Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Encore un chapitre relativement long cette semaine, mais riche en émotions ^^ J'espère que vous aimerez ! En tous cas, j'ai été ravie de lire vos réactions (parfois assez véhémentes) sur le chapitre précédent, vous m'avez fait beaucoup rire ! Bonne lecture et à tout à l'heure pour les reviews )

Merci à tous mes nouveaux followers (gooday2408, MissPika42, Marie901, sarahblue1, LoveFeltson, Someone of somewhere, kaaroo, Bombshellgirl) et à lea moncelraczkiewicz, Drasha, Marion, PouleauPotter, MissDraymione, miss damdam, Eliane Gil, Eanna Elendil, Folpi, Acide'nette, Cécile, Lily-Sisi, Gouline971, ellexa, Aufrey917000, Loulou, TiteTyLee, Wizzette, Clotilde, SnowandSilver, aussidagility, jujupititetortue, faerycyn, Oriane T pour leurs reviews.

RAR :

Drasha : Alors non, il ne suffit pas de cramer le bouquin pour que Théo crame avec lui ! XD Je sais c'est tentant, ça débarrasserait la planète, et tout et tout… Mais ce n'est pas aussi simple ! Merci pour ta review !

Marion : ahah, oui Théo est bien humain mais il ne faut pas oublier que c'est un sociopathe, il ne pense pas comme la plupart des gens. Il est dépourvu d'empathie, de compassion… Pour lui, seul compte son objectif et les moyens de l'atteindre. Le reste, il ne s'en rend pas bien compte… Merci pour ta review et gros bisous !

Folpi : Théo, mourir facilement ? Meuh non. Il est persévérant, il va se battre ! Ne perd pas espoir ! mdr. Mais tu peux quand même avoir un hamburger avec Blaise, je lui ai demandé et il est d'accord (ce petit chenapan est toujours prêt à venir consoler les jeunes et jolies demoiselles en détresse ^^) Merci pour ta review et bonne lecture !

Cécile : Ne t'en fais pas, Hermione n'est pas décidée à rétablir le lien et cela ne va d'ailleurs pas être une mince affaire (comme tu le verras un peu plus bas). Pour l'instant, pas encore de retrouvailles entre Draco et sa mère, mais ça ne saurait tarder (dans le chapitre suivant). Merci pour ta review et à bientôt !

Lily-Sisi : la guerre du Vietnam ? XD Non c'est pas à ce point là, quand même ! Ou alors tu étais un peu trop obnubilée par tes révisions ? ahah. Merci pour ta review !

Ellexa : aaaaaah Ellexa ! Bien sûr que je me souviens de toi, même si ça fait un bail ! J'espère que ton bac s'est bien passé ! Pour répondre à ta question sur la manière dont Hermione appelle Théo, c'est un choix que j'ai fait par rapport à The Rise And Fall. Elle a tout de même passé six mois séquestrée avec lui, sans parler du lien psychique et intime qui existait à l'époque. Même si Hermione déteste cela, ça a créé une intimité entre eux. Une intimité horrible mais une intimité quand même. Même après toutes ses années et même si cela la répugne, elle reste proche de lui au point de l'appeler par son diminutif. Bref, en tous cas, contente de te revoir parmi nous et j'espère que la fin de cette fiction te plaira (puisqu'il ne reste plus beaucoup de chapitres^^). Bises et merci pour ta review !

Loulou : Elias est un peu remué par ce qu'il vient de voir et en colère parce que tout le monde lui a menti, en fin de compte. Mais ne t'inquiète pas, quelqu'un va l'aider à aller mieux ! Ahah, bon les lemons ce n'est pas trop mon truc, j'en avais fait un il y a déjà un bon nombre de chapitres et je ne sais pas si j'en referai un avant la fin de la fic. C'est vraiment un truc avec lequel je ne suis pas à l'aise. XD Merci beaucoup pour ta review !

Clotilde : Merci beaucoup pour ta review ! J'espère que la suite te plaira, même si Théo et Hermione vont en baver, ahah.

Aussidagility : Elias va pouvoir évoluer maintenant qu'il est au courant pour son père ^^ Merci pour ta review !

Jujupititetortue : je note tes menaces de mort à l'égard d'Hermione, je les lui transmettrai XD Pour Théo, mis à part le fait que ses parents aient été des Mangemorts et qu'il soit obsédé par Hermione, non il n'y a pas vraiment de raison à sa folie. Il a sa propre manière de penser et de voir les choses, il a beaucoup d'ambition et une grande soif de pouvoir. Pour l'épouvantard, la révélation en fin de chapitre ! Merci à toi et gros bisous !

.

Chapitre 30 : Blood Ties

Il ne savait absolument plus pourquoi il avait emprunté le passage secret qui menait à Pré-au-Lard. Sur le moment, il avait voulu fuir, mettre un maximum de distance entre lui et ses cinglés de parents, mais à présent qu'il errait aux abords du village, seul et l'âme en peine, il regrettait amèrement son geste. La solitude n'arrangeait pas son cas : il ne savait pas quoi faire de lui-même et finit par se laisser tomber dans les hautes herbes des prés qui entouraient le hameau. Lentement, doucement, les larmes qui s'étaient taries pendant sa course dans le sous-sol du château recommencèrent à couler librement et de gros sanglots éclatèrent dans sa gorge sans qu'il ne puisse les arrêter.

Les mains d'Elias serraient, arrachaient, frappaient tour à tour les mottes de terre et l'herbe sèche autour de lui, tremblantes. Il ressentait le besoin de se défouler, de détruire quelque chose mais sa nature douce et sage l'empêchaient de le faire sur autre chose qu'un corps inerte : le sol. C'était à la fois frustrant et source de soulagement : il n'aimait pas faire le mal. Ainsi, il en déduisait qu'il ne pouvait pas être une mauvaise personne. Pas comme lui. Du moins à première vue.

Penser à son père fit redoubler les sanglots d'intensité et Elias enfouit son front contre ses genoux, au niveau desquels le pantalon se couvrit bientôt de taches humides. Un peu plus haut sur la colline, Draco Malfoy descendait le chemin en direction du village. Il venait de passer à la maison pour vérifier que l'enfant n'y était pas et se dirigeait à présent vers la petite commune, en espérant l'y trouver. Après tout, l'enfant avait à peine onze ans. Il n'avait pas de balai, ne savait pas transplaner… il ne pourrait pas aller bien loin. Un bruit semblable à un gémissement l'alerta en contrebas et il le suivit, apercevant bientôt la silhouette prostrée et agitée de soubresauts de l'enfant accroupi par terre.

Draco avança encore un peu et s'arrêta à quelques mètres dans son dos. Elias ne l'avait pas entendu arriver et Draco s'en félicita, car il pourrait mettre ce temps à profit pour essayer de savoir quoi dire au gamin. Hermione avait seulement laissé entendre qu'Elias avait appris la vérité sur son père, mais elle n'avait pas précisé de quelle manière et à voir l'état de l'enfant, cela avait dû être rude.

Draco tenta de ne pas trop laisser son imagination prendre le dessus. Hermione lui donnerait sa version des faits en rentrant. Après tout, elle l'avait appelé au téléphone, lui avait assuré qu'elle allait relativement bien, il n'avait plus à s'inquiéter pour l'instant. Il lui fallait à présent remplir sa mission. Silencieusement, il sortit son portable de sa poche et composa un rapide SMS pour prévenir Hermione qu'il avait retrouvé le garçonnet. Puis il rangea l'appareil et après une profonde inspiration, s'avança parmi les hautes herbes.

« Hé », dit-il simplement, d'une voix aussi douce que possible.

Elias sursauta et se retourna vivement pour le regarder. Lorsqu'il le reconnut, les sourcils de l'enfant se froncèrent sur ses yeux rougis et il fusilla le blond du regard.

« J'ai pas envie de te parler », aboya Elias d'une voix légèrement cassée. « Vous êtes des menteurs. Tous ! Je vous déteste ! »

Draco pinça les lèvres et se retint de lever les yeux au ciel. « Ecoute, Elias, je ne sais pas ce que- »

« Tire-toi, je m'en fiche de ce que tu vas dire ! Je m'en fiche, je m'en fiche, je m'en fiche ! », beugla l'enfant en pleurant de plus belle. Pour ponctuer ses propos, il jeta une poignée d'herbe en direction de Draco, sans même l'atteindre. Mais celui-ci ne se laissa pas démonter. Il parcourut les derniers mètres qui le séparaient d'Elias et se laissa tomber sur le sol à côté de lui. Cela sembla éveiller une colère terrible chez l'enfant qui fronça encore plus le nez et se mit à frapper l'épaule de Draco de ses petits poings serrés. Une fois. Deux fois. Trois. Quatre. Bientôt, ce fut une avalanche de coups qui s'abattit sur le blond. La douleur était quasi-inexistante, mais la patience de Draco était fortement mise à l'épreuve. Il n'avait pas pour habitude de se laisser frapper sans rien dire, même par un enfant deux fois plus petit que lui. D'une seule main, il attrapa les poignets du gamin et lui fit les gros yeux.

« Bon, ça suffit maintenant, y'en a marre ! », gronda-t-il, tandis qu'Elias se débattait entre ses doigts.

« J'ai onze ans ! », s'égosilla l'enfant avec un regard accusateur, trempé de larmes. « Et en onze ans, il n'y a personne qui a été fichu de me dire ce que mon père a réellement fait à ma mère ! » Une des mains d'Elias se libéra et il recommença aussitôt à bourrer l'épaule de Draco de coups de poings. « Pourquoi ? Je n'étais pas digne d'avoir l'information, comme tout le monde ? Vous pensiez peut-être que je m'en ficherais ? Ou alors c'est peut-être vous qui en avez juste rien à faire de moi ! Vous n'avez qu'à m'abandonner au bord d'une route, vous serez bien débarrassés ! »

Cette fois, le blond ne put pas se retenir. Il leva les yeux au ciel et attendit patiemment que le massage du biceps que lui dispensait le gamin s'arrête de lui-même. Cela finit par arriver, lorsqu'Elias fut à bout de souffle et à court d'arguments et Draco tourna lentement la tête vers lui.

« C'est bon, tu as fini ? », demanda-t-il d'une voix traînante.

Elias ouvrit de grands yeux scandalisés, comme si Draco minimisait sa souffrance et prouvait par la même occasion qu'il n'en avait rien à faire de lui. « Mais… »

« Tu veux savoir pourquoi personne ne t'a rien dit, gamin ? », reprit Draco en lâchant le deuxième poignet du petit brun. « Tu l'as dit toi-même : tu as onze ans. Et ce que ton père a fait à Hermione, ce n'est pas le genre de trucs qu'on raconte à un enfant de onze ans. Même s'il est directement concerné. »

« Mais vous auriez pu-

« Oui, on aurait pu », s'énerva Draco en lui décochant un regard sévère. « On aurait pu tout te dire, détruire ton enfance et te regarder faire ta crise comme tu la fais en ce moment. Et quand bien même on l'aurait dit, il y avait de grandes chances pour que tu ne nous croies pas. Mais au lieu de ça, on t'a accueilli chez nous, on t'a intégré à la famille, on t'a présenté à nos amis. On a créé d'autres liens que celui-là, privilégié autre chose que la vérité pure et dure. Alors, avant de rejeter la faute sur nous et de me labourer avec tes poings, réfléchis et demande-toi contre qui tu es réellement en colère. »

Elias le dévisagea avec stupeur, avant que ses lèvres ne se mettent à trembler. Il savait qui le mettait dans cet état, mais c'était bien trop douloureux d'y penser. Les yeux humides, il fixa l'épaule de Draco qu'il venait de tabasser et baissa la tête.

« Je suis désolé… », souffla-t-il en reniflant misérablement.

« Tu parles, j'ai rien senti, demi-portion », railla Draco en secouant la tête.

Les yeux d'Elias se relevèrent, quelque peu vexés de voir le blond plaisanter alors que lui-même était au fond du gouffre, mais ne protesta pas. Le silence retomba sur la colline, ponctué par le bruit du vent dans les feuilles des arbres. Il faisait de plus en plus froid en ce début du mois de novembre et Elias frissonnait. Draco soupira.

« Bon, je te propose un truc. On rentre à la maison, au chaud, et tu m'expliques tout depuis le début », annonça-t-il en se relevant d'un bond. « Et si tu as des questions, j'essaierai d'y répondre dans la mesure du possible. D'accord ? »

Elias essuya son visage de sa manche et sans le regarder, hocha la tête tristement.

« Allez, viens. En plus, j'ai la dalle, j'ai sauté le déjeuner pour venir te chercher… », grommela Draco avec une grimace. De nouveau, Elias lui jeta un regard vexé, mais le suivit sans broncher.

~o~

Hermione avait reçu le SMS de Draco alors qu'elle donnait son premier cours de l'après-midi avec des troisième année et poussa un soupir de soulagement en apprenant qu'il avait retrouvé Elias. Quelques élèves lui jetèrent un regard étonné, mais elle leur fit rabaisser le nez sur leurs copies d'un simple regard menaçant. Avant de retourner à son bureau, en proie à un nouveau dilemme. Après qu'Elias ait fait irruption dans sa classe alors que Théodore et elle se disputaient, elle était partie sur les traces de l'enfant et avait laissé son agresseur sur place. En revenant, il avait disparu, sans une note, sans un mot. On aurait pu croire qu'il se fichait pas mal de savoir où était son fils, mais Hermione savait que ce n'était pas le cas. L'expression de Théo au moment où il avait vu Elias dans l'encadrement de la porte… dans d'autres circonstances, Hermione aurait presque pu avoir pitié de lui. Il semblait à la fois horrifié, terrorisé et au bord des larmes. Ce qui était compréhensible, en un sens. Théodore lui avait dit une fois que cela changerait tout si Elias apprenait le plus tard possible qui il était vraiment : il se savait mourant et sentait qu'il ne supporterait pas de voir le regard de son fils changer vis-à-vis de lui. Pas tant qu'il ne serait pas en mesure de « guérir » et d'avoir le temps de lui expliquer ses mensonges. Mourir sans avoir le temps de se justifier auprès d'Elias, voilà ce qui terrorisait Théodore Nott. Même si Hermione trouvait que c'était bien fait pour lui, elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète. Désormais, Théodore n'avait plus rien à perdre. Il serait prêt à tout pour réactiver le lien. Elle devait être prudente. Même s'il avait disparu pour le moment, il reviendrait à la charge et elle devait s'y préparer.

Elle fit tourner son portable plusieurs fois entre ses doigts. Le numéro de Théodore figurait toujours parmi l'historique de ses SMS/MMS. Si elle lui envoyait un message pour lui dire qu'Elias était en sécurité, elle réussirait peut-être à le calmer un peu et à retarder une éventuelle et prochaine agression ? En tous cas, elle préférait penser que c'était le cas.

Ses doigts pianotèrent, tremblants, sur le petit clavier et elle relut son message dix fois avant de l'envoyer.

Elias va bien. On s'occupe de lui. Garde tes distances un moment, s'il te plaît.

Clair, concis. Le « s'il te plaît » final laissait croire qu'elle le suppliait, qu'elle le craignait peut-être un peu. Il aimerait ça, sans aucun doute. Le message resta sans réponse, bien entendu. L'état dans lequel il devait se trouver dépassait certainement les mots. Tel qu'elle le connaissait, Théodore était quelqu'un qui supportait très mal l'échec. Lorsque les choses échappaient soudain à son contrôle, il partait en vrille. Lorsqu'il la séquestrait en France, elle l'avait parfois vu revenir du laboratoire qu'il supervisait dans une rage folle, pestant contre les employés qui n'avançaient pas assez vite à son goût, allant parfois jusqu'à détruire une partie du mobilier (qu'il réparait ensuite d'un claquement de doigts). Mais les colères les plus épiques… avaient toujours été dirigées contre elle. Lorsqu'elle tentait de mettre fin à ses jours, lorsqu'elle lui résistait… lorsqu'elle s'était enfuie. Tout échec touchant de près ou de loin à Hermione lui faisait péter les plombs, mieux valait donc arrondir les angles au maximum.

Merlin, faites qu'il ait ce message…

A la fin de sa journée de classe, Hermione s'était empressée de quitter Poudlard, rejoignant la limite de l'école, transplanant aussitôt et déboulant dans la maison comme une furie. Il n'y avait personne dans le salon et Hermione sentit son cœur s'affoler dans sa poitrine. Par réflexe, elle sortit sa baguette de sa poche, mais un « shhhh » agacé en provenance de l'escalier lui fit lever la tête et soupirer de soulagement. Draco l'observait, les yeux plissés, depuis l'étage et il ne semblait pas content du tout. Hermione grimpa silencieusement les escaliers après s'être débarrassée de ses chaussures et l'interrogea du regard.

« Où est Elias ? », eut-elle le temps de demander avant que Draco ne la saisisse brutalement par le bras pour l'entraîner au bout du couloir, jusqu'à leur chambre. « Aouh, mais ça va pas, non ? »

Toujours silencieux, Draco la poussa à l'intérieur, ferma la porte derrière lui et croisa les bras sur sa poitrine. « Elias s'est endormi. On a beaucoup parlé, figure-toi », gronda-t-il, tandis qu'Hermione commençait à entrevoir la raison de sa colère. « Comment est-ce que tu as pu me soutenir au téléphone que tu allais bien ? »

La jeune femme ferma les yeux et se passa une main dans les cheveux. « Draco, écoute, je-

« Je te l'ai demandé et toi tu as répondu : je. Vais. Bien », reprit-il, menaçant. « Putain, Hermione, ça recommence les conneries ! »

« C'était la vérité ! », protesta-t-elle en tentant de ne pas trop élever la voix. « Il m'a à peine touchée, Elias est arrivé avant qu'il n'ait eu le temps de-

« De quoi, Hermione ? », cracha-t-il, furibond. « De te violer de nouveau ? Parce que c'est précisément ce que le gamin a entendu, vois-tu ? Et d'après ce qu'il m'a dit avoir vu, il ne te restait plus beaucoup de vêtements sur le dos avant que la situation ne devienne franchement critique. »

« Qu'est-ce que tu insinues, au juste ? », siffla Hermione, que la réaction de Draco commençait à sérieusement agacer. Comme si c'était de sa faute.

« Je dis juste que tu m'as envoyé chercher un gamin paumé, au lieu de tout me dire pour que j'aille directement égorger ce fils de pute. »

Hermione plissa les yeux et hocha la tête. « Oui… oui c'est vrai. C'est ce que j'ai fait et c'était une bonne décision. »

« Tssss », fit Draco en se détournant, fou de rage.

« Si, parfaitement ! », reprit Hermione en serrant les poings. « Je n'aurais pas supporté qu'il t'arrive quelque chose. Tu n'en serais pas sorti vivant. Ou dans le meilleur des cas, on t'aurait envoyé tout droit à Azkaban. »

« Oh, je t'en prie… ce mec n'est pas un Dieu, il n'est pas infaillible », protesta le blond en roulant des yeux.

Le silence retomba brièvement dans la pièce et la jeune femme se mordit la lèvre inférieure. « Justement, à ce propos… », souffla-t-elle. « Il est mourant. »

Draco la dévisagea avec une expression de totale incompréhension. « Hein ? »

Hermione croisa les bras sur sa poitrine et lui avoua tout. La « maladie » de Théo, sa proposition de réactiver le lien pour lui éviter une mort imminente, sa colère lorsqu'elle avait refusé…

« Il ne sentait aucun de mes sortilèges », murmura-t-elle, encore sous le choc. « Il était tellement… transcendé par sa fureur qu'il est redevenu… comme avant. Pire qu'avant, même. Si tu l'avais affronté dans cet état, il t'aurait tué avec le sourire. Et ça, je ne l'aurais pas supporté. »

« Et moi, je ne supporte pas qu'il pose les mains sur toi », rétorqua Draco en l'attirant soudain contre lui. Hermione enfouit sa tête dans le cou du blond et le serra aussi fort qu'elle le put entre ses bras.

Subitement, la pression accumulée au cours de la journée retomba et Hermione sentit les larmes affluer. « J'ai eu tellement peur, si tu savais… », hoqueta-t-elle en resserrant sa prise autour de Draco. Celui-ci répondit par une étreinte encore plus puissante et la jeune femme s'abandonna totalement. « Jure-moi que tu n'iras pas le chercher, j'ai besoin de toi ici pour me protéger et pour protéger Elias. »

« Je doute qu'Elias ait besoin de protection », marmonna Draco en caressant les cheveux d'Hermione. « Théodore ne lui fera aucun mal. C'est toi qu'il a en ligne de mire pour le moment. »

« C'est très rassurant », marmonna la jeune femme entre deux sanglots.

« Désolé. »

Se décollant du torse du blond, Hermione lui fit baisser les yeux et ils échangèrent un long regard triste. « Je ne sais pas ce que je serais devenue sans toi… Toutes ces années », avoua-t-elle, les yeux brillants.

« Et moi sans toi… », renchérit-il avec un début de sourire.

« Oh, ça c'est facile : un alcoolique, dépressif, marié à Pansy Parkinson et qui vivrait dans son grand manoir avec tout un tas de Mangemorts… », plaisanta la brunette en essuyant ses larmes de sa manche.

« Merci Merlin, je t'ai trouvée », soupira Draco en l'embrassant sur le front.

Malgré sa peur et ses larmes, Hermione ne put s'empêcher de glousser et de se serrer de plus belle contre son homme. Tant qu'ils restaient ensemble, ils feraient face. Ensemble, ils se sauveraient mutuellement. Comme ils l'avaient toujours fait.

Mais la nuit ne faisait que commencer.

~o~

Un craquement sonore retentit aux abords de la Forêt Interdite, loin du château de Poudlard dont on ne discernait que les lumières ténues dans la nuit noire. Narcissa Malfoy brandit sa baguette devant elle, s'assurant qu'elle était bien seule. Presque deux jours s'étaient écoulés depuis sa fuite et elle avait pris toutes les précautions possibles pour ne pas se faire repérer. Mais il était temps de prendre la décision. A gauche, un peu plus bas dans la vallée, le village de Pré-au-Lard. Son fils, sa belle-fille, et le soulagement de les serrer dans ses bras l'attendaient. A droite, Poudlard, Severus, et le confort de son épaule amicale afin de chercher les bons mots pour reprendre contact avec son fils. Avec un pincement au cœur, Narcissa se dirigea finalement vers la droite, s'éloignant du village. Si Rodolphus et Lucius s'attendaient à la voir réapparaître, c'était bien par là-bas. En partant vers Poudlard, elle aurait plus de chances de passer inaperçue. Et Severus pourrait prévenir Hermione de son retour plus discrètement une fois à l'intérieur de l'école.

Elle avait à peine marché une centaine de mètres, qu'un bruit feutré dans son dos la fit se retourner. Par réflexe, elle jeta un Impedimenta dans l'obscurité, mais l'intrus bloqua le sortilège avec une facilité déconcertante.

« Je pensais vraiment que vous alliez prendre en direction du village… », fit la voix railleuse de Pansy Parkinson, tandis que celle-ci approchait pour révéler son visage aux rayons bleutés de la lune. « Il faut croire que vous êtes moins prévisible que je ne l'aurais imaginé. »

Narcissa raffermit sa prise sur sa baguette et fronça les sourcils. « N'approchez pas », gronda-t-elle en ayant l'air aussi menaçante que possible.

« Du calme », souffla Pansy en levant les mains en signe d'apaisement. « Je ne suis pas là pour vous ramener à Rodolphus. Je m'assurais seulement que vous preniez de bonnes décisions. »

« Mes décisions ne vous regardent en rien, Parkinson », rétorqua Narcissa en la tenant toujours en respect. « Je ne sais pas ce que vous fabriquez avec ma sœur et je vous suis très reconnaissante de m'avoir aidée à m'échapper, mais ça s'arrête là. »

Pansy cligna des yeux plusieurs fois, sourit et avança de nouveau en direction de celle qui aurait pu être sa belle-mère dans une autre vie. « Ne vous trompez pas sur mon compte, Mrs Malfoy. Je ne fais pas tout cela parce que je vous aime particulièrement, ni vous, ni votre crétin de mari. Ni votre traître de fils… » Pansy vit Narcissa froncer le nez à la mention de Draco et reprit. « Clairement, mes projets et ceux de votre sœur vous dépassent complètement. Ni elle ni moi n'avons envie de vous impliquer dedans, elle par désir de protection, moi par désintérêt total pour votre personne. Mais ce que nous voulons est bien plus grand que tout ce que vous pouvez imaginer, c'est pourquoi je dois m'assurer que vous ne serez pas un obstacle à notre réussite. » Elle s'approcha encore de Narcissa. Les deux femmes n'étaient plus qu'à quelques dizaines de centimètres l'une de l'autre. « Récupérez votre fils, récupérez votre cher Severus, faites-en ce que vous voulez, je m'en contrefous. Mais n'essayez pas de vous mettre en travers de notre chemin, à Bellatrix et à moi. Compris ? »

Narcissa fronça les sourcils et dévisagea longuement Pansy. Elle ne comprenait pas bien où la jeune femme voulait en venir et surtout quel était le plan qu'elle avait soi-disant mis en place avec Bella. Pansy avait raison, tout cela la dépassait. Mais elle n'en avait que faire : tout ce qui importait était de revoir Draco et tout lui expliquer.

« Je n'ai aucune confiance en vous, Parkinson », lâcha Narcissa en plissant les yeux.

La plus jeune lui décocha un regard méprisant. « Et vous avez sans doute raison… »

Avant même que Narcissa ait pu répliquer, un craquement sonore ébranla la lisière de la forêt et Pansy Parkinson avait disparu. Narcissa tendit l'oreille, s'attendant à tout moment à entendre la cavalerie de Rodolphus débarquer, mais il n'en fut rien. Elle était seule. Véritablement seule, cette fois.

Frissonnante, elle reprit sa route en direction du château. Elle ne se sentirait vraiment en sécurité qu'une fois entre les bras de son meilleur ami.

~o~

Alors que Narcissa apparaissait à quelques centaines de mètres de là sous la lumière de la lune, Hermione et Draco dormaient à poings fermés, enlacés dans leur lit. Après leur « dispute », ils avaient fini par ressentir un besoin impérieux, presque désespéré, de faire l'amour. Tendrement, en silence pour ne pas réveiller Elias qui dormait au même étage dans une autre pièce, mais aussi avec une pointe d'inquiétude, comme s'ils sentaient que leurs instants volés en amoureux étaient comptés. Après un orgasme fugace, presque craintif lui aussi, ils avaient enfilé quelque chose pour dormir et s'étaient allongés l'un contre l'autre, l'esprit remué par leurs idées noires. Une épée de Damoclès flottait au-dessus de leurs têtes, comme à une certaine époque où ils craignaient à tout moment que Théo arrive et mette le bazar dans l'esprit d'Hermione.

Le nez dans les cheveux bouclés de sa fiancée, Draco dormait tellement profondément qu'il ne sentit pas la respiration de la jeune femme s'accélérer dans son sommeil. Ni les mouvements rapides et courts qui agitaient de temps à autre ses mains ou ses pieds. Car dans l'apparente quiétude de la nuit, quelque chose était passé à l'offensive. Sournoisement, sans éveiller les soupçons.

Hermione se retourna dans son sommeil, un léger gémissement s'échappant d'entre ses lèvres. Elle ne rêvait pas spécialement, mais un sentiment de peur la saisissait, sans qu'elle puisse pour autant se réveiller. Ça l'étouffait, l'incitait à se débattre, elle le sentait… dans sa tête.

Soudain, elle ouvrit les yeux. Mais elle ne se trouvait pas dans sa chambre à Pré-au-Lard. Ni aux côtés de Draco dans leur lit. Cet endroit, elle s'en souvenait comme si elle l'avait quitté hier. Les hauts plafonds à moulures, les lustres anciens et clinquants, le vieux parquet ciré qui grinçait lorsqu'on marchait trop au centre du long couloir. L'odeur du vieux bois, omniprésente. Bordeaux. L'appartement.

La panique la saisit brusquement lorsqu'elle sentit que l'on bougeait à côté d'elle dans le grand lit démodé. « Salut, Hermione… »

La jeune femme poussa un hurlement strident, réalisant soudain qu'elle était nue à côté d'un Théodore tout sourire, et aussi nu qu'elle. Tirant les draps sur elle, elle chercha à sortir du lit mais il la plaqua sur le matelas et enfouit sa tête dans le creux de son cou pour y mordiller la peau sensible. « Hop hop hop, pas bouger… Tu vas rater le meilleur moment », souffla-t-il contre son oreille.

La jeune femme se débattit, en vain. Théodore riait tout en la caressant à tous les endroits accessibles, l'écrasant sous le poids de son corps. Ce n'est pas réel, Hermione. Comment aurait-il pu t'amener ici sans que tu t'en rendes compte ? Il ne le peut pas, pas encore. Il joue avec tes nerfs, il s'introduit dans tes rêves, comme il le faisait autrefois. Il tente de rétablir son emprise sur toi, mais tu peux le foutre dehors. Concentre-toi. Ne refais pas les mêmes erreurs. N'aie plus peur.

Hermione s'immobilisa aussitôt et regarda Théodore droit dans les yeux. « Tu n'existes pas », déclara-t-elle en le repoussant de toutes ses forces. « Cet endroit n'existe pas. Je vais me réveiller et tout va rentrer dans l'ordre. »

La projection onirique de Théodore la dévisagea avec amertume. « Pourquoi faut-il toujours que tu gâches tout ? », protesta-t-il en cherchant à la tripoter de nouveau. « Et si tu me laissais au moins une chance de te montrer que je suis tout aussi performant quand tu es consentante ? »

Esquissant une grimace de dégoût, elle le gifla de toutes ses forces. A peine sa main était-elle entrée en contact avec la représentation psychique de Théo que le rêve sembla basculer et elle ouvrit de nouveau les yeux, cette fois dans son vrai lit, avec son vrai fiancé à côté d'elle. Fiancé qui la dévisageait avec des yeux ronds et la secouait comme un prunier. « Hermione ! Qu'est-ce qui se passe, bon sang, tu as crié et tu as commencé à mettre des gifles dans le vide… », s'enquit-il tandis qu'elle se redressait sur son séant, un sourire prenant progressivement de l'ampleur sur ses lèvres.

« J'ai réussi… », souffla-t-elle, sans trop oser y croire. « Je l'ai viré de ma tête. »

L'expression inquiète de Draco se mua en colère. « Théo ? », demanda-t-il, tandis qu'elle hochait la tête. « Théo était dans ta tête ? L'enfoiré… Est-ce que ça va ? »

Hermione était tellement soulagée de le voir en face d'elle et de constater qu'elle se trouvait bien en sécurité dans leur chambre, qu'elle faillit éclater de rire.

« Oui, tout va bien. Je me sens bien, vraiment ! » Elle secoua la tête et se pencha par-dessus le bord du lit pour attraper sa bouteille d'eau. Elle crevait de soif. « Je m'en suis débarrassée, je suis en sécurité pour un petit moment. »

« Tu en es certaine ? », fit Draco dans son dos. Sa voix avait changé, mais elle n'aurait su dire comment. Peut-être la colère. Elle but plusieurs longues gorgées au goulot, referma le bouchon et tout en se penchant pour remettre la bouteille à sa place, répondit.

« Oui, si je te le dis… »

Elle s'apprêtait à se retourner lorsqu'elle sentit Draco se coller contre son dos et rabattre sa tignasse brune sur un côté pour couvrir ses épaules de baisers. Hermione ferma les yeux, appréciant la caresse des lèvres de Draco sur sa peau et rejeta la tête en arrière. Elle sentit alors la bouche de son fiancé délaisser son épaule pour glisser jusqu'à son oreille et murmurer d'une voix rauque.

« Comment tu peux savoir si celui qui t'a baisée tout à l'heure était bien Draco et non moi ? »

D'un geste vif, Hermione fit volte-face. Celui qui était serré contre elle n'était plus son fiancé. Il portait le tee-shirt de Draco, la montre de Draco mais ce n'était plus Draco. Théodore lui jeta un regard triomphant et esquissa un sourire narquois. Hermione hurla à pleins poumons et recula précipitamment dans les draps, dévisageant avec horreur son bourreau qui s'était glissé dans son lit. Elle tomba sur le sol, emportant dans sa chute oreillers et une partie de la couverture. Quand elle releva le nez, Théodore avait disparu et c'était Draco qui la regardait de nouveau, avec une expression complètement désemparée. « Bon sang, mais qu'est-ce qu'il se passe, Hermione ? Merde, parle ! »

Encore une illusion ?, hurla intérieurement Hermione, choquée. Celle-là, elle l'avait vue alors qu'elle était éveillée et cela avait semblé… si réel. « Oh mon dieu… », souffla-t-elle en rampant sur le sol jusqu'à la salle de bains, où elle s'enferma à l'aide d'un sortilège informulé. De l'autre côté de la porte, Draco continuait de l'appeler sans obtenir de réponse. Hermione se laissa glisser sur le carrelage de la salle d'eau, en proie à une terreur sans précédent. Elle la sentait à présent. La sensation familière dans sa tête. La pression qui semblait appuyer sur tous ses nerfs, menaçant de la rendre folle. Théodore mettait en ce moment même toute son énergie en œuvre pour rétablir entièrement sa domination sur son esprit. Pour être honnête, il semblait galérer un peu : elle le sentait, l'entendait presque haleter sous l'effort. Mais quoi qu'il arrive, elle n'avait plus beaucoup de temps. Il finirait par atteindre son but. Sautant sur la trousse à pharmacie, elle fouilla à l'intérieur et en ressortit une paire de ciseaux pointus qu'elle pressa contre sa gorge, debout face au miroir qui surplombait les lavabos.

Ne fais pas ça, fit une voix faible mais impérieuse. Il essayait un peu moins de la dominer à présent, monopolisant ses forces pour communiquer.

« Je ne supporterai pas de revivre ça une fois de plus… », souffla-t-elle en fixant son visage paniqué et ses boucles folles dans le miroir. Elle bluffait mais elle avait l'air suffisamment paumée et désespérée pour être crédible. Et c'était tout ce qu'elle demandait. Une illusion se matérialisa dans la glace et elle vit apparaître la silhouette anxieuse de Théodore à côté de son propre reflet. Un exercice qu'il avait déjà pratiqué douze ans plus tôt, dans la salle de bains de Bill et Fleur.

J'ai besoin de toi pour survivre, si tu meurs, on meurt tous les deux. Et qui s'occupera d'Elias ?

« Soit tu crèves tout seul comme un grand et je te promets de m'occuper de ton fils, soit tu me rejoins dans la tombe », décréta-t-elle en pressant un peu plus les ciseaux contre sa peau. Elle vit Théodore frémir.

Je n'ai pas encore assez de forces pour maîtriser tes gestes, arrête tes conneries, Hermione !, aboya-t-il dans sa tête, sa voix faisant écho sur toutes les parois du crâne de la jeune femme.

Pas assez de forces, hein ? Contente de le savoir…, pensa-t-elle en conservant une expression déterminée et désespérée.

Elle allait le menacer de nouveau de se supprimer lorsque la pression retomba encore. Le reflet illusoire de Théo lui aussi sembla vaciller. Et Hermione remarqua un détail qui n'était pas là quelques instants plus tôt. Elle fronça les sourcils et comme fascinée, se rapprocha de la surface vitrée.

« Théo… tu… tu saignes du nez… », murmura-t-elle en écartant inconsciemment les ciseaux de son cou.

Par réflexe, le reflet porta sa main à son visage et constata qu'une traînée de liquide rouge recouvrait à présent le bout de ses doigts.

« Tu es en train de t'épuiser, tu devrais abandonner… Laisse-moi tranquille. »

J'avais raison ce matin… je ne peux pas rétablir le lien simplement comme ça, par la pensée…, constata Théodore en observant avec effroi son sang qui coulait abondamment de son nez. Pas après tout ce temps. C'est en train de me tuer.

Hermione se retourna brièvement en direction de la porte de la salle de bains, contre laquelle Draco tambourinait toujours et jetait probablement une demi-douzaine de sortilèges, mais le panneau de bois tenait bon.

« Théo, lâche l'affaire. Profite du temps qu'il te reste pour parler à Elias et implorer son pardon… », le supplia-t-elle en reportant son attention sur lui. Il ne regardait plus ses doigts pleins de sang à présent. Il la regardait elle, avec une expression si douloureuse qu'elle eut presque pitié de lui.

Il n'y a qu'un seul moyen …, souffla-t-il en essuyant machinalement le sang sur sa veste. Recommencer depuis le début. Un acte charnel…

Hermione s'assombrit. Elle n'en croyait pas ses oreilles. Allait-il bien lui demander ce qu'elle imaginait ? « Je ne veux pas entendre ça… », murmura Hermione en fermant les yeux, comme si occulter le reflet de Théodore suffirait à bloquer toute communication. Bien entendu, c'était parfaitement inutile.

Une nuit, Hermione. Je ne te demande qu'une seule nuit… Je te traiterai convenablement cette fois… On passera un bon moment…

La jeune femme secoua la tête, prise de nausées. « Oh par Merlin, tu me dégoûtes… Après tout ce que tu m'as fait il y a douze ans, tout ce que tu m'as fait aujourd'hui et encore cette nuit… Comment oses-tu me- »

« Maman ? »

Hermione se figea et dans le miroir le reflet de Théodore également cessa de bouger, interloqué. La voix d'Elias s'élevait derrière la porte, bien vite couverte par celle de Draco.

« Elias, retourne tout de suite dans ta chambre ! »

« Maman, je t'ai entendue crier, qu'est-ce qu'il se passe ? »

De nouveau la voix de l'enfant, terrorisée. Hermione décida d'utiliser cette dernière carte à son avantage. Elle se pencha vers le miroir et accrocha le regard de Théodore.

« Tu vois ce que tu fais subir à ton fils ? Il est mort de peur. Tout ça, c'est de ta faute… », siffla-t-elle avec une expression accusatrice.

L'illusion plissa les yeux. La remarque avait fait mouche. Cette conversation n'est pas terminée, gronda-t-il, pour toute réponse. Comme elle l'avait pressenti, dès qu'on mettait Elias dans l'équation, Théodore se laissait manipuler à souhait. L'instant d'après, tout avait disparu. La pression dans son crâne, la silhouette de Théodore à côté de son propre reflet dans le miroir, la voix dans son cerveau. Hermione n'entendait plus que le ton furieux de Draco derrière la porte de la salle de bain et celui craintif d'Elias qui s'inquiétait pour elle. D'une main tremblante, Hermione rangea les ciseaux dans leur trousse et prit une grande inspiration pour se calmer. Elle leva le sortilège qu'elle avait placé sur la porte et le silence se fit soudain dans la chambre lorsque le panneau de bois pivota. Le blond et le brun la regardaient, les yeux écarquillés, avec une mimique tellement similaire que cela aurait pu être comique.

Avec une expression légèrement coupable et désorientée, Hermione fit deux pas hors de la salle de bains et pinça les lèvres. Sur sa droite, Elias tremblait de peur. Les cris d'Hermione avaient dû le réveiller et il avait accouru sans réfléchir, oubliant même qu'il était encore en colère contre elle quelques heures plus tôt. La jeune femme dut réaliser à peu près en même temps que lui qu'ils ne s'étaient pas revus depuis l'incident à Poudlard, puisqu'il dormait déjà lorsqu'elle était rentrée à la maison. Un silence gênant s'installa. Personne ne savait vraiment quoi dire.

Les yeux d'Elias balayèrent sans aucune pudeur le corps d'Hermione, uniquement recouvert de sa chemise de nuit trempée de sueur, qui lui arrivait un peu au-dessus des genoux. Il n'arrivait pas à concevoir que son père ait pu vouloir faire du mal à cette femme, cette fille même à l'époque, aussi frêle et fragile. Elle était tellement belle, même dans cette tenue et dans cet état de panique total, et à la fois si vulnérable et perdue. Il fallait être un monstre pour s'attaquer à une jeune femme comme elle. Oui, un monstre.

Elias regarda son visage encore rougi par les larmes, ses cheveux en bataille cascadant sur ses épaules, son regard toujours agité par la peur, ses mains tremblantes qui se contractaient sur ses cuisses, ses genoux tournés vers l'intérieur. Mal à l'aise, terrifiée, honteuse, détruite. C'était le mot qui lui venait à l'esprit quand il la regardait aujourd'hui. Détruite. Par son père. Une vague de honte le submergea. Indirectement, il se sentait coupable d'un crime qu'il n'avait pas commis. Mais sa présence, son existence toute entière, était à elle seule la preuve des multiples abus que Théodore Nott avait fait subir à Hermione Granger. Draco le lui avait expliqué : son père avait pris l'ADN d'Hermione de force, alors qu'il la séquestrait. Pour le créer, lui. Il comprenait maintenant pourquoi la réaction d'Hermione en le découvrant chez Fleury et Bott quelques mois plus tôt avait été bien au-delà de la simple surprise. Il était une ignominie, un être créé par un fou, sans le consentement de sa victime.

« Je suis désolé… », murmura Elias, dont les lèvres se mettaient de nouveau à trembler. « Je ne savais pas… »

« Elias… », murmura Hermione avec une expression peinée. La douleur du gamin était si manifeste qu'elle était presque palpable, emplissant toute la pièce d'une tension insupportable.

« J'ai vraiment cru toute ma vie que tu pourrais m'aimer… qu'on formerait une famille… » L'enfant essuya ses larmes du revers de la main en hoquetant. « Mais je ne le veux plus. Je ne veux pas que tu sois obligée de me voir tous les jours. Je ne veux pas que tu penses à tout ce que papa a fait en me regardant. Je n'ai pas le droit de te demander ça, c'est égoïste. »

Sur la gauche d'Hermione, Draco s'assombrit et jeta à l'enfant un regard triste. Hermione ne répondait pas. Immobile, elle observait l'enfant sanglotant de plus belle, les yeux écarquillés et encore sous le choc de ce qu'elle venait de vivre quelques instants plus tôt.

« Je comprends que tu ne m'aimeras jamais. Je comprends que tu aies peur », reprit Elias en reniflant. « Peur que je devienne comme lui. Moi aussi j'ai peur. Mais je ne peux pas t'obliger, je n'ai pas le droit… »

Sa voix s'était brisée en milieu de discours et la fin en devint presque inaudible. Le dos agité de soubresauts, Elias pleurait, seul debout près de la porte qui menait au couloir. Dans la chambre, rien ne bougea pendant un moment, si ce n'est une nouvelle larme qui roula doucement sur la joue d'Hermione. Jusqu'à ce que soudain, celle-ci fonde sur l'enfant en pleurs, tombe à genoux et le serre contre elle de toutes ses forces.

« Tu n'es pas comme lui », gémit-elle en glissant ses doigts dans les cheveux bruns de l'enfant. « Tu n'es pas comme lui, je te le jure. »

Elias émit un petit gémissement triste et renifla contre l'épaule d'Hermione. Celle-ci ne bougea pas quand les poignets du garçonnet se refermèrent autour de son cou pour la serrer du plus fort qu'ils le pouvaient. Et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, Hermione ne ressentit aucune gêne à le tenir dans ses bras.

~o~

La chambre dans laquelle Aria Stone était logée à Poudlard se trouvait au même niveau que le bureau du Directeur, dans un couloir très peu fréquenté et isolé des grands axes de passage. Aussi fut-elle curieuse d'entendre des voix y chuchoter, alors qu'elle improvisait une visite matinale chez Severus. L'ancien maître des potions avançait à pas de géants dernièrement dans la modification de la poudre de munitions et l'enthousiasme qu'il mettait à ses recherches dépassait légèrement Aria, même si la perspective d'avoir enfin entre les mains une arme efficace la réjouissait et l'aidait à se sentir plus en sécurité.

Elle approcha silencieusement des voix et risqua un œil au détour du couloir. A quelques mètres, planqués dans un recoin sombre, un petit groupe de très jeunes enfants murmurait avec entrain. A voir leurs têtes, ils semblaient également assez inquiets et Aria décida de tendre l'oreille.

« Ils ont exclu du club encore trois membres cette semaine », fit la plus grande du groupe, une jeune fille brune, qui triturait nerveusement sa cravate de Serpentard tout en parlant. « Les principaux membres nous posent de temps en temps des questions sur nos familles, notre façon de voir les choses… je crois qu'ils nous trient pour être vraiment sûrs qu'on soit de leur côté. »

« Ils t'ont posé des questions à toi aussi ? », demanda une autre petite fille, blonde, qui devait mesurer une tête de moins que la première.

Celle-ci hocha la tête. « Ils m'ont demandé ce que je pensais des sorciers nouvelle génération, ceux qui ont été créés grâce aux manipulations génétiques… », répondit-elle. « J'ai dit que je trouvais ça injuste pour les vrais sorciers, que ce n'était pas naturel. Bref, les bêtises habituelles que me répètent mes parents et mon oncle. Et ils m'ont gardée, comme prévu. »

« Les sales cafards », gronda un des deux garçons. « Tant mieux, si tu ne t'es pas faite repérer. Il faut que ça continue comme ça. »

« Oui, sois prudente », renchérit la blonde. « On est déjà tellement inquiets… Elias a disparu. Il n'est pas venu en classe hier après-midi et n'a pas dormi dans la tour cette nuit. Il faut qu'on aille prévenir Rogue. Il lui est certainement arrivé quelque chose. »

« Vous croyez que ce sont les membres du club qui… ? », demanda la grande en laissant sa phrase en suspens.

Les autres la regardèrent gravement. « Ils ont déjà essayé de nous réduire en bouillie à coups de batte de Quidditch, après tout… », grommela le deuxième garçon, un petit brun. Avec ses yeux futés en amande et son nez fin et pointu, il évoqua à Aria un renardeau prêt à faire les quatre cent coups. Les enfants se dispersèrent et elle en profita pour sortir de sa cachette comme si de rien n'était. La petite blonde qui voulait aller voir Rogue se figea et disparut dans un couloir adjacent sans demander son reste. Manifestement, ces gamins avaient peur d'autres élèves et ne faisaient pas confiance à qui que ce soit. Sinon pourquoi choisir le couloir le plus paumé du château pour se réunir ?

Décidément, tout tournait autour de ces sorciers génétiquement modifiés. Depuis le départ, ils avaient été au centre de leur affaire et même ici, à Poudlard, les opposants au nouveau mode de vie commun semblaient avoir de l'influence, faisant régner la terreur parmi les plus jeunes élèves. Aria se promit d'en parler à Ben. Enquêter et protéger les citoyens de nouvelles attaques était une chose, mais l'école réunissait une part non négligeable de ces jeunes « sorciers nouvelle génération », comme les avait appelés la brune du groupe. Bien que protégé par quelques-uns des plus grands sorciers actuels, l'endroit méritait d'être sous surveillance.

Grimpant l'escalier en colimaçon qui menait au bureau de Rogue, Aria sentit son cœur se serrer, comme à chaque fois qu'elle pensait à Benjamin. Celui-ci lui envoyait de temps en temps des messages ou l'appelait sur son téléphone, mais il lui recommandait surtout de le laisser éteint, au cas où un des terroristes aurait l'idée d'utiliser la technologie moldue pour la localiser par ce biais, même s'il était peu probable que Flint ait eu le temps et l'occasion de prévenir ses semblables qu'il n'avait pas réussi à la tuer à l'hôpital. Comme à son habitude, elle poussa la poignée et entra dans le bureau sans frapper… avant de se figer comme une statue de sel.

Rogue n'était pas seul. Narcissa Malfoy était assise dans son fauteuil, l'air inquiet. Lorsqu'elle tourna la tête en direction de l'intruse et l'identifia, son visage pâle passa par au moins une bonne moitié des couleurs de l'arc-en-ciel avant qu'elle n'ouvre la bouche pour gronder.

« Qu'est-ce que cette fille fait ici ? »

Severus sembla se ratatiner sur place et fusilla Aria du regard. Celle-ci l'entendit presque lui hurler intérieurement « Quand est-ce que vous apprendrez à frapper aux portes, Miss Stone ? », et elle se mordit l'intérieur des joues, regrettant pour une fois réellement de ne pas avoir frappé. Non pas que ça l'aurait empêchée d'entrer, ceci dit…

« Narcissa, c'est un peu compliqué… », commença Rogue, tandis que Mrs Malfoy contemplait sa rivale avec une expression de colère mêlée de dégoût. « Je n'ai pas vraiment eu le choix… »

« J'ai senti que cette fille ruinerait nos vies à la minute où Lucius est allée la sortir d'Azkaban il y a onze ans… », siffla Narcissa, au bord des larmes. « Jamais il n'aurait levé le petit doigt en temps normal. Même pas pour moi, j'en suis certaine. »

« Ne dis pas ça », murmura Severus en lui posant une main apaisante sur l'épaule. « Je suis sûr que c'est faux… »

« Bon, je… je repasserai plus tard », balbutia précipitamment Aria en faisant un geste pour sortir.

Derrière elle, Narcissa émit un sifflement dédaigneux. « C'est ça, tourne le dos au désastre que tu as créé, fuis. Les filles comme toi sont vraiment des lâches. »

Aria s'arrêta, fixant la porte d'un regard noir. Deux solutions se présentaient à elle : se faire insulter sans broncher et battre en retraite (ce qui aurait été l'option la plus sage) ou se retourner et balancer ses quatre vérités à l'épouse bafouée. Bien entendu, Aria choisit la seconde. Elle fit volte-face, poings serrés et darda ses prunelles furibondes sur Narcissa.

« Je ne suis pas responsable de la dégradation de votre vie de couple, Mrs Malfoy », cracha-t-elle au nez d'une Narcissa outrée par tant d'impudence. « Ça n'allait déjà plus entre vous quand Lucius et moi avons commencé à nous fréquenter. Je ne dis pas que c'est votre faute. Lucius a toujours eu du mal à s'adapter à l'évolution du monde sorcier depuis le début. Mais on n'abandonne pas quarante ans de vieux principes à la con en deux minutes. Quand il était avec moi, il semblait aller mieux mais dès qu'il me quittait, il regrettait même d'avoir posé les mains sur moi. Et quand il rentrait chez lui, il voyait sa femme se faire parfaitement à l'idée d'avoir des enfants de sang-mêlé, d'avoir une belle-fille née-moldue, d'adopter le nouveau mode de vie et ça le dégoûtait. A chaque fois qu'il me rendait visite, je le voyais s'enfoncer un peu plus dans l'amertume et je faisais tout mon possible pour changer ça. Tout ça pour au final me faire traiter comme de la merde une fois sur trois. J'ai fini par laisser tomber. J'ai rencontré quelqu'un d'autre et je lui ai dit de recoller les morceaux avec vous, de vous donner à tous les deux une seconde chance. » Elle pinça les lèvres, à bout de souffle. « Ça, c'était il y a trois ans. Et vu la situation dans laquelle Lucius se trouve aujourd'hui, j'en viens à penser que cette deuxième chance n'a pas franchement été une réussite. »

Le silence retomba dans le bureau et Aria vit que Rogue semblait presque avoir les yeux qui lui sortaient de la tête. L'expression de Narcissa, en revanche, était beaucoup plus sombre. Presque triste. Aria regretta un peu son discours intransigeant et avait parfaitement conscience d'avoir été un peu loin… Une grosse connasse, plutôt, ajouta-t-elle intérieurement. Mais elle refusait de prendre cent pour cent des responsabilités dans cette affaire. Lucius était majoritairement le seul responsable, lui et son incapacité à évoluer, mais elle estimait que Narcissa et elle devaient se partager le reste du gâteau.

Comme Narcissa faisait toujours sa tête d'enterrement et que plus personne ne disait quoi que ce soit, Rogue fit les gros yeux et agita silencieusement la main en direction d'Aria pour lui ordonner de filer illico presto. De nouveau, Aria se tournait vers la sortie, prête à quitter les lieux, lorsque la voix de Narcissa, beaucoup plus calme cette fois, s'éleva.

« Je suis désolée », souffla-t-elle sans la regarder.

Aria tourna la tête tout en ouvrant la porte et esquissa un sourire triste dans sa direction. « Ouais, moi aussi… »

Elle sortit, ferma la porte derrière elle, avant de réaliser qu'elle avait oublié le plus important. Faisant demi-tour, elle rouvrit la porte à la volée, toujours sans frappée et le regard que lui adressa Rogue à ce moment-là lui évoqua fortement Jack Nicholson dans Shining. Le moment où il poursuit sa femme dans l'hôtel armé d'une hache.

« Au fait, au cas où ça vous intéresserait, il vous manque un élève », lâcha-t-elle avec légèreté.

« Il ne manque pas, il est chez Miss Granger », gronda sèchement Rogue.

« Oh, parfait. Bonne journée ! », lança-t-elle avant de partir, cette fois pour de bon.

Narcissa leva lentement les yeux vers lui, tandis qu'il se pinçait l'arête du nez entre ses doigts en soupirant. Elle esquissa un léger sourire compréhensif.

« C'est à se demander comment faisait Dumbledore, hein ? », ironisa-t-elle.

« Gérer ce bahut pendant quarante-et-un ans sans jamais cesser d'avoir la foi ? Je commence à me dire qu'il n'était pas humain… », grommela Severus en répondant néanmoins au sourire de son amie.

« Nous avons tous nos petits secrets, Severus », gloussa le portrait de Dumbledore, tandis que l'ex-Directrice Dilys Derwent hochait gravement la tête dans son cadre. « En ce qui me concerne, les bonbons au citron ont toujours eu un excellent effet antidépresseur sur ma personne. Vous devriez essayer. »

~o~

Perpetua venait de quitter Ted, Victoire, Deborah et David pour rejoindre la Grande Salle et prendre son petit-déjeuner, lorsqu'une voix familière poussa un juron furieux dans un couloir adjacent. Avec la rapidité d'un chat, Pippa se faufila dans une alcôve, derrière une armure et attendit patiemment de percevoir dans quelle direction la voix se déplaçait.

« J'étais persuadé qu'elle s'en était occupée hier midi », fit une autre voix, tout aussi familière aux oreilles de Perpetua. Il s'agissait de celle de Quentyn Travers, qui faisait partie des organisateurs du club Héritage. Et il ne semblait pas content du tout. Les voix s'éloignaient et la petite brune quitta sa cachette en rasant les murs pour les suivre et ne pas en perdre une miette. Au détour d'un couloir, elle risqua un œil sur la gauche et vit Travers malmener une autre fille du club, en compagnie de son inséparable compère, Ménélas Fawley. Pippa reconnut également la fille : il s'agissait de Gwladys Beurk, petite fille et unique héritière du propriétaire de la boutique de magie noire Barjow et Beurk.

« J'en suis certain, on m'a dit qu'elle avait vu l'armoire bouger en cours le matin et qu'elle avait attendu le déjeuner pour aller voir ce qui se tramait à l'intérieur », maugréa Fawley en jetant un regard noir à Gwladys. « Elle n'aurait pas dû s'en sortir. Elle devrait être à l'infirmerie à l'heure qu'il est. Ou à Sainte-Mangouste dans un état grave. Comment tu expliques ça ? »

D'un mouvement sec du poignet, Gwladys se libéra de l'emprise de Quentyn et fusilla les deux garçons du regard. « Mon grand-père m'avait pourtant assurée que l'amulette rendrait l'épouvantard insensible aux Riddikulus et plus dangereux qu'un épouvantard classique. Le seul moyen de s'en débarrasser est de briser l'amulette, mais je l'avais planquée dans un recoin de l'armoire, pour ne pas qu'elle la trouve. » La jeune fille fouilla dans ses poches et en ressortit un petit objet en bois rond, gravé de runes anciennes. « Sauf que l'amulette est intacte et que l'épouvantard n'est plus là. Elle a dû faire usage d'une quantité effarante de magie noire pour y arriver et je doute qu'elle soit du genre à avoir recours à ce genre de sortilèges. »

« Granger n'est pas prof pour rien, on ne sait pas ce qu'elle fait de son temps libre », grinça Fawley en arrachant l'amulette des doigts de Gwladys.

Un peu plus loin dans son couloir, Pippa frissonna. Manifestement, ils avaient tenté de tendre un piège au professeur Granger. Mais pourquoi elle ? Qu'avait-elle fait pour s'attirer leurs foudres ? De ce qu'elle en savait, le professeur Granger était une jeune femme adorable, juste et compétente. Pourquoi les Héritiers en avaient-ils après elle ?

Gwladys devait se poser la même question, car elle soupira et croisa les bras sur sa poitrine. « Je ne comprends pas pourquoi vous vouliez vous attaquer à elle, de toute façon », gronda la Gryffondor en secouant la tête. « Granger est cool, comme prof. OK c'est une née-Moldue et la meilleure amie d'Harry Potter, mais détester les Sangs-de-Bourbe c'est tellement 1998. Les temps ont changé, l'ennemi est ailleurs ! »

Ménélas et Quentyn échangèrent un regard entendu. « On sait de source sûre que Granger trempe elle aussi dans les manipulations génétiques… », gronda Ménélas, tandis que la bouche de Gwladys s'ouvrait toute grande pour former un « o » de stupéfaction.

« Tu déconnes ? », s'exclama-t-elle, mais Ménélas fit « non » de la tête.

« Il paraît qu'elle est sortie un moment avec le PDG du laboratoire, au tout début des recherches, avant même que le reste du monde soit au courant de l'existence des sorciers. Et ils ont créé leur propre mutant, leur fils. Les Héritiers l'ont appris quand Nott est revenu en Angleterre et a pris contact avec Granger. »

« Et devine qui est le gamin mutant en question ? », ironisa Quentyn en haussant un sourcil. Gwladys écarquilla tant les yeux qu'elle sentit le fond de ses yeux devenir douloureux.

« Elias Nott est le fils du professeur Granger ? », s'écria-t-elle tandis que les deux garçons lui faisaient signe de baisser d'un ton.

« C'est ce qui se dit, en tous cas », confirma Ménélas en hochant la tête.

« C'est dingue… », souffla l'adolescente, estomaquée.

« Voilà pourquoi elle méritait d'être punie. Et en plus de ça, cette pétasse est sur le point de souiller l'une des lignées les plus pures du monde sorcier. Elle et Malfoy veulent avoir un bébé, des filles les ont entendus en parler, un matin », gronda Quentyn, la mine sombre.

Gwladys quant à elle, sembla trouver la nouvelle adorable et esquissa un sourire très excité. « Oooh, c'est tellement chou ! Des petits Malfoy avec les cheveux bouclés ! »

« Non, Gwladys », aboya fermement Ménélas en fronçant les sourcils.

La Gryffondor referma la bouche aussi sec et pinça les lèvres. Elle trouvait ses collègues un peu trop extrémistes. Les nés-Moldus étaient des sorciers comme les autres, selon elle, les véritables usurpateurs étaient les mutants. Mais il valait mieux ne pas contrarier les garçons. Ménélas ne lui faisait pas tellement peur mais Quentyn pouvait se montrer violent et il l'intimidait plus qu'elle n'avait envie de l'avouer.

A quelques mètres de là, Perpetua Rowle sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Elle avait pris une décision. Une décision dangereuse mais qui était le seul moyen d'en savoir plus sur les véritables intentions du club Héritage. Prenant une grande inspiration pour se donner du courage, elle tourna dans le couloir et approcha à pas mesurés des trois adolescents, qui lui jetèrent un regard soupçonneux.

« Salut », souffla Perpetua en arrivant à leur hauteur. « Je n'ai pas pu m'empêcher de vous entendre… »

« Rowle ? Si c'est au sujet des réunions, la prochaine aura lieu samedi », siffla Ménélas en plissant les yeux. Pippa lut dans son regard qu'il la soupçonnait de les avoir espionnés. Elle décida donc de se lancer.

« Oui, non… en fait… » Elle releva le menton et prit une expression déterminée. « Je sais exactement à quoi doit servir le club Héritage. Mes parents me l'ont expliqué avant la rentrée. Et je veux que vous sachiez… que vous pouvez compter sur moi. Je veux en être. Quoi que ce soit que vous prépariez, je veux en faire partie. »

Les trois grands l'analysèrent attentivement. Elle sentait tout particulièrement le regard perçant de Quentyn la traverser de part en part, comme s'il tentait de décoder le moindre de ses mouvements, la moindre pulsation de son cœur, la moindre pensée. Mais Pippa tint bon. Ne pas ciller, ne pas flancher. C'était le seul moyen de récolter des informations : s'infiltrer encore plus loin dans l'organisation.

Enfin, après une attente qui lui parut interminable, Ménélas Fawley hocha la tête. « Parfait, on te tiendra au courant. Bienvenue dans l'équipe. »

Perpetua opina du chef et esquissa un sourire avant de quitter les lieux. Elle dut se faire violence pour ne pas partir en courant. Elle venait de plonger joyeusement dans la gueule du loup, sans possibilité de faire machine arrière.

Et sur le chemin qui la menait à la grande salle, Perpetua Rowle tenta tant bien que mal de se convaincre qu'elle avait fait le bon choix… Ou pas.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

Et voilà, ce sera tout pour aujourd'hui ! Alors, comment avez-vous trouvé l'évolution de la relation entre Elias, Hermione et Draco ? Et Théo, comment pensez-vous que cela va se poursuivre pour lui ? Il devient incontrôlable et dangereux, mais à sa place, personne n'aurait envie de mourir, non ? Dans le prochain chapitre on retrouvera Ben, Ron et toute la brigade pour une grande étape dans l'enquête contre les H ! Il va y avoir une bonne dose d'action, alors préparez-vous psychologiquement ! )

J'ai hâte de vous lire et à lundi prochain pour la suite !

Gros bisous

Xérès