Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Encore un chapitre sous haute tension puisqu'il va se passer pas mal de choses à l'intérieur. Ce sont les dernières scènes avant que Théodore ne revienne dans le chapitre suivant et ne dise toute la vérité à Hermione (votre patience va enfin être récompensée, après tout ce temps ! Plus que quelques jours à attendre !). J'espère que vous passerez un bon moment et j'ai hâte de recevoir votre avis !

Merci à mes nouveaux followers (soumiya, Plumty, BabarKiller, MarionMalfoy, Gouline971), ainsi qu'à Drasha, SnowandSilver, PouleauPotter, Loulou, Lune-Bleue22, Marion, Cécile, Eliane Gil, aussidagility, Voldynouchette, Plumty, Audrey917000, Gouline971, MissDraymione, MichiSaru, Swangranger, Acide'nette, Wizzette, TiteTyLee, Mrs Lyly Black, Lyly Ford, OrianeT, jujupititetortue pour leurs reviews.

RAR :

Drasha : Pas de souci, j'espère que tes problèmes ont trouvé une solution ! Et ta théorie concernant Théo est bien fondée ^^ Je te rassure, Graziella n'est pas là pour qu'on l'aime, c'est une folle furieuse et dangereuse. Comment ça, Pansy est aussi machiavélique que moi ! Je ne suis que paix et amour ! mdr. En tous cas, merci pour tes reviews ! Bonne lecture !

Loulou : mais totalement ! Le précédent chapitre était 100% féministe ! XD Merci pour ta review et bonne lecture !

Marion : ouhlàà, la raclée de Rodolphus, c'est le grand final de la fiction donc c'est bientôt mais pas trop non plus ! ahah. Eh oui, ça faisait un bail que Graziella était apparue (dans le chapitre 5 !), d'où le petit rappel « qui est qui ».^^ Merci pour ta review et gros bisous !

Cécile : ne t'inquiète pas, Rodolphus aura ce qu'il mérite et /SPOILER ALERT/ ce ne sera PAS Azkaban. Ahahah. Merci pour ta review et bonne lecture !

Aussidagility : on aime toutes avoir raison ! u_u merci pour ta review ! )

Jujupititetortue : donc si Théo meurt, tu me trouves, tu m'assommes et tu me tues ? Hum… *part faire ses valises pour partir vers une destination inconnue et très très très éloignée de toute civilisation*. Hahahahaha. Merci pour ta review et bonne lecture ! )

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Chapitre 28 : Monster Hunters

Severus Rogue regarda avec amertume les différentes parties du Glock de l'avocate sous ses yeux. Après avoir repoussé l'échéance plusieurs jours, il avait fini par se confronter au problème et à étudier l'engin pour découvrir comment le modifier. Mais pour l'instant, il faisait choux blanc. Devait-il protéger le mécanisme contre les sortilèges ? Si oui, comment faire pour ne pas risquer d'altérer le fonctionnement de l'appareil ? Et comment outrepasser les éventuels sorts de protection lancés par les adversaires ?

Severus avait toujours détesté les casse-tête. Les potions, les ingrédients et leurs propriétés, c'était du concret, mais la mécanique, ce n'était absolument pas son rayon. Encore moins la mécanique moldue. C'était précisément dans ces moments-là que l'absence du regretté Arthur Weasley se faisait cruellement sentir. L'amoureux des moldus aurait certainement pu l'aider.

Le Directeur poussa un soupir et se frottait le visage d'une main, lorsque la porte de son bureau s'ouvrit toute grande et que la propriétaire temporaire de l'arme entra sans invitation.

« Dites donc, vous pourriez frapper ! », protesta Rogue en la fusillant du regard, mais Aria ignora superbement la remarque. Les yeux ronds, elle fixait les différentes parties du pistolet démontées et espacées de quelques centimètres, à la manière d'une vue éclatée sur un guide de montage Ikéa. A la différence que les pièces n'étaient pas représentées sur un bout de papier mais flottaient bel et bien dans les airs, à quelques dizaines de centimètres au-dessus de la surface du bureau.

« Mais… qu'est-ce que vous avez fait ? », s'exclama-t-elle en accourant, bouche bée. « Je vous ai demandé de réfléchir à un moyen de l'améliorer, pas d'en faire des Lego ! »

« Qu'est-ce que vous croyez que je suis en train de faire, Miss Stone ? », aboya Rogue en saisissant sa baguette. « J'étudie ! » Il pointa l'instrument sur les pièces flottantes et le pistolet se reforma de lui-même, comme neuf. Puis il inversa l'opération et sépara de nouveau le tout. « Vous voyez ? Simple comme bonjour ! Maintenant, si vous n'avez pas de proposition plus éclairée à me faire, sortez ! »

« Qu'avez-vous envisagé de modifier pour l'instant ? », demanda Aria, quelque peu rassurée à l'idée de voir son arme aussi aisément remontée et démontée. Elle contourna le bureau, observant les pièces sous un angle différent. Elle avait du mal à l'admettre mais ce sortilège était assez fascinant. Elle n'avait jamais eu l'occasion de voir un pistolet fragmenté de la sorte.

« Vous n'avez pas entendu quand je vous ai demandé de sortir ? », demanda Rogue, en soupirant.

« Si, si, mais j'ai délibérément choisi de ne pas vous écouter », railla-t-elle en s'appuyant contre la surface en bois massif. « D'après vous, qu'est-ce qui pourrait nous aider là-dedans ? », reprit-elle en désignant l'arme démontée du menton.

« Je me posais la même question », maugréa Rogue en la fusillant du regard. « Mais j'ai peur que la modification d'une de ces pièces puisse enrayer la machine, ou pire la retourner contre son propriétaire. On ne compte plus le nombre de moldus blessés ou morts à cause d'un de leurs artefacts modifié par un sorcier au cours de l'Histoire… »

L'avocate esquissa une grimace. L'idée que la balle puisse exploser à l'intérieur du canon et la blesser gravement, voire la tuer, ne lui plaisait pas vraiment. Contrairement à Rogue, qui souriait soudain.

« Non pas que je tienne particulièrement à vous garder en vie, Miss Stone, mais les morceaux de votre cervelle sur les tapisseries de Poudlard risqueraient de laisser de vilaines traces… », ironisa-t-il, tandis que la jeune femme soupirait avec une pointe d'agacement. « Ce pauvre Rusard ne me le pardonnerait pas… »

Aria ne prit pas la peine de répondre au sarcasme et reprit son observation de l'objet. Comment parvenir à améliorer l'efficacité du dispositif sans risquer de modifier son fonctionnement ? Elle plissa les yeux. Il semblait manquer des pièces cruciales à ce qu'elle avait sous les yeux. Des pièces… qui ne faisaient pas à proprement parler partie de l'objet en lui-même, mais qui avaient tout de même un grand rôle à jouer. Les munitions.

« Où sont les balles ? », demanda-t-elle subitement en saisissant le chargeur vide parmi les éléments en suspension dans l'air.

« Il était hors de question que je prenne le risque de manipuler ce truc chargé », grommela Rogue en ouvrant un des tiroirs de son bureau. Il plongea la main à l'intérieur et en ressortit les dix-huit balles que l'arme pouvait contenir. Les petits cylindres de métal tintèrent doucement en heurtant la surface rigide. Aria s'empara de l'une d'entre elles et l'amena devant ses yeux.

« Et modifier ça, c'est faisable ? », demanda-t-elle, ravie de son soudain éclair de génie. « Après tout, on s'en fiche de l'arme en elle-même. Ce qu'on veut, c'est que ce petit machin rentre à l'intérieur des types d'en face, pas vrai ? »

Rogue cligna plusieurs fois des yeux et prit sa baguette pour tapoter une des balles avec. Les deux éléments du projectile se séparèrent, libérant sur le bureau la poudre qui se trouvait à l'intérieur. Le Directeur en prit une pincée entre ses doigts et l'observa attentivement. Faire de la poudre magique, c'était possible à partir d'une base liquide, donc d'une potion. Et les potions… c'était son dada.

« Je pourrais modifier la poudre pour la rendre insensible à toute magie extérieure, que ce soit magie de protection ou… de guérison », souffla-t-il plus pour lui-même que pour Aria, tandis que d'innombrables idées de potions surgissaient dans son cerveau.

« Ça, c'est une idée de génie », approuva Aria avec une pointe d'excitation. « Vous vous êtes clairement trompé de carrière, si vous voulez mon avis. Mais il n'est pas trop tard pour vous réorienter : vous pourriez bosser pour la police. »

Rogue émit un léger bruit de gorge qui ressemblait à un ricanement. Il quitta la balle des yeux et dirigea son regard noir en direction d'Aria. « Ça dépend. Est-ce que je devrais gérer plusieurs centaines d'avortons braillards et mentalement déficients, comme ici ? », marmonna-t-il en reposant sa pincée de poudre pour frotter ses doigts contre sa paume.

« Peut-être deux ou trois techniciens, oui. Maximum », répondit Aria avec un sourire narquois.

Rogue haussa les sourcils. « Oh, dans ce cas, je vais peut-être y réfléchir… »

~o~

Le silence régnait dans le petit coin reculé de la bibliothèque où Victoire et Deborah s'étaient installées pour terminer leurs devoirs de la semaine. Entourées de livres ouverts et armées de leurs stylos et plumes, elles grattaient furieusement le papier, rédigeant tout ce qu'elles savaient sur la potion d'Amnésie qu'elles seraient amenées à concocter la semaine suivante avec le professeur Slughorn.

Quelque part derrière un rayonnage de livres, le parquet grinça mais les deux fillettes n'y prêtèrent aucune attention. Un autre élève devait lui aussi chercher son bonheur parmi les étagères, quoi de plus normal en cette fin de journée et de semaine de cours ? Victoire consulta un des livres, suivant la ligne qui l'intéressait à l'aide de son index gauche et se mit à en recopier quelques phrases. Il y eut un nouveau craquement dans leur dos.

Plus proche.

La fillette se redressa sur son siège et fronça les sourcils. Elle était sur le point de se retourner lorsqu'un léger souffle chaud balaya son épaule gauche… suivi d'un affreux grognement. Elle sursauta et tourna la tête, se retrouvant nez à nez avec un monstrueux visage lacéré de cicatrices purulentes et au nez couvert de furoncles jaunâtres.

Victoire Weasley se mit à hurler à pleins poumons.

Contre toute attente, le monstre se mit à rire aux éclats, tandis qu'un « Chhhh » agacé se faisait entendre du côté de Mme Pince, à l'autre bout de la bibliothèque. Une petite main apparut et saisit le nez plein de pustules pour tirer dessus. Le « visage » se détacha, laissant place à celui bien plus familier de David Reilly. Qui s'esclaffait toujours.

« Joyeux Halloween, les filles ! », ricana-t-il tandis que Ted et Elias sortaient de derrière une étagère et se joignaient à son hilarité. Deb leva les yeux au ciel, tandis que Victoire tentait tant bien que mal de reprendre le contrôle de son rythme cardiaque. La brunette saisit sa trousse, fermée, et la jeta à la tête de David avec une grimace.

« Imbécile, j'ai cru que j'allais faire une attaque ! », siffla-t-elle, tandis que son ami d'enfance gloussait de plus belle.

« J'ai failli mourir de peur ! », renchérit Victoire en fusillant David du regard, puis Ted qui riait toujours en la montrant du doigt.

« Si t'avais vu ta tête ! », répétait ce dernier, plié en deux.

Victoire poussa un soupir agacé et retourna à sa rédaction, le cœur battant toujours la chamade.

« Tu n'aimes pas Halloween ? », s'enquit Elias avec un sourire compréhensif.

« Je préfère de loin Noël », lâcha Victoire, boudeuse. « Ou mon anniversaire. »

« Et après on veut nous faire croire que les filles ne sont pas vénales », railla Ted en ébouriffant les longs cheveux blonds de son amie. Celle-ci le gratifia d'un regard noir, avant de reporter son attention sur Elias.

« Oh, mais j'y pense ! », s'exclama-t-elle, en retrouvant le sourire. « C'est ton premier Halloween en Europe ! Alors, tes impressions ? »

Elias retint un sourire malicieux et haussa les épaules, avant de répondre sur un ton énigmatique. « Pour l'instant, ça a l'air bien mieux ici… ».

Victoire sembla étonnée de sa réponse. « Tu rigoles ? La foule entière déguisée sur Times Square, la chasse aux bonbons dans Central Park… ça doit être incroyable ! »

« Pas vraiment », reprit Elias avec une grimace. « A New-York, il y avait toujours une recrudescence des agressions et des meurtres pour Halloween, alors on restait plutôt enfermés chez nous en éteignant toutes les lumières… »

Un silence pesant accueillit ses paroles et Elias constata avec ravissement que ses amis avaient tous perdu le sourire. « Il ne fallait pas faire de bruit si on ne voulait pas être pris pour cibles. Une année, alors qu'il faisait nuit noire, on a entendu la serrure de l'appartement cliqueter… Quelqu'un essayait d'entrer en forçant la porte. »

« T'es sérieux, là ? », demanda Ted, les yeux ronds.

Elias hocha lentement la tête, puis baissa d'un ton. « Après plusieurs minutes, l'intrus a réussi à forcer le verrou à l'aide d'une carte de crédit. Parfois, je frémis encore à l'idée qu'il puisse être aussi simple de s'introduire chez quelqu'un… » Il dévisagea ses amis et vit qu'ils retenaient tous leur souffle.

« Et alors ? », souffla David, suspendu à ses lèvres. « C'était qui ? Un maniaque ? »

De nouveau, Elias opina du chef, l'expression grave. Et d'une voix d'outre-tombe, il répondit : « C'était la femme de ménage. Elle avait oublié ses clefs. »

Puis devant les expressions incrédules de ses amis, il se mit à rire et un nouvel avertissement s'éleva du bureau de Mme Pince.

« Je n'y ai pas cru une seule seconde », mentit précipitamment Deborah en fermant ses livres et cahiers pour se donner de l'aplomb.

« Tu parles, vous avez complètement marché… », renchérit Elias, qui se tordait toujours de rire.

Ted ouvrait la bouche pour protester, lorsque des bruits de pas furieux approchèrent de leur petit groupe et qu'une Mme Pince rouge comme une écrevisse apparut entre deux rayons de livres. « Dehors ! Si vous voulez faire du bruit, vous filez dans le couloir ! Ici, c'est un espace de travail ! », tempêta-t-elle en pointant son index en direction de la sortie.

Victoire soupira et rangea ses affaires, imitée par Deborah. De toute façon, elle n'était plus concentrée sur sa rédaction. Comment aurait-elle pu, avec une bande d'idiots immatures autour d'elle ? Contraints et forcés, les cinq enfants furent escortés par la bibliothécaire jusqu'à la sortie, avant que celle-ci ne les abandonne dans le couloir avec un grondement désapprobateur.

« J'espère que vous êtes contents ? », les réprimanda Victoire en croisant les bras. « Grâce à vous, je n'ai pas pu terminer mon essai pour lundi. »

« Tu as tout le weekend pour le faire, ton essai », lança Ted d'une voix traînante. « C'est Halloween ! La Grande Salle va être remplie de bonbons et de fausses toiles d'araignées, et toi tu veux t'enfermer à la bibliothèque ? Tes oncles doivent tous être en train de te rayer de leurs testaments, à l'heure qu'il est. »

« Cool, je viendrai te rejoindre au club des déshérités, Monsieur Edward Remus Lupin de Ser-pen-taaard », articula-t-elle avec un sourire mauvais. Ted lui tira la langue et le petit groupe se mit lentement en route vers la Grande Salle. Les corridors de cette partie du château étaient déserts et à entendre le lointain brouhaha des élèves qui montait des escaliers, il semblait évident que la majorité de la population de Poudlard se trouvait déjà à la célébration.

Un rire mauvais, cependant, leur parut plus proche et les fit sursauter. Le rire avait fait écho sur les murs du couloir, mais pas de la même manière que les autres sons provenant du rez-de-chaussée. Il semblait provenir de derrière eux. Ted se retourna et plissa les yeux. L'obscurité était déjà tombée sur le château et il ne put rien distinguer de plus que les murs gris, les armures et la pierre froide.

« Allez, on accélère », marmonna-t-il, soudain mal à l'aise, en poussant légèrement le dos de Victoire.

La blonde ne protesta pas. Elle avait elle aussi entendu le rire malsain et frissonnait. Deborah ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel.

« Encore un pour qui Halloween doit être la fête de l'année… », soupira-t-elle en pressant néanmoins le pas. « Quelle maturité… »

De nouveau le rire s'éleva, plus menaçant. Mais cette fois, quand les enfants se retournèrent, la vue avait changé. Au milieu du couloir, là où quelques secondes plus tôt il n'y avait eu que le néant, se tenaient à présent trois silhouettes massives et masquées. La plus à gauche était une fille, à en juger par sa jupe d'uniforme, et elle avait couvert son visage d'un masque de zombie relativement similaire à celui que David avait utilisé pour effrayer Victoire. La silhouette au centre était un garçon aux cheveux courts et bruns mais ses traits étaient dissimulés par un masque de hockey que David et Deborah, en bons moldus qui se respectent, identifièrent aussitôt comme une réplique du masque du tueur de Massacre à la tronçonneuse. Le dernier, à droite, arborait une tête de lapin démoniaque aux oreilles démesurées et sanguinolentes. Tous étaient armés de battes de Quidditch, qu'ils frappaient lentement contre leurs paumes.

Elias sentit un frisson de terreur le parcourir des pieds à la tête. Manifestement, ceux-là n'avaient pas envie de jouer à leur faire peur. Eux, c'était pour de vrai.

« COUREZ ! », hurla soudain Ted sur sa droite, sortant ses amis de leur stupeur.

Comme commandées par une force supérieure, Elias sentit ses jambes bouger toutes seules et dévaler le couloir à toute vitesse. Il n'arrivait plus à réfléchir, n'arrivait plus à raisonner, une seule et unique chose comptait à présent : mettre le plus de distance entre lui et les trois anonymes… qui s'étaient lancés à leur poursuite. Il les entendait courir, beugler comme des loups affamés. L'un d'eux frappait régulièrement de sa batte les armures rangées contre les murs, produisant un son assourdissant et sinistre.

Les cinq enfants couraient droit devant eux, dans la panique la plus totale et sans vraiment regarder où ils allaient. A un moment pendant leur course, Ted saisit sa baguette et jeta au hasard derrière lui une série des uniques sortilèges appris au cours de ces deux mois de classe : Wingardium Leviosa et Petrificus Totalus. La plupart manquèrent leurs cibles dans la précipitation, mais l'un d'eux atteignit la fille, qui vit sa batte s'élever dans les airs. Ted n'eut que le temps de la voir sautiller sur place, baguette en main, pour essayer de la rattraper avant de tourner dans un couloir adjacent. David et Elias avaient également jeté quelques sorts et retardé les deux garçons restants. Ted n'avait plus aucune idée de l'endroit où ils se trouvaient et, paniqué, se tourna vers Victoire qui fouillait les environs du regard. Quand soudain, les yeux bleus de la jeune Weasley s'illuminèrent.

« Je reconnais ! Suivez-moi, vite ! », souffla-t-elle en repartant de plus belle.

Les autres lui emboîtèrent le pas, alors que les cris furieux de leurs poursuivants se rapprochaient de nouveau. Quelques virages encore et le couloir redevint effectivement familier au jeune Lupin. Quant à Victoire, elle s'était précipitée vers la statue de Grunhilda de Gorsemoor. La sorcière borgne.

Levant le bras, la petite main de la fillette vint doucement appuyer sur la bosse de la statue… qui pivota aussitôt pour découvrir un tunnel sombre et étroit qui s'enfonçait dans la pierre. « Grouillez-vous ! », appela Victoire en regardant en direction de leurs agresseurs. Mais ils n'étaient pas encore arrivés jusque-là.

Les cinq s'engouffrèrent dans le tunnel et Victoire referma l'entrée du passage sans faire de bruit, avant de se hisser sur la pointe des pieds. Fred et George lui avaient confié que deux petits trous bien cachés permettaient de regarder de l'autre côté de la porte depuis l'intérieur. Ainsi, elle saurait très vite si les trois élèves déguisés connaissaient ou non l'existence du passage. S'ils approchaient trop près, il leur faudrait courir et se cacher dans les profondeurs du château. Sinon, il leur suffirait d'attendre ici que les autres se découragent et abandonnent leurs recherches. Retenant son souffle, elle trouva enfin les deux orifices et y colla ses yeux. Le lapin, le joueur de hockey et la zombie étaient à quelques mètres, dans le couloir, tournant leurs têtes en tous sens et maugréant dans leurs masques.

« Les enfaaaaaants, montrez-vous ! », railla le lapin en faisant virevolter sa batte devant lui. « On ne vous fera pas de mal, c'est promis ! »

La zombie gloussa affreusement. « Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir… », coassa-t-elle en ouvrant la porte d'une salle de classe du bout de sa batte. « Allez, les gosses. Sortez de votre cachette ! On veut juste s'amuser un peu ! »

Plaquant une main sur sa bouche pour ne pas qu'on l'entende respirer, Victoire regarda avec une terreur grandissante le joueur de hockey approcher de la statue pour regarder autour. Mais il s'en détourna aussi sec. Manifestement, l'existence du passage leur était inconnue. Une chance.

La blonde le regarda s'éloigner avec ses deux acolytes et abandonna son poste d'observation. Son cœur battait la chamade et elle s'enfonça un peu dans le tunnel pour rejoindre son groupe. Deborah avait lancé un Lumos pour éclairer les lieux et les autres s'étaient rassemblés autour d'elle.

« Alors ? », fit Elias en voyant Victoire approcher. « Ils sont partis ? »

Elle hocha la tête, les sourcils froncés en une expression inquiète. « Vous croyez qu'ils faisaient partie… du Club Héritage ? », demanda-t-elle à mi-voix.

« Après ce que nous a raconté Pippa à leur sujet ? », cracha David, qui fulminait. « Je ne le crois pas, j'en suis sûr. Il faut qu'on fasse quelque chose. Qu'on avertisse les profs. On a une preuve, maintenant. »

« Il est hors de question qu'on bouge d'ici tant qu'ils seront dans les couloirs à traîner », rétorqua Deborah en secouant la tête. « Je suis désolée, mais le plus sûr serait d'attendre le couvre-feu pour sortir. »

« Quelle preuve ? », fit Ted avec amertume en se tournant vers David. « On a été poursuivis par trois inconnus masqués, on n'a ni leurs noms, ni leurs visages, ni leurs maisons. Tu parles d'une preuve. Et même si on arrivait à savoir qui c'était, c'est Hallowe'en : ils n'auront qu'à dire qu'ils voulaient seulement nous faire une mauvaise blague. »

« Où mène ce passage ? », demanda Elias en regardant en direction des ténèbres.

Ted se détourna pour évacuer sa colère un peu plus loin et Victoire soupira. « Selon mes oncles, il aboutit dans le sous-sol de la boutique Honeydukes à Pré-au-Lard… Ce n'est donc pas une option. On sera renvoyés si on nous voit là-bas. »

« Peut-être pas ! », reprit le garçonnet, dont l'œil marron luisait faiblement à la lumière de la baguette de Deb. « Si on arrive à sortir du village et à gagner la maison de mam- euh d'Hermione… »

Ted et Victoire se regardèrent, interloqués : pourquoi n'y avaient-ils pas pensé plus tôt ? L'idée était excellente. En outre, Hermione se montrerait beaucoup plus compréhensive qu'un autre professeur et les croirait sans hésiter s'ils lui expliquaient toute l'histoire. Du moins l'espéraient-ils.

« C'est fou, t'as eu beau me l'expliquer et tout… mais ça me fait toujours bizarre d'entendre que le professeur Granger est ta mère… », grimaça David en secouant la tête. « Je ne m'y fais pas. »

« Le père de Ted aussi est prof ici, et ça ne te choque pas », fit remarquer Victoire.

« Ouais mais c'est normal, le père de Ted il est … vieux », expliqua David en haussant les épaules. Avant de se corriger précipitamment en remarquant l'air bougon de Ted. « Enfin, plus vieux que Granger, quoi. »

« Argument non valable », trancha Deborah en prenant la tête de la file pour éclairer le chemin.

Victoire dévisagea tour à tour Ted et David, qui se jaugeaient du regard, et soupira avant de s'élancer sur les talons de son amie. Elias esquissa un rictus amusé et se mit en route lui aussi.

« Il n'est pas vieux, mon père », ronchonna Ted en enfonçant les mains dans ses poches.

« Non mais je veux dire, y'a vieux et vieux… », tenta de se rattraper David d'une toute petite voix.

Le trajet fut lent et fastidieux, tant ils progressaient difficilement à la lumière de leurs baguettes, ralentis par divers obstacles, racines et toiles d'araignées aussi denses que du tissu. Enfin, après ce qui leur parut une éternité, le passage s'arrêta pour laisser place à une porte de bois vermoulu. Actionnant la poignée avec prudence, Deborah entrouvrit le panneau pour jeter un œil à l'extérieur. La voie était libre et elle acheva d'ouvrir la porte, pour entrer dans l'arrière-boutique du confiseur. Des piles gigantesques de cartons remplis de sucreries en tous genres s'élevaient de part et d'autres, parfois jusqu'au plafond, les étagères croulant littéralement sous le glucose. Avec un large sourire, Ted avança la main vers un sachet d'araignées en gélatine rouge, mais Victoire lui assena aussitôt une tape sur le dos de la main.

« Pas touche, ventre-à-pattes. C'est du vol ! », gronda-t-elle en agitant un index furieux sous son nez.

« Non, vendre le sachet dix-huit mornilles, c'est ça qui est du vol », marmonna David en consultant le prix sur l'étiquette.

Victoire le fusilla du regard et ils se mirent à chercher la sortie. Il y avait deux portes en plus de la petite qui leur avait permis d'arriver en ces lieux. De l'une provenaient plusieurs voix et le tintement d'une caisse enregistreuse à l'ancienne, sûrement la boutique. Ils se dirigèrent donc naturellement vers l'autre. Victoire l'entrouvrit et vit qu'elle menait directement dans une ruelle, qui si on la remontait, les conduirait directement vers l'extérieur du village. Faisant signe aux autres de la suivre, elle sortit prudemment en regardant tout autour d'elle et courut jusqu'au pâté de maisons suivant. Un par un, ils la rejoignirent, David fermant la marche (et la porte de la boutique).

« Bon, elle habite où ta mère ? », demanda Deborah à Elias, qui désigna une petite colline à quelques centaines de mètres.

« Là-bas », fit-il, tandis que Ted et Victoire approuvaient. Eux aussi connaissaient les lieux pour y être déjà venus plusieurs fois depuis leur plus tendre enfance. La petite troupe se mit en mouvement, dos courbé en deux pour passer sous les fenêtres et ne pas se faire repérer. La sortie du bourg se fit sans encombre et bientôt, ils purent se redresser pour emprunter le chemin de petits cailloux jaunes qui menait aux maisons les plus excentrées. Le soleil était déjà couché et les rues de Pré-au-Lard, désertées par les passants. Ils ne risquaient pas le moins du monde de se faire remarquer.

En quelques minutes, ils se retrouvèrent devant le domicile d'Hermione et de Draco. La lumière était allumée à l'intérieur et les enfants s'avancèrent jusqu'à la porte d'entrée en frissonnant. Leur folle aventure les avait fait transpirer et l'air glacé de la fin octobre changeait leur sueur en une fine pellicule désagréablement froide. Levant la main, Victoire frappa trois petits coups et on entendit du mouvement de l'autre côté. La poignée tourna et la porte s'ouvrit.

~o~

Draco Malfoy pensait avoir globalement tout vu dans sa courte vie. Il avait survécu à une guerre, à l'alcoolisme, à la dépression. Il avait demandé une née-Moldue en mariage, s'apprêtait à concevoir une progéniture de Sang-Mêlé. Il avait un meilleur ami serial dragueur et un autre meilleur ami qui était devenu un véritable psychopathe. Suite à quoi, sa liste des meilleurs amis s'était vue complétée par son ex-pire ennemi et toute une smala de rouquins… Autant dire qu'il ne connaissait pas la routine.

Pourtant, rien de tout cela n'aurait pu le préparer à ce qui se trouvait en ce moment-même sous ses yeux. Une bande de nains souriant bêtement sur son porche à la nuit tombée. Dont trois nains qu'il identifiait clairement comme le nain-du-loup-garou, la naine-qui-aurait-dû-être-rouquine-mais-qui-ne-l'était-pas et le nain-qui-voulait-lui-piquer-sa-future-femme.

« C'est qui ? », fit la voix d'Hermione depuis la cuisine.

Draco ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Un dilemme s'imposait soudain à lui. Fermer la porte et faire comme si rien ne s'était passé (solution qui était la plus tentante, pour être honnête), ou laisser ces avortons, qui n'avaient rien à faire là, perturber sa soirée en amoureux.

« Une bande de rase-moquette », marmonna Draco en plissant les yeux. Regard que lui rendit aussitôt Elias en tirant la langue.

« Hein ? », cria Hermione, qui n'avait rien entendu. Il y eut le bruit d'une pile d'assiettes que l'on repose et la jeune femme avança dans le couloir de l'entrée. Avant de se figer, les yeux écarquillés, en voyant le petit attroupement devant chez elle.

« Euh, bonsoir professeur Granger… », salua David à voix basse.

« Mais… ? », commença Hermione, outrée de voir que cinq de ses élèves (dont trois qui faisaient quasiment partie de la famille) avaient fait le mur de l'école à une heure aussi tardive.

« On peut tout expliquer ! », s'écria précipitamment Victoire en lui faisant des yeux de chien battu.

La bouche d'Hermione se referma et elle tourna la tête en direction de son fiancé.

« Je fais quoi, je referme ? », demanda celui-ci avec un calme qui frisait l'absurde. « J'en ai très envie. »

Hermione ferma les yeux et lâcha un long, très long soupir. « Allez, entrez… », marmonna-t-elle en agitant la main.

Un par un, les enfants passèrent devant Draco avec des regards d'excuse et pénétrèrent à l'intérieur.

« Un jour, j'aurai une petite vie tranquille… », marmonna le blond en refermant la porte derrière eux.

~o~

« D'abord, on a cru que c'était une blague parce que David en avait fait une juste avant- »

« On a eu super peur, on a couru comme des fous ! »

« Et puis il y avait le lapin et la fille-zombie et le gars avec son masque de hockey qui nous ont couru après en hurlant- »

« J'ai cru qu'on allait mourir, la trouille de ma vie, sérieux ! »

« C'était forcément ceux du Club, Pippa nous a tout raconté ! »

« On a couru dans tous les couloirs et puis on est arrivés à la sorcière borgne et- »

« STOP ! », beugla soudain Hermione, faisant sursauter Draco et les cinq enfants qui s'étaient entassés sur le canapé du salon pour déverser un flot ininterrompu de bribes d'histoire à dormir debout. Le silence revint immédiatement et Whisky, qui s'était lové sur les genoux d'Elias pour recevoir quelques gratouilles derrière ses petites oreilles triangulaires, leva son museau d'un air inquiet.

La jeune femme prit une grande inspiration, souffla puis hocha la tête. « On reprend. Pas tous à la fois. Parce qu'à part les mots zombie, lapin et sorcière borgne, je n'ai absolument rien saisi. Et si je ne vous savais pas si jeunes, je commencerais sérieusement à me demander quelle drogue vous avez reniflée. »

Les cinq enfants se concertèrent du regard et Victoire leva la main pour demander la parole, comme si elle était en classe. Hermione acquiesça pour l'inviter à parler, redoutant déjà une nouvelle diarrhée verbale.

« En quittant la bibliothèque, on a été poursuivis par trois élèves. Des grands », précisa-t-elle tandis que Ted opinait du chef. « Ils portaient des masques affreux et ils avaient des battes de Quidditch. Je pense qu'ils voulaient nous faire du mal… »

« Non, tu crois ? », marmonna Ted avec une grimace, mais il se tut aussitôt en voyant le regard furieux d'Hermione.

« D'où le lapin et la zombie, je vois… », commenta Hermione, qui commençait à raccrocher les wagons.

« Et le masque de hockey », compléta David d'une toute petite voix.

« On a réussi à leur échapper, mais c'était moins une », reprit Victoire avec un frisson. « Le truc, c'est que c'est arrivé juste après que… euh… en fait, on nous a dit que… »

Mais la pression accumulée au cours de la soirée retombant, les mots commençaient à s'emmêler dans sa gorge et une envie de pleurer la submergeait. Elle baissa le nez et Ted passa aussitôt un bras par-dessus ses épaules pour la réconforter.

« Il y a ce nouveau Club à l'école, le Club Héritage… », reprit Elias, qui caressait toujours le vieux furet d'une main. Hermione fronça les sourcils, ce qui indiqua au petit brun qu'elle ne voyait pas de quoi il parlait. « C'est un club soi-disant d'aide aux devoirs, qui semble sélectionner ses membres en fonction de… la pureté de leur sang. Ils avaient invité Victoire mais ils ont manifestement changé d'avis et l'ont faite fuir à la première réunion. »

« Je n'étais pas au courant… », marmonna Hermione en se rongeant l'ongle du pouce. « C'est Severus qui signe les autorisations de clubs, il n'aurait jamais accepté quelque chose de ce genre. »

« Ils ont dû présenter le projet comme un simple club d'étude et d'entraide, le professeur Rogue ne pouvait certainement pas savoir… », fit remarquer Deborah en secouant la tête.

« Enfin bref, il y a une fille qui est dans ce club parce que ses parents voulaient qu'elle s'y inscrive », expliqua Ted, la mine grave. « Elle s'appelle Perpetua Rowle. » Il vit les sourcils d'Hermione frémir à la mention du nom de famille. « Oui, ce Rowle-là », affirma-t-il alors.

Hermione ne fut même pas surprise que Ted sache identifier les familles qui avaient trempé dans les affaires de Voldemort. Rémus avait beau avoir repris une vie normale et tranquille depuis douze ans, il faisait toujours partie de ceux qui avaient du mal à « oublier ». Sans aucun doute avait-il élevé Ted dans la méfiance, en lui apprenant qui était supposément digne de confiance et qui ne l'était pas. Les vieilles habitudes ont la dent dure… il n'y avait qu'à voir la crise que Remus avait faite en voyant son fils demander sa répartition à Serpentard.

« Elle a dit que ce projet de Club à Poudlard était connu dans le milieu des anciens Mangemorts », souffla Victoire. « Et qu'ils voulaient en faire une sorte d'armée dormante à l'intérieur de Poudlard. Commandée par ceux qui ont fait l'attentat sur le Chemin de Traverse. »

Nom de Dieu…, jura intérieurement Hermione. Décontenancée, elle tourna la tête vers Draco, qui s'était installé dans un fauteuil en face des enfants. Mais le blond arborait une expression glaciale et sombre, caractéristique de ces instants où il peinait à garder le contrôle de lui-même. Immobile, il fixait les enfants, les mâchoires serrées et les doigts enfoncés dans le cuir du fauteuil. Hermione savait que sa colère n'était pas dirigée vers les élèves, mais certainement vers ces foutus extrémistes qui ne lâchaient jamais le morceau. Mais les petits n'avaient pas l'habitude de lire les expressions de Draco et ils semblèrent légèrement effrayés. Elle décida de désamorcer la situation et posa sa main sur le bras du blond.

« Ils doivent être affamés, tu nous apporte quelque chose à grignoter ? », murmura-t-elle d'une voix apaisante.

Les yeux de glace de Draco se tournèrent vers elle et elle sut parfaitement ce qu'ils disaient : ces salauds de Mangemorts vont encore nous pourrir la vie. Elle pinça les lèvres et pressa un peu plus le bras du blond pour l'inciter à aller se calmer dans la cuisine. Il sembla comprendre le message et se leva du fauteuil pour essayer de trouver de quoi rassasier les jeunes estomacs.

« Comment il est trop beau, lui », chuchota Deborah à l'oreille de Victoire, tandis que cette dernière lui donnait un coup de coude. Heureusement, la jeune professeur ne semblait pas avoir entendu le commentaire, trop préoccupée par l'histoire que les enfants venaient de lui révéler.

« Il faut que j'en parle à Severus… », chuchota-t-elle, plus pour elle-même que pour son public.

Mais Ted se leva d'un bond. « Surtout pas ! », s'insurgea le Serpentard. « Ils vont savoir que c'est nous qui avons parlé et ça pourrait mettre Perpetua en danger ! En plus, on n'a aucune preuve : tout ce qu'on a ce sont des rumeurs et des faits invérifiables ! »

Hermione sembla surprise par l'accès de colère du jeune garçon. Il semblait vraiment effrayé à l'idée d'être dans le collimateur des membres du club.

« Perpetua est obligée d'aller aux réunions, elle nous a proposé de nous aider de l'intérieur le temps qu'on ait suffisamment de choses contre eux pour être sûrs qu'ils soient tous renvoyés », appuya David, tandis que Ted se rasseyait, rouge comme une tomate.

« Mais enfin, vous êtes fous ! », protesta Hermione en passant une main dans ses cheveux. « Si ce que vous dites est vrai et que ces élèves pourraient devenir dangereux, il est hors de question de jeter cette pauvre petite dans la gueule du loup ! D'autant plus qu'ils représentent également une menace pour vous tous ! »

« Justement ! Leur but était sûrement de nous faire peur pour qu'on ne dise rien aux profs : si Rogue leur tourne autour, ils sauront qu'on a cafté et ils ne nous lâcheront plus ! », renchérit David avec emphase.

« Et puis tu es mal placée pour parler, Hermione… », railla Draco, apparemment calmé et revenant les bras chargés de snacks et grignotages en tous genre. Hermione crut littéralement voir les enfants saliver.

« Pardon ? », s'offusqua-t-elle. « Tu insinues quoi, là ? »

Draco déposa les victuailles sur la table basse, et alors que les cinq élèves se jetaient dessus, il haussa les épaules, ainsi qu'un sourcil narquois. « Ne fais pas l'innocente : tu es en train de leur reprocher de prendre des risques alors que tu as toi-même passé toute ta scolarité à chercher les ennuis avec les deux aimants à problèmes qui te servent d'amis. » Hermione ouvrit la bouche pour protester mais il ne lui en laissa pas le temps. « Tu sais que j'ai raison. »

« On ne cherchait pas les ennuis, c'étaient les ennuis qui nous trouvaient tous seuls ! », gronda-t-elle, le silence à présent uniquement troublé par les bruits de mastication et de papiers d'emballage froissés provenant du canapé.

« Bien sûr, c'est évident », ironisa le blond en se laissant retomber dans son fauteuil. « En tout cas, ils n'ont pas tort : tant qu'il n'y a pas de véritable motif de renvoi, mieux vaut attendre. Sinon, les membres du Club écoperont tout juste d'une punition et auront de nouveau le champ libre pour s'en prendre à leurs délateurs. »

« Je ne sais pas ce que ça veut dire délateurs mais j'aime bien ce qu'il dit », approuva David, la bouche pleine, en désignant Draco du doigt.

Hermione dévisagea tour à tour les enfants et Draco d'un air furibond. Mais tous semblaient s'être rangés du côté de son fiancé, ce qui l'exaspéra au plus haut point. Car elle savait qu'il avait raison sur toute la ligne : elle reprochait au petit groupe ce qu'elle-même avait fait (et plusieurs fois !) au cours de ses années d'école.

Lorsqu'elle regarda de nouveau Draco, elle vit qu'il esquissait un petit rictus triomphant. L'idiot avait dû lire dans son regard et savait qu'elle ne pouvait pas nier. Elle leva les mains au plafond avec un soupir agacé et les laissa retomber en claquant sur ses cuisses.

« Bien, parfait, puisque vous êtes tous ligués contre moi et que vous semblez trouver normal de prendre des risques en violant la moitié des règlements de l'école… allons-y ! Fonçons tête baissée vers le danger ! », tempêta-t-elle en ouvrant violemment un paquet de chips qu'elle se mit à dévorer en grommelant. « Youpi, vive le danger ! »

« Je savais qu'elle finirait par être de notre côté », se gaussa Elias avec fierté.

« Attends un peu que j'en touche deux mots à ton père, toi… », menaça Hermione en le fusillant du regard. Elle savait très bien qu'elle n'en ferait rien. Moins elle voyait Théo, mieux elle se portait, mais l'expression soudain mortifiée d'Elias lui indiqua qu'elle avait fait mouche. La jeune femme enfourna une nouvelle poignée de chips : elle avait la désagréable impression que l'histoire se répétait en boucle. D'accord, elle s'était toujours sortie saine et sauve (ou presque) de toutes ses aventures… mais Elias et ses amis auraient-ils autant de chance ? Ils étaient si petits, si jeunes… A leur âge, tu endormais les chiens à trois têtes, libérais tes amis des Filets du Diable et jouais à une version beaucoup trop réelle des échecs…, fit une petite voix mesquine dans un coin de son cerveau.

« Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On ne peut pas rentrer au château, on va se faire prendre… », marmonna Deborah en reposant une boîte de tuiles au paprika sur la table.

L'expression des enfants devint suppliante, à peu près au moment où celle de Draco devint menaçante. L'envie des uns de rester en sécurité chez leur professeur n'avait d'égale que l'envie de l'autre de les voir partir pour retrouver un peu de tranquillité avec sa fiancée.

« Non, c'est évident… », commenta Hermione, qui n'avait pas vu Draco s'assombrir. Celui-ci tourna la tête vers elle et fit de grands yeux, mais elle ne regardait pas dans sa direction. « Il est tard, je suppose que vous pouvez rester là et on avisera demain. Il sera certainement plus simple de vous faire repartir par là où vous êtes venus quand il fera jour. Et de toute façon, Honeydukes doit être fermé pour la nuit. »

Il y eut un bruit de main frappant un front du côté du fauteuil et un soupir, qu'Hermione ignora superbement.

« Je suppose que les filles pourront dormir dans la chambre d'amis et les garçons dans le salon… le canapé se déplie et je dois avoir un matelas gonflable au grenier… », marmonna-t-elle, pensive.

« Ouais ! », chuchota Ted avec un large sourire. Les autres l'imitèrent. En voyant leurs petits visages réjouis, Hermione ne put s'empêcher de sourire à son tour. Les problèmes attendraient le lendemain.

~o~

Dans le hangar des Héritiers, le grand H sur le mur principal s'illumina soudain, éclairant tout l'espace de sa vive lumière blanche. Rodolphus leva le nez de la Gazette qu'il lisait confortablement assis sur un vieux fauteuil miteux. Bellatrix, qui broyait du noir dans un coin, tourna la tête en direction de la lumière, tandis que les époux Malfoy mettaient fin à leur première véritable conversation depuis des semaines. Le dialogue se réinstallait doucement entre eux, même si Narcissa semblait toujours à deux doigts de cracher au visage de Lucius dès qu'il posait les yeux sur elle.

La lettre reprit sa couleur initiale et la silhouette de Pansy Parkinson s'approcha à vive allure. Bellatrix se raidit : les récentes confidences de Pansy l'avaient profondément ébranlée et elle ne savait plus franchement à quoi s'en tenir avec elle. Amie ou ennemie ? La jeune femme semblait aujourd'hui tellement sournoise que c'était difficile à dire… Mais son discours avait remué quelque chose au fond de Bellatrix. De vieux démons… mais également un espoir tordu d'accéder enfin à la liberté dont elle avait toujours rêvé.

L'ex-Mangemorte fronça les sourcils : l'expression de Pansy laissait penser que quelque chose de grave s'était produit. Rodolphus l'avait vue aussi et il replia aussitôt son journal pour se lever d'un bond.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda-t-il d'une voix dure, lorsque Pansy fut parvenue à sa hauteur.

Tiens, tiens… Pas de « Pansy, ma Pansy » aujourd'hui ?, ironisa intérieurement Bellatrix en tendant tout de même l'oreille.

« On a un problème », grinça Pansy, raide comme un piquet. « Les Aurors et la police moldue en savent beaucoup plus que ce qu'on imaginait… J'ai suivi une de leurs équipes sous ma forme d'animagus et je les ai vus… » Elle grimaça, ne sachant pas comment tourner la chose pour minimiser la colère de Rodolphus.

« Accouche, fillette », cracha-t-il, ses yeux noirs brillants de fureur.

Pansy se retint de le fusiller du regard. Elle détestait quand les hommes utilisaient ce genre de mots pour s'adresser à une femme. A elle, en particulier. « Ils faisaient des essais dans une avenue déserte : deux H y sont peints à plusieurs centaines de mètres de distance et ils… s'entraînaient à voyager d'un H à l'autre. »

L'expression de Rodolphus s'assombrit encore.

« Ils connaissent la formule et ils ont compris comment l'utiliser », acheva Pansy, nerveuse. « Il ne leur faudra pas longtemps avant de savoir comment débarquer ici. C'est une question de jours, d'heures peut-être. »

« Quelqu'un a parlé », chantonna Bellatrix en faisant tourner une de ses boucles brunes entre ses doigts.

Rodolphus fit volte-face dans sa direction et si ses yeux avaient pu la tuer, Bella aurait été directement en Enfer avant d'avoir eu le temps de dire « baguette ».

« C'est impossible ! », aboya Lestrange en pointant son index sur sa femme. « Le sortilège qui nous empêche de révéler certaines informations fonctionne ! On l'a testé il y a plusieurs mois sur un traître à son sang, aucun de nous ne peut nous trahir là-dessus ! Même sous l'influence d'un sortilège d'Imperium ou du Veritaserum. »

« Est-on sûrs que tous nos membres ont bien signé le parchemin ensorcelé ? Peut-être que l'un d'eux ne l'a pas fait… », fit Pansy en fusillant Bellatrix du regard.

« Les deux seules personnes qui n'ont pas signé ce parchemin ne peuvent pas sortir de ce foutu hangar, Pansy », beugla Rodolphus en désignant les deux sœurs Black du doigt. « Même Lucius l'a signé ! »

« Alors peut-être qu'ils ont eux aussi un espion discret, du type Animagus… », proposa le blond en regardant Pansy. « Si elle y arrive, d'autres peuvent bien y arriver aussi… »

Parkinson ignora la remarque dégradante et se tourna de nouveau vers son leader. « Il faut quitter les lieux, trouver un nouvel endroit pour nous réunir. Et ne plus utiliser les H que pour se déplacer et non pour arriver directement au quartier général », expliqua-t-elle posément.

« J'aurais bien proposé le manoir, mais mon cher fils est en train de le vendre… », grommela Lucius, tandis que Narcissa le fusillait du regard.

« Merci, mon ami, mais ton Manoir n'a pas vraiment brillé par sa discrétion ni par sa capacité à retenir les prisonniers à l'intérieur, la dernière fois… », railla Rodolphus. Lucius referma la bouche, clairement vexé. Lestrange se tourna de nouveau vers son bras droit et reprit une expression sérieuse. « Je viens avec toi. On trouve un nouvel endroit et on fait passer le mot aux autres. » Il se tourna vers Lucius, Bellatrix et Narcissa. « Vous, vous attendez sagement ici qu'on revienne. Priez pour que les Aurors ne vous trouvent pas ici avant. »

Et sans un autre mot, il disparut avec Pansy par là où cette dernière était arrivée quelques minutes plus tôt. Lucius se tourna vers sa femme mais Bellatrix ne lui laissa pas le temps d'entamer une nouvelle conversation et saisit sa sœur par le bras, l'entraînant vers leur « cellule ». Une fois à l'intérieur, Bella esquissa un sourire triomphant.

« C'est notre chance, Cissy ! », souffla-t-elle en serrant les épaules de sa sœur. « Quel que soit ce nouvel endroit, il n'y aura plus besoin d'un H pour y entrer ou en sortir. Cela signifie qu'il y aura forcément des portes, des fenêtres accessibles, n'importe quoi ! Tu pourras trouver un moyen de t'échapper. »

« Plus facilement qu'ici, c'est certain… », répondit sa cadette avant de se figer. « Minute… comment ça 'je pourrai trouver un moyen' ? On pourra trouver un moyen… » L'expression de Bellatrix à cet instant suffit à glacer le sang de Narcissa. « Tu ne comptes tout de même pas rester avec eux ? », s'offusqua-t-elle en tentant de baisser d'un ton malgré la colère.

« Narcissa, il semble évident que jamais Rodolphus ne te fera confiance, j'ai plus de chances d'y arriver seule, tout comme tu auras plus de chance de réussir à fuir seule. » Bellatrix plongea son regard dans celui de sa sœur. « Ecoute, si tu arrives à sortir et à retrouver ton fils, tu pourras tout lui expliquer et les autorités te croiront si Draco appuie ta version des faits. » Elle soupira. « Alors que moi… ils me renverront simplement à Azkaban pour avoir violé ma conditionnelle en quittant Londres. Et pour avoir faussé compagnie à mon agent de probation. »

Narcissa baissa les yeux. Son aînée avait certainement raison mais elle sentait qu'il n'y avait pas que ça. Bellatrix avait forcément d'autres raisons de rester, mais lesquelles ? Certainement pas pour Rodolphus…

« De toutes façons, on n'est même pas sûres de trouver un moyen de s'échapper de notre future prison… », marmonna-t-elle, avant de soupirer. « Ni que Draco me croira. »

« Ton fils t'adore », protesta Bella en levant les yeux au ciel. « Il t'écoutera. »

Narcissa esquissa un faible sourire. Si seulement Bella pouvait avoir raison.

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Alors ? Que pensez-vous de l'aventure des mini-maraudeurs ? Et de la réaction d'Hermione/de Draco ? Ce dernier reprend un peu du poil de la bête, j'espère que vous en êtes heureuses ! Je sais que beaucoup d'entre vous étaient attristées de voir Draco aussi démoralisé, dernièrement. Et pour Bellatrix, quel chemin pensez-vous qu'elle finira par emprunter ? Celui du bien ou celui du mal ? J'ai hâte de vous lire et en attendant la suite, lundi prochain (j'espère, car je vais avoir une semaine chargée, niveau boulot), je vous fais plein de gros bisous !

Xérès