Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Un chapitre un poil court ce lundi, mais où j'ai réussi à caser tout ce que je voulais caser (c'est déjà ça !). Donc au programme du Théo, du Dramione, du Rogue et des mini-Maraudeurs ! Attention, la partie sur Théo est genre MEGA importante, je suis sûre que les théories vont aller bon train après ça ! ahah De gros bisous et bonne lecture !

Merci à tous mes nouveaux follow/fav (Ney-chan, JustLou, Rin-med-nin, Nphilinne), à miss damdam, faerycyn, Elisendre, Madame La Duchesse, MichiSaru, Lyly Ford, Marion, Acide'nette, Loulou, ecathe38, PouleauPotter, Eliane Gil, Ronald Stinks, MissDraymione, Babar, Sarah Bus, Piitchoun, aussidagility, Cecile, Audrey917000, Gouline971, laloudu77, OrianeT, jujupititetortue, Aurlie, okami shiroi, Wizzette, Voldynouchette, malfoyswand, DreamLoveRead, TiteTyLee, Lune-Bleue22 pour leurs reviews et à ceux qui m'ont contactée sur Facebook/Twitter.

RAR :

Elisendre : c'est vrai que dans mes fictions, je ne donne généralement pas de rôle chouette à Ron car je n'aime pas particulièrement le personnage, mais maintenant il est adulte et j'ai eu envie de lui donner une deuxième chance, ahah. Merci pour ta review !

Marion : ahahah, ta référence à The Mask, je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer Flint et sa tête toute gonflée en train de faire un sourire bright et de hurler « Splendiiiiiiide ». Mdr. Merci pour ta review et gros bisous !

Loulou : merci pour ta review ! Ahah, comment ça les problèmes s'enchaînent, je ne vois pas du tout de quoi tu parles… u_u gros bisous ! J'espère que la suite te plaira aussi !

SarahBus : Il va falloir patienter un peu pour la grossesse d'Hermione, techniquement il s'est à peine écoulé 3 semaines depuis l'arrêt de sa pilule, donc ce n'est pas encore pour tout de suite.^^ Ah merci d'avoir contaminé quelqu'un d'autre, ma secte s'agrandit de jour en jour, et bientôt je contrôlerai le MOOOONDE ! Mdr. Bisous et merci pour ta review !

Aussidagility : hihi contente que la mort de Flint t'ai réjouie ! Merci pour ta review !

Cecile : il ne faut pas oublier que dans la chronologie de la fiction, il ne s'est écoulé que trois semaines à peine depuis qu'Hermione a arrêté la pilule, donc c'est encore un peu rapide pour annoncer une grossesse.^^ Un peu de patience, promis ça finira par arriver. Merci pour ta review !

Jujupititetortue : ahah, tu as remarqué que j'aime bien les relations malsaines entre Lucius et des (très) jeunes femmes… Oui bon… comment dire. Pour moi, Lucius c'est le type même du gars dans la cinquantaine encore très séduisant et un peu malsain, ça m'inspire toujours pour des relations avec des femmes plus jeunes, je ne sais pas pourquoi… XD Pour Théo, tu vas en savoir un peu plus dans ce chapitre, mais comme j'ai déjà dû le dire, il n'est pas le grand méchant de cette fiction (pas comme dans Rise^^). Merci pour ta review et bisous !

Aurlie : ahah tu peux me tutoyer sans problème, je ne suis pas si vieille que ça ! (enfin j'espère…) Tout d'abord bienvenue et merci de m'avoir lue ! Pour le physique de Nott, en fait, je m'imagine toujours ce personnage avec les traits de Joseph Gordon-Levitt. J'avais fait une galerie sur ma page Facebook d'auteure avec toutes les photos/dessins des personnages, tu peux aller y jeter un œil si tu veux ! Concernant la fin d'Ennemi(s) Intime(s), je ne sais pas si on peut parler de deuxième « guerre », après tout, les H sont des terroristes et ils utilisent des moyens différents de leurs prédécesseurs. Mais il y aura des combats, forcément (avec une petite nouveauté, vu que les moldus sont également impliqués). J'accorde beaucoup d'importance à ne pas tourner en rond, donc j'espère que ce sera original.^^ Pour la victimisation d'Hermione, tu es la première personne à la trouver trop victimisée, ahah. Généralement, on me dit plutôt qu'elle ne l'est pas assez, qu'à sa place les lectrices mourraient de peur devant Théo ou autre… Donc j'essaie de trouver un juste milieu pour que ça reste crédible. Un viol est un viol, malgré tous les moyens employés pour guérir, ça vous suit jusqu'à la fin de votre vie donc il faut en tenir compte. Si Hermione n'acquiert pas les pouvoirs de Nott, c'est pour une bonne raison, qui sera expliquée plus tard. Car si tu te souviens de la manière dont Nott a acquis ses pouvoirs dans Rise, tu peux d'ores et déjà deviner ce qui cloche dans le sequel.^^ En tous cas, merci pour ta review et j'espère que la suite continuera de te plaire !

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Chapitre 26 : Le Prénom

Ça grondait. Fourmillait, bourdonnait. Comme un énorme essaim de guêpes en furie. L'écho des clameurs et des mouvements empressés des employés de Gordon Labs, site de Londres, se répercutait dans tous les halls, tous les couloirs, tous les open spaces du bâtiment. L'ordre avait été donné de transférer l'ensemble du matériel et des documents les plus importants sur le site irlandais de la firme, à Dublin. Plus discret, plus excentré. Plus petit aussi. Là où il n'y avait quasiment pas de H sur les murs.

Théodore surveillait le branlebas de combat depuis la mezzanine entièrement vitrée qui surplombait le hall d'entrée et la réception. Accoudé au garde-fou, il entendait, sentait, vibrait avec les employés qui se pressaient tout autour de lui, les bras chargés de cartons pour certains, d'autres faisant léviter le matériel en agitant leurs baguettes. Après un appel de la police lui annonçant les dernières découvertes sur ces H qui le prenaient pour cible, il avait décrété qu'il était temps de mettre en sécurité leurs biens dans un autre endroit, moins exposé. Tout en continuant d'assurer un service minimum à Londres, pour donner le change et laisser leurs ennemis penser que tout fonctionnait normalement chez eux. L'appel avait mis Théodore dans une rage folle. Quelques meubles en avaient d'ailleurs salement pâti dans son appartement personnel et n'ayant plus Elias dans les parages, il n'avait même pas pris la peine de tout ranger par la magie avant de partir ce matin-là. Son lieu de vie, son lieu de travail, son existence entière n'étaient plus qu'un grand bordel sans nom et il détestait ça. Tout lui échappait, glissait entre ses doigts, sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit.

Il sursauta presque lorsqu'un technicien moldu passa derrière lui avec une pile de dossiers et renversa tout sur son passage en poussant un juron. Théodore se retourna et l'employé, remarquant sa présence, se mit presque aussitôt à trembloter. Le jeune PDG se demanda un instant pourquoi et tandis que l'employé pensait sa dernière heure arrivée, il se contenta d'enjamber les feuillets épars et de se diriger vers son bureau, passant en coup de vent devant Amy en pleine conversation au téléphone. La porte claqua et le technicien, profondément soulagé, se mit à genoux pour ramasser son chargement.

Théodore se laissa tomber contre la porte close et ferma les yeux. Tout était plus tranquille ici, plus silencieux. Le vrombissement des fourmis ouvrières de l'autre côté lui parvenait toujours, mais plus sourd. Atténué.

Il avait une migraine atroce. Tellement forte qu'il ressentait une envie viscérale de se frapper le front contre un mur. De s'arracher les cheveux. Ou d'enfoncer quelque chose de très pointu dans ses orbites. Au lieu de ça, il avança jusqu'à son bureau, ouvrit un des tiroirs et en ressortit une boîte orange remplie de pilules rondes et blanches. Zolmitriptan, l'un des remèdes les plus efficaces contre la migraine. Du moins efficace pour lui. La magie n'avait quant à elle aucun effet sur son problème.

D'une main tremblante et fiévreuse, il déboucha le capuchon du tube orange et en renversa une partie du contenu dans sa main. Il choisit une gélule parmi le petit tas qui reposait dans sa paume et la mit dans sa bouche avant de l'avaler. A sec. Il avait l'habitude. Cela faisait un moment qu'il n'avait plus besoin d'eau pour ingérer ces petits concentrés de quiétude cérébrale.

Théodore déglutit une nouvelle fois, rangea les pilules dans leur tiroir et expira profondément. A cet instant, on frappa à la porte et après avoir grogné un « Entrez ! » peu engageant, Théodore vit le panneau s'ouvrir sur sa secrétaire.

« Monsieur ? », fit Amy en s'avançant au centre de la pièce, perchée sur ses talons. « Le docteur Winters a appelé, il aimerait s'entretenir avec vous au sujet de votre prochain rendez-vous. Il a dit que c'était urgent. »

Urgent. Le mot que n'importe quel mortel redouterait d'entendre dans la bouche de son médecin. Mais Théodore n'était pas n'importe quel mortel. Il hocha la tête brièvement et marmonna qu'il allait le rappeler. Amy esquissa un rictus que Théodore n'aima pas du tout. Il pouvait lire de la pitié dans son expression et s'il y avait bien une chose que le jeune homme détestait, c'était la pitié. Heureusement, Amy se retira presque aussitôt, le laissant à nouveau seul. S'asseyant à son bureau, Théodore décrocha le téléphone et composa le numéro de Winters.

La conversation fut brève, Théo savait déjà plus ou moins ce que lui dirait le médecin. Toujours la même rengaine. Depuis le temps, il la connaissait.

Lorsque Théodore raccrocha, le triptan commençait à faire son effet sur les vaisseaux de son cerveau et la douleur s'estompait, rapidement. C'était déjà ça. Lentement, il s'extirpa de son fauteuil et avança jusqu'à la cloison vitrée qui surplombait Londres. Le jour se levait, rose à l'est et curieusement, la vision du matin naissant l'apaisa quelque peu.

Le docteur Winters avait raison, dans un sens. Il y avait urgence. Il fallait qu'il parle à Hermione. Au plus vite. Elle ne pouvait pas refuser de l'aider. C'était dans ses tripes, dans ses veines. Aider les autres : une raison de vivre, sa fibre de Gryffondor. Elle ne pouvait pas lutter contre ça, n'est-ce pas ? Même pour moi.

Appuyant son front légèrement moite sur la vitre, il apprécia la fraîcheur du matériau sur sa peau. Il n'avait plus le droit à l'erreur, à présent. Plus du tout. Il avait commis la plus grosse bourde de sa vie en la laissant partir douze ans plus tôt et il en payait le prix aujourd'hui. Il avait été faible, s'était laissé attendrir par les larmes, les cris, les menaces de suicide. Ça n'aurait été qu'une passade. Tant qu'elle avait Draco dans la tête, il était normal qu'elle veuille le rejoindre. Mais une fois installés outre-Atlantique, si elle avait vu tout ce qu'il était capable de faire, si elle avait pu vivre dans son magnifique appartement de la 5e Avenue, si elle avait pu enfanter Elias normalement… elle aurait changé d'avis, elle aurait oublié. C'était mathématique. En tous cas, ça l'était pour lui.

Il aurait dû se montrer plus ferme, ne pas lui laisser le choix, l'emporter purement et simplement. Peut-être que s'il avait tué tous ses amis, elle n'aurait plus eu envie de rester en Angleterre ? Oui ? Non ? Il ne savait pas vraiment et de toute manière, c'était un peu tard aujourd'hui. Il fallait voir plus loin, maintenant. Nouvelles perspectives.

Bientôt, il lui parlerait.

~o~

Le dos étendu sur le lit à baldaquins de sa nouvelle chambre à Poudlard, Aria Stone s'ennuyait ferme. Ben était reparti depuis plusieurs jours, l'abandonnant à son sort et aux mains de ce vieux grincheux de Rogue. Elle avait reçu quelques visites de la belle-fille de Lucius et s'en était réjouie : la jeune femme était adorable, intéressante et sympathique, sachant aussitôt la mettre à l'aise. Elles ne s'étaient rencontrées qu'une seule fois avant ça, lorsque Lucius avait fait appel à Aria pour sortir son fils de garde-à-vue. Aria en avait ressenti une gêne atroce, gêne qui l'avait à nouveau submergée la première fois qu'Hermione était venue frapper à la porte de ses nouveaux quartiers. L'idée que cette jeune femme, âgée d'à peine cinq ans de moins qu'elle, aurait pu être sa « belle-fille » si sa relation avec Lucius avait perduré la perturbait affreusement. C'était malsain, en un sens. Elle n'avait jamais voulu le réaliser auparavant, certainement par pur égoïsme. Mais maintenant, la vérité la frappait de plein fouet.

Toutefois, Hermione n'avait encore jamais mis les pieds dans le plat, se bornant à des conversations inquiètes au sujet de son bien-être, lui apportant des livres pour s'occuper et des nouvelles du monde extérieur. Elle lui avait également proposé quelques balades dans le périmètre de Poudlard mais Aria n'avait pas encore accepté. Curieusement, même si elle s'y emmerdait comme un rat mort, sa petite chambre était synonyme de sécurité. Pas d'intrus pour l'y assassiner en pleine nuit, pas de vrai-faux Auror tapi derrière la porte de sa salle de bains, de sortilège explosif susceptible de la changer en confetti ni de femme-araignée pour l'espionner. Autrement dit, une sacrée amélioration.

Se tournant sur le flanc, elle tendit la main vers la table de nuit pour y attraper son livre du moment (Vie et habitat des animaux fantastiques, de Norbert Dragonneau) et arrêta son geste. Le Glock de Ben, qui avait prouvé son extrême inutilité face à Marcus Flint quelques jours plus tôt, reposait sur l'ouvrage. Elle le gardait toujours à portée de main, mais plus elle le voyait, plus elle méprisait l'objet. C'était un sentiment de fausse sécurité, de la poudre aux yeux. Il ne lui servirait à rien face à un sorcier aguerri. Autant menacer un requin avec un lapin en peluche.

Elle avait plusieurs fois réfléchi à un moyen de véritablement se protéger contre un sorcier. Les livres d'Hermione lui avaient donné quelques idées mais rien qui soit réalisable sans magie. Il lui fallait quelque chose de moldu, un mécanisme à l'ancienne, mais tout de même efficace contre un sorcier.

Saisissant l'arme par sa crosse, elle la fit tourner entre ses doigts, les sourcils froncés. Et s'il était possible de partir de cette base, la modifier avec un peu de magie, tout en la laissant utilisable par des moldus ? Aria ne savait absolument pas si c'était réalisable mais elle pouvait toujours demander. Pas à Hermione, elle avait cours toute la journée et Aria doutait qu'elle soit du genre à tolérer la présence d'armes à feu dans l'enceinte de l'école. Les autres profs étaient à exclure également, elle ne les connaissait pas et se voyait mal débarquer dans leur bureau, une arme à la main et un grand sourire aux lèvres : Salut, vous auriez une recette miracle pour tuer vos semblables avec ceci ? Ça m'aiderait …genre beaucoup. Non, impensable.

Il ne lui restait donc qu'une seule solution. Le vieux grincheux. Il savait déjà que Ben lui avait laissé quelque chose pour se défendre et n'avait pas objecté outre-mesure. Tant qu'elle ne menaçait pas les gamins avec, il n'était pas contre. Et encore. Connaissant Rogue, ça dépendrait du gamin.

Sautant sur ses pieds, elle enfila ses tennis, glissa le Glock à l'arrière de son jean et en dissimula la crosse sous son pull. Quittant sa chambre située presque au même niveau que le bureau du directeur, elle parcourut les quelques dizaines de mètres qui les séparaient, prononça le mot de passe et grimpa l'escalier en colimaçon que dévoilait la gargouille. Une fois en haut, elle frappa à la porte et entendit nettement un soupir agacé lui répondre. Mais pas de « Entrez ». Sans se laisser démonter, Aria pénétra dans l'antre du Vieux Grincheux, aussitôt accueillie par un froncement de sourcil furibond.

« Je ne me rappelle pas vous avoir autorisée à entrer », lâcha Rogue en levant le nez.

« Etrange, j'aurais juré pourtant… », ironisa Aria en refermant la porte derrière elle. Nouveau soupir du Directeur. « Vous êtes occupé, là ? »

« Débordé », gronda-t-il en tournant une page de la Gazette du jour qu'il était en train de lire. « Voyez-vous, un agriculteur du Pays de Galles a été attaqué par une meute de Botrucs qui voulait l'empêcher d'arracher les arbres d'une partie de son terrain. C'est passionnant. Sortez. »

Aria se retint de sourire. L'homme l'amusait beaucoup. Il avait beau se donner un air de professeur tyrannique, cela n'avait absolument aucun effet sur elle. Bien au contraire, elle trouvait ça plutôt drôle. L'avocate se demanda cependant si ses élèves étaient du même avis… Décidant d'aller droit au but, elle tira le Glock de la ceinture de son jean et le posa sur la photographie mouvante de l'agriculteur agressé, juste sous le nez de Rogue.

« J'ai besoin que ce truc puisse blesser des sorciers. Une idée ? », demanda-t-elle en croisant les bras, un petit sourire aux lèvres.

« Vous avez essayé de viser et de tirer ? », railla le Directeur en haussant un sourcil.

« Non, je l'ai mis dans un vase avec de l'eau et j'ai attendu qu'il pousse », rétorqua aussitôt Aria en plissant les yeux. « Bien sûr que oui, j'ai essayé. Mais un simple Expelliarmus suffit à me désarmer et chacun sait qu'un simple sortilège de bouclier suffit à arrêter la balle en cas de tir. Il faudrait améliorer ça. »

« Et donc vous avez l'impudence de venir demander mon aide, parce que… ? », l'interrogea Rogue en plissant les yeux.

Aria soupira et esquissa un rictus moqueur. « Sérieusement, vous faites quoi de vos journées ? Vous ne donnez pas de cours, vous n'entraînez pas d'équipe de Quidditch… Alors ? A part lire les déboires des agriculteurs gallois ? »

Rogue ouvrit la bouche pour protester mais Aria ne lui en laissa pas le temps.

« Ce que je vous propose là, c'est une opportunité de faire avancer les technologies de défense mixtes, de développer l'équipement des policiers moldus… vous pourriez même être récompensé, si vos recherches portent leurs fruits… », minauda-t-elle d'un air détaché.

« Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai envie d'être récompensé ? », grommela Rogue avec une mauvaise foi évidente.

L'avocate pinça les lèvres et regarda autour d'elle le grand bureau sombre et légèrement poussiéreux. Son expression était tellement éloquente que Rogue comprit le sous-entendu sans qu'elle ait eu besoin de le formuler. Il grogna.

« Allons, Rogue, mettez un peu de suspense dans votre vie… », le titilla Aria en claquant des doigts. « Quand on approche de la soixantaine, c'est important ! »

« J'ai à peine cinquante-trois ans ! », protesta vivement Rogue, indigné.

Mais Aria ne corrigea pas sa phrase, se contentant de le regarder avec un sourire triomphant. Elle avait gagné et elle le sentait. Rogue aussi, d'ailleurs, car il expira bruyamment tout l'air de ses poumons et détourna les yeux. « Compris, je vais voir ce que je peux faire. Maintenant, disparaissez ! »

« Mer-ciii ! », chantonna la jeune femme avant de quitter les lieux, tout sourire.

La porte claqua derrière elle et Rogue regarda d'un air furieux l'arme moldue toujours posée sur son bureau. Soupirant de nouveau, il la poussa sur le côté du bout des doigts, bien décidé à terminer sa lecture avant de lancer ses recherches. Par simple esprit de contradiction. Il n'allait pas commencer à se laisser mener par le bout du nez par n'importe qui. Pas à son âge. Grommelant encore un peu, il se repencha sur la Gazette, ses nouvelles lunettes de vue glissant doucement sur le bout de son nez.

~o~

Lorsqu'Hermione rentra de sa journée de classe, elle fut surprise de voir les chaussures et la veste de Draco abandonnées dans l'entrée, mais aucune trace de celui-ci dans le salon. Un bruit soudain au-dessus de sa tête lui indiqua qu'il devait être à l'étage et après s'être débarrassée de son sac, de ses chaussures et de son manteau, elle grimpa les escaliers. Rien au premier non plus. En revanche, l'escalier raide qui menait au grenier, où ils avaient entreposé la plupart des affaires ramenées du Manoir, était déplié et la trappe ouverte. La main bien assurée sur la corde qui courait le long des marches escamotables, Hermione grimpa, passa la tête dans le grenier, puis le haut du corps.

Draco était bien là, assis sur le sol, entouré des vestiges de ce qui avait été autrefois les biens mobiliers des Malfoy. Parmi le bric à brac qu'il n'avait pas voulu vendre se trouvaient principalement des bijoux et objets personnels ancestraux, des baguettes soigneusement enveloppées dans leurs écrins, quelques meubles de valeur sentimentale… et de la paperasse. Beaucoup de paperasse.

Le sol en était recouvert tout autour du blond. Le seul cercle épargné était celui où le jeune homme avait pris place, les jambes croisées, le dessous de ses chaussettes grisé par la poussière du parquet. Hermione acheva son ascension et Draco tourna vivement la tête dans sa direction lorsque le bois craqua sous le poids de la jeune femme.

« Qu'est-ce que tu fais ? », demanda-t-elle avec un gentil sourire. Depuis le pétage de plombs de Draco dans le sous-sol du Manoir, la tension qui s'était accumulée en lui s'était quelque peu dissipée, mais Hermione s'efforçait toujours de se montrer compréhensive et enjouée, même lorsqu'il broyait du noir. De son côté, Draco faisait lui aussi l'effort de ne plus trop se laisser envahir par de mauvaises pensées. Du moins dans la mesure du possible.

« Je cherche l'acte de propriété du Manoir et tous les papiers dont j'ai besoin pour le vendre », répondit-il en baissant à nouveau le nez sur une liasse de parchemins entre ses mains. « Crois-le ou pas mais mon maniaque de père n'a pas dû une seule fois trier ses parchemins administratifs en cinquante-quatre ans de vie… Je galère. »

Le sourire d'Hermione s'accentua et elle avança parmi la marée de documents sur la pointe des pieds pour ne pas les écraser. « Tu veux de l'aide ? », proposa-t-elle en cherchant désespérément un carré de sol pour s'asseoir.

Draco haussa les épaules et jeta une partie des parchemins sur sa droite et l'autre derrière lui.

« Tu tries vraiment ou tu jettes au hasard ? », s'étonna Hermione en s'asseyant sur ses mollets, à la japonaise.

« A droite c'est ce que je garde, derrière c'est ce que je jette », expliqua le blond en jetant une nouvelle liasse derrière lui.

« Et à gauche ? », demanda sa compagne en observant la plus grosse pile de documents.

« Ça, ce n'est pas encore trié », maugréa-t-il avec une grimace de lassitude.

« Ah, quand même… », marmonna Hermione en saisissant quelques feuillets au hasard. Des lettres du Ministère datant d'une dizaine d'années côtoyaient des actes de propriété d'objets d'art et des autorisations de transferts bancaires signées par les gobelins de Gringott's. Un vrai fouillis. Hermione reposa la liasse, un peu dépitée. Elle voulait aider mais n'avait aucune idée de ce que Draco voulait garder ou non. Et elle doutait qu'il apprécie si elle posait la question à chaque papier qui passait entre ses mains. Mieux valait trouver autre chose à faire.

« Tu veux un thé ? Il y a aussi du gâteau au chocolat que j'ai chipé à Poudlard », proposa-t-elle en se relevant. Le blond hocha la tête et lui sourit, avant de la regarder disparaître par l'ouverture dans le plancher.

De nouveau seul, Draco saisit une autre liasse de documents, la tria patiemment, puis remarqua un livret cartonné parmi les documents épars sur le sol. Il s'en empara et le feuilleta, les sourcils froncés. Au rez-de-chaussée, il entendit Hermione annoncer que le thé était prêt. Emportant le carnet avec lui, il descendit à la cuisine et s'assit à table, posant sa trouvaille devant lui.

« Qu'est-ce que c'est ? », demanda Hermione, en plaçant la théière et le gâteau au chocolat sur la table.

« Le livret de famille », marmonna le blond avec une expression étrange. Triste. Un peu en colère. Nostalgique, aussi. Il tourna plusieurs séries de pages noircies d'encre et s'arrêta à la dernière qui avait été remplie. « Il se transmet de génération en génération. Nous, on est là… » Hermione se pencha sur la page que lui indiquait Draco et constata que le « nous » ne désignait bien entendu pas Draco et elle, mais Draco et ses parents.

Epoux :
Nom : Malfoy
Prénom(s) : Lucius, Abraxas
Né le : 21 septembre 1954
A : Devizes, Wiltshire, Angleterre

Epouse :
Nom : Black
Prénom(s) : Narcissa
Née le : 3 janvier 1955
A : Londres, Angleterre

Enfant :
Nom : Malfoy
Prénom(s) : Draco, Lucius
Né(e) le : 5 juin 1980
A : Devizes, Wiltshire, Angleterre

Hermione plissa les yeux et avisa l'épaisseur du livret. Le nombre de pages vierges restantes, quant à lui, se comptait sur les doigts d'une seule main. « Il y a vraiment … tous les Malfoy dedans ? », l'interrogea-t-elle, intriguée.

« Tous les enfants y figurent mais c'est systématiquement le premier fils, celui qui perpétue le nom, qui à son tour a le droit de remplir le livret. A chaque génération, le livret fait apparaître une nouvelle page, de sorte qu'on ne soit jamais en manque », expliqua Draco en faisant courir le papier sous ses doigts.

« Et si l'aîné est une fille ? », demanda-t-elle, en s'attendant encore à une réponse bien sexiste. A raison.

« Eh bien, on fait d'autres enfants jusqu'à ce qu'il y ait un garçon », répondit le blond, qui voyait très bien où elle voulait en venir. « Et non, ce n'est jamais arrivé qu'il n'y ait pas de garçon, cherche pas. »

Hermione referma la bouche en levant les yeux au ciel, ce qui arracha un sourire amusé à son fiancé. Mais il n'ajouta rien de plus et parcourut encore un peu des yeux les autres pages du carnet. Les noms de ses ancêtres défilaient sous ses yeux, certains plus familiers que d'autres, jusqu'à ce que sa lecture le lasse. Il referma le livret et l'agita entre ses doigts, les lèvres pincées en un sourire mutin et ses yeux gris-bleu rivés sur Hermione.

« En parlant d'enfants… il faudrait qu'on commence à faire un choix de prénoms », musa-t-il, appréciant le regard scandalisé de la brunette.

« Ce n'est pas un peu tôt ? Il faudrait déjà qu'il y ait un enfant, tu ne crois pas ? », balbutia-t-elle en fusillant le livret de famille du regard, comme s'il était la cause de cette discussion épineuse. Pour se donner une contenance, elle prit une part de gâteau et mordit dedans.

« Pas forcément », renchérit Draco en secouant la tête. « Mes prénoms étaient décidés bien avant ma naissance. Il faut dire que le choix était assez restreint. »

« Comment ça ? », s'étonna Hermione en fronçant le nez.

« Ma mère a insisté pour suivre la tradition des Black et me donner un nom d'étoile… », expliqua-t-il avant de perdre son sourire. Il fixa Hermione gravement et grimaça. « Si tu es d'accord, j'aimerais qu'on suive son exemple. »

La demande prit Hermione au dépourvu. A dire vrai, elle ne savait pas vraiment quoi répondre. Si elle refusait, elle risquait de contrarier le nouvel équilibre mental encore fragile du blond, mais si elle acceptait sans réfléchir, elle pouvait se retrouver avec un choix de prénoms qui ne lui conviendrait pas le moins du monde. Que faire ?

Elle avala sa bouchée, cherchant des yeux un quelconque moyen de la tirer de cette situation délicate. Son ordinateur portable posé un peu plus loin sur la table lui sembla une échappatoire toute trouvée. Elle l'ouvrit, le sortit de son état de veille et tapa précipitamment « noms d'étoiles » sur Google. Le moteur de recherche lui proposa une page Wikipédia en premier résultat et elle cliqua dessus pour l'ouvrir. Horreur : les premiers noms qui défilèrent sous ses yeux lui évoquaient plus un mélange de syllabes gutturales et d'alphabet grec que de réels prénoms. En navigant un peu plus loin sur la page, elle vit effectivement défiler Bellatrix, Andromeda et Sirius, ainsi qu'un nombre incalculable de déclinaisons de Draconis : Alpha Draconis, Zeta Draconis, Iota Draconis, Delta Draconis…

Penaude, elle regarda son fiancé par-dessus l'écran de l'ordinateur. Celui-ci attendait manifestement une réponse, là, maintenant, tout de suite, et son silence semblait légèrement le vexer.

« Euh… tu sais… généralement, les Malfoy et les Black n'épousent pas non plus de nées-Moldues alors… peut-être qu'on peut faire l'impasse sur les traditions, tu ne crois pas ? », tenta misérablement Hermione, tandis qu'à l'écran défilaient désormais « Jabbah », « Jed », « Jildun », « Juza » et « Juzhnyj Oslenok ».

« Non, je ne crois pas », marmonna Draco, qui semblait maintenant vraiment vexé. « Tu comprends maintenant pourquoi il nous faudra du temps pour trouver un prénom potable là-dedans. »

Hermione esquissa une grimace éloquente et reprit sa lecture. Leonis, Scorpii, Sagittarii, Eridani se succédaient sous ses yeux, qui recherchaient désespérément quelque chose d'acceptable dans cette litanie de noms à coucher dehors.

« Ah oui tiens ! », triompha-t-elle soudain, l'index tendu. Draco se redressa, intéressé. « BPM 37093 ! Dans la constellation du Centaure. Super classe comme nom : BPM 37093 Malfoy. »

Le blond hésita un instant entre rire et grogner. Elle se fichait de lui et même si cela l'agaçait prodigieusement, il ne pouvait pas s'empêcher d'adorer ça. Comme si tout était redevenu subitement normal et que plus aucun autre souci n'existait sur terre que le choix du prénom de leur futur enfant.

« Non, non, attends, j'ai mieux ! », reprit la brune en s'esclaffant. « Cygnus X-1, ça, ça en jette ! »

« Je n'ai jamais dit qu'il n'y en avait pas de très très moches dans la liste… », concéda Draco en levant les yeux au ciel. « Mais j'aimerais quand même que tu y réfléchisses. »

Hermione cessa aussitôt ses pitreries et observa son fiancé en face d'elle. Pour la première fois depuis longtemps, elle lisait de l'amusement dans son regard et surtout… un amour débordant, sans faille, qui la percuta comme un train lancé à pleine vitesse. Elle retrouvait enfin Draco, son Draco, le vrai, l'unique. Celui qui n'avait jamais cessé de faire partie de sa vie depuis onze ans, celui qui l'avait remise sur pieds, celui qui la rendait heureuse. La jeune femme comprit alors que le pire était véritablement derrière eux et qu'ils avaient su le surmonter. Ensemble.

« C'est promis », souffla-t-elle, quelque peu émue du soudain retour de son homme dans le droit chemin.

Ils se sourirent. Délaissant son ordinateur, Hermione contourna la table et fit signe à Draco de la suivre à l'étage en agitant un doigt coquin. Il était temps de se pencher sur la conception de ce BPM 37093. Ou peu importe son nom.

~o~

Prenant une grande inspiration et rejetant ses longs cheveux en arrière, la blondinette tenta de se défaire du stress qui l'envahissait depuis le début de la journée. Quelques jours plus tôt, l'idée d'infiltrer la réunion du Club Héritage lui avait paru fameuse et brillante. Le matin même, elle n'en était plus si sûre. Et à présent, quelques secondes avant de faire face à son destin, elle regrettait de ne pas pouvoir emmener ses amis avec elle.

« Rappelle-toi, si jamais tu vois ou entends quelque chose de louche, tu prétextes une envie pressante et tu sors le plus vite possible ! », répéta pour la énième fois Deborah, l'index tendu sous le nez de Victoire. « Je suis quasiment certaine que tu ne peux pas être considérée comme complice si tu fuis les lieux d'un crime de ton plein gré. »

« Hein ? », s'égosilla Victoire, la main crispée sur son invitation.

« Ne l'écoute pas, elle regarde trop la télé », bougonna David en fronçant les sourcils à l'attention de Deborah. « Il ne se passera absolument rien, j'en suis persuadé. Tu ouvres simplement grand les yeux et les oreilles et tu nous ramènes un maximum d'informations. C'est tout. »

« Ok », souffla Victoire en hochant vivement la tête. « Les yeux, les oreilles, des infos… »

« Bien dit, soldat », ironisa Ted en lui tapotant l'épaule.

Elias se contenta d'un pauvre sourire encourageant. L'idée de laisser sa camarade s'engager seule dans l'aventure le mettait mal à l'aise. Toute la journée du samedi, il avait été tenté d'envoyer un hibou à Hermione pour lui parler de ce Club et de ce que Victoire comptait faire. Mais il ne l'avait pas fait. Ted aussi avait un parent professeur à Poudlard, mais ce n'était pas pour ça qu'il courait dans ses robes au moindre problème. Elias devait prendre exemple sur lui. Et arrêter de s'en faire. Comme le disait David, il ne se passerait certainement rien du tout.

Avec un dernier regard en direction de ses amis, Victoire tourna au coin du couloir et entreprit d'avancer jusqu'au petit amphithéâtre que le Club avait réservé pour sa première réunion. Un groupe d'élèves se pressait déjà devant l'entrée, parlant et riant joyeusement. Un septième année était posté devant la porte et vérifiait les invitations. Quelque peu nerveuse, Victoire tendit son propre carton et le garçon hocha la tête pour l'autoriser à entrer.

L'amphithéâtre faisait partie des nouvelles structures de Poudlard, ajoutées au cours des dix dernières années. Il servait notamment aux conférences qui réunissaient plusieurs maisons, aux activités de groupe ou aux réunions parents-professeurs (une autre mesure réclamée par le Ministère mais que Rogue s'arrangeait toujours pour repousser au maximum). Décorées aux couleurs des quatre maisons, les rangées de sièges convergeaient toutes vers un seul et unique point : l'estrade centrale qui trônait au fond de la pièce. Des groupuscules d'élèves s'étaient éparpillés dans les rangs, papotant à qui mieux mieux et faisant connaissance. Mal à l'aise, Victoire scruta les groupes autour d'elle à la recherche d'enfants de son âge mais ils étaient très peu nombreux. En fait, ils n'étaient qu'une demi-douzaine de première année et justement, l'un d'entre eux, sa cravate de Serdaigle mal serrée, s'avançait vers elle.

« Je te reconnais, toi ! C'est toi qui as fait tout un scandale pour ne pas monter dans les barques, le jour de la rentrée, non ? », demanda le nouveau-venu, un petit blond aux yeux bleus, avec un sourire moqueur en guise de salut.

« Euh… », eut le temps de marmonner Victoire avant que l'autre ne reprenne la parole.

« Wolfgang van Houten », se présenta le Serdaigle avec assurance. « Ma mère est une descendante éloignée de la lignée Black et mon père un van Houten de la branche danoise. Et toi ? »

« Victoire… Weasley », balbutia la fillette, décontenancée par cette entrée en matière étrangement précise.

« Une Weasley ? », s'étonna le garçon en haussant les sourcils. « Blonde ? Intéressant. On m'avait pourtant juré qu'ils étaient tous rouquins dans cette famille. »

Une voix s'éleva du côté de l'estrade, détournant l'attention de Wolfgang. Et heureusement, car Victoire lui décochait un regard mauvais qui en disait long sur ce qu'elle pensait des remarques du Serdaigle.

« Ça commence ! », commenta inutilement le garçon en s'installant sur un siège. Victoire prit place à côté de lui, les sourcils toujours froncés, mais déporta son attention sur l'élève qui venait de grimper sur l'estrade, un large sourire aux lèvres. Samuel Parker, Préfet-en-Chef et Gryffondor, celui-là même qu'ils avaient suivi dans la Forêt Interdite avant de se faire prendre par Rogue quelques semaines plus tôt, accueillait ses invités avec chaleur.

« Bienvenue, bienvenue à tous ! Installez-vous confortablement, surtout ! », s'exclama-t-il en désignant les rangées devant lui. « Je me présente pour ceux qui ne me connaissent pas déjà : Samuel Parker, Préfet-en-Chef, en septième année à la maison Gryffondor. Je suis également le Président de ce nouveau Club dont je vais expliquer le fonctionnement dans un instant. Mais tout d'abord : qu'est-ce que le Club Héritage ? »

Samuel joignit les mains devant lui, toujours souriant. Le parfait petit conférencier. Victoire s'installa un peu mieux dans son siège : l'ambiance était détendue, rien ne semblait louche pour le moment et la pression retombait quelque peu. Peut-être avait-elle été stupide de paniquer ainsi.

« Le Club Héritage, c'est avant tout une association d'élèves, tous niveaux confondus, dont l'objectif est de permettre à un petit groupe de privilégiés répondant à des critères précis d'atteindre l'excellence, que ce soit dans leurs activités scolaires, périscolaires ou professionnelles. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? », déclama le Préfet-en-Chef en entamant de longs va-et-vient sur l'estrade. « Une aide aux devoirs : les plus grands peuvent aider les plus jeunes ou les plus faibles à obtenir de meilleures notes en s'entraînant mutuellement aux sortilèges ou en révisant en groupe. Un entraînement personnalisé basé sur le même principe pour ceux qui pratiquent le Quidditch et souhaiteraient s'améliorer. Créer des liens entre vous, établir des relations solides et fiables qui perdureront tout au long de votre vie. Imaginez : vous décrochez votre diplôme avec mention, vous sortez de l'école et patatras ! Crise économique. Vous ne trouvez aucune formation, aucun poste, aucun stage nulle part. Pas de panique : il y aura toujours un membre du Club plus âgé qui sera là pour vous épauler et vous aider à trouver une bonne place, adaptée à votre rang et à vos capacités. »

Victoire fronça les sourcils. Notre rang ? Autour d'elle, les autres élèves semblaient apprécier les arguments soulevés par Samuel. Personne d'autre n'avait tiqué sur sa dernière phrase. Sauf peut-être une autre fille, quelques sièges plus loin, âgée d'un an ou deux de plus que Victoire et qui arborait la même expression dubitative tout en mordillant le bout de sa cravate de Serpentard.

« Vous êtes l'élite de notre communauté, vous méritez ce qu'il y a de mieux en ce monde et c'est en s'entraidant que nous pourrons tous nous assurer une place respectable dans la société. »

Détournant le regard de Samuel, Victoire se mit discrètement à observer les autres organisateurs de la réunion, qui se tenaient debout contre les cloisons latérales de la salle. La plupart buvaient les paroles de Samuel, captivés. Sauf un. Et pour cause : il avait les yeux rivés sur …elle.

Victoire sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Celui qui la dévisageait avec insistance n'était autre que Ménélas Fawley, le Pouffsouffle qui avait agressé Elias quelques semaines après la rentrée. Le regard qu'il lui adressait était tellement rempli de haine et de mépris que la fillette se sentit trembler de la tête aux pieds. A côté de Ménélas, se trouvait l'autre brute qui avait malmené son ami : Quentyn Travers. A cet instant, Fawley délaissa Victoire pour se pencher vers son comparse et lui murmurer quelques mots à l'oreille. Pétrifiée, la blonde détourna aussitôt les yeux, feignant de n'avoir rien vu. Quelque chose de pas net venait de se passer, elle en était persuadée.

~o~

Ménélas n'en croyait pas ses yeux. Que faisait donc cette traîtresse à son sang parmi les invités ? Le regard bleu et légèrement apeuré de la fillette entra en contact avec le sien, meurtrier et glaçant. Quelqu'un avait merdé. Il comptait bien trouver qui et lui faire payer sa maladresse. Détournant les yeux de la gamine, Ménélas se tourna vers Quentyn et se pencha vers lui pour qu'il soit le seul à entendre sa question.

« Qu'est-ce qu'elle fout ici la môme Weasley ? C'est une blague ? J'avais donné des ordres, non ? », gronda-t-il tandis que Quentyn tournait la tête vivement à la recherche de la blonde parmi le public.

« J'en sais rien, c'est pas moi qui étais chargé des invites pour Gryffondor, m'engueule pas ! », rétorqua l'autre, d'un air courroucé. « Demande à Gwladys Beurk, c'était son job. »

Maugréant dans sa barbe, Fawley remonta la file jusqu'à Gwladys, en septième année à Gryffondor et accessoirement, celle qui avait une tâche à accomplir et qui ne semblait pas l'avoir effectuée correctement. « Gwladys, t'as fichu quoi avec les invites, putain », siffla Ménélas en saisissant le bras de la jeune fille.

« Aïe, mais t'es cinglé, lâche-moi ! », chuchota la Gryffondor en se dégageant. « Tu me prends pour ta larbine ou quoi ? J'ai refilé la liste des Sangs-Purs à Leïla Shafiq et elle s'est débrouillée avec. J'avais autre chose à faire de mon temps libre, figure-toi. »

Ménélas serra les dents et fusilla la jeune fille du regard. « Et quand tu as 'refilé' la liste à ta copine, est-ce que tu lui as répété ce que Quentyn t'avait dit ? »

Son interlocutrice sembla un instant perdue. « Quoi ? »

Le Pouffsouffle se retint de soupirer. « La consigne c'était : Pas Weasley. Et qui je vois dans l'amphi ? Weasley ! Y'a comme un problème, non ? »

Gwladys ouvrit la bouche, se rappelant subitement qu'elle avait effectivement oublié de transmettre les instructions. Mais peu encline à subir les reproches sans se défendre, elle se reprit et décocha un regard noir à Ménélas. « Oui, bon, j'ai oublié. Mais peu importe, c'est une Sang-Pur, non ? Je ne vois pas pourquoi elle n'aurait pas le droit de faire partie du Club ! Le fils du loup, je peux comprendre, mais elle… »

« Pauvre fille », souffla Ménélas en se détournant, une expression mauvaise plaquée sur ses traits.

« Bouffon », rétorqua Gwladys à mi-voix, les bras croisés et vexée.

~o~

Victoire avait suivi avec intérêt et un peu d'appréhension l'échange qui se déroulait sous ses yeux. Elle ne saisissait pas les mots échangés, en revanche il était clair que sa présence avait déclenché quelque chose, mais quoi ? Rien de très plaisant, à voir les têtes d'enterrement que tiraient les trois organisateurs du Club. Fawley semblait avoir passé un sacré savon à la fille de Gryffondor et celle-ci boudait à présent, le dos plaqué contre le mur.

« Assez de blabla pour cette première réunion », reprit Samuel en s'inclinant brièvement face à son public. Victoire sursauta : elle n'avait absolument rien écouté. « Je vous invite à présent à venir profiter des petites douceurs et des boissons à votre disposition derrière moi sur l'estrade et à faire connaissance ! Si vous décidez de finaliser votre inscription au Club, un parchemin à signer et une plume se trouvent en bout de table ! Amusez-vous bien ! »

Un concert d'applaudissements s'éleva dans la salle et tous commencèrent à discuter avec entrain. Mais Victoire n'était pas d'humeur à se sociabiliser. Depuis que Fawley avait repris sa place à côté de Travers, les deux garçons n'avaient cessé de la fusiller du regard en échangeant des messes basses.

« Viens, je vais te présenter aux Serdaigles », fit Wolfgang en se levant de son siège et tendant la main en direction de Victoire.

La fillette se leva à son tour mais vit que son mouvement s'était aussitôt accompagné d'un début d'approche du côté du duo de brutes. « En fait, je… j'ai oublié que j'avais un truc super important à faire et je… je dois y aller », balbutia-t-elle en s'éloignant entre les sièges. Du coin de l'œil, elle vit que Fawley et Travers accéléraient le pas eux aussi, menaçants.

« Ok, comme tu veux… », marmonna Wolfgang en haussant les épaules, interloqué.

Dans sa fuite, Victoire bouscula malencontreusement la Serpentard qui n'avait pas semblé très réceptive au discours de Samuel et celle-ci la suivit des yeux, sourcils froncés, remarquant également les deux molosses à ses trousses.

Victoire remonta les marches de l'amphithéâtre sans courir mais sans traîner non plus, tout en essayant de ne pas regarder en arrière. Toutefois, elle se savait suivie. Ils n'abandonneraient pas. Elle atteignit enfin la porte de la salle et ce fut seulement une fois dans le couloir qu'elle commença à courir. Mais trop tard : en quelques enjambées, les deux grands la rattrapèrent.

« Où tu vas comme ça, petite ? La réunion ne t'a pas plu ? », demanda Quentyn sur un ton mielleux.

« Si, mais… j'ai un truc important… », bégaya Victoire en reculant doucement. La vision des deux brutes ruant Elias de coup de pieds, alors qu'il gisait roulé en boule sur le sol, s'imposa à elle.

« Tu m'étonnes que ça doit être important… », ricana Ménélas en poussant son acolyte du coude. « Ne t'inquiète pas, on ne va pas te retenir… seulement… »

Le Pouffsouffle se pencha vivement vers elle et lui arracha son carton d'invitation des mains.

« Toute sortie est définitive », gronda-t-il, son regard transperçant l'enfant de part en part. « Ce n'est pas la peine de revenir. »

« A votre place, je ferais attention », brava Victoire en levant le menton. Elle espéra secrètement que les deux gorilles ne voient pas ses genoux trembler. « Rogue vous a à l'œil après ce que vous avez fait à Elias. Vous allez être renvoyés si vous enfreignez encore le règlement ! »

« Et pour quel motif, je te prie ? », ironisa Quentyn en haussant les sourcils. « Nous faisons partie d'un club de travail et d'aide aux devoirs, les profs ne peuvent pas nous reprocher de vouloir réussir en classe, pas vrai ? Je serais curieux de voir ça… »

Victoire pinça les lèvres et fit volte-face, courant à toutes jambes, les rires des deux garçons résonnant sur les murs du couloir et la poursuivant jusqu'au corridor suivant. Dès qu'elle fut hors de leur vue, elle s'arrêta et se plaqua contre le mur pour reprendre sa respiration. Elle avait lamentablement échoué, fuyant comme un bébé au lieu de faire face et de feindre de l'intérêt pour le Club. Fermant les paupières, Victoire refoula ses larmes et frotta ses yeux de sa manche. Un mouvement sur sa gauche la fit sursauter, mais ce n'était qu'Elias, qui l'observait avec inquiétude.

« Déjà ? », demanda-t-il, les sourcils levés. « Tu n'as rien au moins ? Que s'est-il passé ? »

« Où sont les autres ? », éluda Victoire en avalant la boule douloureuse qui gonflait dans sa gorge. Les deux affreux l'avaient vraiment terrifiée.

« Ils sont partis dîner, ils pensaient que ça durerait plus longtemps que ça… mais j'ai voulu rester. Au cas où il y aurait un problème », murmura le petit brun en rosissant.

Victoire esquissa un pauvre sourire. « C'est gentil. »

Le jeune Nott haussa les épaules. « J'étais un peu inquiet, en fait… »

Victoire se décolla du mur et prit la main du garçon dans la sienne, quelque peu rassérénée par sa présence. « Viens, rejoignons les autres. Je vais vous raconter ce qu'il s'est passé. »

Elias hocha la tête et les deux petits partirent en direction de la grande salle, sans se douter qu'une jeune élève les observait de loin avec intérêt. Dès qu'ils furent hors de vue, la Serpentard sortit de son recoin sombre et souleva le bout de sa cravate pour le mordiller machinalement, ses petits sourcils fins et bruns sempiternellement froncés.

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Aloooooors ? Qu'avez-vous pensé de la scène sur Théo ?! Bourrée d'indices, non ? Faites-moi part de vos théo-ries (ahah) les plus rocambolesques, car c'était le dernier indice concernant sa situation avant de découvrir la vérité ! Eh oui, Hermione va bientôt tout savoir et ça va chambouler sa vie. J'espère aussi que le reste du chapitre vous aura plu (notamment le Dramione) et que vous n'avez pas été trop déçus par la fuite de Victoire ! Elle n'a pas appris grand-chose mais a attiré l'attention d'une certaine Serpentard… Amie ou ennemie ?

Bref, en attendant de vous lire, je vous fais d'énormes bisous et je vous dis à lundi prochain ! Bonne semaine à tous !

Xérès