Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Hello tout le monde ! Transition deuxième partie, puisqu'on termine ce qu'on avait commencé dans le chapitre précédent avant de reprendre l'action, la vraie. Le calme avant la tempête, si vous me passez l'expression donc profitez-en (du calme). Bonne lecture et à tout à l'heure pour les reviews !
Merci à tous mes nouveaux follow/fav (maliaselange, Ash Jester), ainsi qu'à Eliane Gil, Elena Grape, MademOiselle235463, PouleauPotter, Lily Ford, Mikasa, MissDraymione, Marion, Black Colibri, Gouline971, Audrey917000, Loulou, Acide'nette, Babar, Passion Fugace, Erza Robin, K.G. Pierce, Jujupititetortue, Voldynouchette pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook !
RAR :
Mikasa : Pauvre Hermione, vous adorez quand je la martyrise… :D Merci pour ta review et à bientôt !
Anonyme du 12 janv. : Théo a conscience de ne pas agir de la bonne manière, mais il fait de gros efforts. Certes, il a des gestes envers Hermione qui sont condamnables mais pour lui, ce n'est pas comparable à ce qu'il lui a déjà fait subir donc « moins grave ». Et surtout, il veut avoir une certaine emprise sur Hermione, pour la suite. Vous comprendrez bien assez tôt ^^ Merci pour ta review !
Marion : Théo-chou est imprévisible, et c'est vrai que c'est pour ça qu'il fait un méchant aussi agréable à manipuler tout au long de la fiction (en tous cas pour moi, hihi). Merci à toi et bravo pour tes examens ! ) Bisous
Black Colibri : Merci pour ta review et j'espère que la suite continuera de te plaire ! Bonne lecture !
Loulou : Pauvre Severus, il a une école à gérer, des professeurs et des élèves qui le martyrisent… il ne peut pas penser à tout ! XD Patience avec Théo, les choses vont se débloquer… Merci à toi et bonne lecture !
Jujupititetortue : Non, non non pas question que Drakichou aille encore abîmer le beau visage de notre sociopathe adoré. Ahah. Du moins pas pour l'instant. XD Merci à toi et bonne lecture !
Chapitre 13 : Spy Kids
Narcissa se laissa tomber dans le canapé bon marché du nouveau petit appartement meublé dans lequel les deux sœurs venaient de déposer leurs affaires. La journée l'avait épuisée. La signature du bail, la préparation des bagages, sa dispute avec Lucius…
Lucius…, pensa-t-elle, avec une boule dans la gorge. Dans quel état est-il en ce moment ?
Son désarroi dut se lire sur son visage car Bellatrix poussa un soupir et se laissa choir à côté d'elle sur les coussins bleu clair. « N'y pense pas, Cissy », la rassura-t-elle à mi-voix. « Avec un peu de chance, ça lui remettra les idées en place et c'est un homme nouveau que tu retrouveras en rentrant. »
« Et si ce n'est pas le cas ? », rétorqua Narcissa, amère.
« On verra. »
La blonde sortit son mouchoir de sa poche et s'épongea les yeux. « J'ai l'impression d'être un monstre. »
« Mais non », protesta son aînée en entourant les épaules de Narcissa de son bras. « Crois-moi, en tant que prisonnière d'un mariage merdique, j'aurais adoré pouvoir m'éloigner un peu de mon époux. »
« Lucius n'est pas comme Rod », lâcha sèchement Narcissa.
« Certes, mais en ce moment, il n'a pas franchement le profil du prince charmant non plus, tu avoueras… », répondit Bellatrix en haussant un sourcil.
Narcissa ne se sentit pas le courage de nier. Sa sœur avait raison, même si elle ne l'aurait pas admis sous la torture.
« Bon, ça va être l'heure de manger, tu as prévu quelque chose ? », demanda Bellatrix en se levant pour étirer ses membres courbatus. N'ayant pas de baguette, elle avait insisté pour prêter main forte à sa cadette en portant elle-même certaines malles jusque dans sa nouvelle chambre. A la douleur sourde dans ses muscles, elle savait déjà qu'elle en paierait le prix le lendemain matin. Dix ans de prison n'aidaient pas franchement à garder la forme. En entendant sa question, Narcissa leva vers elle ses deux grands yeux bleus étonnés et ouvrit la bouche, comme si elle réalisait seulement maintenant que non, elle n'avait plus d'elfes de maison pour gérer ses repas.
« Oh Merlin, je… j'ai complètement oublié de demander aux elfes de nous préparer quelque chose avant de partir… », gémit Narcissa, paniquée.
« Ne t'en fais pas, ce n'est pas un drame… », la rassura Bellatrix, mais elle ne l'écoutait plus.
« Comment va-t-on faire ? Je n'ai jamais cuisiné seule et encore moins avec des ustensiles moldus… », reprit Cissy en se prenant la tête entre les mains. « Je suis tellement stupide, je n'ai pensé à rien d'autre qu'à mon petit bien-être sans réfléchir plus loin que le bout de mon nez. Pourquoi est-ce que je ne fais jamais rien de bien, jamais rien de- »
« OK, temps mort ! », s'exclama Bellatrix en levant les mains pour former un « T ». Narcissa releva son nez et ses yeux rougis pour la dévisager. « On se calme, on respire. Je m'occupe de tout. »
« Tu sais cuisiner, toi ? », s'étonna Narcissa en reniflant.
« Bien sûr, à Azkaban on avait atelier cuisine tous les mercredis… », répondit-elle en plissant les yeux.
« Vraiment ? »
Bellatrix poussa un soupir. « Non, Cissa. C'était Azkaban, pas une colonie de vacances. » Narcissa la fusilla du regard, tandis que sa sœur aînée se dirigeait vers son sac à main tout neuf. « En revanche… », reprit-elle en saisissant une liasse de billets. « A ma sortie de prison, on m'a donné une base de réinsertion de 500 livres moldues et j'ai repéré un vendeur de pizza à emporter en bas de la rue. Donc pour ce soir, on fait comme ça et on remet les questions logistiques à demain, vu ? »
« Vu », répondit Narcissa d'une toute petite voix.
« Bien… » Bellatrix remit les billets dans son sac et se dirigea vers la sortie. « En attendant mon retour… essaie de te calmer un peu, d'accord ? »
Narcissa ne répondit pas et la brune sortit de l'appartement avec un soupir de soulagement. Elle savait que ça n'allait pas être facile pour Narcissa de vivre seule. Sa petite sœur avait toujours eu tendance à se reposer sur une figure parentale ou familiale supérieure (ses parents, ses sœurs, son mari…) mais livrée à elle-même, elle paniquait et se maudissait à la moindre petite erreur commise. Elle n'avait jamais eu confiance en elle et toutes ces années passées accrochée aux bottes de Lucius n'avaient pas dû arranger les choses.
On va changer ça…, se promit Bellatrix en sortant dans la rue. Le soleil déclinait rapidement et inconsciemment, elle accéléra le pas jusqu'à la boutique du pizzaïolo. Elle aussi paniquait facilement depuis sa libération. Elle n'aimait pas se sentir aussi vulnérable mais l'absence de baguette était le prix à payer pour vivre hors des murs d'Azkaban. Des deux maux, elle avait donc choisi le moindre. Une bourrasque de vent frais la frappa de plein fouet et machinalement, elle mit la main dans ses cheveux pour les maintenir en place. C'était inutile, étant donné qu'elle les avait tressés le long de sa nuque. Une habitude qu'elle avait prise après la mort du Maître. Voldemort adorait sa crinière folle. Maintenant qu'il n'était plus là, elle ne voyait plus l'intérêt de laisser ses boucles brunes en liberté. En un sens, j'ai mis mes cheveux en prison, eux aussi.
Elle commanda deux pizzas différentes au jeune cuisinier, lequel lui indiqua que sa commande serait prête en quinze minutes. Même si elle était à deux minutes de l'appartement, Bellatrix ne se sentait pas de remonter respirer l'air vicié de culpabilité de sa petite sœur. Elle décida donc de profiter de ce quart d'heure de répit pour découvrir le voisinage. Une petite animalerie, dont la devanture regorgeait de chiots, de chatons et de rongeurs, une librairie spécialisée dans les livres universitaires, beaucoup d'immeubles résidentiels, le vendeur de pizzas, une pâtisserie et un marchand de journaux avaient pignon sur rue dans leur quartier. Elle savait également qu'un peu plus loin se trouverait un petit supermarché de proximité mais elle aurait tout le temps de l'explorer le lendemain avec Narcissa. La brune sourit un instant. Voir Narcissa cuisiner sans aucune aide ne manquerait pas de piquant. Elle remonta la rue en sens inverse et se présenta de nouveau au comptoir du pizzaïolo. Elle régla sa commande et emporta ses deux cartons de pizza, direction l'appartement.
Elle se trouvait environ à mi-chemin lorsqu'elle se figea. A quelques dizaines de mètres, le dos plaqué contre un mur et les mains dans les poches de son sweat à capuche gris, un homme attendait. Bellatrix reconnaissait cette silhouette, ce capuchon gris, ce menton émacié et mal rasé dont elle discernait le profil. C'était l'homme qu'elle avait aperçu peu après sa libération sur le Chemin de Traverse. Tout comme la première fois, un frisson d'appréhension inexplicable parcourut son échine. Inconsciemment, elle sentit qu'elle enfonçait ses ongles dans les cartons qu'elle tenait dans les mains.
Comme au ralenti, l'homme tourna la tête dans sa direction et le mouvement fit basculer le pan du capuchon sur le côté, dévoilant l'intégralité de son visage. Qui lui sourit.
Bellatrix étouffa un cri. C'était lui. Il n'y avait plus de doute à présent. Il avait maigri, il était mal rasé, mal habillé, mal coiffé, mais elle aurait reconnu ses prunelles glacées, ainsi que ses lèvres fines et cruelles, entre toutes.
Rodolphus Lestrange décolla son dos du mur et se dirigea vers elle sans la quitter du regard. Bellatrix sentit ses genoux trembler. Sans baguette, sans son Maître pour la protéger, sans l'aide de Narcissa, elle n'était plus rien contre lui. Il pourrait enfin faire d'elle tout ce qu'il voulait. Après toutes ces années, il gagnerait finalement. Un peu de bile remonta dans la gorge de Bella. Non, c'était hors de question. Jamais elle ne le laisserait l'avoir.
En attendant, Rodolphus gagnait du terrain et son sourire mauvais s'élargissait à chaque pas qui le rapprochait d'elle. Quand soudain, une voix interpella Bellatrix et la fit sursauter puis se retourner. Les yeux écarquillés par la peur et les doigts toujours crispés sur ses pizzas, elle vit le jeune pizzaïolo accourir dans sa direction.
« Madame ! », haleta le jeune homme en s'arrêtant près d'elle. « Je suis désolé, je me suis trompé en vous rendant la monnaie ! Je vous ai rendu un billet de 5 au lieu d'un billet de 10 ! » Il lui tendit le billet de 10 livres en question avec une expression désolée.
Bellatrix cligna des yeux plusieurs fois et secoua la tête pour sortir de sa stupeur. « Oh… », fit-elle en tenant les cartons d'une main et en plongeant la main dans sa poche pour en sortir la monnaie rendue un peu plus tôt. Effectivement un billet de 5 livres se trouvait parmi la petite monnaie. « Tenez », fit-elle en le lui tendant à son tour.
« Merci, encore désolé, Madame ! Bon appétit et bonne soirée ! », la salua le jeune homme en repartant au petit trot en direction de sa boutique.
Aussitôt, Bellatrix se retourna, cherchant Rodolphus du regard. Mais il avait disparu. Quelle angoisse…, souffla Bellatrix en serrant ses cartons contre elle. D'un pas rapide, elle se pressa jusqu'à son immeuble, composa le code d'accès et referma la porte derrière elle. Il faudrait qu'elle trouve un prétexte pour convaincre Narcissa de placer des protections magiques sur l'appartement, peut-être même faudrait-il lui dire la vérité ? En attendant, quelle que soit la décision qu'elle prendrait, elles avaient un gros problème : Rodolphus n'était manifestement plus en cavale et il les avait retrouvées.
~o~
« Je ne suis vraiment pas sûre que venir avec toi soit une bonne idée… », fit Hermione juste avant que Draco et elle ne transplanent au Manoir Malfoy.
Tous deux apparurent dans un craquement sonore et Draco lui jeta un regard interrogateur tout en poussant la grille de la propriété.
« Pour le meilleur et pour le pire, non ? », lâcha-t-il avec une pointe d'amertume en la laissant passer avant de refermer.
« Techniquement, on n'est pas encore mariés », lui fit-elle remarquer, narquoise. Il la gratifia d'un regard désapprobateur et elle soupira. « Sérieusement, tu connais ton père. Il va encore trouver un moyen de me mettre ce qu'il lui arrive sur le dos et de jurer ses grands dieux que les Sangs-de-Bourbe ont détruit sa vie. »
« Certes… », grommela le blond alors qu'ils arrivaient au niveau du perron.
« Si tu veux, je peux t'attendre ici », fit Hermione en haussant les épaules. « Comme ça, je suis là mais sans être là. Et de toute façon, j'ai un coup de fil à passer à Ginny… »
Draco pencha la tête sur un côté et la dévisagea un instant. « D'accord », soupira-t-il, abandonnant la partie. « Mais si je ne suis pas revenu d'ici trente minutes… »
« Je préviens le FBI », acheva Hermione en pouffant tandis que Draco achevait sa propre phrase par « Tu préviens ma mère. »
Le blond leva les yeux au ciel, attira Hermione vers lui en passant une main derrière sa nuque et l'embrassa sur le front. « Je reviens vite. »
« Ou pas », marmonna Hermione en réprimant un rire goguenard. La porte du Manoir se referma sur Draco et la jeune femme poussa un long soupir avant de s'asseoir sur les marches du perron. Elle sortit son téléphone portable de sa poche et composa le numéro de Ginny. Celle-ci répondit après quatre sonneries.
« Allô, Hermione ? », haleta-t-elle dans le combiné. Hermione recula précipitamment son téléphone de son oreille lorsque les voix haut-perchées des petits Potter répétèrent en chœur « HER-MIOOOONE ! » à proximité.
« Salut Ginny », fit Hermione en plissant les yeux. « Je te dérange, peut-être ? »
« Tu penses… », répondit Ginny tandis qu'un joyeux brouhaha couvrait ses paroles. « Tu ne me déranges jamais. Laisse-moi trente secondes, le temps de ficeler ces trois monstres comme des rôtis et de les attacher dans le grenier et je suis à toi ! »
Hermione éclata de rire, mais des hurlements aigus et effrayés retentirent quelque part dans le salon des Potter et la brune haussa un sourcil.
« Heu… tu n'es pas vraiment en train de les attacher, là ? », demanda Hermione, dubitative.
« Mais non », lâcha Ginny et au ton qu'elle employa, Hermione l'imagina parfaitement en train de lever les yeux au ciel. « J'ai ensorcelé un drap pour faire un fantôme qui les poursuit jusque dans le jardin. Ils adorent ça et moi, pendant ce temps, j'ai la paix. »
Hermione sourit et secoua la tête.
« Alors, quoi de neuf ? », demanda la rouquine avec un soupir de soulagement.
« Oh tu sais, la routine… », marmonna Hermione avant d'entendre la langue de Ginny claquer sur son palais à l'autre bout du fil.
« Arrête ton char, Granger, quand tu m'appelles c'est qu'il y a un truc que tu as peur de me dire en face, sinon tu viens prendre le thé directement à la maison… », railla Ginny tandis que la brunette fronçait les sourcils, vexée d'avoir été percée à jour si facilement.
« Quoi ? Mais pas du tout… », protesta-t-elle faiblement. « Parfois je viens, parfois je téléphone, c'est comme ça… »
« Mais bien sûr, on y croit tous à mort, Hermione », s'esclaffa Ginny avant de reprendre son sérieux. « Sans rire, qu'est-ce qu'il se passe ? »
Hermione soupira, s'assura que personne n'était à portée de voix et baissa d'un ton. « Théo est venu dans ma classe aujourd'hui. »
Pour la seconde fois depuis le début de l'appel, Hermione dut écarter le combiné mais cette fois, les piaillements des enfants n'y étaient pour rien.
« QUOI ? A POUDLARD ? », s'égosilla Ginny, furieuse. « Et Rogue ne l'a pas foutu dehors d'un coup de son nouveau nez bionique ? »
Hermione ne put s'empêcher de rire. Même dans la pire des situations, Ginny avait toujours le mot pour alléger l'atmosphère. « Pas vraiment, non. En fait, j'ai même appris que l'entreprise de Théo possède Poudlard à 52 pour cent… »
« Tu plaisantes, j'espère ? », maugréa Ginny à l'autre bout du fil. « Et toi, comment ça va, il ne t'a rien fait ? »
Hermione pinça les lèvres, ne sachant pas quelle conduite tenir. D'un côté elle craignait pour la sécurité de Draco si elle racontait toute la vérité à Ginny, et de l'autre elle brûlait de se confier à quelqu'un. Et comme elle n'aurait certainement pas de rendez-vous avec le docteur Goldberg avant plusieurs semaines… quoi de mieux qu'une meilleure amie pour évacuer le trop plein de stress ?
« Ginny, tu dois d'abord me jurer de ne rien dire à Harry, à Ron, à Draco, à qui que ce soit, compris ? », souffla Hermione en se maudissant elle-même de succomber à l'envie de tout lui raconter.
« C'est pas vrai… Qu'est-ce qu'il t'a encore fait, ce sale pervers ? », s'emporta Ginny.
« Rien de grave, c'est promis mais jure-moi d'abord- »
« Hermione, comment je pourrais te jurer une chose pareille ? Après ce qu'il t'a fait, tu ne dois plus avoir de secret pour nous, il en va de ta sécurité ! », la réprimanda la rouquine et Hermione regretta aussitôt d'avoir parlé.
« Il a menacé de s'en prendre de nouveau à Draco… », protesta-t-elle d'une voix faible.
La colère de Ginny sembla fondre instantanément et Hermione l'entendit soupirer. « Bon, admettons que je jure de tenir ma langue en fonction de la gravité de son acte, ça te va ? »
La jeune professeur hocha la tête, geste inutile puisque Ginny ne pouvait pas la voir. « Oui. » Dans le haut-parleur, la rouquine ne parla plus et Hermione prit cela pour une invitation à raconter son entrevue avec Nott. Elle décida donc de lui donner tous les détails. Les questions incessantes d'Elias, leur discussion à la fin du cours, la manière dont Nott était intervenu pour l'empêcher de révéler la vérité sur leur passé. Et puis ses mains sur ses hanches, les baisers dans son cou, sa manie de toujours jouer au chat et à la souris avec elle.
Ginny l'écouta patiemment. Elle avait appris quelque temps plus tôt l'existence d'Elias lorsqu'Harry était revenu de sa « réunion top secrète » avec Draco, Blaise et Ron sur un parking miteux en pleine campagne. Elle avait été quelque peu déçue qu'Hermione ne lui ait pas fait suffisamment confiance pour lui en parler elle-même mais elle comprenait à présent pourquoi. Ce n'était pas volontaire. Hermione semblait complètement perdue face à ce gamin. Elle ne savait pas quoi en penser, comment le considérer et comment le traiter. Même là, au téléphone, elle avait du mal à trouver les mots pour aborder le sujet.
« Alors il ne t'a pas violentée ? », la questionna Ginny une fois qu'Hermione eut achevé son discours.
« Non, enfin… il m'a touchée mais je ne me suis pas laissée faire et il n'avait pas l'air de vouloir trop insister non plus, heureusement… », répondit la brune et se passant une main sur le front. « C'est peut-être moi qui dramatise un peu trop… J'ai si peur quand il est près de moi, ça m'électrise et ça me tétanise à la fois. Je ne suis plus capable de rien faire, de rien penser… »
« Et il en dit quoi Isaac ? », fit Ginny d'une voix apaisante.
« La dernière fois que je l'ai vu, il m'a répété qu'il fallait que je trouve un moyen de lâcher prise… », déclara Hermione en secouant la tête. « Lui aussi, il doit trouver que je dramatise trop. Il doit en avoir marre de voir ma tronche qui n'évolue pas depuis dix ans. »
« C'est faux, Hermione, tu as beaucoup évolué », l'encouragea Ginny. « Ses consultations t'ont vraiment aidée, tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais c'est le cas. »
La brune sourit dans le combiné. « Merci Gin'. »
Il y eut un silence puis la rousse soupira. « Ecoute Hermione, certes ça n'a pas dû être une partie de plaisir mais je pense effectivement qu'il n'y a pas encore de raison de risquer la vie de Draco pour ce qu'il s'est passé aujourd'hui. »
« Là on est d'accord », fit Hermione en ajoutant intérieurement que rien ne vaudrait de risquer la vie de Draco, pas même si Théodore la torturait ou la tuait. Bien entendu, Draco ne serait pas de cet avis, mais c'était précisément pour cela qu'elle ne le lui demandait pas.
« Je laisse passer pour cette fois mais c'était sa dernière chance à ce taré », reprit Ginny dont le ton remontait légèrement. « Je veux que tu me tiennes au courant de tous les faits et gestes de Nott quand il est à Poudlard. Et au moindre sourire déplacé, il tâtera de mon Maléfice de Chauve-Furie. Compris ? »
Hermione se mordit la lèvre. « Reçu cinq sur cinq. »
« Tu es où, là ? Pas toute seule, j'espère ? », demanda soudain Ginny et Hermione regarda autour d'elle d'un air coupable.
« Non, non, je suis au Manoir, dans le jardin… », répondit-elle, évasive. « Draco est monté voir son père, Narcissa vient de le plaquer pour s'installer avec sa sœur. »
« Ouch », fit Ginny, sans émotion dans la voix. « En même temps, ce n'est pas vraiment une surprise. »
« Pas exactement, non », pouffa Hermione en baissant la voix. « Et ne t'attends pas à recevoir une invitation de pendaison de crémaillère. Je ne pense pas que Bellatrix soit très à l'aise de faire la fête avec nous. »
« Sans rire », s'esclaffa Ginny tandis que des cris joyeux résonnaient de nouveau dans le salon. « Bon, tu me tiens au courant ? Les monstres font semblant de dévorer leur petite sœur pour me faire comprendre qu'ils ont faim. »
« Bon courage dans ta lutte contre le cannibalisme… », railla Hermione en riant.
« C'est ça, moque toi », soupira Ginny. « Allez, à bientôt ma grande. »
« Salut. »
Hermione raccrocha, le cœur un peu plus léger. Grâce à cette simple conversation, les événements de la journée lui semblaient déjà un peu plus lointains, un peu moins rudes. Cette capacité à faire fuir les idées noires, c'était le talent caché de Ginevra Weasley. Ça et le Chauve-Furie.
~o~
Draco avait abandonné Hermione sur le perron et s'était avancé dans le hall d'entrée. Le manoir était plongé dans l'obscurité et dans le silence le plus total. A pas de loups, il avait d'abord inspecté le salon, la salle à manger et le rez-de-chaussée mais son père était introuvable. La chambre de ses parents était également vide, tout comme les autres chambres et salles de bains. Pas plus de chance avec le bureau de son paternel. Un pressentiment commença à se frayer un chemin dans son esprit et bientôt, Draco dut se rendre à l'évidence : il n'y avait qu'un seul endroit qu'il n'avait pas vérifié.
Le sous-sol.
Le blond prit une grande inspiration et rassembla tout son courage pour pousser la porte qui menait à l'escalier des cachots. Cela faisait très longtemps que les remugles de sang, d'urine et de sueur n'empuantissaient plus l'atmosphère de la cave mais il les sentait toujours en descendant les marches de pierre humides et glissantes. Tout comme il entendait encore les cris atroces des prisonniers torturés et les rires gras de leurs bourreaux. Arrivé en bas, il vit au loin la porte de l'ancienne cellule d'Hermione. Cette cellule qui avait chamboulé son existence entière, plus d'une décennie plus tôt. Les choses qu'il y avait faites, qu'il y avait vues faire, le hantaient encore parfois mais la présence d'Hermione, inébranlable à ses côtés, l'avait aidé à repousser ces souvenirs dans les recoins les plus reculés de son cerveau. C'était la première fois qu'il remettait les pieds dans ces cachots en onze ans et il aurait préféré s'abstenir.
« Qu'est-ce que tu fiches ici, toi ? », fit une voix râpeuse en provenance de la première cellule sur sa gauche.
Draco leva les yeux au ciel. Incroyable. Il suffisait d'une phrase, une seule, pour que son père lui donne illico l'envie de repartir aussi sec.
« Moi aussi, je suis ravi de vous voir, Père… », marmonna Draco en se tournant dans la direction de la voix. Il esquissa alors un mouvement de recul. Il ne s'était clairement pas attendu à ça.
Là, sur la pierre recouverte de vieille crasse et de poussière, Lucius Malfoy était assis contre le mur, les jambes tendues devant lui, une bouteille d'un liquide ambré entre ses cuisses. Ses longs cheveux blonds tombaient, désordonnés, sur ses épaules. Son visage était recouvert d'une barbe de trois jours et d'énormes cernes noirs mangeaient ses joues pâles et osseuses. Si Draco n'avait pas pensé qu'il méritait tout ce qu'il lui arrivait, il lui aurait presque fait pitié. La main de Lucius empoigna, hésitante, le goulot de la bouteille de bourbon qu'il avait déjà bien descendue et le porta à ses lèvres pour s'en envoyer une énième rasade.
« Tu es venu voir le spectacle, Draco ? », reprit la voix rocailleuse de l'ivrogne. « Ton père se vautrant dans sa fange ! Ce n'est pas ce que tu as toujours voulu et t'es toujours employé à faire depuis que tu nous as trahis ? »
Non, Père, répondit Draco dans sa tête. J'ai juste essayé de tout faire pour être heureux.
« Mère m'a demandé de m'assurer que vous alliez bien… », répondit-il simplement en approchant de quelques pas.
Lucius laissa échapper un ricanement. « C'est vrai qu'elle avait carrément l'air de s'en inquiéter quand elle a pris la poudre d'escampette tout à l'heure… », railla-t-il en secouant la tête.
Draco roula des yeux et poussa un soupir d'exaspération. « Je n'ai aucune envie d'entendre ça. Réglez-vos problèmes entre vous. »
Lucius lui jeta un regard étonné. « Mais personne ne te retient. Si je te tape sur les nerfs, je t'en prie, la sortie est par là. » Il leva la main qui tenait la bouteille en direction de la porte et Draco plissa les yeux. Il le prenait comme ça ? Parfait, il allait donc partir. Après tout, sa mère voulait simplement qu'il « passe voir son père. » Eh bien voilà, il était passé. Ciao la compagnie.
Il tourna silencieusement les talons et s'apprêtait à sortir lorsqu'un grognement plaintif de son père l'arrêta.
« Attends… »
Draco se mordit la lèvre et fit un effort surhumain pour ne pas se tirer en le plantant là. Il se retourna donc et toisa son paternel, qui avait à présent posé son front sur ses deux mains. Comme Lucius n'ajoutait rien et ne bougeait plus, Draco commença à s'impatienter et il était sur le point de lâcher une exclamation irritée lorsqu'il remarqua quelque chose d'étrange. Les épaules de son père… vibraient. Draco fronça le nez et scruta l'obscurité pour en voir plus. Des hoquets… ? Non… Peut-être qu'il avait une attaque et commençait à convulser ? Légèrement inquiet, Draco s'avança d'un pas et un bruit rompit soudain le silence.
Un sanglot.
Lucius Malfoy pleurait. Le jeune homme écarquilla les yeux, ne sachant pas vraiment quelle conduite adopter. Voir son père pleurer était à peu près aussi surréaliste que voir Hermione admettre qu'elle avait tort. Ou voir Ron résister à une tourte préparée par sa mère. C'était contre-nature. Impensable. L'étonnement laissa place à la gêne. Maintenant qu'il avait réalisé que son père était capable de verser des larmes, il ne se voyait pas le réconforter ni lui demander ce qui n'allait pas. Le Lucius normal lui flanquerait probablement une rouste pour avoir été le témoin involontaire de cet acte de faiblesse, mais ce Lucius-là… ? Serait-il plus dangereux ou plus misérable que le Lucius classique ? Draco n'avait pas forcément envie de le découvrir.
« Je n'ai plus ma place, ici… », gémit l'homme à terre, transformant le malaise de Draco en panique totale cette fois. Un Malfoy pleurant en public c'était une chose, mais si en plus il se mettait à s'épancher… Draco n'était pas sûr d'en ressortir vivant. Lucius voudrait très certainement le tuer pour éviter qu'il ne raconte ce malheureux épisode à un autre être humain. « Ce monde n'est pas le-le mien ! », hoqueta-t-il en faisant un grand geste du bras gauche. « Plus d'idéologie, plus de principes, plus de prestige, plus de femme, plus d'enfant… bientôt une lignée souillée… Merlin, même ma maîtresse me hait ! »
« L'enfant » en question grimaça. Même lorsque son père était au fond du gouffre, il continuait de trouver un moyen de l'insulter, lui ou Hermione. Chassez le naturel, il revient au triple galop. Draco croisa les bras, vexé. « C'est étonnant, vraiment… », grommela-t-il en secouant la tête. Son père ne l'entendit pas. Il avait recommencé sa diatribe, à grands renforts réguliers de bourbon dans le gosier.
« Avant, quand le Maître était en vie… j'avais un objectif ! » Il agita son index en direction de Draco, qui haussa un sourcil. « On me respectait… j'étais quelqu'un ! J'avais le sentiment… d'être utile à quelque chose ! » Il s'envoya une gorgée de plus, faillit s'étouffer et Draco roula des yeux. « Je ne suis plus rien… plus rien du tout… Un cafard… que le système moderne a joyeusement écrasé… paf ! comme ça ! », anonna-t-il en aplatissant sa main libre sur le sol.
« Dites plutôt que vous avez refusé de vous adapter… », marmonna Draco en soupirant avec lassitude.
« Ce n'est pas à MOI de m'adapter au monde, c'est au monde de s'adapter à MOI », clama Lucius en se frappant la poitrine à chaque « moi ».
« Mais bien sûr », railla Draco avec un sourire narquois. « Vous êtes tellement sensé, Père. Avec une intelligence telle que la vôtre, je me demande pourquoi le monde entier ne vous a pas élu Ministre de la Magie à l'unanimité. »
« J'aurais toujours été bien meilleur que l'actuel… », bougonna Lucius. En cela, Draco ne pouvait pas lui donner tort. N'importe quel guignol aurait fait un meilleur boulot que ce cinglé. « Cet Ogden… oser s'attaquer à mon sang… », reprit Lucius en grognant de rage. Il leva le coude pour boire à nouveau, mais la bouteille était vide. Un nouveau drame dans la tragédie Malfoyenne. Lucius poussa un gémissement déchirant.
« Je croyais que votre sang était souillé, que vous n'aviez plus de fils… », railla Draco en levant les yeux au plafond.
Lucius leva ses yeux rougis dans sa direction. « J'ai dit ça parce que… » Il baissa la tête, incapable de finir cette phrase. De dépit, il jeta la bouteille vide à l'autre bout de la pièce. Celle-ci se fracassa contre le mur, projetant des éclats de verre partout sur le sol. « Tu es toujours mon fils… », grommela-t-il à voix basse.
Ravi de le savoir…, railla intérieurement Draco. Dommage qu'il n'ait pas eu le réflexe de l'enregistrer en souvenir. Note à moi-même : acheter une Pensine pour pouvoir visualiser ce merveilleux moment père-fils encore et encore... Le jeune homme soupira doucement et, réprimant une grimace de dégoût, vint s'asseoir sur le sol, mais en gardant deux bons mètres de distance entre lui et son père. Point trop n'en faut.
Il y eut un silence, pendant lequel chacun chercha ce qu'il fallait dire ou faire. Quand soudain, Lucius Malfoy prit de nouveau la parole.
« Comment as-tu fait ? », demanda-t-il d'une voix presque inaudible.
Draco tourna la tête vers lui avec curiosité. « Comment j'ai fait quoi ? »
« Pour laisser le passé derrière toi… Abandonner tout ce pour quoi on se battait… »
Le père et le fils échangèrent un regard. Suppliant et douloureux du côté du père. Soudain lucide et compréhensif du côté du fils. Draco détourna les yeux, ne pouvant plus supporter plus longtemps cette expression plaintive et dévastée qu'il ne reconnaissait pas. Depuis quand Lucius Malfoy était-il devenu l'ombre de lui-même ? Draco n'en avait aucune idée. Peut-être n'avait-il simplement pas voulu voir ? Peut-être qu'il s'en fichait ? Mais maintenant qu'il y était confronté, une forme étrange de culpabilité l'envahissait.
Le jeune homme réfléchit un instant à la question que lui avait posé son père. Comment avait-il fait ? Pour évoluer ? S'adapter à ce nouveau monde où Moldus et Sorciers vivaient tous mélangés ? Trouver le bonheur malgré tout ? La réponse était simple. Et elle était brune aux yeux noisette. Draco sourit à cette idée.
« J'ai trouvé un nouvel objectif. Une chose pour laquelle j'ai eu envie de me battre. Et pas seulement par obligation familiale. »
Il tourna de nouveau la tête vers son père et vit que celui-ci lui jetait maintenant un regard à la fois méprisant et narquois. « J'étais sûr que tu répondrais un truc comme ça… cette fille t'a vraiment retourné le cerveau », railla-t-il tandis que Draco laissait échapper un rire. Le premier depuis une éternité en présence de son père.
« Peut-être bien… », admit le jeune homme en souriant. « En attendant, ce n'est pas moi qui suis ivre mort dans ma cave, à me demander pourquoi ma vie n'a plus aucun sens. »
Lucius ne sembla pas vraiment apprécier son effronterie. « Fais attention, ce n'est pas parce que tu as bientôt 29 ans que je ne peux pas te flanquer une fessée comme quand tu en avais six. Petit insolent », grommela-t-il, tandis que Draco s'écartait légèrement, par pure mesure de prudence.
« Vous dites ça parce que j'ai raison… », rétorqua-t-il en haussant les épaules. Son père lui jeta un regard désapprobateur et Draco s'empressa d'ajouter : « Trouvez-vous un objectif, vous verrez. Un truc pour lequel vous avez réellement envie d'avancer. Ce que vous voulez tant que ce n'est pas le même 'objectif' que le mien. »
« Aucun risque », ricana Lucius en secouant la tête.
Draco et lui échangèrent un regard. Un rire nerveux les saisit alors et Draco pensa un instant qu'il avait réussi à faire renaître un semblant d'espoir, quelque chose de bon, dans le cœur froid et mort de son paternel. L'avenir lui montrerait cependant très bientôt qu'il se trompait. Lourdement.
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« Il m'énerve ! Merlin, qu'il m'énerve ! », grinça Ted Lupin pour la onzième fois au moins depuis que lui, Victoire, Deborah, David et Elias s'étaient installés à la lisière de la Forêt Interdite, pour faire leurs devoirs sous le soleil radieux de la fin d'après-midi.
Victoire et Deb échangèrent un regard las et levèrent les yeux au ciel, tandis qu'Elias adressait un sourire compatissant au jeune garçon.
« Ted, on a compris : ton père ne te lâche pas les baskets. Au bout d'un moment, il finira par se lasser », assura Victoire, légèrement agacée.
« Avant nous, j'espère… », railla Deborah en souriant néanmoins à Ted. Cela faisait maintenant près d'une semaine qu'ils se côtoyaient et les autres avaient fini par s'habituer à l'humour caustique de la petite brune. C'est pourquoi Ted se contenta de lui tirer la langue et que David éclata de rire.
« Non, mais tu sais ce qu'il a fait hier ? », reprit Ted, qui n'en avait manifestement pas fini de se plaindre de Rémus. Sans attendre de réponse, il continua : « J'étais en train de chercher le bureau du professeur Sinistra quand il m'est tombé dessus comme si j'étais sur le point de commettre un crime ! », se plaignit le garçonnet en levant les bras vers le ciel. « J'ai eu beau me justifier, il ne voulait rien entendre et m'a forcé à retourner dans ma salle commune ! J'ai dû attendre le dîner pour réussir à poser ma question à Sinistra. »
Victoire leva les sourcils. « Le bureau de Sinistra, il ne serait pas au premier étage dans un coin à droite après l'escalier ? Juste après la statue de la sorcière borgne ? », demanda-t-elle, narquoise.
« Euh… si, je crois… », réfléchit Ted en fronçant les sourcils.
Victoire soupira et replongea le nez dans son cahier de Métamorphoses. « La sorcière borgne recèle un passage secret qui mène directement à la cave de chez Honeydukes… Il a dû penser que tu cherchais à t'y faufiler. »
Ted ouvrit grand la bouche, outré. « Mais… je ne savais même pas qu'il existait ce truc ! »
« Comment est-ce que tu es au courant de ça, toi ? », demanda David, quelque peu impressionné par la blonde.
Celle-ci esquissa un petit sourire flatté. « Mes oncles Fred et Georges m'ont fait apprendre par cœur l'emplacement des sept passages secrets de Poudlard », expliqua-t-elle avec fierté. « Soi-disant que je n'aurais pas mérité de m'appeler Weasley sans ça… »
« C'est à toi que mon père devrait filer le train, pas moi… », grommela Ted, boudeur.
« Je suis trop jolie et adorable pour qu'on me soupçonne de quoi que ce soit », rétorqua-t-elle en haussant les épaules. « Les adultes ont toujours tendance à me donner le bon Dieu sans confession. »
« En tous cas, ce n'est pas la modestie qui t'étouffe… », railla Deborah en haussant un sourcil goguenard.
« Honeydukes, c'est à Pré-au-Lard, n'est-ce pas ? », demanda Elias, pensif.
Victoire hocha la tête. « Exact. Pour l'instant, on n'a pas le droit d'y aller mais dans deux ans, nos parents pourront signer une autorisation de sortie… », expliqua-t-elle, bien qu'Elias ne l'écoute déjà plus. Il ne pensait plus qu'à une seule chose : Pré-au-Lard. Le village où habitait sa mère. A seulement un passage secret de distance.
A côté de lui, Deborah fixait un point précis en direction de la Forêt Interdite et fronçait les sourcils.
« Qu'est-ce qu'il y a ? », s'enquit David en suivant son regard.
« Le type, là, il a l'air louche… », dit-elle en pointant son index dans la direction de l'élève concerné.
Son ami d'enfance s'esclaffa et secoua la tête. « Attention, Déblock Holmes est dans la place… », plaisanta-t-il tandis que celle-ci lui assenait une tape sur l'épaule. « Pourquoi tant de violence ?! », protesta-t-il sur un ton théâtral.
« Excuse-moi, mais si pour toi un type qui regarde autour de lui toutes les cinq secondes tout en marchant en quatrième vitesse n'est pas louche, alors je ne sais pas ce qu'il te faut… », bougonna-t-elle, mais cette fois-ci tout le monde se retourna pour vérifier ses dires.
« C'est le Préfet de Gryffondor ! », le reconnut Victoire en tendant le cou par-dessus les têtes de ses camarades. « Samuel… quelque chose. »
« Parker, je crois », se souvint Elias en observant à son tour l'adolescent. « Je ne l'aime pas trop. Je ne sais pas pourquoi mais il me regarde toujours de travers… » Parker semblait effectivement nerveux et ne cessait de jeter des regards frénétiques aux alentours. Soudain, il passa derrière un grand buisson de genévrier et disparut dans l'obscurité de la Forêt.
« On n'a pas le droit d'aller là, c'est la Forêt Interdite ! Il est Préfet, il devrait le savoir ! », s'exclama Victoire, scandalisée.
« Suivons-le ! », lança aussitôt Ted en abandonnant ses affaires et en se lançant à la poursuite du Préfet de Gryffondor.
La jeune Weasley se leva d'un bond, les sourcils froncés. « Mais t'es malade ? Quel mot n'as-tu pas compris dans Forêt Interdite ? », rugit-elle tandis que David la contournait pour rejoindre Ted.
« Il est interdit d'interdire ! », lança joyeusement David en disparaissant à son tour derrière les buissons, suivi aussitôt de Déborah.
Victoire et Elias, désormais seuls, se regardèrent. Qu'aurait fait maman à ma place ?, pensa Elias en se levant, hésitant. Quelques paroles de son père lui revinrent en mémoire. Celui-ci lui avait de nombreuses fois raconté les aventures dans laquelle sa mère s'était fourrée avec ses deux meilleurs amis. Notamment dans ces-mêmes bois. Peu importait le règlement, quand ses amis se mettaient en danger, Hermione suivait sans hésiter. Il devait en prendre de la graine.
Elias se tourna vers Victoire et lui tendit la main. « Tu viens ? On va les suivre et surveiller les environs. Sinon ils vont se faire prendre, discrets comme ils sont… », fit-il d'une voix mal assurée.
Victoire pinça les lèvres, signe qu'elle désapprouvait totalement ce comportement. Toutefois, elle hocha la tête et saisit la main tendue. « Allons-y. »
De toute la force de leurs jeunes jambes, ils entreprirent de rejoindre le reste de leur groupe, déjà bien enfoncé dans la végétation. Il ne leur fallut pas longtemps : les trois autres avaient dû ralentir leur course pour ne pas se faire remarquer de leur cible et ils les trouvèrent assez vite, dissimulés derrière un buisson épineux.
« Vous êtes cinglés », chuchota Victoire en se terrant près de Ted derrière le buisson.
« T'étais pas obligée de nous suivre… », rétorqua Ted sur le même ton.
« Où est-ce qu'il est ? », souffla Elias en tendant le cou pour tenter de repérer le Préfet.
David tendit silencieusement un doigt en direction d'un grand chêne à une cinquantaine de mètres de là. Le Gryffondor progressait toujours à travers les parterres de fougères, les ronces et les racines, levant parfois plus haut les pieds pour s'en dépêtrer et jetant de temps à autre des regards autour de lui. Toutefois, il semblait moins nerveux depuis qu'il était à couvert parmi les arbres sombres. Il se croyait sûrement seul.
« Venez… », souffla Ted en reprenant sa marche, plié en deux pour ne pas dépasser du niveau des buissons environnants.
« On ne sait même pas où il va ! », protesta Victoire à mi-voix mais David mit un doigt sur ses lèvres pour l'inciter à se taire.
En file indienne, les apprentis détectives continuèrent de suivre Samuel à distance. Celui-ci s'arrêta enfin au pied d'un orme dont le tronc était fendu d'un large trou et s'y adossa, croisant les bras. Il attendait manifestement quelque chose. Ted remarqua un énorme rocher en contrebas et s'y dirigea. De là, ils pourraient observer le Préfet sans être vus. Victoire et Ted le suivaient, tout en scrutant attentivement les alentours. Ils venaient tous de s'accroupir derrière le roc quand un craquement sonore retentit juste derrière leur cachette. Surprise, Victoire ouvrit la bouche (probablement pour crier) mais mu par un réflexe subit, Elias plaqua sa main contre sa mâchoire l'empêchant d'émettre le moindre son. Et heureusement.
Ted risqua un œil de l'autre côté du rocher, en direction de l'orme. Un homme d'une soixantaine d'années venait tout juste de transplaner à cet endroit. Lorsque le Gryffondor le vit, il décroisa les bras et esquissa un rictus impatient.
« J'ai failli attendre, Selwyn… », lança le gamin au nouveau-venu. « J'espère que vous avez des ordres précis pour moi, cette fois ? »
Derrière le rocher, Elias interrogea Victoire du regard pour savoir s'il pouvait lâcher sa bouche sans qu'elle ne crie. La petite blonde hocha précipitamment la tête et Elias la libéra. Aussitôt, Victoire prit une grande inspiration silencieuse et se pencha avec les autres pour observer la scène qui se jouait quelques mètres plus loin.
« Eh oh, c'est pas moi qui fais le planning, gamin », grommela le dénommé Selwyn en se plantant en face du jeune Préfet. « Tu as fait ce qu'on t'a demandé ? »
« C'est en cours », répondit le jeune homme en hochant la tête. « Mais j'avoue qu'on est un peu dans le flou depuis la rentrée. Si on avait des ordres plus clairs, on pourrait- »
« Chaque chose en son temps », l'interrompit Selwyn en sortant un parchemin de sa poche pour le lui tendre. « Ta liste de candidats potentiels. »
Samuel Parker saisit la feuille entre ses doigts, la survola puis fronça les sourcils. « Une simple feuille ? Vous m'avez fait risquer une retenue et ma place de Préfet pour une feuille de papier ? », gronda-t-il en agitant le feuillet sous le nez de Selwyn. « Vous n'auriez pas pu m'envoyer un hibou plutôt que de me faire traverser la moitié de la Forêt Interdite ? »
« Les hiboux, ça s'intercepte… », gronda son aîné en le fusillant du regard. « J'ai aussi un conseil pour toi de la part du grand patron… : RE-CRU-TEZ. Plus vous serez nombreux, plus ce sera facile de mener à bien votre mission. Les noms de cette liste sont des noms de confiance. Certains sont déjà au courant de notre existence, d'autres auront besoin de quelques explications avant de nous faire totalement confiance. C'est ça, ton boulot pour l'instant : grossir nos rangs. Tu penses pourvoir le faire correctement ? »
« Ouais », siffla Samuel en pliant le parchemin pour le fourrer dans sa poche.
« Bien… », reprit Selwyn en hochant la tête. « Et tâche de rester discret. »
Le Préfet ouvrit la bouche pour lancer une répartie cinglante mais un nouveau craquement sonore résonna dans la forêt et l'homme disparut. Samuel referma la bouche, soupira et repartit en direction de Poudlard en grommelant dans sa barbe.
Les cinq observateurs échangèrent des regards décontenancés. Ils n'avaient pas vraiment compris ce qu'ils venaient de voir, si c'était bien ou mal, si c'était grave ou non. Manifestement, le plus vieux recrutait des élèves pour un groupe dont ils ne savaient rien, dans le but de remplir une mission. Une mission suffisamment secrète pour mériter un rendez-vous à l'abri des arbres de la Forêt Interdite.
« Ok, que celui qui a compris ce qu'on vient de voir lève la main », marmonna David en regardant ses compagnons tour à tour. Bien entendu, aucune main ne se leva et le garçonnet reprit avec une grimace : « Ouais, c'est bien ce que je pensais. »
« Vous pensez qu'on devrait prévenir quelqu'un ? », demanda Victoire en époussetant son pull gris pour le débarrasser des brindilles accumulées pendant leur filature. Le petit groupe se remit en route en direction du château, leurs visages pensifs rivés sur le sol couvert de feuilles et d'épines de pin sèches.
« Et on leur dirait quoi ? », demanda Ted en arquant un sourcil. « Qu'on a suivi un type dans la Forêt Interdite et puis… bam ! Pas le temps d'ajouter quoi que ce soit d'autre, on sera déjà farcis d'heures de retenue jusqu'à la fin du semestre. »
« C'est pas faux », fit remarquer David, pragmatique. « En plus, on ne saurait même pas expliquer ce qu'on a entendu. Ils pourraient parler de n'importe quoi, c'est vrai... »
« Mon père dit toujours : n'attaque jamais avant d'avoir réuni des preuves en béton armé, sinon ça se retourne contre toi », décréta Déborah en enjambant une grosse racine. Au loin, l'orée de la Forêt se rapprochait. « On va surveiller ce… Parker et si jamais on découvre qu'il mijote un truc pas net, on préviendra un professeur. Mais en attendant, on fait profil bas. »
« Je suis d'accord », approuva Victoire en sortant du buisson par lequel ils s'étaient aventurés dans la Forêt quelques dizaines de minutes plus tôt. La fillette se figea aussitôt, toute couleur désertant son visage. Déborah, qui la suivait de près, sortit à son tour de la végétation et stoppa net ses mouvements en voyant la personne qui les attendait de pied ferme près de leurs affaires de classe abandonnées.
Les bras croisés et ses yeux noirs lançant des éclairs, le Directeur de Poudlard Severus Rogue regarda tour à tour les cinq jeunes enfants, des mines coupables plaquées sur leurs traits.
« Oh oh… », souffla Ted en esquissant une grimace.
Les yeux déjà pleins de larmes à l'idée d'être punie dès sa première semaine de classe, Victoire poussa un long soupir.
Ils étaient dans de sales draps.
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Ouille ouille ouille, ça va chauffer pour nos petits Maraudeurs en herbe ! Lundi prochain, l'enquête sur la drogue reprend avec Aria et Ben ! Qu'avez-vous pensé de ce moment père-fils entre Lucius et Draco ? Pensez-vous que cela aura un effet bénéfique sur Lucius ou pas ? La réponse lundi prochain ! J'ai hâte de lire vos reviews et en attendant je vous souhaite une bonne semaine !
Gros bisous
Xérès
