Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Encore un chapitre assez court mais pas trop, ne m'en veuillez pas ! En ce moment, entre le boulot et le reste j'ai du mal à m'en sortir. Imaginez un vilain petit lutin sur mon épaule gauche qui me susurre : « Mets ta fiction en pause quelques semaines, le temps de voir le bout du tunnel, allez… » MAIS je ne cèderai pas au vice de l'oisiveté et de la fainéantise. De plus, après tout ce que je vous ai fait subir avec l'horrible cliffhanger de la semaine dernière, c'est le MINIMUM syndical. Je m'excuse encore (mais pas trop) pour votre overdose de feels et je vous souhaite une bonne lecture ! Avertissement : scène citronnée dans ce chapitre…. :p

Merci à tous mes nouveaux follow/fav (LaJulietteSansRoméo), à MissDraymione, Wizzette, Voldynouchette, Marion, Mikasa, Acide'Nette, une fan, PouleauPotter, Ronald stinks, DreamLoveRead, Gouline971, le chéri, Mia1912, Erza Robin, Eliane Gil, laloudu77, faerycyn, Lyly Ford, aussidagility, still-hoped, Drasha, Passion Fugace, TiteTyLee, 2fillesuneplume, jujupititetortue, Rh pour leurs reviews et à toutes celles qui ont fait des bisous à mon chéri. Lui aussi vous remercie ! u_u

RAR :

Marion : des tomates et des œufs pourris, carrément ! Tu as raison de garder espoir, ça fait vivre ! ahah. Attention spoil : ce n'est pas le colonel Moutarde avec le chandelier ! Voilà, j'espère que ça fait avancer ton enquête, hihi. Gros bisous et merci pour ta review !

Mikasa : la réponse à tes questions sur Aria dans ce chapitre ! ) J'avoue c'était très vilain de ma part de vous laisser mariner comme ça pendant une semaine. Vilaine moi ! Merci pour ta review et gros bisous !

Une fan : mais je réponds toujours aux reviews et promis, je ne mords pas ! (Pas sans ton consentement, du moins ! ahah). Pas touche à Théo, je suis la seule à pouvoir lui donner des fessées, non mais ! Bien sûr, d'autres indices arriveront sur le contenu du coffre mais pas tout de suite ! En attendant, un petit cadeau chaud chaud chaud dans ce chapitre ! Bonne lecture et merci à toi ! )

Aussidagility : et pourtant c'est bien Rodolphus qui dirige ! Il n'y a plus rien à découvrir du côté des H, le reste de l'intrigue tourne autour de Théo maintenant et de ce que préparent les H pour la suite. Merci pour ta review !

Still-hoped (aka Sandra, aka celle qui veut me torturer si je n'accède pas à ses désirs…) : tu devrais implorer mon pardon à genoux, infidèle ! Ce chapitre te prouve devant tous les dieux, Merlin et les hommes que je ne suis jamais méchante très longtemps avec mon Draco-chou. Non mais ! mdr Merci pour ta review et des bisous. PS = on attend toujours l'OS Plumaco XD

Drasha : « ne la fais pas moururte » ? ahahah bah tu vas vite savoir si elle est moururte ou pas, t'inquiète pas ! J'espère que tes problèmes perso ont trouvé une solution, en tous cas ! Bonne lecture et merci pour ta review !

Jujupititetortue : moi aussi je suis allée voir 50 shades et bon… y'a eu certains moments où j'ai ri, parce que Anastasia est vraiment trop gourde, mais dans l'ensemble à part la musique qui était fantastique, le film en lui-même était naze. Et la fin ! J'ai halluciné sur cette fin brutale, sans explications ni rien. On a vraiment l'impression d'avoir perdu deux heures. Bref… J'espère que ce chapitre te plaira ! Il y aura un tout petit lemon dedans, ce ne sera pas 50 shades mais j'espère que ça ira ! XD Merci pour ta review !

Rh : ahah des moments de détente ! Je ne suis pas sûre que toutes les filles soient de ton avis après la fin du chapitre 18. XD Merci pour ta review et bonne lecture !

Chapitre 19 : Now You're Here, There's No Way Back

« Génial, on va se coltiner ce cher Collins en mission aujourd'hui », grommela Ron en observant sombrement le tableau Véléda de la salle de réunion de la Brigade des Stupéfiants. Le rouquin avait une migraine carabinée. Pas seulement parce qu'il avait passé la journée de la veille à lire et à retenir des centaines de pages d'enquête, mais aussi parce qu'il s'était laissé convaincre en fin de soirée de rejoindre Fred, Blaise et trois filles inépuisables dans un bar du centre-ville de Londres. Le bar s'était changé en boîte, la boîte en after et voilà qu'après seulement une heure trente de sommeil, il avait fallu aller travailler. Juste un verre, qu'il disait le Blaise, pensa Ron avant de plisser les yeux et de grimacer. Le simple fait de penser était douloureux.

« Tu as une tête affreuse », commenta Matthew O'Connell, son partenaire avec une expression narquoise.

« Je te remercie », rétorqua Ron en se détournant du tableau. « Au moins, on bosse au grand air, aucun risque que le patron me grille. »

Matthew haussa les épaules d'un air dubitatif tout en prenant à son tour connaissance de la nature de leur mission de la journée. « Inspecter les H ? », s'étonna-t-il en fronçant les sourcils. « Attends, ils parlent des H sur les murs ? »

Ron hocha la tête.

« C'est toujours mieux que celle de Flint : saisir les caractéristiques des meurtres dans la base de données et chercher des similarités avec d'autres affaires non élucidées », lut Matthew avec une pointe de sarcasme.

« Il paraît que c'est Flint lui-même qui s'est proposé », commenta Ron d'un air grave. Que l'on puisse volontairement faire ce travail dépassait complètement le roux. Décidément, le Serpentard et lui n'étaient pas sur la même longueur d'ondes.

« Bah, je lui laisse », renchérit Matthew en venant se poster près de Ron. « Bon, qu'est-ce qu'il fout, Collins ? », ajouta-t-il en regardant sa montre.

« Il est probablement quelque part à tenter de battre un record international de léchage de culs », gloussa le jeune Weasley tandis que son partenaire ricanait. Tous deux sortirent de la salle de réunion pour se diriger vers la sortie, en espérant trouver leur dernier équipier, lorsque des éclats de voix leur firent tourner la tête. Ils provenaient du bureau de Hodgkin. A travers les cloisons vitrées, les deux Aurors constatèrent qu'il n'était pas seul : un agent du Ministère de la Magie et un policier moldu se trouvaient avec lui et ils semblaient lui avoir annoncé une nouvelle peu réjouissante. Le visage fermé et les sourcils froncés, Benjamin Hodgkin saisit son blouson en cuir noir, contourna les deux hommes et sortit en trombe dans le couloir.

« Qu'est-ce qu'il lui prend ? », marmonna Matthew en le suivant des yeux.

Ron se contenta de secouer la tête en signe d'incompréhension. Un mouvement attira alors son regard sur sa droite. Dans la salle informatique, Marcus Flint était déjà à son travail de saisie. Il avait levé la tête en entendant Hodgkin détaler et esquissait à présent un rictus indéfinissable. Lorsqu'il vit Ron l'observer, le rictus disparut et Flint lança un « Salut, Weasley », sur ton horripilant et mielleux.

Ron ne lui répondit pas et après l'avoir fusillé du regard, suivit Matthew à la recherche de leur coéquipier de la journée.

~o~

Il régnait une grande agitation à l'hôpital de Sainte-Mangouste. La jeune femme pouvait le sentir. L'entendre. Comme si quelqu'un avait donné un grand coup de pied dans la fourmilière du personnel médical. Des infirmiers arpentaient les couloirs à grands pas, vérifiaient l'état des patients plus fréquemment que d'habitude. Un agent de police passait régulièrement devant l'entrée de sa chambre depuis qu'elle s'était réveillée à l'aube et une question lui brûlait les lèvres : Pourquoi ?

Avec des gestes lents et précautionneux, elle bascula les jambes hors du lit, grimaçant lorsque son corps meurtri protesta dans le mouvement. Agrippant son pied à perfusion d'une main ferme, elle se mit sur pieds, comme l'infirmière le lui avait appris la veille lorsqu'elle l'avait autorisée à se lever pour la première fois depuis des jours. Les médicomages avaient fait du bon boulot. A peine quatre jours depuis l'incident et elle pouvait déjà tenir sur ses jambes. Ça ne tenait pas du miracle, mais ça y ressemblait franchement. A petits pas, elle se dirigea vers le couloir mais à peine avait-elle mis le nez dehors que le garde-chiourme posté à l'entrée s'interposait.

« Mademoiselle, vous ne pouvez pas sortir de votre chambre. Veuillez vous recoucher », ordonna-t-il en lui barrant le passage.

La jeune femme lui jeta un regard interloqué. « Alors ça, c'est la meilleure. On est encore en démocratie, que je sache ? », rétorqua-t-elle en le toisant.

« C'est pour votre sécurité, Mademoiselle », reprit l'agent sur un ton plus doux. « Et techniquement, l'Angleterre est une monarchie. Regagnez votre lit, s'il vous plaît. »

Mais elle n'obtempéra pas. Elle était bien décidée à savoir ce qui se tramait dans l'hôpital et le pourquoi de tout ce grabuge.

« Dans ce cas, vous avez un ordre de la Reine elle-même ? », demanda-t-elle tandis que le policier réprimait un soupir agacé.

« Mademoiselle, cessez donc de-

« ARIA ! », beugla une voix dans le couloir.

Aria Stone se retourna, surprise, juste à temps pour sentir deux bras l'attirer avec force contre un torse musclé, tandis qu'une bouche écrasait la sienne et que deux mains serraient son visage comme un étau.

« Mais… mais… qu'est-ce que… mais ? », haletait Aria entre deux baisers de son assaillant. Au son du cuir qui crissait contre elle et au parfum qu'elle ne connaissait que trop bien pour le lui avoir elle-même offert deux ans plus tôt, elle identifia Ben et laissa l'inspecteur la couvrir de baisers sans pour autant comprendre de quoi il retournait.

« Monsieur… ? », fit le garde d'une voix sévère en approchant. Ben sortit aussitôt son badge de la police pour le rassurer. Après un bref coup d'œil sur sa carte, il recula et reprit son poste.

« Bon sang, j'ai cru… j'ai cru que je t'avais perdue… », murmurait Ben tout en caressant précipitamment les cheveux, les joues, la nuque de l'avocate comme s'il ne l'avait pas vue depuis vingt ans.

« Je n'ai pas bougé d'ici ! », protesta Aria en fronçant les sourcils. Avant d'ajouter, en roulant des yeux : « Enfin si, on m'a changé de chambre hier en fin d'après-midi pour quitter les soins intensifs, mais je n'ai pas bougé de l'hôpital ! »

Ben cessa de tripoter et d'embrasser Aria, se reculant pour la dévisager avec une expression d'intense soulagement.

« Sérieusement, je t'ai manqué à ce point depuis hier ? », l'interrogea-t-elle avec une expression incrédule.

Ben ferma les yeux et se frotta énergiquement le visage des deux mains. Aria ne comprenait pas pourquoi il était dans cet état. C'était comme si le monde entier était soudainement devenu parano à l'extérieur de sa petite chambre d'hôpital.

« La personne qui a pris ta chambre hier soir aux soins intensifs a été assassinée, cette nuit », déclara-t-il tandis qu'Aria écarquillait les yeux, horrifiée. « On pense que tu étais la cible mais que le ou les meurtriers n'avaient pas été informés de ton transfert dans un autre service. »

L'avocate porta une main tremblante à ses lèvres. Ça ne pouvait pas être vrai, c'était de la folie. « Il… tu es sûr que cette personne a été tuée… ? Que lui est-il arrivé ? Qui c'était ? », balbutia-t-elle.

« Un moldu victime d'un accident de la route sur le périphérique… », expliqua Ben. « Les experts en sortilèges du Ministère de la Magie ont conclu tôt ce matin à l'utilisation d'un Avada Kedavra, le sortilège de m- »

« Mais un Avada Kedavra ne laisse aucune trace, cet homme aurait très bien pu être victime d'une crise cardiaque durant la nuit… », déclara-t-elle très vite. Elle ne parvenait pas à imaginer que des hommes avaient pu se glisser dans l'hôpital pour la tuer. Si elle n'avait pas changé de chambre…

« Aria, un sortilège a été jeté aux moniteurs pour faire taire l'alarme, puis ils ont été débranchés… », reprit Ben, d'une voix douce.

« Oh mon Dieu… », souffla la jeune femme en serrant soudain son pied à perfusion pour ne pas tomber. Ses jambes tremblaient et l'annonce de la nouvelle oppressait ses poumons convalescents.

« Aidez-moi à la ramener dans son lit », ordonna aussitôt Ben au policier en faction. Tous deux soutinrent la jeune femme et la firent de nouveau asseoir sur le matelas. Puis le policier s'éclipsa pour les laisser seuls. Les yeux perdus dans le vague, Aria semblait sous le choc. Elle comprenait mieux pourquoi tout le personnel semblait sur les nerfs et pourquoi sa porte était sous bonne garde. Pour la deuxième fois en quatre jours, on avait tenté de la tuer. Harry Potter lui-même n'avait probablement pas fait mieux. Aria se laissa rasseoir et remettre sous les couvertures, le cerveau en ébullition. Toute cette histoire était complètement insensée.

« Pour l'instant, peu de gens savent que tu es en vie et tous se trouvent dans cet hôpital », reprit Ben en serrant ses doigts entre les siens. « Plus longtemps ce sera le cas, mieux on pourra organiser ta sécurité. En attendant… tu ne sors pas de cette chambre. »

Aria hocha silencieusement la tête, une boule dans la gorge. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait peur. D'une peur panique, qui si elle n'avait pas été perfusée et encore faible, l'aurait faite détaler en courant depuis longtemps. Sa vue se brouilla et elle sentit les larmes piquer son nez. L'épée de Damoclès au-dessus de sa tête, la disparition de Lucius, la mort d'un nouvel innocent par sa faute… tout ça était bien trop réel, bien trop brutal. Peu à peu, elle sentit les barrières qu'elle avait dressées ces derniers jours s'effondrer et une vague de terreur la submergea. Comme dans un rêve, elle sentit Ben la serrer contre lui et caresser ses cheveux, mais plus rien n'existait d'autre que les larmes qui roulaient sur ses joues et les sanglots longs et déchirants qui sortaient de sa gorge encore irritée par les poussières de l'explosion.

~o~

Le gigantesque H sur le mur de la salle à manger semblait les narguer. Il régnait dans la maison des parents de Wesley Morgan une ambiance encore sinistre et lourde, empuantie par les quelques restes de matières biologiques incrustées dans la moquette. Les corps avaient été retirés depuis longtemps maintenant, mais la vue des photos dans le dossier suffisait à Ron pour encore imaginer les trois membres de la famille pendus à l'épaisse poutre du plafond, se balançant faiblement au bout de leurs cordes. C'était presque s'il n'entendait pas celles-ci grincer contre le bois.

Ils avaient eu l'embarras du choix pour trouver un « H » à observer. Mais Matthew avait suggéré celui qui se trouvait dans la maison des Morgan, car il semblait persuadé que sa symbolique (ou son utilité, le cas échéant) serait plus facile à déterminer sur les lieux d'un meurtre. Ron ne pouvait pas le contredire, surtout maintenant qu'il était sur les lieux et qu'il pouvait ressentir par lui-même l'ambiance lugubre de la scène de crime. Le H n'était pas à l'extérieur et visible de tous, cette fois. Il était dans la maison, ce qui excluait l'hypothèse d'un simple signe de reconnaissance ou de propagande. Il signifiait quelque chose de précis, qui aurait pu être identifié par les victimes, ou qui avait simplement une utilité propre.

« C'était qui, déjà, ces gens ? », demanda Collins en prenant dans ses mains une photo représentant la famille au complet, et dont le cadre était posé sur le manteau de la cheminée.

Matthew leva les yeux au ciel tandis que Ron répondait mécaniquement sans quitter le H des yeux. « Le fils bossait chez Gordon Labs. Apparemment, il est soupçonné d'avoir sorti des informations confidentielles sur les familles ayant eu recours à la manipulation génétique pour avoir un enfant sorcier. »

Collins reposa le cadre et vint se poster près de Ron, les mains enfoncées dans les poches de son long trench noir. Le rouquin se retint de le fusiller du regard. Collins était un incapable, un pistonné, un parvenu, qui se croyait supérieur à tout le monde. Mais ce qui horripilait le plus Ron, c'était sa manière de se la jouer avec son trench de détective du dimanche. Il ne lui manquait que les lunettes de soleil d'aviateur pour que la caricature soit parfaite.

« Ce truc, c'est juste une signature… Les types s'amusent à le faire apparaître partout, ça leur donne un sentiment d'appartenir à un groupe puissant, une communauté secrète et omniprésente… », marmonna Collins avec une moue méprisante. « Ça les excite. »

Matthew, qui sondait la lettre à l'aide de sa baguette, secoua la tête. « Non, il y a quelque chose de plus. La magie est toujours à l'intérieur… »

« C'est normal si la lettre a été créée à l'aide d'un sortilège, non ? », répondit Collins en haussant les épaules.

« Ça le serait si le H avait été créé il y a quelques heures… », fit Ron en s'approchant à son tour au plus près du signe. « Lorsqu'un sortilège modifie un objet ou l'environnement, comme c'est le cas ici, la trace magique est puissante dans les minutes qui suivent, puis s'atténue progressivement jusqu'à disparaître à court terme. Cela est valable pour une modification seulement, dont l'utilité finale n'est pas magique. »

« Mais cela fait plus d'une semaine maintenant que ce H est ici », reprit Matthew en fronçant les sourcils. « Et pourtant la trace est aussi puissante que s'il venait d'être créé juste avant notre arrivée. Il n'y a qu'une seule explication à cela : la lettre a une utilité magique, quelque chose qui peut être activé à tout moment pour peu qu'on sache comment s'en servir. »

« Comme la Marque des Ténèbres ? », demanda Collins, qui voyait peu à peu où ses collègues voulaient en venir.

« Exactement », fit Ron en posant une main à plat sur la lettre. « Voldemort la plaçait sur les bras de ses adeptes et lorsque l'un d'entre eux activait la magie que renfermait la Marque, tous les autres sentaient qu'ils étaient appelés. »

« Ils l'utilisaient pour communiquer », acheva Matthew en se tournant vers Collins. Celui-ci réfléchissait.

« Les H partout en ville ne sont pas assez discrets pour communiquer, ils doivent avoir une autre utilité », marmonna-t-il, pensif.

« Aucun voisin n'a vu qui que ce soit rendre visite aux Morgan le jour estimé de leur mort, et pourtant d'après le dossier, leur voisine d'en face est une espionne digne du MI-6. Si quelqu'un leur avait rendu visite en passant depuis l'extérieur, elle l'aurait vu », reprit Ron en désignant la fenêtre qui donnait sur la rue. « Je pense que ce H permet donc bien plus que de simplement communiquer ou appeler une autre personne. »

Matthew comprit aussitôt la conclusion que venait de tirer Ron. Il sourit et hocha la tête. « Ils s'en servent pour voyager. »

~o~

Le mardi était la journée la moins chargée d'Hermione. Elle terminait son dernier cours à quinze heures et n'ayant rien d'important à préparer pour le reste de la semaine, elle décida de s'octroyer un après-midi de tranquillité à la maison. Peut-être regarder l'un des nombreux films qu'elle n'osait jamais visionner en présence de Draco, ceux où il est presque de rigueur de s'essuyer les pieds et de déposer son cerveau sur le côté avant d'entrer. En temps normal, elle n'allait jamais vers ce genre de divertissement. Mais parfois, c'était si bon de ne penser à rien du tout…

Avec un petit sourire réjoui, elle quitta le château et entreprit de remonter le chemin jusqu'à Pré-au-Lard à pied. Il faisait beau et elle avait tout son temps. Tout en fredonnant un petit air guilleret, elle prit son téléphone dans son sac, l'alluma et sans le regarder, le remit dans sa poche. Quelques secondes plus tard, il vibra contre sa cuisse et elle le ressortit avec un sourire plus prononcé. Peut-être un petit SMS adorable de Draco ou une blague des jumeaux ? Elle leva l'appareil jusqu'à ses yeux et fronça les sourcils. Un numéro inconnu venait de lui envoyer un message. Elle cliqua sur la touche pour l'ouvrir et son sourire disparut aussitôt.

J'ai adoré te serrer dans mes bras, hier. TN

Hermione déglutit et leva le nez de l'écran pour scruter les environs. Tordu comme il l'était, Nott pouvait très bien se cacher quelque part pour guetter sa réaction lorsqu'elle lirait le message. Mais à l'exception d'un petit groupe d'élèves de cinquième année assis dans l'herbe et qui riaient aux éclats, il n'y avait personne. Comment est-ce qu'il a eu ce numéro, bon sang ?, pensa Hermione en reportant son attention sur le message. A coups de doigts agiles, elle s'empressa de l'effacer. Il était hors de question que Draco tombe dessus par hasard, il deviendrait fou. Subitement, toute envie de végéter devant un film ou de fredonner gaiement s'évanouit et elle pinça les lèvres.

La perspective de sa maison vide et silencieuse ne lui paraissait plus aussi attrayante. Elle savait que tout espoir de « ne penser à rien » s'était évanoui à la minute où elle avait pris connaissance du message. D'enjouée et détendue, elle était passée en quelques secondes à anxieuse et paranoïaque. Et en sentant son portable vibrer à nouveau entre ses doigts, elle comprit que ça n'allait pas s'arranger.

Surtout ne répond pas, ça serait dommage.

« L'enfoiré… », jura Hermione, tremblante. Il avait dû recevoir l'accusé de réception de son message et maintenant, il s'énervait car elle ne répondait pas dans la seconde qui suivait ? Magnifique. Il voulait une réponse, il allait en avoir une.

Comment tu as eu ce numéro, espèce de taré ?

Elle cliqua sur Envoyer de toute la force de son pouce, comme si la pression qu'elle exerçait sur la touche se transformerait en un poing qui frapperait Nott au visage à la lecture. Si seulement…, pensa-t-elle en cessant de marcher. Mieux valait ne plus trop s'éloigner de Poudlard, au cas où Monsieur le Doux-Dingue déciderait de lui faire payer son impertinence en rappliquant manu militari. Mais au lieu de ça, il renvoya un message.

Je t'envoie un gentil message et toi, tu m'insultes. Tu as conscience d'être très impolie ou pas ?

Hermione écarquilla les yeux et ouvrit la bouche. « Non mais je rêve… », maugréa-t-elle en effaçant aussitôt la conversation avec rage. Il me harcèle et me fait une leçon de politesse par-dessus le marché ?! Oh et puis zut, ajouta-t-elle intérieurement en éteignant son téléphone. Voilà, maintenant, elle était certaine que son après-midi était fichue. Qu'allait-elle bien pouvoir faire ? Rentrer à la maison seule était exclu. Rester à Poudlard au risque que Théo vienne y fourrer son nez ? Peu engageant.

De toute façon, où que j'aille, je ne me sentirai pas en sécurité…, pensa Hermione, sombrement. Avant de réaliser qu'elle se trompait. Le sourire revint sur ses lèvres. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas rendu visite à Draco sur son lieu de travail. Elle espérait seulement qu'il ne soit pas en visite ou trop occupé. Au pire, elle papoterait avec Blaise. De toute façon, elle n'avait pas d'autre option. Reprenant la route d'un bon pas et quelque peu rassérénée, Hermione quitta le périmètre de Poudlard et transplana jusqu'à Londres.

Elle atterrit à quelques dizaines de mètres de Sorc'immo et se retint de ne pas courir jusqu'à la porte de la petite agence. Un simple coup d'œil à travers la vitrine lui indiqua que Blaise n'était pas à son bureau et qu'il n'y avait aucun visiteur. Elle poussa la porte et vit Draco lever le nez depuis le fond de la pièce.

« Coucou », chantonna-t-elle avec un large sourire, que le blond lui rendit au centuple, avec une pointe d'étonnement.

Il se leva et courut vers elle pour la prendre dans ses bras. « Qu'est-ce que tu fais là ? », demanda-t-il, subitement inquiet de la voir arriver à l'improviste.

« Je finis tôt le mardi et… je n'avais pas envie de rester seule à la maison… », répondit-elle avec un haussement d'épaule et une petite moue boudeuse.

« Ça tombe bien, j'en avais marre d'être tout seul, ici… », approuva Draco en l'embrassant dans le cou. Hermione gloussa. « Blaise est rentré plus tôt. Il était en mode zombie toute la matinée à cause de trois étudiantes en médecine survoltées et autant d'hectolitres d'alcool… Heureusement que les affaires sont calmes en ce moment. »

La brune éclata de rire et enroula nonchalamment son index autour de la cravate de son fiancé. « Tu veux dire… que nous sommes seuls ? Seuls et désœuvrés… ? »

Draco lui jeta un regard interloqué mais appréciateur. « Que suggérez-vous, ma future épouse dévergondée ? » Les yeux du blond pétillèrent d'envie et Hermione haussa les sourcils d'un air coquin.

« Tu m'offres un café ? », proposa-t-elle en réprimant un ricanement en constatant sur le visage de Draco que ce n'était pas du tout ce à quoi il s'attendait.

« Euh… oui, ok », marmonna-t-il en se détournant pour gagner l'arrière-boutique et la petite cuisine. Il agita sa baguette et jeta un sort à la cafetière qui se mit en route aussitôt. Un second coup de baguette et deux tasses et petites cuillères sortirent du placard pour venir léviter jusque sur la table. Il entendit Hermione refermer la porte et se retourna pour la regarder. Avant d'écarquiller les yeux de surprise. La brunette avait laissé tomber son sac à main sur le sol, ainsi que son manteau et l'observait avec un petit sourire aguicheur, le dos plaqué contre la porte de l'arrière-boutique. Elle eut toutes les peines du monde pour se retenir de rire en voyant les yeux bleu-gris de son fiancé sortir littéralement de leurs orbites.

« Je croyais que tu voulais du café… », ricana Draco en reprenant aussitôt une expression neutre. Toutefois, il amorça une approche lente et sexy en direction de la jeune femme, qui pouffa.

« Oui… après », minauda-t-elle sans pouvoir empêcher un sourire immense et bête de s'installer sur son visage.

Draco était à présent juste en face d'elle, si proche que leurs visages se touchaient presque. « Tu réalises que tu es sur mon lieu de travail ? », souffla-t-il en la dévorant des yeux. Un petit frisson parcourut Hermione et elle se contenta de hocher la tête précipitamment, les dents serrées sur sa lèvre inférieure.

« Oui, Monsieur Malfoy… », souffla-t-elle avant de laisser échapper un rire lorsque Draco la souleva par les cuisses pour la porter jusqu'à la table. Il la laissa retomber sur la surface en bois si brusquement que les tasses vacillèrent avec un cliquetis caractéristique. Mais cela ne sembla pas préoccuper les deux amoureux, qui échangèrent un regard avide. Avec des gestes quelque peu précipités, Hermione débarrassa Draco de sa chemise et se pressa de nouveau contre lui pour l'embrasser passionnément. Les tasses s'entrechoquèrent de nouveau et Hermione gloussa contre les lèvres du blond, tandis que celui-ci s'attaquait à la fermeture de son jean. La surprise de la voir apparaître en pleine journée pour un moment d'intimité, le plaisir de la sentir aventureuse et l'idée que quelqu'un puisse entrer dans l'agence à tout moment rendaient les gestes de Draco nerveux et précipités. Certes leur vie sexuelle était tout à fait respectable et il n'était pas à plaindre, mais avec leurs occupations respectives, les horaires, l'emménagement à Pré-au-Lard… elle s'était teintée d'un aspect quelque peu routinier. Mais comme il pouvait le constater en cet instant précis, les entorses à cette routine n'en étaient que meilleures.

Il vint bientôt à bout de la fermeture du jean d'Hermione et la souleva quelques secondes de la table pour dégager le vêtement de sous ses fesses, avant de tirer sur les jambes pour le lui ôter entièrement. Les ballerines, le jean et le sous-vêtement rejoignirent la chemise sur le sol. La brunette tira aussitôt sur la ceinture de Draco pour qu'il revienne contre elle et entreprit de la défaire, ainsi que les boutons, pour que le pantalon de costume se soumette à la loi de la gravité. Le blond passa un bras tendu comme un arc derrière les hanches d'Hermione et la rapprocha d'un coup sec du bord de la table.

La jeune femme fit son possible pour ne pas gémir par anticipation. Elle adorait ses nuits de sexe doux et romantique avec Draco, bien au chaud dans leur lit, mais ça… c'était différent. Plus coquin, plus excitant… galvanisant. L'emprise de Draco se resserra nettement sur ses hanches et tout en maintenant fermement son bassin, il entra en elle. Hermione ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit et elle enfonça ses ongles dans les épaules de son fiancé. Les préliminaires avaient du bon, parfois, mais elle savait aussi apprécier ces moments où tout va plus vite, où les sensations étaient plus fortes, plus animales. Le blond fit remonter une main le long du dos d'Hermione et enserra sa nuque avant d'échanger avec elle un baiser, tandis qu'il entamait des mouvements de va et vient avec son bassin.

Une petite voix furtive dans sa tête rappela à Hermione qu'elle ne prenait plus de contraceptif depuis quelques jours déjà. Un frisson d'appréhension la parcourut. L'idée que désormais chaque étreinte entre elle et son fiancé pourrait potentiellement bouleverser leurs vies l'angoissait légèrement. Mais elle fit son possible pour la faire taire : ce qui était fait était fait. Ce n'était plus le moment de reculer.

Posant une main sur le torse de Draco, elle le repoussa gentiment pour interrompre leur baiser et avec un regard affamé, se pencha en arrière jusqu'à ce que son dos vienne reposer sur la surface fraîche de la table. Avec un sourire canaille, Draco ajusta sa propre position, comprenant le message.

Pendant des années, Hermione avait été incapable de faire l'amour couchée sur le dos. Du moins pas s'il se tenait allongé au-dessus d'elle, pour des raisons évidentes. Le blond avait donc trouvé ce compromis, elle allongée sur une surface suffisamment haute et lui debout. Avec toute la patience du monde, il l'avait réconciliée avec la position couchée et lui avait même donné quelques-uns des orgasmes les plus intenses de sa vie de cette manière. Le regard d'Hermione se fit plus fiévreux. Elle voulait un de ces orgasmes aujourd'hui.

Draco ne se fit pas prier et reprit ses mouvements, les mains bien serrées sur les cuisses d'Hermione, de part et d'autre de son propre bassin. Il adorait cette position, d'où il avait une vue imprenable sur ce corps dont il était toujours insatiable. Et voir Hermione perdre le contrôle de ses gestes puis se tordre de plaisir décuplait le sien.

Leur étreinte se prolongea, Draco jouant à varier les angles pour solliciter tous les points sensibles de l'intimité d'Hermione. Tous deux atteignirent bientôt le plaisir, haletants, courbatus mais incomparablement heureux. Draco se pencha en avant, tout en reprenant sa respiration, pour venir embrasser le ventre plat d'Hermione, qui glissa ses doigts dans les cheveux blonds. Elle gardait les yeux clos, ce qui équivalait aux yeux de Draco à un tampon « Mission : accomplie » frappé à l'encre rouge sur le front de sa partenaire. Il retint un petit rire à cette idée saugrenue et s'amusa à frôler du doigt l'aine et la naissance de l'entrecuisse d'Hermione. Cette zone était toujours particulièrement sensible et chatouilleuse après l'amour et la réaction de la brunette ne se fit pas attendre. Elle tortilla son bassin comme elle le put en gloussant et tenta d'assener une petite tape sur le haut du crâne du blond. Mais celui-ci l'esquiva en se redressant vivement. Hermione laissa retomber son bras et prit quelques dizaines de secondes pour retrouver son souffle. Se penchant de nouveau sur elle, Draco glissa un bras entre son dos et la table pour la soulever et la faire rasseoir. Ils échangèrent un nouveau baiser, beaucoup moins empressé et plus doux cette fois.

« Si tu savais comme je t'aime, toi… », marmonna Draco en faisant mine de planter ses crocs dans le cou d'Hermione, qui éclata de rire.

« Ton jugement n'est pas objectif… », plaisanta la brune tandis qu'il se penchait pour ramasser sa petite culotte et la lui tendre avec une expression narquoise.

« Votre mère ne vous a donc jamais dit de ne pas laisser traîner vos sous-vêtements, petite dépravée ? », railla-t-il tandis qu'elle la lui arrachait des mains pour l'enfiler. Draco remit également son boxer et son pantalon, puis la regarda mettre tant bien que mal son jean et ses chaussures. « Tu veux que je jette un sort vite fait pour… ? »

Hermione se raidit. C'est vrai qu'elle insistait généralement toujours pour un minimum d'hygiène et de sécurité lorsqu'ils n'étaient pas en mesure de prendre une douche aussitôt après. Mais maintenant qu'elle avait arrêté la pilule, elle devait jouer le jeu jusqu'au bout et ne voulait rien faire de magique qui puisse compromettre un éventuel processus de conception. Elle retint un sourire narquois en pensant à la tête que ferait Draco le jour où il comprendrait la supercherie.

« Non, laisse, je vais filer à la maison me doucher… », répondit-elle en haussant les épaules avant d'ajouter intérieurement : Pas de-suite-de-suite non plus…

Draco fronça les sourcils, interloqué par ce changement d'habitude soudain. « Comme tu voudras… », concéda-t-il avant de s'approcher de nouveau d'elle pour saisir son visage entre ses mains. « Je ne rentrerai pas tard, dès que l'heure sera suffisamment décente pour fermer boutique, je plie bagage, c'est promis. »

Hermione esquissa un sourire. « Qui sait ? Je serai peut-être encore sous la douche… », murmura-t-elle en papillonnant innocemment des cils. « Bon et sinon, il vient ce café ? Parce qu'à la base, j'étais là pour ça ! »

Le blond laissa échapper un rire et lui mit une claque sur les fesses. « Un peu de respect, femme ! », déclara-t-il sur un ton faussement autoritaire.

« Dans tes rêves, homme ! », rétorqua Hermione en levant les yeux au ciel. Draco se détourna et alla chercher la cafetière pour remplir les tasses. La jeune femme le regarda faire, pensive. Une sensation un peu bête et drôle lui donnait envie de sourire. Elle n'aimait pas garder des secrets sans les partager avec Draco mais cette fois, elle était bien décidée à résister à l'envie de tout lui avouer. C'était un peu comme organiser un anniversaire surprise. On brûle d'envie de tout dire, on attend impatiemment le jour fatidique où la cible découvre le pot aux roses, car on sait que le jeu en vaut la chandelle. Elle avait longtemps hésité avant de sauter le pas, mais maintenant qu'elle était lancée, elle ressentait un mélange de fierté d'avoir repoussé ses appréhensions et d'excitation à l'idée de faire plaisir à Draco de cette manière. Il avait semblé si triste lorsqu'elle avait refusé d'arrêter la pilule. Lui qui ne lui avait procuré que du bonheur depuis une décennie entière. Plus jamais elle ne voulait être la cause d'un regard aussi morose.

Elle prit la tasse de café qu'il lui tendait et sourit. Tendant la main, elle fit tinter sa tasse contre celle du blond, les yeux pétillant de malice. « Tchin ! », murmura-t-elle avant de prendre une gorgée.

« A ma merveilleuse Hermione qui ne cesse jamais de me surprendre… », plaisanta Draco en l'embrassant sur le front.

Et tu n'as pas tout vu…, gloussa-t-elle intérieurement.

~o~

Lucius Malfoy passa inconsciemment une main tremblante sur l'arrière de son crâne. Sous les cheveux blonds désormais propres et débarrassés du sang séché qui les alourdissait, ses doigts effleurèrent la bosse et la cicatrice boursouflée qui subsistaient encore malgré les nombreux sortilèges de guérison et onguents que l'un des médicomages recrutés par Rodolphus avait appliqués depuis l'attentat. Il ne quittait pas des yeux le point bleu qui brillait sur la carte de Londres étalée sous ses yeux, juste sur l'emplacement de l'hôpital de Sainte Mangouste.

Le reste de la carte brillait de plusieurs points rouges, chacun indiquant l'emplacement d'une famille de moldus ayant eu recours aux services de Gordon Laboratories. C'était la carte qu'utilisaient les Héritiers pour localiser leurs prochaines victimes potentielles. Mais les points rouges n'intéressaient pas Lucius pour l'instant. Seul le point bleu comptait.

Elle était en vie. Mais Lucius ne parvenait pas à s'en réjouir pour autant. Certes, une part de lui-même était soulagée mais une autre ne pouvait s'empêcher de penser à quel point tout aurait été plus simple si Aria Stone n'avait pas survécu. Et pas seulement à l'attentat du vendredi précédent. Tout aurait été plus facile si elle avait purement et simplement disparu dans les entrailles du Département des Mystères, presque douze ans plus tôt, son âme aspirée par le Baiser du Détraqueur.

Il n'aurait pas foutu en l'air son mariage avec Narcissa.

Il n'aurait pas renié tous ses principes et les traditions d'une longue lignée de Malfoy.

Il aurait redoublé d'efforts pour que Draco délaisse la Sang-de-Bourbe.

Sa vie n'aurait pas été qu'une suite ininterrompue de désastres et de déconvenues.

Toutefois, le souvenir de ses instants volés avec Aria, de sa poitrine jeune et ferme sous ses mains, de son rire juvénile et insouciant lorsqu'elle le titillait sur leur différence d'âge, de ses baisers affamés lorsqu'elle le retrouvait… tout cela lui rappelait qu'il avait choisi d'emprunter cette voie obscure, l'éloignant du Lucius Malfoy qu'il avait été jusqu'alors. Mais était-il vraiment décidé à continuer sur ce chemin ?

Lucius n'était pas dupe. Il vieillissait et Aria lui préférait désormais un homme plus jeune, plus alerte. Un homme qui avait un objectif, une ligne de conduite : défendre sa patrie contre les vices qui la gangrenaient.

Il s'était égaré en la désirant. Il s'était éloigné du Mangemort prêt à tout pour sauver les siens, même à trahir son maître. Il errait sans but dans le néant de sa propre vie, cherchant désespérément quelque chose à faire en attendant la fin. Rodolphus avait raison sur ce point : il avait besoin d'un guide, d'un modèle à suivre. Un guide qui le ramènerait sur le droit chemin.

Ce chemin lui rendrait sa femme, ses principes, ses valeurs, ses objectifs. Aria l'avait privé de tout cela. Son combat à elle allait à l'encontre de celui de Lucius. Il était évident maintenant que leur histoire était vouée à l'échec pour cette unique raison. S'il le suivait, Rodolphus Lestrange lui rendrait son ancienne vie et tout ce qui allait avec. Il le sentait. Lestrange n'était pas comme Voldemort. Ce-dernier était tellement obnubilé par sa lutte contre sa propre mort qu'il avait fini par en oublier leur véritable mission : rendre la sorcellerie aux sorciers. Rodolphus ne ferait pas la même erreur : il pensait « communauté », « objectif commun ». C'était un vicelard cruel et violent, certes, mais en ce qui concernait la philosophie des Sangs-Purs, il réfléchissait avec réalisme, sans mégalomanie. Il n'instaurait pas la peur dans le cœur de ses adeptes : ceux-ci le suivaient car il dirigeait avec diplomatie. Chacun était l'égal de l'autre et tous avaient le sentiment d'appartenir à une organisation équitable, luttant pour renverser un système qui ne leur convenait pas.

Il baissa de nouveau les yeux sur le point bleu, luisant doucement sur la carte comme s'il le narguait. Lentement, Lucius sortit sa baguette de son fourreau. Là encore, Rodolphus se démarquait du Seigneur des Ténèbres : il lui octroyait suffisamment de confiance pour lui rendre sa baguette, le temps qu'il prenne sa décision. Certes, il gardait également Narcissa et Bellatrix sous bonne garde mais comme Rodolphus le lui avait expliqué, c'était uniquement pour leur bien. Narcissa s'était beaucoup trop attachée aux moldus au cours de la dernière décennie et elle aurait besoin de temps pour réfléchir à ses actes, trouver le chemin du repentir. L'isolement l'aiderait. Lucius avait d'abord eu du mal à croire à l'efficacité de cette technique. Mais à présent, il en était presque convaincu. En la détachant des travers de ce nouveau monde mixte, en l'éloignant du sourire enjôleur de cette moins-que-rien de Granger, Narcissa comprendrait que ce nouveau système était voué à l'échec et ne conduirait qu'à la déchéance du monde magique. Si seulement il pouvait trouver un moyen d'isoler également son fils… Mais chaque chose en son temps.

Serrant sa baguette dans sa main, il en posa l'extrémité sur le point bleu et celui-ci disparut aussitôt. Puis relevant sa manche gauche, il découvrit son ancienne Marque des Ténèbres et fronça les sourcils. La Marque était agrémentée depuis des années d'un détail qu'il y avait lui-même placé. Une pierre, lourde, massive, écrasait le cou du serpent qui s'échappait de la bouche caverneuse du crâne noir. Une pierre. Stone.

Il avait trouvé l'idée intéressante de modifier sa propre Marque des Ténèbres pour qu'elle lui permette de garder la trace d'Aria en toutes circonstances. Et il avait illustré l'ensemble des sortilèges de protection placés sur elle par cette pierre, écrasant le reptile qui représentait son ancienne vie. Il était temps de laisser l'animal reprendre le dessus sur le minéral. Appliquant le bout de sa baguette sur le tatouage, il murmura une série de sortilèges et petit à petit, le caillou s'effaça, disparut et le serpent s'ébroua sur son avant-bras.

Derrière lui, la voix de Rodolphus le fit sursauter et Lucius fit volte-face, avec une expression hagarde sur le visage. Son premier réflexe fut de se demander si Lestrange l'avait vu utiliser la carte pour localiser Aria, mais sa conscience balaya rapidement cette pensée. Cette fille n'est plus ton problème.

« Maintenant que ta greluche est hors compétition, j'ai bien envie de t'emmener faire un tour avec nous, Lucius… », fit Rodolphus d'une voix traînante en approchant nonchalamment du blond. « Tu observais notre carte ? »

Non, sa « greluche » n'était pas hors compétition. Il le savait à présent, Marcus Flint avait échoué pour une raison quelconque. Mais il ne dirait rien à Rodolphus : ce serait le dernier cadeau qu'il ferait à Aria. Puisse-t-elle en faire bon usage et ne jamais se mettre à nouveau en travers du chemin des Héritiers. Lucius répondit à la question par un hochement de tête silencieux.

« Bien », reprit le brun avec un sourire en coin. « Tous ces gens pourrissent notre société. On ne pourra pas s'occuper de tous, dans un premier temps, mais leurs jours sont comptés. Est-ce que tu veux voir par toi-même ? »

Les deux hommes échangèrent un regard. Dans un recoin du cerveau de Lucius, une image d'Aria secoua la tête et lui adressa un regard méprisant et accusateur. Mais une autre image se superposa bientôt. Celle de Narcissa, de Draco au bras d'une Sang-Pur, élevant ses futurs enfants dans la tradition des vingt-huit grandes lignées d'Angleterre. L'image de son ancienne vie.

« Qu'est-ce qu'on attend ? », demanda Lucius d'une voix froide et dure.

Le regard de Rodolphus se mit à briller d'une lueur malsaine. Un sourire narquois se dessina sur ses lèvres fines. « Toi, mon cher Lucius. Mais maintenant tu es là. »

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Bon, bon, bon, je sais vous allez encore me dire que je suis vilaine, horrible, sadique MAIS repensez au merveilleux moment Dramione auquel vous avez eu droit ! Là, ça va mieux ? :D

J'espère que ce chapitre vous aura plu, même si je n'en suis pas franchement satisfaite mais bon, si je m'écoutais, je ne publierais jamais rien (surtout quand on connaît ma terreur de rendre des lemons trop niais ou trop vulgaires ou pas assez… bref, les lemons c'est toujours galère). Pleins de gros bisous en attendant de vous lire et à la semaine prochaine !

Xérès