nocturnes, elle perdrait son job. Ce même job pour lequel elle avait quitté sa vie aux Etats-Unis et qui était manifestement tout ce qu'il lui restait à présent…
~o~
« Je suis en retard ! Je suis en retard ! », glapit Hermione en ouvrant le frigo à la volée pour en sortir un pack de jus de fruit, qu'elle ouvrit pour boire directement à la bouteille.
« Tu n'as pas fini de te coiffer », lui fit benoîtement remarquer Draco avec un sourire narquois. Assis à la table de la cuisine, il dégustait tranquillement son café et une tartine de beurre et de chocolat râpé. Le petit-déjeuner qu'Hermione lui réservait toujours lorsqu'il était malade.
« Est-ce que ça se voit ? », demanda Hermione, les yeux suppliants, tout en enfournant ses livres et ses carnets de notes dans son grand sac à main.
« Pas vraiment de différence par rapport à quand tu es coiffée… », railla le blond. « Si ce n'est que ton peigne est toujours accroché dans tes cheveux. »
Le visage d'Hermione se décomposa et elle passa nerveusement une main dans ses boucles, avant de constater qu'il n'y avait aucun peigne. Le sourire du démon s'élargit.
« Traître », l'accusa Hermione avec un sourire en coin. « Tu ne m'aides pas, je suis vraiment à la bourre. Ça va aller, toi ? »
« Je vais parfaitement bien, je pourrais même reprendre le trav-
« Pas question, le médecin t'a arrêté jusqu'à mercredi soir, tu restes donc ici jusqu'à mercredi soir », rétorqua Hermione, catégorique. Puis son sac prêt, elle s'avança vers lui et se baissa pour prendre le visage de Draco entre ses mains.
« Je suis sérieuse, repose-toi », souffla-t-elle avant de l'embrasser délicatement. Les bras de Draco enlacèrent aussitôt ses hanches et l'attirèrent contre lui.
« Blaise va venir me voir dans la journée », la rassura-t-il. « Pars tranquille, on ne fera pas de bêtises. »
Hermione sourit et se dégagea à regret de son étreinte. Elle était en route vers la sortie lorsque Draco ajouta : « On va juste inviter deux-trois nanas, vider le contenu du bar et danser à poil dans la fontaine de Pré-au-Lard. »
« Super, amusez-vous bien ! », s'esclaffa la brune avant de refermer la porte derrière elle. Une fois dehors, elle ne prit pas le temps de marcher jusqu'à l'école et transplana au plus près de ce que lui permettaient les protections magiques de Poudlard. Puis elle se dirigea en trottinant jusqu'à la Grande Porte, tout en allumant son téléphone, resté éteint depuis son retour à la maison la veille. Une déferlante de messages s'afficha aussitôt sur l'écran, ainsi que plusieurs appels manqués de Rogue. Oups.
Décidant de commencer par le plus agréable, elle ouvrit les messages et constata avec une pointe de fierté que son œuvre photographique avait eu son petit effet. Du pouce, elle fit défiler les SMS, tout en gardant un œil sur la route devant elle.
BLAISE : ah tiens, Roguinou s'est enfin décidé à faire une rhinoplastie ? :D
GINNY : Mais…mais… qu'est-ce qu'il s'est passé ?
HARRY : OMG. Je… je…je ne sais pas quoi faire de cette photo. La faire agrandir, l'encadrer ? L'envoyer dans l'au-delà pour faire marrer des gens ? Me la faire tatouer au creux des reins ? Je suis perdu…
Les jumeaux avaient quant à eux renvoyé la photo, agrémentée d'un logo des Farces pour Sorcier Facétieux et du message suivant : « Nougat Néansang, une recette originale, testée et approuvée par le Directeur de Poudlard ! Sans rire, Hermione, on veut des détails. Beaucoup. »
DEAN : C'est dans ces moments là que je me surprends à regretter Poudlard…
La brunette éclatait de rire au moment où ses pieds se posaient sur la première marche qui menait à la Grande Porte. Et comme par magie, Rogue apparut de nulle part, faisant mourir son fou rire dans sa gorge.
« C'est pas trop tôt », fit le Directeur d'une voix étrangement nasillarde.
Hermione leva le nez et raya mentalement la mention « étrangement » de la phrase. Bien que magiquement rafistolé par les bons soins de Mrs Pomfresh, le nez de Rogue était maintenu par un pansement blanc et un hématome encore nettement visible colorait ses pommettes de violet et de jaune. Pas étonnant qu'il parle du nez.
Un ricanement s'emmêla dans les cordes vocales d'Hermione et elle fut prise d'une violente quinte de toux, qu'elle mit à profit pour ranger précipitamment son téléphone dans sa poche. « Séverus… », fit-elle d'une voix trop aiguë pour être honnête. « Comment va votre nez ? »
Le Directeur plissa les yeux et la fusilla du regard. « Ne commencez pas, Miss Granger… », grommela-t-il en lui faisant signe de le suivre. « Vous étiez au courant. Et vous n'avez rien dit », acheva-t-il sèchement tandis qu'Hermione arborait une expression outrée.
« Excusez-moi, mais vos histoires de coucheries avec ma belle-mère ne me regard-OUILLE ! », s'écria-t-elle lorsque la main de Rogue s'abattit sur le haut de son crâne.
« Je parlais de la présence de cet Elias Nott, Miss Granger », aboya-t-il, alors qu'Hermione se massait la tête en grimaçant. « Vous saviez. »
Hermione pressa le pas pour rester à sa hauteur. « Parce que vous, non ? », protesta-t-elle, les sourcils froncés. « Vous ne prenez même pas la peine de consulter la liste de vos nouveaux élèves ? »
« C'est Minerva qui s'occupe des admissions », se défendit Rogue avec une évidente mauvaise foi. « Elle n'a pas dû faire le rapprochement, je ne sais pas. Et d'ailleurs d'où il sort ce gosse ? Ce n'est tout de même pas le fils de Théodore, il est beaucoup trop jeune pour avoir un enfant de cet âge… »
« C'est le sien », coupa Hermione en esquissant un rictus. « En tous cas, il me l'a présenté comme tel… »
« Présenté ? Vous l'avez vu ? », s'étonna Rogue en la dévisageant. Ils s'étaient arrêtés devant les portes de la Grande Salle et quelques élèves sortirent du petit-déjeuner en gloussant.
« Vu, pris un café, revu, insulté, re-revu… », énuméra Hermione avec une expression lasse. « Ecoutez, je n'ai aucune envie de parler de ça maintenant. Je suis à Poudlard, en sécurité loin de lui et je compte bien ne pas me gâcher la vie avec ça… »
Severus ouvrit la bouche pour répondre mais une voix familière, bien que légèrement modifiée comme à travers un haut-parleur, s'éleva dans le hall d'entrée.
« Ça, c'est pour avoir baisé ma femme ! », hurla la voix de Lucius, retentissant dans toute la pièce.
Hermione sursauta et regarda autour d'elle, mais pas de longs cheveux blond platine en vue. Rogue, quant à lui, fit volte-face l'air furieux et scruta les élèves qui fuyaient soudain comme une nuée de moineaux effrayés.
« QUI A FAIT CA ? », aboya-t-il tandis que les étudiants s'éparpillaient, certains en riant aux éclats.
« Qu'est-ce que c'était ? », demanda Hermione, les yeux ronds.
Rogue se tourna de nouveau vers elle, furibond. « Ces petits imbéciles ont enregistré Lucius hier soir et certains ont mis la séquence comme sonnerie de portable », gronda Rogue, les joues frémissantes de colère. « Je suis en train de modifier le règlement. A partir de demain, les téléphones ne seront plus seulement interdits en classe mais également dans les couloirs. Ils vont voir à qui ils ont affaire. »
Hermione porta une main sur sa bouche pour essayer de dissimuler son sourire narquois, puis tourna les talons, consciente que cette piètre tentative de masquer son air goguenard ne serait pas suffisante. « Bon, j'ai cours. Deuxième étage, dernière salle au fond du couloir, c'est bien ça ? », demanda-t-elle en s'éloignant.
« Oui… », grommela Rogue en la regardant partir. « Cette conversation n'est pas finie, Miss Granger ! », ajouta-t-il en élevant la voix.
Hermione ne répondit pas et de toute manière, Rogue n'aurait prêté que peu d'attention à ses paroles. En effet, un nouveau « ça, c'est pour avoir baisé ma femme ! » retentit dans le hall et Rogue poussa un cri de rage.
« PAR LES BALLOCHES DE MERLIN, CA VA MAL FINIR ! », vociféra le Directeur tandis que les élèves fuyaient de nouveau en riant.
~o~
Ben ouvrit les yeux et se passa une main sur le visage. Après les événements de la veille, le scandale dans le bureau du commissaire principal, son affaire qui lui filait entre les doigts, il avait eu une nuit agitée. Tâtonnant pour saisir son portable sur la table de nuit, il appuya sur une touche pour allumer l'écran. Aucun message. Aucun appel en absence. Rien de nouveau en ce qui concernait les Morgan. Même pas un seul petit coup de fil de l'Institut Médico-légal. Il était réellement mis sur la touche.
Poussant un long soupir, il pianota sur le clavier et chercha le contact Aria Stone dans son répertoire. Il devait la prévenir. Elle était manifestement sous surveillance à cause de lui et il n'aimait pas ça. La jeune femme répondit dès la première sonnerie.
« Salut ! Toujours rien du côté de l'expert en potions, si c'est pour ça que tu m'appelles… », chantonna-t-elle à l'autre bout du fil.
« Laisse tomber l'expert en potions, j'ai été dessaisi », maugréa-t-il contre le combiné. Qu'il dut précipitamment écarter de son oreille lorsque l'avocate se mit à hurler.
« COMMENT ÇA, DESSAISI ? », brailla-t-elle, faisant grimacer Ben. Celui-ci tourna dans son lit et changea son portable de main.
« Ton cher ami, Tibélius Ogden a exigé que ses Aurors reprennent le dossier. Et il m'a accusé de harcèlement moral sur la personne de Théodore Nott », cracha-t-il avec amertume.
Il entendit Aria pousser un grognement de rage. « C'est marrant, pourquoi ça ne me surprend pas… Et donc, qu'est-ce que tu comptes faire ? »
Ben cligna des yeux plusieurs fois. « Tu veux rire ? C'est terminé, Aria. Ces types-là sont puissants, je ne suis clairement pas de taille… »
« Tu te fiches de moi, j'espère ? »
Ben fronça les sourcils. « Aria, je risque une suspension, peut-être même plus si je persiste, ils me l'ont clairement fait comprendre... »
« Ne me dis pas que ça t'arrête ? », reprit-elle sur un désapprobateur. « Il suffira de la jouer discret, c'est tout. »
« Aria… », soupira Ben en se passant de nouveau la main sur les yeux. « Ils te surveillent. Ogden sait que tu bosses pour moi, je lui ai servi un démenti à la con mais je suis quasiment certain qu'il ne m'a pas cru. Je refuse de te mettre en danger toi aussi. »
« Le danger ? », clama Aria dans une parfaite imitation de Simba dans Le Roi Lion. « Moi j'aime le danger. Je me ris du danger ! Ahahah ! »
Ben esquissa un sourire et secoua la tête. Depuis l'adolescence, Aria était une fan inconditionnelle du dessin animé et lorsqu'ils étaient ensemble, elle ne ratait jamais une occasion d'en réciter une réplique pour le faire rire. C'est étrange comme les vieilles habitudes de couple reviennent vite…, pensa Ben avec un pincement au cœur.
« Sans rire, Ben », reprit Aria avec une voix de nouveau normale. « Attendons au moins la réponse de Rogue et on verra ce qu'on pourra faire de ça. Je sais que tu ne t'arrêteras pas là, tu es juste… temporairement dépité parce qu'on t'a retiré le dossier. Ça va passer. »
« Ce n'est pas ça… », souffla Ben en fermant les yeux. « On s'attaque à gros. Je n'ai pas envie que tu en subisses les conséquences. »
Aria se tut un instant et Ben tendit l'oreille, ayant l'impression que la communication était coupée.
« Crois-moi, je subis les conséquences de la présence d'Ogden depuis beaucoup plus longtemps que tu ne le crois… », fit-elle d'une voix sombre. « Je ne te l'ai jamais dit mais… lui et moi, c'est une longue histoire. »
« Une longue histoire dans le même genre que celle du type à cause duquel tu m'as quitté ? », demanda Ben un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. Comme Aria ne répondait pas, son ton s'adoucit et il ajouta : « Je suis flic, Aria, tu ne dis rien mais j'arrive à deviner des trucs. »
L'avocate fit claquer sa langue contre son palais. Elle détestait qu'il devine toujours tout à demi-mot. Surtout quand il s'agissait d'elle. « Je peux déjà te dire que ces deux 'longues histoires' sont étroitement liées… » Elle poussa un soupir. « Bon, qu'est-ce que tu dis de ça : je harcèle encore un peu mon expert et je viens manger chez toi à midi pour te remonter le moral. C'est moi qui régale. »
« Laisse-moi deviner : sushis ? », ironisa Ben, connaissant l'obsession d'Aria pour la cuisine japonaise.
« Ça, c'est de la déduction, Sherlock », acheva-t-elle en riant. « Bon, je m'y mets tout de suite. A plus, je t'aim- euh je veux dire… bisous. » Haussant un sourcil, Ben entendit Aria raccrocher après avoir lamentablement bredouillé et se demanda s'il avait bien entendu ce qu'il venait d'entendre.
Aria raccrocha précipitamment, les yeux écarquillés, avant de lâcher le portable sur son bureau comme s'il risquait de la brûler. Puis elle laissa tomber son front sur ses mains, avant de se frapper trois fois avec. Idiote, idiote, idiote, mais qu'est-ce qui t'est passé par la tête ?, pensa-t-elle en ponctuant chaque « Idiote » d'un nouveau coup au crâne. C'était la faute de ce coup de fil. Tellement normal, tellement détendu, tellement… Comme si on était toujours ensemble.
La jeune avocate soupira bruyamment, se traita une nouvelle fois d'idiote et tourna la tête vers son ordinateur. Bon, avec un peu de chance, il n'a même pas entendu. Passons aux choses sérieuses : harcèlement de Severus Rogue, phase Une.
~o~
Penché sur son bureau de Poudlard, Severus Rogue griffonnait furieusement sur un morceau de parchemin, cherchant les mots justes pour son nouveau règlement concernant l'utilisation des téléphones portables à Poudlard. Après plusieurs tentatives, il avait fini par trouver une formulation adéquate et, semblait-il, complète. Il valait mieux s'en assurer. Sinon les gosses trouveraient un moyen de contourner la loi et de continuer leurs idioties. A côté de lui, l'antique PC fixe fourni par le Ministère ronronnait doucement, la page Internet ouverte sur la messagerie de l'école. Il posait un point final sur son parchemin lorsqu'une brève tonalité s'échappa des haut-parleurs de la machine. Il avait reçu un e-mail. Levant le nez, il plissa les yeux en s'approchant de l'écran pour distinguer l'expéditeur du message, ce qui n'était pas chose aisée en raison de l'écran trop clair qui l'éblouissait dans la pénombre de son bureau. Mais rien à faire, les lettres restaient floues.
« Je sais bien que ça vous en coûte, Severus, mais il va pourtant falloir vous faire une raison… », fit une voix dans son dos.
Rogue se tourna vers le portrait d'Albus Dumbledore qui lui parlait depuis son mur et le fusilla du regard. « Je sais, oui… Et ça ne m'enchante pas, voyez-vous ! », grommela le Directeur à l'attention de son prédécesseur.
Dumbledore haussa les épaules et tapota son nez à l'aide de son index. « Je ne vois pas pourquoi vous en faites tout un plat, regardez les miennes. Elles sont très discrètes. »
Rogue maugréa quelque chose dans sa barbe, prit un petit étui posé sur son bureau, l'ouvrit et après s'être assuré que personne d'autre que les dizaines de portraits étalés sur les murs ne traînait dans les parages, chaussa ses nouvelles lunettes sur son nez tuméfié. Il esquissa une légère grimace lorsque les lunettes se posèrent sur sa blessure mais ne dit rien. Tournant la tête vers l'écran, il constata avec déplaisir que les lettres étaient désormais nettes. Misère…
« Ça vous va très bien », commenta Dumbledore avec un sourire en coin.
« Vous vous moquez, Albus… », soupira Rogue tandis que Dumbledore riait sous cape avec sa voisine de cadre, Dilys Derwent, ex-Directrice de l'école du dix-huitième siècle.
Rogue cliqua sur le message et constata qu'il provenait… d'Aria Stone. Il grogna. Penser à Aria Stone était douloureux. Principalement parce que penser à Aria Stone ramenait à penser à Lucius Malfoy et que penser à Lucius Malfoy était extrêmement douloureux. Et énervant.
Ne m'obligez pas à venir chercher les résultats moi-même…, écrivait-elle à la fin de son e-mail, ce qui fit grimacer Rogue.
« Non merci, j'ai déjà vu suffisamment de membres plus ou moins directs du clan Malfoy ces derniers jours… », grommela-t-il à voix basse. Il tourna la tête. L'enveloppe kraft était toujours là où il l'avait laissée, le jour où elle était venue la lui apporter.
« Faites donc ce qu'elle vous demande et vous en serez débarrassé… », s'impatienta Dumbledore dans son dos, son regard bleu semblant pétiller même sur la toile peinte.
Rogue soupira. Le vieil homme avait raison. Il allait analyser cet échantillon, déterminer les ingrédients qu'il manquait à ces incapables de moldus et basta ! Avec un peu de chance, Aria Stone oublierait ensuite jusqu'à son existence et il pourrait reprendre tranquillement le cours de sa vie. Il espérait seulement que Narcissa n'apprendrait jamais qu'il aidait la maîtresse de son mari. Surtout après ce que Lucius venait de faire. Severus se demanda d'ailleurs si elle était au courant. Se levant de son fauteuil, il empoigna l'enveloppe kraft et ôtant ses lunettes pour les ranger discrètement dans une de ses poches, il se dirigea vers la sortie. Direction son laboratoire de potions.
~o~
Un entrepôt miteux, gris, aux fenêtres brisées. Humidité, moisissure, décrépitude, crasse. Merlin, ils méritaient mieux que ça. Un quartier général à la hauteur de leur cause. Et pourtant, depuis le début, ils se terraient comme des moins que rien. L'homme tourna son regard sombre et son visage amaigri et mal rasé en direction du seul mur à peu près potable de la bâtisse. Un grand H noir le décorait, seul élément qui ait un peu de prestige dans ce foutu trou à rats. Mais la décoration n'était pas le seul objectif de cette lettre. Elle n'était rien pour celui qui ne savait voir. Elle était tout pour celui qui savait quoi regarder. Elle était le phare au cœur de la tempête. La lumière au bout du tunnel. Leur point de ralliement. Leur symbole de résistants.
Et un excellent moyen de voyager, pour peu qu'on connaisse la formule adéquate. Mais seuls les membres les plus assidus et fiables avaient droit à ce privilège. Ceux qui comme lui, considéraient cette nouvelle race de sorciers créée par la science comme des ignominies, des abominations, la déchéance du monde magique. Oui, ils en étaient certains : les sorciers génétiquement modifiés conduiraient le monde magique à sa perte. Il fallait donc les éradiquer.
La lettre noire se mit soudain à vibrer et ses contours devinrent plus brillants, plus intenses. Quelqu'un vient…, pensa l'homme en rabattant aussitôt sa capuche sur sa tête. Il n'avait pas vraiment de raison de se cacher aux yeux de l'un des membres qui apparaîtrait bientôt devant lui. Il le faisait par respect, par devoir de mémoire… par nostalgie. Celle du temps où il portait le Masque de son Maître. Celle du temps où il était Mangemort.
Un éclair intense illumina l'entrepôt puis la lettre reprit sa noirceur précédente. Devant elle se trouvait à présent un homme d'une trentaine d'années, aux dents de devant positionnées de façon complètement anarchique.
« Marcus », commenta l'homme en reconnaissant son invité. « Je ne m'attendais pas à te voir revenir si vite. Des informations ? »
Marcus Flint s'avança vers l'homme et hocha la tête, l'air grave. Mais avec son visage disgracieux, il aurait tout aussi bien pu avoir l'air idiot que ça n'aurait pas fait grande différence. C'était ce qui lui plaisait le plus chez Flint : son air stupide cachait une âme rusée et sans pitié, il trompait ainsi son monde comme personne.
« Les flics moldus ont été mis à l'écart… », commença-t-il en croisant les mains derrière le dos, bien droit comme un vigile de boîte de nuit. « Seulement le Ministère de la Magie a repris l'affaire. Ils avanceront certainement beaucoup plus vite que les Stups, même avec leur bande d'imbéciles. »
L'homme pinça ses lèvres sèches et se retourna pour faire quelques pas. Il commençait à regretter leur coup d'éclat chez les parents de leur taupe. Certes, torturer ce gamin et ses parents avait été une sacrée partie de plaisir, mais cela avait attiré l'attention sur eux. Un peu trop.
« Le Ministre a fait placer sous surveillance la plupart des familles dont nous avions réussi à obtenir les coordonnées », reprit Marcus, imperturbable. « Il va nous être de plus en plus difficile de faire passer la drogue aux membres ou aux proches. Et on a constaté que la donner à des personnes au hasard ne portait pas franchement ses fruits. La probabilité qu'un individu sous influence croise une Infamie et l'élimine est trop faible. La plupart du temps, les effets se dissipent sans qu'aucune élimination n'ait eu lieu. »
L'homme hocha la tête et se tourna de nouveau vers Marcus. « C'est pour ça qu'on va ralentir le rythme. Les flics ont fait le lien entre la substance et les meurtres. Si vous trouvez encore des familles sans surveillance et dont l'un des membres se drogue ou boit, tant mieux. Sinon, laissez tomber. »
« Oui, Monsieur », acquiesça Marcus en hochant la tête.
« Il est temps de passer à la phase deux… », ajouta l'homme à mi-voix.
Flint leva les yeux et sembla surpris. « Je croyais que vous vouliez d'abord récupérer votre-
« Ce sera bientôt fait, Flint… », l'interrompit l'homme en agitant la main avec impatience. « Laissez-moi, je dois réfléchir. »
Flint fit un pas en arrière et s'apprêtait à partir, lorsqu'il se rappela d'un dernier détail. « Une dernière chose, Monsieur… », reprit-il. « Le flic moldu se fait aider par cette avocate dont tout le monde parle. Aria Stone. L'un de mes gars m'a rapporté qu'elle semblait décidée à continuer les recherches malgré l'interdiction du procureur. Que doit-on faire ? »
L'homme pinça les lèvres. Effectivement, cela pouvait être un problème. « Je vais y réfléchir également, merci Marcus… », le congédia-t-il en se détournant.
Marcus Flint s'inclina légèrement et repartit en direction du H noir sur le mur. Sortant sa baguette de sa poche, il appuya son extrémité contre la lettre et marmonna le sort qui lui permettrait de repartir d'où il venait. Dans un éclair de lumière blanche, il disparut et l'homme se retrouva de nouveau seul.
D'un pas lent et traînant, il se dirigea vers un lavabo de fortune placé dans un coin de l'entrepôt. Retirant sa capuche, il se pencha sur la faïence crasseuse, ouvrit le robinet et mit ses mains en coupe sous l'eau froide pour s'en asperger le visage. Se redressant, son regard accrocha le miroir fêlé placé au-dessus.
Il n'aimait absolument pas ce qu'il était devenu. De sombre et énigmatique, il était passé à maladif et peu soigné. Il vieillissait aussi. Sa barbe naissante se constellait de poils blancs là où autrefois il n'y avait que du noir profond. Des rides creusaient le coin de ses yeux et la commissure de ses lèvres. Souvent, il s'était demandé si elle le reconnaîtrait. Et ce qu'elle penserait de lui si elle le revoyait. Mais maintenant qu'il l'avait de nouveau à portée de main, il ne tarderait pas à connaître la réponse.
Rodolphus Lestrange appuya ses deux paumes sur les rebords du lavabo et se pencha en avant, le visage au plus près de son reflet. Son regard en revanche, sinistre et froid, n'avait pas changé. Bien sûr qu'elle le reconnaîtrait.
« Je vais venir te chercher, Bella… », murmura-t-il en souriant à son propre reflet. « Et cette fois-ci, tu n'auras plus les jupes de ton Maître dans lesquelles te réfugier. »
Un nouveau ricanement retentit et se répercuta sur les murs de l'entrepôt. Onze ans qu'il était en cavale, fuyant les Aurors, la prison. Réunir ses premiers partisans n'avait pas été facile mais maintenant, la machine était lancée. Bientôt, il cesserait de se cacher.
Et le pays tout entier en paierait les conséquences.
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Et voilààà, vous savez enfin l'identité de l'homme à la capuche ! Beaucoup d'entre vous avaient plus ou moins déjà deviné mais voici enfin la confirmation ! Alors ? Surpris, pas surpris ?
J'espère que le reste du chapitre vous a plu et que Rogue vous aura fait autant rire que dans le chapitre précédent ! ^^ J'ai hâte d'avoir vos reviews, en tous cas !
En ce qui concerne les prochaines semaines, avec Noël qui approche, le Nouvel an, le taf qui s'accumule, je risque de publier de manière moins régulière. J'essaierai tout de même de maintenir un chapitre chaque lundi mais je préfère vous prévenir au cas où ! Fin de la période chaotique début janvier. Il y aura également l'OS de Noël, qui est déjà commencé de quelques pages !
En attendant de vous lire, je vous fais de gros bisous et vous souhaite une excellente semaine !
Xérès
