Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Le plus long chapitre de cette fiction pour le moment et paradoxalement, c'est un chapitre de transition ! Ahah. A la base, je voulais couper un peu plus tôt et mettre la fin de ce chapitre dans le chapitre suivant mais je me suis dit : autant mettre toute la transition d'un coup et s'en débarrasser pour revenir à l'action dès le début du prochain chapitre ! Mine de rien, il se passe des choses dans celui-ci, même si l'ambiance est plus « calmos » que le précédent. Mais il est l'heure de panser les blessures, pour le reste, ce sera plus tard !

Avis aux membres des deux teams (Dramione et Théomione), ce chapitre réunit un cadeau pour chacune des teams, j'aime bien contenter tout le monde pour une fois (profitez-en, ce n'est pas tous les jours…). Bonne lecture ! )

Merci à mes nouveaux follow/fav (laplumeapapote, Plume DeSerpent, MissGrangerDm, mellenono, Yomba, RheaUchiwa, uneenviedecrire), ainsi qu'à PouleauPotter, fan, Ela, MissDraymione, okami shiroi, Naoem, Marion, Love the Original Family, Folpi, Sarahbus, Gg, Ellexa, malfoyswand, Eanna Elendil, Ccile, Eliane Gil, miss damdam, aussidagility, Gouline971, Drasha, Voldynouchette, Ronald Stinks, Mrs Lyly Black, Audrey917000, Lyly Ford, Kittenprawn, Dramine, OrianeT, jujupititetortue, TiteTyLee pour leurs reviews.

RAR :

Fan : ahah, grandiose carrément ? XD Merci beaucoup pour ta review !

Ela : merci beaucoup pour ton message et tous ces compliments ! ahah. Bienvenue dans la team Théodore et j'espère que la suite de la fiction continuera de te plaire ! ) Bonne lecture et gros bisous !

Marion : ah vous ne dites pas ça par chez vous « remettre quelqu'un » en synonyme de reconnaître/identifier ? XD Bon, ça doit être encore une expression argotique de mon coin de la France, parce que chez nous ça se dit, même si je te l'accorde, ça laisse grammaticalement parlant à désirer… Gros bisous et merci pour ta review !

Folpi : ahah, je te rassure, pas de romance Théo/Pansy au programme. Théo n'est obsédé que par une seule femme et ce n'est pas Parkinson. Ron n'aurait pas pu répondre à l'appel d'Hermione : dans la police, les interpellations se font à l'aube, donc à l'heure où Hermione a appelé il était déjà en action ou même déjà blessé. Merci pour ta review et gros bisous !

Sarah bus/chaise/table/fauteuil à bascule… : j'espère que tes exams se sont bien passés en tout cas et que tu vas pouvoir profiter pleinement de tes vacances ) Pansy a de bonnes raisons de rester attachée à une partie de son passé, elle a énormément de ressentiment vis-à-vis d'Hermione, qui lui a tout bonnement volé sa vie. Mais je n'en dis pas plus, c'est une des dernières intrigues de l'histoire ! ahah Merci pour ta review et gros bisous !

Gg : Merci beaucoup pour ta review ! Ahah 5 chapitres d'un coup ? Tu es un peu trop optimiste, je crois, contrairement à beaucoup d'entre vous, je ne suis pas en vacances ! XD Merci à toi et à bientôt !

Ellexa : Ah bah justement tu voulais du Harry, eh bien en voilà ! Notre Survivant-Papa-Poule préféré refait son apparition (il fallait s'en douter, après ce qui est arrivé à Ron). Contente que la scène où Théo se déchaîne t'ait plu (c'est aussi ma préférée). Le gore, c'est la vie ! ahah. RIP Amy, tu nous manqueras. Bisous et merci pour ta review !

Ccile : Pansy n'a pas « sauvé » Théo, elle ne l'a juste « pas tué » ahah. Ça ne veut pas dire qu'il est sorti d'affaire pour autant ! La fin arrive bel et bien à grands pas, malheureusement. Ça me fait très bizarre, mais bon, c'est la vie. Je n'arrêterai pas d'écrire pour autant ! A bientôt pour la suite et merci pour ta review !

Aussidagility : ahah Ron va s'accrocher, ne t'en fais pas ! Merci pour ta review !

Drasha : tout à fait, je ne peux décemment pas tuer Théo tant qu'Elias et lui n'ont pas mis les choses au clair. Ahahah. Donc après je peux, c'est ça ? Ok, je note, je note. Merci pour ta review !

Dramine : merci pour ta review ! Pour répondre à ta question, il ne reste plus beaucoup de chapitres, je suis quasiment à la fin de la fiction donc à mon avis d'ici la fin de l'été ce sera terminé. Bonne lecture !

Jujupititetortue : Dommage, j'ai un détecteur de mouvements et des pièges dignes de la saga Indiana Jones dans mon jardin. Tu n'arriveras jamais à ma porte en vie. XD Merci pour tes menaces euh je veux dire ta review ! Gros bisous )

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Chapitre 32 : Le Grand Pardon

Toute la journée, Hermione n'avait cessé de penser à Ron. Les appels sur son téléphone restaient sans réponse et elle avait saturé le répondeur de messages vocaux tous plus angoissés les uns que les autres. Après la classe, elle était repassée voir Narcissa que Rogue avait installée dans ses propres appartements, lui promettant de parler à Draco dès ce soir pour arranger des retrouvailles le lendemain. Narcissa avait opiné tristement du chef puis longuement serré Hermione entre ses bras maigres. Hermione s'était laissée emporter dans son étreinte. C'était bon de savoir sa belle-mère saine et sauve. Restait à trouver les mots justes pour convaincre Draco qu'elle ne l'avait pas trahi. Et ça n'allait pas être de la tarte. Elle savait au moins qu'ils seraient seuls pour en discuter puisque Draco lui avait envoyé un message dans la matinée pour lui dire qu'il avait raccompagné discrètement Elias jusqu'à Poudlard. Celui-ci n'avait d'ailleurs pas cherché à croiser Hermione de la journée et la jeune femme ne pouvait pas lui en vouloir, il devait certainement avoir besoin d'un peu de solitude.

Hermione resserra les pans de son manteau en remontant la colline qui menait à sa maison sur les hauteurs de Pré-au-Lard. Elle avait préféré marcher sur le chemin du retour, pour se donner le temps de préparer un discours qui minimiserait la colère de son fiancé. Mais elle se figea en arrivant aux abords de la maison. Les lumières du salon étaient allumées et plusieurs ombres se mouvaient, étirées et difformes, sur l'herbe sèche et glacée du jardin. Draco avait de la visite.

Un peu agacée de ce contretemps, Hermione ouvrit la porte d'entrée et avança dans le couloir pour retirer ses chaussures et poser son sac. La discussion dans le salon semblait véhémente et Hermione identifia presque aussitôt la voix d'Harry, ainsi que celles de Ginny et de Blaise.

« Hermione ? », fit Draco en entendant la porte claquer.

« C'est moi ! », répondit-elle en sautillant sur une jambe pour retirer sa dernière chaussure. Elle enfila ses pantoufles d'hiver et fit irruption dans le salon, où l'ambiance ne semblait pas au beau fixe. Ginny avait les yeux rouges et gonflés, tandis que les trois garçons tiraient tous une tête d'enterrement.

Oh mon Dieu, qui est mort ?, pensa aussitôt Hermione avec un frisson d'horreur. Pas Ron. Faites que ce ne soit pas Ron.

« Il s'est passé quelque chose », fit-elle, inquiète. Ce n'était pas une question, plutôt une affirmation et cela n'échappa pas aux autres.

Sur le canapé où elle était assise, Ginny renifla et s'essuya les yeux du revers de la manche. Harry passa un bras protecteur autour de ses épaules et hocha la tête à l'attention d'Hermione. « C'est Ron… Les Mangemorts- »

« …leur ont tendu un piège, j'en étais sûre ! », acheva Hermione en plongeant ses doigts dans ses cheveux fous. « J'ai essayé de le prévenir ce matin par téléphone, mais il était sûrement trop tard, oh Merlin, dites-moi qu'il va bien… »

« Comment savais-tu qu'ils allaient tomber dans un piège ? », releva aussitôt Draco en fronçant les sourcils. Blaise lui jeta un regard d'avertissement, que le blond ignora superbement.

« Ron est à Sainte-Mangouste », répondit Harry, que la réaction d'Hermione avait également interpellé. Il lui jeta un regard sévère et reprit. « Il a passé la moitié de la journée au bloc opératoire et il est maintenant en soins intensifs, on ne pourra pas aller le voir avant demain après-midi. Mais il va vivre. »

Hermione poussa un long soupir de soulagement et se laissa tomber sur une chaise. Ses jambes ne la portaient plus. Elle avait passé sa journée à craindre le pire, et le pire avait fini par arriver. Cependant, Ron était en vie et elle se promit de remercier tous les dieux de la création pour ce petit miracle.

« Les Mangemorts ont posé une bombe magique dans leur ancien quartier général et elle a explosé alors que les Aurors et les moldus se trouvaient à l'intérieur… », poursuivit Harry tandis que Ginny étouffait un sanglot. « Ron a été écrasé par une partie de la charpente. Il aurait pu y rester. »

« Maman ne l'aurait pas supporté… elle ne l'aurait pas supporté… pas après Papa… », gémit Ginny en secouant la tête mollement. Les larmes avaient recommencé à couler sur les joues de la rousse et Harry la serra un peu plus fort contre lui.

Le Survivant reporta son attention sur Hermione, qui semblait à présent également au bord des larmes et le regard qu'il lui lança ne présageait rien de bon. « Maintenant, Hermione, j'aimerais que tu répondes à la question de ton fiancé. Comment pouvais-tu être au courant que les Héritiers leur tendraient un piège ? »

Un silence pesant et accusateur tomba sur le salon. Cette fois-ci, Draco n'était plus le seul à la dévisager en attendant une réponse. Les trois autres aussi. En un dixième de seconde, l'intégralité du discours qu'elle avait mis tout le trajet à échafauder s'envola aussi aisément qu'une pincée de pollen dans une bourrasque. Elle ouvrit la bouche plusieurs fois, tentant de remettre ses idées en place tout en traitant l'information « Ron-est-gravement-blessé » et en essayant de ne pas pleurer. Cela faisait beaucoup trop à la fois, trop de choses à penser, même pour le cerveau légendaire d'Hermione Granger. C'est pourquoi elle finit par lâcher en bredouillant :

« C'est Narcissa qui m'a prévenue ».

Un concert d'exclamations diverses s'éleva autour d'elle. Ginny semblait le prendre avec un certain soulagement, comme si savoir que Narcissa Malfoy allait bien était une maigre consolation dans sa journée apocalyptique. Blaise la dévisageait avec étonnement et intérêt, attendant qu'elle s'explique, une expression qu'elle retrouva quelque peu chez Harry. Quant à Draco… il ressemblait à un Magyar à Pointes dont on aurait écrasé la queue au rouleau-compresseur.

« Tu… tu as parlé avec ma mère ? », grinça-t-il en se levant de son fauteuil sous le regard inquiet de Blaise. « Quand ? »

« Ce… matin, à Poudlard », balbutia la brune, penaude. « Elle m'a tout raconté et j'ai tenté d'appeler Ron aussitôt mais il n'a jamais répondu. »

« Depuis quand est-ce que tu es en contact avec elle ? »

Draco semblait furieux, il serrait les poings et Hermione regretta aussitôt la tournure que prenaient les choses. Si les circonstances avaient été toutes autres, elle aurait pu le lui annoncer dans le calme et avec tact, mais c'était trop tard pour faire machine arrière. Toutefois, l'air accusateur de son fiancé l'agaça légèrement. Ce n'était pas elle qui avait cherché à contacter Narcissa, après tout.

« Rogue est venu me trouver ce matin avant les cours, elle était dans son bureau », rétorqua-t-elle un peu plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu. Elle vit le visage de Draco se fermer, comme s'il mettait sa parole en doute, et cela fit monter l'irritation de la Gryffondor d'un cran. « Elle a fui les Héritiers à la première occasion et elle a regagné Poudlard. Elle est persuadée que tu la détestes, c'est pour ça qu'elle s'est d'abord tournée vers Severus ! »

« Génial, vous allez voir dans une minute, ça va être de ma faute », cracha le blond en prenant les autres à témoin.

« Mec… », grogna Blaise en plissant les yeux.

« Je n'ai jamais dit que c'était de ta faute, mais tu devrais faire preuve d'un peu plus d'indulgence, compte tenu de ce que ta mère a vécu ces dernières semaines ! », s'emporta Hermione à son tour.

Harry se leva brusquement du canapé et leva les mains en signe d'apaisement. « Ok, temps mort, tous les deux, on se calme », fit-il tandis qu'Hermione lui lançait un regard reconnaissant. Draco, quant à lui, était définitivement sorti de ses gonds et passa une main nerveuse dans ses cheveux.

« Bonne idée, Potter, je vais aller me calmer. Tout seul », gronda-t-il en quittant le salon pour grimper à l'étage.

Hermione se leva de sa chaise tandis qu'il passait près d'elle et tendit une main vers lui. « Draco… »

Il repoussa sa main avec agacement et une expression peinée passa sur les traits d'Hermione.

« C'est toujours la même chose avec toi, Granger », cracha-t-il en la fusillant du regard, et l'utilisation de son nom de famille eut le même effet qu'un poignard en plein cœur. Sa manie de mettre cette distance entre eux lorsqu'il lui faisait des reproches la blessait toujours autant. « J'en ai assez de tes foutues cachotteries. Pendant toutes ces années, on s'est toujours tout dit, on a tout partagé. On s'était promis de ne plus jamais faire les mêmes erreurs ! Et il a suffi que Théodore débarque à nouveau pour que tout redevienne comme avant. Tu as beau dire le contraire, tu le laisses s'immiscer entre nous… », acheva-t-il avec hargne.

« Non mais, tu délires ? », s'écria Hermione en écarquillant les yeux. « Pourquoi est-ce que tu remets Théodore sur le tapis, on n'est même pas en train de parler de lui ! »

« C'est un moment à marquer d'une pierre blanche, alors », ricana Draco avec amertume. « Parce que ces derniers temps tu n'as plus que son nom sur les lèvres. Théodore ruine mes nuits, Théodore ruine mes journées, Théodore me harcèle… mais tu ne fais tellement rien contre lui que je me demande si ça te contrarie tant que ça, au final. »

Hermione ouvrit la bouche, blessée et scandalisée, mais ce fut Ginny qui se leva brusquement du canapé, les poings serrés. La dispute prenait une ampleur qui s'éloignait totalement du sujet d'origine et il était temps d'y mettre un terme avant que cela ne dégénère. « Je t'interdis de lui dire ça, Malfoy ! C'est injuste et tu le sais ! », aboya-t-elle sur un ton qui rappelait étrangement celui de Molly lorsqu'elle était en colère.

« Je serais ravie de le rayer de ma vie, figure-toi, mais tant qu'il est là je ne peux pas simplement prétendre qu'il n'existe pas ! », rétorqua Hermione. « Et ce n'est pas comme si le premier clampin venu était capable de nous en débarrasser ! »

Le blond s'apprêtait à riposter lorsque la sonnerie d'un téléphone se déclencha et lui fit pousser un soupir d'exaspération. Harry saisit son téléphone portable dans sa poche et décrocha à la vitesse de l'éclair. Hermione, qui s'était laissée distraire deux secondes par la sonnerie, tourna de nouveau la tête vers Draco mais constata qu'il montait déjà les escaliers. Elle le suivit d'un regard sombre jusqu'à ce qu'il eut disparu à l'étage et soupira, exaspérée. Derrière elle, Harry raccrocha, arborant une expression à la fois soulagée et inquiète, soit un mélange très étrange à la hauteur des événements.

« Un ami Médicomage du Sport travaille à Sainte-Mangouste, je lui avais demandé de me tenir au courant… », expliqua-t-il en rangeant son téléphone dans sa poche. « Ron est réveillé et il semble aller bien. Par contre, sa jambe est toujours dans un sale état. Ils ont fait le maximum, mais l'hôpital est tellement surchargé… »

Hermione sentit son cœur se serrer. « Il y a eu tant de blessés que ça lors de l'embuscade ? », gémit-elle, horrifiée à cette idée. Et elle ne voulait même pas savoir le nombre de morts.

Blaise hocha la tête gravement. « Ça, plus Gordon Labs, ça fait du monde… »

La brune tiqua. « Quoi, Gordon Labs ? »

Les autres échangèrent des regards soudain gênés. « Tu… n'es pas au courant ? », balbutia Ginny en se laissant retomber sur le canapé.

« Sérieusement, vous croyez qu'on fait quoi toute la journée à Poudlard ? Qu'on regarde les infos ? », explosa-t-elle. C'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Son doux instant de bonheur de la matinée dans les bras de Narcissa lui semblait à présent aussi lointain que la dernière victoire des Canons de Chudley en Ligue de Quidditch. « Désolée », s'excusa-t-elle aussitôt en baissant d'un ton.

Mais ses amis ne semblèrent pas lui en tenir rigueur. Compréhensif, Harry lui expliqua que les Héritiers avaient attaqué le laboratoire alors que Ron et ses collègues étaient piégés dans les décombres de leur ancien quartier général. De nombreux moldus et sorciers avaient été tués ou blessés. Une source laissait même entendre que le PDG de l'entreprise faisait partie des victimes mais aucun porte-parole du Ministère de la Magie ne semblait vouloir confirmer l'information. Hermione frémit en repensant à l'explosion qu'elle avait entendue dans le haut-parleur de son téléphone le matin-même. C'était donc ça…

« Bref, Sainte-Mangouste est sur les dents et les agents du Ministère font le pied de grue devant l'hôpital pour disperser la foule : ils craignent que certains moldus effrayés viennent manifester contre le monde sorcier pour tous les dommages collatéraux provoqués par les attaques des Mangemorts. Il en va de la réputation du monde magique et de la sauvegarde du fragile équilibre entre nos deux mondes, d'après les journalistes… Quant au premier Ministre moldu, il a demandé à ses citoyens de ne pas faire d'amalgame entre sorciers et terroristes, et il a appelé à l'unité nationale », acheva Harry avec un soupir.

« Et Elias, il est au courant ? », réalisa soudain Hermione, prise de panique à l'idée que le garçonnet ait dû surmonter la nouvelle tout seul. Mais Harry secoua la tête.

« Draco l'avait déjà ramené à l'école quand on a appris l'histoire, et si toi tu viens seulement de le savoir, c'est que l'info n'a pas encore été relayée jusqu'à Poudlard… », répondit-il avant de réfléchir. « A moins que certains élèves l'aient appris via leur téléphone. »

« Pas avant ce soir, dans ce cas », fit Hermione. « Severus fait la guerre aux portables dans les couloirs depuis que des élèves l'ont enregistré en train de se faire démonter le nez par Lucius. »

Blaise gloussa, revoyant mentalement la photo de Rogue KO sur le sol qu'Hermione leur avait envoyée après le « drame ».

« Quoi qu'il arrive, tout le monde sera au courant demain matin : la Gazette va certainement y consacrer ses premières pages », lâcha Ginny d'un ton sentencieux.

Un silence de mort retomba dans la pièce et d'un geste mal à l'aise, la rousse regarda sa montre. « Harry, on va y aller… », souffla-t-elle, d'une voix fatiguée. « Je ne veux pas laisser maman trop longtemps… »

Harry acquiesça et se tourna vers Hermione avec un sourire d'excuse. « On a laissé les petits chez Molly pour lui changer les idées… et ce soir on dormira au Terrier », expliqua-t-il. « Est-ce qu'on peut compter sur vous pour venir rendre visite à Ron demain soir ? »

« Bien sûr », assurèrent Hermione et Blaise à l'unisson. « On sera là. »

Harry serra Hermione dans ses bras, imité ensuite par Ginny et tous deux quittèrent la maison avant de transplaner pour le Terrier, laissant Hermione et Blaise seuls. Le métis dévisageait Hermione de ses yeux sombres et son regard était tellement insistant qu'il la mit presque mal à l'aise. Elle se détourna et se dirigea gauchement vers la cuisine en essuyant discrètement ses yeux.

« Tu veux un café ? Un thé ? », bredouilla-t-elle en lui tournant le dos pour remplir la bouilloire.

« Merci, ça ira. »

Elle se sortit une tasse, un morceau de sucre et un sachet d'Earl Grey, quand soudain l'un des mains du jeune homme la saisit par le bras et la fit se retourner. Et dès qu'elle lui fit face, il l'attira contre lui pour l'enlacer.

L'effet fut quasi-instantané. Comme toujours, les étreintes amicales de Zabini avaient un pouvoir d'apaisement presque surnaturel. Qu'elle soit en colère, fatiguée, ou encore triste, les bras du métis avaient toujours su la décharger de ses ondes négatives, et ce dès le début de leur amitié presque douze ans plus tôt, alors qu'elle était toujours retenue au Manoir Malfoy. Elle sentit Blaise la serrer un tantinet plus fort et Hermione éclata en sanglots silencieux. L'annonce de la blessure de Ron, sa dispute avec Draco, ses multiples altercations avec Théodore, tout le poids des tragédies des dernières semaines quitta soudain le corps de la jeune femme à travers ses larmes, pour venir mouiller la chemise du jeune homme. Cependant, Hermione faisait tout son possible pour sangloter en silence : l'idée d'alerter Draco et de le voir débarquer dans la cuisine alors qu'elle était dans les bras de son meilleur ami ne l'inspirait pas vraiment. Vu les crises de jalousie stupides dont le blond était capable ces derniers temps, il valait mieux éviter.

Après quelques minutes, la bouilloire émit un cliquetis indiquant que l'eau était chaude et Hermione s'écarta doucement de Blaise en reniflant.

« Ça va aller ? », souffla celui-ci en lui jetant un regard inquiet, auquel Hermione répondit par un hochement de tête et un pauvre sourire humide.

« Oui, je… hum… merci. »

« Pas de quoi », lâcha doucement Blaise avant de fusiller l'escalier du regard. « Draco peut être vraiment très con parfois. »

Le sourire d'Hermione partit légèrement de guingois tandis qu'elle se mouchait doucement avec une feuille de papier absorbant. « Mais il n'a pas totalement tort… Théodore est tellement présent dans nos vies qu'on pourrait presque tout aussi bien être en ménage à trois », grinça-t-elle en jetant son mouchoir improvisé à la poubelle.

« Peut-être, mais il n'a pas à te le reprocher », grommela Blaise en la regardant se servir son thé. « Ce n'est pas de ta faute. »

Hermione ne dit rien et baissa le nez sur sa tasse, où flottait paresseusement son sachet de thé. Blaise se plaça à côté d'elle et s'appuya contre le comptoir de la cuisine. « Tu te souviens quand il t'avait engueulée après que tu aies eu la gentillesse de ranger le capharnaüm qui lui servait de chambre au Manoir ? A croire que ses parents ne lui ont jamais appris à dire simplement 'merci'. »

Hermione gloussa et tourna la tête vers Blaise, une lueur espiègle dans ses yeux rougis. « Et quand il a piqué sa crise parce que je l'avais giflé après qu'il m'ait embrassée pour la première fois ! », renchérit Hermione en secouant la tête. « Comment avait-il pu penser un seul instant qu'embrasser sans prévenir une fille qui vient de se faire agresser était une bonne idée ? »

Blaise se frappa le front du plat de la main en riant. « Je l'avais oublié, ce coup-là. Quel idiot. Et je ne sais pas si tu le sais, mais après ça quand il nous a surpris en train de nous serrer dans les bras et qu'il a quitté la pièce complètement furax… on s'est battus ! »

« Sérieusement ? », s'offusqua Hermione, la bouche grande ouverte.

« Oui, il m'a littéralement mis son poing dans la figure et je le lui ai rendu, on devait avoir l'air totalement débiles à se battre comme ça dans son jardin, mais qu'est-ce que tu veux… », acheva Blaise, en levant les yeux au ciel. Hermione, quant à elle, avait éclaté d'un rire nerveux qu'elle tentait tant bien que mal d'étouffer dans le col de son pull. Ils pouffèrent ensemble quelques secondes puis échangèrent un regard complice.

« Tu sais quoi ? », reprit Hermione avec une grimace. « Nos vies doivent être sacrément pourries pour qu'on en arrive à rire de l'une des périodes les plus sombres qu'on ait jamais vécues. »

« Ou justement on en rit, parce qu'on sait que c'est loin derrière nous… », compléta Blaise avec philosophie.

Hermione se détourna pour jeter son sachet de thé à la poubelle et prendre une minuscule gorgée de son breuvage encore trop chaud. Elle tourna de nouveau les yeux sur le métis et un petit sourire de gratitude se dessina sur ses lèvres. « Merci… d'être là », souffla-t-elle, tandis qu'il haussait les épaules.

« J'avais rien de mieux à faire… », ironisa-t-il avant d'esquiver un coup de torchon envoyé par Hermione. Ils pouffèrent de nouveau comme des gamins et Blaise récupéra sa veste sur le dossier d'une chaise. « Bon, je vais rentrer… on se voit demain soir à Sainte-Mangouste ? », demanda-t-il en s'habillant.

Hermione acquiesça. « Je finis tôt, à seize heures. Disons, rendez-vous devant l'entrée vers seize heures trente ? »

« Ça marche. » Blaise leva les yeux vers le plafond au-dessus de leur tête et pinça les lèvres. « Bonne chance avec l'homme-dragon. »

« Je pense que je vais appeler Charlie Weasley à la rescousse, dompter les dragons c'est son truc », soupira Hermione, en suivant Blaise qui se dirigeait vers la porte d'entrée. Il se retourna une dernière fois et l'embrassa sur le front.

« Sinon, si tu as un fouet qui traîne… »

Hermione gloussa et le poussa dehors. « Allez file, avant de dire trop de bêtises. »

« A demain. »

Hermione referma la porte et le sourire qui s'était glissé sur ses lèvres s'évanouit presque aussitôt. Désormais seule avec le « dragon », elle devait reprendre ses esprits et tenter de le convaincre de donner une nouvelle chance à Narcissa. Silencieusement, elle prit le temps de finir son thé et rangea sa tasse sale dans le vaisselier auto-lavant. Puis, prenant son courage à deux mains, elle monta à l'étage et alla au bout du couloir jusqu'à la porte de leur chambre. Tournant doucement la poignée, elle l'ouvrit et vit que Draco était allongé sur le lit, le regard tourné vers le plafond. Lorsqu'il s'aperçut de sa présence, il se mit sur le côté pour lui tourner ostensiblement le dos.

Ça commence bien…

Elle se dirigea vers le lit avec autant de prudence que si elle approchait un animal sauvage et s'assit sur le bord. « Je sais que tu es en colère et… je ne sais pas combien de temps ça va durer… », commença-t-elle d'une voix douce. « Mais il faudrait vraiment que tu ailles parler à ta mère. Elle te raconterait toute la vérité. Elle ne t'a jamais trahi, je peux te le jurer. »

Un soupir exaspéré s'éleva du côté de Draco et Hermione leva les yeux au ciel dans l'obscurité de la chambre. La Gryffondor attendit quelques secondes de plus, mais aucun mot ne sortit d'entre les lèvres du blond.

« Tu pourrais aller la voir demain après-midi ? Pendant qu'on est avec Ron à l'hôpital ? », proposa-t-elle pour combler le silence pesant.

Toujours pas de réponse. Cela avait le don d'agacer prodigieusement la jeune femme. Tout le calme revenu grâce à Blaise laissait progressivement place à une nouvelle colère et Hermione n'avait ni l'envie ni la force de se remettre à crier. Elle se leva donc du lit et saisit un oreiller.

« Blaise a raison, t'es vraiment con par moments… », gronda-t-elle en lui envoyant le coussin sur la tête. Comme il ne réagissait toujours pas, Hermione poussa un grognement exaspéré et sortit en claquant la porte derrière elle. Elle descendit les escaliers en tapant des pieds et ouvrit le congélateur pour en sortir un pot king size de glace Ben & Jerry's Cookie Dough. Les émotions lui avaient creusé l'estomac d'une manière assez inattendue et elle entreprit de dévorer son pot de glace tout en regardant d'un air grave la chaîne d'informations en continu. Sous ses yeux défilaient en boucle les images du hangar dévasté et du laboratoire attaqué. Les visages des Mangemorts décédés et abandonnés sur les lieux apparaissaient également par intermittence et Hermione se sentit soulagée de n'y voir figurer ni Lucius, ni Bellatrix. Narcissa et Draco n'avaient pas besoin d'une nouvelle catastrophe pour le moment. Ses pensées revinrent vers Ron en voyant l'image en direct des décombres encore fumants de l'ancien repaire des H. Un visage familier apparut alors sur l'écran et Hermione sentit les larmes lui piquer le nez. Matthew O'Connell, le partenaire de Ron depuis sa formation d'Auror, faisait partie des victimes de la bombe et même si elle ne le connaissait pas intimement, cela fit de la peine à la Gryffondor. Il y avait eu assez de morts, il fallait que ça cesse. Cette fois, c'était Ron qui avait failli perdre la vie. Qui serait le suivant ?

Hermione renifla en avalant une nouvelle et gigantesque cuillerée de glace. Merlin, qu'elle avait faim… C'en était presque indécent, surtout dans les circonstances actuelles.
Elle ne devait pas se laisser abattre. Demain, elle irait voir Ron et il était hors de question de lui montrer un visage atterré. Un épais morceau de cookie craqua légèrement sous sa dent et elle en ressentit un immense soulagement. Que dit le proverbe, déjà ? Tant qu'il y a de la Ben & Jerry's, il y a de l'espoir…, soupira-t-elle intérieurement. Ou quelque chose comme ça.

~o~

Malgré le semblant de réconfort apporté par son overdose de sucre de la veille, la journée du lendemain ne commença pas si bien qu'Hermione l'avait espéré. Pour commencer en ouvrant les yeux (toujours sur le canapé et la télé allumée), elle s'était aperçue que Draco était parti au travail sans même la réveiller. Bien entendu, elle était en retard et s'était préparée en quatrième vitesse pour arriver à Poudlard. Une fois à l'école, Elias lui était littéralement tombé dessus dans un état de panique totale, brandissant la Gazette du Sorcier sous son nez.

LE PDG DE GORDON LABORATORIES DANS UN ÉTAT GRAVE APRÈS L'ATTAQUE DU SIÈGE DE L'ENTREPRISE.

Tel était le gros titre du quotidien. Ainsi, les rumeurs selon lesquelles Théodore aurait été blessé par les Héritiers étaient vraies. Hermione ne savait pas vraiment si elle devait s'en réjouir ou pas. Que Théodore soit dans un lit d'hôpital à Sainte-Mangouste ou sur une plage à Bornéo était le cadet de ses soucis, mais le fait qu'il ait été blessé par les Mangemorts ne pouvait signifier que deux choses : soit les potes de Rodolphus Lestrange étaient beaucoup plus forts qu'elle ne l'avait imaginé (hypothèse peu probable), soit Théodore s'affaiblissait à vitesse grand V. Et plus il verrait sa dernière heure approcher, plus il serait prêt à n'importe quoi pour survivre. Autrement dit, ça risquait de devenir problématique pour elle.

Le fil de ses pensées avait alors été brusquement interrompu par la voix implorante d'Elias. L'enfant était perdu et Hermione ne pouvait pas lui en vouloir. Bien qu'il ait appris deux jours plus tôt qui était réellement Théodore Nott, il restait son père, celui qui l'avait élevé et chéri depuis sa naissance et l'idée de le perdre l'affolait malgré lui. Hermione avait souvent entendu dire que l'amour d'un enfant pour ses parents était inconditionnel et bien qu'elle n'ait jamais douté de cette théorie, elle en avait aujourd'hui la preuve vivante sous les yeux. Même lorsque le parent en question était un sociopathe obsessionnel doublé d'un violeur.

Bien qu'elle eût tout donné pour s'éviter ça, elle n'avait pas le droit d'empêcher l'enfant de tendre la main vers son père. Elle demanda donc à Elias de se tenir prêt pour seize heures, afin d'aller le voir à l'hôpital. Elle devait de toute façon y aller pour Ron, l'enfant n'aurait qu'à visiter Théodore pendant qu'elle-même serait avec ses amis.

A la pause déjeuner, elle était allée voir Rogue pour lui demander l'autorisation de sortir (encore une fois) Elias de l'enceinte de l'école, mais celui-ci semblait également avoir sa dose de drames personnels. Lorsqu'Hermione était arrivée dans son bureau, Aria s'y trouvait également et vociférait tout en tournant en rond dans la pièce. Il avait fallu quelques secondes à la brune pour comprendre que l'avocate était en réalité au téléphone. Rogue, quant à lui, semblait à deux doigts du suicide et était penché sur son bureau, le front posé dans ses mains.

Après avoir appris le double attentat de la veille, Aria avait insisté pour quitter Poudlard et rentrer à Londres au chevet de l'inspecteur Hodgkin. Mais celui-ci (au téléphone) refusait catégoriquement qu'elle quitte sa cachette, tout en lui assurant qu'il n'avait que « quelques égratignures » et qu'il sortirait de l'hôpital dès ce soir. En apprenant la raison de la visite d'Hermione et de peur qu'Aria ne l'entende également malgré sa conversation téléphonique, Severus s'empressa de chuchoter à la Gryffondor qu'il l'autorisait à sortir de l'école avec tous les élèves et professeurs si ça lui chantait à condition qu'elle quitte son bureau sur le champ. Si jamais l'avocate réalisait qu'on autorisait d'autres gens à se rendre à Sainte-Mangouste alors qu'on la retenait à Poudlard de force, elle risquerait de mal le prendre et la dernière chose dont avait envie Severus en ce moment était d'avoir une avocate encore plus furibonde sur les bras. Hermione s'était donc éclipsée précipitamment avec la sérieuse impression que le monde entier était devenu fou.

Alors que la matinée avait été longue, laborieuse et stressante, l'après-midi passa à la vitesse de l'éclair et avant même qu'Hermione ait eu le temps de s'en apercevoir, il était déjà seize heures. Rangeant en vitesse ses affaires, elle trottina jusqu'au cloître où elle avait donné rendez-vous à Elias. L'enfant l'attendait, entouré de sa petite bande et ils semblaient tous piaffer d'impatience. Surtout trois d'entre eux, en réalité.

« Hermione ! », s'écria Victoire dès que la jeune femme fut dans son champ de vision. « Comment va Oncle Ron ? Maman m'a envoyé un hibou ce matin pour me dire qu'il était réveillé. Est-ce que c'est vrai ? Ted et moi on voudrait venir avec vous. On peut ? »

Hermione leva les mains en signe d'apaisement, tout en pensant que Rogue avait effectivement dit qu'elle pouvait embarquer tout le château avec elle si elle s'en sentait le courage, mais elle chassa aussitôt cette idée déraisonnable. « Je n'ai pas l'autorisation de vous emmener avec moi, mais je vous promets que je vous donnerai des infos sur la santé de Ron dès que possible… », fit-elle avec calme, tandis que Victoire poussait un soupir déchirant.

« Et le père d'Elias, il va s'en sortir ? », s'enquit David en haussant les sourcils. Elias leva des yeux inquiets, attendant une réponse d'Hermione, mais celle-ci n'en avait aucune à lui donner.

« Je n'en sais rien », avoua-t-elle, sincère. « Bon, il est l'heure. »

« Attends ! », l'interpella Ted alors qu'elle tournait le dos au reste du groupe. « Tiens ! » Il lui fourra dans les mains une enveloppe bariolée et Hermione arqua un sourcil interrogateur. « C'est une carte pour Ron. On a écrit un petit mot dedans, j'ai fait un dessin… », bredouilla le jeune Lupin en rosissant. « Maintenant que je le dis à voix haute, ça a l'air complètement stupide… »

« Je suis certaine que Ron sera ravi, c'est très gentil », le rassura la jeune femme en lui ébouriffant les cheveux. « Allons-y », ajouta-t-elle à l'attention d'Elias.

Le petit brun lui emboîta le pas après avoir fait un signe de la main à ses amis. A la sortie du cloître, sous les arches, était assis Ménélas Fawley, le dos courbé et la mine défaite. En voyant Elias et Hermione approcher, l'adolescent leur jeta à tous les deux un regard si meurtrier et destructeur que l'enseignante elle-même en eut des frissons. « C'est quoi son problème… », marmonna-t-elle entre ses dents, tandis qu'Elias se serrait un peu plus contre elle en marchant.

« Dans la Gazette, ils disent que mon père a tué le sien… », souffla-t-il, apeuré lui aussi par l'intensité des yeux de Fawley.

« En même temps, je doute que son père soit venu hier à Gordon Labs pour discuter tranquillement avec Théodore autour d'une bière… », gronda Hermione en continuant de dévisager son élève rebelle. « Ton père s'est défendu, rien de plus, j'en suis sûre. »

« La Gazette dit qu'il lui a arraché le cœur », grinça Elias avec une grimace.

Moui bon, il s'est juste « défendu » à-la-Théodore-Nott, quoi…, grommela intérieurement Hermione, avant de dire tout haut : « Il ne faut pas croire tout ce que tu lis dans la Gazette… » Même si pour une fois, quelque chose me dit qu'ils n'exagèrent pas…

L'image d'un Théodore en train d'arracher des cœurs d'un simple claquement de doigt s'imposa à l'esprit d'Hermione et elle frissonna. Super, voilà tout ce dont elle avait besoin pour se mettre dans l'ambiance avant d'arriver à Sainte-Mangouste. Ils étaient à peine sortis du château lorsque soudain la voix d'Elias s'éleva de nouveau.

« Oh, regarde, ce n'est pas Draco qui arrive ? », fit le petit en tendant le cou. Hermione se raidit et sonda la foule des élèves du regard. Effectivement, une tête peroxydée avançait sur le chemin et alors qu'Elias rouvrait la bouche et s'écriait « C'est lui ! Hé, DRA- ! », la main d'Hermione se plaqua sur sa bouche et elle entraîna le garçonnet derrière un arbuste à l'abri des regards.

« Qu'est-ce que tu fais ? », chuchota Elias lorsqu'Hermione consentit à le lâcher. La jeune femme plongea le nez dans les buissons pour surveiller la progression de son fiancé.

Ce qu'elle faisait, Hermione ne le savait pas elle-même. La présence de Draco alors qu'ils ne s'étaient pas parlés depuis la veille soulevait tout un tas de questions auxquelles elle n'avait ni le temps ni l'envie de trouver des réponses. Etait-il venu s'excuser ? Avait-il (contre toute attente) réellement écouté son sermon d'hier soir et s'était-il enfin décidé à venir voir sa mère ? Oh mais oui, c'est sûrement ça !, couina intérieurement Hermione, ravie. L'idée que Draco écoute ses conseils même lorsqu'il faisait sa tête de mule la réjouissait au plus haut point.

« Je peux savoir pourquoi on est en train de se cacher ? », reprit Elias à mi-voix tout en scrutant à travers les branchages à son tour. Le blond n'était plus très loin et il ne semblait pas les avoir vus. Tant mieux, Hermione ne voulait pas risquer qu'il change d'avis et rebrousse chemin en la voyant, par fierté ou un quelconque autre principe Malfoyien à deux Mornilles.

« Je t'achèterai une boîte de Fizzwizzbizz en arrivant si tu gardes tout ça pour toi », murmura précipitamment Hermione en se baissant au maximum. Draco passait à leur niveau.

« D'accord, mais je peux savoir au moins ce qu'il se passe ? Vous vous êtes disputés ? », l'interrogea l'enfant.

Tout juste. « Deux boîtes et tu arrêtes de poser des questions ? », rétorqua Hermione en plissant les yeux.

Elias fit mine de réfléchir quelques secondes puis haussa les épaules avec un petit sourire réjoui. « OK. »

Hermione reprit son poste d'observation. Draco les avait à présent dépassés et s'éloignait en direction du château. La brunette attendit qu'il ait passé le seuil puis sortit de son buisson, Elias sur les talons. Dès qu'ils furent au-delà des limites de l'école, Hermione transplana, l'enfant à son bras, pour arriver devant l'entrée de l'hôpital. En entrant dans le hall, Hermione tint sa promesse et glissa un Gallion dans une machine à sucreries pour faire tomber deux paquets de Fizzwizzbizz, qu'Elias empocha avec un large sourire. Après avoir demandé à la réceptionniste où se trouvaient les chambres de Théodore Nott et de Ronald Weasley, Hermione entraîna le garçonnet dans les couloirs de l'hôpital. Il était hors de question qu'elle passe tout son temps avec Nott, c'est pourquoi elle avait décidé de laisser l'enfant au passage et de filer directement voir Ron.

Au coin du couloir où se trouvait la chambre de Théodore, un agent du Ministère leur demanda leurs papiers d'identité et se détendit aussitôt lorsqu'Elias lui sortit son passeport. « Ton père est juste là, deuxième porte à gauche. Il est réveillé », fit l'agent avec un sourire bienveillant à l'attention du gamin. Celui-ci le lui rendit au centuple et Hermione se contenta de bredouiller un « Merci » grincheux. Comme d'habitude, Théodore avait droit à des avantages dignes d'un chef d'Etat et cela avait le don de l'énerver. La deuxième porte à gauche était elle aussi gardée par un agent du Ministère qui consulta d'un regard le vigile posté à l'entrée du couloir. Celui-ci hocha la tête et lui annonça « C'est son fils, laisse passer ».

Hermione poussa Elias en avant et se pencha vers lui. « Bon, je reviens te chercher dans un moment, d'accord ? »

Etrangement, Elias opina du chef assez mollement et il semblait beaucoup moins sûr de lui maintenant qu'il se trouvait à quelques mètres de son géniteur.

« Est-ce que… tu m'en veux ? », demanda-t-il avec une grimace.

« De quoi ? »

Le rictus de l'enfant s'accentua. Il semblait chercher des mots qui avaient beaucoup de mal à venir. Il haussa les épaules. « Tu sais… Papa. Il a été horrible avec toi et tout ce qu'il t'a fait, je suis en colère quand j'y pense, vraiment très en colère ! », fit-il avec emphase. Hermione se mit à genoux pour se mettre à sa hauteur, attendant qu'il termine sa phrase. « Mais j'ai beau essayer, je… je n'arrive pas à le détester complètement. Quand j'ai vu qu'il était blessé, j'ai eu tellement peur. Comme si tout le reste n'avait plus d'importance… et j'étais juste terrifié qu'il meure avant d'avoir pu lui parler. »

L'enfant se tut et plongea son regard angoissé dans les yeux chocolat d'Hermione. « Est-ce que tu m'en veux de ne pas le détester ? »

Hermione le dévisagea longuement, puis secoua la tête. « Ecoute, Elias. Je ne peux pas te demander de le haïr. Ce genre de choses ne se fait pas sur commande… Le Théodore que j'ai connu et celui qui t'a élevé sont très différents et le tien ne doit pas être une si mauvaise personne sinon il n'aurait pas pu faire de toi le petit garçon adorable que tu es aujourd'hui », railla-t-elle en lui ébouriffant les cheveux.

« Oui, mais ce Théodore-là n'est qu'un mensonge… », renifla l'enfant.

Hermione perdit aussitôt son sourire. « Non, je suis persuadée que non. Tu es certainement ce qu'il a de plus cher au monde et personne ne peut mentir sur ça », assura-t-elle. La preuve, il fait toutes ces choses aussi pour toi, se retint-elle d'ajouter. Elias n'était pas au courant de l'affaiblissement magique de son père et ce n'était pas à elle d'aborder le sujet. « Ta colère envers lui est légitime, c'est justement parce que tu aimes ton père que tu la ressens. Il t'a déçu et ça te fait du mal. Si tu ne l'aimais pas, tu te ficherais pas mal de ses actions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. »

Un pauvre sourire revint sur les lèvres d'Elias et Hermione poussa sur ses genoux pour se relever. « Profitez-en pour parler, d'accord ? De ça et… d'autres trucs », lâcha-t-elle avec un geste vague de la main. « Mettez les choses au clair. Je reviens te chercher dans… disons une heure ? »

Elias hocha la tête, rasséréné et l'agent du Ministère ouvrit la porte de la chambre pour le laisser entrer. Il se retourna une dernière fois avant d'entrer dans la pièce et Hermione se surprit à lui faire un sourire et un geste de la main idiots. En vérité, l'idée de voir Théodore ici la mettait encore plus mal à l'aise que lui. Il était donc hors de question qu'elle pénètre dans cette chambre. Le vigile referma la porte derrière l'enfant et alors qu'elle reculait pour s'éloigner, lui demanda :

« Vous êtes sûre de ne pas vouloir entrer, Madame Nott ? »

Madame QUOI ?

Hermione le fusilla du regard, tellement surprise et furieuse qu'elle ne sut quoi répondre, et s'empressa de quitter le couloir pour rejoindre la chambre de Ron, à l'étage supérieur.

~o~

Il régnait une certaine agitation dans la chambre de Ronald Weasley lorsque Blaise en poussa la porte. Molly recalait les oreillers du jeune homme pour la millième fois au moins, Ginny tentait de lui faire ingurgiter la sixième compote de la journée, tandis qu'Harry et Hermione s'efforçaient d'avoir une discussion sérieuse avec lui sur les Héritiers malgré les interruptions incessantes de la mère et de la fille. Les trois petits Potter manquaient cependant à l'appel : Harry et Ginny les avaient laissés en garderie chez Tonks, qui devait se sentir bien seule sans son fiston et son époux qui ne rentrait que le weekend.

« Tu n'étais pas censée m'attendre en bas ? J'ai poireauté vingt minutes », lâcha le métis à l'attention d'Hermione en guise de salut. Puis se tournant vers Ron, allongé sur le lit : « Salut, vieux, comment tu te sens ? »

Les deux garçons se serrèrent la main.

« Envahi », ironisa Ron d'une voix encore éraillée par les poussières et la fumée de l'explosion, tout en désignant Ginny et Molly qui s'activaient autour de lui. Blaise gloussa.

« Désolée, il y a eu un petit changement de plan », s'excusa Hermione avec une mine contrite. « J'ai dû emmener Elias et le déposer dans la chambre de son père et… » Elle se figea, penser au garçonnet lui avait manifestement rafraîchi la mémoire sur d'autres détails. « Oh, j'ai failli oublier ! », s'exclama-t-elle en fouillant dans son sac à main. Elle en ressortit une enveloppe qu'elle tendit à Ron.

« Qu'est-ce que c'est ? », demanda le roux en sortant la carte.

« De la part de Victoire et Teddy », fit simplement Hermione avec un sourire attendri. « Il paraît qu'il y a même un dessin ! »

Harry sourit, mais Ron fronçait quant à lui les sourcils, le regard figé sur une feuille volante glissée à l'intérieur. Sur le papier, dessiné aux crayons de couleur, se trouvait un bonhomme aux cheveux flamboyants et couvert de taches de rousseur jetant une pluie de sortilèges sur une armée entière de Mangemorts menaçants. L'une des jambes du rouquin était dessinée avec un angle étrange, indiquant que « l'artiste » insistait sur le fait que le héros de son œuvre continuait de se battre vaillamment malgré ses blessures. Dans un coin de la feuille, Ted avait également apposé sa signature, précédée de la mention « J'espère que tu leur as botté les fesses. Rétablis-toi bien ! »

Ron pinça les lèvres et tourna la feuille vers les autres pour qu'ils puissent admirer l'esquisse. « Quelqu'un a pensé à dire à ce gosse que c'est une toiture qui m'a blessé et pas un groupe de Mangemorts enragés ? », grinça-t-il tandis qu'Hermione pouffait malgré elle.

« Et voir la déception remplacer l'admiration dans leurs petits yeux brillants ? Quel genre de monstre es-tu ? », plaisanta Blaise en s'asseyant à côté d'Hermione sur le rebord de la fenêtre. « Crois-moi, quand tu seras vieux et moche, c'est cette version-là que tu raconteras à tes petits-enfants au coin du feu, pas celle de la charpente. »

Ron leva les yeux au ciel et posa la carte sur sa table de chevet recouverte de médicaments, de bouteilles d'eau et autre bric-à-brac.

« Draco n'est pas avec toi ? », questionna Blaise en se penchant vers Hermione. La jeune femme secoua la tête et rosit légèrement.

« On ne s'est pas adressé la parole depuis hier soir et il est parti au travail tôt ce matin… mais quelque chose me dit qu'il est avec sa mère en ce moment. Enfin, j'espère. »

« Sans déconner, il se serait enfin décidé à écouter les bons conseils qui sortent de ta bouche ? », railla Blaise avec une pointe d'amertume. « Quel progrès ! C'est quoi, la prochaine étape ? S'excuser d'avoir été un idiot de classe intersidérale ? »

« S'excuser ? », marmonna Hermione en haussant un sourcil narquois. « N'allons pas trop vite en besogne. Si j'ai droit à un grommellement gêné, je m'estimerai déjà heureuse. »

Blaise s'esclaffa doucement et passa un bras dans le dos d'Hermione pour lui tapoter l'épaule avec compassion.

A cet instant, la porte de la chambre s'ouvrit pour laisser entrer une jeune infirmière faisant rouler à sa suite un petit chariot rempli de potions et boissons diverses. Le silence retomba aussitôt dans la chambre et la jeune femme rosit aussitôt alors qu'elle approchait du lit de Ron. Celui-ci semblait également avoir pris une teinte plus cramoisie que d'habitude.

« Comment vous sentez-vous, Monsieur Weasley ? Avez-vous besoin de quelque chose ? », bredouilla-t-elle en vérifiant les moniteurs, la perfusion et le niveau des poches sur la perche à intraveineuse.

« Je… ça va », assura Ron qui semblait au contraire chercher n'importe quel prétexte pour prolonger le séjour de l'infirmière dans la pièce. « Peut-être un verre d'eau. Ma gorge… » Il se la racla bruyamment en tapotant son torse d'une main.

Hermione et Blaise échangèrent un regard appuyé. La tension romantique entre ces deux-là était aussi épaisse que les gâteaux à étages de Molly Weasley. Ron se tourna vers ses amis, désignant l'infirmière de la main. « Voici Mélinda. Elle est le premier visage que j'ai vu en me réveillant », commenta Ron, à présent aussi rouge qu'une écrevisse. « Vous êtes le premier visage que j'ai vu en me réveillant », répéta-t-il bêtement en regardant cette fois Mélinda, comme si elle n'avait pas entendu la première fois.

« Je… j'espère ne pas vous avoir effrayé », tenta de plaisanter la jeune soignante en lui tendant un gobelet d'eau fraîche.

« Un peu », avoua Ron avec un sourire idiot. « J'ai eu un instant peur d'être mort et arrivé au paradis. »

Ginny se retourna vers Harry et mima discrètement un vomissement, tandis qu'Harry tentait de se retenir de rire.

« Bon, je reviendrai vous voir un peu plus tard », fit Mélinda en quittant la pièce, les joues roses et l'œil pétillant.

La porte se referma et un silence à couper au couteau s'abattit dans la chambre.

« Pire. Dragueur. Du monde », lâcha finalement Blaise en secouant la tête, atterré.

« Quoi ? », fit Ron en haussant les épaules, tandis que tous partaient d'un rire nerveux.

Molly finit par s'éclipser pour aller manger un morceau et les jeunes furent enfin seuls. En présence de Mrs Weasley, il avait été hors de question d'aborder de près ou de loin le sujet des attentats sous peine de se faire sortir illico presto de la chambre à coups de pieds au derrière. Ils profitèrent donc de sa brève absence pour faire un récapitulatif des événements. Ron avait encore un peu de mal à remettre la chronologie des événements en place. Il était sous le choc et l'annonce ce matin-même du décès de son partenaire Matthew et de quelques autres collègues n'avait pas arrangé les choses. Certes, c'étaient les risques du métier, mais même s'il se trouvait égoïste de penser cela, il aurait préféré que ce soit quelqu'un d'autre que son coéquipier qui meure. Ce ne serait plus jamais pareil sans lui.

Hermione parla notamment des révélations de Narcissa et faillit se mettre à sangloter en avouant à Ron qu'elle aurait pu le prévenir avant le drame si elle était arrivée plus tôt à l'école, si Narcissa avait mis quelques minutes de moins à finir son récit, et si, et si, et si… Ron lui avait adressé un regard triste puis lui avait assuré qu'elle n'aurait rien pu faire de plus. Maigre consolation.

Molly finit par revenir et la discussion fut avortée. Le soleil d'hiver commençait à décliner sur Londres et Hermione décida qu'elle devait aller récupérer Elias pour repartir à Pré-au-Lard. Après avoir embrassé ses amis, elle redescendit à l'étage inférieur et se présenta de nouveau aux vigiles qui gardaient la chambre de Théodore.

Elle avait à peine ouvert la bouche pour demander au garde à l'entrée de faire sortir Elias que la porte s'ouvrit de l'intérieur, sur un autre homme qui s'adressa directement à Hermione.

« Madame, Monsieur Nott voudrait que vous entriez », lâcha-t-il d'une voix neutre tandis que l'enseignante levait intérieurement les yeux au ciel. Bien entendu, il l'avait sentie approcher sans même la voir ni l'entendre. Elle aurait certainement trouvé ça flippant si elle n'avait pas été si occupée à l'insulter en son for intérieur…

Les mâchoires serrées, elle obtempéra. Même dans un lit d'hôpital, Théodore Nott n'était pas le genre de personne dont on discute les ordres. Encore moins quand toute une escouade de molosses à la mine patibulaire protégeait ses arrières. La première chose qu'elle vit fut les yeux rougis et gonflés d'Elias. L'enfant avait manifestement pleuré. Beaucoup, même. Elle se demanda si Théodore lui avait annoncé sa mort imminente. Mais elle se trompait, comme elle en eut la confirmation la seconde suivante. L'enfant, qui était recroquevillé près de son père sur le lit, bondit et courut se serrer contre Hermione.

« Amy est morte », gémit-il en s'accrochant à elle comme à une bouée de sauvetage.

Qui est Amy ?, se demanda désespérément Hermione en pinçant les lèvres.

« Amy était mon assistante personnelle depuis cinq ans. Elle adorait Elias et s'est beaucoup occupée de lui », fit la voix de Théodore sur sa gauche.

Hermione tourna le regard dans sa direction, à contrecœur. Elle s'était attendue à le voir fatigué, peut-être contusionné et affublé de quelques plaies et bosses. Mais ce qu'elle avait en face d'elle allait bien au-delà de ça. Malgré l'aversion qu'elle ressentait pour lui, Hermione était restée lucide en ce qui concernait Théodore : il était beau, à sa manière, et plutôt bien fait de sa personne, bien qu'elle ne puisse le considérer comme une « belle personne » en raison de leur passif commun. Mais aujourd'hui, allongé dans ce lit, presque sans défense (si l'on omettait la horde de bouledogues postés de part et d'autre de la pièce et du couloir voisin), Hermione fut violemment frappée par tout ce qu'impliquait son refus d'aider le jeune homme.

Son teint blafard et maladif, ainsi que les grands cernes noirs qui entouraient ses yeux, faisaient paraître encore plus sombres ses iris et sa chevelure de jais. Il tenait dans sa main un mouchoir en papier couvert de taches de sang et du coin de l'œil, Hermione remarqua que la poubelle près du lit était remplie d'autres mouchoirs dans le même état. En le voyant ainsi aussi faible, la jeune femme se demanda comment elle avait pu un jour le trouver effrayant. Il faisait presque… pitié.

Un étrange sentiment qu'elle détesta aussitôt lui tordit les entrailles. La culpabilité. Par Merlin, était-elle donc gentille et serviable au point de se sentir coupable de ne pas aider à survivre l'homme qui l'avait violée ? Trop bonne, trop conne, grinça-t-elle intérieurement tout en essayant de chasser cette affreuse sensation de… faute. En vain. Alité et condamné, Théodore semblait humain pour la première fois à ses yeux. Car qu'y avait-il de plus humain que la terreur de passer l'arme à gauche ? Rien. Face à la mort, on est tous égaux.

« Alors, il paraît que Draco et toi vous êtes disputés ? », reprit le « fantôme » de Nott depuis son lit. Hermione sortit de ses pensées et détourna le regard pour le poser sur Elias, qui semblait soudain penaud.

« Cache ta joie », cracha-t-elle en reportant son attention sur le malade, qui souriait largement malgré son air fatigué. « Ce n'était pas à cause de toi, si tu veux tout savoir. »

Bien entendu c'était un mensonge et Théodore le savait tout aussi bien qu'elle. « Hmm hmm », fit-il simplement alors qu'Elias regagnait le lit pour s'y rasseoir. « Comment va ton ami Ron ? »

Depuis quand ça t'intéresse ?, rétorqua mentalement Hermione. Il voulait prétendre que tout allait bien et faire comme s'ils étaient de vieux amis ? Sûrement pour ne pas détruire le fragile équilibre qu'il avait réussi à recréer avec Elias. Parfait, elle allait jouer. « Plutôt bien. Enfin… les médecins disent que son tibia gardera certainement des séquelles toute sa vie mais ils ont au moins pu sauver sa jambe. »

« Je suis désolé pour lui. » Phrase chaleureuse, mais ton froid et neutre. Théodore n'en avait certainement rien à cirer de Ron mais il voulait se montrer poli. Elle pouvait au moins saluer cet effort surhumain en lui retournant la question.

« Et toi ? », demanda-t-elle, sèchement. Ça lui arrachait presque la bouche de demander de ses nouvelles, mais elle devait tenir son rôle jusqu'au bout.

Elle vit Théodore jeter un bref regard en direction d'Elias qui observait d'un air inquiet les perfusions et moniteurs reliés à son père de chaque côté du lit. Une fois qu'il fut certain que l'enfant ne le regardait pas, il fusilla Hermione du regard. Juste une seconde, avant de reprendre son masque d'un calme olympien.

« Comme tu vois », articula-t-il en écartant légèrement les bras.

Hermione ne répondit pas. Il était hors de question que leur échange aille plus loin. Elle savait ce qu'il essayait de faire et il en était hors de question. Elle n'allait pas le laisser la culpabiliser de refuser un second viol pour le tirer d'affaire.

« Elias, on va y aller ? », soupira-t-elle en se composant un sourire. L'expression de l'enfant s'assombrit légèrement mais il hocha tout de même la tête. Il savait qu'il lui faudrait partir tôt ou tard, il aurait seulement préféré que ce soit tard.

« Tu sortiras bientôt, papa ? », s'enquit le brun, tandis que son père acquiesçait en souriant, délaissant Hermione quelques secondes.

« Demain, normalement », assura-t-il avec entrain. « Ce n'était qu'un peu d'épuisement après l'attentat. J'ai pris quelques coups aussi, mais rien qui ne justifie de me garder plus longtemps. »

Hermione pinça les lèvres. Il n'avait donc rien dit à son fils et cela l'agaça prodigieusement. Cela signifiait surtout qu'il n'abandonnait pas tout espoir de récupérer ses pouvoirs. Il avait décidément une volonté de fer, on ne pouvait pas le nier.

Elias esquissa un sourire et Théodore lui passa une main sur le haut du crâne. « Allez, file. Maman s'impatiente », railla-t-il en désignant Hermione du doigt.

Tu sais ce qu'elle te dit, maman ?, gronda Hermione dans sa tête. Elle fut quasiment sûre que Théodore avait capté cette pensée car son sourire narquois s'agrandit instantanément, comme s'il était sur le point de rire.

Elias récupéra son manteau et son dernier paquet de Fizzwizzbizz (le premier ayant déjà été mangé) et esquissa un petit sourire contrit. « Je suis quand même content… », fit-il en regardant tour à tour Hermione et Théo. « Je sais que vous êtes vraiment fâchés mais… vous ne vous êtes pas entretués ces cinq dernières minutes. C'est bien. »

« Comme je te l'ai dit Elias, Hermione et moi la dernière fois, c'était seulement une dispute de grandes personnes. C'est très impressionnant pour les jeunes enfants, mais ce n'est rien. On est des gens civilisés, n'est-ce pas, Hermione ? » Regard menaçant, sourire carnassier. Hermione tint bon et releva les coins de ses lèvres en un rictus railleur.

« Bien sûr », lâcha-t-elle, mielleuse. Sans quitter Théodore des yeux, elle s'imagina hurlant « Et ça, c'est civilisé ? » une hache à la main, frappant tout ce qui pouvait être réduit en poussière dans la pièce, à commencer par la tête de Théodore. Vision enchanteresse. Ça aussi, Théodore l'avait capté : son sourcil droit s'était haussé lentement et sa voix résonna bientôt dans le crâne d'Hermione.

Oh, un duel d'images mentales ? J'adore ça…

L'instant d'après, Hermione se sentit propulsée en arrière. Deux mains caressaient fiévreusement son corps et ses lèvres furent prises d'assaut par une bouche inconnue. Elle poussa un halètement de plaisir et ouvrit les yeux. Théodore la dévorait de baisers, caressant sa poitrine d'une main et déboutonnant sa chemise de l'autre. Normalement, là, elle aurait dû le repousser, l'insulter, hurler, mais rien de tout cela n'arriva. Au contraire, elle se pressa un peu plus contre lui, ses seins plaqués contre son torse brûlant.

« Maman, est-ce que ça va ? »

Hermione cligna des yeux. Elle était toujours debout dans la chambre d'hôpital. Théodore n'était absolument pas contre elle mais bien sagement dans son lit et Elias la dévisageait avec étonnement.

Théodore 1 – Hermione 0, chantonna la voix de Théo dans son crâne. On rejoue ?

La jeune femme serra les dents et tendit la main gauche pour qu'Elias la prenne. « On s'en va. » Elle entraîna le petit garçon à l'extérieur et dès qu'il eut passé le couloir, elle se pencha en arrière, l'index pointé sur Théodore.

« Espèce de connard », chuchota-t-elle pour ne pas qu'Elias l'entende.

« A tout à l'heure, chérie. Toi et moi, il faut qu'on parle… », répondit du tac-au-tac Théodore en lui adressant un clin d'œil. La porte claqua. Un des gardes posté dans la chambre esquissa une grimace.

« Pas commode, votre bonne femme. »

« La mienne est un peu comme ça aussi, le moindre petit truc, la moindre remarque prend des proportions titanesques… Au final, elles ne savent même plus pourquoi elles sont en colère, hein. Mais elles vous le font payer quand même… », renchérit un deuxième en secouant la tête.

Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Théodore et le jeune homme se rassit confortablement contre son oreiller. Elle culpabilisait. Il l'avait lu dans son regard. Tout n'était plus qu'une question de temps à présent.

Dans le couloir, Hermione regagnait le rez-de-chaussée à si grandes enjambées qu'Elias était presque obligé de courir pour rester à sa hauteur. Elle était en colère. Contre Théodore, contre elle-même… contre sa propre faiblesse. La sensation des lèvres et des mains de Nott sur elle était encore présente et elle en eut la nausée. Pendant une demi-seconde dans cette illusion, elle avait aimé ce qu'elle ressentait. Certes, c'était une image créée de toutes pièces par Théodore (et les sensations elles-mêmes étaient illusoires), mais tout de même. Il était hors de question d'éprouver la moindre once de plaisir quand il s'agissait de cet homme. Même pour de faux.

A tout à l'heure, chérie. Il ne semblait pas prêt à lâcher prise, en tous cas. Et apparemment, il souhaitait discuter. Mais avec lui, une simple conversation pouvait prendre une ampleur catastrophique. Elle devrait rester sur ses gardes, quitte à ne pas dormir de la nuit.

Ils arrivèrent enfin à la réception, passèrent devant la standardiste qui ne les vit même pas et sortirent au grand air. Le souffle du vent, bien que glacé, fit du bien à Hermione et elle s'arrêta deux secondes sur le trottoir pour profiter de l'instant.

« Et là, on se cache aussi, ou pas ? », fit soudain Elias, d'un air gêné.

« Hein ? »

Hermione suivit le regard du garçonnet et vit qu'une tête blonde familière se tenait à quelques mètres d'eux, près d'un banc public. Ladite tête se tourna vers eux et les dévisagea avec un mélange d'agacement et de culpabilité. Hermione sentit un sourire de triomphe se plaquer sur son visage. Toute colère s'était envolée à la seconde où elle avait croisé son regard penaud. Draco les attendait là, misérable et seul sur le trottoir, un bouquet de roses rouges honteusement gigantesque à la main. Il admettait ses torts. Hermione s'avança de quelques pas, essayant de ne pas rire face à la mine désolée de son fiancé et s'arrêta à deux mètres de lui, la tête penchée sur le côté.

« Hum… euh… je voulais te dire… », commença par bougonner Draco, légèrement encombré par sa gerbe de roses.

« Elles sont pour moi ou pour Ron ? », ironisa Hermione en croisant les bras sur la poitrine. Draco parut encore plus désespéré qu'il ne l'était déjà.

« Je suis en train d'essayer de dire un truc, là… », marmonna-t-il en se concentrant de nouveau.

« Pardon », gloussa Hermione en mimant une fermeture Eclair sur sa bouche.

« Je suis allé voir ma mère cet après-midi et… »

« Attends, quoi ? Tu aurais donc écouté mes conseils ? », piailla Hermione, consciente qu'elle exagérait avec ses interruptions. Mais l'instant était beaucoup trop jouissif et le blond méritait un peu qu'on lui vole dans les plumes après son comportement de la veille.

Il fronça les sourcils. « Tu jubiles, hein, avoue ? De me voir comme un con, là, avec des fleurs plein les bras et tout un tas de mots que je n'arrive pas à prononcer… »

« Totalement », répondit Hermione, qui souriait tant à présent qu'elle en avait mal à l'intérieur des joues. « Je crois que ce que tu veux dire commence par je-suis-déso- »

« Je suis désolé », la coupa abruptement Draco avec humeur. « Je me suis comporté comme le pire des imbéciles et je t'ai fait du mal. Je m'en veux terriblement et à partir de maintenant, je t'autorise à me frapper de toutes tes forces à chaque fois que ma bouche se mettra à dire autant de conneries que j'en ai dites hier soir. »

« Je pourrai utiliser des livres ? Pour te taper dessus ? »

Le blond tiqua, mais hocha la tête. « Avec l'intégralité de l'encyclopédie des Gobelins en dix-huit volumes, si ça te chante. Je le mérite. »

Hermione éclata de rire et l'atmosphère se détendit d'un seul coup. Ils échangèrent un regard complice et passionné.

« Pour l'instant, j'ai juste envie de t'embrasser », souffla Hermione avant de lui sauter au cou, si brusquement que Draco faillit en perdre ses fleurs.

Hermione avait l'impression que cela faisait des siècles qu'ils ne s'étaient plus embrassés comme ça. Leur dispute de la veille lui avait fait tellement de mal qu'elle en avait presque oublié à quel point leurs étreintes étaient agréables. Je ne veux plus que ça se reproduise. A bout de souffle, Hermione mit fin à leur baiser et recula pour regarder son fiancé avec tendresse. Puis gloussa.

« Blaise ne va jamais me croire… », marmonna-t-elle en prenant les fleurs pour y plonger le nez. Elles sentaient divinement bon. Le parfum des excuses Malfoyiennes. Une fragrance rare.

« Quoi ? Comment ça ? », questionna aussitôt le blond en fronçant les sourcils.

« Oh lala, j'avais pas vu l'heure, dis donc, il se fait tard… », éluda-t-elle d'une voix beaucoup trop aiguë pour être honnête, tout en étendant le bras à l'enfant resté en retrait.

Derrière elle, Elias les regardait avec un sourire triste et prit la main qu'Hermione lui tendait. Draco en revanche, ne semblait pas vouloir lâcher l'affaire.

« Minute, qu'est-ce que tu voulais dire par Blaise ne va jamais me-, Hermione. Hé ! Ne change pas de suj- Hermione ! »

~o~

Perpetua Rowle sortait des toilettes du second étage lorsqu'un sifflement sinistre la fit se retourner. Ménélas Fawley, flanqué de son inséparable comparse Quentyn Travers, étaient planqués dans un renfoncement près d'une tapisserie ancienne et lui faisait signe d'approcher. Pippa frissonna. Les deux garçons la mettaient franchement mal à l'aise. Non, soyons honnêtes, ils la terrorisaient. Mais elle avait promis de mener sa mission jusqu'au bout et c'était le seul moyen d'obtenir des informations précieuses sur les agissements du club Héritage. Se composant un visage neutre, la jeune adolescente rassembla son courage et s'avança vers eux, la tête haute.

« Quoi ? »

Les deux garçons échangèrent un regard.

« Tu as bien dit que tu voulais passer aux choses sérieuses ? Travailler pour nous ? », demanda Travers en scrutant les environs déserts.

Pippa hocha simplement la tête, sa gorge nouée l'empêchant de produire le moindre son.

« On a une mission pour toi. Elias Nott, tu vois qui c'est ? », demanda Quentyn.

« Bien sûr qu'elle sait qui c'est, c'est la plus ignoble des ignominies, l'original, la source de tout », cracha Ménélas en fusillant son ami du regard.

Quentyn leva la main en signe d'apaisement, mais Fawley ne semblait pas vouloir s'arrêter là.

« Le père de ce petit salopard a tué le mien hier, cet enfoiré va payer et savoir ce que ça fait de perdre un membre de sa famille », gronda de nouveau Ménélas. « On va zigouiller son foutu gamin. »

Pippa pâlit. « Mais, c'est un peu… enfin, je veux dire… », balbutia-t-elle tout en commençant aussitôt à chercher un moyen d'alerter discrètement un professeur ou le Directeur lui-même sans éveiller les soupçons.

« Ton job, c'est de trouver un prétexte pour qu'il te suive jusqu'à la serre numéro deux, celle qui est en rénovation, et nous on se chargera du reste. Il y a tellement de bestioles dangereuses dans la Forêt Interdite, de temps en temps il y a des accidents, tu comprends ? »

La jeune fille acquiesça en silence.

« Mais, pourquoi est-ce qu'il me suivrait là-bas ? Je ne le connais même pas ! », mentit-elle pour tenter de se sortir de ce traquenard.

« Trouve. Un. Truc », hacha Ménélas en la saisissant par le col de sa chemise. « Sinon on enverra une jolie lettre à tes parents pour leur dire que tu ne souhaites plus faire partie du groupe. Je suis sûr que ça fera grave plaisir à Papa et Maman Rowle. »

« Et à Tonton Rowle, surtout », ricana Quentyn à son tour.

« Serre numéro deux. Vingt heures », répéta Pippa d'une voix fluette.

La pression sur son chemisier s'envola et avant qu'elle n'ait eu le temps de reprendre ses esprits, les deux adolescents étaient partis. Tremblante, la jeune fille se laissa tomber contre le mur et respira profondément.

Il fallait qu'elle trouve un moyen de s'en sortir sans griller sa couverture. Mais pour l'instant, son cerveau affolé ne lui donnait aucune solution.

En d'autres termes, elle était piégée.

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ALORS ? ça vous a plu ? Le Dramione ? Le « bref-mais-intense-même-si-c'était-une-illusion » Théomione ? J'espère vous avoir contentées. Maintenant, à vous de vous battre, je compte les points. Team Théo / Team Draco, le combat va être rude.
D'après vous, que va faire Hermione ? Cèdera-t-elle ? Cèdera-t-elle pas ?

Bon, j'espère que ce chapitre vous a plu ! Comme vous vous en doutez un peu, tout s'enchaîne très vite et on se rapproche de la grande finale. En tous cas j'ai hâte d'avoir votre avis et je vous souhaite une excellente semaine !

Gros bisous

Xérès