Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Un énoooorme chapitre qui va faire très plaisir à toutes celles qui me réclament du Dramione ! Vous allez être servies puisque le Dramione que je vous sers aujourd'hui va être intense ! Je m'excuse également d'avance envers les fans de Lucius pour ce que vous allez subir également aujourd'hui et je m'excuse auprès de vos voisins/voisines, professeurs, passants, pour les éventuels hurlements, couinements, vagissements et cris en tout genre que vous allez pousser vers la fin. Un numéro vert est à leur disposition s'ils veulent être pris en charge par une cellule psychologique (me contacter par MP). En attendant, bonne lecture à vous tous et j'ai vraiment vraiment vraiment vraiment hâte de lire vos réactions. hihihihi
Merci à tous mes nouveaux followers (Wizzette, beckyfan, AlExIsAtO, Temi-Chou, Allen-blue), à Ash Jester, Elena Grape, PouleauPotter, laloudu77, Erza Robin, Loulou, Marion, MissDraymione, Mikasa, Acide'nette, Val, Lyly Ford, cycy, Gouline971, Eliane Gil, Wizzette, Babar, faerycyn, Passion Fugace, Voldynouchette, TiteTyLee, aussidagility pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook ! Grâce à vous je viens d'atteindre les 400 reviews déjà ! C'est énorme et je vous en remercie !
RAR :
Loulou : pauvre Draco, j'ai voulu l'épargner un peu pour une fois ! J'espère que la suite des aventures de nos petits Maraudeurs te plaira ) Bisous et merci pour ta review !
Marion : ahah Maraudeurs 2.0, j'aime beaucoup cette idée ! Aaah ENFIN quelqu'un qui comprend que le vrai méchant de cette fic n'est PAS Théo mais Rodolphus ! Merci ! Je commençais à désespérer, lol. Bisous et merci pour ta review !
Mikasa : L'objectif de Lucius n'est pas mal dans un premier temps, mais le destin va en décider autrement… Mais ça, tu le verras dans quelques minutes ! Merci pour ta review et gros bisous !
Val : ahah les enfants n'ont pas fini d'attirer les problèmes, mais Poudlard serait trop triste sans les dignes héritiers du Golden Trio ! Pour Lucius, ce n'est que le début du cyclone… Merci pour ta review !
Cycy : En fait j'avais déjà la fin de la fic avant même d'avoir le début ! mdr. Je procède toujours comme ça. J'imagine une scène finale, puis une trame et enfin un début. (Oui, je sais, je fais tout à l'envers, mais ne cherchez pas pourquoi je ne le sais pas moi-même…) Merci pour ta review )
Anonyme du 20 janv. : Lucius a des intentions louables dans un premier temps, mais reste à savoir si le destin lui laissera le temps de les mettre en œuvre… Mais tu as raison, Narcissa aura quand même fait tout ce qu'elle pouvait pour l'améliorer. Merci à toi !
Voldynouchette : J'avoue, mon humeur se ressent affreusement dans ce que j'écris. Surtout quand je suis déprimée (raison pour laquelle j'ai arrêté A celui que j'ai perdu deux fois, puisque j'écrivais sous anti-dépresseurs à l'époque…). Dans ce chapitre, je pense que tu vas avoir des émotions fortes, autant bonnes que mauvaises, c'est le grand chambardement ! J'ai hâte d'avoir ta réaction ! (Comme tu le vois, même si tu n'arrives pas à te connecter, je trouve toujours un moyen de répondre aux reviews… !) bisous et merci !
Anonyme du 22 janv. : rappelle-toi du comportement de Rodolphus dans The Rise and Fall. Il veut toujours avoir le contrôle total sur sa femme (au point de la sauver quand elle tente de se suicider le jour de leur mariage et de lui dire qu'il décidera lui-même du jour où elle mourra). Mais Bellatrix avait trouvé une échappatoire en Voldemort. Mais maintenant qu'il est mort et enterré, cette échappatoire n'existe plus… ) Merci pour ta review et bonne lecture !
Chapitre 14 : Dead To Me
« Pourquoi est-ce que je ne suis pas surpris ? », aboya Rogue, les mains jointes dans son dos, en toisant tour à tour chacun des cinq jeunes délinquants qu'il venait de faire monter dans son bureau. « Le rejeton de Lunard, une énième Weasley ingérable et… » Il s'arrêta devant Elias, qui leva un regard craintif dans sa direction. Le fils d'un psychopathe, commenta Rogue intérieurement en fronçant les sourcils. « … le fils de Théodore Nott… », acheva-t-il simplement d'un ton lugubre. « Avec vous trois réunis, ça ne pouvait que mal finir et en plus il a fallu que vous entraîniez deux pauvres moutons avec vous », gronda-t-il en se tournant cette fois vers David et Déborah, dont les expressions vexées indiquaient qu'ils n'appréciaient pas la métaphore ovine.
« Cela ne fait même pas cinq jours que vous êtes arrivés dans cette école et vous avez déjà trouvé le moyen d'en enfreindre l'une des règles les plus élémentaires… », reprit Rogue sans cesser de faire les cent pas dans son bureau. « Harry Potter lui-même n'a pas réussi à faire mieux et pourtant Merlin sait qu'il a dû essayer… »
Victoire et Ted échangèrent un regard en coin, ce qui fit pouffer Ted. Les deux enfants savaient parfaitement que Rogue et le Survivant avaient réglé leurs différends des années plus tôt, même s'ils prenaient toujours plaisir à s'asticoter un peu lorsqu'ils se croisaient. Donc s'il espérait les impressionner en mentionnant Oncle Harry, il risquait d'être déçu. Rogue entendit le rire étouffé de Ted et darda son regard furibond sur sa frêle silhouette. L'enfant recouvra aussitôt son sérieux et baissa le nez vers ses chaussures.
« Ça vous fait rire, vous deux ? Attendez un peu que Rémus arrive, on verra si vous aurez toujours envie de plaisanter ! », beugla Rogue en assenant une tape sur le crâne de Ted. « En attendant, vous aurez tous une retenue samedi. Ça tombe bien, j'avais besoin de main-d'œuvre pour vider la vieille serre avant sa rénovation. »
« Travail dissimulé de mineurs de moins de treize ans, c'est du joli », l'interrompit Déborah, osant prendre la parole pour la première fois depuis que Rogue les avait attrapés à la sortie de la Forêt.
Rogue tourna des yeux ronds dans sa direction, trop surpris pour penser à être en colère. Cela ne dura cependant pas longtemps et heureusement pour Déborah, la porte du bureau de Rogue s'ouvrit à la volée avant qu'il n'ait eu le temps de désintégrer l'insolente d'un coup de baguette magique. Rémus Lupin fit irruption dans la pièce et Ted se ratatina littéralement sur lui-même. Et il n'était pas seul. Au grand dam d'Elias, le professeur Granger l'accompagnait.
La panique fit battre à tout rompre le petit cœur de l'enfant. Qu'allait-elle penser de lui ? Elle ne pouvait qu'être déçue de son comportement ! A peine 24 heures s'étaient écoulées depuis qu'elle l'avait rappelé à l'ordre sur son attitude en classe et voilà qu'il remettait ça en enfreignant le règlement. Il ne s'était jamais senti aussi misérable.
« Ah Rémus », fit Rogue en se tournant vers le loup-garou, un léger rictus satisfait sur les lèvres. « Tu seras sûrement ravi de constater que la pomme n'est pas tombée loin du pommier. Tel père, tel fils. »
« Merci Severus », gronda Lupin en le fusillant du regard. « Et si tu allais voir ailleurs si Narcissa Malfoy y est ? » Le Directeur ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes mais Rémus ne prit pas le temps d'apprécier la réaction de son supérieur à sa remarque. Il se tourna vers Ted toujours penaud, la tête rentrée dans les épaules et pointa son index dans sa direction. « Toi. Viens avec moi. Tout de suite. »
« Rémus… », souffla Hermione dans une tentative de l'apaiser mais elle fut interrompue par Rogue.
« Ton fils et tous les autres seront en retenue samedi, pour information », lâcha-t-il, narquois, à l'attention du loup-garou.
« Il veut nous exploiter pour vider un entrepôt délabré et sûrement dangereux ! Je suis quasiment certaine que c'est illégal ! », tempêta Déborah, s'attirant les regards étonnés des trois adultes. Hermione ne put s'empêcher d'esquisser un sourire. Cette gamine avait un sacré culot !
« Peut-être qu'un simple rappel à l'ordre ou des lignes à copier seraient une punition plus adéquate pour cette première infraction ? », fit la jeune professeur avec un sourire bienveillant. « Je suis sûre qu'ils ne recommenceront pas, n'est-ce pas ? »
Cinq têtes se secouèrent frénétiquement de gauche à droite et Hermione entendit Rogue renifler de dépit.
« Ce n'est pas de notre faute », commença Victoire, d'une petite voix adorable. « On a voulu suivre- »
« Un chaton ! », la coupa brusquement l'autre fillette du groupe, tandis que Victoire se mordait la lèvre. « Un chaton noir et blanc, très mignon ! On ne voulait pas qu'il aille se perdre dans la forêt ! »
Hermione plissa les yeux mais ne dit rien. Elle n'était pas dupe. Cela ne faisait pas si longtemps qu'elle avait quitté les bancs de Poudlard et elle se souvenait encore des cachotteries qu'Harry, Ron et elle faisaient aux différents professeurs. Elle tourna la tête vers Elias et celui-ci baissa aussitôt le nez. Il y a anguille sous roche…, pensa-t-elle avant de se tourner vers Severus.
« Un chat ! », déclara-t-elle en haussant les épaules. « Ils ont voulu sauver un chat ! Vous n'allez tout de même pas les punir pour si peu ? »
Rémus semblait également dubitatif mais Victoire et Déborah tournèrent vers eux deux paires d'yeux si suppliants et craquants qu'il ne se sentit plus la force d'élever la voix. Merlin, ces gamines étaient redoutables de persuasion.
« Bon, ça ira pour cette fois », bougonna Rogue qui ne semblait pas insensible lui non plus aux yeux larmoyants de ses élèves. « Mais gare à vous si vous recommencez. »
« On se tiendra bien, c'est juré ! », fit précipitamment David en hochant la tête.
« Déguerpissez avant que je ne change d'avis… », acheva le Directeur en les fusillant du regard.
Les cinq élèves coururent en direction de la sortie mais Ted fut intercepté au passage par Rémus, qui l'entraîna hors du bureau par l'oreille droite. Elias, bon dernier, avait presque atteint la porte lorsqu'une fine main tiède glissa un doigt à l'arrière de son col de chemise et le tira doucement en arrière.
« Hep hep hep, viens par-là, toi, on va discuter… », marmonna Hermione avec un sourire sarcastique.
Les yeux d'Elias se firent presque aussi suppliants que ceux de Victoire et Déborah quelques instants plus tôt mais la jeune femme ne se laissa pas attendrir et l'entraîna à sa suite dans les escaliers, jusqu'à l'extérieur du château. Le soleil couchant commençait à baigner Poudlard d'une douce lueur orangée et Hermione soupira de contentement en sentant la brise automnale caresser son visage.
« On marche un peu ? », proposa-t-elle au petit garçon en fourrant ses mains dans ses poches.
Un petit sourire se fraya un chemin sur le visage de l'enfant et il accéléra le pas pour suivre ceux d'Hermione, qui bifurquait en direction du chemin de terre menant à Pré-au-Lard. Elle savait que Ginny désapprouverait totalement qu'elle s'éloigne du château, surtout en compagnie du garçonnet, mais elle ne voulait pas que d'autres élèves pensent qu'elle faisait du favoritisme ou qu'Elias était plus qu'un simple étudiant à ses yeux. Cette partie-là de sa vie ne concernait pas les autres et elle préférait que cela reste ainsi.
Un pas après l'autre, Hermione remonta le tertre recouvert d'herbe fraîche et leva les yeux. Tout en haut de la petite colline, se trouvait un chêne. Le chêne. Il était exactement pareil à ses souvenirs. Avec ses épaisses branches basses, son tronc énorme, fendu dans la longueur. Ses petites feuilles bruissant doucement au gré du vent. Des glands et quelques feuilles jaunes tapissaient le sol autour des racines et les yeux d'Hermione s'aventurèrent deux mètres plus loin. Là où était tombé le corps sans vie de Laura Madley, il y avait un peu plus de onze ans maintenant. Tuée par Théodore Nott dans le seul but de couvrir l'enlèvement de la Gryffondor. Tuée par le père de celui qui se tenait aujourd'hui-même avec elle sous cet arbre. Hermione n'était pas souvent revenue s'abriter sous le feuillage de ce chêne, peut-être cinq ou six fois pendant toutes ces années. Mais comme à chacune de ses visites, elle prit le temps d'adresser quelques mots au souvenir de l'élève sacrifiée.
Je ne t'ai pas oubliée, murmura-t-elle en caressant le tronc rêche et irrégulier, si bas que même Elias qui se trouvait à moins d'un mètre ne l'entendit pas.
« Ouaaah, il est super grand cet arbre ! », fit l'enfant en se tordant le cou pour tenter d'en apercevoir la cime.
Hermione sursauta légèrement. L'espace d'une seconde, elle avait presque oublié sa présence. Tout en pinçant les lèvres, elle s'assit sur l'herbe, le dos contre le chêne et regarda Elias, essayant à présent de repérer une famille de moineaux qui pépiaient joyeusement depuis une branche, un peu plus haut.
« Alors, si tu me disais la vérité à propos de cette escapade dans la forêt interdite ? », demanda-t-elle avec un petit sourire. « Et pas d'histoires de chaton, cette fois. »
Elias cessa son observation des oiseaux et baissa le nez, gêné. « Déborah a dit qu'on ferait mieux de ne rien dire… », commença-t-il d'une toute petite voix. « Parce que c'est vraiment rien, en fait… »
« Si ce n'est rien, tu peux toujours m'en parler… », insista Hermione avant de tracer une croix invisible avec son index. « Je ne le répèterai à personne. Croix de bois, croix de fer. »
Bon, techniquement, elle mentait. Si ce qu'elle entendait était effectivement grave, elle devrait en référer à la plus haute autorité de Poudlard, en d'autres termes Rogue. Dans le cas contraire, elle s'assurerait que les petits n'enfreignent plus le règlement et s'en tirent avec un simple rappel à l'ordre.
Elias soupira et traîna les pieds jusqu'à elle, avant de se laisser tomber au sol pour s'adosser lui aussi contre le tronc du chêne. « Je ne veux pas qu'ils me prennent pour une balance… », dit-il en grimaçant.
« Je connais Victoire et Ted, ils sont adorables et ne se permettront jamais de te juger de cette manière », le rassura-t-elle en l'observant attentivement. « Si tu juges utile de répéter cette histoire à un adulte, ils te feront confiance. » Elle était moins sûre de cette dernière remarque mais elle voulait en avoir le cœur net. Et cela sembla faire mouche chez le jeune garçon.
« On suivait un élève », avoua-t-il en jouant avec une feuille ramassée dans l'herbe. « Il est entré dans la forêt comme s'il avait peur d'être suivi, alors on a trouvé amusant de partir sur ses traces. »
Hermione laissa échapper un petit rire. « Bien entendu », fit-elle en pensant que c'était tout à fait l'idée qu'aurait eu Ron ou Harry dans la même situation. « Et vous l'avez retrouvé ? »
Elias hocha la tête. « Un vieux monsieur est arrivé et ils ont parlé. Ensuite ils sont repartis, c'est tout. »
Un rendez-vous dans la Forêt ?, s'étonna Hermione en fronçant le nez. Etrange. Si la famille de l'élève avait voulu le joindre, ils seraient venus directement à la porte de Poudlard et n'auraient pas entraîné leur enfant dans la forêt et ses dangers. Ce qui signifiait que le visiteur n'avait pas de bonnes intentions. Ou n'était pas censé approcher l'élève en question.
« De quoi ont-ils parlé ? », le questionna Hermione, détendue, en essayant de ne pas avoir l'air de s'intéresser de trop près à cette histoire.
Elias haussa les épaules. « Franchement, on ne sait pas trop. Ils voulaient réunir une équipe pour être plus nombreux, mais ils n'ont pas dit pour quoi faire. C'est tout ce dont je me souviens… », acheva le garçon en relevant le nez. « Ça pourrait être n'importe quoi. Une équipe de Quidditch ou un comité de protection des ours polaires, pour ce qu'on en sait… »
Ou des tueurs d'enfants génétiquement modifiés…, fit une voix sombre dans l'esprit d'Hermione. L'idée la fit frissonner.
« Tu sais de quel élève il s'agissait ? », demanda-t-elle. « Après ça, on change de sujet ! », ajouta-t-elle pour le mettre en confiance.
« Samuel Parker. »
« Le Préfet de Gryffondor ? », s'étonna Hermione en fronçant les sourcils. De ce qu'elle en avait vu jusque-là, le jeune Préfet était (comme tous ses homologues des autres maisons) un élève sérieux, appliqué, poli et enjoué. Pas franchement le profil d'un délinquant. Les enfants avaient peut-être raison. Elle se montait peut-être la tête pour rien et Parker préparait simplement une surprise pour un de ses camarades avec la famille de celui-ci… ce qui expliquerait les cachotteries. Toutefois, elle garderait un œil sur lui. Et au moindre comportement suspect, elle préviendrait Rogue.
« A moi de poser les questions ! », fit joyeusement Elias en tournant son visage souriant dans sa direction.
Hermione se racla la gorge, tout en se préparant intérieurement à subir un interrogatoire gênant et fit tout son possible pour jouer le jeu. Elle croisa les mains sur ses cuisses et hocha la tête. « D'accord, que veux-tu savoir ? »
Une étincelle anima l'œil noisette d'Elias et Hermione eut l'impression de lui avoir annoncé que Noël arriverait en avance.
« Hmmm… est-ce queeeee…. » Il réfléchit et plissa les yeux. Il devait avoir une montagne de questions à poser et ne savait manifestement pas par où commencer. « C'est vrai que tu as beaucoup voyagé pendant tes études ? »
Comment est-ce qu'il sait ça… ?, grommela intérieurement Hermione tout en maudissant Théodore d'avoir manifestement suivi ses moindres faits et gestes même lorsqu'il était à des milliers de kilomètres de distance.
« Eh bien, oui », répondit-elle avec un hochement de tête affirmatif. « J'ai enseigné en France, au Mexique et en Italie. »
« En France !? » Les yeux d'Elias s'éclairèrent. « C'était pendant que papa et toi vous habitiez à Bordeaux ? »
Hermione se racla de nouveau la gorge et répondit précipitamment. « Hmm non, c'était après, des années après… », fit-elle, évasive. Manifestement, il allait falloir revoir un peu la chronologie en même temps que les faits. Mais elle ne se sentait pas le courage d'avoir cette discussion-là avec Elias aujourd'hui.
« Le monsieur blond qui était avec toi au Ministère… », commença Elias en redevenant sérieux.
« Cheveux longs, qui marche avec une canne et qui a toujours une tête à claques ? », railla Hermione, narquoise. « Ce n'est rien, c'est mon beau-père. Un sacré numéro, celui-là aussi. »
Elias fronça les sourcils. « Non, je parlais du monsieur blessé qu'ils ont interrogé. Celui qui s'est battu avec papa. »
Hermione comprit la méprise. Elle avait pensé directement à Lucius car n'avait jamais entendu quiconque parler de Draco en disant « le Monsieur ».
« C'est lui qui a pris la place de papa ? », reprit Elias tandis qu'Hermione sentait la discussion prendre une tournure désagréable.
« C'est mon fiancé, Draco », expliqua-t-elle, mal à l'aise. « Et il n'a pas vraiment pris la place de Théodore. En tous cas, évite de lui dire ça quand il a une baguette à portée de main si tu ne veux pas te retrouver avec un navet à la place du nez », le menaça-t-elle gentiment en pinçant le bout du nez de l'enfant. Elias éclata de rire et se frotta les narines.
« C'est à cause de toi qu'ils se sont battus. » Ce n'était pas une question mais une affirmation. Elias regarda gravement Hermione et esquissa une grimace. « Papa me l'a dit. Parce qu'ils sont tous les deux amoureux de toi, en fait. »
Je doute que Théo soit capable d'aimer mais pourquoi pas…, grinça intérieurement Hermione sans rien laisser paraître. « Qu'est-ce que tu en penses, toi, de tout ça ? », demanda-t-elle, intéressée de connaître l'avis de l'enfant sur le sujet.
Celui-ci haussa les épaules. « J'ai eu un peu peur quand papa est rentré ce soir-là. Il avait du sang de là… » Il mit un doit au niveau de son nez, puis un autre au niveau du nombril. « …jusqu'à là ! Mais ton… euh… Draco, il avait l'air beaucoup plus blessé quand il est sorti du Ministère. Je n'ai pas trouvé ça très juste. Même si je ne l'aime pas. »
Hermione ouvrit brusquement des yeux ronds. Elle avait trouvé les paroles de l'enfant très touchantes et censées, jusqu'à cette dernière phrase. « Comment ça, tu ne l'aimes pas ? Tu ne lui as jamais parlé ! », protesta-t-elle, sur la défensive.
Elias lui adressa un regard d'excuse. « S'il n'était pas là, tu serais encore avec papa… et on serait une famille. »
Hermione pinça les lèvres et ramena ses genoux sous son menton. Elle poussa un long soupir et secoua la tête. « Ce n'est pas à cause de Draco, si je ne suis pas avec ton père… », murmura-t-elle en fermant les yeux. « Théo était… » Elle croisa le regard attentif de l'enfant et se tut. Comment expliquer ce qu'elle avait vécu sans traumatiser un enfant de onze ans ? « C'était compliqué. Il était très… intéressé par moi mais, ce n'était pas réciproque. »
Le silence retomba sous le chêne et Elias sembla plus surpris que fâché. « Si tu ne l'aimais pas, pourquoi tu es allée vivre avec lui en France ? », demanda-t-il, en inclinant la tête sur le côté.
Son raisonnement est d'une logique implacable…, soupira Hermione en son for intérieur.
« Disons que… à l'époque, la situation a fait que… » Elle fit des moulinets avec ses mains pour illustrer un enchaînement d'événements. « Je n'ai pas vraiment eu le choix sur le moment. »
Ça, c'est rien de le dire…
Elias hocha la tête comme s'il comprenait quelque chose à cette histoire de fous. Hermione s'en trouva rassurée. Si cette explication-là suffisait pour le moment, elle ne s'éterniserait pas sur le sujet. Quand soudain une idée lumineuse lui traversa l'esprit. Son orgueil avait été durement touché lorsqu'Elias avait avoué qu'il n'aimait pas Draco sans même lui avoir parlé. Elle avait senti son cœur se serrer à cette idée. Son Draco était parfait. Il l'avait sauvée plusieurs fois de toutes sortes de situations cauchemardesques, il l'avait aimée quand elle se sentait salie, il l'avait réconfortée lorsqu'elle se sentait faible. Qu'une seule personne sur cette planète ose lui dire que Draco n'était pas la personne la plus adorable qui soit et elle ne pourrait s'empêcher de vouloir lui prouver le contraire. De plus, si Elias constatait qu'elle était heureuse en ménage et qu'il apprenait à connaître le blond, peut-être cesserait-il de réclamer son retour auprès de Théodore ?
« Et si on passait une journée tous les trois ? Pour faire connaissance ! », proposa-t-elle avec entrain. « Samedi prochain. »
Le visage d'Elias s'éclaira. Oui, Noël allait définitivement arriver en avance cette année. « Avec Papa ? », s'écria-t-il en se redressant comme monté sur un ressort.
« Non, avec Draco », corrigea Hermione avec un rictus.
« Ah… » La déception était palpable sur les traits de l'enfant, mais lorsqu'il vit la moue qui s'était installée sur les lèvres d'Hermione, il se reprit. « Bon d'accord… », grommela-t-il en baissant le nez.
Cela ramena aussitôt un sourire sur le visage de la jeune femme. « Génial. Lui aussi a hâte de te rencontrer ! », mentit-elle effrontément. Enfin, il aura hâte dès que je l'aurai mis au courant…
Elias fronça le nez et la scruta attentivement. « Menteuse. »
Oups, démasquée. Soit il a le don de Draco pour déchiffrer mes expressions faciales, soit je suis vraiment une piètre comédienne…
Elle poussa un soupir et regarda longuement le petit garçon. « Il lui faudra du temps pour se faire à l'idée… », dit-elle avant de baisser brièvement les yeux. « Tout comme moi, d'ailleurs. »
« Je sais… », fit doucement l'enfant en posant son menton sur ses genoux. « Papa m'avait prévenu. »
Un éclair de tristesse passa dans l'œil noisette, tandis que le noir resta impassible, et Hermione sentit un poids se former dans son estomac. L'enfance d'Elias était entachée de mensonges et de vides cruels. Ajoutez à cela un père sociopathe, c'était un véritable miracle que cet enfant soit aussi doux et équilibré. Levant une main hésitante, elle vint effleurer le bras du garçonnet et posa sa paume sur son épaule. Il aurait mérité tellement mieux que ça…
Elle se recomposa un sourire et reprit. « Oh et tu vas adorer Whisky aussi. »
Elias lui jeta un regard décontenancé. « Euh… Papa m'interdit de boire de l'alcool. »
Hermione éclata brusquement de rire et le garçonnet la regarda sans comprendre.
~o~
« Tu es certaine que tu ne veux pas que je t'accompagne ? », demanda pour la énième fois Benjamin Hodgkin à sa partenaire improvisée tout en se garant à proximité du Chemin de Traverse.
Aria Stone leva les yeux au ciel. Elle se sentait vraiment fatiguée. Fatiguée par tout le travail qu'elle avait dû abattre cette semaine, fatiguée par les dernières nuits blanches passées dans les bras de Ben à enchaîner d'innombrables retrouvailles coquines… et fatiguée par ses incessantes insinuations et sa manie de la croire vulnérable et irresponsable.
« Tout va bien se passer ! », soupira-t-elle en haussant un sourcil amusé. « Je rentre dans la boutique, je pose mes questions et je ressors avec mes réponses. Tu verras, on aura au minimum une description de l'acheteur de la corne de dragon avant que tu aies eu le temps de dire 'arrestation'. Peut-être même un nom, soyons fous ! Toi, tu m'attends au coin de la rue, tu surveilles de loin mais c'est tout. Tu es à deux doigts d'être suspendu, alors ne donne pas à Ogden d'autres éléments pour lui permettre de t'écarter définitivement des forces de police. Moins de gens te voient ici, mieux tu te porteras. »
Ben grommela quelque chose d'incompréhensible et détacha sa ceinture pour quitter le véhicule. Aria l'imita et alors qu'il se terrait derrière une arche de la nouvelle galerie remplaçant le Chaudron Baveur, elle se dirigea vers la boutique de l'apothicaire, à une centaine de mètres de là.
Il n'y avait pas beaucoup de monde sur le chemin de Traverse. On était vendredi matin, les enfants étaient à l'école et le reste du monde au travail. Personne ne ferait attention à elle et la boutique aurait peu de chances d'être pleine à craquer. Idéal pour pouvoir discuter tranquillement avec le commerçant. Elle avait parcouru la moitié du chemin lorsqu'un craquement retentit à quelques mètres sur sa droite. Quelqu'un venait de transplaner. Rien de bien inquiétant en territoire de tradition sorcière et elle ne tourna même pas la tête.
« Aria… »
La jeune avocate sursauta et se figea. Elle pivota et vit la dernière personne qu'elle avait envie de voir en ce moment précis.
« Lucius, qu'est-ce que… mais tu me suis, ou quoi ? », s'énerva-t-elle en jetant un regard inquiet en direction de Ben, toujours en planque derrière son arche.
« Cela fait partie des quelques sortilèges de protection que j'ai placés sur toi il y a longtemps… », répondit-il avec un sourire satisfait, sans que cela ne semble le gêner le moins du monde.
« Espèce de malade… », gronda Aria en tournant les talons pour continuer son chemin en direction de la boutique. Mais Lucius lui emboîta le pas.
A quelques dizaines de mètres de là, Ben n'appréciait pas du tout le spectacle. Il avait une intuition. Une de ses intuitions de flic qui lui disait que c'était pour ce type-là qu'Aria l'avait quitté deux ans plus tôt. La manière dont elle le toisait, dont elle avait regardé en direction de Ben, gênée. Chacun des gestes de la jeune femme semblait hurler : CE TYPE EST MON EX. Ben se sentit légèrement jaloux. Certes, l'homme était plus âgé que lui, dans la cinquantaine, mais il avait un physique plutôt avantageux, fin, élancé, élégant. Aristocratique. Et la richesse de son costume et de sa cape sombre, sans compter la canne à pommeau en argent qu'il trimballait avec lui, confirmaient ce dernier point. Ben baissa un instant les yeux sur sa veste en cuir élimé, ses rangers mal lacées et son jean bas de gamme. Il ressemblait à un flic. Alors que ce type, là-bas, tenait plutôt du marquis ou du prince. Fait chier…, grommela Ben en détournant les yeux du couple qui s'éloignait à grands pas en direction de la boutique.
« Je suis venu m'excuser », reprit Lucius en accélérant le pas pour rejoindre la jeune femme qui l'ignorait superbement. « Je n'aurais pas dû te traiter comme je l'ai fait. »
« Pour une fois qu'on est d'accord sur quelque chose… », railla Aria en s'arrêtant de nouveau pour lui faire face. Ils n'étaient plus qu'à moins de dix mètres de l'apothicaire mais elle ne tenait pas à ce qu'il l'accompagne à l'intérieur. Elle devait donc se débarrasser de lui ici et maintenant. Elle posa enfin les yeux sur lui et fut frappée de voir à quel point il semblait vieilli et fatigué. Certes, pour une fois il était sobre, ce qui était une grande amélioration, mais les cernes sous ses yeux et la verdeur de son teint trahissaient que cette sobriété était toute récente. Soit moins de vingt-quatre heures.
« Ne me dis pas que tu es de nouveau avec ce flicaillon de petite naissance ? », fit soudain Lucius en apercevant Ben, qui les observait de nouveau avec plus d'insistance, cette fois hors de la galerie.
Aria le fusilla du regard. « J'ai un scoop pour toi, Lucius : ça. Ne te. Regarde. Pas. », hacha-t-elle en plissant les yeux. « Tu as eu ta chance avec moi et j'ai longtemps attendu que tu prennes tes responsabilités mais au bout d'un moment, j'ai décidé qu'il fallait arrêter les frais. C'est terminé. »
Elle pivotait de nouveau mais il la retint par le bras. « Tu te trompes, en revanche Narcissa et moi, je crois que ça l'est pour de bon… » Il l'attira contre lui, profitant de la surprise occasionnée par sa soudaine déclaration, et saisit le menton d'Aria entre ses doigts. « Tu pourrais être à moi, maintenant. Ce n'est pas ce que tu voulais ? », souffla-t-il, pensant tirer une corde sensible. Un semblant de tentation passa dans le regard d'Aria et l'espace d'une seconde, Lucius crut qu'il avait gagné. Mais l'étincelle de désir devint un éclair de compréhension et elle le repoussa violemment.
La jeune avocate lui jeta un regard féroce. « Oh je vois… elle t'a quitté, pas vrai ? » Le regard furieux de Lucius lui confirma qu'elle avait vu juste. « Bien, bravo… et tu t'attendais à quoi ? A ce que je te tombe dans les bras ? Espèce de salaud, tu ne serais même pas là aujourd'hui si elle ne t'avait pas foutu dehors ! »
« C'est elle qui est partie ! », protesta Lucius en maintenant toujours son bras. Il serrait si fort qu'Aria commençait à sentir le muscle protester douloureusement sous la pression. Mais la colère prenait le pas sur la douleur.
« Je. M'en. Contrefous. Maintenant tire-toi, j'ai mieux à faire. »
Elle s'attendait à ce qu'il hurle de rage, qu'il tente par tous les moyens de la convaincre de lui donner une deuxième chance, ou même qu'il l'insulte et la traite de petite écervelée qui ne savait pas saisir une occasion qui se présentait. Mais rien. Absolument rien ne se produisit. Elle leva des yeux étonnés et vit qu'il ne la regardait même pas. Il fixait, médusé, un point un peu plus loin derrière elle, le visage blême comme s'il venait d'apercevoir un revenant.
Aria se retourna pour percer le mystère et étouffa un cri. Dans un recoin sombre, à quelques mètres de la boutique de l'apothicaire, se tenait une silhouette sombre et masquée. Ce masque, plus personne ne l'avait aperçu depuis plus d'une décennie mais la terreur qu'il inspirait n'avait pas pris une ride. Aria sentit la main de Lucius la tirer en arrière et elle se laissa entraîner sans résister. Mieux valait un Lucius stupide et borné entre elle et le Mangemort qui les observait, que pas de Lucius du tout. Le blond tira sa baguette de son fourreau, les yeux toujours rivés sur cette apparition incroyable. Il ne comprenait rien. Un Mangemort, ici, après tout ce temps ? Pourquoi ? Comment ? Et surtout que faire ? Attaquer, observer ? L'homme masqué ne faisait pas un seul geste et ce fut comme si le temps s'était arrêté sur le Chemin de Traverse. Jusqu'à ce qu'un hurlement strident résonne dans toute la rue. Une sorcière d'un certain âge, tout juste sortie d'une boutique voisine, venait de repérer le masque du Mangemort tapi dans l'ombre. Le temps reprit son cours normal et bientôt, l'air fut saturé de poussière, de sortilèges et d'électricité. Persuadé que le Mangemort en voulait à sa vie et souhaitait lui faire payer sa traîtrise passée, Lucius lui envoya une demi-douzaine de Diffindo que l'autre eut tout juste le temps de parer avant de se plaquer contre un mur voisin, hors d'atteinte.
Plusieurs craquements retentirent alors de tous les côtés et de nouvelles silhouettes encapuchonnées vinrent s'ajouter à la première, jetant des sorts à n'en plus finir. Aria sortit du champ de tir, observant sidérée Lucius se débattre comme un beau diable contre toute une armée et se pressa contre une devanture, haletante. Elle tourna la tête et vit Ben approcher mais elle tendit la main vers lui en secouant la tête. Sans sa plaque ni son arme de service (et sans baguette en bon Moldu qu'il était), il ne tiendrait pas une minute dans la bataille.
« Reste où tu es ! », hurla-t-elle par-dessus le vacarme des explosions et des hurlements de Mangemorts ou de passants terrorisés. Puis elle regarda en direction de la porte de l'apothicaire, à six mètres de là où elle se trouvait. La majorité des Mangemorts déplaçaient le combat contre Lucius (et quelques passants qui s'étaient joints à lui) en direction de Gringotts. Un seul restait en retrait mais il ne semblait pas regarder dans sa direction, bien que ce soit difficile à dire à cause du masque qui dissimulait ses traits. Malgré tout, elle ne devait pas perdre de vue son objectif de la journée : en savoir plus sur les mystérieux acheteurs de corne de dragon. Persuadée que personne ne lui prêtait attention, elle s'élança en direction de la boutique, passant juste derrière Lucius, toujours aux prises avec cinq Mangemorts déchaînés. Si elle ne trouvait pas le gérant, un registre de comptes ferait l'affaire, n'importe quoi tant qu'elle ne ressortait pas d'ici sans une quelconque information. Trop absorbée, elle ne vit pas le Mangemort esseulé lever sa baguette dans sa direction et hurler « Bomba Maxima ! ». Contrairement à Lucius. Le blond s'élança en arrière mais ne parvint pas à arrêter le sortilège d'explosion, qui frappa la boutique de plein fouet.
Aria hurla à pleins poumons en sentant la force de l'explosion la projeter en arrière. A l'intérieur de son corps, tous ses organes semblaient avoir été comprimés sur un côté, avant d'être violemment remis en place lorsqu'elle s'écrasa sur les pavés. L'un de ses tympans éclata et une douleur atroce envahit son oreille droite, tandis qu'un liquide chaud et poisseux coulait de son lobe jusque dans son cou. Un sifflement assourdissant et persistant emplissait son cerveau, alors que tous les autres sons lui semblaient atténués, comme si elle nageait sous l'eau. Ouvrant les yeux, elle réalisa qu'elle était couchée à plat ventre. Ses longs cheveux bruns couvraient partiellement son visage mais elle parvint sans difficulté à discerner la tête blonde de Lucius à quelques centimètres de la sienne. Du sang rougissait les cheveux blonds et elle voulut tendre la main vers lui. S'assurer qu'il allait bien.
« Lu…sss », siffla-t-elle faiblement avant de plisser les yeux, surprise. Par la douleur sourde dans tous ses muscles mais aussi par les petits bruits cristallins qu'elle percevait tout autour de son visage. Avant de réaliser. Ses cheveux étaient remplis de bris de verre. Le son qu'elle entendait n'était que celui des cristaux tombant en pluie à chaque mouvement. Un peu plus loin, la boutique de l'apothicaire n'était plus qu'un immense brasier. Non content de l'avoir réduite en miettes, le Mangemort avait également pris le soin d'y mettre le feu. Comme de par hasard…
Surmontant sa nausée, sa douleur et le sifflement atroce dans ses oreilles, elle tenta de ramper vers le blond, inerte mais un mouvement attira son attention. L'un des Mangemorts approchait. Il avait ôté son masque et son visage mal rasé et anguleux se baissa sur elle. Sans aucune pitié, il écrasa du pied la main qu'elle tendait en direction de Lucius. Elle poussa un hurlement rauque et laissa échapper un sanglot.
Au loin, elle entendait Ben hurler. Sûrement dans son téléphone.
« J'ai besoin d'une ambulance, sur le chemin de Traverse. Sept civils à terre, je répète, sept civils à te- EH VOUS ! », hurla le policier en voyant le Mangemort écraser la main d'Aria. Par réflexe, Ben porta la main à sa ceinture pour y dégainer son arme, mais ayant été contraint de prendre un repos forcé, celle-ci était sagement rangée dans le casier sécurisé des locaux de la Brigade des Stupéfiants. Etouffant un juron, il courut en direction du Mangemort et joua sa dernière carte : l'intimidation.
« POLICE ! ALLONGEZ-VOUS AU SOL, LES MAINS SUR LA TÊTE ! »
Aria vit le Mangemort penché sur elle esquisser un sourire glacial et ricaner face à la tentative du Moldu de faire valoir son autorité. Puis s'accroupissant, il saisit le bras de Lucius toujours inconscient et transplana dans un craquement sonore. Sur les pavés, Aria n'eut que le temps d'entendre Ben jurer de nouveau et de voir les autres Mangemorts se volatiliser à leur tour, avant de sombrer dans les ténèbres.
~o~
J'ai pris la bonne décision, j'ai pris la bonne décision, j'ai pris la-… il va être furieux…, pensa Hermione en approchant lentement de chez elle. Elle n'avait pas transplané directement après la fin des cours ce vendredi, préférant marcher pour réfléchir à une bonne manière d'annoncer à Draco sa décision de lui présenter Elias en bonne et due forme le lendemain. Si tant est qu'il existait une bonne manière de faire cela…
Sur le moment, elle avait trouvé l'idée lumineuse, génialissime, intelligente. Quoi de mieux que de montrer à Elias à quel point Draco était une personne fabuleuse pour qu'il change d'avis à son sujet ? Et puis les heures avaient passé, elle avait réfléchi. Réalisé que Draco se mettrait sûrement à bouder, qu'elle aurait certainement dû lui en parler avant de proposer cette journée à l'enfant. Mais elle avait réagi spontanément, dans l'instant, persuadée que c'était la meilleure chose à faire ! Idiote !
Elle leva les yeux et vit qu'elle se trouvait devant la porte d'entrée. Quoi, déjà ?, s'affola-t-elle tout en sachant pertinemment qu'elle n'avait jamais mis autant de temps pour rentrer de Poudlard. Nerveuse, elle secoua les mains, se racla la gorge et prit une grande inspiration avant de tourner la poignée, plaquant un large sourire enthousiaste sur ses lèvres. A l'intérieur, la silhouette de Draco lui tournait le dos. Il avait posé les mains à plat sur le comptoir de la cuisine et ne bougeait pas.
« C'est moi ! », chantonna-t-elle joyeusement. « J'ai une super nouvelle à t'annonssssss-
La fin de sa phrase se perdit dans un sifflement lorsqu'elle vit Draco se retourner dans sa direction. Il avait l'air furieux. Non, furieux était loin d'être l'adjectif le plus qualifié pour décrire son expression à cet instant précis. Meurtrier se rapprochait déjà bien plus de la réalité.
Quoi, il est déjà au courant et c'est à ce point-là ?, pensa Hermione, soudain anxieuse à l'idée que Rogue ait prévenu Draco juste après qu'elle lui ait demandé une autorisation de sortie pour Elias le lendemain. Puis elle fit mentalement le point de tout ce qu'il pourrait avoir à lui reprocher d'autre. A moins que Ginny lui ait raconté mon entrevue avec Théo ? Non, impossible. A moins que Théo lui-même soit venu s'en vanter ? Oh Merlin, je suis sûre que c'est un truc comme ça… Salaud, salaud, salaud, salaud de Théo…
« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda-t-elle d'une toute petite voix.
Draco se retourna, décochant un coup de pied dans l'un des tabourets rangés sous le comptoir et faisant sursauter Hermione.
« Comment est-ce que j'ai pu être aussi naïf… », gronda-t-il en serrant les poings. « Comment est-ce que j'ai pu croire une seule seconde qu'il pouvait CHANGER ! »
Hermione écarquilla les yeux et se précipita vers lui pour venir coller son front frais sur celui du blond. « Ecoute moi, je comprends que tu sois furieux mais calme-toi, réfléchis au conséquences… », souffla-t-elle, espérant l'apaiser.
« Comment veux-tu que je me calme ? Après ce qu'il a fait ?! », tempêta de plus belle le blond en se dégageant.
La jeune femme pinça les lèvres. « Draco, ce n'est rien, vraiment… Il ne m'a pas fait de mal, je te le jure. Il n'y a pas de quoi te mettre dans cet état… »
Là, le blond se figea et lui jeta un regard non plus furibond mais surpris. Oui, surpris et Hermione cessa aussitôt de parler, consciente qu'il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond.
« Attends, de quoi est-ce que tu parles ? », demanda le blond en plissant les yeux, suspicieux.
« Toi, de quoi est-ce que tu parles ? », renchérit-elle avec prudence.
« De mon père. »
Hermione haussa les sourcils. « Oh. »
« Pas toi ? », reprit Draco en l'analysant.
« Euh… », balbutia la brune, les yeux ronds comme des soucoupes. « Mais qu'est-ce qu'il a fait de si grave ? », éluda-t-elle.
Draco comprit qu'elle ne lâcherait pas le morceau et décida de laisser tomber pour le moment. Il soupira. « Donc, j'en déduis que tu n'as absolument pas regardé ton téléphone depuis ce matin ? », la questionna-t-il tandis qu'elle secouait la tête en signe de dénégation.
« Non. Rogue a interdit les portables en dehors des dortoirs et il nous demande à nous, les professeurs, de montrer l'exemple », expliqua-t-elle en fouillant son sac pour en sortir et allumer le petit appareil.
Le blond se laissa tomber sur une des chaises de la salle à manger et se prit la tête entre les mains. « C'était partout dans les journaux télévisés du midi et sur votre Internet, aussi… », marmonna-t-il, les yeux clos. « Même ma mère qui sait à peine utiliser un téléphone en a entendu parler. C'est elle qui m'a prévenu. Et demain matin, ça fera certainement la une de la Gazette. »
Pendant ce temps, Hermione avait allumé son ordinateur portable, abandonné sur la table de la salle à manger et avait ouvert une page Internet. Une simple recherche sur le navigateur à l'aide des mots-clés « Lucius Malfoy » lui suffit pour constater l'étendue des dégâts.
« Oh mon Dieu… », souffla-t-elle en faisant défiler les différents résultats.
Vidéos amateurs sur YouTube, photographies prises par des témoins et placardées sur tous les murs des réseaux sociaux britanniques, sites d'information : tous n'avaient plus que deux noms à la bouche : Malfoy et Mangemort.
Attentat sur le Chemin de Traverse.
Le cadavre calciné de l'apothicaire du Chemin de Traverse retrouvé dans les ruines de sa boutique.
Attaque de Mangemorts, une première depuis la chute de Voldemort.
Doit-on craindre le retour des Mangemorts ?
Lucius Malfoy impliqué dans un attentat meurtrier : l'avocate Aria Stone grièvement blessée.
Et cela continuait ainsi sur des pages et des pages de recherche. Des témoins avaient été interrogés par les médias et le Net fleurissait de récits tous plus incroyables les uns que les autres. Hermione n'en croyait pas ses yeux. La veille encore, Lucius Malfoy était une loque et aujourd'hui, il perpétrait un attentat ? Difficile à imaginer.
« Mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ? », demanda-t-elle en continuant d'écumer les sites d'information.
« Apparemment, les médias ont dit qu'il aurait repris contact avec d'anciens camarades de jeu », répondit Draco avec une mine dégoûtée. Il secoua la tête. « Et dire que je lui ai conseillé pas plus tard qu'hier de se trouver un objectif, quelque chose à faire pour se sortir de son mal-être… » Le blond laissa échapper un ricanement amer. « Mais qu'est-ce que j'ai été con, putain, qu'est-ce que j'ai été CON ! »
Hermione lui adressa un regard désolé avant de reprendre sa lecture. Après quelques secondes, elle secoua la tête. « Draco, il y a quelque chose qui ne va pas… Des témoins disent que Lucius se battait CONTRE les Mangemorts et non à leurs côtés. Mais d'autres démentent sur des sites différents. Ils disent que ton père lui-même portait un masque, hors sur les photos que j'ai pu voir, ça n'a pas l'air d'être le cas… »
Le blond grommela quelque chose d'incompréhensible. Pendant ce temps, Hermione enchaînait articles et vidéos.
« Et puis que faisait Aria avec lui ? Ça n'a aucun sens ? Et pourquoi attaquer l'apothicaire, c'est stupide !? », s'écria-t-elle d'une voix de plus en plus aiguë.
« Granger, tu te poses encore trop de questions… », marmonna le blond en laissant tomber sa tête sur le bois de la table de la salle à manger.
« Et toi, peut-être que tu ne t'en poses pas assez, Malfoy », l'imita-t-elle en fronçant les sourcils. Elle détestait quand ce tic de langage reprenait le dessus lorsqu'il lui reprochait quelque chose. « Tu le condamnes avant même de savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas ! » Elle navigua quelques secondes encore parmi les différents articles et poussa un grognement impatient. « Ces trucs sont bourrés de bêtises. A les croire, ton père a lui-même fait sauter la boutique alors que les vidéos montrent clairement que sa baguette n'était pas pointée dans cette direction au moment de l'explosion. »
« Peu importe, il était manifestement avec eux… Il était blessé et ils l'ont emmené. S'ils étaient ennemis, ils l'auraient tué ou laissé se vider de son sang sur le sol », rétorqua son compagnon avec une grimace de dégoût. « Je suppose qu'il fallait s'y attendre... vu son comportement ces derniers temps. En ce qui me concerne, j'estime que nous lui avons suffisamment tendu la main. S'il n'a pas voulu la saisir, ce n'est pas mon problème. Aujourd'hui, il est mort pour moi. »
Hermione soupira et sursauta lorsqu'un choc sourd fit trembler la baie du salon. Draco leva les yeux et lança un regard méprisant au hibou grand-duc qui venait de s'écraser contre la vitre. « Laisse », ordonna-t-il à Hermione qui faisait mine de se lever. « C'est sûrement encore un journaliste de la Gazette. Ils me harcèlent depuis tout à l'heure. J'ai dû débrancher le téléphone fixe aussi, ça n'arrêtait pas de sonner… »
Un regard en direction du cordon d'alimentation du téléphone pendouillant misérablement le long du buffet et sur la pile de lettres qui s'amoncelait à l'extérieur de la baie vitrée, constellées de fientes de hibou, suffit à Hermione pour confirmer ses dires. La journée de Draco n'avait pas dû être de tout repos. Elle se leva tout de même, contourna la table et vint passer ses bras autour des épaules et du cou du blond. « Tout va bien se passer, je te le promets… », souffla-t-elle dans son oreille. Elle sourit en sentant les mains du blond s'accrocher désespérément à ses bras. Puis il tourna son visage grave vers elle et fronça les sourcils.
« Hermione… », fit-il à mi-voix. « Si jamais il a vraiment fait ça… Si jamais il a vraiment rejoint à nouveau les Mangemorts… Sache que je ne le laisserai jamais te faire du mal. Jamais. Et Mère non plus. Elle m'a dit qu'elle le tuerait s'il touchait à un seul de tes cheveux. »
Hermione hocha la tête, apaisante. « Tout ira bien. » Elle comprenait la détresse de Draco mais si Lucius voulait réellement lui faire du mal, il n'aurait pas attendu onze ans pour passer à l'acte. Encore un autre détail qui ne collait pas avec le Lucius dont parlaient les médias aujourd'hui. Elle déposa un rapide baiser sur le front du jeune homme et enfouit ensuite sa tête dans le creux de son cou. Ils restèrent quelques minutes ainsi, sans bouger, appréciant juste le contact de l'autre et l'amour qui transparaissait dans leurs gestes. Mais Draco ramena brusquement Hermione à la réalité.
« Alors, c'était quoi cette super nouvelle ? », demanda-t-il, peu enthousiaste.
Hermione se raidit. Pour le coup, elle n'était plus du tout prête à lui parler de son « projet Elias ». Elle secoua la tête et laissa échapper un petit rire gêné. « Rien du tout, laisse tomber… », fit-elle en se promettant de contacter l'enfant dès le lendemain matin pour annuler et reporter à un autre jour.
« Non, vas-y, des bonnes nouvelles ça manque un peu ces derniers temps… », l'encouragea le blond.
Merde…, jura intérieurement Hermione en voyant qu'il s'attendait vraiment à ce qu'elle parle. Elle ferma les yeux, soupira et répondit très vite : « J'ai-invité-Elias-à-passer-la-journée-de-demain-avec-nous-ici-j'ai-déjà-demandé-l'autorisation-de-sortie-à-Rogue-il-est-d'accord. »
Interdit, Draco la fixa un instant comme s'il s'apprêtait à se mettre à nouveau en colère. Puis il fronça les sourcils et lâcha d'une voix monocorde : « Et sinon, c'était quoi la bonne nouvelle ? »
Hermione lui assena une petite tape sur le haut du crâne, ce qui arracha un sourire moqueur à son compagnon. « Arrête un peu », le rabroua-t-elle gentiment. « Il est cool comme gamin. La preuve, il a déjà fait des bêtises dans la Forêt Interdite avec Victoire et Ted, si ce n'est pas un signe précoce de coolitude, je ne sais pas ce qu'il te faut. »
« Des bêtises dans la Forêt Interdite ? Avec Victoire, je peux comprendre mais Ted était aussi de la partie ? », railla Draco en souriant malgré lui. « Je sais bien qu'il faut vivre avec son temps, mais tout de même, si jeunes… »
« Idiot… », s'esclaffa Hermione en le délaissant pour aller ouvrir le frigo et chercher ce qu'ils feraient à dîner. « Bon sérieusement, je peux compter sur toi demain ? Tu seras gentil ? Sinon j'annule, je comprendrai. »
Draco écarta les bras et vint la rejoindre dans la cuisine. « Je suis toujours gentil. » Un ricanement s'échappa d'entre les lèvres d'Hermione et le blond fit mine d'être vexé. « Personnellement, je trouve que je suis le mec le plus sympa et le plus gentil de la terre. Ce n'est pas ma faute si les autres laissent des préjugés stupides aveugler leur jugement. »
La brune lui sourit et tendit une main pour caresser les quelques cheveux blonds qui tombaient, désordonnés, devant les yeux gris-bleu. « Donc j'en déduis que tu feras un effort ? »
« Bien sûr, j'aurais quelques conditions… », fit-il, d'un air calculateur.
« Ah, tiens donc… », ironisa Hermione en levant les yeux au ciel. « Lesquelles ? »
« Je n'ai pas encore décidé, j'y réfléchis et dès que j'aurai trouvé, tu seras la première au courant… », ronronna-t-il en fourrant son nez dans le cou de la brune, qui éclata d'un rire aigu. Rire qui fut brusquement interrompu par la sonnette de la porte d'entrée. Le blond poussa un grognement. « J'y vais… », lâcha-t-il avec lassitude tout en se détachant à regret d'Hermione.
Tournant la poignée, il ouvrit la porte et un vacarme assourdissant emplit aussitôt le vestibule, attirant un regard inquiet de la Gryffondor, depuis la cuisine. Questions, interpellations et flashs crépitants firent grimacer Draco.
« Monsieur Malfoy ! Une déclaration ! »
« Avez-vous pris contact avec votre père depuis l'attentat de ce matin ? »
« Qu'avez-vous à dire à propos des éventuels liens de votre père avec ces Mangemorts ? »
« Pensez-vous qu'ils préméditaient cet acte depuis longtemps ? »
« Est-ce vrai que vos parents viennent tout juste de divorcer ? »
« Quelles relations entretenait votre père avec Maître Stone ? »
Les charognards… Le blond pinça les lèvres et embrassa du regard l'ensemble des journalistes qui se pressaient devant sa porte, micros à la main. Il pencha la tête en avant, prit un air tout à fait sérieux et pensant qu'il s'apprêtait à faire une révélation fracassante, les journalistes se turent, tendant au maximum leurs bras en direction de la bouche de l'héritier Malfoy.
« Mesdames et messieurs, je n'ai aucun commentaire à faire pour le moment si ce n'est que je n'étais absolument pas au courant de quoi que ce soit. Tout comme vous, j'ai appris la nouvelle par vos confrères qui ont révélé l'affaire ce midi », énonça-t-il d'une voix calme et grave. « Toutefois… Une personne sera ravie de répondre à toutes vos questions et n'hésitera pas à vous recevoir chaleureusement pour vous abreuver de détails sur les événements. Vous pouvez contacter cette personne au 8, Rosehill Road à Montrose, Ecosse. » La dizaine de scribouillards nota frénétiquement l'adresse sur leurs calepins, téléphones, bras, bouts de papiers divers, sous le regard satisfait de Draco. « Cette personne vous accueillera à bras ouverts. Les torchons diffamatoires, c'est sa spécialité. Bonne soirée à vous. »
Et sans autre forme de procès, il referma la porte. Il revenait dans la cuisine lorsqu'il remarqua Hermione, les bras croisés et l'air pas content du tout, attendant patiemment son retour.
« Je rêve ou tu leur as donné l'adresse d'Harry et Ginny ? », gronda-t-elle en le fusillant du regard.
« Tu ne rêves pas », répondit Draco avec un large sourire. Hermione ouvrit la bouche pour protester mais il mit un doigt sur ses lèvres. « Non, non, ne dis rien. Laisse-moi encore quelques minutes imaginer la tête que fera Potter en découvrant tous ces imbéciles devant sa porte, ça me fait un bien fou. Tu m'engueuleras après. »
Hermione leva les yeux au ciel et retourna à la préparation du dîner en soupirant.
~o~
Au cours du repas, la discussion tourna fatalement autour des événements de la journée. Branchés sur le journal télévisé, Draco et Hermione avaient enfin pu avoir quelques informations de réelle valeur sur ce qu'il s'était passé un peu plus tôt sur le Chemin de Traverse. Mais rien qui puisse leur permettre de savoir si oui ou non Lucius Malfoy avait réellement pris part à cet attentat. Le seul témoin-clé, l'avocate Aria Stone, étant encore inconsciente et prise en charge à Ste-Mangouste par les meilleurs médicomages, on ne pourrait rien savoir tant qu'elle ne se serait pas réveillée. Les autres témoins de la scène étant trop choqués pour être tous sûrs et certains de ce qu'ils avaient vu. Les versions et les témoignages différaient et les journalistes s'en donnaient à cœur joie.
L'avantage de cet énième drame familial était que l'annonce d'une présentation officielle d'Elias à Draco était passée beaucoup plus aisément qu'Hermione ne l'aurait imaginé. Certes, entre affronter un nouveau scandale en relation avec le passé de Mangemort de son père et faire face à un enfant de onze ans, Draco n'avait pas vraiment d'autre choix que de relativiser. Mais tout de même… Hermione était contente qu'il le prenne aussi bien. Du moins l'était-elle jusqu'à ce que le cerveau retors et rusé du Serpentard n'en décide autrement.
Tout en se brossant les dents dans leur salle de bains, Hermione observa du coin de l'œil Draco sortant de la douche. L'eau ruisselant sur son torse pâle, ses cheveux désordonnés après le shampooing, cette vision faisait partie des petits plaisirs de la vie dont elle ne se lassait jamais. Elle sécha ses propres cheveux d'un coup de baguette, enfila sa chemise de nuit coquette en satin noir et se pencha dans le tiroir sous le lavabo pour attraper sa plaquette de pilules. Malgré l'excellente publicité que Draco lui avait faite des sorts de contraception sorciers, elle n'avait jamais cédé et avait préféré s'en tenir à ses rituels moldus. Peut-être à tort, elle n'en savait absolument rien. Qui savait ce que l'ingestion de ces traitements pouvait avoir comme effet à long terme, après tout ? Mais c'était psychologique, elle avait confiance en ce rituel simple et efficace. Chacun ses petites manies.
Elle poussa un petit cri de protestation lorsque la boîte rose s'envola d'entre ses doigts… et alla directement se poser dans la main tendue de Draco, celle qui ne tenait pas la baguette avec laquelle il venait de jeter un Accio. Hermione fronça le nez. Elle n'aimait pas du tout le petit sourire narquois qui se dessinait sur les lèvres du blond.
« J'ai réfléchi… », murmura-t-il en faisant tourner la boîte de pilules entre ses doigts.
« Merlin, il faut absolument que j'ouvre une bouteille de champagne pour fêter ce grand jour… », railla Hermione en le scrutant néanmoins avec attention. « Et puis-je savoir à quoi ? »
« A mes conditions… », reprit-il en ignorant le sarcasme de la jeune femme.
Ses conditions pour être gentil avec Elias…, se rappela la brune en plissant les yeux.
« J'écoute », fit-elle avec une certaine appréhension.
Pour toute réponse, le blond tourna son regard électrique sur la plaquette de contraceptifs et haussa les sourcils de manière suggestive. Hermione le dévisagea, interdite.
« Tu rigoles, j'espère ? Faire un enfant parce que tu es jaloux d'un autre enfant ? », s'exclaffa-t-elle en secouant la tête.
Draco leva les yeux au ciel tandis qu'Hermione lui tournait le dos pour se brosser les cheveux avec vigueur. Il passa ses bras autour de la taille de la jeune femme et posa son menton sur son épaule. Elle arrêta son brossage et considéra un instant leurs reflets dans le miroir.
« Et mon travail ? C'est mon premier poste en tant que titulaire, je ne peux pas tout plaquer comme ça ! », protesta-t-elle, tandis que les caresses des mains de Draco sur ses hanches la faisaient frissonner.
« Justement, si on s'y met tout de suite, avec un peu de chance tu accoucheras pendant l'été et tu ne manqueras aucun cours », rétorqua illico le blond avec un sourire enjôleur.
Hermione éclata de rire et se retourna entre ses bras pour lui faire face. « Oh parce que tu crois qu'il suffit d'arrêter la contraception et hop, ça arrive comme ça ? »
« Les mini-Malfoy sont extrêmement performants », se gaussa-t-il en riant à moitié.
« Tu m'en diras tant », ironisa Hermione en secouant la tête. « Et notre mariage ? Tu y as pensé ? Qu'est-ce qu'il va se passer si je prends cinquante kilos et que je ne rentre plus dans aucune robe de toute ma vie ? Tu auras l'air malin. »
« Justement, plus tu es jeune, plus ton corps reprendra forme humaine rapidement », répondit Draco en haussant les épaules. Hermione ne put s'empêcher de ricaner face à tant de naïveté. « Mais passés trente ans, ta peau va commencer à se ramollir et à cinquante, je serai obligé de dilapider mon héritage en médicomagie esthétique pour te rafistoler. C'est un drame atroce que je refuse de vivre. »
Là, Hermione ne put plus se maîtriser. Elle éclata d'un rire franc et Draco sembla ravi que la discussion ait pris une tournure aussi drôle et légère.
« Ta prévenance me sidère », s'esclaffa-t-elle tandis qu'il se pressait un peu plus contre elle pour la coincer contre le meuble de la salle de bains. « Tu as vraiment pensé à tout. »
« Eh oui, qu'est-ce que tu veux… » Il leva un doigt pour se tapoter la tempe avec. « Y'en a là-dedans. »
Hermione gloussa de nouveau et ils échangèrent un regard complice. Et comme à chaque fois qu'elle plongeait les yeux dans les iris magnétiques de Draco, Hermione se laissa emporter. Ses yeux-là auraient pu lui faire faire n'importe quoi, même les choses les plus folles. L'idée de voir ces mêmes yeux sur une version miniature, encore plus adorable, la fit frémir. Mais pas de manière désagréable. Plutôt le contraire. Après tout, le nôtre n'est pas obligé d'être une pile électrique comme ceux de Ginny… Surtout s'il tient de moi… Une nouvelle image s'imposa à son esprit. Un enfant blond aux yeux bleus lisant sagement au coin du feu un grimoire presque aussi grand que lui. Nouveau frisson.
Elle avait toujours su que Draco et elle finiraient par fonder une famille. Un jour. Les années avaient défilé à une vitesse folle et jamais elle n'avait cependant ressenti le besoin de changer quoi que ce soit à leur mode de vie actuel. Mais maintenant… Leur situation était stable, ils avaient une maison, ils s'aimaient toujours aussi follement qu'au premier jour… Alors pourquoi était-elle toujours aussi incertaine ?
Les yeux de Draco la fixaient encore et elle se sentit céder et paniquer à la fois. C'est une véritable guerre qui commença alors à se livrer à l'intérieur de son cerveau. Non, non, non… je ne suis pas prête… mais alors pas du tout… En même temps, si j'attends d'être complètement prête, on n'y arrivera jamais… Et Ginny et Harry ont bien mis un an avant de réussir à faire le premier, j'ai encore le temps de voir venir, au pire… Oui mais si ça se passe mal, et s'il nous arrive quelque chose, et si… Bon d'accord, une mini version de lui ça serait tellement mignon… Mais et Théo ? Il va péter un plomb, je ne peux pas prendre le risque qu'il l'apprenne et fasse du mal à Dr-
La voix de Draco s'éleva soudain dans le silence de la salle de bains, ferme mais apaisante à la fois, la sortant de ses pensées dans un sursaut.
« Hermione… il va falloir un jour que tu lâches prise, tu sais… », murmura-t-il en la dévisageant gravement.
La brune écarquilla les yeux. Il savait. Il sentait ce qu'il se passait à cet instant dans sa tête. Il comprenait. Ses peurs, ses appréhensions, ses doutes… Et comment aurait-il pu en être autrement ? La comprendre, c'était ce qu'il avait toujours fait depuis le jour où il l'avait sorti de ce cachot sombre et malodorant à la force de ses bras.
Lâcher prise… C'est ce qu'a dit le Docteur Goldberg aussi…, pensa-t-elle en fermant les yeux. Le vide se fit dans son esprit. Lorsqu'elle rouvrit les paupières, ses prunelles se posèrent sur la boîte rose dans la main de Draco. Elle prit une grande inspiration, la retint et d'un geste maladroit, arracha ses contraceptifs de la main du blond avec une expression grave. Une ombre triste vint brièvement voiler le regard de son compagnon mais il ne dit rien. Avec une certaine raideur, il déposa un baiser sur le front d'Hermione et lui tourna le dos pour aller se coucher sans un mot de plus. Hermione se retourna de nouveau vers le lavabo et exerça une pression sur le plastique pour en extraire le comprimé du jour. Elle le portait à ses lèvres lorsqu'elle croisa son propre regard dans le reflet du miroir. Et arrêta son geste.
Le regard de Draco lorsqu'elle avait repris sa boîte sans mot dire. La déception qu'elle y avait lue. Hermione sentit une boule se former dans sa gorge. Il avait compris pourquoi elle n'avait jamais émis le désir d'avoir un enfant jusqu'à aujourd'hui. Pas à cause de son métier, ni à cause de sa prétendue aversion pour tout ce qui rampait à quatre pattes et qui n'était pas un animal de compagnie. Mais à cause, encore une fois, de l'ombre d'un certain brun aux yeux noirs qui s'étirait au-dessus d'elle, la plongeant dans l'obscurité, l'empêchant d'avancer, d'évoluer. La peur, plus forte que tout. Hermione ferma les yeux et se sentit parcourue de tremblements, comme si tout son corps luttait de toutes ses forces pour ne pas qu'elle s'effondre et se mette à pleurer. C'est alors qu'un léger tintement se fit entendre un peu plus bas, dans le lavabo. Elle rouvrit les yeux, tout juste pour avoir le temps de voir le comprimé jaune rebondir sur la céramique et plonger… dans le siphon. Sa main tremblante lui avait fait défaut.
« Merde… », souffla Hermione en plaquant par réflexe les doigts sur le fond du lavabo. Mais trop tard, la petite pilule s'était échappée sous la bonde d'évacuation. Hermione souleva celle-ci avec les ongles pour la retirer de son emplacement et scruta avec agacement à l'intérieur. Mais impossible de voir quoi que ce soit. Et à l'heure qu'il était, le médicament devait joyeusement entamer sa phase de dissolution dans l'eau stagnante des tuyauteries.
Avec un soupir agacé, elle remit la bonde en place et tendit de nouveau la main vers la plaquette pour sortir un nouveau comprimé mais se figea. Regardant tour à tour ce traître de lavabo et les rangées de pilules sous plastique, elle fronça les sourcils. De nouveau, l'expression défaite de Draco vint s'imposer dans son esprit.
En silence, elle tourna la tête vers la chambre plongée dans le noir, où le blond tentait de trouver une position confortable sous les couvertures. Il lui tournait le dos. Elle reporta son attention sur sa boîte de contraceptifs. Prise d'un élan subit, elle les envoya d'une pichenette rejoindre les cotons tiges et les lingettes démaquillantes dans la poubelle. C'est pas vrai, je suis complètement dingue, pensa-t-elle en se forçant à quitter la salle de bains sans se ruer sur la boîte pour la récupérer. Un sourire étira cependant ses lèvres lorsqu'elle posa les yeux sur la silhouette du blond enroulé sous la couette. Mais il va adorer.
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
A-LORS ? Vous aimez, vous n'aimez pas ? Vous avez envie de me tuer ? De danser la carioca ? Dites-moi tout, je veux vos réactions à chaud ! hihi
Moi en tous cas, j'ai adoré écrire ce chapitre car ce sont des scènes que j'avais depuis longtemps dans la tête et j'avais hâte qu'elles en sortent !
Je vous fais plein de gros bisous et en attendant de vous lire, je vous dis à lundi prochain !
Xérès
