Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Bonjour, bonjour ! C'est une semaine sombre que vient de vivre la fanfiction, je suppose que vous êtes au courant de ces histoires de fics plagiées et vendues sur le net par un certain Jason Matthieu/Matthieu Jason/Jason Maskerade (selon les sites de vente). J'espère qu'aucun(e) d'entre vous n'est concerné(e) par ces vols honteux mais je vous invite à aller protester et remplir les formulaires de plainte proposés par Google ou Amazon si c'est le cas. Acharnez-vous sur ce gars, s'il pouvait servir d'exemple et dissuader tout autre petit malin de suivre le même chemin, ce serait bien. Enfin bref, voilà c'était le petit coup de gueule du lundi, ahah.

J'espère que l'attente n'a pas été trop longue mais j'espère me faire pardonner avec ce chapitre bourré de révélations et d'action. Théo revient (pour le plaisir de certaines, moins pour d'autres…hihi) et ça va faire du bruit ! Bonne lecture !

Merci à mes nouveaux follow/fav (Annadela1999, mia49700, Petite plume de folie, AidaF, OrianeT, Eucyphera, Coco29800, InfinitelyHappy, CaroLeKid), ainsi qu'à miss damdam, Marion, Plumty, Swangranger, PouleauPotter, SnowandSilver, Loulou, Cécile, Drasha, Miss Draymione, Eliane Gil, Voldynouchette, Mrs Lyly Black, Wizzette, aussidagility, Lyly Ford, Gouline971, Mikasa, OrianeT, TiteTyLee, Folpi pour leurs reviews.

RAR :

Marion : Merci pour ta review ! Effectivement, les enfants ne sont pas encore sortis de l'auberge… ahah. Bonne lecture et gros bisous !

Loulou : merci beaucoup pour ta review ! Tu auras peut-être passé une partie des épreuves quand tu liras ceci mais au cas où : bon courage pour le bac ! Après tu seras en vacances, petite veinarde. Bonne lecture !

Cécile : Théo revient (et tu risques de le regretter, ahah). Sinon, on arrive à la fin de l'histoire, il doit rester entre 5 et 10 chapitres grand maximum ^^ J'espère que la fin continuera de te plaire ! Merci pour ta review et bonne lecture !

Drasha : Le froid mordant… bah oui c'est l'Ecosse un 31 octobre, c'est pas un moment à se balader dehors la nuit en tee-shirt ! mdr. Après ça va être enrhumé, ça va renifler et se moucher en classe et ça ne va plus avoir de forces pour fuir les méchants ! Merci pour ta review et bonne lecture !

Aussidagility : Draco est reconnaissant de ta compassion vis-à-vis du drame qu'il est en train de vivre. Il veut qu'on lui rende sa femme. TOUT DE SUITE ! mdr Merci pour ta review !

Mikasa : Merci pour ta review ! Une fois qu'Ennemis sera terminée, je chercherais une autre intrigue, oui. Je continuerai entre temps à écrire des OS de temps en temps et j'aimerais aussi reprendre depuis le début A Celui Que J'ai Perdu Deux Fois car je ne l'ai jamais terminée et je n'aime pas laisser les choses inachevées. Ce sera entièrement réécrit et il y aura de grosses modifications, donc on peut dire en un sens que oui, ce sera une nouvelle fiction. Gros bisous !

Guest du 14 juin (peut-être AidaF ?) : La technique du Cheval de Troie vient de la mythologie grecque au cours de la « guerre de Troie ». Les guerriers grecs veulent entrer dans une ville assiégée mais n'y arrivent pas. Ils construisent alors un immense cheval en bois, cachent une partie de leurs guerriers à l'intérieur et font passer le cheval pour un ornement offert en cadeau. Le cheval pénètre dans la ville et une fois dedans, les guerriers sortent et prennent la ville d'assaut. C'est une métaphore pour dire que les H infiltrent Poudlard en passant par des élèves normaux. Ils les mettent dans l'école, jusqu'au moment où ils auront besoin d'eux pour passer à l'action ! Voilà, j'espère que c'est un peu plus clair, maintenant ! :) Bisous et merci pour ta review !

Folpi : merci pour ta review in extremis, puisque j'étais sur le point de publier ce chapitre quand je l'ai reçue ! ahah. Contente que tu aimes autant mes écrits et bravo pour avoir enchaîné Rise et le début d'Ennemi(s) à la suite ! Tu arrives pile pour les révélations de Théodore, j'espère que tu aimeras ! Merci encore et bonne lecture !

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Chapitre 29 : A Bout De Souffle

Avertissement relatif au contenu de ce chapitre : avant de démarrer, sachez qu'une scène probablement assez difficile psychologiquement sera présente dans ce chapitre, avec de la violence (beaucoup plus morale que physique) et de la tension. Mais tranquillisez-vous, lisez en toute sérénité, il n'y aura aucun viol dans ce chapitre (même si à un moment vous pensez le voir venir, continuez de lire sans crainte, il ne se passera rien de ce côté-là). Voilà, maintenant j'arrête de bavarder et je vous retrouve tout à l'heure pour les reviews ! ) Enjoy !

Je dédicace ce chapitre à PouleauPotter, parce qu'il contient une scène qu'elle me réclame depuis trèèès longtemps et j'espère qu'elle ne sera pas déçue. This chapter is for you, PouleauPotter.

~o~

« Il faut qu'on apprenne plus de sortilèges d'attaque, on doit savoir se défendre ! »

« La violence ne résout rien, maintenant que le professeur Granger est au courant, on est en sécurité ! »

« Ces types nous pourchassaient avec des battes de Quidditch, Deb, ce ne sont pas des rigolos ! »

« Celle qu'il va surtout falloir protéger, c'est Pippa, personne ne doit la voir nous parler. Il faut qu'on soit discrets… »

Draco Malfoy remua lentement son premier café tout en pensant qu'il lui faudrait sûrement beaucoup plus qu'un seul bol pour tenir le choc face aux conversations effrénées dès le matin. Il tourna un regard cerné et fatigué vers les cinq enfants assis autour de la table de la salle à manger et qui dévoraient le contenu de leur placard réservé aux denrées du petit-déjeuner. Tout ce beau monde avait envahi sa maison, accaparé sa fiancée, dévalisé sa penderie (Hermione leur avait distribué à tous les plus grands tee-shirts de Draco en guise de pyjamas) et voilà qu'ils s'attaquaient maintenant à la nourriture. Il aurait de la chance si la maison était encore debout après leur départ.

Hermione s'assit à table, une tasse de café noir à la main et capta le regard bouffi de sommeil que le blond jetait sur leurs jeunes invités. Elle se pencha discrètement vers lui et chuchota en souriant : « Il n'est pas trop tard pour reprendre la pilule, tu sais ? »

Les yeux de Draco se tournèrent vers elle et sur le même ton, il répondit : « Pas la peine. Les enfants Malfoy sont sages et silencieux. Et parfaits. Ceci (Il désigna du pouce les cinq ventres affamés qui se disputaient le bacon et les œufs brouillés) n'est pas du Malfoy. »

Hermione laissa échapper un ricanement moqueur, que Draco prit un malin plaisir à imiter et bientôt, ils se retrouvèrent tous deux à glousser bêtement, le nez plongé dans leur café.

« Hermione ? », demanda soudain Ted tandis que toutes les petites têtes se tournaient vers elle.

Le couple reprit aussi vite que possible son sérieux et Hermione s'éclaircit la gorge. « Oui ? »

« Hier soir, on se disait avec Elias et David qu'on ne pouvait pas revenir à Poudlard par la grande porte », reprit le jeune Lupin. « On va être obligés de rentrer par le passage secret. Si jamais qui que ce soit nous voyait revenir de Pré-au-Lard, on serait punis ou pire : on risquerait d'alerter les types du Club. »

Hermione pinça les lèvres. Ted avait raison, il fallait qu'ils repartent par où ils étaient venus. Elle hocha la tête. « Bonne idée. »

« Tu nous accompagnes ? », demanda Elias d'une petite voix, tandis que Draco faisait les gros yeux au gamin par-dessus l'épaule d'Hermione.

« Si ça peut vous rassurer… », répondit nonchalamment la jeune femme en tâchant d'avoir l'air aussi naturel que possible. Elle avait une idée derrière la tête et elle devait aller à Poudlard de toute façon.

« Mais enfin, chérie… », commença Draco sur un ton légèrement forcé. Hermione se tourna vers lui et vit qu'il faisait danser ses sourcils avec application. « On est samedi. Tu sais bien, on avait ce truc de prévu… »

Hermione plissa les yeux. Ils n'avaient absolument rien de prévu aujourd'hui mais Draco faisait simplement son numéro d'enfant gâté. Il la voulait pour lui tout seul, mais ses élèves avaient besoin d'aide et en tant que professeur, cela faisait partie de ses obligations de s'assurer qu'ils regagnent l'école sans encombre. En trahissant leur confiance, par la même occasion...
Devant elle, les sourcils et les yeux de Draco faisaient toujours la sarabande.

« On n'a plus rien de prévu, j'ai annulé », mentit la jeune femme avant de sourire largement à ses cinq élèves. « Je viens avec vous, donc ! »

Les petits lui sourirent de toutes leurs dents et alors que Draco semblait sur le point de se mettre à trépigner et à pleurer en se roulant par terre, son portable se mit à sonner. Il le saisit sur le comptoir de la cuisine et consulta l'écran. « C'est Blaise… », marmonna-t-il avant d'appuyer sur le bouton vert et de porter l'appareil à l'oreille. « Ouais, vieux ? »

Draco s'éloigna un peu de la table de la salle à manger, où les conversations reprenaient bon train. Lorsqu'il revint, Hermione vit qu'il boudait ostensiblement.

« Blaise veut que j'aille faire visiter le Manoir ce matin à deux amis de ses parents. D'après lui, ils sont intéressés… et riches comme Crésus », grommela-t-il en ramassant son bol sur la table pour le vider d'un trait.

« Une chance que tu n'aies rien de prévu », railla Hermione. « C'est bien que tu aies des acheteurs potentiels… »

« J'espère qu'ils seront plus sérieux que les précédents… », reprit le blond en secouant la tête. « La plupart des gens que j'ai rencontrés étaient plus intéressés par une visite de L'ex-quartier-général-de-Voldemort que par l'achat réel du Manoir. »

« Tu devrais faire payer l'entrée, au moins les touristes te rapporteraient de l'argent… », fit Hermione avant de mordre dans un toast.

« Excellente idée. Bon, je vais me préparer… », marmonna-t-il avec un dernier regard envieux en direction des enfants. Ils avaient déjà Hermione toute la semaine, et maintenant ils se l'appropriaient également le weekend… Avec un soupir résigné, Draco tourna les talons et monta se doucher.

~o~

« Tu étais déjà passée par ici, Hermione ? », demanda Ted en regardant la jeune femme baisser prudemment la tête sous une racine qui traversait le plafond du passage secret.

« Non. J'ai fait celui du Saule cogneur, celui de la Salle sur demande, celui de la-… » Elle s'arrêta, réalisant soudain qu'en tant que professeur responsable, elle n'était pas censée énumérer tous les moyens de sortir de l'école en douce. « Euh… »

Victoire se retourna brièvement et haussa les épaules. « Laisse tomber, Hermione, je les connais déjà tous. Fred et George me les ont fait apprendre par cœur. »

« Evidemment… », grommela Hermione en se faisant une note d'envoyer par hibou un gros paquet de Bombabouses aux jumeaux. George était impardonnable : il était père à présent, à quoi pensait-il en révélant ce genre de choses à Victoire ? Et Fred… bon c'était Fred. Toutefois, elle n'arrivait pas en vouloir totalement aux deux rouquins : le passage de la sorcière borgne avait certainement sauvé la vie aux cinq enfants, elle ne devait pas l'oublier.

Après quelques dizaines de minutes de marche, ils arrivèrent enfin au bout du tunnel et Victoire se dressa sur la pointe des pieds pour mettre ses yeux à la hauteur des orifices de surveillance. La voie était libre. Il était encore tôt pour un samedi matin et les élèves seraient encore dans leurs dortoirs ou au petit-déjeuner. « C'est bon, on peut sortir ! », annonça Victoire en poussant le panneau derrière la statue. Celle-ci pivota et un par un, les enfants sortirent du tunnel en époussetant leurs uniformes froissés et couverts de toiles d'araignées. Hermione referma derrière elle et fit signe aux enfants de rejoindre rapidement leurs dortoirs. Elle s'apprêtait à prendre discrètement la direction du bureau de Rogue lorsqu'elle vit qu'Elias était resté en arrière.

« Qu'est-ce qu'il y a ? », demanda-t-elle au petit garçon, qui semblait soudain gêné.

« Rien… », marmonna-t-il en levant le nez vers elle. « Juste… » Sans prévenir, il effectua les quelques mètres qui les séparaient en courant et enserra la taille d'Hermione de ses petits bras frêles. « Merci beaucoup de nous avoir crus. »

Hermione ouvrit la bouche, surprise, ne sachant pas vraiment quoi faire de ses mains ni comment réagir. Maladroite, elle posa les paumes sur les épaules d'Elias et esquissa un sourire pincé. « Ça va aller, maintenant. Ne t'inquiète plus, ok ? »
Elias hocha la tête contre son ventre, sans la lâcher pour autant. L'instant commençait à devenir inconfortable. « Bon, il faut que j'y aille… », souffla Hermione en ébouriffant les cheveux du garçonnet. Il s'écarta en souriant.

« A lundi », dit-il avant de s'éloigner au petit trot. Hermione le suivit un moment du regard puis soupira. Elias était vraiment un petit garçon adorable. Elle ne parvenait toujours pas à croire qu'il puisse être le fils de ce maniaque de Théodore. Il me ressemble vraiment plus que ce que j'imaginais… C'est avec cette pensée troublante qu'elle se dirigea vers le bureau de Rogue. En grimpant l'escalier en colimaçon, elle perçut des éclats de voix qui se faisaient de plus en plus forts au fur et à mesure de son ascension. Fronçant les sourcils, elle serra le poing et frappa quelques petits coups sur la porte.

« Entrez ! », aboya Rogue avec son habituel ton inamical.

Hermione leva les yeux au ciel et s'exécuta… Severus n'était pas seul. Aria Stone était assise sur un coin de son bureau et ils semblaient avoir eu une discussion quelque peu animée. Un bazar sans nom régnait sur le bureau devant le Directeur, composé de parchemins, de fioles vides, de fioles pleines et… d'une arme à feu ?

« Par la barbe de Merlin, mais qu'est-ce que vous fichez ? », s'exclama Hermione, tandis qu'Aria la saluait d'un geste amical de la main et d'un large sourire. « C'est… c'est un pistolet ?! »

« Pas du tout, Miss Granger, c'est une caravane de bédouins », railla Rogue. « Vous n'êtes pas en weekend ? Ne comptez pas sur moi pour vous payer vos heures de présence inopinées un samedi ! »

« Severus m'aide à modifier les munitions pour qu'elles soient en mesure de blesser les sorciers et d'être immunisées contre la magie », expliqua Aria. « Un nombre beaucoup trop grand de sorciers a voulu me tuer ces derniers temps, donc j'essaie d'éviter qu'ils réussissent. »

Hermione ouvrit la bouche, prête à protester et à rappeler à l'avocate que Poudlard était l'endroit le plus sûr du monde mais se ravisa. Clairement, ce n'était pas le cas et cela ne l'avait peut-être plus été depuis longtemps.

« Quoi ? Pas de discours ennuyeux sur l'infaillibilité de Poudlard ? Pas d'éloge pompeux sur le niveau de sécurité assuré par les professeurs ? Vous vieillissez, Miss Granger… », renchérit Rogue en mélangeant nonchalamment une petite quantité de poudre dans une fiole remplie de liquide verdâtre. Il plissa les yeux et le résultat (qui virait au noir marronnasse) ne semblant pas lui convenir, il grommela et mit la fiole de côté avec une bonne demi-douzaine d'autres fioles aux teintes peu ragoûtantes.

« Eh bien, c'est justement ce dont j'étais venue vous parler, Monsieur le Directeur… », marmonna Hermione en pinçant les lèvres. Rogue cessa tout mouvement et lui jeta un regard suspicieux. La jeune professeur prit une grande inspiration et se lança. « Vous n'allez pas du tout aimer ça, je vous préviens… »

~o~

Lorsque Draco rentra de sa visite vers midi, il trouva Hermione assise à la table de la salle à manger, en pleine conversation Skype avec Ron. Des cris perçants d'enfants en bas âge lui parvenaient également par les haut-parleurs et Draco supposa que le rouquin devait être de passage chez Harry et Ginny. Hermione tourna la tête en l'entendant arriver et reporta brièvement son attention sur Ron.

« Je te laisse, on en reparle plus tard, d'accord ? »

« Pas de problème, à bientôt Hermione. »

La fenêtre de conversation se ferma et Hermione rabattit l'écran de son ordinateur portable. « Alors, comment c'était ? »

« Ils semblaient vraiment intéressés, ça change… », marmonna Draco en posant ses affaires sur une chaise. Toutefois, malgré la bonne nouvelle, il ne semblait pas ravi.

« Alors pourquoi tu fais cette tête ? », demanda Hermione, qui connaissait déjà la réponse.

« J'en sais rien… ça fait bizarre, c'est tout », répondit-il en se laissant tomber sur la chaise voisine. « Je suis toujours décidé à vendre, ce n'est pas le problème, c'est seulement… que ça devient concret et c'est… perturbant. »

« Il n'est pas trop tard pour faire machine arrière », tenta Hermione d'une voix apaisante.

Draco ne répondit pas et se contenta de l'embrasser sur le front. « De quoi tu parlais avec Patapon ? », demanda-t-il pour changer de sujet.

« Oh, tu sais… de trucs… », éluda-t-elle en haussant les épaules.

Draco la dévisagea un instant et émit un bruit à mi-chemin entre l'éclat de rire et le soupir désapprobateur. « Laisse-moi deviner, tu as raccompagné les gosses, tu t'es empressée de tout raconter à Rogue et en rentrant, tu as direct foncé sur Skype pour parler à Potter… Tu avais promis aux enfants de ne rien dire, je te rappelle. »

« Mais c'est pour leur bien ! », se défendit Hermione en roulant des yeux. « Plus il y a d'adultes au courant, mieux on pourra les protéger ! »

« Comment l'a pris ce bon vieux Severus ? Mal, je suppose… », reprit Draco en posant son menton dans sa main.

« Très mal : il était furax… » Hermione grimaça. « Apparemment, les organisateurs du Club auraient présenté leur projet sans nom particulier, simplement comme un club d'étude accompagnée ouvert à tous… »

« Oui, en même temps, ils n'allaient pas lui soumettre un projet estampillé 'Nous Sommes Des Gros Racistes, Rejoignez-Nous !' en haut de page », railla le blond en gloussant. Hermione lui assena une pichenette derrière l'oreille.

« Il a promis de surveiller de loin », continua la brunette en jouant nerveusement avec la fermeture éclair de sa veste de survêtement spéciale weekends. « Etrangement, il pense comme vous que punir les responsables maintenant ne ferait qu'aggraver les choses et qu'on n'a pas encore de motif suffisamment valable pour les renvoyer. »

« Hé, il n'est pas Directeur pour rien après tout, il en a dans la cervelle », ironisa Draco tandis qu'Hermione faisait la moue.

« Je continue de penser que c'est une mauvaise idée… », bougonna-t-elle. « Mais je dois avouer qu'à leur âge, j'aurais fait exactement la même chose. »

« Tu m'étonnes, à vous trois, vous avez démonté Poudlard pendant sept ans… », marmonna son fiancé avec une expression narquoise.

« Oh ça va… »

~o~

« C'est le moment… », souffla Bellatrix en prenant sa sœur par les épaules. « Comment tu te sens ? »

« Je suis terrifiée, je ne vais jamais y arriver », chuchota Narcissa avec une pointe de panique dans la voix.

Bellatrix roula des yeux et sortit de son corsage une baguette de bois simple, qu'elle fourra avec insistance dans la main de sa sœur. « J'étais censée voler la baguette de Lucius pendant le voyage, d'où sors-tu celle-ci ? », haleta-t-elle en s'empressant de la dissimuler dans une des manches de sa robe.

« Je me suis dit que Lucius serait trop prudent, même avec toi et qu'il ne te lâcherait pas une seule seconde jusqu'à votre arrivée au nouveau QG », répondit la brune en tournant la tête. Des bruits de pas approchaient dans leur direction. On venait certainement les chercher pour les transférer. « Ils arrivent », ajouta-t-elle inutilement.

« Tu n'as pas répondu à ma question : qui t'a donné cette baguette ? », insista Narcissa.

« Parkinson. »

Les yeux de la blonde s'agrandirent. « Et tu fais confiance à cette… cette… »

Bella ne sut jamais quel mot Narcissa aurait utilisé pour qualifier Pansy, car la porte de leur cellule s'ouvrit et elle se composa une expression détendue. Elle jeta un regard appuyé en direction de Narcissa pour l'inciter à faire de même, mais les yeux bleus de sa cadette étaient électrisés par l'angoisse. Par chance, ce n'était pas Rodolphus qui se tenait dans l'encadrement de la porte, mais Lucius et l'expression de Narcissa ne l'inquiéta pas. Il commençait à avoir l'habitude.

« On y va », dit-il sombrement en tendant une main en direction de sa femme. Bellatrix le contourna et sortit, à la recherche de Rodolphus. Ces derniers jours, elle s'était efforcée de se montrer plus intéressée par la cause des Héritiers, moins cassante envers son époux et plus cruelle lorsqu'ils abordaient le thème de leurs prochaines cibles. Cela semblait plaire à Rodolphus. Et à Parkinson, aussi. De temps en temps, elle captait un regard de connivence de la part de la jeune femme. Celle-ci n'était pas dupe, elle sentait que Bellatrix jouait un brin la comédie mais elle se taisait toujours, ce qui laissait croire qu'elle continuait de considérer Bella comme une alliée. L'aînée des Black avait l'impression de marcher sur une corde raide, avec le vide de chaque côté. Elle ne pouvait pas reculer, elle ne devait pas vaciller, ni trembler. Seulement avancer, en espérant arriver au bout de cette fichue corde sans tomber. Mais Narcissa n'était pas obligée de suivre son chemin. Elle avait toujours un parachute : son fils. Restait à le récupérer.

« Ah, ma femme », l'interpella Rodolphus. Elle lui adressa un sourire mauvais, de ceux qu'elle avait l'habitude d'adresser à tout être vivant qui croisait son chemin à une certaine époque. Cela sembla faire mouche et Rod parut satisfait. Il lui prit le bras, regardant en arrière pour vérifier que Lucius suivait avec sa propre épouse. Bellatrix l'imita et constata que Narcissa était pâle comme un linge et que son front se couvrait d'une fine pellicule de sueur. Ils vont finir par se douter de quelque chose, bon sang…

Rodolphus fronça le nez et Bellatrix se raidit. Mais il ne manifesta aucun autre signe d'agacement et se détourna. Narcissa avait un comportement problématique depuis son premier jour au hangar, il avait dû lui aussi s'y faire.

« Prêts ? », demanda joyeusement Lestrange en entraînant Bellatrix vers l'immense H qui recouvrait le mur principal.

Lucius le suivit en hochant la tête, raide comme un piquet et Narcissa se contenta de prendre une grande inspiration. Rodolphus toucha le H de sa baguette et murmura la formule. « Semitam Revelio ». La lettre s'illumina et Bellatrix eut tout juste le temps de se retourner pour jeter un dernier regard d'encouragement à sa sœur, avant de disparaître. L'instant d'après, elle se trouvait dans un petit lotissement rural désert, devant un grand H placé sur un transformateur électrique, mais Rodolphus ne lui laissa pas le temps d'identifier les lieux. Il transplana aussitôt, plusieurs fois, jusqu'à leur destination. Ils atterrirent sur un carrefour au beau milieu des champs. Interloquée, Bellatrix fit un tour sur elle-même pour découvrir les environs mais il n'y avait rien d'autre que des friches à perte de vue.

« Par ici », marmonna Rodolphus en la tirant de nouveau par le bras sans ménagement. Bellatrix suivit à petits pas, essayant par tous les moyens de trouver un indice qui lui permettrait de savoir où elle se trouvait. Mais pas un seul panneau à l'horizon, pas un seul bâtiment traditionnel pouvant identifier la région, rien d'autre que du terrain agricole pour seul paysage. Et une température plus froide, indiquant peut-être qu'ils étaient partis vers le Nord, mais cela faisait tellement longtemps que Bellatrix n'était pas sortie de ce fichu hangar que c'était peut-être tout simplement normal pour la saison. En d'autres termes, elle était totalement paumée.

Rodolphus l'entraîna à travers champs sur un petit sentier de cailloux bruns et jaunes qui ne semblait mener nulle part. Ils contournèrent un premier champ, puis deux, pour arriver enfin sur un terrain entièrement planté de hauts sapins. Ils s'engouffrèrent parmi les arbres. Leur feuillage était tellement dense que cela plongeait les lieux dans une pénombre sinistre, froide et humide. Bellatrix s'impatientait. Non seulement elle ne savait pas où elle était, mais en plus on l'enterrait au fin fond du trou du cul du monde. Elle ouvrait la bouche pour enfin poser une question lorsque Rodolphus s'arrêta devant une clairière. Au centre se tenait un chalet entièrement en bois vermoulu qui ne payait pas de mine. L'endroit tenait d'ailleurs plus de la cabane de chasseur que du quartier général d'un groupe terroriste.

« On est arrivés », déclara fièrement Rodolphus en écartant les bras.

Bellatrix tourna lentement la tête vers lui, le toisant avec un mépris et un agacement non dissimulés. « Une… cabane ? », articula-t-elle lentement en haussant un sourcil.

« Tu t'attendais à quoi, un hôtel cinq étoiles en plein milieu des bois ? », gronda Rodolphus d'un air mauvais. « Nous ne sommes que quatre à vivre cachés, les autres vont et viennent. Il fallait un endroit discret, un peu confortable et avec une grande pièce pour nous réunir. »

Bellatrix pinça les lèvres et observa de nouveau le chalet de ses yeux sombres.

« Je te préviens, s'il te prend l'envie à un moment d'allumer un feu de camp pour faire rôtir des marshmallows et qu'on se raconte en gloussant comment on a perdu nos virginités, je t'en supplie : tue-moi », débita Bellatrix avant de marcher à grands pas vers la maison. Rodolphus gloussa dans son dos.

« C'est noté », commenta-t-il en se mettant en mouvement à son tour.

Alors que Bellatrix avançait vers le centre de la clairière, la porte du chalet s'ouvrit et Pansy Parkinson accompagnée d'un des sbires de Rodolphus apparurent sur le seuil. Parkinson haussa légèrement son sourcil épilé à la perfection à l'attention de Bellatrix qui cligna des yeux rapidement. Elle lui confirmait ainsi silencieusement que Narcissa était bien en possession de la baguette clandestine et que le processus était lancé. Pansy se composa un sourire et se tourna vers Rodolphus, qui suivait de près son épouse.

« On n'attendait plus que vous », déclara-t-elle en croisant les bras. « Nous avons vérifié les sortilèges de protection, tout est prêt. »

« Parfait », fit Rodolphus avec un sourire ravi. Il se tourna de nouveau vers la forêt environnante. « Lucius et sa femme ne devraient pas tarder, ils sont partis juste après nous. »

Bellatrix se retint d'esquisser le moindre geste par peur de trahir son inquiétude et scruta elle aussi attentivement la masse des troncs et des hautes herbes. Derrière elle, Rodolphus entra dans une conversation quelconque avec Parkinson mais Bellatrix ne les écoutait pas. Les yeux rivés sur le chemin, elle s'attendait à tout moment à voir surgir Lucius, traînant derrière lui une Narcissa qui avait échoué dans sa fuite. L'angoisse lui serrait la gorge. Elles n'avaient pas le droit à l'erreur. Si tout se passait bien et que Narcissa suivait les instructions, elle transplanerait plusieurs fois jusqu'à une destination lointaine, attendrait au moins quarante-huit heures au calme puis irait retrouver son fils. Avec un peu de chance, elle parviendrait à le contacter sans se faire repérer. Perdue dans ses pensées, elle se dirigea lentement vers l'intérieur du chalet pour en faire le tour du propriétaire. L'endroit n'était pas bien grand : une pièce à vivre suffisamment spacieuse pour y loger tout le monde debout lors des réunions, une salle d'eau sommaire, deux chambres poussiéreuses. Un feu, sûrement allumé par Pansy et son compagnon, ronflait dans la cheminée principale et Bella se frictionna vivement les bras pour se débarrasser des désagréables frissons qui ne cessaient de la parcourir depuis leur arrivée au milieu des champs. Ayant terminé sa visite, elle ressortit sur le porche. A peine avait-elle mis un pied hors de la maison que son regard croisa les yeux fous de rage de Lucius Malfoy. Celui-ci avançait vers le chalet à grands pas, tandis que Rodolphus lui demandait pourquoi il était seul.

Pour toute réponse, Lucius fondit sur Bellatrix, saisissant la sorcière à la gorge pour la serrer de toutes ses forces.

« Où est-elle ? Je sais que tu es au courant, vieille carne, dis-moi où elle est partie ! », beugla Lucius, le visage rouge de colère et … de sang.

Alors que les doigts de Lucius crispés sur ses voies respiratoires la faisaient suffoquer, Bellatrix remarqua que de longues balafres ornaient à présent la joue de son beau-frère. Il avait dû essayer d'empêcher Narcissa de fuir mais elle semblait l'avoir griffé sur toute la longueur de la joue dans la bagarre. Bien fait…, fit une petite voix dans le cerveau de Bellatrix. Mais son cerveau ne put pas produire beaucoup plus de pensées : la pression des doigts de Lucius ne diminuait pas et ses poumons commençaient à la brûler. Quand soudain tout disparut. L'air entra de nouveau dans sa poitrine et elle se mit à tousser violemment, titubant en arrière pour finir par tomber sur l'herbe humide. Lucius, quant à lui, était étendu immobile sur le sol et Rodolphus se tenait au-dessus de lui, baguette brandie. Il la regardait.

« Putain, tu m'expliques ? », aboya-t-il à l'attention de sa femme, qui haussa les épaules, toujours trop occupée à tenter de reprendre sa respiration.

Elle vit Pansy s'avancer avec une expression inquiète, créée de toute pièce. Du grand art. « Je crois que Narcissa a trouvé le moyen de fuir », dit-elle en secouant la tête, les yeux rivés sur le corps inerte de Lucius sous ses pieds.

« Merde ! », aboya Rodolphus en donnant un coup de pied dans une motte de terre. A cet instant, Pansy tourna la tête vers sa complice, la respiration toujours sifflante, et une étincelle passa dans les yeux de la jeune femme. Il était temps à présent de lever le rideau et de découvrir si Bellatrix Black savait elle aussi jouer la comédie.

« C'était à prévoir », fit sombrement Bellatrix d'une voix éraillée. « Narcissa ne vous aurait jamais rejoints. Tout ce qu'elle voulait, c'était retrouver son fils. »

« Ah parce qu'elle t'en a parlé, en plus ? », beugla son époux, furieux. « Pourquoi ne m'as-tu pas prévenu, femme inutile ? »

Les prunelles brunes de Pansy se tournèrent vivement vers Rodolphus pour le fusiller brièvement du regard avant de reprendre leur neutralité habituelle.

« Je ne pensais pas qu'elle passerait à l'acte ! Sans baguette, entourée de sorciers et effondrée comme elle était… », se défendit Bellatrix, qui reprenait peu à peu son souffle et son aplomb. « J'étais plus occupée à me remettre moi-même dans le bain, vois-tu, mon cher époux ? Je n'avais aucune envie d'écouter ses jérémiades… »

« Voulez-vous que je parte à sa recherche ? », demanda Pansy en se tournant vers son mentor. « Narcissa va certainement se cacher dans un premier temps mais elle voudra contacter son fils, sans aucun doute. Elle fera une erreur et je la repèrerai. Tôt ou tard. »

Rodolphus se passa nerveusement une main sur les lèvres et hocha la tête. Après un bref regard en direction de Bellatrix, Pansy se détourna et repartit dans les bois jusqu'à atteindre l'endroit d'où elle pourrait transplaner. Bella se retint de pousser un soupir de soulagement. Pour le moment, tout se déroulait comme prévu. Pansy n'avait bien entendu aucunement l'intention de traquer Narcissa. Il fallait simplement que Rodolphus pense qu'elle était à sa recherche. Ni plus ni moins. Pour éviter que d'autres sbires ne soient lancés à ses trousses.

Lestrange considéra un instant le corps inanimé de Lucius, puis observa sa femme longuement. « Il t'a fait mal ? », demanda-t-il sur un ton étrange.

« Depuis quand tu t'en soucies ? », rétorqua Bellatrix avec hargne.

« Le seul qui a le droit de te blesser ici, c'est moi », gronda Rodolphus, sur le même ton.

Bellatrix plissa les yeux et secoua la tête avec une expression méprisante. « Réveille-le, il faut qu'il nous dise ce qu'il s'est passé. » Elle se remit debout et ajouta en maugréant : « Et empêche-le de me sauter de nouveau à la gorge, sinon je lui arrache la sienne. »

~o~

C'est la tête légèrement dans le gaz, après ce weekend mouvementé et des nuits entières passées à gamberger sur les récents événements, qu'Hermione arriva finalement dans sa classe le lundi matin. Deux heures de cours avec les Serdaigle de cinquième année, deux heures avec des Serpentard de quatrième… Heureusement, elle avait prévu des contrôles de connaissances et non de la pratique, ce qui lui avait permis de continuer discrètement à somnoler pendant que les dizaines de plumes grattaient doucement contre le parchemin, produisant un son agréablement familier qui la berçait. Toutefois, sa somnolence avait été à maintes reprises perturbée par un bruit suspect provenant de l'une des armoires d'équipements placée dans un coin de la salle. Le meuble vibrait et quelque chose cognait de temps à autre sur la porte depuis l'intérieur. Les élèves aussi l'avaient remarqué et quelques-uns gloussèrent. Il s'agissait certainement d'un épouvantard enfermé là en guise de blague d'Halloween à retardement… Elle s'en occuperait lors de la pause déjeuner. Même si elle n'avait pas rencontré d'épouvantard depuis plus de quinze ans, le Riddikulus était l'un des sortilèges élémentaires qu'elle avait appris à maîtriser dès son plus jeune âge. Elle s'en débarrasserait les doigts dans le nez.

Enfin vers midi, les Serpentard lui remirent leurs copies et la saluèrent avant de quitter progressivement la salle de classe. Une fois seule, Hermione se dirigea, baguette en main, vers l'armoire piégée. Celle-ci vibra un peu plus fort à son approche : l'épouvantard devait la sentir arriver.

D'un coup de baguette, elle ouvrit la porte de l'armoire et en vit sortir un brouillard gris qui approcha lentement d'elle. C'était bien un épouvantard, pas encore matérialisé cependant. Hermione leva le bras et pointa sa baguette sur la chose qui commençait à prendre forme. Elle allait s'exclamer « Riddikulus » lorsque la formule mourut dans sa gorge. Les yeux ronds, elle dévisagea la silhouette qui se tenait désormais en face d'elle.

Par Merlin, j'aurais dû m'y attendre…

Devant elle, se tenait à présent une version plus jeune de Théodore Nott. Adolescent. Une lueur sadique agitait ses prunelles aussi sombres que l'Enfer et la ceinture de son pantalon pendait de chaque côté de ses hanches, ouverte. Il approchait. A pas lents, mesurés, tel un félin s'apprêtant à fondre sur sa proie.

« Riddikulus », grinça Hermione, mais l'adolescent se contenta de ricaner comme si la formule avait eu autant d'effet sur lui qu'un peu de pluie. Il avançait toujours et l'épouvantard se solidifiait de plus en plus, perdant de sa transparence pour devenir toujours plus réaliste.

« Tu n'es pas réel, tire-toi de ma classe… Riddikulus ! », cracha Hermione un peu plus fort cette fois. Elle était déterminée. Certes, elle s'était laissée décontenancer par cette apparition inattendue, mais elle reprenait son aplomb à présent.

Alors pourquoi est-ce que ça ne fonctionne pas ?, paniqua-t-elle intérieurement en voyant l'épouvantard-Théo se rapprocher encore. L'apparition fit un geste vers sa braguette et Hermione se rappela de ce geste comme si elle l'avait vu la veille. Furieuse, elle referma l'espace qui demeurait entre elle et l'épouvantard, et pointant sa baguette directement sur lui, beugla :

« Riddik- » Elle n'alla pas plus loin. Interloquée, elle regarda le bras de l'épouvantard qui s'était redressé vivement pour venir refermer sa main autour de sa gorge. Cela n'avait rien de normal. Les épouvantards ne peuvent pas nous toucher. Encore moins nous blesser…, pensa-t-elle en posant par réflexe la main sur le bras de son agresseur. Elle pouvait aussi le toucher. Décidément, cet épouvantard n'avait rien d'habituel.

Allez, viens par-là, susurra la chose en resserrant sa poigne sur Hermione. Celle-ci sut aussitôt ce qu'il allait dire ensuite. Elle n'avait jamais oublié ce moment. Pas de raison que Weasley soit le seul à pouvoir y goûter.

Elle s'apprêtait à pousser un cri de rage, lorsqu'elle sentit soudain qu'on la tirait violemment en arrière. Perdant l'équilibre, elle trébucha et s'effondra parmi les bancs et les pupitres, l'un d'entre eux s'enfonçant douloureusement entre ses côtes. Lorsqu'elle releva le nez du sol, elle découvrit avec stupeur que son sauveur n'était autre que la version actuelle du Théodore-épouvantard. Nott dévisageait avec un calme olympien sa propre image rajeunie et Hermione mit quelques secondes à comprendre que quelque chose n'allait pas. Normalement, l'épouvantard devrait changer…, réalisa-t-elle en se relevant péniblement. C'est alors qu'elle le vit : l'épouvantard avait changé. Le teint du jeune Théodore était devenu grisâtre, son visage décharné et vide d'expression tourné sur celui du Théodore actuel. Hermione n'en était pas certaine, mais elle avait l'impression que du nez et du menton de l'épouvantard s'échappait un sang épais, sa couleur vermillon contrastant fortement avec la pâleur du reste du visage. Il a peur de lui-même ? Je ne comprends pas…

Mais avant qu'elle ait pu trouver une réponse à son interrogation silencieuse, Théodore leva une main à hauteur du visage de son double et claqua simplement des doigts. En une seconde, l'épouvantard fut réduit à néant. Il s'en était débarrassé avec une facilité si déconcertante que cela vexa quelque peu Hermione, qui en oublia même de le remercier. Certes les pouvoirs de Théodore relevaient exclusivement de la magie noire et ce qu'il avait fait pour les obtenir était tout bonnement monstrueux… mais c'était toujours rageant de le voir surpasser avec tant de facilité les sortilèges les plus puissants.

« Qu'est-ce que tu fiches ici, Théodore ? », cracha-t-elle en plaquant la main sur son flanc douloureux.

Celui-ci se retourna avec un sourire narquois et la détailla des pieds à la tête. « Quel accueil ! Alors que je viens tout juste de te tirer d'un mauvais pas… », commenta-t-il en haussant les épaules. Avant d'ajouter en désignant l'armoire du doigt : « Cet épouvantard n'était absolument pas normal, tu devrais faire la liste de tes ennemis : il y en a manifestement un qui voulait te coller une grosse frousse. »

« Cette liste est déjà faite et tu es en première place », rétorqua Hermione en rangeant d'un geste vif les pupitres et les bancs déplacés dans sa chute. « Si tu veux voir Elias, il doit être dans la Grande Salle pour le déjeuner. »

« Je l'ai croisé », avoua Théo en hochant la tête. « Je lui ai dit de me rejoindre ici quand il aura fini de manger. Mais c'est toi que je suis venu voir, j'ai à te parler. »

« Qui te dit que j'ai envie d'écouter ? », railla la brunette en se dirigeant vers la porte de la classe restée ouverte. Elle l'entendit dans son dos claquer à nouveau des doigts et ses pieds se soulevèrent du sol pour refaire en sens inverse le chemin déjà parcouru.

« Reste là », s'amusa Théodore, tandis qu'elle le fusillait du regard. « La prochaine fois que tu essaies de t'enfuir, je mure la sortie, compris ? »

Hermione poussa un soupir exaspéré mais ne répondit pas, ne voulant pas risquer de voir la précieuse issue disparaître au profit d'un mur infranchissable. Elle se planta donc devant lui, les bras croisés, et haussa un sourcil en attendant qu'il parle. Mais rien ne venait. L'expression de Théodore s'était soudainement durcie et il semblait chercher ses mots, comme s'il ne savait pas par où commencer.

« Je pense qu'il est temps que tu saches pourquoi je suis revenu en Angleterre », lâcha-t-il tandis qu'Hermione décroisait les bras, décontenancée. Elle devait avouer que son entrée en matière l'intriguait et l'angoissait en même temps. Qu'allait-il bien pouvoir lui annoncer ?

« Tu veux dire, à part pour refaire de ma vie un Enfer ? », ironisa-t-elle avec un rictus narquois.

Sa « plaisanterie » détendit quelque peu Théodore, qui sourit et opina du chef. « En vérité, j'ai un service à te demander… », reprit-il tandis qu'Hermione grommelait un « Ça m'aurait étonné », dans sa barbe. « Te souviens-tu du grimoire magique que j'utilisais pour décupler mes pouvoirs ? Tu t'en es servie également », précisa-t-il pour qu'elle sache parfaitement de quel grimoire il parlait.

« Comment l'oublier ? C'est à cause de ce bouquin que tu es devenu cinglé. »

Il leva les yeux au ciel, choisissant d'ignorer la remarque. Rien ne servait de s'énerver contre elle avant la fin des explications : s'il voulait qu'elle accepte de l'aider, il devait se montrer diplomate et compréhensif jusqu'au bout.

« Est-ce que tu te rappelles quelles étaient les conditions du … lien qu'il y avait entre nous ? », demanda-t-il sans pouvoir s'empêcher de venir effleurer sa joue en évoquant cet épisode de leurs vies. Elle recula vivement et détourna les yeux.

« De la très vieille magie, scellée dans le sang… », souffla Hermione. « Le rituel prévoyait des pouvoirs illimités à celui qui s'unissait au grimoire et à la partenaire de son choix, en établissant entre eux trois un lien psychique et physique. Le livre nous fournissait en magie et nous, on fournissait le livre en force vitale. Enfin, je crois… »

« C'est un peu simplifié mais, oui sommairement c'est ça… », soupira Théodore en s'asseyant sur un des pupitres. « Et tu sais quel était ton rôle ? »

Hermione pinça les lèvres et le défia du regard. « Ta poupée gonflable ? Ton pantin pervers ? »

« L'équilibre des forces », corrigea Théodore en riant néanmoins à ce qu'il devait certainement considérer comme une excellente blague. Hermione grimaça de dégoût. « L'afflux de magie apporté par le grimoire était trop puissant pour une seule personne, même pour un être exceptionnel tel que moi », ajouta-t-il en faisant un clin d'œil à la jeune femme. Hermione resta de marbre. « Bref… deux personnes unies par le sang et par le grimoire, une connexion vitale pour que les énergies se répartissent en chacun et forment un équilibre parfait. »

Il se tut et Hermione le dévisagea avec méfiance. « Mais ce lien… tu l'as brisé, n'est-ce pas ? », s'enquit-elle en fronçant les sourcils. « Quelques mois après ta fuite, je l'ai senti… tu es entré dans ma tête et tu m'as-

« Dit adieu, oui », souffla Théodore comme si ces mots étaient les plus douloureux qu'il ait jamais prononcés. « Et à ce moment-là, je croyais réellement que je ne te reverrais plus jamais. De toute ma vie. »

Il y eut un silence gênant pendant lequel Hermione sentit les iris noirs de Théodore la transpercer de part en part. Le jeune homme se penchait également sur elle, très lentement, presque imperceptiblement, comme si son corps tout entier mourrait d'envie de la toucher, de se l'approprier encore. Ce qui étonna Hermione, ce fut le self control dont Théodore fit preuve malgré tout. Ses doigts serraient le pupitre sur lequel il était assis et s'y accrochaient comme à une bouée de sauvetage. S'il lâchait le bureau, Hermione ne doutait pas un seul instant qu'il serait sur elle en une seconde.

« Donc si je comprends bien, tu as brisé le lien et l'équilibre, alors… comment se fait-il que tu aies encore tous ces pouvoirs ? Après tout ce temps ? Alors que j'ai senti les rares que j'avais acquis à l'époque décliner dans les semaines qui ont suivi ? », le questionna-t-elle en secouant la tête.

« J'ai passé le pacte avec ce grimoire, pas toi… la magie de sang ne se brise pas aussi facilement », continua-t-il sans la quitter des yeux. « Je suis toujours lié au livre. »

« Mais je croyais que l'équilibre- », commença-t-elle, avant d'être brusquement interrompue par Théodore lui-même.

« Je suis malade, Hermione », lâcha-t-il gravement, en guettant sa réaction. « Depuis que je t'ai libérée il y a onze ans, le livre prend l'intégralité de ses forces sur moi. Et dernièrement, le trop-plein de magie… est en train de me ronger vivant. »

La jeune femme ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Le cœur de Théodore se mit à battre étonnamment fort à l'idée qu'elle puisse être choquée et peinée de le savoir à l'agonie, mais en vérité Hermione faisait simplement l'addition dans sa tête. L'épouvantard… le teint gris et l'expression vide… le sang… Il n'a pas peur de lui-même, il a peur de… mourir ? Elle le dévisagea avec stupeur et vit qu'il n'interprétait pas du tout son expression scandalisée de la bonne manière. Il fit un geste pour l'attirer contre lui mais avant qu'il ait eu le temps de réussir, elle recula de trois pas et se mit à scander « non, non, non, non, non » en secouant la tête.

« Hermione-

« NON ! », hurla-t-elle en tendant un index dans sa direction. Théodore se figea : elle semblait furieuse. Quelque chose n'allait pas. Elle ne réagissait pas comme il l'avait espéré. « Tu n'as pas le droit, je te l'interdis », acheva-t-elle en reculant encore.

« Tu ne comprends pas, je-

« OH QUE SI je comprends ! », fit-elle avec une pointe d'hystérie dans la voix. « Tu vas me demander de réactiver le lien pour rétablir l'équilibre et te guérir, je me trompe ? » Théodore ouvrit la bouche pour répondre mais elle ne lui en laissa pas le temps. « La ferme ! Tu n'as pas le droit de me demander ça ! Quel genre de monstre es-tu pour venir me quémander une chose pareille ?! »

Monstre ?, s'offusqua intérieurement Théodore en fronçant les sourcils. Il lui demandait son aide, il lui demandait même la permission, pour une fois ! Que voulait-elle de plus, à la fin ?

« Hermione, je suis en train de mourir, tu ne peux pas-

Là-dessus, la jeune femme éclata d'un rire sardonique que Théo n'avait jamais entendu dans sa bouche. Elle commençait à l'agacer prodigieusement. Il s'était ouvert à elle, avait exposé ses plus intimes et secrètes faiblesses dans l'espoir d'obtenir de l'aide… et elle se moquait de lui ? Il serra les poings, tentant de garder le contrôle de son tempérament, tandis qu'Hermione, implacablement, riait toujours à gorge déployée.

« Je ne peux pas ? », demanda-t-elle enfin, une expression mauvaise sur ses traits. « Bien sûr que je peux. Je vais te regarder crever à petit feu et je vais prendre… un pied… monumental », siffla-t-elle, les yeux lançant des éclairs. La respiration de Théo s'accéléra. Si elle continuait à parler de la sorte, il ne répondrait plus de lui.

Vas-y, lâche-toi, cette garce le mérite… Regarde comment elle te traite…

« Je te rappelle que nous avons un fils, maintenant… si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour lui », gronda le jeune PDG en se redressant. Ses doigts touchaient à peine la surface du pupitre à présent, mais Hermione ne l'avait même pas remarqué. Douze années de frustration et de colère rentrée explosaient enfin librement et plus rien d'autre n'avait d'importance. Elle avait sa revanche.

« TU as fait un fils tout seul et TU me l'as imposé ! », aboya-t-elle en enfonçant son index dans le torse du jeune homme. « Qu'est-ce que tu croyais en te pointant avec lui ici ? Que j'allais fondre comme du beurre au soleil à la vue d'Elias, simplement en sachant qu'il porte mon ADN ? Et fermer les yeux sur tout ce que tu m'as fait subir ? Tu ne comprends vraiment rien à rien. »

« Ose me dire que tu ne t'es pas attachée à lui », gronda Théodore en lâchant cette fois complètement le bureau pour toiser Hermione de toute sa hauteur.

« L'attachement que j'ai pour Elias n'a rien à voir avec toi et si tu veux tout savoir… j'ai pitié de ce pauvre gamin. Pour avoir grandi aux côtés d'un monstre sans cœur tel que toi. » Elle secoua la tête, dégoûtée. « Ton aide, tu peux te la mettre où je pense. Mon corps et mon esprit m'appartiennent, plus jamais tu ne toucheras à l'un comme à l'autre. »

Croisant le regard de Théo, elle vit que quelque chose y avait changé. La fureur qui faisait briller ses iris était telle que le reste de la pièce autour d'eux semblait assombri. Hermione comprit alors, mais trop tard, qu'elle avait réveillé quelque chose. Quelque chose de beaucoup plus dangereux et vil que tout ce qu'elle avait connu auparavant.

Même le Théodore de ses souvenirs dans les cachots des Malfoys ne tenait pas la comparaison.

« Espèce de petite pute… », siffla le brun en faisant un pas dans sa direction. « Tu n'as donc rien appris pendant toutes ces années ? »

Soudain terrorisée, Hermione pointa sa baguette dans sa direction et lui lança un sort d'immobilité que Théodore absorba à l'intérieur de lui-même sans sourciller. Oh Merlin… La main de Théodore s'avança et la saisit par le col de sa blouse pour l'attirer contre lui. Leurs nez se touchaient presque et Hermione put sentir la chaleur étouffante qui irradiait du corps du jeune homme. Il était fiévreux, mais sa colère dépassait toutes les limites et il ne devait même pas s'en apercevoir.

« Tu es à moi. Peu importe que Draco ait pu t'emprunter pendant quelque temps, tu seras toujours ma propriété et je ne te laisserai pas me condamner à mort », feula-t-il en serrant de l'autre main la tignasse brune de sa victime pour maintenir leurs visages l'un contre l'autre. « Tu sais, parfois je me dis que tu n'es vraiment qu'une sale pimbêche prétentieuse qui mérite tout ce que je t'ai fait endurer. A Poudlard, il n'y en n'avait que pour tes petits Gryffondors chéris… Il a fallu que je te torture, que je te prenne, pour que tu accordes un semblant d'attention au reste du monde. Avec toi, la douceur n'a jamais fonctionné. Tu aimes la violence, le risque, le danger, voilà pourquoi tu as toujours suivi Potter dans ses stupides aventures. Tu aimes ça. »

En parlant, il serrait et agitait plus fort les cheveux d'Hermione, dont le cuir chevelu malmené faisait souffrir le martyre. Pendant son discours, elle avait tenté tout un tas de sortilèges informulés pour se défaire de l'emprise de Théo et ils fonctionnaient tous, du moins elle sentait la magie quitter son corps pour atteindre sa cible. Mais Théo les absorbait tous sans en ressentir le moindre effet, tel un trou noir à forme humaine. Merlin, elle ne savait même pas s'il sentait qu'elle les lui jetait !

La main qui tenait ses cheveux disparut pour venir rejoindre la première au niveau de son col. D'un geste vif, il écarta les deux pans de la blouse qui se déchira, faisant tomber une pluie de boutons sur le sol et découvrant les seins d'Hermione, engoncés dans son soutien-gorge. La peur lui donnait la chair de poule, une vision qui sembla plaire au brun.

« C'est terminé, les conneries », reprit Théo en caressant les hanches nues d'Hermione. « J'ai essayé d'être gentil, ça ne marche pas. Voyons-voir si les bonnes vieilles méthodes sont toujours aussi efficaces. » Il la plaqua contre un pupitre et passa ses mains sous les genoux de la jeune femme pour relever ses jambes et les placer de chaque côté de ses propres hanches.

Hermione se débattit, et la magie étant totalement inutile, tenta de le frapper, de le griffer, en vain. « Je t'interdis de recommencer, Théo », cracha-t-elle, le désespoir faisant trembler sa voix. « Viole-moi encore une fois et je te jure que je te tuerai. »

La bouche de Théo s'ouvrit pour lui répondre mais un bruit étrange, un bruit mat d'objet tombant sur le sol, brisa le silence derrière eux. Théodore se retourna, surpris et prêt à neutraliser l'intrus d'un sortilège, mais se figea. Haletante, Hermione tourna elle aussi la tête en direction de son improbable sauveur pour lui crier de fuir et d'appeler à l'aide, avant de comprendre pourquoi son agresseur s'était tétanisé.

Elias les dévisageait, un petit tas de muffins et de beignets renversés à ses pieds, les yeux grand ouverts et les lèvres tremblantes. Papa lui avait demandé de le rejoindre après manger mais il s'était dit qu'il leur porterait quelques pâtisseries en guise de dessert. Ils auraient pu les manger tous ensemble en parlant de tout et de rien. Ils auraient pu passer enfin un véritable moment tous les trois. Ils auraient pu…

Le regard qu'Elias adressait à son père était pétri d'horreur, de dégoût, de tristesse, de peur aussi… Mais surtout, c'était le sentiment de trahison qui y dominait. Qui était cet homme caché sous les traits du père ? Comment avait-il pu cacher à son fils la vérité et sa nature réelle pendant toutes ces années ? A fortiori lorsque cette nature était aussi abjecte et violente. Et sale. Une chose était sûre : cette bête qui se tenait à présent devant lui, prête à faire du mal à la femme qu'Elias admirait et aimait peut-être le plus au monde, ce n'était pas son père. C'était autre chose. C'était Théodore Nott. Celui dont les amis de maman n'aimaient pas parler. Celui dont le simple nom faisait grimacer et assombrissait les regards. Celui que l'on n'évoquait qu'à voix basse et brièvement.

« Elias… »

La voix de Théodore brisa le silence tendu qui était tombé comme une chape de plomb sur la salle de classe. Elle sortit l'enfant de sa stupeur et il sursauta, alors que des larmes commençaient à lui piquer les yeux. Théo s'était laissé emporter par sa fureur. Oubliant que son fils pouvait débouler d'une minute à l'autre, oubliant qu'il pourrait le voir, l'entendre. Il avait perdu le contrôle et à voir l'expression de son fils, il comprit que ce ne serait pas la seule chose qu'il perdrait aujourd'hui.

Hermione sentit le poids du corps de Théodore s'évanouir progressivement alors qu'il s'écartait d'elle, les yeux rivés sur son fils. Toute la colère, toute la violence qui l'habitait encore quelques secondes plus tôt avait disparu pour laisser place à la panique. L'idée que son fils ait pu le voir alors qu'il laissait sa vraie nature reprendre le dessus sur le comportement maîtrisé et irréprochable qu'il adoptait en temps normal semblait le paralyser totalement. Il ne disait plus rien, ne bougeait plus. Seule sa poitrine se soulevait et s'abaissait rapidement, au rythme de sa respiration saccadée.

« Elias… »

Cette fois, à la mention de son nom, le gamin tourna les talons et détala de toute la force de ses petites jambes dans les couloirs du château. Théodore resta planté dans la salle, la bouche ouverte et les mains tremblantes. Encore un peu sous le choc, Hermione répara sa chemise d'un coup de baguette, la rajusta et se lança à la poursuite d'Elias. En passant le seuil de la classe, elle s'arrêta et se retourna une dernière fois vers son bourreau, qui n'avait toujours pas remué d'un pouce.

« Félicitations, tu viens de te faire détester de la seule personne pour qui tu comptais encore », cracha-t-elle avant de partir sur les traces de son élève.

A plusieurs corridors de là, Elias fut forcé de s'arrêter. Ses jambes tremblaient de plus en plus. Il avait la nausée et sa vue se brouillait à cause des larmes qui avaient sournoisement pris leur place devant ses iris. Il avait le souffle court d'avoir tant couru et il avait un point de côté. Quelque part dans le château, il entendit Hermione l'appeler parmi le brouhaha des élèves qui se rendaient ou sortaient de la pause déjeuner et cela l'incita à se remettre en mouvement. Si elle était dans les couloirs à sa recherche, alors cela signifiait que son père l'avait laissée partir saine et sauve. Il n'avait pas besoin d'en savoir plus et se remit à trotter jusqu'à ce que ses pas le ramènent au couloir dans lequel trônait la statue de la sorcière borgne. Fuir. Disparaître. Loin de son père et de sa mère. Loin de la trahison de l'un et des mensonges ou des non-dits de l'autre. Sans réfléchir une seule seconde de plus, il actionna le passage comme il avait vu Victoire le faire à peine deux jours plus tôt et disparut à l'intérieur.

~o~

Un gargouillis sonore se fit entendre quelque part dans la pièce et Draco leva le nez des dossiers qu'il était en train de remplir : les amis des parents de Blaise avaient appelé dans la matinée pour faire une offre (ridiculement basse) sur le Manoir. A peine un million de Gallions alors que Draco en demandait au moins un million et demi. Derrière son bureau de l'agence Sorc'immo, Blaise se pencha en arrière dans son fauteuil et frotta son ventre affamé.

« J'ai envie d'un hamburger », se plaignit le métis en prenant appui sur ses pieds pour faire tourner le fauteuil sur son axe rotatif. « Non. Mon estomac réclame un hamburger. Avec un gros tas de frites à côté. Et du ketchup. Beaucoup de ketchup. »

« C'est tout ? », ironisa le blond en remplissant une dernière ligne avant de reboucher son stylo plume hors de prix offert par sa mère pour ses vingt ans.

« Non, je prendrai un énorme beignet au chocolat pour finir », reprit Blaise avec un sourire ravi.

« Blaisounet, as-tu déjà entendu parler de ce nouveau concept assez effarant mais excellent pour la santé qu'on appelle communément : la nourriture saine ? », reprit Draco en étirant ses bras et ses jambes engourdis par toute une matinée d'immobilité.

« Non ça ne me dit rien… », s'amusa son ami avant de faire semblant de réfléchir. « Attends. La Seine, ce n'est pas un fleuve quelque part en France ? » Draco éclata de rire et Blaise reprit : « Plus sérieusement, je mangerai sain quand je trouverai une nana qui me préparera de bons petits plats, de préférence différents tous les jours et épicés comme j'aime. » Il cessa soudain de sourire et pointa un doigt en direction de Draco. « Ne dis pas à Hermione que j'ai dit ça, elle m'attacherait à un arbre pour me frapper avec l'Histoire de Poudlard version longue. »

« Promis », s'esclaffa Draco avant de saisir son téléphone portable qui vibrait sur son bureau. Le nom d'Hermione s'affichait sur l'écran et il fronça les sourcils. « Salut, tout va bien ? », demanda-t-il directement en décrochant. La seconde d'hésitation qui s'écoula avant qu'Hermione ne lui réponde fut plus éloquente que n'importe quels mots.

« Pas vraiment… », fit-elle sur un ton qui trahissait son inquiétude. « Ecoute, je ne peux pas rester très longtemps au téléphone mais pour résumer, Elias… a entendu quelque chose qu'il n'aurait pas dû entendre et il s'est enfui. Je le cherche depuis près de vingt minutes dans tout le château mais il est introuvable. Je suis certaine qu'il a dû quitter l'école mais là j'ai cours et… je ne peux pas quitter mon poste. Si tu pouvais aller jeter un œil à Pré-au-Lard et me tenir au courant… »

Elle se tut, reprenant une longue inspiration après son monologue.

« Mais toi, tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? », demanda Draco, tandis que Blaise regardait son ami et collègue avec une certaine inquiétude.

Hermione expira dans le combiné et le blond sentit qu'il devait lui coûter toute la force de son petit corps pour prononcer les mots suivants. « Oui, je vais bien. Ça aurait pu être pire. Je… je ne peux pas parler de ça maintenant, on verra ce soir… juste… trouve-le, OK ? »

Draco acquiesça et raccrocha, se levant aussitôt de son fauteuil pour enfiler sa veste.

« Hermione va bien ? », s'enquit le métis en haussant un sourcil.

« J'en sais rien », avoua sombrement Draco. « Le gamin de Nott a disparu, Hermione a l'air de penser qu'il aurait appris quelque chose… Bref, je vais le chercher. Désolé, mais le burger va devoir attendre. »

« Pas de problème », marmonna Blaise en le suivant des yeux, direction la sortie. Draco passa le seuil et transplana aussitôt. A peine avait-il disparu que Blaise saisit son propre téléphone pour composer le numéro d'Hermione. Elle décrocha quasi-instantanément.

« Bon, il est parti. Qu'est-ce que Théo a encore fait ? », gronda-t-il en entendant Hermione soupirer au bout du fil.

« Ne dis rien à Draco si tu le revois dans la journée, je lui en parlerai moi-même, d'accord ? »

« Compris. Alors ? »

Nouveau soupir de la jeune femme. « Théo a débarqué dans ma classe. Il voulait rétablir le lien entre nous. J'ai refusé, bien sûr, et il est devenu… violent. Comme avant, si tu préfères. »

« Et Elias, dans tout ça ? », demanda Blaise qui avait peur de comprendre la suite.

« Quand il est arrivé à la porte de la salle, Théo venait d'arracher mon chemisier et moi, je lui hurlais que je le tuerais si jamais il me violait de nouveau. »

Blaise souffla tout l'air qui se trouvait dans ses poumons. « Par Merlin, Draco va le buter cet enfoiré. »

« Non ! » La voix d'Hermione était ferme et dure. « Théodore finira par avoir ce qu'il mérite, je te le garantis, mais je refuse que Draco aille en prison ou soit tué par sa faute. »

« Si tu le dis », marmonna Blaise, peu convaincu.

« Bon, écoute… je dois te laisser, les cours vont reprendre. Et laisse-moi gérer ça », acheva-t-elle sur un ton qui relevait plus de la supplique que d'un ordre.

Blaise raccrocha et posa lentement son téléphone sur son bureau. Il ferma les yeux et soupira longuement dans le silence de la petite agence. Draco paumé, Hermione à bout de nerfs, Théo qui tirait les ficelles et les soumettait comme de vulgaires pantins… C'était insupportable à regarder, comme de voir un accident mortel se répéter en boucle sans qu'on puisse faire quoi que ce soit pour l'éviter. Une sensation étrange naissait au creux de l'estomac du métis et ce n'était pas la faim.

Plutôt un air de déjà-vu.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Et voilà c'est terminé pour aujourd'hui ! Un looong chapitre pour vous récompenser d'avoir patienté deux semaines ! J'espère que vous l'avez aimé ! En tous cas, pour moi c'était un chapitre qui me tenait beaucoup à cœur puisque… c'était l'une des toutes premières scènes que j'ai imaginées avant même de mettre au point l'intrigue complète de cette histoire et d'en commencer la rédaction en septembre dernier ! Donc ça faisait un sacré bout de temps qu'elle trottait dans ma tête et c'est une grosse étape de passée, je suis presque nostalgique, ahah. J'espère que vous avez toutes bien compris ce qui n'allait pas chez Théo, malgré la longue période qui s'est écoulée entre la fin de Rise (avec le grimoire magique) et ces révélations !

N'hésitez pas à venir me faire part de vos réactions, surtout qu'il s'agissait de la plus grosse révélation de toute la fiction (je stresse un peu, voyez) !

En attendant la suite, je vous fais de gros bisous et à lundi prochain !

Xérès