Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Coucou tout le monde ! Un chapitre qui risque de faire plaisir à toutes celles qui rêvent de faire mordre la poussière à Théo le fou ! Ahah. Pas de Draco torse nu dans ce chapitre (eh oui toutes les bonnes choses ont une fin) mais j'espère que vous apprécierez quand même ! Bonne lecture !
Merci à tous mes nouveaux followers (claP74, clara3550, John5potter, aissatone14, Jessy38), ainsi qu'à okami shiroi, Audrey917000, Eliane Gil, miss damdam, laloudu77, Lyly Ford, PouleauPotter, Marion, Erza Robin, Drasha, Voldynouchette, MissDraymione, Acide'nette, lea raczkiewicz, Gouline971, Babar, Mpi28, Wizzette, Mione159, aussidagility, Mrs LylyBlack, jujupititetortue, TiteTyLee pour leurs reviews et à tous ceux qui m'ont contactée sur Facebook/Twitter.
RAR :
Marion : Vous avez été nombreuses à regretter de ne pas être à Poudlard pour voir Draco débarquer torse poil ! Si Rodolphus va souffrir ? Mais enfin, ma chère, ça me paraît EVIDENT ! XD OUIIII il va souffrir (mais pas tout de suite, je fais durer le plaisir, hihi). Merci pour ta review !
Drasha : Roooondoudoudoudouuuuu Rondoudouuuu Rondoudouuuu, et voilà j'ai la chanson dans la tête, maintenant ! XD Contente que ce chapitre un peu plus « gai » t'ait plu ! ) Bonne lecture et merci pour ta review !
Aussidagility : pas toujours facile pour Draco de garder le moral quand un cinglé tourne autour de sa fiancée !^^ Merci pour ta review et bonne lecture !
Jujupititetortue : alors non, Pansy et Rodolphus ne sont pas ensemble, elle est son bras droit, un peu comme Bellatrix était la « favorite » de Voldemort. Rodolphus n'aime personne, c'est un dingue (encore un !) : il veut posséder Bellatrix, c'est sa femme alors il estime avoir le droit d'en faire ce qu'il veut. Mais ce n'est pas de l'amour. Théo revient dans ce chapitre ! ) Bonne lecture et merci pour ta review !
Chapitre 22 : Family Portraits
Après le massacre de la famille Vaughn, Pansy rentra chez elle aussi vite que possible. Bien que ses gestes mesurés et lents donnent une impression de calme, ce n'était qu'une façade. Il suffisait de regarder plus attentivement ses grands yeux marron pour réaliser qu'une véritable bombe à retardement menaçait d'exploser à l'intérieur de la jeune femme. Elle se débarrassa de ses vêtements dans la panière à linge. Ceux-ci étaient quasiment aussi propres qu'avant l'attaque, contrairement aux tenues de ses comparses, méconnaissables derrière leur couche épaisse d'hémoglobine et autres fluides corporels abandonnés par leurs victimes. Ou par eux-mêmes. D'un calme toujours olympien, elle se fit couler un bain et attendit patiemment assise sur le rebord de la baignoire que l'eau atteigne un niveau et une température satisfaisants. Puis lorsque ce fut le cas, elle se glissa dans le liquide chaud et savonneux, qui dégageait une agréable senteur de fleur d'oranger.
Ramenant ses jambes contre elle, elle les entoura de ses bras avant de poser son menton sur ses genoux. Pendant plusieurs longues minutes, elle tenta de maîtriser sa respiration, ainsi que les émotions qui la submergeaient, tout en sachant que c'était peine perdue. Lorsqu'elle se sentit finalement prête à imploser, elle se laissa tomber sous l'eau, jusqu'à ce que l'arrière de son crâne repose au fond de la baignoire.
Quelques minuscules bulles s'échappèrent un instant de son nez. Elle les regarda s'élever jusqu'à la surface, pour se perdre dans l'image floue du lustre suspendu au plafond. Ses lèvres tremblèrent un peu et elle fronça les sourcils. Puis ouvrant la bouche en grand, elle hurla de toutes ses forces, laissant échapper l'intégralité de l'air enfermé dans ses poumons. Le cri fut long, plusieurs secondes, et la présence de l'eau tout autour de sa tête le rendit étrange, plus grave, bouillonnant, lointain. Après avoir crié, ses poumons eurent un réflexe stupide et tentèrent de se recharger en air. Mais Seulement de l'eau parfumée pénétra dans la bouche de Pansy. Elle se redressa aussitôt et sortit la tête de l'eau, toussant et crachotant, ses longs cheveux bruns collés de part et d'autre de son visage ruisselant. Elle s'agrippa aux rebords de la baignoire et attendit que sa toux se calme, tout en dégageant les mèches humides de devant ses yeux. Ses mains tremblantes restèrent ensuite plaquées sur son crâne, frottant nerveusement le cuir chevelu, les doigts ébouriffant les boucles chargées d'eau et de mousse.
Pansy Parkinson sentit alors les premières larmes se mêler à l'eau du bain sur ses joues. Avec un sanglot étouffé, elle allongea son dos sur le rebord de la baignoire et ferma les yeux. Elle s'était pourtant préparée à cette soirée, à ce que les hommes y feraient très certainement. Elle avait réussi à faire bonne figure tout au long du massacre, mais à présent qu'elle se retrouvait seule, les hurlements de Miranda et de Vanessa Vaughn résonnaient inlassablement dans son crâne.
Pansy avait toujours eu les viols en horreur. Il y avait tellement d'autres moyens de torturer, de tuer, d'anéantir, d'humilier une personne… Un peu de créativité, que diable ! Mais non. Le viol, toujours le viol. A croire qu'il s'agissait pour ces hommes de la récompense ultime. D'un droit logique sur leurs victimes féminines. Ça lui donnait envie de vomir.
Elle-même, en tant que seule femme active chez les Héritiers, se savait exposée à ce risque. Elle voyait bien leurs regards lubriques, leurs sourires pervers lorsqu'elle entrait dans une pièce. S'ils avaient pu la coincer quelque part sans baguette ni protection, ils ne se seraient pas gênés. Je les hais. Tous autant qu'ils sont, pensa-t-elle en serrant les poings dans l'eau. Je les hais pour cela.
Rodolphus lui avait pourtant promis qu'ils ne toucheraient pas aux femmes. Seulement aux deux Ignominies et aux hommes s'ils s'interposaient. Mais cet imbécile s'était laissé dépasser. Ou peut-être n'avait-il même pas tenté de modérer ses troupes. Des paroles en l'air, voilà ce qu'il m'a promis. Il est comme tous les autres.
Pansy prit une longue inspiration et calma sa respiration saccadée. Maintenant qu'elle s'était laissée submerger par ses émotions, elle se sentait un peu mieux et se surprit à repenser à Rodrick Vaughn. A leur conversation. Et surtout à la manière dont elle s'était achevée.
Les Héritiers avaient pris d'assaut le luxueux cottage. Rodrick et Miranda, les parents, avaient été surpris dans leur chambre en plein sommeil. Lorsqu'ils s'étaient éveillés à cause d'un bruit étrange, ils avaient d'abord été tétanisés en voyant une dizaine de silhouettes autour de leur lit. Puis Miranda avait tenté de hurler et l'une des silhouettes l'avait stupéfixée. Le regard hagard, son époux la vit retomber sur son oreiller et à la détresse dans ses yeux, il était manifeste qu'il se demandait si elle était morte.
« Elle est simplement immobilisée, ne vous en faites pas », murmura Lestrange en pointant sa baguette sur lui. « A votre place, j'éviterais de hurler si vous ne voulez pas subir le même sort. »
« Qui… qui êtes-vous ? », balbutia Rodrick Vaughn en plissant les yeux pour tenter de discerner les visages qui l'entouraient.
« Ton pire cauchemar », ricana l'un des Héritiers, tandis que Pansy levait les yeux au ciel dans son coin de la pièce. La réplique était tellement cliché qu'elle dut résister à l'envie de tuer celui qui l'avait prononcée.
« Hein ? », souffla Vaughn, terrifié.
« Marcus, veuillez réveiller Madame et assurez-vous qu'elle garde le silence », demanda poliment Rodolphus, tandis que Marcus Flint se dirigeait vers le lit pour lancer un Enervate sur Miranda Vaughn avant de la bâillonner en souriant à l'aide de la cravate de Mr Vaughn, posée sur une chaise.
Les deux époux échangèrent des regards terrorisés, puis reportèrent leur attention sur celui qui semblait être le chef de cette bande de cinglés.
« Rodrick et Miranda Vaughn », déclara Rodolphus dans un grognement. « Vous êtes accusés d'avoir fait appel à une technologie nauséabonde pour créer deux usurpateurs. Vos soi-disant petits sorciers sont des erreurs de la nature, une insulte à la magie ancestrale que nous représentons et ils doivent être éradiqués. »
Miranda Vaughn gémit à travers son bâillon. Elle avait parfaitement compris de quoi il s'agissait : des gens voulaient assassiner leurs deux plus jeunes enfants. Son mari aussi semblait avoir compris. Il écarquilla les yeux et secoua la tête avec frénésie.
« Non, s'il vous plaît, pas nos enfants… », murmura-t-il tandis que Rodolphus roulait des yeux et grimaçait d'ennui. « Nous n'avons voulu insulter personne. Nous respectons la magie, nous sommes très fiers d'avoir des sorciers dans la fami- »
« Tes morveux ne sont pas des sorciers », grinça un autre dans l'obscurité de la pièce. « Ce sont des virus… et nous sommes le remède. »
« Non, je vous en prie, nous ferons tout ce que vous voulez… », supplia de nouveau Rodrick d'une voix blanche.
Lestrange se tourna vers d'autres acolytes qui attendaient dans le couloir. « Allez chercher les gosses. »
Les hommes se mettaient en mouvement lorsque Miranda Vaughn, qui avait réussi à se défaire de son bâillon en le poussant de toute la force de ses lèvres et de sa langue, se mit à hurler à pleins poumons.
« LES ENFANTS, COUREZ ! », hurla-t-elle juste avant que Flint ne lui décoche un coup de poing furieux. Mais il était trop tard. L'élan de sa femme avait sorti Rodrick de sa stupeur et il se mit à crier à son tour.
Un Héritier leva sa baguette dans sa direction mais Pansy lui enfonça son coude dans les côtes en grognant : « Le mari est à moi. Sectumsempra ! »
Les hurlements de Rodrick Vaughn se turent instantanément et furent remplacés par de petits halètements de douleur. Pansy s'avança vers l'homme, dont le pyjama se teintait peu à peu de larges taches rouges et inclina la tête sur le côté, fascinée. Autour d'elle, c'était la débandade. Miranda Vaughn se débattait comme une tigresse sous les ricanements des hommes de Lestrange. Dans le couloir, on entendit un Avada Kedavra et Pansy reconnut vaguement la voix de Lucius. Doucement, elle tira une chaise placée dans un coin de la chambre et vint la placer au chevet de Rodrick, dont le sang coulait de plus en plus vite sur les draps. Il la dévisageait avec une expression mêlée d'effroi et de curiosité, tandis que Pansy s'installait confortablement sur la chaise.
Un hurlement plus rauque de Miranda leur fit tourner la tête à tous les deux et Pansy constata avec déplaisir que l'un des sbires de Rodolphus avait traîné Mrs Vaughn sur le sol et s'employait à lui arracher ses vêtements. Le visage tremblant de Rodrick se tourna de nouveau vers Pansy et il lui jeta un regard suppliant. Il aurait volontiers sauté à la gorge du criminel mais les hémorragies multiples lui ôtaient déjà ses forces. Pansy ne le vit pas la dévisager, elle gardait les yeux rivés sur l'homme qui violentait Miranda.
« Est-ce vraiment nécessaire ? », gronda-t-elle à l'attention du violeur et de Rodolphus.
« Tu veux te joindre à moi, ma belle ? », rétorqua l'autre en dévisageant l'Héritière avec une expression libidineuse. « J'ai aussi de très gros doigts, si tu es jalouse. Assez pour vous deux. »
« Trent, fais ce que tu veux de cette femme, mais pas devant ma Pansy », cracha Rodolphus avant de sortir dans le couloir, où résonnaient déjà des hurlements atroces d'enfants et d'adultes mélangés.
Le dénommé Trent fusilla la jeune femme du regard et entraîna sa proie dans la pièce voisine, la salle de bains. Lorsqu'il fut sorti, Pansy réalisa qu'elle était désormais seule avec Mr Vaughn. Elle laissa échapper un soupir tremblant de soulagement et tenta d'oublier les nouveaux hurlements qui venaient s'ajouter au vacarme : ceux de Miranda.
« P-p-p-p-itié… », haleta Rodrick sur son matelas.
Pansy sortit de ses pensées et reporta son attention sur le père de famille. Les nombreuses hémorragies l'avaient fait entrer en état de choc et son corps tout entier était parcouru de violents tremblements. Une fine pellicule de sueur froide recouvrait son front et son visage avait dangereusement blêmi.
La jeune femme l'observa et fronça les sourcils. « Je ne te sauverai pas », décréta-t-elle avec sévérité.
« Pas m-m-moi… », souffla-t-il en réponse. « F-f-femme… mes enf-f-fants. »
Pansy sembla légèrement surprise mais fit de son mieux pour n'en rien laisser paraître. « Je ne peux rien pour tes enfants. Ils doivent être éliminés. » Elle baissa légèrement la tête. « Pour ce qui est de ta femme, ça ne devait pas arriver. Je suis désolée. »
Rodrick Vaughn déglutit bruyamment, comme si ce simple réflexe corporel nécessitait à présent de réunir toutes ses forces. « Vous p-p-ouvez arrêter ç-ç-a… d-d-emandez-leur… »
« Vous les avez vus comme moi, rien ne pourra les empêcher d'aller jusqu'au bout… », grommela-t-elle en levant les yeux au ciel. « Il ne vous reste plus très longtemps à vivre, Rodrick. Parlez-moi plutôt de vous. »
Nouveau déglutissement. « De-de moi ? », siffla l'homme, surpris.
« Votre côté sombre, vos pires actions… j'ai envie de savoir… » Pansy esquissa un sourire et épongea avec un bout de drap le front moite de sa victime. A l'extérieur de la chambre, l'Enfer s'était littéralement déployé dans la maison, mais encore une fois, la jeune femme tenta d'en faire abstraction. « Je serai votre confesseur, si vous voulez. »
Un tremblement plus violent que les autres agita Rodrick Vaughn et une giclée de sang s'échappa de l'une des plaies à son cou.
« P-p-pourquoi… Vous pensez q-que vous vous sentirez mieux si… si j-je suis un enf-f-oiré ? » Un gargouillis répugnant, que Pansy identifia comme un rire, s'échappa de la gorge de Vaughn. « D-désolé de vous décevoir… j-j-e suis innocent. »
« Je ne vous crois pas. »
« Ah si… » Les yeux de Vaughn roulèrent dans leurs orbites. La pénurie de sang commençait à se faire sentir. « J-j-ai oublié… d-de payer… une contravention… »
Pansy se pencha sur lui et caressa doucement son front. « Je suis sûre que vous pouvez faire mieux que ça… », susurra-t-elle avec un sourire encourageant.
L'homme tourna péniblement la tête vers elle. Pansy sentait son souffle saccadé sur son visage. Il sentait déjà la mort, la peur. « J-j'ai trompé ma femme… »
Pansy se redressa et le toisa durement. Encore un.
« C-c-'est ce genre de ch-choses que vous vouliez entendre… j-je me trompe ? », bégaya Vaughn dont les paupières se faisaient de plus en plus lourdes.
« Non, vous avez raison… », murmura Pansy en réajustant le col du pyjama ensanglanté.
Rodrick Vaughn ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose mais à cet instant, Trent sortit de la salle de bains et s'arrêta au milieu de la chambre pour regarder Pansy et sa victime. La jeune femme lui adressa un regard meurtrier et serra ses doigts autour de sa baguette. Elle aurait pu tuer Trent, là tout de suite, le regarder crever la bouche ouverte sans lever le petit doigt. Mais Rodolphus n'aimerait pas ça.
Au diable, Rodolphus !, cria une petite voix dans un recoin de son cerveau. Elle allait lever sa baguette sur son collègue lorsque celui-ci esquissa un rictus satisfait et d'un geste lent, remonta la braguette de son pantalon. Pansy tremblait littéralement de fureur mais alors qu'elle s'apprêtait à lui jeter un sort, il sortit de la chambre en ricanant. Dans la salle de bains, il n'y avait plus le moindre bruit.
Rodrick sembla le remarquer également, car il fixait à présent la porte de la salle d'eau avec une expression déchirée.
« C'est fini pour elle », souffla Pansy en laissant retomber son bras. « Elle est morte en vous croyant fidèle. Comme je l'envie… »
« La… la douleur… s'en va… », souffla Rodrick en tournant de nouveau la tête vers Pansy, qui lui sourit faiblement.
« Ce sera bientôt fini », assura-t-elle en repoussant une mèche de cheveux bruns poisseux sur le front de l'homme.
Il hocha la tête en tremblant. La flaque de sang s'agrandissait sur le sol à côté du lit et Pansy dut monter ses pieds sur le barreau de la chaise pour ne pas salir ses chaussures.
« P…pourquoi ? », murmura-t-il.
La jeune femme lui jeta un regard curieux.
« Rodolphus vous l'a dit tout à l'heure… », répondit-elle en fronçant les sourcils. « Vous avez fait des enfants contre-nature… »
Rodrick secoua la tête de gauche à droite en signe de dénégation. « N-non… » Il leva très difficilement une main recouverte de sang épais et la dirigea vers elle. « Vous… p-pourquoi moi… »
Pansy entrouvrit les lèvres. Il voulait savoir pourquoi elle s'était chargée de lui en particulier. « Tous les hommes sont coupables », souffla-t-elle doucement. « Je veux simplement m'assurer qu'ils aient ce qu'ils méritent. »
Rodrick hocha la tête comme si tout cela était normal et logique, puis esquissa un faible sourire de guingois. « Vous… devez… êt-….tellement… s-s-seule… »
Pansy sursauta comme s'il venait de la gifler, ce qui aurait été très difficile compte tenu de l'état moribond dans lequel il se trouvait.
« Vous ne savez rien de moi ! », aboya-t-elle en quittant sa chaise, qui se renversa au sol.
Le père de famille sourit de nouveau, puis sa tête entama une lente descente le long de la tête de lit, jusqu'à former un angle un peu étrange. Pansy l'observa un instant, furieuse qu'il ait pu se permettre de la juger, et pensant qu'il venait de passer l'arme à gauche, se détourna. Mais elle avait tort. La voix sifflante de Vaughn retentit une dernière fois dans la pièce, provoquant sur les traits de Pansy une expression de rage et de frustration entremêlées.
« J-j'ai menti… Je ne l'ai… jamais… tromppp »
La jeune femme écarquilla les yeux, dévisageant avec incrédulité le cadavre fraîchement éteint de Rodrick Vaughn. Une légère nausée retourna son estomac mais elle détourna aussitôt les yeux pour prendre de longues respirations et retrouver son calme. Dans le reste de la maison, les cris du bébé et de Jacob Vaughn vrillèrent ses tympans.
~o~
D'un pas hésitant et silencieux, Hermione se dirigea vers la chambre d'amis où Elias dormait encore à poings fermés. S'arrêtant sur le seuil, elle appuya la tête contre le chambranle de la porte et regarda quelques instants l'enfant profiter de ses dernières minutes de repos. Elle avait réellement eu peur, la veille. Pas seulement pour Elias, mais pour tous les autres enfants qui étaient dans son cas. Pour elle-même, car elle savait que Théo ne le lui pardonnerait pas s'il arrivait malheur à son fils. Et pour toute la communauté britannique, qui se trouvait aujourd'hui à nouveau menacée par une bande de suprématistes arriérés et nostalgiques des rivalités entre Sangs-Purs et Sangs-de-Bourbe. L'avenir est un long passé, comme on dit.
Toujours à pas de loup, Hermione pénétra dans la chambre et s'avança jusqu'au lit d'Elias. Au rez-de-chaussée, elle entendait Draco remuer poêles et assiettes pour préparer le petit déjeuner, mais le garçonnet ne se réveilla pas pour autant. Hermione esquissa un sourire. Elle enviait ces longues nuits de sommeil dont seuls les enfants et adolescents sont capables. En ce qui la concernait, cela faisait très longtemps qu'elle n'avait pas connu de véritables nuits reposantes. Elle se pencha en avant, tendant le bras pour secouer doucement l'épaule de l'enfant, lorsqu'un objet glissé sous l'oreiller attira son regard et arrêta son geste.
On aurait dit un bout de papier glacé un peu froissé, sûrement à cause des nombreuses nuits passées sous des oreillers similaires. Elle saisit doucement un coin de la feuille et tira. En la délogeant, elle sentit sous ses doigts le contact caractéristique d'une photographie et la retourna. Son souffle se figea dans sa gorge et elle fronça les sourcils. En un instant, elle reconnut sans peine le quai, le fleuve aux reflets de terre glaise en arrière-plan, la petite robe d'été qu'elle portait ce jour-là. Car c'était bien elle, sur le cliché. Nonchalamment accoudée au bastingage, plus jeune de presque douze ans, légèrement amaigrie mais tout de même jolie dans la robe qui flottait au gré du vent.
Elle n'avait jamais imaginé que Théo ait pu la prendre en photo à ce moment-là. Il lui avait ordonné de ne pas bouger pendant qu'il allait leur chercher des glaces à déguster avant le feu d'artifice et elle avait obéi. Malgré tous les mauvais souvenirs que l'image ravivait, l'idée qu'il ait pu prendre ce cliché et le donner à son fils éveillait en elle des sentiments contradictoires. De la colère, d'abord. Cette fichue manie qu'avait Théo de l'espionner comme un maniaque la mettait hors d'elle. Mais aussi de la reconnaissance. Il l'avait montrée à l'enfant sous son meilleur jour. Pas la jeune captive effrayée et suicidaire qu'elle avait été pendant des mois. Mais une jeune femme qui reprenait espoir et appréciait pour la première fois depuis longtemps la caresse du soleil sur sa peau et une sortie dans la foule. Presque libre.
Et toujours des questions, tellement de questions. Les mêmes qu'elle n'avait jamais cessé de se poser pendant toutes ces années. Pourquoi cette fascination pour sa personne ? Théodore Nott était incapable d'aimer alors à quoi rimait tout ce simulâcre de flirts et de photos prises à la dérobée ? La terroriser encore plus ? Ou était-ce seulement pour le plaisir personnel du jeune homme ? Hermione avait toujours eu du mal à le cerner et encore aujourd'hui, elle réalisait à quel point il restait un mystère entier pour elle.
Elle continuait de se torturer les méninges, la photo dans les mains, lorsqu'il y eut du mouvement sous la couette qui recouvrait le lit. Hermione détourna le regard de l'image et vit qu'Elias avait les yeux ouverts et la dévisageait, les plis du drap imprimés sur la joue.
« Comment tu te sens ? », demanda Hermione en esquissant un sourire forcé.
Elias se redressa en se frottant les yeux puis haussa les épaules. « Ça va. » Il vit ce qu'elle tenait entre les doigts et tendit la main pour reprendre son bien. « C'est notre préférée, à papa et à moi », dit-il simplement en posant délicatement la photo sur la table de chevet. « Je dors avec depuis que je suis tout petit. »
Hermione laissa échapper un rire. « Ça se voit, elle est froissée. J'ai l'air toute ridée dessus, regarde. Une vieille mémé ! », plaisanta-t-elle pour achever de chasser son trouble.
Elias rit à son tour et repoussa les couvertures. « Papa m'a grondé la première fois que j'ai dormi avec, je la regardais dans mon lit et je me suis endormi avant de la ranger… », avoua le garçonnet avec un sourire contrit. Puis il fronça les sourcils et réfléchit. « J'ai une idée ! On pourrait en faire une tous les deux et lui envoyer ! », s'exclama-t-il soudain enthousiaste.
« Euh… », marmonna Hermione en grimaçant.
« Je connais son numéro par cœur, on fait la photo avec ton téléphone et on lui envoie ! », continua le garçonnet, complètement réveillé à présent. Il pointait d'ailleurs du doigt la bosse que formait le téléphone portable d'Hermione dans la poche de son jean. Rien ne lui échappait, à ce gosse.
La première pensée d'Hermione fut de refuser clair et net. Mais un seul regard en direction de la mine réjouie et pleine d'espoir d'Elias, et elle sentit tout résistance fondre comme neige au soleil. Bravo Hermione, si déjà tu n'arrives plus à lui refuser quoi que ce soit…, se morigéna-t-elle, bien décidée à ne pas se laisser faire.
« Ecoute, Elias, je ne suis pas sûre que- »
« Steuplé, steuplé, steuplé, steuplé, steuplé, steuplé, steuplé », débita à toute vitesse l'enfant en joignant les mains sous son menton comme pour prier.
Hermione se figea la bouche ouverte, puis soupira. « Bon d'accord… », maugréa-t-elle. Tu es faible, fit sa conscience tandis qu'elle sortait son téléphone de sa poche, vaincue.
Elle ouvrit le rabat de protection, ouvrit l'application appareil photo et passa en mode selfie, tout en s'asseyant sur le lit. Elias se précipita contre elle et colla sa tête contre la sienne, souriant d'un air ravi. L'image que lui renvoyait l'écran ne sembla toutefois pas conforme à ses attentes, car il chuchota à l'oreille d'Hermione en gloussant : « Tu sais, ça coûtera pas plus cher si tu souris, Maman. »
Hermione lui décocha un regard offusqué, pile au moment où le gamin tendait le bras pour appuyer sur la touche de prise de vue. Hermione tourna la tête et vit le cliché s'afficher. Elias, souriant jusqu'aux oreilles et ses cheveux noirs en bataille, regardait l'objectif, tandis qu'Hermione tournait légèrement la tête vers lui avec une expression amusée et un léger sourire aux lèvres. Elle avait toutes les peines du monde à l'admettre, mais la photo prise sur le vif était parfaite. Et chose rare, elle se trouvait même plutôt bien dessus. Raison de plus pour ne pas l'envoyer à Théo…, grinça-t-elle intérieurement, mais avant qu'elle n'ait pu réagir, Elias lui prit le téléphone des mains pour entrer à toute vitesse le numéro de son père, accompagné du message : Réveil avec maman ! Bisous de tous les deux. Elias.
Hermione tenta de protester à la lecture du « bisous de tous les deux » mais trop tard. Elias avait appuyé sur « Envoyer ». Il lui rendit son portable aussitôt et sauta en bas du lit.
« Va te doucher, Draco est en train de préparer le petit-déjeuner… », fit-elle en se levant à son tour. Le gamin courut à toutes jambes dans la salle de bains avec ses affaires et Hermione descendit en soupirant les escaliers, tout en grimaçant à l'idée que Théo allait recevoir une énième photographie d'elle…
« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda Draco en voyant son expression. Hermione roula des yeux et secoua la tête.
« Elias a voulu qu'on prenne une photo avec mon portable, pour immortaliser son premier matin chez nous… », murmura-t-elle en s'asseyant à table. Draco haussa un sourcil, l'incitant à continuer. « Et il l'a envoyée à son père… », acheva-t-elle, alors que le blond se renfrognait.
« Fais voir… », réclama-t-il en agitant la main dans sa direction. Hermione lui tendit son téléphone et il pianota dans les menus jusqu'à trouver la photo en question. Même si l'image était adorable, il n'aimait pas l'idée de savoir Théodore en sa possession. Il plissa les yeux, regarda le cliché, puis Hermione, puis de nouveau le cliché et un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres.
« Oh oh, l'esprit malin de Serpentard a encore frappé… à quoi tu penses ? », ricana Hermione en l'étudiant attentivement.
« Oh à rien… », fit innocemment le jeune homme. « Et si on lui envoyait une photo, nous aussi, à ce cher Théo ? Un message très personnel… »
Hermione se releva aussitôt et vint se positionner près de Draco, comme elle l'avait fait avec Elias un peu plus tôt. Pendant ce temps, Draco riait sous cape et rouvrait l'application appareil photo. Brandissant le téléphone devant eux, ils prirent leur meilleur profil et appuyèrent sur le bouton. Toujours gloussant, Draco envoya le message à la suite de celui d'Elias.
« Il va nous tuer… », s'esclaffa Hermione, qui eut soudain l'impression d'avoir quinze ans d'âge mental.
Elle aurait voulu être petite souris pour voir la tête de Nott. Entre Draco qui faisait un magnifique doigt d'honneur à l'écran, et elle-même qui ouvrait grand la bouche et tirait la langue en louchant, la réaction du destinataire risquait d'être à la hauteur de son tempérament. Tant pis. Au moins, ils se seraient bien marrés avant de mourir…
« Qu'il essaie… », grommela Draco en retournant à la cuisson de son bacon.
Quelques instants plus tard, un troupeau d'éléphants sembla dévaler les escaliers et Elias se présenta dans la cuisine, les cheveux encore humides et son sac plein à craquer sur les épaules. Il jeta ce-dernier dans un coin et s'assit à table.
« Merlin, comment un petit machin aussi insignifiant peut faire autant de bruit ? », s'interrogea Draco en lui adressant un sourire narquois.
« C'est aussi ce que je me suis dit cette nuit quand t'as ronflé et qu'on t'entendait dans toute la maison », rétorqua Elias en pouffant.
« Et bim, tu l'as cherché… », souffla Hermione en se retenant de rire.
Le reste du petit-déjeuner se passa dans le calme et bientôt, il fut l'heure de partir pour Poudlard. Arrivés à la limite des terrains de l'école, Hermione sentit son téléphone tinter deux fois, signe que Théodore avait reçu les deux MMS de la matinée. Elle se mordit la lèvre, réprimant un fou rire en imaginant sa tête lorsqu'il verrait celui envoyé par Draco. En entendant cette fois une sonnerie d'appel retentir, elle soupira et sortit son portable de sa poche.
« Vas en cours, il faut que je réponde », dit-elle à Elias, qui hocha la tête et détala en direction de l'école, son sac rebondissant dans son dos.
Elle baissa les yeux sur l'écran et reconnut le numéro qu'avait composé Elias le matin-même : Théodore. Manifestement, elle allait avoir droit à une réaction en direct. Sons et lumières. Le Versailles de l'engueulade par téléphone. Rassemblant son courage à deux mains, elle décrocha.
« Pas la peine de hurler, on a juste voulu s'amuser, rien de méchant… », commença-t-elle avant même d'avoir entendu la voix de son interlocuteur.
« Qu'est-il arrivé à mon fils ? », fit la voix hachée et visiblement furieuse de Nott.
Hermione se raidit et déglutit. Comment pouvait-il être au courant ? Rogue lui avait-il envoyé un hibou ? Non, impossible, il n'aurait pas pris le risque de voir débarquer Théodore et de le voir faire éclater sa colère devant les élèves.
« Que… comment ça… ? », balbutia Hermione, totalement prise au dépourvu. « R-rien… »
« Ne te fous pas de moi, chérie », cracha Théodore avec animosité. « J'ai vu la photo. Tu me prends pour un con ou quoi ? »
La Gryffondor sentit sa lèvre trembler. Mais comment… ? Oh.
« Sa lèvre… », murmura-t-elle plus pour elle-même que pour Théo à l'autre bout du fil.
« Oui, sa lèvre », répéta-t-il sèchement. « Tu m'expliques ? »
Hermione se frappa le front du plat de la main. Elle avait complètement oublié ce détail. A sa décharge, il ne restait en tout et pour tout sur la bouche d'Elias qu'une vague rougeur accompagnée d'un léger gonflement, presque invisible si l'on n'y prêtait pas attention. Mais Théo l'avait remarqué. Bien entendu.
« Ecoute, c'est trois fois rien, vraiment… », reprit-elle d'une voix peu convaincante. « Il s'est embrouillé avec deux autres élèves, qui l'ont frappé… Rogue a sévèrement puni ses agresseurs, je t'assure, ils ne recommenceront plus… » Hermione remarqua alors qu'il n'y avait plus aucun bruit au bout de la ligne. « Allo ? Théodore ? »
Un craquement sonore juste derrière elle la fit sursauter et en se retournant, elle constata avec une panique croissante, que son interlocuteur venait de transplaner à quelques mètres. Tout en lui trahissait sa fureur. Ses yeux déjà aussi noirs que la nuit avaient à présent une étincelle hargneuse qui aurait pu la faire défaillir sur place. Ses poings étaient serrés, prêts à démolir tout ce qui se trouverait sur son passage, et Hermione se prépara psychologiquement à décéder dans les minutes qui suivraient.
« Quel est le petit enfoiré qui a osé toucher à mon fils ? », beugla-t-il en s'avançant. Hermione ferma les yeux et adressa une rapide prière à Dieu et à tous ses saints.
Mais étrangement, elle sentit Théodore la contourner et… se diriger à grands pas vers le château. Hein ? Je suis vivante ? Comprenant qu'il n'allait pas faire éclater sa colère sur elle mais sur l'élève responsable des blessures d'Elias, Hermione s'élança à sa poursuite. Quoi que Quentyn Travers et Ménélas Fawley aient pu faire, les deux adolescents ne méritaient pas la fin atroce que Nott leur réserverait immanquablement. Ils étaient avant tout des élèves, idiots certes, mais elle était tenue de les protéger.
Saisissant de toutes ses forces l'un des bras de Théodore, elle le força à s'arrêter et se plaça devant lui. « Arrête, ils ont eu ce qu'ils méritaient, ce ne sont que des ados ! », protesta-t-elle, la panique faisant monter sa voix dans les aigus.
« Je croyais t'avoir demandé de veiller à sa sécurité », gronda Théodore en la fusillant du regard.
« C'est ce que j'ai fait ! », s'époumona la jeune femme en fronçant les sourcils. « Je me suis occupée de lui depuis hier, je veillerai à ce que ça ne se reproduise plus ! »
« Eh bien, manifestement ce n'est pas suffisant ! », aboya le brun. Tous les feux de l'Enfer semblaient à présent danser dans ses pupilles, mais la colère prit le dessus sur Hermione et elle ne put s'empêcher de hurler.
« JE NE PEUX PAS ÊTRE PARTOUT, MERDE ! », s'égosilla-t-elle en le frappant des deux mains sur le torse. « Je suis professeur dans cette école ! Je dois gérer des centaines d'élèves et non être au service d'un seul ! Quand est-ce que tu vas te mettre ça dans le crâne, bon sang ? »
Oh Seigneur, j'ai signé mon arrêt de mort, pensa-t-elle aussitôt en voyant l'expression de Théodore changer. Le jeune PDG la dévisageait avec incrédulité et cligna des yeux plusieurs fois. Pendant quelques secondes, le silence retomba sur la lande et aucun des deux ne bougea. Jusqu'à ce qu'Hermione sorte de son mutisme.
« Elias va bien, tout est rentré dans l'ordre », acheva-t-elle, sur un ton ferme. « On gère, sois tranquille. »
Un des sourcils du brun grimpa sur son front et il inclina la tête sur le côté. Puis Théodore partit d'un grand éclat de rire, si fort qu'Hermione fit un bond de surprise. Elle fronça les sourcils et le considéra avec un certain étonnement. Merlin, que ces sautes d'humeur étaient fatigantes et déconcertantes…
« Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? », marmonna la Gryffondor, vexée. Elle avait la ferme impression qu'il se moquait d'elle et elle détestait ça.
« Ah ah… ça m'avait tellement manqué, tu n'imagines même pas… », gloussa le Serpentard, littéralement plié en deux.
Hermione pinça les lèvres. « Je peux savoir de quoi tu parles ? », s'agaça-t-elle en croisant les bras sur sa poitrine. Néanmoins, elle se sentait rassurée : elle venait certainement de sauver la vie de deux élèves, aussi mauvais soient-ils.
« Toi ! », reprit Théo en gloussant. « Te voir en colère, comme ça ! Tes yeux qui passent en mode apocalypse, tes sourcils qui se rejoignent comme s'ils voulaient se serrer la main… c'est tordant. » Il rit encore un peu, puis plongea son regard dans le sien. « Depuis la fin de Poudlard, c'était plutôt effroi, terreur et désespoir quand tu posais les yeux sur moi… » Il tendit la main et caressa le menton de la jeune femme. « Je suis ravi que ça change enfin. »
Hermione se recula comme s'il l'avait giflée. Pas parce qu'il l'avait touchée, mais parce qu'elle venait de réaliser qu'il avait raison. Toute à sa volonté de protéger les vies (presque) innocentes des deux agresseurs d'Elias, elle en avait oublié d'avoir peur de lui. Elle avait oublié son incapacité à lui faire face, sa tétanie à chaque fois qu'il approchait d'elle, son impression d'être la proie et lui le prédateur dès qu'il se trouvait dans les parages. Elle avait fait abstraction de tout cela pour sauver autrui… et en un sens, cela faisait un bien fou.
L'absence de peur lui donnant des ailes, Hermione décida donc de faire quelque chose qu'elle rêvait de faire depuis des années. Avec un immense sourire, auquel Théo répondit comme si c'était le plus beau jour de sa vie, elle tendit le bras et de toutes ses forces… le gifla.
Elle vit la tête du brun partir violemment sur le côté et en ressentit la satisfaction la plus intense de son existence. La jeune femme poussa ensuite un soupir de soulagement, secouant sa main qui picotait sérieusement après le choc, et s'écria : « Purée, ça fait du bien ! »
Théodore, en revanche, ne semblait pas partager son ravissement. Ses yeux luisaient de nouveau de colère et il pinça les lèvres. Avant qu'Hermione n'ait pu réagir, elle prenait à son tour une gifle retentissante.
« C'est vrai que ça soulage ! », railla Théodore en appréciant l'expression outrée qu'Hermione lui lançait, une main plaquée sur sa joue douloureuse.
« Espèce de… », jura Hermione en prenant à deux mains sa sacoche de cours pour frapper Théodore avec. Répétitivement. Et quand la sacoche ne l'atteignait pas, elle y ajoutait quelques coups de pieds bien placés, qui finissaient toujours par toucher un genou, un tibia ou un pied. « Sale… petit… enfoiré… », haletait-elle à chaque coup de sacoche.
« Je peux savoir ce que vous faites ? », fit une petite voix derrière eux.
Hermione se figea, sacoche levée au-dessus de la tête, tandis que Théodore s'arrêtait également, bras levé et cheveux en désordre total. Tous deux se retournèrent lentement. Elias les observait en silence, les sourcils haussés et une expression incrédule sur ses traits. Comme Hermione ouvrait et refermait la bouche sans prononcer un seul son, Théodore décida de répondre en premier.
« Rien du tout », déclara-t-il joyeusement en reculant toutefois à bonne distance de la Gryffondor. « Ta mère et moi, on vient de passer un cap important dans notre relation ! »
« Va te faire voir, Théodore », gronda Hermione en le fusillant du regard.
« Tu vois ? », appuya le brun en désignant la professeur du pouce. « Qu'est-ce que je te disais ? »
Pour toute réponse, Elias haussa encore plus haut les sourcils et lâcha d'une voix peu convaincue : « Salut, Papa. »
« Pourquoi est-ce que tu n'es pas à l'intérieur ? », demanda Hermione en reprenant un peu de sa superbe.
« Le professeur Rogue m'a vu arriver seul et il se demandait pourquoi tu n'étais pas avec moi… », répondit le petit garçon, dont les lèvres reprenaient petit à petit le sourire. Voir sa mère et son père aussi embarrassés l'un que l'autre d'avoir été pris en flagrant délit de scène de ménage l'amusait assez. « Du coup, j'ai fait le chemin en sens inverse… », acheva-t-il en les regardant tour à tour.
« Oh… eh bien, je suis là, pas d'inquiétude », grommela Hermione. « Bon, je… je vais en classe. »
« Je n'ai cours que dans une demi-heure », fit le garçonnet en haussant les épaules. « Je peux rester avec papa ? »
Hermione hocha brièvement la tête. « Mais ne sois pas en retard, d'accord ? », dit-elle avec raideur en réajustant nerveusement sa veste et sa chemise débraillées dans la bataille. Sa coiffure également avait quelque peu souffert.
« Promis », assura Elias en lui souriant de toutes ses dents.
Hermione remit sa sacoche sur son épaule, aussi dignement que possible et tourna les talons.
« Hé, Hermione ! », la héla Théo.
La brune se retourna. Théodore ouvrit alors grand la bouche, loucha et tira une langue de six pieds de long. Exactement comme elle l'avait fait sur le selfie très spécial qu'elle et Draco avaient envoyé un peu plus tôt. Elle lui décocha un regard venimeux et s'éloigna, tandis qu'Elias dévisageait son père comme s'il venait de se transformer en licorne à deux têtes.
« Mais ça va pas bien, tous les deux… », marmonna le gamin en secouant la tête lentement.
~o~
Lorsque Draco rentra chez lui ce soir-là et qu'il entendit deux voix murmurer dans le salon, sa première pensée fut que le rejeton de Théodore était encore à la maison. Puis avec un certain soulagement, il reconnut les intonations de Ron. Le blond s'avança dans le salon et la conversation s'arrêta brusquement. Le rouquin et Hermione étaient assis sur le canapé et levèrent des yeux affligés vers lui. Il sut aussitôt qu'il n'aimerait pas ce qu'il allait entendre.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? », demanda Draco en ôtant sa veste pour la poser sur le dossier d'une chaise.
Weasley pinça les lèvres et Hermione prit une légère inspiration avant de répondre.
« Je pense que tu ferais mieux de t'asseoir », murmura-t-elle en resserrant sa prise autour du coussin qu'elle tenait contre son ventre.
L'expression de Draco se décomposa quelque peu et il répéta sa question un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu. « Non, sérieusement, il se passe quoi là ? »
« Assieds-toi », insista Ron avec un regard impérieux.
Draco regarda tour à tour sa fiancée et son ex-rival, puis capitula et s'assit aux côtés d'Hermione. Sur le canapé d'en face, Ron se pencha en avant et appuya ses coudes sur ses genoux.
« Il s'est passé quelque chose il y a deux nuits… », commença Ron en fronçant les sourcils, mal à l'aise. « On a été appelés pour des meurtres, vraisemblablement commis par les responsables de l'attentat sur le Chemin de Traverse. Il s'agit des six membres d'une même famille. Deux adultes et quatre enfants dont deux étaient des enfants modifiés par Gordon Labs. »
Draco se tendit légèrement et les muscles de ses joues se contractèrent. Toutefois, il ne dit rien et Hermione lui jeta un regard inquiet.
« Les médias n'ont pas encore trop relayé l'affaire, à la demande de la police… », continua le roux d'une voix sombre. « Mais on ne pourra pas les tenir à l'écart indéfiniment. C'est pour ça que je voulais vous prévenir avant que… enfin… avant. »
« Nous prévenir de quoi ? », lâcha Draco d'un ton abrupt.
Ron et Hermione échangèrent un regard peiné, qui faillit faire hurler le blond de rage. Il détestait qu'on le prenne toujours avec des pincettes. Accouchez, bordel !
« Les Aurors de l'Identification Magique ont délivré leur rapport aujourd'hui et la quasi-totalité des baguettes utilisées sur les victimes ont été achetées à l'étranger et anonymement. Elles sont donc intraçables », expliqua Ron calmement. « Je dis 'quasi-totalité' car l'une d'elle a été identifiée. » Le roux leva les yeux et les plongea dans ceux de Draco, avec une expression désolée.
« Mon père… », gronda Draco en serrant le poing.
« Sa baguette était fichée depuis la dernière guerre et il semble que ses collègues n'aient pas jugé utile de lui fournir une de leurs baguettes étrangères », acquiesça Ron. « Apparemment, la baguette de ton père aurait servi à tuer deux des six membres de la famille : le fils et la fille aînés. »
Draco baissa la tête et posa son front entre ses mains en soufflant profondément. « L'enfoiré… », marmonna-t-il avec lassitude.
« Je trouve ça étrange », fit Hermione en secouant la tête. « Pourquoi prendre autant de précautions en fournissant à tout le monde une baguette de contrebande et laisser une baguette fichée risquer de les identifier ? »
La tête de Draco se releva d'un coup. « Ça me paraît évident : mon père ne changerait sa précieuse baguette pour rien au monde. Et il doit être ravi de prouver à tout le pays qu'il est de nouveau dans la course… »
Ron pencha légèrement la tête sur le côté avec une expression qui indiquait clairement qu'il était de l'avis du blond mais Hermione ne semblait pas partager leur opinion.
« Ou alors ils ne lui ont pas dit que leurs baguettes étaient anonymes ! », proposa-t-elle avec véhémence. « Pour lui faire porter le chapeau ! Si ça se trouve, il n'était même pas sur les lieux et quelqu'un a utilisé sa baguette pour l'incriminer ! Rappelle-toi à la Coupe du Monde de Quidditch en quatrième année, Ron ! Barty Croupton était persuadé qu'Harry avait produit la Marque des Ténèbres après l'attaque, alors qu'en réalité Bartémius Junior s'était simplement servi de la baguette d'Harry pour la faire apparaître ! »
Malgré la pertinence de son raisonnement, Ron grimaça. « Hermione… Les moldus avaient une caméra dans leur jardin et parmi les dizaines de silhouettes présentes dans le jardin, on distingue très nettement les cheveux blonds de Lucius parmi elles. Il semblerait qu'il ait été le seul à ne pas s'encombrer d'une capuche. »
« Tout comme il était l'un des rares à ne jamais s'encombrer d'un masque lorsqu'il était Mangemort », grinça Draco en serrant les dents. « Je ne comprends même pas comment tu peux encore le défendre, Hermione. Après tout ce qu'il a fait… »
« Draco, c'est ton père : on sait tous comment il est », reprit Hermione d'une voix apaisante. « Ce n'est pas un homme bon mais... il a toujours été très influençable… »
« Et selon toi, ça excuse tout ? », rétorqua le blond avec colère.
« Non, je dis simplement qu'il faut se montrer patients et attendre d'avoir suffisamment d'éléments pour- »
Draco se leva d'un bond et se prit la tête entre les mains. « C'est pas possible, il va vraiment nous gâcher la vie jusqu'au bout ! », s'exclama-t-il en tournant en rond. Puis il se figea, sous les regards soucieux des deux autres, et écarquilla les yeux. « Ma mère… elle doit être folle de rage… Il faut que je l'appelle… », marmonna-t-il en fouillant dans sa veste à la recherche de son portable.
« Draco, attends… », commença Hermione d'une petite voix, alors que les doigts du blond pianotaient déjà sur son téléphone.
« Ecoute, vieux, on a déjà voulu contacter ta mère pour l'interroger sur ton père… », fit Ron d'une voix hésitante.
Le combiné collé à l'oreille, Draco émit un grognement furieux. « Merlin, pourquoi elle ne répond pas ? », s'énerva-t-il en raccrochant.
« On est allés à l'adresse que Bellatrix a déclarée à son contrôleur judiciaire, mais arrivés sur place… », continuait le roux avec calme et professionnalisme.
« Je vais lui envoyer un Patronus », décréta Draco qui ne l'écoutait pas.
« Draco, ce n'est pas la peine », gémit Hermione, dont la lèvre inférieure tremblait.
« L'appartement était sens dessus dessous et ta mère, ainsi que Bellatrix, avaient toutes deux disparu sans laisser de trace », acheva Ron.
Le bras levé de Draco, prêt à produire un Patronus, retomba mollement le long de sa cuisse. Il dévisagea Ron comme s'il n'avait pas compris un traître mot de ce qu'il venait de dire et pendant un long instant, Hermione craignit qu'il perde connaissance. Puis soudain, les deux iris de glace se tournèrent vers elle et la jeune femme se sentit transpercée par la froideur qu'ils dégageaient. Une froideur qu'elle n'avait pas observé depuis longtemps.
« Et maintenant, tu penses toujours qu'il est innocent ? »
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Et voilà ce sera tout pour aujourd'hui ! Comment avez-vous trouvé la partie sur Pansy, est-ce que ça vous a aidés à mieux comprendre sa manière de considérer les hommes en général ? J'espère aussi que la seconde partie vous aura fait sourire. Avez-vous été surprises par la réaction de Théodore, ne pensez-vous pas que cela explique des choses ou au contraire vous posez-vous encore plus de questions, à présent ? ^^
Je vous souhaite en tous cas un excellent lundi de Pâques, (ne vous gavez pas trop de chocolat !) et je vous dis à lundi prochain ! Gros bisous à tous et à toutes et bonne chance pour ceux qui entrent dans les périodes de révisions !
Xérès
