Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Mouahahahahah j'ai tellement hâte que vous lisiez ce chapitre, il a été tellement ÉPIQUE à écrire, je trépigne presque d'impatience en le postant, vous n'imaginez même pas ! Préparez-vous, c'est du lourd !
Merci à mes nouveaux follow/fav (Love the Original Family, HopeAndLess, DebbyArts, Shrapnelxx, Lili-sakura-chan, zou78, MissZazu), ainsi qu'à PouleauPotter, Bebaven, faerycyn, Ellexa, Clotilde Dubosc, Loulou, Folpi, Mrs Lyly Black, Marion, Swangranger, Miss Draymione, Drasha, Plumty, SnowandSilver, Eliane Gil, Wizzette, Cécile, Audrey917000, Gouline971, malfoyswand, aussidagility, Acide'nette, Love the Original Family, OrianeT, JF37, Lyly Ford, Babar, Kittenprawn, Jujupititetortue pour leurs reviews.
RAR :
Bebaven : hihihi j'adore quand vous passez vos nerfs sur ce pauvre Théo dans les reviews ! XD Je suis contente que les deux derniers chapitres t'aient plu (et que tu aies été au « bord de l'apoplexie » en les lisant, ahah, ça me prouve que je fais bien mon boulot.) Cissy et Aria d'un certain côté, elles se ressemblent tellement tout en étant diamétralement opposées, c'était assez marrant de les faire interagir (et ce pauvre Rogue face à ces deux femelles jalouses, ahah). Merci pour ta review et gros bisous !
Ellexa : Lucius ne veut rien faire du tout, il est complètement paumé. Tout ce qu'il cherche c'est de retrouver sa vie d'avant, quand toute sa famille était une gentille famille de Sang-Pur, accrochée à ses principes et que les moldus et nés-moldus étaient considérés comme de la crotte. Il serait prêt à n'importe quoi pour ça, y compris à suivre aveuglément Rodolphus… J'espère que ce nouveau chapitre te plaira et merci pour ta review !
Loulou : ahah, il va falloir le préparer un peu psychologiquement le pauvre Draco. Le sujet « papa et maman » est toujours un peu compliqué avec lui, surtout depuis la disparition/trahison supposée de sa mère. J'espère que ce chapitre te plaira quand tu le liras ! Merci à toi !
Folpi : Bon, je crois que je vais officiellement ouvrir un club de câlins pour Elias, faites la queue s'il vous plaît ! ahah J'espère que ce nouveau chapitre te plaira ! Merci pour ta review !
Marion : C'est vrai que Théodore a le don pour dire des horreurs sans même sembler se rendre compte de ce qu'il dit vraiment ! ahah Genre, allez c'est normal de demander à une fille d'avoir le total contrôle sur son corps et son cerveau. XD Merci pour ta review et gros bisous !
Drasha : ahah même si Draco peut se montrer compréhensif, il reste un Malfoy et les Malfoy ça pique des grosses colères ! XD Contente que le chapitre précédent t'ait plu à ce point. Attention, prépare-toi pour celui-ci, il n'est pas de tout repos ! Bises et merci de ta review !
Cécile : réjouis-toi, ton ennemi juré va prendre cher dans ce chapitre ! XD Merci pour ta review et bonne lecture !
Aussidagility : ça fait du bien qu'Hermione lui botte un peu les fesses ! ahah. Merci pour ta review !
JF37 : Tu as tout lu en deux jours ?! XD Bravo ! Contente que ça te plaise et j'espère que la suite aussi ! Merci pour ta review !
Jujupititetortue : Ne sous-estime pas l'attachement de Nott pour son fils, c'est à cause de lui qu'il fait tout ça. ) D'ailleurs je pense que ça sera plus évident dans ce chapitre. Merci pour ta review et gros bisous !
Anonyme du 9 juillet : merci pour ta review et tes compliments ! Je suis contente de faire partie de tes histoires préférées ! Voici le nouveau chapitre, j'espère qu'il continuera de te plaire ! )
.
Chapitre 31 : Accroche-toi Si Tu Peux
Lorsqu'Hermione arriva à Poudlard, les yeux cernés et les paupières lourdes, la seule vue de Rogue fondant sur elle à grandes enjambées lui fit pousser un soupir agacé. Elle avait l'impression d'enchaîner les drames depuis quelques temps et commençait à regretter ses années de fac, où ses seules sources de stress étaient les examens et sa psychothérapie.
Mon royaume pour un bain au calme. Avec plein de mousse et un bon bouquin…, gémit intérieurement Hermione alors que Rogue arrivait à sa hauteur.
« Vous êtes seule ? », s'étonna-t-il d'une voix plus rauque que d'habitude. A voir la tête qu'il faisait, Hermione en déduisit qu'elle n'était pas la seule à avoir passé une nuit pourrie.
« Vous voulez dire seule dans le sens célibataire, seule dans ma tête sans un psychopathe agressif qui remplit tout l'espace ou seule en mode 'êtes-vous certaine de n'avoir pas été suivie' ? », murmura Hermione d'une voix grinçante. Elle devait vraiment être à bout de nerfs pour commencer à plaisanter ainsi de la situation.
Rogue en revanche, ne sembla pas comprendre tout ce qu'impliquait sa petite remarque amère. Il fronça les sourcils. « Le gamin Nott n'est pas avec vous. »
Ah, seule dans ce sens-là.
« Il est resté chez nous avec Draco. On a eu une nuit… disons, mouvementée » Elle se frotta énergiquement le visage et esquissa un rictus ironique. « Vous voulez un mot d'excuse des parents ? »
Severus lui jeta un long regard fatigué qui lui indiquait clairement qu'il n'était pas d'humeur à plaisanter et leva les yeux au ciel. « En parlant de parents… venez avec moi dans mon bureau. Il y a quelqu'un qui voudrait vous parler. »
Hermione le suivit en bâillant. Sa nuit à se battre mentalement contre Théodore l'avait vidée de toute énergie et le peu de sommeil qu'elle avait réussi à engranger juste après avait été quelque peu perturbé par la chaleur étouffante et les mouvements désordonnés d'Elias, qui avait dormi entre elle et Draco le reste de la nuit. Après leur petite mise au point, Hermione n'avait pas eu le cœur de le renvoyer dans sa chambre et d'une certaine manière, la présence auprès d'elle de l'enfant la rassurait. Tant qu'il serait là, Théodore ne reviendrait pas à la charge.
« Pourquoi j'ai la désagréable impression que je ne vais pas aimer ça ? », marmonna-t-elle en suivant le Directeur, mais celui-ci ne répondit pas. Ils traversèrent le château, montèrent l'escalier en colimaçon et s'arrêtèrent devant la porte du bureau. Rogue se retourna et prit une grande inspiration.
« Essayez de… faire preuve d'élégance et d'être raisonnable ? », la pria-t-il en posant la main sur la poignée.
Hermione écarquilla les yeux, soudain prise de panique. « Ce n'est pas vrai, ne me dites pas que c'est Théodore qui est derrière cette porte ! », aboya-t-elle en tendant l'index en direction du bureau.
Rogue pinça les lèvres et lui adressa un sourire beaucoup trop forcé pour être honnête. « Ce n'est pas Théodore. »
La jeune enseignante fronça les sourcils et regarda Rogue ouvrir grand la porte d'un coup sec. Au milieu du bureau, assise sur le fauteuil du directeur lui-même, se trouvait une femme blonde qu'Hermione identifia aussitôt malgré ses traits tirés et sa tenue beaucoup moins soignée que d'habitude. La femme leva un visage anxieux et plein d'appréhension dans sa direction, avant de se lever d'un bond, comme montée sur ressorts, sans pour autant s'avancer vers l'entrée.
« Narci… », balbutia Hermione sans même finir de prononcer son nom. Estomaquée, la jeune femme observait sa belle-mère, qui avait l'air aussi éreintée qu'Hermione et son patron. Sans prévenir, Hermione parcourut alors en courant les derniers mètres qui les séparaient pour se jeter dans les bras de Narcissa Malfoy, qui sembla plus qu'étonnée de cet accueil. « Merci Merlin, vous êtes vivante ! », s'écria Hermione en la serrant de toutes ses forces, comme elle avait l'habitude de le faire avec Harry et Ron. « J'étais tellement inquiète pour vous ! »
Passée la surprise, un léger sourire contrit se dessina sur les lèvres de Narcissa Malfoy, qui rendit enfin son étreinte à sa belle-fille.
« Narcissa a été enlevée par les nouveaux Mangemorts. Elle a pu fuir mais Lucius est toujours avec eux », crut bon de préciser Rogue en s'approchant des deux femmes enlacées. « Elle avait peur que vous la croyiez passée à l'ennemi », ajouta-t-il tandis que Narcissa le fusillait du regard comme pour lui signifier qu'il aurait pu garder son commentaire pour lui.
« C'est complètement idiot ! », déclara Hermione en s'écartant vivement de Narcissa, scandalisée. « A la seconde où on a reçu ce message soi-disant de votre part, j'ai compris que quelqu'un cherchait à ce qu'on vous tourne le dos. Vous avez toujours soutenu Draco dans ses choix, jamais vous ne l'auriez traité de traître. »
Narcissa parut soulagée de l'entendre et prit la parole pour la première fois, d'une voix légèrement brisée et aussi fatiguée que le reste du personnage. « Et Draco, il le pense aussi ? », s'enquit-elle, tandis que l'enthousiasme d'Hermione mourait quelque peu.
« Eh bien… disons qu'il le sait, mais… il ne l'a pas encore bien réalisé », fit la brunette en tentant d'arrondir les angles.
« Oh, je le savais, il me hait », gémit Narcissa en se laissant retomber lourdement sur le fauteuil du Directeur.
« Bien sûr que non, il ne vous hait pas… », mentit Hermione d'une voix traînante, tout en s'étonnant presque de ne pas sentir son nez s'allonger démesurément. « Mais il va falloir que vous parliez. Calmement. Et si vous voulez, vous pouvez tout me dire maintenant pour que je commence à le préparer psychologiquement ce soir… », proposa-t-elle avec un sourire encourageant.
Narcissa détourna le regard et le laissa vagabonder à travers les vitraux du bureau, derrière lesquels on distinguait le lac Noir et la Forêt Interdite à perte de vue. Elle poussa un profond soupir, ferma les yeux et se lança. Depuis son enlèvement, et celui de Bellatrix peu après, au comportement de plus en plus régressif de Lucius, en passant par le massacre des Vaughn, après lequel elle avait vu rentrer son époux couvert de sang et à moitié fou, Narcissa raconta au plus vite tout ce qu'elle savait. Le hangar miteux, le H pour unique entrée et sortie, la volonté de Bellatrix d'écraser son terroriste de mari…
Hermione l'écouta, mortifiée. Tous les événements des derniers mois prenaient enfin un sens, tout s'additionnait dans sa tête et le résultat de l'opération n'était pas des plus réjouissants. Les meurtres d'enfants modifiés, la drogue, l'attentat, la signification de la lettre H, les tentatives répétées d'assassiner Aria Stone, la disparition de Lucius, puis de Narcissa et Bellatrix, les quelques détails des enquêtes dont Ron lui avait fait part au cours de leurs discussions… tout était désormais logiquement relié par un seul et même fil rouge. Hermione en avait presque le tournis. En parlant de Ron…
« Mon ami Ron Weasley fait partie de la brigade mixte chargée d'enquêter sur les Héritiers, je pense que votre témoignage les intéresserait beaucoup », reprit Hermione en croisant les bras sur la poitrine. « Vous avez certainement dû identifier de nombreux membres, des anciens Mangemorts… »
« Et je sais aussi comment voyager à l'aide de la lettre », ajouta Narcissa en hochant la tête.
Hermione lui sourit. « Pour ça, ils ont trouvé. J'ai eu Ron sur Skype ce weekend et ils m'ont dit qu'ils avaient compris comment voyager grâce au H et que toute la brigade prévoyait une descente au quartier général des Héritiers mardi à l'aube, avec mandats d'arrêt et tout le tralala. »
« Sur Sk- quoi ? », marmonna Rogue qui ne connaissait rien au programme d'appels audio et vidéo. Hermione l'ignora.
L'information ne sembla pas franchement réjouir Narcissa. « Mais… je vous l'ai dit à la fin de mon récit : nous avons changé de quartier général et le nouveau n'est plus accessible de cette manière. C'est pendant le transfert que je me suis enfuie. Il n'y a plus personne au hangar ! »
La professeur de Sortilèges perdit aussitôt son sourire. Elle avait effectivement entendu Narcissa le préciser mais, la fatigue aidant, n'avait pas immédiatement percuté.
« C'est justement parce que cette sale arachnide de Parkinson a appris que la police savait désormais utiliser les lettres que nous avons déménagé ! », s'alarma Narcissa en posant une main sur son cœur.
Hermione sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. « Vous voulez dire que… la brigade et les Aurors vont débarquer dans un lieu désert avec une seule issue, et que les Héritiers sont au courant de leurs faits et gestes ? », fit-elle d'une voix tremblante.
« Mardi… c'est aujourd'hui », gronda Rogue en réalisant soudain ce fait.
« Oh Merlin… le petit Ron ! », glapit Narcissa, cette fois réellement affolée.
Ni une ni deux, Hermione sortit son téléphone de sa poche et chercha dans le répertoire le nom de son ex-petit ami. Elle appuya sur la touche de composition du numéro et plaqua l'appareil contre son oreille. « Allez, réponds… », maugréa-t-elle, avant de pousser un juron lorsque le répondeur se déclencha automatiquement. Elle attendit la fin du message en se rongeant l'ongle du pouce et lorsque le bip sonore eut retenti contre son tympan, elle prit la parole d'une voix grave et précipitée. « Ron, c'est Hermione. S'il te plaît, dis-leur de tout arrêter. Ne vous rendez pas au quartier général des H. Je suis avec Narcissa, elle a réussi à s'enfuir et m'a tout expliqué. Ron, ils savent que vous arrivez, c'est certainement un piège. Rappelle-moi dès que tu as ce message. »
Elle raccrocha, jurant de nouveau, et fronça les sourcils. « Quelle heure est-il ? », demanda-t-elle à personne en particulier, avant de jeter un coup d'œil à sa montre. Sept heures trente du matin. Elle ne devait pas paniquer. Etait-elle d'ailleurs certaine que Ron lui avait bien dit qu'ils passeraient à l'attaque mardi ? N'était-ce pas mercredi ou jeudi ? Tu sais que c'est mardi…, fit une voix apeurée dans sa tête mais elle la chassa d'un coup de pied mental au derrière.
« Il ne répond pas ? », demanda inutilement Rogue, la mine grave. Hermione secoua la tête en signe de dénégation. Il y eut un soupir général d'inquiétude dans le bureau. Quand soudain le téléphone d'Hermione se mit à sonner et elle décrocha précipitamment sans même regarder l'identité de l'appelant.
« Allô, Ron ? », hurla-t-elle littéralement dans le micro.
« Tu t'es trompée d'amant, je crois », fit une voix fatiguée mais sarcastique à l'autre bout du fil. « C'est moi… »
Le sang d'Hermione ne fit qu'un tour. Comment osait-il l'appeler après la nuit infernale qu'il venait de leur faire subir, à elle, Draco et Elias ?
« Théo, je n'ai aucune envie de te parler et j'attends un appel important », aboya la brunette avant d'écarter brusquement le téléphone de son oreille. Un bruit assourdissant l'avait presque rendue sourde, un peu comme si quelqu'un avait fait exploser un pétard à deux centimètres du téléphone de son interlocuteur. Lorsqu'elle porta de nouveau le combiné près de son visage, la communication avait été coupée. Il a fait exploser son portable de colère ?, pensa Hermione en regardant son propre appareil silencieux avec une expression dubitative. Puis elle haussa les épaules.
Rien à carrer. Elle poussa un profond soupir et passa une main dans ses cheveux ébouriffés.
Je veux simplement savoir si Ron va bien.
~o~
Ronald Weasley consulta sa montre, une boule d'appréhension se formant peu à peu dans son ventre. Six heures cinquante-huit minutes. Dans exactement cent-vingt secondes, il avait pour ordre de prononcer la formule et d'utiliser le H qu'il avait devant lui pour se rendre au quartier général présumé des nouveaux Mangemorts. Ils partaient tous par deux, un moldu et un Auror, depuis leur propre lettre puisqu'il était impossible de voyager à plus de deux à la fois de cette manière. Les Aurors l'avaient remarqué au cours de leurs essais la semaine précédente. Mais c'était la première fois qu'ils tentaient d'accéder au quartier général. Dans le pire des cas, ils échouaient et ne bougeraient pas d'un poil (ou arriveraient à une autre destination), et dans le meilleur… ils arriveraient suffisamment nombreux pour espérer maîtriser les terroristes au saut du lit. Il se tourna et jeta un regard interrogateur en direction de son binôme du jour, l'inspecteur Ben Hodgkin en personne.
« Vous êtes prêt ? », demanda Ron à son supérieur, tandis que celui-ci tentait de faire redescendre son rythme cardiaque. Après avoir testé le transplanage, Ben avait aussi essayé les portails en forme de H avec un autre sorcier et bien que ce moyen de locomotion-là était le moins atroce des deux, son estomac avait tout de même quelques appréhensions.
Il hocha la tête à l'attention de Ron et se rapprocha du jeune roux pour saisir son bras gauche d'une poigne virile. Une minute. Ils n'avaient aucune idée du nombre de Mangemorts qu'ils trouveraient sur place, c'était la raison pour laquelle ils avaient mobilisé un maximum d'effectifs. Leur seul avantage était l'effet de surprise… et la présence des trente Aurors chevronnés et de leurs rassurantes baguettes, en plus des trente agents de police moldus.
Trente secondes.
Vingt.
Dix.
Ron leva sa baguette en direction de la lettre et ils se mirent tous deux à penser intensément aux deux seuls mots qui leur permettraient d'atteindre leur destination. Quartier général.
« Semitam Revelio », murmura Ron tandis que la lettre s'illuminait dans la petite ruelle isolée qu'ils avaient choisie comme point de départ. L'obscurité les engloutit et Ben sentit la poussée caractéristique qui lui indiquait qu'ils venaient de quitter la ruelle. L'instant d'après, ils touchèrent à nouveau terre et le vacarme qui régnait au point d'arrivée les fit grimacer. Des cris de sommation saturaient les environs, se répercutant sur les cloisons en tôle et Ben pointa aussitôt son arme devant lui, prêt à parer à toutes les éventualités. Ron fit de même avec sa baguette et ils avancèrent de quelques pas.
Beaucoup d'autres Aurors et policiers étaient déjà là, hurlant à qui mieux mieux au fur et à mesure qu'ils avançaient dans ce qui semblait être un hangar et ses pièces attenantes. Déjà, on entendait de part et d'autres des agents s'exclamer « R.A.S ! » et revenir sur leurs pas. Rien à signaler…
« Chef, il n'y a personne ! », s'exclama quelqu'un.
« Mais ils ont bien habité ici quelques temps, il y a des matelas et des draps sales dans les autres pièces ! », fit un autre qui revenait du couloir. « Des restes de nourriture également. »
Ben tourna sur lui-même, inspectant le hangar pour se rendre à l'évidence : les H avaient déserté les lieux précipitamment. « Envoyez les draps au labo, voir ce qu'ils peuvent y trouver », aboya-t-il à l'attention du policier qui venait de parler, avant d'ajouter à mi-voix. « Et merde, quelqu'un a dû les prévenir qu'on venait. »
« Quoi, Flint ne serait pas la seule taupe ? », grommela Ron en donnant un coup de pied dans un vieux tabouret bancal. « Ça commence à devenir une habitude… »
Ben ne répondit pas. Il n'était pas tranquille. Son instinct de flic lui hurlait que ça ne pouvait pas se terminer comme ça. Si vraiment les H étaient au courant de leur venue dans ce trou à rats, il semblait logique qu'ils tentent quelque chose contre eux. Après tout, ils étaient dans un cul-de-sac, avec une seule issue… L'interpellation aurait dû pourtant être simple : ils seraient arrivés en masse, bloquant la sortie, les Aurors auraient neutralisé les sorciers ennemis et tout ce beau monde aurait été embarqué dans les locaux des Stups pour quelques interrogatoires musclés. Ben et sa hiérarchie avaient été tellement persuadés de ne plus avoir de taupe depuis Marcus Flint au sein de leur personnel qu'ils n'avaient pas envisagé une seule seconde l'éventualité de ne trouver personne au quartier général si tôt le matin. Et pourtant, le hangar était désert…
« Faites attention ! », aboya-t-il à l'ensemble de ses subordonnés, qui semblaient légèrement dépités par le vide autour d'eux. « L'endroit est peut-être piégé. Sécurisez les lieux et la scientifique viendra récupérer ce qui peut l'être. Ne touchez rien dans la mesure du possible, il peut y avoir des empreintes. » Puis il ajouta, pour couvrir les murmures déçus qui s'élevaient autour de lui. « Vous en faites pas, on les aura. »
L'équipe se dispersa et Ron revint vers Ben pour lui faire part d'une idée quelconque. Le roux ouvrait la bouche pour prendre la parole lorsqu'un cliquetis se fit entendre de l'autre côté du hangar et Ben fit volte-face, les yeux écarquillés.
Dans un coin, un policier s'était figé et baissait les yeux sur son pied droit, qui venait de se poser sur une dalle inégale. « Oh putain… », gémit l'agent, une demi-seconde avant que son voisin ne hurle à pleins poumons.
« A TERRE ! »
Ron et Ben se jetèrent au sol à l'instant où la bombe d'énergie magique explosa. Il n'y eut qu'une seule déflagration.
Mais elle fut largement suffisante.
~o~
Théodore entra dans son bureau de Gordon Laboratories et se laissa lourdement tomber dans son fauteuil de cuir noir. Poussant un long soupir, il posa son front sur ses poings et ferma les yeux une minute. Sa nuit l'avait exténué. Il avait tenté par tous les moyens de rétablir le lien qui l'unissait à Hermione par voie psychique, mais le sortilège entre eux était brisé depuis tellement longtemps que cela ne semblait plus possible. Le seul moyen serait vraiment de reprendre le rituel charnel mais Hermione ne semblait pas franchement ouverte à l'idée.
La dernière fois non plus, ceci dit…
Il se frotta le visage et ses sourcils se froncèrent. Cette petite garce ne changerait pas d'avis. Il avait essayé la douceur, la violence, la pitié, il avait utilisé l'argument « Elias », il avait tenté la force. Mais le temps jouait à présent contre lui. Il ne pouvait pas l'ignorer : même s'il restait plus puissant que la plupart des sorciers, il s'affaiblissait de jour en jour. Son organisme ne suivait plus, son teint pâlissait à vue d'œil, rendant encore plus noirs ses iris déjà aussi sombres que l'ébène. Et voilà qu'il se mettait à saigner du nez. Encore une première…
« Théo… tu saignes du nez… »
Le ton qu'Hermione avait employé ne lui avait pas plu. Pas du tout. Il n'était pas inquiet, ni effrayé, seulement… neutre. Peut-être un peu fasciné, comme si elle trouvait intéressant de le voir se délabrer comme une vieille maison fragilisée après un tremblement de terre. Plus il y repensait et plus cela le mettait en colère. Il serra les poings.
Non, il ne devait pas s'énerver. Il n'arriverait à rien avec elle ainsi. Mais elle était si… agaçante. Certes, cela faisait partie des traits de son caractère qu'il avait toujours adorés, mais parfois cela le rendait fou.
La porte de son bureau s'ouvrit doucement et la silhouette d'Amy, sa secrétaire, apparut dans l'encadrement. Une odeur délicieuse de café pénétra en même temps dans la pièce et Théodore vit qu'elle tenait une grande tasse fumante dans sa main. Perchée sur ses petits talons, elle trottina jusqu'à son bureau et déposa la tasse, ainsi qu'une coupelle avec un sucre et une petite cuillère. Dans la coupelle se trouvait également une boîte d'anti-migraineux. Théo leva le nez et dévisagea sa secrétaire, qui esquissa un sourire contrit.
« Vous avez une petite mine, ce matin », s'expliqua-t-elle, en rosissant. « J'ai fait renouveler votre stock. »
Théo hocha la tête et baissa de nouveau le nez sur les médicaments, avant de reporter son attention sur sa secrétaire, qui tournait déjà les talons pour s'éclipser sans un bruit.
« Amy… », l'interpella Théodore, ce qui fit aussitôt pivoter la jeune femme dans sa direction.
« Oui, Monsieur ? »
Théo se mordit l'intérieur de la joue. Il n'avait jamais vraiment été doué pour les remerciements. « Vous prenez bien soin de moi », lâcha-t-il en la regardant droit dans les yeux. La secrétaire faillit littéralement se liquéfier dans ses stilettos.
« Mais… mais… c'est mon travail », bredouilla-t-elle tandis que ses joues s'enflammaient violemment.
« Tout de même », reprit le brun sans sourciller. « C'est gentil. »
Hermione pourrait en prendre de la graine. Je devrais peut-être l'envoyer en stage avec Amy ? L'idée saugrenue le fit légèrement rire et la jeune secrétaire crut de nouveau défaillir à la vue de ce sourire qui ne lui était pourtant pas destiné.
« Bon, je… euh… j'y vais… j'ai des trucs… des papiers…bref, si vous avez besoin de moi… », marmonna bêtement Amy en prenant la poudre d'escampette. Une fois à l'abri derrière la porte du bureau et hors du champ de vision de son patron, Amy prit quelques secondes pour respirer profondément. En cinq ans à son service, Théodore Nott ne l'avait jamais vraiment remerciée pour quoi que ce soit. Ce qui n'empêchait pas la jeune femme d'être toujours aux petits soins pour lui. Ce jour était donc à marquer d'une pierre blanche et la jeune romantique qu'elle était se remit brièvement à rêver d'une éventuelle évolution de leur relation. Rassérénée, Amy se rassit à son bureau, sirota son café en rêvassant encore quelques minutes, puis attaqua sa journée de travail. Elle commençait tout juste à entrer des informations dans son calendrier informatique lorsque la porte qui menait dans le couloir s'ouvrit. Elle leva la tête, le sourire aux lèvres pour accueillir le nouveau venu, mais son expression se figea à la seconde où elle vit la baguette magique de l'homme pointée sur elle. De la porte ouverte, lui parvenaient également des sons étranges et angoissants. Des cris de terreur et des bruits de meubles renversés.
« Je crains de n'avoir pas pris rendez-vous… », grinça l'homme d'une voix rauque et menaçante. « Mais je souhaiterais m'entretenir avec le patron. »
~o~
Le monde n'était plus que brouillard, une fumée âcre et un nuage de poussière flottaient dans l'air, attaquaient les poumons, tapissaient la gorge et brûlaient les yeux. Il entendait ses oreilles siffler mais tous les autres sons semblaient atténués, comme s'il avait la tête sous l'eau. Qui était-il, que faisait-il là ? Pourquoi avait-il si mal dans tout son corps ? Il n'en savait rien. La seule chose dont il avait conscience était d'être allongé sur le dos. Et la douleur. Omniprésente.
« Weasleeeeey ! »
Quelqu'un hurlait non loin de lui et il se demanda un instant qui était ce Weasley et pourquoi on l'appelait. Avant de réaliser que Weasley, c'était lui. Le hangar. Ça y était. Il se souvenait. La mémoire lui revenait en même temps qu'une partie de sa vue. Il n'était pas aveugle, c'était simplement le brouillard de fumée et de particules en suspension qui se dissipait peu à peu.
« Weasleeeeey ! »
L'explosion. Une violente quinte de toux le secoua sur le sol et il voulut se retourner sur le flanc pour mieux expectorer, mais une douleur encore plus atroce que toutes les autres l'en dissuada. Il émit un cri rauque et essoufflé, avant de baisser les yeux. Une de ses jambes était écrasée sous une partie de la charpente du hangar et malgré les larmes de douleur qui affluaient et se mêlaient à la poussière retenue dans ses cils, il discerna un pan de chair sanguinolente à travers son pantalon déchiré.
Merde.
Il avait pourtant lancé un sort de protection tout en se jetant à terre, il s'en souvenait à présent. Lorsque la bombe magique avait explosé. Mais celle-ci devait être trop puissante, ou trop proche. Son sortilège trop hâtif. Il y avait sûrement des milliers de raisons, mais il n'avait ni le temps ni l'envie de les étudier pour le moment. Tout ce à quoi il pouvait penser était la douleur qu'il ressentait.
Soudain, il sentit des mains se poser sur lui, et plus particulièrement sur sa cuisse, à quelques centimètres au-dessus des chairs exposées. Il gémit de nouveau. Hodgkin était penché sur lui, un côté du visage ensanglanté et l'autre couvert de poussière grise. Cela évoqua à Ron un film qu'Harry avait absolument voulu lui faire voir, Braveheart, où un Ecossais s'était peinturluré le visage de la même manière, mais en bleu. Il n'eut pas le temps de plaisanter intérieurement plus longtemps. Une équipe de Médicomages et de médecins moldus déferla dans les décombres et entreprit de dégager la charpente qui écrasait sa jambe gauche. Ron poussa un hurlement déchirant, qui se mêla à ceux de ses collègues alentours.
« Putain, j'ai cru que vous étiez mort, Weasley… », entendit-il Ben jurer. « Pourquoi vous ne vous êtes pas protégé ? »
Ron poussa un nouveau hurlement lorsque le poids d'une poutre fut retiré de sa jambe et que quatre secouristes se mirent à délicatement soulever l'immense plaque de tôle qui lui fendait le tibia.
« Je l'ai fait… j'ai jeté un sortilège », grogna Ron tout en gémissant de douleur.
« Sur moi ! », compléta Ben en se désignant du pouce. « Vous m'avez protégé moi au lieu de vous ! »
Ah, voilà la raison… Malgré les tiraillements qu'il ressentait dans sa jambe gauche, Ron se surprit à émettre un rire étranglé. « C'est tout moi, ça. Faire des trucs héroïques et stupides. Demandez à mon ami Harry. »
« On a retiré les gravats, mais il doit aller au bloc d'urgence ! », aboya un Médicomage dans le dos de Ben, tandis qu'ils faisaient lentement léviter Ron sur une civière et que les médecins moldus l'affublaient illico presto d'un masque à oxygène.
« Allez-y… », maugréa Ben en faisant un signe de la main. Ils s'éloignèrent pour sortir le jeune Auror du bâtiment en ruines et l'Inspecteur les vit l'emmener jusqu'à une ambulance, qui partit sur les chapeaux de roue. Son état devait être critique pour qu'ils ne le fassent pas transplaner et Ben secoua la tête. A quoi Weasley pensait-il en le sauvant ? Dans cette affaire, les Aurors étaient beaucoup plus utiles que les Moldus, ils devaient penser à se protéger eux-mêmes en priorité.
« Inspecteur, laissez-moi vous examiner », supplia un autre Médicomage en accourant, baguette brandie et sacoche de potions et onguents divers à l'épaule.
« Ça va, ça va, je vais bien », gronda-t-il en se détournant.
En vérité, il n'allait pas si bien que ça. Malgré le sortilège de Weasley qui l'avait protégé au moment de la déflagration, la chute de la charpente lui avait ouvert une partie du front et une tôle avait lacéré son bras gauche et son torse. Mais l'important était de sauver les Aurors et ses hommes. Sans eux, il leur serait impossible de coffrer les H.
Il se remit donc à arpenter les décombres comme une âme en peine, au milieu des équipes de secours qui s'activaient, des taches de sang plus ou moins étendues et des hurlements de douleur. Du coin de l'œil, il remarqua une main qui dépassait de sous un gros tas de débris. Il approcha et déblaya ce qu'il pouvait avant d'avoir un mouvement de recul. Celui-là était mort. Une tige de fer tubulaire s'était plantée dans sa poitrine, le transperçant comme un poignard en plein cœur. Ben le reconnut. Il s'agissait du partenaire de Weasley, Matthew O'Connell. Le cadavre avait les yeux ouverts et semblait lui décocher un regard accusateur que l'inspecteur eut du mal à supporter. Le cœur au bord des lèvres, il se détourna et sortit aussi vite qu'il le pouvait du hangar en ruines. La première fois qu'il s'était extirpé des décombres pour appeler les secours, il n'avait pu s'empêcher de pousser un cri de rage. Autour de lui se trouvaient les docks de Londres, où une foule d'ouvriers et négociants maritimes accourait déjà pour venir voir ce qu'il se passait. Le bâtiment qui venait d'exploser était un vieux hangar isolé au bout des docks, condamné au public car abandonné depuis des années, mais depuis lequel on distinguait les tours de la City et au loin, en remontant la Tamise, la silhouette massive du Tower Bridge dans le brouillard. Depuis le début, les H s'étaient terrés sous son nez, sur son territoire, en plein centre de la capitale britannique. Il avait cru devenir fou en le réalisant et s'était effondré à genoux sur le bitume, le regard rivé sur les grues chargées de conteneurs de marchandises multicolores. Si proches… ils avaient été si proches depuis le début.
Maintenant qu'il sortait de nouveau sur les quais, à présent garnis d'un cordon de sécurité de la police municipale pour contenir les curieux et permettre aux secours de s'organiser, la rage qu'il ressentait à voir sa ville à seulement quelques centaines de mètres était toujours présente, mais il faisait de son mieux pour passer à autre chose. Les H ne savoureraient pas leur victoire longtemps, ils passeraient sûrement à l'offensive très vite, profitant du manque d'effectifs pour frapper à nouveau.
Ben aurait seulement voulu qu'ils n'aillent pas aussi vite.
« Inspecteur ! Inspecteur ! »
Un jeune flic en uniforme accourait dans sa direction, un talkie-walkie à la main et une expression catastrophée qui n'augurait rien de bon sur le visage. Le gars devait tout juste sortir de l'école de police et Benjamin se demanda un instant ce que ce pauvre gosse faisait là. Il fronça les sourcils et fixa le talkie que lui tendait le jeune homme avec insistance.
« Inspecteur, Gordon Laboratories a été attaqué au même moment ce matin. L'Inspecteur Merryweather et ses hommes sont sur place, mais… »
Ben saisit le talkie d'une main fatiguée et le porta à ses lèvres, presque terrifié à l'idée de ce qu'il entendrait. Il pressa le bouton.
~o~
Le passage d'Amy dans son bureau avait considérablement apaisé Théodore. Le PDG avait siroté son café et décidé d'adopter une toute nouvelle technique avec Hermione. La douceur, mais la douceur insistante. Du genre harcèlement téléphonique. Dix ou douze jours d'affilée. Peut-être la couvrir de cadeaux ? De fleurs ? Même si elle s'en fichait, cela ne manquerait pas d'énerver Draco et de créer des tensions dans leur couple. Dans tous les cas, ce serait bon pour lui. Ou peut-être pas, d'ailleurs, avec elle on pouvait s'attendre à tout. Mais il n'était plus à ça près.
Avec un petit sourire narquois, il saisit son téléphone et composa le numéro de portable d'Hermione. Celle-ci décrocha presque aussitôt, ce qui le surprit quelque peu.
« Allô, Ron ? »
Raté.
« Tu t'es trompée d'amant, je crois. C'est moi… », fit-il en gloussant un peu. Parfait comme début, ça. Une touche d'humour, un ton détendu. Il devait lui montrer qu'il n'était pas fâché par son refus de l'aider.
« Théo, je n'ai aucune envie de te parler et j'attends un appel important », lâcha-t-elle sèchement, tandis qu'il levait les yeux au ciel. Il ouvrait la bouche pour répliquer lorsque la porte de son bureau vola littéralement en éclats, projetant des miettes de bois peint et de métal partout dans la pièce. Théodore plongea sous le bureau, coupant la communication par réflexe et écarquilla les yeux. Mais qu'est-ce que… ? Il se redressa doucement.
La silhouette d'Amy se dessina dans l'encadrement, mais elle semblait étrangement molle. Sa tête tombait sur sa poitrine et ses bras pendaient le long de son corps, comme si elle s'était endormie debout. Et accessoirement, elle était couverte de sang.
Théo fit un bond en arrière et le corps de sa secrétaire s'étala de tout son long sur la moquette immaculée du bureau du PDG, dévoilant l'homme qui se tenait derrière elle. La gorge d'Amy avait été tranchée et un filet d'hémoglobine formait peu à peu une flaque sur le sol au niveau de ses épaules.
« Oups, je crois que ça va faire une tache », gloussa l'homme avec un horrible rire gras.
Théodore détacha difficilement son regard du cadavre de sa plus fidèle secrétaire, encore toute souriante et pimpante cinq minutes plus tôt, pour se tourner vers celui du monstre qui l'avait froidement abattue. Théo n'identifiait pas cet homme, son visage lui était inconnu. Mais son anonymat n'avait d'égal que sa repoussante laideur. Ses petits yeux porcins étaient profondément enfoncés dans un visage tanné et couvert de cicatrices d'acné, souvenirs d'une adolescence sûrement placée sous le signe d'un trop-plein de sébum. Ses dents jaunies partaient dans tous les sens et plusieurs manquaient à l'appel. Sa tenue caractéristique du monde sorcier peu soignée et rongée par les mites, ainsi que la baguette qu'il pointait sur Théodore, menèrent le jeune PDG à une seule et unique conclusion : ce gars-là ne pouvait être qu'un ex-Mangemort en fuite. Mais son visage ne lui revenait pas. Il devait être un de ces minions tellement insignifiants aux yeux de Voldemort que Théodore lui-même n'y avait prêté aucune attention.
« Tu me remets pas, gamin ? », fit l'homme d'une voix éraillée.
« Je devrais ? », demanda le brun en feignant l'ironie. Intérieurement, il n'attendait qu'une seule occasion pour faire payer à ce salopard le meurtre de sa secrétaire. « Eclaire-moi, dans ce cas, que je sache au moins quel nom écrire sur ta tombe. »
L'autre ricana, comme s'il ne prenait pas la menace du jeune homme au sérieux. « Abercius Fawley. Mangemort et maintenant Héritier. Et bientôt celui qui débarrassera la planète de ta petite tronche de premier de la classe. »
« Pas sûr qu'il y ait assez de place sur votre épitaphe… »
Abercius Fawley éclata d'un rire franc. Il ne semblait absolument pas savoir qu'il était en présence d'un dingue encore plus puissant que lui. L'idiot. Une détonation fit trembler les immenses baies vitrées qui donnaient sur les toits de Londres. Théodore dut un instant perdre de son aplomb car Fawley crut bon de s'expliquer.
« Ah oui, j'oubliais. J'suis pas tout seul. Mes potes et moi, on s'occupe aussi de ton personnel. Pas de jaloux… » Il rit de nouveau tout en levant un peu plus sa baguette. « Et si tu penses que ton gosse, cette sale petite merde de rat de laboratoire, est en sécurité à Poudlard… tu te fous le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Mon fiston est là-bas lui aussi, en sixième année. Il va lui tordre le cou, à ton petit rat. Il est si mignon, ça sera aussi facile que de casser une brindille… »
Les yeux de Théodore lançaient à présent des éclairs et il leva une main en direction de l'Héritier. Celui-ci beugla aussitôt un Protego, mais il comprit trop tard que son sortilège serait inutile et ne lui sauverait pas la vie. Théodore ferma le poing dans le vide et tira son bras d'un coup sec en arrière, les mâchoires serrées et une lueur meurtrière dans ses iris de jais.
L'Héritier émit un gargouillis immonde et baissa les yeux sur sa propre poitrine, interloqué. Du sang jaillissait à flots de sa cage thoracique et il ne comprit tout d'abord pas pourquoi. Avant de voir son cœur flotter dans les airs à quelques dizaines de centimètres devant son nez, expulsant les dernières giclées de sang qu'il contenait sur le tapis. Un trou béant ornait à présent son poitrail et Abercius Fawley n'eut que le temps d'y porter une main hésitante avant de tomber raide mort à côté de sa dernière victime. La main de Théodore se détendit et il desserra les doigts. Le cœur encore chaud tomba mollement sur le tapis et rebondit un peu avant de s'immobiliser près de son propriétaire.
Théodore n'attendit pas plus longtemps. Après un dernier regard en direction d'Amy, il sortit et s'élança dans les couloirs où une bataille faisait déjà rage. Il descendit quelques étages, déserts, puis vint se poster au garde-fou de la mezzanine qui surplombait l'accueil depuis le quatrième niveau. Des dizaines d'Héritiers avaient infiltré les lieux et tué l'un des vigiles postés à l'entrée. D'autres cadavres jonchaient le sol de la réception, des Moldus pour la plupart, incapables de se défendre contre de tels assaillants, tandis que les quelques sorciers employés par le laboratoire se battaient becs et ongles à grands coups de sortilèges et maléfices divers. Un éclair de lumière verte rasa Théodore de près et il plongea au sol par réflexe, avant de se retourner pour chercher son attaquant des yeux. Celui-ci se tenait au coin du couloir voisin et jetait des sortilèges à l'aveuglette. Seul son bras dépassait. Courageux, le mec…, grinça intérieurement Théodore avant de tendre la main pour sortir le type de sa cachette et l'envoyer heurter violemment le plafond, puis le sol en contrebas. Plusieurs fois. Jusqu'à ce que sa boîte crânienne se brise avec un craquement sinistre. Théo se releva et entreprit de descendre au rez-de-chaussée, neutralisant tous les types armés de baguettes qui semblaient vouloir s'en prendre à lui. Deux traversèrent une vitre et allèrent s'écraser sur la voie publique. Un autre vit l'intégralité de la réserve de matériel de bureau (règles, stylos, ciseaux et consorts) venir le crucifier sur un mur adjacent. Un autre encore eut la tête retournée à cent quatre-vingt degrés d'un simple claquement de doigts du PDG.
Les menaces de Fawley envers son fils avaient transformé Théodore en machine à tuer. Il devait éradiquer le moindre de ces enfoirés, sinon Elias ne serait jamais en sécurité. Il prit les escaliers et descendit les quatre étages jusqu'au rez-de-chaussée, où le gros de la bataille faisait rage. Sur sa droite, une employée du laboratoire fuyait à toutes jambes en larmes. D'un simple mouvement de la main, Théodore créa une ouverture dans le mur du bâtiment et lui fit signe de s'échapper par ce côté. La jeune femme disparut en gémissant, bientôt suivie par un petit groupe d'autres fuyards.
Dans un couloir du rez-de-chaussée, Pansy et Bellatrix faisaient le ménage. L'ex-Mangemorte s'était infiltrée dans le service informatique et détruisait de sa baguette tout le matériel qu'elle pouvait trouver. Pansy, quant à elle, suivait en silence, brûlant de la paperasse et immobilisant d'un sort les employés qui lui barraient le chemin. Seules les femmes obtenaient un traitement de faveur et se voyaient offrir quelques précieuses secondes pour fuir comme elles le pouvaient. Pansy avait bien compris que Bellatrix ne se sentait pas prête à tuer de nouveau. Le regard qu'elle avait eu lorsque le vigile s'était effondré à l'entrée du bâtiment ne la trompait pas. C'était la raison pour laquelle elle l'avait entraînée à l'écart de la bataille. Détruire des ordinateurs, c'était un job plus adapté à ses talents pour le moment. Après s'être assurées d'avoir anéanti un maximum de biens, elles revinrent en direction de l'accueil. Mais juste avant de quitter le couloir pour la réception, Pansy posa une main sur le ventre de Bellatrix, l'empêchant d'aller plus loin.
A l'opposé de là où elles se trouvaient, Théodore venait de faire irruption lui aussi dans le hall, une expression meurtrière sur ses traits tirés. Un des Héritiers qui se battait en duel au centre de la pièce crut bon de hurler « Rod', regardez qui est là ! Le grand manitou ! », ce qui lui coûta la vie. D'un simple claquement de doigts, Théodore fit exploser son crâne, mettant fin à son duel contre l'employé sorcier. Un concert de hurlements effrayés provenant des deux camps accompagna le geste.
« Oh », souffla Bellatrix en se terrant un peu plus dans l'ombre de leur couloir. « Comment… ? »
Pansy ne répondit pas. Pressée contre le mur, elle dévorait Théodore des yeux, un petit sourire aux lèvres. Petit Théo avait bien grandi. Dans son costume sombre, taché de sang, ses traits déformés par la haine, elle le trouvait tout simplement magnifique. Ils étaient tous magnifiques. Théo, Draco et Blaise. Les trois hommes de sa vie. Ou plutôt de son ancienne vie. Et puis cette pétasse de Granger avait débarqué et du jour au lendemain, elle n'avait plus existé à leurs yeux. Ses trois hommes l'avaient abandonnée à son sort.
« Théodore est devenu plus puissant que vous ne pouvez l'imaginer, Bellatrix », souffla-t-elle sans quitter le brun des yeux, alors qu'il répandait la mort autour de lui sans sourciller. « Je vous conseille de rester sagement en arrière si vous ne voulez pas finir comme cet imbécile décapité. »
Dans le hall, le combat continuait de faire rage et même si Nott avait clairement le dessus, il était assailli de toutes parts et ses gestes devenaient de plus en plus lents, de plus en plus patauds. Il fatiguait à vue d'œil.
Après qu'un autre Héritier ait rejoint l'antichambre de Satan, Rodolphus qui se terrait on ne savait où, hurla à pleins poumons « On se replie ! Tirez-vous ! ». Mieux valait déguerpir avant de perdre la moitié des effectifs. Ce fut la débandade. Entre les derniers employés qui avaient pris le signal comme un ultime espoir d'atteindre la sortie vivants et les Héritiers qui prenaient la fuite, la réception se remplit soudain d'une marée humaine qui emporta tout sur son passage. Quelqu'un heurta même le PDG, qui fut projeté en arrière par le flot de population. Le souffle court et le nez en sang, son sang, Théodore se traîna péniblement jusqu'à un angle de mur pour ne pas se faire piétiner par le troupeau. Sa vue se brouillait. Sa jauge d'énergie magique avait atteint un seuil critique et il crut sincèrement que sa dernière heure était venue. Ses poumons produisaient un affreux ronronnement à chaque respiration et ses jambes tremblaient, incontrôlables. Sous ses paupières mi-closes, il vit le hall se vider peu à peu, puis deux longues robes s'avancer vers lui à pas mesurés. Il tenta de lever une main pour se protéger mais en vain.
Une autre main, fraîche et douce, se posa sur son front brûlant et moite, et il tressaillit à ce contact. Pansy s'accroupit à ses côtés et souffla doucement entre ses lèvres lorsqu'il tenta de se soustraire à elle.
« Chhhh… là… tout va bien, ce n'est que moi… », chuchota Pansy en caressant les cheveux noirs humides de sueur. « Regarde-toi… Si faible, si vulnérable… On pourrait te tuer d'une pichenette. »
Les paupières de Théodore tressaillirent un peu plus vite au mot « tuer » et Bellatrix le dévisagea avec attention. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait devant elle le gamin hautain et dérangé qu'elle avait connu avant son incarcération. Il avait réussi à monter cet empire et à devenir l'un des sorciers les plus puissants qu'elle ait jamais rencontré. Plus puissant que Voldemort lui-même, certainement.
« Mais on ne le fera pas… », continua Pansy en caressant toujours tendrement le visage et les cheveux de Théodore, qui sombrait toujours peu à peu. « Tu sais pourquoi, Théo ? »
« Parce qu'il pourrait nous débarrasser de Rodolphus avant qu'on ait eu le temps de dire Avada Kedavra… », murmura Bellatrix, sombrement. « Mais certainement pas dans cet état. Qu'est-ce qu'il lui arrive, bon sang ? »
« Je ne sais pas », répondit Pansy, d'un air grave avant de se redresser. Sur le sol, Théodore Nott avait définitivement sombré dans le néant et son torse glissait lentement sur le côté, jusque sur le carrelage marbré. « Venez Bellatrix, il faut qu'on parte nous aussi. »
« Et lui ? », demanda la brune en désignant du doigt le jeune homme inerte sur le sol.
« Ça va aller », fit Pansy d'une voix peu assurée. « Il faut que ça aille. Sa puissance pourrait nous être utile. »
« Mais n'est-ce pas contraire à la Cause ? », grinça Bellatrix, qui ne comprenait plus trop où Pansy voulait en venir. Détruire l'empire Gordon Labs et leur système de manipulation génétique, c'était un plan qui lui parlait, mais épargner le PDG de l'entreprise ? C'était totalement incohérent.
« Théodore n'est qu'un pantin du gouvernement… », souffla Pansy en la fusillant du regard. La jeune femme était soudain sur la défensive et Bellatrix plissa les yeux. « C'est l'organisation entière qu'il faut anéantir, il n'en est que la figure publique. Le gestionnaire, pas le commanditaire. C'est Ogden et ses ministres les responsables. »
Bellatrix ne répondit pas et serra les dents, tout en se promettant de surveiller Pansy de plus près. La jeune femme ne semblait pas lui avoir tout dit sur ses véritables desseins.
Parkinson jeta un dernier regard à Théodore et pinça les lèvres. Accroche-toi, Théo.
Puis Bellatrix et elle s'éloignèrent et s'engouffrèrent dans un autre couloir qui menait à une issue de secours. Dans le hall, la tête de Nott acheva sa lente course sur le carrelage avec un bruit mat, à l'instant même où une horde de policiers et de secouristes envahissait les lieux.
Accroche-toi.
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo
Ahahah oui j'ai parfaitement conscience qu'une partie d'entre vous doit me DÉTESTER à cet instant précis, mais j'assume complètement. Vous pouvez me faire parvenir vos réclamations par reviews, Beuglantes, enveloppes à l'anthrax, fléchette empoisonnée, soyez créatifs ! XD
J'espère sincèrement que ce chapitre vous a plu, en tous cas moi, j'ai ADORÉ l'écrire, même si j'y fais souffrir mon Théo-chou (oui bon, je sais que certaines d'entre vous ont dû jubiler, hein). J'ai hâte de lire vos réactions, comme toujours et en attendant la suite, je vous fais de gros bisous !
Xérès
