Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Et voilà après quinze jours de hiatus, je reviens ! La semaine dernière j'ai publié sur Facebook un album photo des personnages de la fiction, tels que je les imagine. N'hésitez pas à venir faire un tour et à donner votre avis ! C'est toujours amusant de voir si vous imaginiez la même chose que moi ou quelque chose de complètement différent ! Trève de blas blas, place au chapitre ! Il s'en passe pas mal des choses, donc j'ai hâte d'avoir votre avis ! Bonne lecture !
Merci à tous mes nouveaux follow/fav (kalyn40, LadyCocoMalefoy, xSkyAngy, BlondBrunette, Fan-of-vampire-diaries, Mafilma, Caroline Travers Malfoy, MowScottHeavens, Alice Nagini Jedusor, lou. psvelvet), à Elisendre, Lyly Ford, Eliane Gil, steiil, ecathe38, Temi-Chou, Elena Grape, Fla, Jujupititetortue, PouleauPotter, Acide'nette, Ash Jester, laloudu77, Mikasa, MissDraymione, Wizzette, Marion, Babar, Naoem, DreamLoveRead, aussidagility, Audrey917000, miss damdam, Gouline971, Erza Robin, Mpi28, Passion Fugace, ChatonMalefoy, Petitestef, Drasha, Eleonore et Sarah, TiteTyLee pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont contactée via Facebook/Twitter.
RAR :
Elisendre : roooh j'ai fait pire comme cliffhanger, voyons ! Je suis contente que ce chapitre t'ait plu, merci pour ta review !
Fla : en effet, Théo revient dans ce chapitre ! Tu auras également plus d'indices sur l'enfance d'Elias et sur ce qu'il sait/ne sait pas. Merci pour ta review !
Jujupititetortue : ahah ton sadisme finira par être récompensé car la manière dont Elias saura les choses sera loin d'être douce ! Mais ce n'est pas encore pour tout de suite. Je te rassure : pas de voyage prévu en 2015 (peut-être une semaine de vacances en été mais c'est tout^^) donc si interruption il y a, ce sera uniquement à cause du travail et donc pas de ma faute (et toc !). Merci pour ta review et gros bisous !
Loulou : roooh pauvre Elias. Il lui faut un petit temps d'adaptation, le pauvre. Il s'imaginait pouvoir vivre avec sa maman et son papa, et puis on lui rajoute un blond décoloré dans l'équation ! ahah. Merci pour ta review et gros bisous !
Mikasa : Merci pour ta review ! Encore désolée pour cette blague stupide, je m'en veux mais j'y pensais tellement à chaque fois que je voyais ton pseudo, … il fallait que ça sorte. XD J'espère que ce nouveau chapitre te plaira ! Gros bisous.
Marion : Ahah oui les auteurs ont un cours de sadisme. C'est le jeudi après-midi après le TP de « Faire enrager les lecteurs »XD. Gros bisous et merci pour ta review !
Naoem : huhu contente que le moment entre Aria et Lucius t'ait fait plaisir, c'était le but ! On verra si je recommence, ça dépendra. Le destin du triangle amoureux Ben/Aria/Lucius n'est pas encore scellé, j'ai plusieurs fins envisageables pour eux. ) Bisous et merci !
Aussidagility : oui, Théo est tordu mais c'est pour ça qu'on l'aiiimeuh ! Merci pour ta review !
ChatonMalefoy : Merci beaucoup pour cette énorme review et tous ces compliments ! Je suis contente que mes histoires t'aient plu, surtout si tu as tout lu en aussi peu de temps ! Tu fais donc partie du club très fermé des fans de Théo, ça va faire plaisir à Passion Fugace et à d'autres qui pensaient être les seules, ahah ! Je n'ai pas encore décidé si le bébé Malfoy serait un garçon ou une fille ni pensé au nom que je lui donnerai. J'ai encore du temps pour réfléchir à ça, un tel bébé ça ne s'improvise pas ! XD Pour Slughorn, il est toujours vivant : c'est Chourave et Flitwick que j'ai tués pendant la Bataille finale. Aaaah une fille du Sud ! Ravie de te rencontrer, chère compatriote ! J'espère que la suite te plaira, en tous cas et merci mille fois pour ta review !
Drasha : Bienvenue à toi et merci beaucoup de m'avoir lue et reviewée ! Je suis contente que les deux histoires te plaisent et j'espère que la suite continuera de te tenir en haleine ! Merci à toi et bonne lecture !
Chapitre 16 : Petit(s) con(s)
Draco referma la porte, saluant une dernière fois Blaise, Ron et Fred, les derniers à repartir après avoir insisté pour boire un petit remontant « parce que Draco était visiblement terrassé par le malheur de savoir son père verser dans le terrorisme ». Le blond soupira et se passa une main sur le visage. Encore une journée de fous. Il se retourna en direction de la salle à manger, où Hermione et Elias débarrassaient les vestiges de leur long déjeuner.
« Tu sais quoi ? Parfois, je me dis qu'on serait plus peinards sans amis… », feignit-il de se plaindre.
Hermione pouffa et secoua la tête, tandis qu'Elias l'aidait à ranger les couverts sales dans le vaisselier lavant, un bijou de technologie mixte qui nettoyait, essuyait et rangeait la vaisselle directement sur les étagères.
« Rien de plus simple ! », plaisanta Hermione en haussant un sourcil narquois dans sa direction. « Redeviens le petit cafard pourri gâté que tu étais à Poudlard, et tu ne devrais plus être embêté par qui que ce soit… »
La réplique parut plaire à Elias qui éclata d'un rire franc. Draco le fusilla du regard et le garçon retourna aussi sec à ses assiettes sales.
« Quelle heure est-il, d'ailleurs ? », demanda Hermione en se tordant le cou pour apercevoir la pendule de la cuisine.
« Seize heures trente », répondit Draco en esquissant un rictus satisfait.
Sa fiancée poussa une exclamation déçue. « Zut, j'avais promis à Rogue de te ramener pour dix-sept heures… », marmonna-t-elle à l'attention d'Elias. « Avec tout ça, on n'aura pas le temps de te faire visiter Pré-au-Lard comme c'était prévu… Tu dois être déçu d'avoir passé l'après-midi à table avec des vieux croulants. »
Elias releva la tête et lui jeta un regard surpris. « Hein ? Pas du tout ! Je me suis drôlement bien amusé ! », se défendit-il avec véhémence. « Albus et James sont très gentils et j'ai rencontré le vrai Harry Potter et le vrai Ronald Weasley ! On a parlé de trucs déments que vous avez faits quand vous étiez jeunes et des aventures incroyables que vous avez vécues, c'était génial ! On recommence samedi prochain ? »
Le garçonnet reprit son souffle et Hermione esquissa un sourire avant de regarder en direction de Draco. Ce-dernier ne semblait pas du tout d'accord et secouait la tête avec vigueur, les bras croisés et la mine boudeuse, tel un enfant à qui on présenterait un saladier entier d'haricots verts.
« On va voir, pourquoi pas ? », fit Hermione en se retenant de rire.
« Mais non, Hermione », fit Draco sur un ton éloquent. « Tu sais, samedi prochain on a ce truc… »
La brune haussa un sourcil moqueur, tandis qu'Elias se retournait vers Draco avec une mine sombre.
« Quel truc ? », fit-elle en faisant semblant de réfléchir. « Ah mais oui, tu as raison ! On dîne chez mes parents ! »
Draco pâlit aussitôt. « Euh non, je parlais de l'autre truc… Attends, on dîne chez tes parents samedi prochain !? », lâcha-t-il, sans comprendre qu'elle se fichait de lui. La perspective de passer encore une après-midi à parler de son entreprise avec M. Granger entre deux remarques de Mme Granger sur une progéniture qui tardait à arriver ne l'enchantait pas particulièrement. Surtout après qu'Hermione ait encore une fois refusé de lui faire un héritier digne de ce nom. Il lui pardonnait sans hésiter, après tout ce n'était pas de la faute d'Hermione, mais le sujet restait tout de même sensible.
« Bref », reprit Hermione en lui jetant un regard appuyé, avant de se tourner de nouveau vers Elias. « On en reparle, c'est promis. Ce n'est pas comme si on n'allait pas se voir déjà toute la semaine, après tout. »
Elias hocha la tête en souriant doucement. Il tendit à Hermione une nouvelle série de verres à vin et grimaça. « Papa ne fait jamais de choses comme ça, le weekend… », dit-il dans un souffle. « Il n'invite pas d'amis à la maison. Les gens qui viennent sont tous là pour le travail et ce n'est pas aussi amusant qu'ici… »
Hermione pinça les lèvres et esquissa un sourire désolé. Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à cela.
« Parfois, je me suis même demandé s'il avait des amis… », reprit Elias avec tristesse.
« Des amis, ça se mérite… », grommela Draco en tournant les talons pour aller essuyer la table.
Elias le suivit des yeux, blessé, tandis qu'Hermione jetait une éponge au blond, un peu trop violemment et avec un regard courroucé.
« Maman… ? », fit l'enfant en levant le nez. Il y avait une telle détresse dans son œil marron qu'Hermione en oublia aussitôt toute sa colère contre Draco. « Ce que Papa t'a fait, c'est forcément un truc horrible, non ? Sinon, on me dirait ce que c'est… »
Dans la salle à manger, Draco arrêta un instant son geste, l'éponge à mi-chemin de la table, puis reprit son nettoyage comme si de rien n'était. Hermione se mordit la lèvre et tenta de faire bonne figure. Une image vivace, non pas de son viol mais des mains de Théo sur ses hanches quelques jours plus tôt, la fit frémir. La peur que ce seul geste avait déclenchée chez elle. Il lui rappelait qu'elle était toujours vulnérable, toujours à sa merci. Comme si rien n'avait changé, en somme.
« Elias… », commença-t-elle, mais il l'interrompit aussitôt.
« C'est pas grave », fit le petit en secouant la tête. « Quand je vois la tête des gens à chaque fois que j'en parle, je me demande si j'ai vraiment envie de savoir… Quand je serai plus grand, peut-être ? »
Hermione pinça de nouveau les lèvres et hocha prudemment la tête. Dans la salle à manger, le bruit de l'éponge raclant la surface en bois devint moins nerveux, moins sec. Avec une expression concentrée, Elias saisit un torchon propre qui pendait à la poignée d'un tiroir et se dirigea vers la salle à manger. Il se planta devant Draco et leva la tête pour le regarder dans les yeux et lui tendre le chiffon pour qu'il essuie la table humide.
« T'es pas sympa, t'es violent, jaloux et tes cheveux sont bizarres », déclara Elias tandis que Draco grimaçait et se retenait de lui donner un coup de pied aux fesses. « Mais si tu t'en vas, Maman sera triste. Même si je ne comprends pas bien pourquoi », ajouta le garçonnet avec une moue sceptique.
« Le gamin aux yeux bicolores trouve mes cheveux bizarres ? », grinça Draco en passant machinalement une main dans sa chevelure platine.
« Peu importe », lâcha Elias en le fusillant du regard. « En attendant qu'elle comprenne que tu n'es clairement pas le prince charmant, je veux bien… te tolérer. »
Dans la cuisine, Hermione ne put s'empêcher d'éclater de rire devant l'expression ahurie de son fiancé. Elias n'était qu'un enfant et ses paroles pouvaient parfois sembler étranges, mais il venait néanmoins de tendre une main vers Draco. Restait à voir si celui-ci allait la saisir. Le blond regarda tour à tour Hermione, puis Elias. L'œil noir de l'enfant était indéchiffrable, comme toujours, mais l'œil marron pétillait d'une lueur que Draco ne connaissait que trop bien. C'était celle qu'il lisait dans les yeux d'Hermione lorsqu'elle s'amusait à le faire enrager.
« Dans ce cas… », répondit le blond avec solennité. « En attendant qu'Hermione comprenne que tu n'es qu'un sale gamin pourri gâté qui veut me piquer ma future femme, je veux bien te… t-tolérer également. »
« Parfait. »
« Bien. »
Draco serra la main du petit garçon en poussant le vice jusqu'à serrer un peu trop ses doigts d'enfant, histoire de lui rappeler qui était le maître en ces lieux. Elias faillit grimacer mais se contenta d'un regard noir et impassible. Dans la cuisine, Hermione riait de plus belle.
« Non mais vraiment… vous ne voulez pas sceller votre accord par une accolade bien virile, aussi ? », railla-t-elle en secouant la tête.
Mais les deux garçons s'écartèrent aussitôt l'un de l'autre en fronçant les sourcils.
« Point trop n'en faut », grommela Draco en prenant le torchon pour essuyer la table.
~o~
La première chose que Bellatrix sentit en retrouvant peu à peu ses esprits fut le sol froid, dur et humide contre sa joue droite. La deuxième chose, fut la douleur lancinante qui traversait la joue gauche. Mais celle-ci n'était rien comparée à la bosse monumentale qu'elle sentait gonfler à l'arrière de son crâne.
Elle grogna, tandis que ses paupières papillonnaient. Un rai de lumière filtra sous ses cils et réveilla une migraine terrible, qui lui rappelait ses premiers lendemains de fête lorsqu'elle était étudiante à l'Université de Salem. Mais sans la partie festive.
« Hmmm…. »
Un gémissement. Pas le sien. Elle n'était pas seule.
Ses yeux tentèrent à nouveau de s'ouvrir, mais plus prudemment cette fois, afin de les habituer à la lumière et à la douleur qui irradiait dans son crâne. Le monde était flou tout autour d'elle, mais elle parvenait à distinguer des murs sombres, un plafond gris, des vitres sales et parfois brisées.
« Hmmm ! »
De nouveau le même gémissement, quoi qu'un peu plus insistant cette fois. Mettant les mains à plat sur le sol, Bellatrix poussa pour se redresser. Et la première chose qu'elle vit glaça son sang dans ses veines.
A quelques mètres de là, ligotée à un pilier en ferraille, les mains attachées au-dessus de la tête et un bâillon comprimant sa bouche et sa langue, Narcissa la regardait avec de grands yeux affolés. Un gigantesque hématome recouvrait son arcade et sa pommette gauches et des restes de sang coagulé maculaient ses narines et sa lèvre supérieure.
Par Merlin, qui est l'enfoiré qui a osé faire ça ?, pensa Bellatrix tandis qu'une masse de cheveux bouclés noirs tombait devant ses yeux. Quelqu'un avait défait sa tresse. Elle y passa une main, interloquée de retrouver la sensation de ses boucles folles libérées de leur carcan, oubliée depuis près de dix ans.
« Hmmmm ! », fit de nouveau Narcissa en s'agitant contre son poteau métallique.
Bellatrix retrouva ses esprits et se dirigea vers elle à quatre pattes, avant de tendre une main pour arracher son bâillon.
« Bella, est-ce que ça va ? », chuchota Narcissa, d'une voix paniquée.
« On est où ? », demanda sa sœur en ignorant sa question.
« Je n'en sais rien… », gémit la blonde en secouant la tête. « Rodolphus a débarqué chez nous, il m'a attaquée par surprise, je n'ai rien pu faire, je… »
Bellatrix fronça les sourcils, maudissant son enfoiré de mari tout en s'acharnant sur les liens qui retenaient Narcissa. Manifestement, Rodolphus ne semblait plus considérer son épouse comme une menace puisqu'il n'avait même pas pris la peine de la saucissonner comme sa petite sœur. Cela vexa quelque peu la brune.
Donnez-moi une baguette et je réduirai ce sale cafard en miettes, gronda-t-elle intérieurement. Dussé-je passer le restant de mes jours à Azkaban.
Une douleur vive dans l'un de ses index la ramena à la réalité. Elle avait beau s'escrimer sur la corde magique qui entourait les poignets de Narcissa, elle n'avait réussi qu'à s'arracher un gros coin d'ongle. Avec un juron, Bellatrix suça son doigt au bout duquel le sang commençait à perler. C'est alors que la porte de leur petit réduit s'ouvrit à la volée. Les deux femmes tournèrent vivement la tête, dans un même sursaut.
« Je savais bien que j'avais entendu du bruit… », fit Rodolphus en baissant un regard ravi sur les deux sœurs recroquevillées au sol. « Bonjour, chérie ! Bien dormi ? », ajouta-t-il d'une voix moqueuse à l'attention de Bellatrix.
« Va te faire foutre ! », aboya l'intéressée en s'interposant aussitôt entre Rodolphus et Narcissa.
Rodolphus grimaça et secoua la tête. « Dix ans qu'elle ne m'a pas vu et je n'ai même pas le droit à un baiser de bienvenue… », lâcha-t-il d'un ton réprobateur. « Les femmes sont vraiment toutes des petites salopes ingrates. » Puis il tourna la tête vers l'extérieur, s'adressant à une personne que Bellatrix ne voyait pas encore. « Amène-toi, viens constater que je ne t'ai pas menti. »
Des pas traînants et mal assurés raclèrent le sol de béton et une silhouette apparut dans l'encadrement. Bellatrix sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Lucius Malfoy, le crâne entouré d'un épais bandage tâché de sang séché, le bras en écharpe et s'appuyant péniblement sur sa canne d'argent et d'ébène, apparut. Derrière Bellatrix, Narcissa émit un gémissement. Les deux époux Malfoy échangèrent un regard désemparé, jusqu'à ce que Rodolphus fasse signe au blond d'approcher un peu plus. Il s'exécuta, claudiquant péniblement.
« Tu vois, Lucius, je t'avais dit que je prendrais soin de ta femme… », annonça Rodolphus en désignant Narcissa, assise contre son poteau.
Les lèvres tuméfiées de Lucius se pincèrent tandis qu'il détaillait les couleurs diverses et variées sur le visage d'habitude si parfait de son épouse. « Sans vouloir te vexer, Lestrange, je suis quasiment sûr que la dernière fois que je l'ai vue, elle n'était pas blessée », déclara-t-il sèchement.
Rodolphus tourna un regard mauvais dans sa direction. « Tu contestes ma manière de procéder ? Tu aurais fait mieux, peut-être ? »
Lucius ne répondit pas et adressa un nouveau regard à Narcissa. Un regard désolé.
« Bon, voilà ce qu'il va se passer », fit Rodolphus en avançant dans la pièce. Bellatrix se redressa aussitôt, prête à lui sauter dessus si jamais il lui prenait l'envie de s'en prendre à elles. Son époux fronça les sourcils et agitant sa baguette dans sa direction, la projeta en arrière. Bellatrix tomba au sol, les fesses atterrissant durement sur le béton. « Couchée, Bella. Gentil chien. »
Rodolphus se plaça au centre de la pièce, puis se retourna vers Lucius, qui luttait toujours pour tenir debout sous ses blessures rafistolées à la va vite. « J'ai vu ce que tu es devenu, Lucius », fit Lestrange avec une expression faussement compatissante. « Consternant. Un homme de ta trempe, tombé aussi bas. Alors qu'il devrait trôner tout en haut de la chaîne alimentaire ! », clama Rodolphus en levant sa main gauche au-dessus de sa propre tête. « D'abord ton fils qui fornique avec une Sang-de-Bourbe… Puis cette société pourrissante qui élève au rang de merveilles de vulgaires hybrides créés dans des laboratoires, et piétine la légitimité même des Sangs Purs à recevoir la magie ! » Lestrange tourna alors la tête vers Narcissa et fit claquer sa langue contre son palais. « Et l'ultime erreur, Lucius… délaisser cette beauté angélique pour te farcir une dinde moldue. Même si, blague à part, je la trouve tout à fait baisable, cette petite. »
Les joues marbrées de Narcissa rosirent légèrement de fureur, bien que cela ne soit pas manifeste en raison du camaïeu de bleu et de violet qui en recouvrait une bonne partie. Lucius, quant à lui, en bon lâche blessé autant dans son corps que dans son estime, ne disait rien.
« Ne te méprends pas, Lucius », reprit Rodolphus en se retournant vers le blond. « Je ne te jette pas la pierre. C'est ce nouveau monde qui t'a rendu tel que tu es. Tu n'es pas entièrement responsable de ta déliquescence ! C'est pourquoi nous avons décidé… » Rodolphus posa une main sur son cœur. « … moi et mon infinie bonté… de t'accorder une chance de te racheter. Parce que je sais que le vrai, le grand Lucius Malfoy, est toujours là quelque part… et qu'il brûle d'envie de refaire surface. »
Le regard peu convaincu de Lucius fit éclater l'autre de rire. « Bon, pas tout de suite, il faut d'abord te remettre sur pieds, parce qu'entre nous, là… tu ne ressembles à rien. Sans vouloir t'offenser. »
« Lucius ne sera jamais ton larbin, espèce de sale rat d'égouts ! », cracha Narcissa, sans vraiment réaliser d'où lui venait un tel courage.
Rodolphus se tourna vers elle, tout en la désignant du doigt. « Très juste, ma chère. Et c'est justement là que vous entrez en scène ! Car voyez-vous, je ne compte pas refaire les mêmes erreurs que notre regretté Seigneur des Ténèbres. »
Narcissa fronça les sourcils, tandis qu'il s'approchait d'elle et saisissait son menton entre ses doigts. Derrière lui, Lucius fit un geste pour dégainer sa baguette de sa canne mais un raclement de gorge se fit entendre près de la porte. Deux sbires de Lestrange surveillaient la scène, déjà prêts à secourir leur leader si les choses dégénéraient. Lucius laissa retomber sa main (et sa fierté). Rodolphus, quant à lui, faisait comme s'il n'avait rien vu.
« Regarde-la, Lucius… », minauda-t-il en secouant le visage de Narcissa de gauche à droite. « N'est-elle pas magnifique, ta femme ? Ta petite femme… Si douce… si docile… ta Narcissa. Certes vous avez eu des hauts et des bas, comme tous les couples qui se respectent… » Il tendit la main en direction de Bellatrix. « Tiens, regarde nous, avec Bella. Trente ans de mariage et c'est toujours comme au premier jour entre nous. »
« Là-dessus, tu as raison Rod' », cracha Bellatrix en lui jetant un regard méprisant. « Je te hais toujours autant qu'au premier jour. Si ce n'est plus. »
« Tu vois ? », fit Rodolphus avec un sourire ravi. « Qu'est-ce que je te disais… Bref. Tout ça pour dire… ta douce petite fleur sera bien traitée. Tant que tu nous seras fidèle, bien sûr. » Rodolphus se releva, lâchant le visage de Narcissa. « Je ne pense pas que ça pose trop de problèmes, ceci dit. Tu es un homme qui a besoin d'un guide. De principes. De valeurs. Notre combat a toujours été le tien. Rejoins-nous et tu pourras à nouveau te regarder dans la glace… sans avoir envie de t'envoyer une bouteille de bourbon juste après », gloussa Lestrange, tandis que Narcissa le fusillait du regard.
« Alors je crois que tu es mal renseigné, pauvre imbécile… », cracha la blonde, s'étonnant toujours de sa soudaine verve. « Lucius n'en a plus rien à faire de moi. Ton plan tombe complètement à l'eau. »
Le regard que lança alors Lucius à sa femme la fit se figer. Elle n'avait jamais lu tant de tristesse et de peur dans ses yeux-là avant aujourd'hui. Même lorsqu'il l'avait découverte dans les cachots, seule, après sa traîtrise une décennie plus tôt, il n'avait pas eu ce regard. Un gloussement de Rodolphus brisa le silence.
« Manifestement, il n'est pas du même avis que toi, Cissy chérie… », s'amusa-t-il en lui faisant un clin d'œil. « Bon, assez papoté avec vous les filles… Lucius et moi devons parler affaires. Si vous avez besoin de quoi que ce soit… » Il claqua des doigts en direction de l'un des molosses à l'entrée. « Jonah sera là pour veiller sur vous. »
Quelques instants plus tard et après un dernier regard désolé en direction de sa femme, Lucius avait disparu à la suite de Rodolphus. Le dénommé Jonah referma la porte en fer et la verrouilla d'un coup de baguette, avant de se poster, mains croisées sur l'estomac, devant la sortie.
Bellatrix laissa retomber sa tête en arrière, heurtant la cloison de fer avec un bruit sourd. « Fait chier… »
~o~
Le regard vide, la bouche pincée, un léger froncement faisant trembloter la peau entre ses sourcils. La tête penchée sur la gauche, bien calée dans l'oreiller blanc de l'hôpital désormais moldu et sorcier de Ste-Mangouste, Aria Stone fixait inlassablement les toits de Londres qui s'étendaient à perte de vue sous ses fenêtres. Elle distinguait les plateformes les plus hautes, grises, les cheminées et bouches d'aération qui ne fumaient pas encore en cette mi-septembre, les oiseaux perchés sur les antennes. Tout était de toute façon moins triste à regarder que les yeux de Ben, le sourire neutre et agaçant du médicomage, les expressions bienveillantes des infirmières qui défilaient devant son lit.
Elle avait été opérée. Du moins, c'est ce que les médicomages avaient dit quelques heures après son réveil. En état de choc, elle avait même fait un arrêt cardiaque. Là, les chirurgiens moldus étaient entrés en scène et l'avaient réanimée à grands coups de trois mille volts dans la poitrine. Sur le moment, elle avait aussitôt fait le rapprochement avec la douleur atroce ressentie pendant son rêve. Si tant est qu'un souvenir puisse vraiment être qualifié de rêve. Néanmoins, le souvenir s'était terminé en cauchemar. Le visage ensanglanté de Lucius, son cou formant un angle étrange avec ses épaules. Le trou béant à l'arrière de son crâne.
Elle avait mis plusieurs minutes à raccrocher les wagons. L'enquête. L'apothicaire. L'arrivée de Lucius. Leur dispute.
Les Mangemorts.
Elle se souvenait vaguement de l'explosion. Plus par flashs de couleurs vives et de sons assourdissants, que par de réelles images. Elle se rappelait la sensation de son tympan éclatant sous le souffle de la détonation. Elle revoyait le pied qui écrasait sa main alors qu'elle tentait désespérément de toucher Lucius, étendu à un mètre d'elle sur le pavé.
Lucius. Elle n'avait eu que ce mot-là à la bouche, hurlant, gémissant, pleurant ce nom qu'elle n'aurait jamais imaginé autant prononcer dans de telles circonstances. Elle avait cependant eu beau crier, tempêter, supplier, personne ne lui avait dit si Lucius était vivant ni où il se trouvait. Une seringue enfoncée dans sa perfusion avait fini par ramener le calme et elle s'était enfoncée dans un brouillard chimique, un ersatz de félicité dont seuls les sédatifs ont le secret. Mais toujours en marmonnant. Comme une litanie. Une prière.
« Lucius. »
Ben revenait de l'entrée de l'hôpital où il s'était grillé une cigarette, la première depuis cinq ans. La journée avait été rude. Aria s'était réveillée de longues heures après sa sortie du bloc opératoire, hurlant le prénom de son ex comme une folle furieuse. Ils n'avaient pas eu d'autre choix que de la mettre sous sédatif. Les soins qu'elle avait reçus étaient lourds et elle aurait besoin de beaucoup de repos.
La liste de ses blessures était interminable. Le médecin avait parlé d'un éclat de bois de trente centimètres de long, fiché dans son abdomen et qu'il avait fallu retirer. De côtes brisées, d'un poumon perforé, d'un traumatisme crânien. Ils avaient failli la perdre à la suite du retrait de l'éclat, mais le prodige de l'électricité avait fait son œuvre. Fractures diverses, contusions, Benjamin avait lâché très vite le fil, se contentant de regarder le médecin d'un air absent. Il ne voulait plus l'entendre. Il ne voulait plus le voir lister les mille et une choses qui avaient presque rayé Aria, son Aria, de la surface de la terre. Tout ce qui l'importait à présent, c'était de trouver les enfoirés qui avaient fait ça et de leur faire creuser leurs tombes.
Et puis elle était arrivée. Complètement paniquée, le visage dégoulinant de mascara et de fond de teint humide, ses hauts talons de working girl dans une main et une sacoche débordant de paperasse dans l'autre. Sandra, la reconnut Ben en lui jetant un regard désolé. La secrétaire d'Aria.
« Où est-ce qu'elle est ? », avait glapi la jeune femme en reconnaissant Ben dans le couloir. La sacoche tomba sur le carrelage. « Dis-moi où est-ce qu'elle est ?! » Puis elle s'était à son tour laissée choir près de sa besace dont le contenu glissait peu à peu au sol, et avait éclaté en sanglots. Sandra avait toujours travaillé au cabinet avec Aria et bien que l'une soit la patronne de l'autre, elles étaient très proches dès qu'elles quittaient leur lieu de travail. Lorsque Ben et Aria étaient ensemble la première fois, Sandra les avait invités à ses fiançailles. Aujourd'hui, cela lui semblait si lointain que cela aurait pu tout aussi bien se passer dans une autre vie.
Il l'avait réconfortée du mieux qu'il avait pu, lui expliquant qu'Aria était tirée d'affaire et lui avait offert un café. Et lorsque Sandra fut calmée, elle s'avéra une source d'informations précieuses pour Ben.
La jeune secrétaire avait entendu la nouvelle à la radio. Lucius Malfoy était mêlé à cette histoire, soi-disant du côté des Mangemorts d'après ce que disaient les médias. Mais elle n'en croyait pas un mot.
« Lucius n'aurait jamais fait de mal à Aria… du moins, il ne l'aurait jamais entraînée dans un truc pareil », fit Sandra en se mouchant maladroitement dans une serviette en papier de la cafétéria de l'hôpital. Elle lui jeta alors un regard contrit. « Désolée… je… tu ne dois pas avoir très envie de parler de lui. »
Ben pinça les lèvres et ravala sa rancœur. « Je sais que c'est pour lui qu'elle m'a quitté il y a deux ans, c'est bon tu peux cracher le morceau. »
Sandra déglutit et fronça les sourcils. « Quoi ? Non ! Enfin… ce n'est pas exactement comme ça que ça s'est passé. »
« Peu importe, parle-moi de ce type. Tout ce que tu sais », lâcha Ben, impassible.
« Je ne sais pas si Aria apprécierait que-
« Tu veux que je t'embarque pour entrave au déroulement d'une enquête ? », gronda Ben en la fusillant du regard.
Sandra haussa un sourcil peu convaincu. Elle savait qu'il n'en ferait rien. « Je croyais que tu étais suspendu… », marmonna-t-elle en touillant son café. Avant de renifler longuement. Ben lui tendit un autre mouchoir en papier.
« Je dois comprendre qui est ce type pour savoir s'il trempe dans des trucs pas nets… », se défendit Ben. Sandra eut alors une réaction qu'il n'aima pas particulièrement : elle ricana.
« Je suis à peu près sûre que 'Trucs pas nets' est son deuxième prénom, Ben… », railla-t-elle en secouant la tête. « En revanche, tu m'aurais posé une colle si tu m'avais demandé dans quoi de net il a trempé, la liste serait moins longue. Mais la seule chose dont je suis certaine, c'est qu'il ne toucherait jamais à un seul cheveu d'Aria. »
Ben ne dit rien mais laissa l'information faire doucement son chemin dans son cerveau. Que faisait-elle avec un type pareil ? Il ne comprenait pas.
« Je suppose qu'elle t'a dit pourquoi elle était devenue avocate ? », demanda Sandra d'un air entendu.
Mais Ben haussa les épaules. « Parce que le droit, ça la branche ? »
Sandra siffla de dédain et baissa d'un ton, comme si elle craignait d'être entendue. Ce qui était certainement le cas. « Quand elle avait la vingtaine à peine, elle a eu des embrouilles avec le monde sorcier. Tibélius Ogden, qui était seulement Juge et Président du Magenmagot à l'époque, l'a fait enfermer à Azkaban pour deux meurtres qu'elle n'avait pas commis. Dans le seul but de protéger ses propres intérêts de politicien véreux. »
« Pourquoi est-ce que ça ne m'étonne même pas ? », grinça Ben en buvant une gorgée de café. « Bref, quel rapport avec Malfoy ? »
« Ils étaient voisins de cellule », répondit Sandra avec un haussement de sourcils subjectif.
« Quel était son crime ? », demanda Ben, soudain intéressé.
Sandra esquissa un sourire énigmatique. Elle semblait adorer raconter des histoires croustillantes sur le dos de ce bon vieux Lucius. Elle se pencha un peu plus par-dessus la table avec des airs de conspiratrice. « Mangemort », chuchota-t-elle, tandis que Ben lui adressait un regard surpris. « Mais relâché au bout de six mois seulement pour avoir trahi son maître et aidé le camp d'en face à rétablir la paix. »
« Un traître ? », répéta Ben plus pour lui-même que pour Sandra, laquelle opina tout de même du chef. Plus la secrétaire parlait, moins il comprenait ce qu'Aria pouvait trouver à cet homme. Elle qui était si droite, si loyale…
« Une fois sorti de prison, il est revenu pour elle et même si elle ne m'a jamais dit ce qu'il s'est passé, j'ai cru comprendre qu'il l'avait sauvée in extremis d'un destin peu enviable… », reprit Sandra en cessant de chuchoter. « Ensuite, ils ont commencé à se voir de temps en temps… »
Ben ne put s'empêcher de faire la grimace. « Il est tout de même… » Il se tut, ne sachant pas avec quel qualificatif achever sa phrase.
« Vieux ? », proposa Sandra avec un petit rire. « C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures marmelades, dit-on… Toutefois, il faut avouer qu'il reste sacrément beau gosse. Ah le temps béni, où je pouvais voir son petit postérieur d'aristo se faufiler en douce dans le cabinet… »
Ben se renfrogna, ce n'était pas vraiment ce qu'il avait envie d'entendre pour le moment. Sandra retint un sourire puis reprit.
« C'est à partir de la fin de son diplôme universitaire que ça a commencé à être sérieux entre eux », fit la jeune femme en sirotant son café. « Le seule souci, c'est que Lucius est le genre d'homme à se plaindre sans arrêt de sa vie mais à ne pas vouloir lever le petit doigt pour la changer. Il trompait sa femme mais ne voulait pas la quitter. Le monde entier le saoulait royalement, mais il ne faisait rien pour l'améliorer et encore moins tenter de s'adapter… » Sandra esquissa un sourire. « Et puis tu es arrivé. Le jeune flic célibataire, brillant, passionné par son job, droit dans ses bottes… Lucius et toi, vous êtes vraiment le jour et la nuit. »
Ben se détendit pour la première fois depuis vingt-quatre heures et s'autorisa un léger sourire. « Tu me rassures, j'ai cru que tu étais une fan inconditionnelle de ce vieux croqueur de jeunes filles. »
Sandra balança la tête de gauche à droite et grimaça. « Aaah, je dois avouer… Disons que Lucius est comme une bonne bouteille d'absinthe tchèque : le côté interdit attire, c'est fort en bouche, les effets sont hallucinants mais le risque, c'est de terminer complètement dingue. Alors que toi, tu serais plutôt… une bonne bière. Simple, rafraîchissante, beaucoup moins dangereuse : une valeur sûre. Et garantie zéro gueule de bois le lendemain matin. »
Ben observa Sandra, avec une expression mi-figue, mi-raisin. La secrétaire étouffa un rire nerveux. « Pardon, c'était un compliment ? », lâcha sèchement Ben en la fusillant du regard.
« A toi de voir », approuva-t-elle en riant.
Alors qu'ils se fendaient tous deux d'un sourire las, une voix chargée de colère retentit dans la cafétéria de l'hôpital. Quelques infirmières qui passaient par là levèrent des regards désapprobateurs en direction de l'importun et Benjamin comprit soudain qu'il était dans de sales draps. Mais alors, atrocement sales.
« HODGKIN ! »
Sandra leva les yeux de son café, aperçut l'homme qui venait d'aboyer le nom de Ben et se leva précipitamment de son tabouret. « Tiens moi au courant s'il y'a du nouveau pour Aria, je repasserai quand elle sera moins fatiguée… Bon courage… », chuchota la secrétaire en détalant aussi sec.
Ben poussa un long soupir. Il n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui venait de le houspiller de la sorte. « Monsieur le procureur, que me vaut ce plaisir… », grommela Ben, les yeux rivés sur son café à moitié bu.
« Hodgkin, vous avez perdu la tête ou quoi ? », beugla le procureur devant son visage, tandis que Ben grimaçait et esquissait un mouvement de recul. « Continuer une enquête dont vous avez été dessaisi ? Entraîner une civile dans vos conneries ? Oui, Hodgkin, vos conneries ! Non mais vous vous prenez pour qui ? »
« Allons, mon ami, un peu de discrétion, par Merlin… », fit une voix dans le dos de Ben. Surpris, ce dernier se retourna cette fois, tombant nez à nez avec Tibélius Ogden. Les petits yeux perçants du Ministre de la Magie semblaient l'analyser mais pas avec le mépris qu'ils lui réservaient d'habitude. Ben y lisait aujourd'hui une once… d'intérêt ?, s'étonna le flic en haussant un sourcil.
« Vous mériteriez d'être démis de vos fonctions, Inspecteur ! », reprit le procureur en ignorant son collègue sorcier. « Désobéir ainsi aux ordres de vos supérieurs, c'est… c'est intolérable ! Vous avez toujours été un excellent élément, mais là vous dépassez les bornes ! »
« Avec tout le respect que je vous dois, Monsieur, on était simplement censés poser quelques questions à l'apothicaire », marmonna Ben, conscient qu'il ne servait plus à rien de nier. « L'attaque des maniaques en costume de Fantômette, ce n'était absolument pas dans le scénario. »
La remarque fit ricaner Ogden tandis que son homologue moldu semblait plutôt avoir du mal à la digérer. Il ouvrait la bouche pour faire pleuvoir une nouvelle avalanche de reproches sur son officier, lorsque le Ministre de la Magie lui tapota doucement l'épaule. « J'aimerais m'entretenir un moment avec l'Inspecteur Hodgkin, si vous le voulez bien. Allez donc… faire un tour, ça vous détendra. »
Le procureur lança un dernier regard furibond à Ben, qui se recroquevilla légèrement sur son tabouret, et tourna les talons. Ogden le suivit patiemment du regard jusqu'à ce qu'il ait disparu de la cafétéria et s'assit sur le tabouret que Sandra occupait encore quelques instants plus tôt.
« Bien… comment allez-vous, inspecteur ? En forme ? », demanda Ogden d'un ton guilleret.
Ben leva le nez et le fusilla du regard sans rien dire.
« Ah oui, c'est vrai », fit Ogden en agitant la main, comme s'il venait seulement de se souvenir du contexte. « Votre petite copine a failli y rester, ça ne doit pas être la joie. Le barreau de Londres a failli souffrir une grosse perte… »
« Ça n'aurait pas été une grosse perte pour vous, si j'ai bien compris… », grinça Ben. Le Ministre se raidit quelque peu et plissa les yeux.
« La petite et moi avons certes eu quelques accrochages par le passé… », éluda Ogden avec un sourire faux. Ben ne put s'empêcher de ricaner. « Mais ce n'est pas pour cela que je viens vous voir aujourd'hui. »
« Vraiment ? », ironisa l'inspecteur en vidant son gobelet d'un trait. « Par pitié, dites-moi tout, ce suspense est insoutenable. »
Ogden lui adressa un regard agacé puis se racla la gorge. « Je voulais savoir comment vous avez eu l'idée de rendre visite à cet apothicaire. Et également connaître les ingrédients manquants de cette drogue que les 'H' utilisent contre nos jeunes évolutions génétiques et leurs familles. » Ben ouvrit la bouche mais Ogden leva la main pour le faire taire. « Ne niez pas, je suis certain que d'une manière ou d'une autre, vous avez découvert ce dont il s'agit. »
Ben referma la bouche et réfléchit un moment. « Pourquoi est-ce que je vous le dirais ? », demanda-t-il en fronçant les sourcils. « J'étais sur une piste, j'avais une tétrachiée de cadavres sur les bras et des éléments qui peu à peu commençaient à s'imbriquer de manière logique… » Il croisa les bras sur la table et se pencha en avant, se rapprochant d'Ogden. « Et vous m'avez fait suspendre. »
Ogden fit claquer sa langue contre son palais et roula des yeux. « Oui eh bien… nous faisons tous des erreurs, nous sommes humains après tout », fit le Ministre comme si les faits que rapportait Ben n'étaient qu'un détail. « Je pensais à ce moment-là pouvoir gérer l'affaire en interne, éviter la panique chez les moldus, de la mauvaise pub… Si effectivement j'avais su que vous étiez déjà beaucoup plus avancé que nous, je vous aurais proposé plus tôt ce dont je m'apprête à vous faire part aujourd'hui… »
Le Ministre laissa sa phrase en suspens, le temps qu'elle fasse son chemin dans l'esprit du flic et attise sa curiosité. Mais comme Ben gardait les lèvres scellées et lui jetait un regard narquois, Ogden commença à se sentir plus qu'agacé.
« Les Aurors et la police moldue pourront collaborer et vous ferez partie des dirigeants de l'équipe, voilà », lâcha Ogden sèchement. Ben se contenta d'un haussement de sourcil ce qui acheva d'irriter son interlocuteur. « Quoi, vous voulez que je vous supplie, Hodgkin ? », siffla le Ministre avec un regard assassin.
« Faut voir… », ironisa l'inspecteur en haussant les épaules. « Peut-être que ça m'aiderait à me décider si vous vous mettiez à genoux… »
« Vous êtes un petit con », gronda le Ministre en détournant le regard.
« Et vous un imbécile », siffla Ben, alors que l'autre écarquillait soudain les yeux devant tant d'impudence. « En me virant, vous avez fait perdre un temps précieux pour le déroulement de l'enquête et chaque minute de perdue de notre côté, c'est une minute de gagnée pour les H. »
Le Ministre fit de nouveau claquer sa langue contre son palais. Cela semblait être un tic chez lui dès que la situation le contrariait. Ben pensa avec amusement qu'il allait certainement l'entendre très souvent dans un futur proche. Se levant de son tabouret, il ramassa son gobelet vide et tourna la tête en direction d'Ogden. « J'accepte. » Le sorcier leva un regard surpris et intéressé. « Je partagerai mes infos avec vos équipes et je dirigerai les opérations. Je veux coincer ces enfoirés », ajouta Ben en faisant un geste de la main vers le couloir qui menait au reste de l'hôpital. Aux chambres. A Aria. « Mais je veux carte blanche, ainsi qu'une équipe fiable et qui ne rendra ses comptes qu'à moi. Pas à vous. Et tout ça, ce sera prêt lundi matin dans les locaux des Stups. » Il tapota le dos d'Ogden et celui-ci sembla outré par tant de familiarité. « Je vous laisse vous en charger », ajouta Ben avec un sourire narquois. « En ce qui me concerne, je ne bougerai pas d'ici du weekend. »
Il s'éloignait déjà quand Ogden l'interpella. « Et qu'en est-il de votre beau discours ? Une minute de perdue pour nous, c'est une minute de gagnée pour eux et caetera ? », ironisa le Ministre.
Ben se retourna une dernière fois et le fusilla du regard. « Démerdez-vous pour me réhabiliter et constituer cette équipe avant lundi matin huit heures. Si les H déclenchent une apocalypse avant ça, j'aurai au moins passé quelques heures aux côtés de celle que j'aime au lieu de me farcir un vieil égocentrique véreux et turpide. Bonne soirée, Monsieur le Ministre. »
Le menton posé sur son poing et une expression quelque peu vexée sur ses traits, Ogden regarda l'inspecteur Hodgkin s'éloigner dans les couloirs de Sainte-Mangouste. Puis lentement, il se leva, enfila sa veste et partit en direction de la sortie en maugréant.
« Petit con… »
~o~
Il devait avouer qu'un sentiment étrange s'était emparé de lui après l'annonce de l'attentat sur le Chemin de Traverse. Une sensation qui faisait battre son cœur, pulser le sang dans ses veines, écourtait son souffle. Des fourmillements dans les doigts, une envie irrépressible d'aller voir si tout allait bien. Etait-ce… l'inquiétude ? Sûrement. Il n'avait plus ressenti d'émotions aussi fortes depuis longtemps. La naissance d'Elias ? L'adolescence, peut-être ? Il ne s'en souvenait pas.
Si comme il le présumait, l'attaque et les meurtres perpétrés contre les enfants génétiquement modifiés étaient liés, cela signifiait que les ennemis étaient passés à l'offensive. Peut-être avaient-ils même attaqué Londres pour faire diversion ? Poudlard était peut-être sous un assaut terrible pendant que le monde avait les yeux tournés vers la capitale ?
Toute la journée du samedi, il avait été forcé de rester à Londres, coordonnant les mesures de protection des familles d'enfants potentiellement en danger, de réunions interminables en réunions interminables. Gordon Laboratories était en effervescence et tous les employés comptaient sur lui pour garder la tête froide. Et il y arrivait, mais toujours avec cette anxiété au creux de son estomac. Est-ce qu'Elias va bien ?
Dès qu'il l'avait pu, Théodore avait donc transplané jusqu'à Pré-au-Lard. Vu d'ici, tout semblait calme au château. Les élèves en visite au village riaient et dévalisaient Zonko, comme c'était la coutume chaque samedi. L'ambiance était détendue, bien loin des débats enflammés qui agitaient tout Londres depuis vendredi matin. Il se sentit un peu rassuré mais pas totalement. Il devait s'assurer véritablement que son fils allait bien et ensuite, il repartirait. Prêt à affronter une nouvelle semaine de dingue.
Théodore prit une grande inspiration et se concentra comme il le put au milieu du brouhaha ambiant sur une seule et unique chose. L'aura d'Elias. Il arriverait à la percevoir depuis le village, même si celui-ci était au château, près du Lac Noir ou sur le terrain de Quidditch. Ça suffirait. Mais pas longtemps surtout, ça ne serait pas prudent.
Je ne devrais pas…
Théodore fit taire la voix de la raison et ferma les yeux. Il s'attendait à entrevoir l'énergie de son fils lointaine et faible, mais c'est un véritable tsunami d'émotions et de force vitale qui déferla dans son esprit. Surpris, Théodore lâcha un hoquet et rouvrit les yeux. Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : Elias était tout près. Ce qui n'était pas normal puisque les premières années n'étaient pas censés sortir du château.
Il est en danger, je le savais…
Sentant une fureur indescriptible s'immiscer dans ses membres, Théodore se mit à scruter les environs de ses yeux noirs comme l'Enfer. Il s'apprêtait à lancer un sortilège de localisation lorsqu'il le vit soudain.
L'enfant sortait de chez Zonko, une grande sucette rouge à la main et le sourire aux lèvres. La fureur de Théodore retomba comme un soufflé hors du four et il fronça les sourcils, décontenancé. La main d'Elias (celle qui ne tenait pas la sucette) serrait quelque chose. Une autre main. Une main pâle, reliée à un corps qu'il ne connaissait que trop bien, pour en avoir rêvé chaque nuit depuis plus d'une décennie. Hermione regardait sa montre en riant.
« Il est déjà dix-sept heures trente, Rogue va te tuer ! », grommela une autre personne à côté d'elle. Malfoy. La mine boudeuse, les mains enfoncées dans les poches. Tellement fidèle à lui-même.
« Ce n'est pas ma faute s'il y avait un monde pas possible chez Zonko ! », protesta Hermione. « On allait pas ramener ce pauvre gosse sans avoir au moins fait une razzia de bonbons ! »
Théo se plaqua furtivement contre une boutique et les regarda passer de loin. Ils semblaient partir en direction de Poudlard. Le jeune PDG vit Draco se pencher vers Elias pour lui adresser un regard désapprobateur.
« Hé, gamin, c'est bon tu peux lui lâcher la main, là », le harangua le blond en fronçant les sourcils. « C'était juste pour ne pas te perdre dans la boutique, mais là tu peux arrêter. »
Hermione leva les yeux au ciel et secoua la tête.
« Si je veux », rétorqua Elias en tournant des yeux féroces en direction de Draco.
« Dites, ce n'est pas bientôt fini vous deux ? Je commence à me demander lequel va se prendre la première fessée… », soupira Hermione avec un rictus narquois.
Le blond lui fit un sourire coquin et haussa les sourcils. « Je veux bien me dévouer… », eut-il le temps de ricaner avant qu'Hermione ne lui assène une tape sur le haut du crâne.
Le reste de leur conversation se perdit dans le tumulte des visiteurs. Ils s'éloignaient petit à petit, prenant le chemin du château sans trop se presser et Théo vit Hermione remettre un coup sur la tête de Draco tandis qu'Elias semblait s'esclaffer.
Le brun regarda le trio disparaître derrière une rangée de petites maisons et constata que l'angoisse qu'il avait ressentie toute la journée avait bel et bien disparu. Remplacée par quelque chose de nouveau et en un sens, de beaucoup plus douloureux.
L'envie.
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Et voilààà ce sera tout pour aujourd'hui ! Encore désolée pour cette interruption de quinze jours, j'espère que ça n'a pas été trop long ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Les situations changent peu à peu pour chacun et pas toujours en bien ! Il y aura beaucoup plus de Théodore dans le chapitre suivant, puisqu'il revient sur le devant de la scène (avis aux amatrices) ! A lundi prochain et en attendant de vous lire, je vous fais plein de bisous !
Et comme dit ma grande prêtresse de Canal Maïtena Biraben, Que votre semaine soit belle !
Xérès
