Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : J'ai beaucoup hésité à poster ce chapitre, étant donné qu'une partie a été écrite avant les événements du 7 janvier et qu'après ça, j'ai été d'abord incapable d'écrire une ligne puis ce que j'ai fini par écrire ne me convenait pas. Ecrire et fangirler était au-dessus de mes forces, tout comme écouter de la musique, rire, etc. On a tous eu ce sentiment, je crois, que continuer à vivre normalement était un manque de respect envers les victimes. Enfin bref, du coup vous aurez un chapitre de transition, pas forcément hyper joyeux (en tous cas, pas pour les fans de Lulu-chou) et j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur ! Bonne lecture et gros bisous !

Merci à tous mes nouveaux followers (Titi18000, Ronald Stinks, Xinmara, Marween, MowScottHeavens, Eleonore Edelweiss, petiit-coeurs), ainsi qu'à Eliane Gil, miss damdam, Naoem, faerycyn, jujupititetortue, PouleauPotter, Erza Robin, MissDraymione, SabrinaMalefoy, loulou, Mikasa, cycy, Gouline971, Acide'Nette, Val, Lily Ford, Voldynouchette, Ronald Stinks, TheArrowGirl, laloudu77, MademOiselle235463 pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook !

RAR :

Jujupititetortue : Rodolphus et Pansy ? Bellatrix et Ben ? Amy et Théo ? Mon dieu mais tu veux faire mourir mes lectrices ? XD Désolée mais rien de tout ça n'arrivera ! Je vais suggérer à Hermione de plus se mordre la lèvre en présence de Théo. Mais je ne suis pas responsable des dérapages que cela pourrait occasionner ! huhu Merci pour ta review et gros bisous !

Loulou : Ahahah ton mauvais pressentiment concernant la visite à l'apothicaire est justifié ! Ce chapitre commence par un cours justement avec Elias, comme tu le souhaitais ^^ Pour le Dramione, ça va venir (un très très gros coup, d'ailleurs mais un peu de patience). On retrouve Théo également aujourd'hui ! Bonne lecture !

Mikasa : Théo IS BACK dans ce chapitre, tu vas être ravie. Je suis contente de t'avoir fait découvrir la chanson ! Elle est géniale, je trouve ! Bonne lecture et merci pour ta review !

Cycy : Théo évolue dans cette fic et c'est intéressant de voir jusqu'où la frontière méchant/gentil peut devenir floue… Il revient dans ce chapitre ! Ah mais cette chanson de Fever Ray elle est juste énormissime. Gros bisous et merci !

Val : Ahah j'aime beaucoup vos réactions concernant Aria et Ben, vous êtes toutes ravies qu'ils se soient embrassés, c'est assez marrant ! ^^ Dans ce chapitre, tu vas avoir beaucoup d'Hermione (et de Théo, mais ça je suis pas sûre que ce soit une bonne nouvelle pour notre petite brunette… ahah). Merci pour ta review et bonne année !

Anonyme du 7 janv. : haha en même temps c'est normal de ne pas aimer Ogden, puisque c'est un méchant, lui aussi… XD Contente que le chapitre t'ait plu ! N'oublie pas de signer la prochaine fois ! ) Merci pour ta review !

Chapitre 12 : Talents cachés

Hermione Granger avait toujours eu énormément de vocabulaire. Elle aimait la précision, l'exactitude, ce qui passait également par le choix minutieux de chacun de ses mots. Quelle que soit la situation, la nuance, elle mettait toujours un point d'honneur à utiliser le terme adapté.

Pourtant ce matin-là, malgré la myriade d'adjectifs qui aurait pu qualifier son état actuel, aucun ne semblait assez intense pour décrire avec précision ce qu'elle ressentait quelques minutes avant de donner son premier cours de sortilèges aux Gryffondors et Serdaigles de première année.

Stressée ? Non. Angoissée, fébrile ? Même pas en rêve. Terrorisée, affolée, épouvantée ? Là, on se rapproche…

D'un geste vif, elle redressa pour la énième fois un stylo couché sur son bureau, un livre qui ne formait pas un angle droit parfait avec la surface, un encrier légèrement décalé de trois millimètres sur la gauche.

Pourquoi est-ce que je m'en fais ? C'est un cours comme un autre, avec des élèves comme les autres.

Dans le couloir, le brouhaha des enfants s'alignant sagement à l'entrée de la classe s'intensifia. Dans quelques secondes, elle devrait les faire rentrer.

Bon ok, avec des élèves comme les autres PLUS un qui me prend pour sa mère. Vraiment pas de quoi paniquer…

Jusqu'à présent, bien que consciente de l'existence d'Elias, l'enfant était resté relativement abstrait tant qu'il était loin d'elle. Mais maintenant qu'elle était sur le point de lui faire son tout premier cours, elle réalisait tout ce que cela impliquait. Trois heures de cours par semaine. Quatre semaines par mois. Dix mois par an. Pendant sept ans. Ce serait difficile de faire comme s'il n'existait pas.

Un éclat de rire en provenance du couloir la sortit de ses pensées. Elle regarda une dernière fois l'horloge accrochée au mur de la classe. L'heure fatidique était arrivée. Prenant une profonde inspiration, Hermione se leva, traversa sa salle de classe et passa la tête par la porte… avant d'étouffer un cri de surprise.

En tête de file, entouré de Victoire et d'une autre petite fille brune qui rangeait précipitamment son téléphone portable dans sa poche, Elias levait les yeux sur elle et la dévisageait avec un sourire ravi.

« Coucou ! », souffla Victoire à côté de lui en agitant discrètement la main à l'attention d'Hermione. Celle-ci réussit à esquisser un sourire pour cacher son trouble puis posa brièvement les yeux sur le petit brun qui lui faisait face.

« B-bon euh… Bonjour à tous, vous pouvez entrer ! », annonça-t-elle en se poussant hors du passage tandis que les enfants se pressaient à l'intérieur avec des murmures excités. Le cours de Sortilèges était toujours l'un des plus attendus par les nouveaux élèves, puisque c'était celui où l'usage de la baguette magique était le plus intense.

Lorsque tous furent à l'intérieur de la salle, Hermione referma la porte et remonta l'allée centrale jusqu'à son estrade. Elle appuya le bas de son dos contre son bureau et fit face à ses nouveaux élèves avec un petit sourire. Sourire qui se crispa légèrement lorsqu'elle vit qu'Elias (toujours accompagné de ses deux nouvelles amies) s'était installé au tout premier rang et la mangeait littéralement du regard, prêt à absorber la moindre de ses paroles. Hermione se sentit subitement comme une espèce de gourou sur le point d'initier de nouveaux adeptes à sa religion.

Non, je ne me mets absolument pas la pression…, pensa-t-elle avant de saluer sa classe et de faire l'appel. Très pratique, l'appel. Surtout quand la liste des prénoms s'accompagne d'une petite photo pour permettre au professeur de mettre un nom sur un visage. Malheureusement, McGonagall ne semblait pas encore bien maîtriser l'outil informatique et pas une seule photo n'était en face du nom lui correspondant. Hermione avait donc dû tracer des lignes pour relier chaque enfant à son nom lorsqu'il répondait présent. Elle aurait tout le temps de le refaire au propre plus tard.

« Bien, maintenant que je sais que vous êtes tous là, je vous souhaite la bienvenue pour votre tout premier cours de sortilèges ! », commença-t-elle tandis que quarante visages éveillés se tournaient avidement vers elle. « Qui peut me dire ce qu'est un sortilège ? », demanda-t-elle en haussant un sourcil. Elle posait toujours cette question aux plus petits, car elle était simple et leur permettait de prendre la parole en toute confiance assez vite.

Mais c'était sans compter un certain garçonnet au regard bicolore. Elias leva aussitôt le doigt, le corps tendu comme s'il tentait de toucher le plafond. Ses yeux s'étaient écarquillés légèrement et tous les élèves tournèrent la tête vers lui avec des airs surpris ou narquois.

« Euh… oui… ? », bredouilla misérablement Hermione en tentant de masquer sa gêne.

« Un sortilège est le terme générique désignant une action relevant de la magie. Il en existe trois types de sorts : l'enchantement, qui n'altère pas radicalement les propriétés de l'objet du sortilège, mais modifie certaines de ces propriétés ou en ajoute d'autres. Le maléfice, qui présente une connotation de magie noire, et la malédiction qui est le terme réservé aux pires manifestations de magie noire », récita Elias d'une seule traite.

Hermione déglutit. Dans la salle, les plus proches d'Elias se mirent à le dévisager avec curiosité, tandis que les plus éloignés se redressaient sur leurs sièges et tendaient le cou pour mieux observer le jeune garçon.

« Euh… oui c'est… exactement ça », reprit Hermione, désarçonnée. Lorsqu'elle avait posé cette question dans ses différentes classes lors de son assistanat, les élèves avaient tous proposé des réponses avec leurs propres mots, donnant lieu à un débat amusant et enrichissant. Mais là, la définition était l'exacte copie de leur manuel et les autres élèves ne semblaient plus rien oser ajouter de peur que leurs réponses ne paraissent plus futiles. Elle non plus d'ailleurs, ne savait pas comment rebondir. « Bon, cinq points pour Gryffondor… hum… Et… hum… est-ce que vous connaissez des sortilèges, les autres ? »

Le doigt d'Elias sauta aussitôt au plafond et Hermione fit son possible pour regarder ailleurs. « Allez, je suis sûre que vous en savez en nommer quelques-uns, levez les doigts ! »

Une petite main se leva au fond de la classe et Hermione sauta littéralement dessus comme un lion sur une côte de bœuf. « Oui, au fond ! Ton nom ? », demanda-t-elle tandis qu'une petite fille se levait de sa chaise. Du coin de l'œil, Hermione vit le bras d'Elias retomber sur son bureau.

« Sarah Robinson », fit l'enfant d'une voix fluette. « Il y a le Maléfice du Saucisson ? »

« En effet, est-ce que tu connais la formule ? », l'encouragea Hermione.

« Pe…Petrificus Totalus ? », proposa la fillette tandis que la professeur hochait la tête en souriant.

« C'est ça ! », la félicita-t-elle. « Cinq points pour Gryffondor ! Allez, citez-m'en d'autres ! »

Cette fois, Elias ne fut pas le seul à lever la main. Spontanément, plusieurs doigts se dressèrent et Hermione en fut ravie. Elle désigna un petit Serdaigle au troisième rang et celui-ci se leva, aussi droit que s'il s'était présenté à l'armée. « Jimmy Cresswell ! Le sortilège de lumière, Lumos ! »

« Mary Parks ! », enchaîna une fille de Gryffondor. « Le Riddikulus ! Ma mère l'utilise tout le temps contre les épouvantards du grenier… »

A chaque fois, Elias levait la main comme si sa vie en dépendait. Hermione l'interrogea une fois de plus après avoir laissé une dizaine d'élèves s'exprimer et il donna la formule Alohomora, qui permettait d'ouvrir n'importe quelle porte verrouillée. Il fallait avouer que cette manie de toujours se dresser sur son siège pour tenter de prendre la parole agaçait prodigieusement Hermione. Bon sang, ce gamin n'était pas seul dans la classe. Ne pouvait-il pas comprendre qu'il fallait laisser les autres participer ?

Une petite voix dans le cerveau d'Hermione se fit alors entendre :

Hypocrite. Tu faisais exactement la même chose…

Hermione se mordit la lèvre inférieure et ordonna aux élèves d'ouvrir leurs Livres des sorts et enchantements niveau 1 de Miranda Fauconnette au premier chapitre. Elle réalisait à présent combien cela avait dû être agaçant pour ses camarades et ses professeurs d'avoir une élève cherchant constamment à répondre, consciente qu'elle détenait la solution. Cela brisait complètement la dynamique du cours, dissuadant tout autre élève de participer. Mais d'un autre côté, elle mieux que personne comprenait le désir de l'enfant de montrer qu'il avait parfaitement intégré le contenu de ses livres. Il faudrait qu'elle lui en touche deux mots à ce sujet. Bien que participer soit une très bonne chose, ce type de comportement avait ses désavantages. Comme celui de se faire traiter de Je-Sais-Tout par toute sa promotion après seulement quelques semaines de cours. Puis de s'enfermer dans les toilettes pour pleurer en paix et de frôler la mort face à un troll de trois mètres de haut… Par exemple…, pensa-t-elle en réprimant un soupir.

Le reste du cours fut consacré à la tenue correcte de la baguette, puis à la création d'étincelles de couleurs différentes. C'était une procédure très simple, mais encore une fois, Hermione savait combien il était important pour les enfants de prendre confiance en eux face à la magie. Elle ne voulait pas risquer que certains se laissent déjà distancer par les autres. Elias réussissait brillamment chacun de ses lancers et il engagea rapidement un concours du jet d'étincelles le plus long avec ses deux voisines, qui riaient aux éclats.

Hermione observait l'ensemble de sa classe, un léger sourire aux lèvres. Voir s'amuser les plus petits avec la magie, c'était quelque chose qu'elle adorait et qui la fascinait. Toutes ces générations de jeunes enfants pour qui la magie était tout simplement une capacité extraordinaire et non plus un sujet de discorde entre sangs impurs et sangs purs… Sa propre découverte de la magie avait toujours été entachée par les commentaires dépréciateurs des mauvaises langues ou par les embûches semées par Voldemort et ses partisans tout au long de sa scolarité. Un gâchis…

Lorsque l'horloge sonna la fin du cours et le début de la pause déjeuner, Hermione se sentit beaucoup plus détendue que trois heures plus tôt. Malgré les événements du début, le reste de la leçon s'était admirablement bien passé. Petit à petit, les élèves vidèrent les lieux en la saluant au passage et elle se laissa tomber sur sa chaise avec un soupir de satisfaction. Elle passa la main devant ses yeux, rabattit ses cheveux en arrière et faillit sursauter.

Il restait un seul élève dans la classe. Inutile de préciser lequel.

« J'ai beaucoup aimé ce premier cours… euh… », marmonna Elias, dont la phrase tronquée laissa penser à Hermione qu'il se demandait comment l'appeler.

Certainement pas Maman à l'intérieur de l'école, pensa Hermione avec une pointe de panique. « Devant tout le monde, appelle-moi Professeur Granger, tu veux bien ? », demanda-t-elle mal à l'aise. Le garçonnet hocha la tête en silence. « Mais entre nous, tu peux m'appeler… euh… (Le petit garçon leva vers elle des yeux brillants d'espoir)… appelle-moi comme tu veux… », acheva Hermione précipitamment, alors que le sourire revenait sur les traits d'Elias. « Approche. Ça tombe bien que tu sois resté, il faut qu'on parle. » Hermione trouva son ton légèrement dur et toussota pour tenter de ravaler la boule qui faisait pression dans sa gorge.

Le garçonnet saisit son sac par la bride et le traîna derrière lui jusqu'au bureau de son professeur.

« Alors ? », commença-t-elle d'une voix haut perchée qui trahissait sa nervosité. « Ces premiers jours d'école ? »

« C'était génial ! », s'écria le gamin avec entrain. Puis son sourire faiblit légèrement. « Enfin sauf le cours de vol sur balai… Même si j'arrive à grimper et à voler un peu, j'ai trop peur du vide… »

Hermione ne put s'empêcher d'esquisser un rictus. Ça me rappelle vaguement quelqu'un…, pensa-t-elle avant de reprendre son sérieux. « Ecoute, Elias… » Elle pinça les lèvres, cherchant ses mots. « Je suis certaine que tu ne penses pas à mal et je trouve ça très bien que tu veuilles autant participer en classe… Mais tu dois comprendre que tu n'es pas seul à vouloir répondre aux questions du professeur. Et si tu t'imposes à chaque fois comme tu le fais, les autres n'auront bientôt plus envie de réfléchir : ils se contenteront d'attendre que tu aies donné la solution. »

L'enfant baissa les yeux et fit la moue. « Je voulais juste te montrer que j'étais capable… », marmonna-t-il, contrit.

« Et je n'en doute pas une seule seconde ! », reprit Hermione, compréhensive. « Laisse seulement aux autres une chance de s'exprimer de temps en temps. Crois-moi, je sais que ce n'est pas facile… », s'esclaffa-t-elle. « Mais tu me promets d'essayer ? »

Elias releva la tête et opina en souriant.

« Merci », le gratifia Hermione. « Et pas seulement dans mon cours, d'accord ? Les autres aussi. » Puis elle se tut et le regarda fixement, signifiant par la même occasion qu'il pouvait quitter sa classe. Mais l'enfant ne semblait pas décidé à s'en aller. La jeune femme le vit pincer les lèvres et ouvrir la bouche plusieurs fois sans qu'il n'en sorte jamais aucun son. « Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda-t-elle doucement. Elias releva les yeux.

« Pourquoi vous n'êtes plus ensemble, papa et toi ? », lâcha-t-il soudain.

La question fit à Hermione l'effet d'une douche froide. Là aussi, une discussion sérieuse était nécessaire. Mais aurait-elle le courage de dire toute la vérité à un enfant innocent, à fortiori alors qu'il était si jeune ? Mieux valait commencer doucement. Hermione se leva et contourna son bureau pour venir poser une main réconfortante sur l'épaule d'Elias.

« Ecoute, je… » Elle ferma les yeux. Il ne la croirait jamais. Il allait la traiter de menteuse et certainement fuir en courant en se demandant pourquoi elle se montrait aussi méchante. Mais certaines choses devaient être dites. « Théo et moi, on n'a jamais vraiment été ens- »

« Ravi de voir que vous commencez à tisser des liens… », fit une voix glaciale à la porte de la salle.

Elias se retourna vivement tandis qu'Hermione esquissait un mouvement de recul, saisie par la surprise, la peur et l'incompréhension. Elle tourna tellement vite la tête en direction de la sortie qu'elle entendit nettement une de ses vertèbres cervicales craquer.

« Papa ! », s'écria Elias avec un mélange de ravissement et d'étonnement. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

Hermione, les yeux écarquillés de terreur, fixait les deux iris noirs et furieux de Théodore qui ne la lâchaient pas. Malgré son apparente décontraction et ses mains sagement enfoncées dans les poches de son costume noir, il bouillonnait. Hermione sentait sa colère irradier la pièce et un frisson courut le long de son échine.

Il sait ce que je m'apprêtais à dire…, pensa-t-elle, paniquée. Il sait, il sait, il sa- Une minute…, QU'EST-CE QU'IL FICHE ICI ?

Théodore s'avança dans l'allée centrale entre les pupitres, sans quitter Hermione de son regard sévère. Pendant ce temps, le cerveau d'Hermione s'affolait et plus aucun de ses membres ne semblait décidé à réagir.

IL N'EST PAS CENSÉ ÊTRE LÀ, POURQUOI EST-IL LÀ, COMMENT AI-JE PU ÊTRE ASSEZ STUPIDE POUR IMAGINER ÊTRE EN SÉCURITÉ À POUDLARD, JE VEUX QU'IL PARTE, JE VEUX QU'IL PARTE, JE VEUX QU'IL-

« Elias, laisse-nous… », siffla Théodore toujours sans regarder son fils.

D'une main tremblante, Hermione chercha à tâtons sa baguette sur son bureau. Avant de réaliser que celle-ci était rangée dans son sac à main, sur le sol.

« J'étais en train de parler avec maman », protesta Elias, parfaitement conscient qu'encore une fois son père les avait volontairement empêchés d'aborder le sujet du passé.

Pour la première fois depuis son arrivée fracassante, Théo détourna les yeux d'Hermione et posa ses prunelles furieuses sur son fils. « Je sais exactement ce que tu voulais lui demander. De-hors. »

« NON ! », s'emporta le petit garçon en tapant du pied sur le sol.

Ce gamin est suicidaire, il va se faire tuer… Ne le provoque pas, Elias, ne le provoque pas !, pensa Hermione, qui essayait malgré tout de se concentrer pour utiliser la magie sans baguette. Mais comme toujours lorsque Théodore était à proximité d'elle, la partie était loin d'être gagnée.

« Je ne le répèterai pas », gronda Théo entre ses dents.

« J'EN AI MARRE, POURQUOI ON NE ME DIT JAMAIS RIEN A MOI ? », s'égosilla le gamin tandis qu'Hermione paniquait de plus en plus.

Théodore poussa un soupir d'exaspération et posa doucement la main sur les cheveux noirs de son fils. Avant que celui-ci ait pu protester, il s'était évaporé pour réapparaître instantanément dans le couloir devant la salle de classe. Nott agita les doigt en direction de la porte et celle-ci se referma en claquant sur les protestations du jeune enfant, furieux d'avoir été mis à l'écart aussi facilement.

Bon sang, j'ai cru qu'il allait le tuer…, pensa Hermione en soupirant de soulagement. Un soulagement de courte durée. L'instant d'après, Théo avait reporté son attention sur elle et sa colère était telle que la jeune femme se sentit à deux doigts de défaillir.

« Qu'est-ce que tu t'imaginais pouvoir lui dire, hein ? », siffla le brun en se rapprochant dangereusement d'elle. Hermione recula précipitamment mais son dos heurta son bureau, mettant aussitôt fin à sa tentative de fuite.

« Il saura la vérité tôt ou tard… », bredouilla Hermione en se penchant en arrière pour mettre le plus de distance possible entre leurs deux corps. Mais Théodore ne semblait pas connaître le principe de l'espace vital. Posant les mains sur le bureau de chaque côté d'Hermione, il la piégea contre lui et la jeune femme sentit son cœur s'arrêter de battre.

« Je préfère tard », gronda Théodore en la fusillant du regard.

« Qu'est-ce que ça change ? Qu'il l'apprenne maintenant ou dans six mois ? Dans un an ou dans dix ? », gémit Hermione, la lèvre tremblante.

« Tout. Ça change tout. »

Hermione fronça les sourcils mais ne dit rien. Elle ne voyait pas en quoi ça changerait tout mais mieux valait ne pas trop asticoter ce dingue lorsqu'il était dans cet état. Hermione se raidit en sentant les mains de Théo quitter le bureau pour venir serrer sa taille et enfoncer ses doigts dans ses hanches.

« Arrête… », supplia-t-elle dans un souffle.

Mais il l'ignora et se pressa un peu plus contre elle, jusqu'à poser son front sur l'épaule d'Hermione. Même à travers le tissu de sa fine chemise, Hermione sentait la chaleur de son visage. Il n'est pas chaud, il est carrément brûlant, pensa-t-elle, intriguée malgré elle.

Les doigts de Nott resserrèrent leur pression sur ses reins et elle grimaça de douleur.

« Lâche-moi, s'il te plaît », gémit-elle, soudain consciente de sa vulnérabilité. Le jeune homme ignora totalement sa requête. Il n'oserait tout de même pas lui faire du mal en plein Poudlard, si ? Hermione n'en était pas vraiment sûre. Qui savait ce qu'il pouvait se passer dans sa tête, à ce type ?

L'une des mains de Théodore quitta sa hanche pour se glisser dans son dos et ses dents vinrent mordiller la peau contre laquelle il avait posé le front quelques instants plus tôt. Le rythme cardiaque d'Hermione s'accéléra et elle baissa les yeux en direction de son sac à main, sur le sol. Si elle arrivait à se concentrer un minimum, elle pourrait faire venir sa baguette jusqu'à elle mais cela lui semblait de plus en plus difficile maintenant que Nott s'employait à caresser chaque parcelle accessible de son corps avec une avidité croissante. Oh non, non, non…, gémit intérieurement Hermione tout en fermant les yeux pour rassembler ses forces.

Accio baguette, pensa-t-elle. Rouvrant les yeux, elle vit que la fermeture éclair de son sac à main s'était ouverte à moitié, la baguette avait donc bougé et tenté de sortir. Elle poussa un gémissement paniqué lorsque l'une des mains de Nott se glissa sous son chemisier, tandis que ses lèvres remontaient le long de son cou. Elle n'avait plus beaucoup de temps. Concentre-toi, concentre-toi… Accio, accio, accio ACCIO ACCIO BORDEL !

Du coin de l'œil, elle vit sa baguette bondir hors de son sac à main mais n'eut pas le temps de s'en réjouir. Le poing de Nott l'avait attrapée au vol. Apparemment, il avait remarqué son manège.

« Hermione, voyons… », la réprimanda-t-il, moqueur. « Tu me crois vraiment aussi stupide ? »

Toutefois, il avait dû s'écarter légèrement pour attraper l'objet. Pas beaucoup mais suffisamment au goût d'Hermione. Prenant appui avec ses fesses sur le bureau, elle releva une jambe et envoya de toutes ses forces l'un de ses pieds dans l'abdomen de Théodore, le faisant reculer et grogner de douleur. Sans demander son reste, Hermione tenta un sprint jusqu'à la sortie et hurla de rage lorsque Théodore immobilisa ses pieds d'un simple claquement de doigts.

« Libère-moi ! », aboya-t-elle, la peur laissant place à la fureur. « Libère-moi espèce de taré ou je te jure que tu le regretteras ! »

« Hmmm oh oui, menace-moi », ronronna Théo en passant derrière elle pour la saisir de nouveau par la taille. Hermione sentit ses pieds lui répondre à nouveau et commença à gigoter pour se soustraire à l'étreinte du jeune homme. Lequel laissa échapper un petit rire.

C'est un jeu pour lui, il trouve ça drôle…, pensa Hermione en se débattant de plus belle.

« Tu n'as aucun droit d'être ici ! », reprit-elle, rageuse. « Quand Rogue apprendra que tu as mis les pieds à Poudlard- »

Un rire franc emplit la salle et Hermione fixa, interdite, son agresseur qui riait aux éclats. Qu'est-ce que j'ai dit ?

« Ravie de voir que tu trouves ça drôle… », gronda-t-elle, tandis qu'il la prenait par les hanches pour la faire pivoter vers lui.

« Rogue ne t'a pas dit ? », minauda-t-il avec un sourire malicieux. « Le Ministère ayant investi beaucoup d'argent dans l'école pour sa reconstruction et le remaniement des programmes, ils sont devenus les actionnaires majoritaires de Poudlard à hauteur de 80 %. Une part dont j'ai racheté 52 % il y a trois ans. Autrement dit… » Les yeux brillants et la maintenant toujours fermement contre lui, il colla son front bouillant sur celui d'Hermione et fit en sorte que leurs deux nez se caressent. « Tout ici m'appartient à hauteur de 52 %. Toi incluse. »

Un frisson d'horreur parcourut la jeune femme.

« Je pourrais te couper en deux… » Il posa une main au niveau du nombril de la jeune femme. « A peu près ici. Et emporter l'un des deux morceaux avec moi. » Nouvel éclat de rire. « Reste à savoir quelle partie me serait la plus utile, le haut ou le bas ? », plaisanta-t-il.

« Tu n'es qu'un porc », gronda Hermione, dégoûtée.

Théodore sourit. Sa fureur de tout à l'heure semblait s'être envolée. Comme d'habitude, il changeait d'humeur comme de chemise et Hermione avait tendance à trouver cela épuisant. Elle sentit qu'il la lâchait enfin et il la contourna pour se diriger vers la sortie.

« Peut-être, mais un porc qui possède la moitié d'un château, ça a le mérite d'être original ! », railla-t-il en s'inclinant à la manière d'un acteur de théâtre en fin de représentation. « Bien entendu, je compte sur toi pour rester discrète vis-à-vis d'Elias. Il n'est plus question d'aborder avec lui le sujet de notre passé commun. Et il va sans dire que Draco et tes amis ne sauront rien de ce qu'il vient de se passer. Sinon… je te rappelle que nos agents du Ministère ont votre adresse en mémoire… Draco pourrait ne pas supporter une deuxième garde à vue, j'en ai peur. »

Hermione serra les dents et le fusilla du regard. Peu importaient ses menaces, peu importait son humour douteux. L'essentiel était qu'il s'éloignait, lentement, en direction de la porte. Plus il y aurait de distance entre elle et les mains pleines de doigts de ce type, mieux elle se porterait. Il ouvrit la porte et sortit dans le couloir.

« Oh, j'oubliais… », fit-il avec un sourire narquois. D'un geste vif, il lança sa baguette à Hermione, qui la rattrapa au vol. « Tu ne m'en veux pas de ne pas rester, mais on a une réunion. On va décider si oui ou non la bibliothèque de Poudlard a besoin d'un nouvel arrivage de livres. Ennuyeux à mourir… »

« Hors de ma vue… », gronda Hermione en pointant sa baguette sur lui.

« A plus, ma belle », railla Théo en lui adressant un clin d'œil. Un sortilège de crache-limaces passa en sifflant près de son oreille et il disparut en gloussant. Tremblante, Hermione se laissa retomber sur une chaise d'écolier et plaqua son front moite contre le bois frais.

Naïve. Voilà ce qu'elle était. Naïve d'avoir pensé une seconde qu'il lui serait facile de parler avec Elias. Naïve d'avoir imaginé être en sécurité dans l'enceinte de Poudlard. Naïve d'avoir oublié que les riches enfoirés comme Nott avaient tous les droits et tous les pouvoirs. Hermione prit une longue inspiration et tenta de se calmer. Jamais elle n'aurait la paix. Pas tant qu'il serait dans les parages.

~o~

Vers 17 heures ce jour-là, Draco Malfoy décida de fêter sa reprise du travail en emmenant Hermione dîner quelque part. Quoi de mieux que de la surprendre à la sortie des cours, à l'improviste et d'apprécier l'étincelle ravie qui ne manquerait pas de danser dans son regard à l'idée de passer une fin de journée romantique avec son amoureux ? Tout sourire, le blond quitta l'agence Sorc'immo, laissant Blaise fermer la boutique, et transplana aussi près de Poudlard qu'il le put avant de remonter le chemin caillouteux qui menait au château en sifflotant. Ses blessures n'étaient plus qu'un mauvais souvenir et il se sentait de nouveau en pleine forme. Assez pour pouvoir faire passer une soirée (et pourquoi pas une nuit ?) inoubliable à son infirmière attitrée.

Toujours le cœur léger, il passa la grande porte de l'école, réprimant un sourire en entendant les chuchotements et les gloussements aigus que sa présence provoquait chez un groupe de jeunes filles de septième année. Il tourna vers elles ses yeux couleurs de glace et inclina la tête sur le côté, les mains nonchalamment enfoncées dans les poches de son pantalon noir. Un léger sourire narquois flotta sur ses lèvres. « Mesdames… », les salua-t-il tandis que les filles poussaient de petits couinements excités. « Savez-vous où se trouve la classe du professeur Granger ? »

Les adolescentes se regardèrent puis hochèrent la tête en pouffant. « Au deuxième étage, mais… tenez, la voilà ! »

Draco fit volte-face et constata effectivement qu'Hermione venait de débouler du grand escalier et se dirigeait à grandes enjambées vers la Grande Salle où Rogue et McGonagall s'apprêtaient à surveiller l'étude. Il délaissa le groupe de filles et pressa le pas pour rejoindre Hermione, presque arrivée au centre de la Grande Salle, où le Directeur et son adjointe étaient en grande conversation.

« Hermione, chéri- », commença Draco, aussitôt interrompu par un rugissement furibond.

« CINQUANTE-DEUX POUR CENT ! » aboya Hermione en se mettant à cribler de gifles le pauvre Directeur. Celui-ci tenta vainement de protéger son visage tout juste guéri des violents assauts de Lucius et couvrit sa tête de ses deux bras. « CINQUANTE-DEUX POUR CENT ET VOUS N'AVEZ PAS PENSÉ UNE SEULE SECONDE À ME LE MENTIONNER ? »

A côté de Rogue, McGonagall eut besoin de quelques secondes pour réaliser ce qu'il se passait et jeta des regards effrayés tout autour d'elle. Si elle ne réagissait pas très vite, les élèves auraient bientôt une nouvelle sonnerie de portable à s'échanger.

« Tous les élèves hors de la Grande Salle, et en vitesse ! », s'écria-t-elle en agitant les mains en direction des étudiants qui s'apprêtaient à s'installer pour faire leurs devoirs. Certains protestèrent en grognant, d'autres regardaient avec curiosité la petite brune s'acharner sur son patron. Pendant ce temps, interloqué, Draco fixait son adorable et douce fiancée qui venait subitement de se transformer en harpie. Et quelque chose lui dit qu'il allait pouvoir faire une croix sur sa soirée romantique.

« Qu'est-ce que vous faites là, Monsieur Malfoy ? », s'étonna McGonagall en le trouvant au milieu de l'allée. « Si ma mémoire ne me trompe pas, vous avez déjà validé vos ASPIC depuis un bon moment… »

Draco regarda tour à tour Minerva et derrière elle, la silhouette d'Hermione faisant des moulinets avec ses mains pour accélérer la cadence de ses tapes sur les bras et le haut du crâne de Rogue. Celui-ci protestait par des « Miss Granger, arrêtez ! » étouffés, qui ne semblaient pas dissuader la jeune femme.

McGonagall suivit son regard et leva les yeux au ciel tout en fermant les portes de la Grande Salle. « Ne me demandez pas, je n'en sais pas plus que vous… »

A quelques mètres d'eux, Rogue venait enfin de réussir à immobiliser les poignets d'Hermione et la dévisageait d'un air furieux, ses cheveux noirs mi-longs en bataille sur son crâne douloureux. « Mais puisque je vous dis que j'ai OUBLIÉ de vous en parler ! », rugit-il, les joues rouges de colère.

« Non, l'important c'est qu'eux se comprennent… », marmonna McGonagall à l'attention de Draco, tout en croisant les bras pour observer la scène.

« OUBLIÉ ? OUBLIÉ ? », s'égosilla à son tour Hermione en libérant ses poignets de l'emprise de Rogue. Celui-ci recula précipitamment, de peur de se prendre de nouveaux coups, mais il n'en fut rien. « On oublie ses clés, son portable, D'ACCORD. On oublie un rendez-vous chez le dentiste, POURQUOI PAS. Mais oublier de ME dire… A MOI… que Théodore détient CINQUANTE-DEUX-POUR-CENT DE POUDLARD-

« Mais enfin, ça fait trois ans, Miss Granger, TROIS ANS ! », se défendit Rogue en écartant les bras. « En plus de ça, il ne venait jamais aux réunions, puisqu'il était à l'étranger ! Il ne s'est jamais occupé de rien et déléguait toujours ses responsabilités à un représentant du Ministère. On n'a jamais vu le bout de son nez ici… »

« JUSQU'À AUJOURD'HUI, naturellement ! », rétorqua Hermione vertement.

« En effet, oui, jusqu'à aujourd'hui ! », acheva Rogue, dans le simple but d'avoir le dernier mot.

Tous deux se fusillaient du regard lorsqu'une exclamation venue de l'entrée de la Grande Salle leur fit vivement tourner la tête. « QUOI ? »
L'expression furieuse d'Hermione se décomposa en voyant que Draco les regardait, bouche bée et incrédule. Qu'est-ce qu'il fait là ?

« Nott est venu ici ?! », s'époumona-t-il en avançant dans leur direction.

Hermione vit du coin de l'œil que Rogue semblait soudain inquiet. Il avait déjà fait connaissance avec le poing du père et les gifles de la belle-fille, il n'avait donc aucunement envie de découvrir quel serait le talent caché du fils. Famille de tarés….

« Oui et figure-toi que son laboratoire est l'actionnaire majoritaire de Poudlard depuis maintenant trois ans ! », s'écria Hermione en croisant les bras d'un air accusateur. « Mais visiblement, ce n'était qu'un détail que notre cher Severus n'a pas jugé utile de partager avec nous. »

« Mais puisque je vous dis que j'ai ou-bli-é ! Il n'y a eu absolument aucun changement entre le moment où le Ministère détenait ces parts et le moment où Gordon Labs en a racheté la plus grande partie, puisque c'étaient quand même les agents du Ministère qui venaient aux réunions du conseil d'administration à la place de Nott ! », s'énerva de nouveau le Directeur en poussant un grognement exaspéré.

Hermione siffla entre ses dents et secoua la tête. Comment pouvait-on oublier un truc pareil ?

« Ok, on arrête les frais », fit soudain Draco d'une voix dure et sans appel. « C'est très simple, si Hermione n'est pas en sécurité à Poudlard, elle ne viendra plus travailler. De toute façon, les épouses Malfoy ne travaillent pas. »

Cette fois, ce fut vers son fiancé qu'Hermione tourna lentement des yeux ronds comme des soucoupes. Derrière Draco, Minerva McGonagall haussa un sourcil narquois. Le blond ne savait pas dans quel pétrin il venait de se mettre, manifestement.

« Tu n'es pas sérieux, là ? », demanda Hermione gravement.

A côté d'Hermione, Rogue semblait ravi que l'attention de la brunette se soit complètement détournée de lui et il prit une expression désapprobatrice pour enfoncer le clou. « Ah si, si, je crois qu'il était sérieux… »

« Oh vous, ça va… », maugréa Draco en jetant un regard mauvais à son parrain.

Hermione prit une grande inspiration, dardant son regard féroce sur le blond. Mais au moment où elle ouvrait la bouche pour vraisemblablement lui faire connaître le fond de sa pensée, McGonagall s'interposa.

« Euh… peut-être devriez-vous parler de tout ça à tête reposée, chez vous ? », suggéra-t-elle, tandis qu'Hermione refermait la bouche aussitôt. Cela ne servait à rien de s'en prendre à Draco. Ce n'était pas lui le responsable. En revanche…

Hermione pivota derechef en direction de Severus qui esquissa un mouvement de recul involontaire. « J'espère au moins que vous lui avez fait pleurer son porte-monnaie tout à l'heure… », dit-elle sèchement.

« Nous avons conclu le financement de 1 500 nouveaux manuels scolaires qui seront offerts aux élèves, le renouvèlement complet des balais de l'école et la rénovation de la serre n°2… », répondit Rogue avec un rictus quelque peu satisfait.

« Génial », rétorqua Hermione sans se démonter. « Vous pourrez y ajouter ma future prime de risques. Je veux 300 Gallions de plus. » Elle plissa les yeux en voyant Rogue la dévisager, abasourdi.

« Miss Granger, je ne vais pas vous donner 300 Gallions de plus par an, juste parce que- »

« Pas par an, Severus », siffla Hermione avec un sourire machiavélique. « Par mois. Sinon je révèle au professeur Sinistra le montant du salaire absolument indécent que vous avez proposé à Rémus pour qu'il revienne occuper un poste dont encore aujourd'hui personne ne veut se charger. »

McGonagall arbora une expression pincée mais ne dit rien. La brunette tourna les talons, entraîna Draco à sa suite et tous deux quittèrent la grande salle, laissant Rogue sidéré en plein milieu de l'allée centrale. C'est le moment que choisit Minerva pour lui demander enfin :

« Qu'a-t-elle voulu dire par indécent ? », fit-elle en fronçant les sourcils, soupçonneuse. « Non, parce que je me souviens nettement vous avoir entendu me refuser mon augmentation de 35 malheureux Gallions par mois sous prétexte que l'école n'en avait pas les moyens… »

Rogue poussa un soupir las et se pinça l'arête du nez sans répondre.

~o~

A des centaines de kilomètres de Poudlard, Lucius Malfoy transplana devant les grilles de son manoir. Ses pieds mal assurés par les nombreux verres d'alcool qu'il avait ingurgités dans un bar miteux de la capitale britannique ne le soutinrent soudain plus et il trébucha, s'affalant misérablement contre la grille en fer forgé noire. En grognant, il se redressa et poussa le battant droit du portail pour pénétrer dans sa propriété.

Ce manège, il le répétait depuis plusieurs jours déjà. Il ne supportait plus rien. Les regards accusateurs de Narcissa, ceux narquois de Bellatrix, l'idée que tout son univers s'en allait à vau-l'eau et qu'il ne pouvait absolument rien faire contre ça. En réalité, cela faisait dix ans que sa vie se dégradait, mais jusqu'alors, avec Narcissa à ses côtés, il avait tenu la tête droite tout en se persuadant que la roue finirait par tourner. Parce qu'il ne pouvait en être autrement… Et que les choses ne pouvaient pas aller plus mal. Bien sûr, il se trompait.

Merde…, pensa l'esprit aviné de Lucius lorsque ses pieds lui firent à nouveau défaut et qu'il s'étala de tout son long sur le gravier. Un rire amer et nerveux s'échappa d'entre ses lèvres tandis qu'il roulait sur le côté pour tenter de se relever.

« Merde ! », jura Bellatrix en écartant les rideaux du salon pour jeter un œil à l'extérieur.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », fit la voix alarmée de Narcissa depuis le hall d'entrée. Celui-ci était encombré de malles et de valises, qu'elle faisait léviter depuis l'étage. Mais elle arrêta tout mouvement en entendant sa sœur.

« Il a fini de se saouler plus tôt que prévu. Il est là », fit-elle avant de froncer les sourcils avec une expression dégoûtée face au misérable spectacle de son beau-frère se remettant péniblement sur pieds.

Narcissa ferma les yeux et se passa une main sur le visage. Elle était parfaitement consciente que ce qu'elle voulait faire était d'une lâcheté sans précédent. Quitter les lieux avant le retour de son époux, pour le laisser découvrir une maison vide… Le scénario s'était déjà produit onze ans plus tôt, lorsque Draco, Blaise et Hermione avaient fui et qu'elle-même avait ouvert les cellules des prisonniers. Il avait sombré dans une sorte de transe, puis avait noyé ses émotions dans l'alcool. Même si Lucius l'avait trompée et que leur mariage ne tenait plus qu'à un fil, elle ne pensait pas qu'il méritait un tel sort. Mais aurait-elle encore le courage de partir une fois qu'ils seraient face à face ? Aurait-elle encore assez de tripes pour lui annoncer qu'elle souhaitait prendre un peu de recul et s'installer temporairement avec Bella ? Narcissa en doutait. Elle en doutait sérieusement.

« Qu'est-ce qu'on fait ? »

La voix de Bellatrix la sortit brusquement de ses pensées et Narcissa sursauta légèrement, tournant ses yeux bleus en direction de la porte qui, elle le savait, ne tarderait pas à s'ouvrir sur un Lucius ivre mort. Elle redoutait sa réaction. Machinalement, elle vérifia que sa baguette magique était bien dans une des grandes poches de sa manche. Elle y était.

« Narcissa, qu'est-ce qu'on fait ? », insista Bellatrix, nerveuse. La blonde ne pouvait l'en blâmer. Depuis sa sortie de prison et sans baguette, sa sœur se laissait envahir par la panique au moindre problème. L'insécurité la gagnait dès qu'une situation dégénérait ou dès qu'un regard curieux se posait sur elle, comme cela avait été le cas lorsqu'elles étaient allées lui acheter des vêtements et qu'elles avaient croisé cette jeune femme étrange, aux yeux d'un bleu éthéré et aux longs cheveux jaune paille désordonnés. Lovegood… Luna Lovegood, se rappela Narcissa. Luna avait observé Bellatrix du coin de l'œil et l'avait reconnue. Cela avait mis Bella dans un état de stress qui ne l'avait plus quittée jusqu'à leur retour à la maison. Narcissa se souvenait avoir pensé que cette liberté conditionnelle n'était qu'une vaste fumisterie. Un sorcier sans sa baguette, finalement, s'emprisonnait lui-même dans sa peur.

« On attend », répondit sa cadette en s'asseyant sur l'une des malles devant l'escalier.

« F'chier… », gronda Bella en s'écartant de la fenêtre. « C'est ce connard de proprio qui nous a mis dans la merde… »

Dans la matinée, les deux sœurs avaient signé les papiers pour emménager immédiatement dans leur appartement. Blaise, qui s'était occupé de le leur trouver discrètement et sans rien dire à Draco, était présent mais le propriétaire du bien s'était fait désirer et elles avaient perdu une heure et demie de leur temps à l'attendre. Et maintenant, Lucius qui rentrait plus tôt que prévu. Peut-être que c'était écrit…, pensa Narcissa tandis que la poignée de la grande porte tournait.

Lucius tituba à l'intérieur et referma derrière lui d'un coup de pied. Il leva alors le nez, vit le capharnaüm de bagages dans son hall d'entrée, sa femme assise bien droite sur l'un d'eux, Bellatrix les yeux écarquillés d'appréhension à la porte du salon. En raison de l'alcool qui embrouillait son cerveau, il mit quelques secondes pour réaliser ce qu'il se passait. Mais une fois que ce fut fait, il sentit une violente douleur exploser dans sa poitrine.

« Dis-moi que tu n'es pas en train de me faire ça, Cissy… », anonna-t-il d'une voix pâteuse.

Sa femme sentit un poids alourdir son estomac. « J'ai besoin d'air… de me retrouver un peu… », souffla Narcissa en lui jetant un regard désolé.

« Tais-toi… »

« C'est seulement temporaire, le temps de… de faire le point… », reprit Narcissa d'une voix mal assurée.

« Tais-toi… tais-toi, LA FERME ! », beugla Lucius en donnant un coup de pied dans la valise la plus proche, qui se renversa.

Bellatrix recula d'un pas et le mouvement attira l'attention de Lucius, qui se tourna vers elle, les yeux lançant des éclairs.

« C'est toi, n'est-ce pas ? », fit-il en pointant son index sur elle. « C'est toi, qui lui as mis cette idée à la con dans la tête ! »

« Cissy est assez grande pour prendre ses décisions toute seule » rétorqua Bellatrix, sur un ton bien plus brave et posé qu'elle ne l'était en réalité.

« Lucius, je ne suis pas en train de te quitter… », fit Narcissa d'une voix tremblante. Les yeux de son époux revinrent vers elle et elle vit la panique qui le gagnait peu à peu. « J'aimerais qu'on se voie régulièrement. Pour en parler… Mais là, j'ai besoin d'être un peu seule, de… d'avoir du temps pour moi. »

« Alors c'est moi… c'est moi qui partirai, Cissy », l'interrompit-il. Sa voix commençait à trembler et à se faire suppliante. Il semblait maintenant terrifié et malgré sa compassion, Narcissa ne pouvait s'empêcher de penser qu'il ne récoltait que ce qu'il avait semé. « Je te laisserai en paix quelques jours, j'irai ailleurs, je ne sais pas où, mais tu n'es pas obligée de partir, Cissy. Reste ici, garde le manoir, garde tout- »

« Je ne veux pas rester ici, Lucius ! », s'emporta Narcissa en se levant vivement. « Cet endroit… Je ne le supporterai pas toute seule. Pas tant qu'on aura réglé notre problème… »

« ET MOI ALORS ? », s'égosilla Lucius en pointant son index sur sa propre poitrine. « JE FAIS QUOI, MOI ? Mon fils s'est tiré, ma femme se tire… » Aria se tire aussi, maintenant que j'y pense, ajouta-t-il intérieurement. Elle m'avait prévenu. Elle m'avait prévenu que tout ça finirait par arriver. « Je n'ai plus personne, Cissy. Si tu pars, qu'est-ce qu'il me reste, hein ? »

Bellatrix avait baissé la tête. D'une certaine manière, elle avait connu ce que vivait Lucius en cet instant. Plus de famille, plus de Maître, plus rien d'autre qu'elle-même et…
« Ta culpabilité », murmura-t-elle machinalement. Lucius tourna la tête vers elle et Bella grimaça. Elle n'avait pas dit ça pour être méchante. Seulement parce qu'elle connaissait la réponse à cette question.

« Merci pour cette intervention, Bellatrix », cracha-t-il en la fusillant du regard. « Mais c'était inutile. Ça fait onze ans que je me sens coupable. Parce qu'à l'époque j'ai choisi ma famille et qu'à cause de ça, le Maître a disparu et tout ce qui faisait notre monde avec lui. » Il reporta son attention sur Narcissa. « J'ai choisi ma famille… et voilà comment ma famille me remercie. »

Narcissa pinça les lèvres. Les deux sœurs se muraient à présent dans le silence, les yeux baissés. Les regardant tour à tour, Lucius comprit alors que leur décision était irrévocable. D'un pas traînant, il se dirigea vers l'escalier. Il commença à en gravir lentement les marches et Narcissa ferma les yeux pour résister à la tentation de le regarder s'éloigner. Si elle le faisait, elle se lèverait et lui courrait après pour s'excuser, le supplier de la pardonner et lui permettre de rester. Derrière ses paupières closes, dans le noir au moins, elle se sentait courageuse. Plus de malles éparses dans la pièce, plus de regard accusateur ni de trahison dans les yeux de son époux. Plus de culpabilité.

« Il n'est plus là », souffla Bellatrix en posant la main sur l'épaule de sa sœur. Celle-ci sursauta. Elle ne l'avait pas entendue approcher.

« On ne peut pas le laisser comme ça, tu as vu dans quel état il est ? », chuchota Narcissa, qui sentait les larmes monter.

« C'est exactement ce qu'il veut que tu penses… », répondit Bellatrix en la forçant à se lever. « Mais tu peux toujours contacter Draco. Il passera voir si tout va bien… »

Narcissa hocha la tête et prit un mouchoir dans sa poche pour se tamponner les yeux puis le nez.

« Allez, ça s'est plutôt bien passé, on est tous vivants… », plaisanta Bellatrix mais pour toute réponse, sa sœur renifla.

« C'est faux », murmura-t-elle en se détournant. « Lucius est mort depuis un bon bout de temps déjà… »

Le léger sourire de Bella disparut et elle poussa un soupir. Tout comme moi, petite sœur…

~o~

« Alors comme ça, les épouses Malfoy ne travaillent pas ? », fit Hermione d'un air narquois tandis qu'ils remontaient à pied le chemin de Poudlard jusqu'à Pré-au-Lard.

« C'est une tradition », répondit Draco en haussant les épaules. « En plus de ça, on pourrait s'en passer. Je gagne largement assez pour dix-sept. »

« Pour dix-sept ? », s'esclaffa Hermione en haussant les sourcils.

« Oui. Toi, moi, Whisky et nos quatorze futurs enfants. »

Hermione éclata de rire et se pencha sur la droite pour pousser son compagnon de l'épaule, qui l'esquiva en riant à son tour. « Pff, n'importe quoi… », bougonna Hermione en secouant la tête. « Whisky ferait une dépression avec autant de gamins. »

« A bien y réfléchir, moi aussi », ajouta Draco avec une grimace. « Et ça ferait sept de plus que les Weasley, on ne peut pas tomber aussi bas. »

« Idiot… », fit Hermione en riant néanmoins.

Elle glissa sa main dans la sienne et ils marchèrent quelques instants en silence, profitant de ce moment où ils pouvaient simplement être ensemble, sans qu'un drame familial ou autre ne vienne les perturber.

« Promets-moi que tu seras prudente… », souffla soudain Draco en resserrant ses doigts autour de ceux d'Hermione. « Je ne supporterai pas que ce type te fasse à nouveau du mal. Et je suis sérieux, s'il te touche ne serait-ce qu'une seule fois, je t'empêcherai de retourner en classe. »

Hermione déglutit péniblement. Elle repensa aux mains de Théo caressant ses hanches, son cou, son ventre, son front étonnement brûlant sur son épaule. Ses dents mordillant la peau tendre au creux de son cou. Si, il m'a touchée. Mais elle repensa également à la menace qu'il avait proférée. Si elle parlait, Draco en subirait les conséquences. Le Ministère s'occuperait de son cas et cette fois, il pourrait ne pas en réchapper. Hermione refusait que Draco souffre par sa faute, il ne méritait pas ça. C'est pourquoi elle se composa un sourire rassurant et tourna la tête vers lui.

« Je ferai attention… », assura-t-elle. « Il n'a fait que parler aujourd'hui, je crois qu'il s'inquiétait que je révèle certaines choses à Elias… »

« Tu m'étonnes… », gronda le blond avec mépris.

« Mais je gère la situation », conclut-elle tout en se frottant le bout du nez pour s'assurer qu'il ne se mettait pas à s'allonger comme celui d'un certain Pinocchio.

Draco ouvrit la bouche pour répondre mais une lueur blanche apparut devant eux et une grande fleur composée de fumée argentée déploya ses pétales en se matérialisant sous leurs yeux. Une jonquille. Un narcisse. C'était le Patronus de sa mère. La voix de celle-ci, tremblante, faible, s'éleva alors dans l'air de la fin d'après-midi.

« J'ai quitté le Manoir, Draco. Temporairement. Je m'installe chez Bellatrix. Je compte sur toi pour vérifier que ton père va bien. Je suis désolée pour tout ça. Je vous embrasse fort tous les deux. »

Draco resta immobile, regardant le Patronus se désagréger pour finalement disparaître entièrement. Il sentit la tête d'Hermione se poser sur son épaule, dans une tentative discrète et silencieuse de le réconforter. Elle ne disait rien et Draco fut reconnaissant de son silence. Car il n'y avait rien à dire. Cela faisait longtemps qu'il s'attendait à vivre ce moment. Draco ferma les yeux.

« Merde… »

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Ce sera tout pour aujourd'hui ! On n'a pas trop avancé sur l'enquête dans ce chapitre mais rassurez-vous cela reviendra très vite ! C'était un peu un chapitre de transition, il ne s'y passe pas grand-chose, mais c'était nécessaire pour la suite. J'espère quand même que vous avez aimé !

Gros bisous à tous et bonne semaine ! J'ai hâte de lire vos reviews.

Xérès