Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Des révélations en pagaille dans ce chapitre, de nouvelles alliances (parfois inattendues) se forment et le dénouement se rapproche de plus en plus ! J'espère que vous apprécierez cette nouvelle progression dans l'histoire ! Bonne lecture !
Merci à mes nouveaux follow/fav (Elori Bluegarden, SnowandSilver), ainsi qu'à malfoyswand, Loulou, PouleauPotter, Marion, Eliane Gil, Lyly Ford, Erza Robin, YELL00W, okami shiroi, Voldynouchette, aussidagility, Elisendre, Mione159, Babar, Plum, PlumeDeSerpent, Cecile, Acide'nette, Mrs Lyly Black, Piitchoun, Gouline971, MissDraymione, Audrey917000, Wizzette, Lune-Bleue22, Aurore28, SnowandSilver, OrianeT, Mikasa pour leurs reviews.
RAR :
Loulou : en effet, les migraines ont un rapport avec le lien dans Rise ^^ Tu es sur la bonne piste ! Merci pour ta review et gros bisous !
Marion : je suis ravie que ce magnifique prénom BPM37093 soit à ton goût. Je suis certaine que ça fera sensation sur le livret de famille des Malfoy ! ahah. Sinon, ta théorie est excellente, tu n'es pas loin de la solution ! Mais pour le reste, ce n'est pas tout à fait ça… XD Merci pour ta review et gros bisous !
Aussidagility : pas besoin d'aller chercher une expérience ratée pour savoir ce qui grignote la cervelle de Théodore… son état de santé découle directement de ses actions dans The Rise and Fall ! Mais pour le reste, tu as tout à fait raison… ) Merci à toi et bonne lecture !
Elisendre : tu as raison sur toute la ligne ! Bravo ! Merci pour ta review et bonne lecture !
Plum : aaaaah mais tu faisais quoi à Bordeaux !? C'est ma ville ! (Je crois que tous ceux qui ont lu The Rise And Fall ont dû le remarquer, vu que j'ai installé Théo là-bas, ahah). J'avais déjà consacré un chapitre entier à Bellatrix et à sa « relation » avec Rodolphus dans The Rise And Fall et même si on va en apprendre plus sur eux dans la suite, je ne pense pas refaire de flashbacks sur leur vie à l'époque de Voldy, désolée ^^ En ce qui concerne Aria et Lucius, j'ai bien peur que ce soit bien fini entre eux, comme tu le constateras plus tard… Sinon oui Aonghas se prononce en réalité plutôt comme Aneuss (le « u » se dit plus comme un « eu ») mais franchement à l'oreille, ça fait pareil XD C'est justement pour cette particularité drôle que j'ai choisi ce prénom écossais. Et une question me ronge : à quoi ressemble un bisou d'ornithorynque ? ahah Merci pour ta review et des bisous !
Cécile : Pas de panique, il n'est pas question de séparer Draco et Hermione dans cette fiction ! Tu vas avoir des nouvelles de Bella/Lulu/Cissy dès le début de ce chapitre mais ce n'est pas encore aujourd'hui que tu sauras le secret de Théo, en revanche les enquêteurs vont faire une découverte de taille ! Merci pour ta review et bonne lecture !
Aurore28 : merci pour ta review ! Je suis contente que tu aies décidé de lire la suite (merci ta cousine !) surtout si la fin de Rise ne t'a pas plu ! Je te rassure, cette fiction-ci aura une VRAIE fin (pas une fausse fin comme la précédente), pas de frustration, c'est promis ! Merci pour ta review et j'espère que la suite continuera de te plaire !
Mikasa : Merci pour ta review ! Ne t'inquiète pas pour le reste des infos que Flint a emporté dans la mort, quelqu'un d'autre va les donner dans ce chapitre ! Ensuite, effectivement, la « maladie » de Théo est bien en relation avec le livre (bien vu, pour la scène du coffre !). Pour le reste, tu auras tes réponses plus bas donc motus et bouche cousue ! Gros bisous et bonne lecture !
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Chapitre 27 : Faux semblants
Pansy Parkinson n'était pas une femme aisément impressionnable. Son seuil de tolérance à l'horreur était même exceptionnellement élevé. Rester impassible dans toutes les situations était devenu sa marque de fabrique. Froide, implacable, elle pouvait laisser n'importe quel péquenot crever la gueule ouverte sur le trottoir sans même un battement de cils. Mais il y avait une chose, une seule, qui menaçait de lui faire perdre son sang-froid.
La colère des hommes.
Un homme en colère était dangereux. Mais un homme dangereux et en colère le devenait deux fois plus. Surtout pour la ou les femmes qui se trouvaient à proximité. Dans ces instants, Pansy mettait un point d'honneur à se faire oublier, à se fondre parmi les meubles, à baisser d'un ton. Attendre une accalmie, un moment où l'homme serait de nouveau réceptif à ses suggestions. Où il ne risquerait plus de passer ses nerfs sur son joli visage élégamment maquillé. Pas un pour rattraper l'autre.
Pansy sursauta lorsqu'une chaise projetée contre le mur passa à quelques centimètres de ses oreilles, l'air déplacé agitant ses boucles brunes. Ne pas bouger, ne pas ciller. Rester droite et fière. Et silencieuse.
« Ce petit fils de pute… », éructa Rodolphus en cherchant du regard un nouvel élément de mobilier à balancer. En vain. L'ameublement spartiate du hangar des Héritiers était déjà entièrement retourné et les quelques sbires présents commencèrent à observer leur leader avec inquiétude. Lorsque Rodolphus était furieux, il n'était pas rare que certains d'entre eux prennent la place des meubles sous ses poings ou ses sortilèges. En cela, il se différenciait peu de Voldemort. Quelques-uns reculèrent d'un pas, effrayés.
« Monsieur, laissez-lui au moins le bénéfice du doute… », tenta vaillamment un des Héritiers, avant d'être réduit au silence d'un simple regard furibond de son supérieur.
« Le bénéfi… LE BENEFICE DU DOUTE ? », aboya Lestrange, tandis qu'une vitre sale éclatait sur un côté du hangar. L'homme qui avait parlé se ratatina sur lui-même. Rodolphus saisit un parchemin posé à portée de main et l'agita sous le nez de son partisan. « Le nom de Flint est apparu sur le parchemin envoûté et vous savez tous ce que ça signifie ! Cet enfoiré a parlé et il a payé sa traîtrise de sa vie ! Dire que je le considérais comme un de mes meilleurs éléments… »
Confiez un job à un homme…, maugréa intérieurement Pansy, tout en suivant la scène depuis un coin de la pièce.
« Il n'a peut-être pas parlé de son plein gré ! », intervint Yaxley d'une voix forte. « Le Véritasérum… »
« Le Véritasérum est soumis à des règles d'utilisation strictes et notre contact au Ministère n'a délivré aucune autorisation ces huit dernières semaines », rétorqua Selwyn en fronçant les sourcils à l'attention de Yaxley. Rodolphus, se contentait de hocher la tête d'un air agacé en rythme avec les paroles de Selwyn. « A moins qu'ils n'aient utilisé du Véritasérum non enregistré. Et nous savons tous qui est une des rares personnes à pouvoir en fournir… »
« Rogue », grommela Yaxley avant de faire mine de cracher au sol. « Ce sale traître à son sang. »
A la mention du nom de son meilleur ami, et temporairement amant, Narcissa Malfoy tapie dans l'ombre esquissa une grimace craintive. Discrètement, elle croisa les doigts et récita une prière silencieuse à Merlin pour que ces rustres ne décident pas de s'en prendre à Severus. Mais pour l'instant, la colère de Rodolphus semblait plutôt centrée sur Flint. A côté d'elle, Bellatrix lui adressa un regard encourageant avant de se composer un visage impassible et de s'avancer vers Rodolphus.
« Ton Flint était un incapable, un point c'est tout. Voilà ce qui arrive quand on confie des missions de haute importance à des enfants… », cracha-t-elle avec arrogance. « A croire que tu n'as vraiment rien retenu des leçons de la chute du Maître. »
Comme elle l'avait prévu, Rodolphus tiqua et lui jeta un regard meurtrier. Il détestait que Bellatrix le compare à Voldemort, tout particulièrement si c'était en mal. Il fit un pas vers sa femme et plissa les yeux.
« Tu aurais fait mieux, certainement ? », ironisa-t-il avec un sourire carnassier. « Avec ta tronche et ton caractère reconnaissables sur les cinq continents, en mission d'infiltration ? Sans magie ? J'aurais voulu voir ça… Non, Bella, tu es une femme d'action, tu aimes tuer. Sois tranquille, je trouverai de meilleures occupations pour toi. Quand je t'en jugerai digne. »
Depuis son recoin sombre, Pansy fronça le nez. Après avoir joué les prisonnières agressives pendant des jours, elle n'appréciait pas du tout le soudain revirement de situation et la nouvelle attitude de Bellatrix et de sa sœur. Les deux femmes mijotaient quelque chose, elle en était persuadée. Toutefois, une force étrange l'empêchait de faire part de ses impressions à Rodolphus. Une sorte de solidarité féminine. Tous les hommes étaient coupables et Rodolphus, malgré ses projets louables de rétablir la supériorité des Sang-Pur, restait un mari violent et abusif. Bellatrix avait le droit de chercher à se venger, et Pansy respectait cela. Mieux : en tant que bras droit de Rodolphus, une fois celui-ci hors d'état de diriger, elle pourrait prendre les commandes et faire régner l'ordre parmi les partisans indisciplinés. En commençant par châtier les violeurs. Un début de sourire se dessina sur les lèvres rouges de Pansy. Attendons de voir ce que veut réellement Bellatrix…
« Je crois que ce que ta chère Bella a voulu dire, c'est que Flint manquait peut-être légèrement d'expérience pour ce genre de mission délicate », énonça-t-elle doucement en sortant de l'obscurité pour s'avancer à pas lents vers Rodolphus. Celui-ci, comme toujours, retrouva le sourire en la voyant approcher.
« Pansy, ma Pansy… », chantonna-t-il en saisissant une de ses mains pour y déposer un baiser. « Si douce et si cruelle, que ferais-je sans tes conseils éclairés ? »
Pansy se contenta d'un sourire léger, qui relevait à peine les commissures de ses lèvres. Ses yeux, quant à eux, restaient fixés sur Bellatrix, qui se demandait pourquoi la jeune femme lui était venue en aide.
« As-tu trouvé une trace de Marcus ? », reprit Rodolphus, sans lâcher la main de Pansy.
Les yeux bruns lâchèrent Bellatrix pour se tourner vers son époux. « Non, je suis pourtant entrée dans les locaux de la police moldue sous ma forme d'Animagus mais… personne n'a parlé de lui. » Elle vit les traits de Rodolphus se froncer à nouveau et s'empressa d'ajouter : « Cependant, j'ai remarqué une baisse cruelle des effectifs. De nombreux Aurors et policiers ont manqué à l'appel, ces derniers jours. Je peux continuer de chercher de ce côté-là, si vous voulez… », souffla-t-elle, avec un sourire élégant.
Rodolphus hocha la tête. « Toujours aussi parfaite, ma Pansy », approuva-t-il en lâchant sa main. Puis il se tourna vers son épouse et la gratifia d'un regard méprisant. « Prends-en de la graine, toi. »
Bellatrix se retint de lui cracher au visage et recula pour revenir auprès de sa sœur. Celle-ci fixait obstinément le sol, les bras croisés et Bellatrix vit que Lucius, à quelques mètres, tentait désespérément d'attirer son attention. La brune vint se poster près de sa cadette, fusillant Lucius du regard. Les deux époux Malfoy ne s'étaient quasiment pas adressé la parole depuis des jours, malgré les tentatives bancales de Lucius pour renouer le contact. Mais Narcissa restait murée dans le silence et le chagrin depuis que Rodolphus l'avait forcée à écrire un message à son fils. Chaque nuit, Bella s'efforçait de lui rappeler qu'elles avaient un objectif et que son comportement n'aiderait pas à l'atteindre de sitôt, mais la blonde faisait la sourde oreille. Le temps s'écoulait et les autres ne leur faisaient absolument pas confiance, hors cette confiance était essentielle pour la suite de leur plan.
« Il faut qu'on frappe à nouveau », reprit Rodolphus, quelque peu calmé. « Fort. L'Angleterre toute entière doit avoir peur de nous. Il faut à jamais dissuader les moldus d'avoir recours aux services du laboratoire. Attaquer des familles isolées, c'est divertissant mais il faut voir plus grand. »
Après un nouveau débat de quelques minutes, les sbires de Rodolphus regagnèrent un à un leurs pénates, laissant les Lestrange et les Malfoy seuls. Incapable de supporter plus longtemps le regard de son mari, Narcissa regagna sa cellule accompagnée de Bellatrix. La pièce n'était plus verrouillée et les deux femmes pouvaient ainsi aller et venir librement à l'intérieur du hangar. Mais cela ne suffisait pas. Elles devaient sortir pour réussir. Ce qui revenait à découvrir la formule que les autres utilisaient pour quitter le hangar… et accessoirement à se procurer des baguettes.
Narcissa pressa le pas et se réfugia dans son antre. Bellatrix, qui la suivait de près, s'apprêtait à l'imiter lorsque Parkinson apparut au bout du couloir, silencieuse et discrète comme toujours. Une véritable araignée. Bellatrix dut faire un effort surhumain pour ne pas sursauter.
« Que cherchez-vous, Bellatrix ? », demanda-t-elle en approchant à pas de loup.
Bella s'étonna de constater à quel point chacun de ses mouvements était silencieux, feutré. Comme si elle marchait constamment sur un sol en coton. Elle jeta un regard hésitant autour d'elle, mais ni Rodolphus, ni Lucius n'étaient dans les parages.
« Pardon ? », fit l'ex-Mangemorte, décontenancée par la question.
« Vous n'êtes plus la femme que j'ai connue quand j'étais adolescente », reprit Pansy en se plantant en face d'elle. « Celle-là ne posait pas de questions, ne critiquait pas. Elle obéissait, aveuglément. Entièrement dévouée à la Cause… »
Bellatrix fronça les sourcils. Elle n'aimait pas la tournure que prenait la discussion. Toutefois, elle ne dit rien et laissa Pansy continuer.
« Aujourd'hui le Maître est différent, mais la cause reste la même. Alors pourquoi avez-vous changé ? Je doute que le programme de réinsertion d'Azkaban soit aussi efficace que ça. » Pansy pinça les lèvres, affichant une expression narquoise. « L'ancienne Bellatrix est toujours là, quelque part. Je le vois dans vos yeux, dans la flamme qui les anime, dans la colère qui les fait briller. Qu'attendez-vous pour déclencher l'incendie ? Oh mais attendez… » La brune fit mine de réfléchir. « Serait-ce le maître qui ne vous plaît pas ? L'ancien était-il plus à votre goût ? »
L'expression de Bella se fit menaçante. « Tu ne sais rien de moi, petite traînée. »
« Gardez à l'esprit, Bellatrix, que les maîtres vont et viennent… tandis que les causes, elles, perdurent », siffla Pansy en approchant son visage de celui de Bella. « Combattez l'homme, le mari violent, et mes lèvres resteront scellées quant à vos intentions. Mais sabotez nos missions et je me verrai forcée de prendre des mesures. Des mesures drastiques. »
Interloquée, Bellatrix ne put empêcher sa mâchoire inférieure de tomber sur sa poitrine. La gamine venait-elle vraiment de lui dire à demi-mots qu'elle serait prête à fermer les yeux si Bellatrix cherchait uniquement à se venger de Rodolphus sans se mettre en travers des projets des Héritiers ?
« Je veux que vous réfléchissiez longuement », reprit Pansy avec une expression un peu plus amicale. « Qui êtes-vous, que voulez-vous, de quoi avez-vous réellement envie ? Quel est votre objectif ultime ? La vengeance ou la trahison ? »
Les yeux ronds, Bella réalisa qu'elle était incapable de répondre. Etait-ce la surprise d'entendre de tels mots de la bouche du bras droit de Rodolphus ou était-ce tout simplement parce qu'elle ne s'était jamais posé les vraies questions ?
« J'ai suivi Rodolphus jusqu'ici car il sait faire quelque chose dont j'aurais été incapable : fédérer. L'ancienne et la nouvelle génération de Mangemorts réunies sous un seul et même symbole », continua la jeune femme, les yeux brillants. « Son statut d'ancien lui confère une crédibilité dont je ne pouvais que rêver jusqu'alors. Et puis vous êtes arrivée… Qui d'autre n'était plus célèbre en son temps que Rodolphus Lestrange, si ce n'était sa propre femme ? » Pansy soupira et recula d'un pas. « Réfléchissez. Ne vous trompez pas de camp. Et souvenez-vous : la cause est immuable, pas l'homme qui dit lutter pour elle. »
Elle gratifia Bellatrix d'un dernier sourire mutin et disparut au détour du couloir, laissant la brune perplexe et seule.
~o~
« Où est-ce qu'on va ? », demanda Ron en se tortillant inconfortablement sur le siège de la voiture banalisée de Ben. A l'arrière du véhicule, l'équipier d'Hodgkin, Stuart Wilcox leva brièvement les yeux en direction de son supérieur, qui lui rendit son regard par le biais du rétroviseur central. Pinçant les lèvres, Benjamin passa une vitesse supplémentaire et s'engagea sur le périphérique Nord pour sortir de Londres.
« Rendre une seconde visite à un témoin… », répondit Ben sans quitter la route des yeux.
Ron fronça les sourcils, mal à l'aise. Les deux flics étaient venus le trouver en bas de chez lui, tôt le matin, alors qu'il s'apprêtait à transplaner jusqu'aux locaux de la brigade comme chaque jour depuis qu'ils étaient rentrés d'Ecosse. Ils lui avaient demandé de monter dans leur voiture et n'avaient plus ouvert la bouche depuis. Ce n'était qu'en voyant approcher le périphérique londonien que Ron avait réalisé que quelque chose n'allait pas. S'ils allaient loin, pourquoi s'embêter avec la circulation ?
« Pourquoi on ne transplane pas, tout simplement ? », reprit Ron, tandis que Ben faisait la grimace et que Stuart, sur la banquette arrière, esquissait un sourire narquois. Comme tous les Aurors et policiers moldus présents ou avertis de la mésaventure « Flint », il avait entendu parler de l'incompatibilité digestive de l'Inspecteur au moyen de transport magique.
« Pour ne pas être repérés, la magie laisse des traces », grommela Ben, tout en sachant pertinemment que ce n'était qu'à moitié vrai. Faire plusieurs escales rapides en chemin permettait de brouiller les pistes d'éventuels poursuivants, mais le flic préférait de loin un voyage plus classique : au volant de sa bonne vieille voiture de fonction, avec ses quatre roues bien ancrées au bitume.
Ron comprit qu'il valait mieux ne pas insister et poussa un soupir en s'enfonçant dans le siège passager avant. Il allait devoir prendre son mal en patience.
« Qu'est-ce qui vous fait croire que personne, sorcier ou moldu, n'ait trouvé un moyen de nous espionner dans cette voiture ? », demanda-t-il en jouant nonchalamment avec le commutateur de la vitre électrique. Celle-ci s'abaissa à moitié puis se releva plusieurs fois, sous l'œil agacé du conducteur.
« J'ai fait examiner et protéger chaque centimètre de la bagnole par un Auror de confiance pas plus tard qu'hier. Croyez-moi Weasley, celui qui pourra nous suivre ou nous écouter ici n'est pas encore né. »
Ron pinça les lèvres et se tut de nouveau. De l'autre côté de la vitre, le paysage désormais plus rural qu'urbain défilait à toute vitesse. Ils avaient pris la direction de Watford/Harrow. Mais pour aller où ? Des centaines de questions se pressaient aux lèvres du jeune Auror, mais il sentait que trop d'interrogations finiraient certainement par agacer son supérieur. Tant pis. Il n'avait qu'à pas le kidnapper en bas de chez lui.
« Pourquoi être venu me chercher, moi ? Vous avez des dizaines d'effectifs plus expérimentés à votre disposition… », demanda-t-il en analysant l'expression de Ben.
« Les informations que le témoin est susceptible de nous donner concernent votre partie de l'enquête : les lettres H », expliqua Ben avant de jeter un bref regard en direction du roux. « Et aussi, j'ai totalement confiance en vous. »
« Ah bon ? », s'étonna Ron en haussant les sourcils. « Pourquoi ça ? »
« Après la débâcle avec Flint, j'ai étudié encore plus attentivement le profil des membres de l'équipe », reprit l'inspecteur en doublant une file de camions frigorifiques. « Né de deux grands opposants à Lord Voldemort, membre de l'Ordre du Phoenix à votre tour… meilleur ami du héros national… vos références sont uniques et sûres. Et comme je l'ai déjà dit, ce témoin-là peut vous intéresser. »
Même s'il n'ajouta rien, Ron se sentit à la fois vexé et flatté d'avoir été choisi en grande partie pour ses exploits passés plutôt que présents. Mais il décida de ne pas en faire grand cas. L'essentiel était que Hodgkin lui faisait plus confiance qu'à n'importe qui d'autre au sein de l'équipe (à l'exception peut-être de son partenaire assis à l'arrière et de l'Auror qui avait protégé cette voiture) et il devait en être fier. Cela lui redonna quelque peu le sourire.
« Et ce témoin, qui est-ce ? Où réside-t-il ? », demanda à nouveau Ron, plus détendu.
L'expression de Ben s'assombrit. Manifestement, il n'était pas ravi à l'idée de rencontrer ledit témoin.
« Elle », corrigea l'inspecteur, le regard dans le vague. « Elle s'appelle Graziella Santinoni. Elle a brûlé vifs l'intégralité des membres de sa famille après avoir ingéré la drogue des H. C'est la seule personne connue et encore en vie après avoir été en contact avec eux. Elle réside actuellement au centre de détention pour mineurs de Liverpool. »
Ron déglutit et dévisagea l'inspecteur avec un peu d'appréhension. C'est ce moment-là que Stuart choisit pour prendre enfin la parole, depuis la banquette arrière.
« Et avant que vous ne posiez la question, Weasley, je peux vous dire que oui, cette gamine, c'est le Diable personnifié. »
~o~
Ron bâilla longuement, se frottant le visage d'une main. Quatre heures. Il avait fallu quatre foutues heures de route pour rejoindre Liverpool. Alors qu'ils auraient pu y être en deux minutes. Les moldus étaient vraiment une espèce particulière… A présent, ils se trouvaient à l'accueil du centre de détention pour mineurs, où Hodgkin réglait les derniers détails de leur venue avec un des gardiens affectés à l'entrée. Ils empruntèrent ensuite un dédale de corridors sombres, humides et froids, dans un silence relatif ponctué par le bruit de leurs pas sur le béton, le claquement métallique des verrous et le grincement des grilles cloisonnant chaque unité. Couloir, porte, couloir, porte. Jusque dans une pièce lugubre aux allures de salle d'interrogatoire. Une table et deux chaises face à face, vissées au sol, une seule issue. Ben s'assit sur l'une des chaises, celle qui ne comportait pas les petits anneaux d'ancrage qui servaient à attacher les détenus et croisa patiemment les mains devant lui.
Stuart et Ron se postèrent dos au mur qui ferait face à la prisonnière. Le rouquin sentait à présent le stress former une boule dans son estomac. Ce qu'on lui avait dit de l'adolescente ne l'avait pas particulièrement rassuré. Gérer des sorciers adultes qui tuaient avec des baguettes, il savait faire. Mais une ado qui avait froidement brûlé sa maison et l'intégralité de sa famille dedans… c'était une autre affaire. Le gardien qui les avait accompagnés ouvrit une première fois la porte de la salle pour laisser passer une femme d'âge mûr, vêtue d'une blouse blanche ouverte sur un tailleur pantalon sombre et sobre.
« Docteur Elizabeth Wade », se présenta-t-elle. « Je suis psychiatre, c'est moi qui suis chargée du cas de Graziella. Vous l'avez déjà rencontrée, je crois ? », ajouta-t-elle en s'adressant cette fois directement à Ben.
Celui-ci se releva et serra la main que le Dr Wade lui tendait. Stuart et Ron se contentèrent d'un simple hochement de tête poli.
« Inspecteur Benjamin Hodgkin, en effet j'ai déjà eu le plaisir de faire sa connaissance, il y a presque deux mois… », répondit-il avec un froncement de nez éloquent. « Un sacré numéro. »
« Vous risquez de la trouver changée », reprit Elizabeth en haussant les sourcils. « Bien qu'elle s'efforce de garder une attitude rebelle à l'égard des inconnus, j'ai réussi à l'amadouer quelque peu au fil de nos séances. Elle a commencé à réaliser véritablement l'ampleur de ce qu'elle a fait. Vous savez ce que c'est, les jeunes gens agissent souvent dans l'instant, sous l'influence de la colère, de l'alcool et de la drogue… ils se croient immortels et invincibles, pensent que toute erreur peut être rattrapée. Dernièrement, elle a compris que ses actes étaient irréversibles et qu'elle en paierait le prix toute sa vie. Qu'il ne suffisait pas de rembobiner la cassette pour que tout redevienne comme avant. C'est une période un peu difficile, pour elle. »
Ben la jaugea avec sévérité. « Pardonnez-moi si je ne pleure pas sur son sort, Docteur. Il y a une limite entre être rebelle et commettre un quadruple meurtre. »
« Les limites peuvent sembler plus floues à certains individus », concéda la psychiatre en inclinant la tête sur le côté. « La dernière fois que vous l'avez vue, vous en aviez tiré quelque chose ? »
« Pas assez », fit Ben avec un soupir. « C'est pourquoi nous sommes de retour. Avec une meilleure idée de ce que nous cherchons. Elle en savait beaucoup plus que nous il y a deux mois, elle avait l'avantage et elle nous l'a fait savoir en nous laissant volontairement dans le flou. »
« Vous devriez avoir un peu plus de chance, cette fois », indiqua Elizabeth avec un sourire bienveillant. « Comme je vous l'ai dit, elle est plus fragile en ce moment. Plus maniable. Je vous laisse, elle ne va pas tarder. Bonne chance, Inspecteur. » Elle se tourna brièvement vers les deux accompagnateurs de Ben et leur sourit. « Messieurs. »
La porte de la salle s'ouvrit de nouveau pour la laisser sortir. Le gardien ne la referma pas, cependant. Graziella Santinoni était en chemin.
Quelques dizaines de secondes plus tard, on entendit le bruit caractéristique d'une grille qui s'ouvre puis se referme, suivi du cliquetis d'une chaîne et de murmures. Lorsque l'adolescente parut, les mains entravées, elle reconnut aussitôt à qui elle avait affaire et les traits de son visage se contractèrent pour former une expression hostile. Le gardien qui marchait à ses côtés la dirigea vers la table, attacha la chaîne de ses poignets à la chaise et sortit, tout comme celui qui avait amené les deux policiers et l'Auror dans la salle. Les trois hommes et la jeune fille se retrouvèrent enfin seuls. Comme la dernière fois qu'ils s'étaient vus, Ben saisit une lueur de provocation et de violence dans les yeux de jais de la jeune italo-britannique. Et comme la dernière fois, les premiers mots qui sortirent de la bouche de l'adolescente furent également des insultes.
« Tiens, tiens, les flicaillons du dimanche sont revenus me voir… », cracha-t-elle, narquoise, avant de dévisager Ron. « Et ils ont amené un rouquemoute. C'est donc ça, l'odeur… »
Ron écarquilla les yeux, sidéré par la bassesse des propos de la gamine. Il serra les dents et la fusilla du regard, tandis que Ben levait les yeux au ciel.
« Dois-je comprendre qu'en deux mois, tu n'as toujours pas appris à dire simplement 'bonjour' ? », railla Ben en toisant Graziella.
« Dois-je comprendre qu'en deux mois, l'enquête est toujours au point mort ? », l'imita-t-elle avec un sourire moqueur. « Tu dois vraiment être désespéré, Superflic, pour être obligé de remettre les pieds ici… »
« Pas sûr. D'après toi, qui de nous deux est le plus désespéré… ? », la provoqua Ben, avant de plisser les paupières et de la fixer droit dans les yeux. « Celui qui peut rentrer chez lui, dormir dans un bon lit, se promener en ville… » Le regard de Graziella devint meurtrier. « … ou celle qui ne sortira de ce trou à rat que pour emménager dans un autre trou à rat, rempli de nanas tatouées qui voudront toutes s'en taper une tranche ? »
Ben se recula précipitamment car ses paroles avaient fait mouche et l'adolescente hurlait à présent des insanités tout en tirant violemment sur ses chaînes. Manifestement, la perspective de déménager dans une prison pour adultes ne réjouissait pas la délinquante, dont les yeux se remplissaient de colère, tandis qu'elle les inondait d'injures et autres menaces de mort.
La porte de la salle s'ouvrit et un gardien passa la tête par l'entrebâillement. Ben leva une main apaisante pour lui signifier que la situation était sous contrôle et l'homme referma de nouveau. Il attendit quelques minutes que Graziella se calme, assez satisfait de sa provocation. C'était cruel, certes, mais il était parvenu à la déstabiliser, à la faire descendre du petit piédestal de mépris sur lequel elle se juchait systématiquement en sa présence.
« Tu sais, toutes les prisons pour adultes ne sont pas aussi atroces… », commença-t-il d'un air détaché. « Il y en a certaines où les détenus sont même très bien installés, en sécurité… »
Elle renifla de mépris, tentant de ravaler sa peur pour ne laisser transparaître que la haine. « Et c'est là que tu vas me dire que si je coopère, si je te raconte ce que je sais… tu demanderas à tes supérieurs de me réserver un petit nid douillet dans une de ces prisons dorées ? », cracha-t-elle, comme si le petit jeu de Ben n'avait aucun secret pour elle.
« C'est une éventualité, oui », approuva-t-il calmement. Il sut qu'il avait capté son attention. Les semaines passées en taule avec des gens de son âge avaient déjà dû apprendre à cette gamine que ce qui l'attendait avec les adultes serait dix fois pire. Elle serait prête à tout pour améliorer son quotidien, ne serait-ce qu'un peu.
Contre toute attente, Graziella éclata d'un rire cynique et froid. Elle secoua la tête. « Alors, j'espère que tu en sais un peu plus que la dernière fois qu'on s'est vus, putain. Sinon, ça va être sacrément long… », se moqua-t-elle en tournant la tête en direction de Stuart. Ses yeux descendirent jusqu'à la poche avant du jean de celui-ci, qu'elle désigna d'un coup de menton. « Je peux te taper d'une cigarette ? »
Stuart baissa les yeux sur son jean, où la forme de son paquet de vingt se devinait nettement à travers le tissu. Il interrogea Ben du regard, qui hocha légèrement la tête. Stuart s'approcha, sortant une cigarette du paquet, avant de l'allumer lui-même et de la tendre prudemment à la détenue. Graziella la saisit entre ses doigts aux ongles rongés jusqu'à la chair. Elle tira une bouffée gigantesque, qu'elle sembla savourer au même titre qu'un plat de chef étoilé, puis recracha la fumée. Une odeur douceâtre de tabac commença à emplir la pièce.
Ben s'installa un peu plus confortablement dans son siège, détendu. « Si tu commençais par me dire comment tu as pris contact avec ceux qui vendaient la drogue ? »
Graziella secoua la tête, exhalant une nouvelle bouffée de fumée blanche. « C'est pas moi, c'est eux qui sont venus me trouver… », répondit-elle. « Sérieux, t'es sûr que t'as révisé avant de venir, Superflic ? »
Ben esquissa un sourire, mais ne répondit pas.
« Je ne sais pas comment ni pourquoi, mais le type qui m'a vendu les cachets savait déjà que j'avais envie de buter les deux nabots », dit-elle en tapotant le filtre pour faire tomber un peu de cendre sur le sol. Elle tourna son regard en direction de Ron, qui n'avait toujours pas bougé. Ce nouveau personnage l'intriguait, il ne la connaissait pas, il était jeune, plutôt beau garçon dans un style très british… mais comme à chaque fois qu'elle rencontrait quelqu'un de nouveau, elle se sentit obligée de se vanter. « Les parents, je me les suis payés en bonus. Ils étaient cons. Et moi, les cons, voilà ce que j'en fais… » Elle tapota de nouveau la cigarette, faisant tomber les cendres dans la paume de son autre main, avant de souffler dessus.
Ron sentit un frisson de dégoût parcourir son échine. Il comprenait mieux pourquoi Stuart l'avait décrite comme étant le Diable en personne. Cette fille se vantait du meurtre de sa famille comme d'autres annoncent qu'ils ont gagné à la loterie. Elle avait le Mal dans la peau. Graziella dut sentir l'effet pervers qu'elle avait sur Ron car elle lui sourit de toutes ses dents. Jusqu'à ce que Ben claque des doigts impatiemment, la forçant à reporter son regard sur lui.
« Eh oh, c'est ici que ça se passe », la rappela-t-il à l'ordre, tandis qu'elle le gratifiait d'un regard mauvais. « Il ressemblait à quoi ce type… tu connais son nom ? »
De nouveau, la détenue fit « non » de la tête. « Plutôt grand, plutôt brun, pas mince mais pas gros non plus… », railla-t-elle en serrant sa clope entre ses dents pour esquisser un rictus moqueur.
« Génial, ce qui nous fait une liste de suspect correspondant à environ un cinquième de la population nationale », commenta Ben, rentrant volontairement dans son jeu. Elle gloussa.
« Il était aussi très moche », ajouta-t-elle, attendant la réaction de son interlocuteur. « Avec des chicots complètement de traviole, j'avais presque envie de lui filer le numéro de mon orthodentiste… »
Ben, Stuart et Ron se regardèrent, conscients qu'ils pensaient tous à la même personne. Flint. Si seulement la fille avait révélé ce détail lors de leur première visite, ils auraient pu coincer l'imposteur bien plus tôt. Peut-être même que des vies auraient pu être épargnées… La révélation de Graziella leur laissait un goût amer, cette discussion arrivait trop tard, bien trop tard.
« Oh oh », chantonna Graziella en soufflant un nuage de fumée. « On dirait que ça vous rappelle quelqu'un… »
« Vaguement », éluda Ben. « Mais ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant qui t'a vendu la drogue mais comment il est venu te la vendre, tu me suis ? »
Ils se regardèrent un instant en chiens de faïence, chacun essayant de deviner ce que savait l'autre. Un éclair de méfiance passa dans les yeux de la jeune fille, qui finit par hausser les épaules. « En bagnole, comme tous les dealers », mentit-elle effrontément.
Ron ne put s'empêcher de ricaner. Le petit jeu de la fille lui tapait littéralement sur les nerfs. « Flint en bagnole… tu crois qu'on va avaler ça ? Trouve autre chose. »
Graziella gloussa de nouveau. « Oh regardez, le roux de secours a rejoint la conversation, ça sent le roussi… »
Ron poussa un long soupir exaspéré, ce qui eut pour effet d'agrandir considérablement le sourire narquois de la prisonnière.
« Dis-moi, Graziella, à tout hasard… », reprit Ben sans se laisser démonter. « Si on se rend à ton adresse, on va trouver un H quelque part dans ta rue, n'est-ce pas ? Ou peut-être dans la rue voisine… »
Le sourire de Graziella s'effaça aussitôt et elle sembla soudain reprendre son sérieux. « Si tu en es tellement persuadé, pourquoi tu demandes ? », cracha-t-elle, de nouveau sur la défensive.
Ben continua de la fixer inlassablement. « C'est comme ça qu'ils se déplacent, pas vrai ? Tu les as vus faire ? »
Graziella devint nerveuse. Ses yeux passaient inlassablement de Ben à Stuart, puis de Stuart à Ron, avant de revenir sur Ben. « Putain, je peux pas te dire des trucs comme ça… Laisse tomber. »
« On suppose qu'ils utilisent les lettres pour aller d'un endroit à un autre, on ignore simplement comment ça marche. Est-ce que tu les as vus faire ? », insista Stuart en sortant une autre cigarette de son paquet pour la lui tendre. La technique n'était pas franchement orthodoxe mais ils n'en étaient plus là. Depuis le début, cette enquête était parsemée de petites touches d'illégalité, alors une de plus ou une de moins…
« Vous pigez pas, là… », s'emporta Graziella, refusant même la cigarette offerte. « Balancer l'autre moche avec ses dents pourries, c'est une chose. Balancer l'ensemble de l'organisation, c'en est une autre. Je marche pas. »
Ben hocha la tête lentement. Il lui restait une carte à jouer, la dernière. Il espérait qu'elle mordrait à l'hameçon. « Tu as sans doute raison… ces gens ne sont vraiment pas tendres avec les traîtres… », commenta-t-il comme s'il parlait de la météo.
Graziella fronça les sourcils. Elle n'avait pas mordu, mais carrément avalé l'hameçon tout entier, avec le fil et la canne à pêche compris. « Comment ça ? », maugréa-t-elle en tentant de ne pas avoir l'air trop inquiète.
« Il se trouve que justement, ton moche aux dents pourries, on l'a retrouvé dans une petite maison en Ecosse… », mentit Ben en fouillant tranquillement dans sa poche à la recherche de son portable. Il le trouva, le déverrouilla et navigua quelques instants dans les menus. « Apparemment, il aurait donné des informations à nos services et ses amis n'ont pas trop apprécié. Regarde, ça va te plaire. »
Bien sûr, c'était un pieux mensonge. Flint n'avait pas été torturé par l'ennemi mais drogué par les Aurors. Il n'avait pas non plus donné volontairement les informations, c'était plutôt le Véritasérum qui les lui avait soutirées avant qu'une question bien précise ne lui change la boîte crânienne en ballon de baudruche. Mais la fin justifiait les moyens : le regard affolé de Graziella lorsqu'il se posa sur la photo de la tête gonflée à bloc de Marcus Flint, langue violacée pendant sur son menton et yeux à moitié sortis des orbites, indiqua à Ben qu'il avait gagné. Encore un petit argument en béton et elle déballerait tout ce qu'elle savait.
« Maintenant, si tu ne veux pas parler et risquer de finir comme lui, je comprends tout à fait », fit Ben en rangeant son téléphone dans sa poche. « Ça doit être une horrible façon de mourir, si tu veux mon avis. Mais, ne pas parler ne t'avancera pas à grand-chose non plus… »
Les yeux écarquillés de l'Italienne le dévisagèrent avec angoisse.
« Depuis le début de l'enquête, ces fanatiques ont toujours un coup d'avance sur nous… je suis persuadé qu'ils ont infiltré une taupe dans nos services… », reprit-il avec un air faussement inquiet. « Fatalement, ton nom apparaîtra dans les rapports et dans la liste des témoins visités cette semaine et même si tu ne dis rien, ils pourraient estimer que tu es une trop grande menace pour leur sécurité et ils trouveront un moyen d'entrer pour te faire la peau… Après tout, qu'est-ce qu'une bande de gardiens moldus peut bien faire contre des sorciers de haut-rang, biberonnés à la magie depuis le berceau ? Rien ! »
La jeune fille déglutit et elle chercha confirmation dans le regard de Stuart et de Ron, lequel se fit un plaisir de hocher la tête d'un air sentencieux.
« Mais… vous allez me protéger, pas vrai ? », se mit à paniquer la jeune fille en serrant ses chaînes entre ses doigts rongés.
« Je doute que le gouvernement s'embête à mettre en place une protection pour une meurtrière, surtout si elle n'a aucune info à nous offrir… », marmonna Stuart en rangeant son paquet de cigarettes dans sa poche.
« Hmm, c'est sûr… », approuva benoîtement son partenaire. « Risquer la vie de policiers face à des sorciers fanatiques, ça sent un peu le plan foireux, ils n'accepteront jamais. »
« Y'a bien une autre solution, mais bon… », ajouta Stuart en se retenant de rire. Elle était totalement tombée dans le panneau, submergée par la terreur à l'idée de subir le même sort que Flint. Ce qui était peu probable, étant donné que personne ne savait qu'ils étaient là.
« Qu'est-ce que c'est ? », s'empressa-t-elle de demander, les yeux ronds.
« Coincer ces types une bonne fois pour toutes », répondit gravement Ben en la forçant à la regarder. « Mais pour ça, on a besoin de ton aide. »
Acculée, partagée entre la peur de mourir et ses principes, Graziella regardait ses mains s'agiter violemment. Elle sentait que les flics lui disaient tout cela uniquement pour la faire plier… mais la photo… Cette langue violette, presque noire, sortant de la bouche de Flint comme un serpent mort, ces yeux révulsés et injectés de sang. Elle ne pouvait pas finir comme ça.
« Allez vous faire foutre, putain », murmura-t-elle, tremblante.
Prenant un air exaspéré, Ben se leva brusquement et fit signe aux deux autres de le suivre. Ils se dirigeaient vers la porte et l'inspecteur entama un décompte silencieux.
Trois…
Deux…
Un.
« Attendez ! », glapit la détenue, ses chaînes tintant doucement alors qu'elle se retournait sur sa chaise. « C'est… il faut toucher le H…avec une baguette. Et il y a une formule. »
Les trois enquêteurs se retournèrent comme un seul homme. Ben la toisa de toute sa hauteur, essayant de ne pas avoir l'air trop triomphant. « Tu la connais ? »
Graziella hocha la tête. « Je l'ai entendue. C'est… Semitam… Semitam Revelo, je crois », balbutia-t-elle en fermant les yeux.
« Revelio », corrigea Ron en fronçant les sourcils.
« Vous connaissez, Weasley ? », demanda Ben, interloqué.
Ron secoua la tête. « Non, mais revelio est un dérivé du verbe latin revelo, revelare utilisé dans certains sortilèges. Ça signifie grossièrement : je révèle. Quant à semitam, ça veut dire : le chemin. »
« Je révèle le chemin », marmonna Ben, pensif. « Ça paraît tellement évident, maintenant qu'on le sait. » Il se tourna de nouveau vers Graziella. « Et ensuite, ils peuvent aller n'importe où ou bien ils ont besoin d'une adresse ? »
La jeune fille haussa les épaules. « Aucune idée, une fois qu'ils disent la formule, la lettre s'éclaire et ils disparaissent. »
« Si ça fonctionne comme le transplanage, il suffit de penser à sa destination, soit un autre H quelque part ailleurs… », commenta Ron, tandis que Ben se raidissait légèrement en entendant le mot « transplanage ».
« Autre chose à nous révéler ? », demanda Stuart à la prisonnière.
Celle-ci secoua lentement la tête, l'air toujours inquiet.
« On va me protéger, maintenant ? », s'enquit-elle avec espoir.
Ben acquiesça, tout en sachant pertinemment qu'il n'en serait rien. « On fera le nécessaire », lâcha-t-il avant de frapper du poing sur la porte de sortie. Celle-ci s'ouvrit en grinçant et Ron sortit le premier, suivi de Stuart, puis de l'inspecteur. A l'intérieur de la petite pièce, Graziella Santinoni posa ses coudes sur la table et enfonça ses doigts crispés dans ses cheveux en soupirant. Esquissant une grimace, elle entendit la porte métallique se refermer derrière elle avec fracas. Les trois hommes étaient partis.
~o~
« Je reste convaincue qu'on devrait en parler aux profs… », répéta Deborah pour la douzième fois au moins d'un air buté.
« Et pour leur dire quoi ? », s'énerva Victoire, qui n'avait toujours pas digéré son échec et sa fuite de la réunion Héritage. « Il n'y a absolument aucun règlement à l'école qui interdit les clubs d'aide aux devoirs. Et même si ces deux brutes en font partie, ça ne signifie pas que tous les autres sont comme eux. »
« Et les clubs qui sélectionnent leurs membres en fonction de critères douteux ? », grinça Ted en fronçant les sourcils. « C'est de la discrimination. »
« Tous les clubs font ça », commenta David en haussant les épaules. « C'est le principe d'un club, non ? Y'a qu'à voir les sélections de Quidditch… »
« Mais ce n'est pas du tout la même chose ! », protesta vivement Ted, estomaqué.
« Un peu quand même », reprit le jeune garçon. « Je suis allé regarder les sélections de Pouffsouffle et au moment de choisir un gardien, il restait un petit gros qui avait arrêté cent pour cent des balles et un grand athlétique qui en avait arrêté à peine la moitié. Pourtant, devine qui ils ont gardé ? Pas le petit gros. »
Victoire hocha la tête sentencieusement et dégagea ses cheveux blonds de son visage. Le vent frais la fit frissonner. Elle aurait payé cher pour pouvoir se blottir devant la cheminée de la salle commune de Gryffondor mais les garçons avaient insisté pour parler à l'extérieur, loin de la foule. Ils s'étaient donc assis sur de grosses pierres près de l'entrée du terrain de Quidditch, exposés aux quatre vents et isolés de la masse des élèves, qui avaient préféré les températures plus douces du château.
« En tout cas, maintenant, pour dégoter des informations de l'intérieur, c'est foutu », soupira Ted, tandis que Victoire, se sentant personnellement visée, se renfrognait.
« Hé, elle a fait de son mieux ! », protesta Elias vivement. « Je suis sûr qu'on aurait tous fui à sa place. »
« C'est clair », approuva Deborah. « Si on avait été en sixième ou en septième année, je ne dis pas… mais là, on n'est clairement pas de taille à affronter des grands comme eux. »
« En première année, oncle Harry s'est battu contre un troll et il a gagné… », commenta sombrement Victoire, qui se sentait toujours plus inutile à chaque minute.
« Il va falloir trouver un autre moyen d'en savoir plus sur ce Club… mais j'ai comme l'impression qu'eux aussi vont nous avoir à l'œil », marmonna David, d'un air préoccupé.
Le silence retomba sur le petit groupe et on n'entendit plus que le murmure de la bise dans les arbres de la Forêt Interdite. Quand soudain, un raclement de gorge provenant de l'entrée des vestiaires de Quidditch les fit tous sursauter et se retourner.
Victoire fut la première à identifier l'intrus : yeux marrons, cheveux bruns, petite et menue, la Serpentard présente elle aussi à la réunion Héritage les observait patiemment, tout en mordillant inlassablement la pointe de sa cravate vert et argent. La blonde frémit : et si cette fille les menaçait de rapporter leurs soupçons aux organisateurs du club ? Leur vie à Poudlard risquait fort de se transformer en Enfer assez vite. Mais contre toute attente, la brune esquissa un sourire amical, laissa retomber le bout de sa cravate (déjà relativement usé) de sa bouche et s'avança.
« Désolée, je ne voulais pas vous espionner… », annonça-t-elle d'une voix douce.
« Pourtant, c'est l'impression que ça donne », aboya Ted avec humeur. Les autres le regardèrent, quelque peu surpris. Après tout, la jeune fille était de la même maison que Ted, ils devaient probablement même se croiser souvent. Alors pourquoi tant d'animosité ?
La fille choisit d'ignorer son commentaire, comme si elle comprenait la réaction du jeune garçon et s'avança encore. « Je vais commencer par me présenter, alors. Je m'appelle Perpetua R- »
« Rowle », cracha Ted en la fusillant du regard.
« C'est exact », répondit docilement la Serpentard. « Perpetua Rowle, en deuxième année à Serpentard. Mais je préfère qu'on m'appelle Pippa. »
« Qu'est-ce qui te prend de lui parler comme ça ? Calme-toi ! », le réprimanda quelque peu Victoire en assenant une tape sur le bras de Ted.
« Mon père m'a fait apprendre tous les noms de familles de Mangemorts, figure-toi », rétorqua Ted avec véhémence. « Rowle en fait partie. »
La Serpentard hocha la tête. « C'est vrai, Thorfinn Rowle est mon oncle », confirma Perpetua avec un calme olympien. Elle encaissait superbement les attaques de Ted, sans même y répondre par un regard noir. « Mais à part ce regrettable lien de parenté, je n'ai absolument rien à voir avec lui. »
« Tu étais à la réunion avec moi », fit Victoire avec un gentil sourire. « Tu n'avais pas l'air très convaincue par ce que disait Samuel, toi non plus. »
« Mes parents ont insisté pour que je m'inscrive », avoua-t-elle avec une grimace. « Et par 'insisté', je veux dire qu'ils ont menacé de me punir sévèrement si je ne faisais pas partie du Club. »
« Désolée… », marmonna Victoire, compatissante.
« Du coup, je vous ai suivis jusqu'ici… », reprit-elle, tandis que David fronçait les sourcils avec méfiance.
« Je croyais que tu ne nous espionnais pas ? », fit-il remarquer en croisant les bras, soupçonneux.
Perpetua laissa échapper un petit rire. « Bon, peut-être un peu », concéda-t-elle. « Mais je voulais être certaine qu'on était bien sur la même longueur d'ondes, avant de vous parler. »
« C'est-à-dire ? », demanda Elias, en haussant un sourcil.
La Serpentard prit une grande inspiration. « Je sais exactement pourquoi le Club Héritage a été créé : dans le milieu des ex-Mangemorts, ce n'est même pas un secret », expliqua-t-elle, soudain sérieuse. « Mais pour faire fermer le Club, il faut des preuves. Preuves que je pourrai vous transmettre en tant que membre. A une seule condition. »
« Laquelle ? », demanda Ted, toujours peu convaincu.
« Personne ne doit savoir que je suis de votre côté », souffla Perpetua, d'une voix légèrement tremblante. « Sinon, on me fera du mal. Beaucoup de mal. Et pas seulement à Poudlard, vous me suivez ? »
Une bourrasque de vent s'engouffra dans le large espace entre la Forêt et le terrain, les frappant de plein fouet. Un frisson général les parcourut, mais impossible de savoir si c'était à cause du vent ou de ce que la nouvelle venue avait laissé entendre.
Ted, Victoire, David, Deborah et Elias s'interrogèrent un instant du regard. Manifestement, le Club Héritage était bien plus dangereux que tout ce qu'ils avaient imaginé. Il était maintenant temps de savoir à quel point.
« Dis-nous tout », demanda soudain Ted, un peu plus gentiment cette fois. « C'est quoi le véritable objectif de ce Club, au juste ? »
Perpetua esquissa un sourire et ses doigts vinrent machinalement triturer l'extrémité mâchonnée de sa cravate.
« Un truc vieux comme le monde… », lâcha-t-elle en haussant nonchalamment les épaules. « C'est un cheval de Troie. »
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Un chapitre riche en nouvelles infos, n'est-ce pas ? Et comme je l'ai dit il y a quelques semaines, ce n'est que le début ! J'ai adoré me replonger dans le personnage de Graziella (je me rappelle qu'elle vous avait particulièrement fait froid dans le dos lors de sa première apparition !) et surtout de la faire évoluer un peu elle aussi, même si elle n'est apparue que deux fois, ça a été assez intéressant ! Et que pensez-vous de Pansy, arrivez-vous à cerner un peu plus son personnage ? Féministe extrémiste, ambitieuse, élitiste, calculatrice… même Bellatrix n'en revient pas !
En tous cas, les révélations finales concernant Théo arrivent à grands pas et les mini-maraudeurs ne sont qu'au début de leurs aventures !
J'espère que ce chapitre vous a plu et en attendant de vous lire, je vous fais plein de gros bisous et je vous dis à lundi prochain !
Xérès
