Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Et voici la suite tant attendue ! Bon ok j'avoue avoir abusé un peu sur le cliffhanger du précédent, ahah.

Aujourd'hui est un grand jour (pas à cause de la publication du chapitre, je ne suis pas égocentrique à ce point-là, hein) mais parce que c'est précisément AUJOURD'HUI que notre camarade fanfictionneuse Lyly Ford est publiée pour la première fois ! Son roman est le premier tome d'une trilogie « Le Royaume de Feanolis », intitulé « La cité d'Apsonia », disponible aux Editions Boz'Dodor. Voilà voilà, si vous aimez le fantastique et la fantasy, n'hésitez pas à aller le découvrir ! Et encore toutes mes félicitations à toi Lyly pour ce jour que tu attendais avec impatience depuis des mois (dans la joie et le stress, ahah). Enormes bisous, this chapter is for you.

Merci à mes nouveaux followers (Acide'nette, SlytherinStar1999, M1iya, Astoria Mickealson), ainsi qu'à Lyly Ford, MissDraymione, Marie901, Drasha, Marion, okami shiroi, PouleauPotter, uneenviedecrire, Acide'nette, Ellexa, Folpi, Jeny, Love The Original Family, Ela, Eanna Elendil, Eliane Gil, Nphilinne, Cecile, Naoem, Wizzette, Fan, Passion Fugace, Voldynouchette, Djianara, miss damdam, Sarah bus, Gouline971, Audrey917000, aussidagility, BurningAshes22, flolive, OrianeT, TiteTyLee pour leurs reviews.

RAR :

Drasha : 1) je ne tuerai pas Elias et 2) ça c'est un gros spoiler donc je ne peux pas y répondre. Ahah. Et juste comme ça, j'ai aussi des amis gendarmes et dans le GIGN donc tu ne me fais pas peur. XD En revanche je peux demander à Draco de donner à ton homme une formation avancée d'excusage floral, mais réserve vite, les places sont chères. Merci pour ta review et gros bisous !

Marion : Pippa a de la ressource. C'est une petite fille mais elle a plus d'un tour dans son sac, tu verras en deuxième partie de ce chapitre comment elle va s'en tirer ) Pour Hermione, tout va se jouer dans ce chapitre ! Merci pour ta review et gros bisous !

Ellexa : ahah bon courage avec tes gamins à surveiller, ça doit pas être facile tous les jours ! XD Une rétrospective sur les retrouvailles entre Draco et sa mère sera dans ce chapitre ^^ J'ai fait le choix de ne pas la rapporter « en live » dans le précédent pour mettre la scène à l'hôpital à la place, mais j'en parlerai, ne t'inquiète pas ! Merci pour ta review !

Folpi : je ne pense pas que si Hermione ne ressent rien pour Théo ce soit juste parce qu'elle se l'interdit. C'est physique, elle ne peut pas. Il est son pire cauchemar, difficile de ressentir quoi que ce soit dans ces conditions ! XD Ménélas et Quentyn ne vont pas pouvoir aller au bout de leur plan mais Pippa va avoir sacrément chaud aux fesses dans ce chapitre ! ahah. Justement, tu vas retrouver Pansy et Bella au tout début de ce chapitre. Bonne lecture et merci pour ta review !

Jeny : Tout à fait, il y a des choses qu'on ne peut pas et qu'on ne doit pas oublier concernant Théo. ) Merci pour ta review et bonne lecture !

Ela : ahah, le léchage de bottes ne fait jamais de mal bien au contraire ! J'espère que la suite continuera de te plaire (attention, le présent chapitre va être décisif pour Théo et Hermione… tu me donneras ta conclusion à ce sujet…). Merci pour ta review et bonne lecture ! Bisous bisous

Cécile : Ahah donc j'en déduis que tu n'es absolument pas team Théo. XD Merci pour ta review et bonne lecture !

Fan : XD non c'est vrai, mais pourquoi Hermione hésite-t-elle ? Les psychopathes cinglés c'est tellement sexy ! (ou pas !) ahah. Merci pour ta review et bonne lecture !

Sarahbus : je ne peux rien dire concernant ton dilemme Hermione/Théo car… tu vas avoir une partie des réponses dans ce chapitre, ahah. J'espère que tu ne seras pas déçue ! ) Gros bisous et bonne lecture !

Aussidagility : et pas n'importe quelles excuses ! Des excuses Malfoyiennes ! Merci pour ta review et bonne lecture !

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Chapitre 33 : Obéissance

L'obéissance au devoir est une résistance à soi-même.
- Henri Bergson

~o~

« Bordel, mais qu'est-ce que c'était que ce merdier, là-bas ? », aboya Rodolphus alors que ses Héritiers arrivaient au compte-goutte et passablement amochés pour certains à leur nouveau quartier général. « PARKINSON ! »

Pansy serra les dents et s'avança vers lui, ignorant les œillades inquiètes que lui lançait Bellatrix, occupée à guérir la blessure d'un collègue dans un coin de la pièce.

« Tu étais censée me surveiller ce connard, j'ai comme l'impression que tu as oublié de mentionner quelques petits détails », gronda son mentor en la dominant de toute sa hauteur. « Comment as-tu pu omettre le fait que Théodore Nott est plus puissant que nous tous réunis ? Et sans baguette ? »

Il hurlait carrément à présent et Pansy dut lutter contre l'envie irrépressible d'essuyer les postillons qu'elle avait reçus sur sa joue. « Je ne le savais pas, il est très prudent », mentit-elle en essayant d'avoir l'air aussi convaincante que possible. « Il semble clair que le Ministre sait s'entourer d'hommes puissants et discrets… »

« Puissants et discrets… », répéta Rodolphus en la fusillant du regard. « Puissants et discrets ? »

Le poing droit de Rodolphus partit à la vitesse de l'éclair, s'écrasant sur la pommette de Pansy qui craqua sèchement sous l'impact. La jeune femme tituba et s'abattit contre la vieille table en bois qui trônait au centre de la pièce, la faisant s'ébranler sous son poids. Bellatrix fondit aussitôt sur Rodolphus, les yeux flamboyants.

« On se calme », grogna-t-elle en collant presque son visage contre celui de son mari.

« Quoi, tu es jalouse, toi ? Tu veux la même ? », menaça-t-il en serrant de nouveau le poing. Il y eut un moment de flottement, pendant lequel plus personne ne bougea d'un poil dans la masure. Les deux époux Lestrange se jaugeaient mutuellement du regard, une aura électrique presque palpable tout autour d'eux. Puis Pansy se redressa, la main sur la joue et une expression qu'elle s'efforçait de garder neutre plaquée sur ses traits. D'un pas qu'elle voulait digne, elle se dirigea vers le couloir et la petite salle de bains qui s'y trouvait. Bellatrix délaissa alors Rodolphus pour la suivre en grommelant. Pansy arrivait à peine dans la salle d'eau que la brune l'y rejoignait, claquant la porte derrière elles.

« ll faut qu'on parle », déclara Bellatrix en verrouillant la porte et en insonorisant la pièce de quelques sortilèges. Rodolphus l'avait dotée d'une baguette avant l'attaque du laboratoire et elle avait tout d'abord craint de ne plus savoir faire de magie. Ou que le ciel lui tomberait sur la tête. Mais après quelques sortilèges, le naturel était revenu au galop. C'est comme monter sur un balai, ça ne s'oublie pas.
Pansy ne répondit pas. Elle était penchée sur le lavabo ancien, les doigts crispés sur la céramique et la tête baissée. Seul son dos se soulevait au rythme de sa respiration erratique. La brune soupira et tendit la main vers le visage de Pansy. « Faites voir. »

La plus jeune repoussa vivement son geste et se mordit la lèvre inférieure comme si elle luttait de toutes ses forces pour s'empêcher de pleurer. Ses mains fines tremblaient comme des feuilles et Bellatrix la dévisagea, fascinée. Pour la première fois depuis qu'elle la voyait ces dernières semaines, Pansy Parkinson semblait enfin ressentir quelque chose. Son masque d'implacabilité était tombé et elle lui sembla soudain beaucoup plus jeune et fragile.

« Je le hais quand il est comme ça… tellement que je pourrais le tuer de mes mains », souffla Pansy en fermant les paupières. « Comment avez-vous pu être mariée à ce type pendant vingt ans ? »

Bellatrix esquissa un rictus. « J'ai survécu, j'imagine. Un jour après l'autre. Et puis il y avait… » Elle se tut. Malgré les années, penser à lui restait trop douloureux.

« Voldemort », compléta Pansy en la regardant enfin. Sa pommette gauche était rouge et enflée, déformant légèrement son visage d'ordinaire si parfait.

Bellatrix hocha la tête, presque admirative d'entendre la jeune femme prononcer le nom interdit. Avant de se souvenir qu'il avait disparu depuis tellement longtemps (et pour de bon) que le monde sorcier n'éprouvait plus aucune peur vis-à-vis du patronyme. A part peut-être les anciens, ceux qui avaient fait les deux guerres. Tant de choses avaient changé. Pansy détourna de nouveau les yeux et se regarda dans le petit miroir usé qui surplombait le lavabo.

« Comment avez-vous fait… quand il est mort ? Quand on vous l'a enlevé ? »

L'ex-détenue se balança nerveusement d'un pied sur l'autre. « J'ai cru devenir folle… », avoua-t-elle. Avant d'ajouter : « J'ai pris mon incarcération à Azkaban comme un cadeau du ciel. »

Un pauvre sourire se forma sur les lèvres de Pansy. « Moi aussi, j'ai cru devenir folle… »

Bellatrix fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas vraiment ce que voulait dire Pansy. Elle aussi, la disparition de Voldemort l'avait anéantie ? Peu probable. Il devait y avoir autre chose. Ce qui rappela à Bellatrix pourquoi elles étaient là.

« J'ai le sentiment que vous ne m'avez pas tout dit, Parkinson », commença-t-elle avec prudence. « Je comprends votre désir de servir la cause, je peux aussi comprendre votre haine des hommes… même si je n'en connais pas l'origine. Mais dans ce cas, pourquoi laisser Nott en vie ? C'est un homme, et il représente tout ce contre quoi vous luttez depuis… » Bellatrix agita la main, pour indiquer qu'elle ne savait même pas à quand remontait la lutte de Pansy contre les nouvelles générations de sorciers.

« On ne peut pas le tuer, vous l'avez vu comme moi : il est bien trop puissant », éluda Pansy en se détournant, agacée.

« J'ai vu effectivement un sorcier se battre aussi spectaculairement, peut-être même plus, que notre Lord lui-même, mais ensuite il n'en restait plus qu'une enveloppe épuisée qu'on aurait pu achever d'un coup de talon », gronda Bellatrix. « Je sais que vous espérez qu'il nous débarrasse de Rod mais il y a autre chose… vous dupez peut-être tout le monde mais pas moi. Si vous voulez qu'on travaille ensemble, il va falloir me dire la vérité. »

« Taisez-vous… », siffla Pansy. Bellatrix fixait son dos, qui demeurait immobile. Parkinson avait les bras croisés sur la poitrine et se mit soudain à trembler de tous ses membres. « Je ne peux pas les tuer, c'est au-dessus de mes forces… »

Les ? Bellatrix tiqua. Parkinson s'était mise à sangloter et elle avait probablement mal entendu ce qu'elle avait dit à travers ses larmes. « Qui ? »

Pansy se retourna vers elle et la dévisagea d'un air accusateur, de ses yeux pleins de larmes. « Avez-vous connu Eldritch Parkinson, Bellatrix ? »

La question prit l'aînée des Black au dépourvu. « Votre père ? Vaguement, oui. Il faisait partie des partisans du Lord. Je n'ai jamais vraiment eu de rapports avec lui. C'était un homme discret. Il parlait peu. »

Pansy esquissa un sourire amer. « Et c'est la description que feraient quatre-vingt-dix-neuf pour cent des gens qui l'ont connu si je leur posais la question… », grinça-t-elle en levant les yeux au ciel. « Vous n'êtes clairement pas prête à entendre la vérité. Personne ne m'a jamais crue de toute façon. »

La jeune femme voulut contourner Bellatrix pour sortir de la salle de bain mais cette dernière la saisit par le poignet et la repoussa en arrière. « Essayez pour voir. Je peux vous étonner », insista Bellatrix en collant son dos à la seule issue possible.

Pansy l'analysa avec attention. Elle n'avait pas pour habitude de faire étalage de son passé, mais pour une raison inconnue, elle sentait qu'elle pouvait avoir confiance en Bellatrix. Elle était d'ailleurs l'une des rares personnes sur cette terre à se voir attribuer un tel honneur. La jeune femme soupira et recula pour s'asseoir sur le couvercle rabattu des toilettes. « Je vous préviens, ça risque d'être long… », marmonna-t-elle, tandis que Bellatrix gloussait.

« Pas de problème, j'ai appelé ma secrétaire pour annuler tous mes rendez-vous de la journée… », lâcha l'aînée en haussant les épaules.

Un sourire dérida légèrement les traits tirés de Pansy et elle prit une longue inspiration. « Ça a commencé quand j'avais huit ans… »

~o~

Toute la journée, Perpetua Rowle avait tenté d'alerter une âme charitable de quelque manière que ce soit. Professeurs, amis d'Elias, Préfets non membres du Club Héritage, elle avait tout essayé. Mais à chaque fois, elle avait l'impression que Fawley et Travers la surveillaient. Dès qu'ils la croisaient, ils lui jetaient des regards appuyés, pointant leur index vers leur montre pour lui rappeler qu'elle avait un horaire à tenir ce soir-là.

La pression était montée progressivement au cours de la journée, d'une part à cause de ces deux cinglés et d'autre part… lorsqu'elle s'était rendue compte que sa cible, Elias, était introuvable. Bien entendu, elle ne comptait pas le livrer aux deux adolescents mais il restait en danger et elle se devait de l'avertir au plus vite. Au dîner, elle n'avait toujours pas pu trouver un instant pour approcher discrètement un sauveur potentiel et les regards des deux garçons se faisaient de plus en plus insistants. Elle ne pouvait pas leur poser un lapin et ne pas venir à la serre à vingt heures, ils le lui feraient payer. Mais elle ne pouvait pas non plus y aller sans os à leur donner à ronger, sinon c'est elle qui finirait en pâture pour les animaux étranges de la forêt.

La solution finit par se présenter d'elle-même alors que Ménélas et Quentyn avait déjà quitté leurs tables. Samuel Parker, Préfet-en-Chef de Gryffondor et également Président du Club, s'apprêtait à s'installer à sa table pour dîner. Lui saurait forcément où se trouvait Elias et il le lui dirait. La Serpentard se leva donc en laissant son dessert entamé et se dirigea jusqu'à la table de Gryffondor pour tapoter l'épaule du Préfet-en-Chef.

« Je peux te parler, une minute ? », demanda-t-elle en essayant de ne pas bafouiller. « C'est à propos du club. »

Un éclair de compréhension passa dans le regard de Samuel et le jeune homme se retourna brièvement vers les filles qui l'entouraient à la table. « Mesdames, veuillez m'excuser… », lança-t-il pompeusement, tandis que les adolescentes gloussaient de ravissement. Il leur adressa un clin d'œil séducteur et les gloussements redoublèrent d'intensité. Pippa se mit aussitôt à prier Merlin de ne jamais devenir aussi stupide au moment où ses hormones se mettraient à danser la java. Déjà, essaie de ne pas mourir précocement et on verra après…, grinça-t-elle intérieurement en suivant Samuel hors de la Grande Salle.

Le jeune homme l'entraîna dans un couloir et lui décocha son plus beau sourire. C'est vrai qu'il était beau garçon, mais Pippa ne pouvait s'empêcher de penser qu'il était justement le Président du Club à cause de ça : il était magnétique, il attirait les foules. Pratique pour recruter des âmes faibles.

« Qu'est-ce qu'il t'arrive… Perpetua, c'est ça ? », fit-il en pointant son index sur elle.

Pippa hocha la tête et se mit à chercher ses mots. Elle brûlait d'envie de saisir le bout de sa cravate pour le mettre à la bouche, mais elle se retint. Son fâcheux tic lui ferait perdre toute crédibilité.

« Tu es à Gryffondor et en tant que Préfet-en-Chef, tu dois être au courant de tout ce qu'il se passe dans l'école ou au moins dans ta maison, pas vrai ? », demanda-t-elle en prenant un air aussi adorable que possible. S'il la croyait elle aussi sous son charme, il ne se méfierait point.

« Je fais de mon mieux, en tous cas », répondit-il en riant. « Qu'est-ce qui te tracasse ? »

« Et bien… je voudrais savoir où se trouve un élève de première année … Elias Nott ».

Samuel Parker cessa aussitôt de sourire et la dévisagea, soudain sur la défensive. « C'est un de tes amis ? »

Alerte, terrain glissant !, rugit une alarme dans le cerveau de Pippa. « Non, pas du tout… En fait… Ménélas et Quentyn m'ont chargée d'une mission. Je dois leur amener Nott ce soir près de la serre numéro deux, mais … je n'ai aucune idée d'où il se trouve. »

Samuel se détendit aussitôt et Pippa eut la désagréable impression qu'il était parfaitement au courant de ce que prévoyaient ses deux sous-fifres. Ou du moins, il l'avait deviné compte tenu des récents événements.

« Laisse-moi deviner, ils ont encore pris leurs têtes de chienchiens féroces et tu as trop peur d'aller les voir bredouille ? », s'esclaffa-t-il en passant son bras musclé autour des frêles épaules de la deuxième année.

« Ahah, c'est ça… », se força à rire la fillette, mal à l'aise.

« Est-ce que ça te rassurerait, si j'allais leur expliquer avec toi ? », proposa le Préfet-en-Chef en l'entraînant vers la sortie, où l'on ne distinguait plus rien d'autre que la nuit noire de novembre.

Perpetua déglutit. Très franchement, elle n'était pas sûre que ce soit une perspective rassurante. Mais elle opina du chef et sourit. « Oui, je crois… »

Le jeune homme l'entraîna à l'extérieur et ils marchèrent en silence jusqu'aux serres. Les jambes de Pippa la portaient toutes seules, elle n'avait plus aucune notion des distances, ni de son corps, tant elle était pétrifiée par la peur. Et si Parker comptait lui aussi la punir pour son incompétence ? Elle lutta contre l'envie de faire demi-tour et de courir sans s'arrêter, jusqu'à ce que les voix de Travers et Fawley s'élèvent dans l'obscurité. Ils étaient arrivés à destination.

« Putain, c'est quoi ce bordel ? Il est où le môme ? », s'énerva aussitôt Ménélas en sortant de derrière la serre.

Samuel leva une main en signe d'apaisement. « Vous ne risquiez pas de le choper ce soir, les gars. Il est chez Granger. Rogue m'a notifié une autorisation de sortie pour la soirée et la nuit, il ne rentrera donc que demain matin. »

Les deux complices poussèrent des exclamations dégoûtées et Ménélas cracha même sur le sol de dépit. Pippa esquissa une moue de dégoût et voulut reculer d'un pas, mais le bras de Parker toujours autour de ses épaules l'en empêchait.

« Dites, ça vous embêterait aussi de ne pas terroriser nos recrues ? », reprit le Préfet-en-Chef en désignant Pippa à son bras. « Comment voulez-vous avoir leur confiance si vous les traitez comme des moins que rien ? La pauvre petite avait tellement la trouille de ne pas trouver Nott qu'elle est venue se réfugier entre mes bras. »

« C'était pour être sûrs qu'elle obéisse ! », se défendit Quentyn.

« Et elle l'aurait fait sans avoir besoin de recourir à la violence ! Parce que c'est une fille intelligente, n'est-ce pas Perpetua ? », demanda Samuel en la regardant cette fois droit dans les yeux. Sa poigne sur son épaule s'était également faite plus ferme et Pippa comprit qu'il n'y avait qu'une seule réponse possible.

« Oui… oui, bien sûr », assura-t-elle en essayant de sourire.

« Vous voyez ? », fit le Préfet avec un sourire ravi. « Bon, maintenant, soyons sérieux. Perpetua, tu peux repartir au château, tu vas attraper la mort dans ce froid et personne n'a envie de ça, pas vrai ? En ce qui me concerne, j'ai à parler avec mes… amis. »

Le ton de Parker s'était refroidi, durci, et la fillette sentit l'atmosphère changer. Ménélas et Quentyn l'avaient détecté eux aussi et ils semblèrent brusquement mal à l'aise.

Pippa recula et s'éloigna à toutes jambes, disparaissant dans l'obscurité. Mais il était hors de question de retourner au château. Il allait certainement se passer quelque chose d'important entre les trois garçons et elle ne devait pas manquer ça. Une fois certaine qu'elle n'était plus dans leur champ de vision, elle rebroussa chemin et contourna les serres pour trouver une cachette qui lui permettrait de les observer et de les entendre sans se faire voir. Elle finit par élire domicile derrière un bac à compost et s'accroupit dans le noir, l'oreille aux aguets. Par chance, le vent portait dans son sens et elle n'eut aucune difficulté à suivre leur échange.

« Je peux savoir ce qui vous prend d'organiser un meurtre sans me consulter au préalable ? »

C'était la voix de Samuel. Elle n'était plus mielleuse ni rassurante à présent. Au contraire, elle donnait froid dans le dos et Pippa remarqua, à leurs expressions craintives, que ses deux interlocuteurs n'en menaient pas large.

« Théodore Nott a tué mon père, j'ai le droit de le venger ! », protesta Fawley d'une voix blanche. « C'est une affaire personnelle. »

« Une affaire personnelle qui aurait pu tous nous foutre dans la merde ! », aboya le Préfet-en-Chef, faisant sursauter les deux lourdauds. « Le gamin Nott doit être le plus surveillé de tout Poudlard ! Si tu tiens vraiment à passer tes nerfs sur une Ignominie, trouves-en une dont tout le monde se fiche. »

« C'est lui que je veux, pas un autre. »

« Tu discutes mes ordres, Ménélas ? »

Pippa retint son souffle et Fawley sembla faire de même. Il avait également reculé d'un pas et fixait Samuel avec appréhension. Et pour cause : celui-ci venait de dégainer sa baguette.

« Qu'est-ce que tu fous, vieux ? »

« Je t'apprends une leçon », gronda le Préfet avant de pointer sans prévenir sa baguette sur Fawley. « Endoloris ! »

Un éclair de lumière rouge s'échappa de la baguette de Samuel pour venir frapper de plein fouet le corps de Ménélas, lequel se jeta au sol et se mit à se tordre de douleur. A côté de lui, son comparse priait le ciel pour ne pas subir le même sort, regardant son ami se faire torturer sous ses yeux. Les secondes passaient, interminables, et Parker ne levait toujours pas le maléfice. Pippa sentit la nausée lui retourner l'estomac en voyant le corps de Fawley commencer à convulser sur le sol. Un filet de bave blanche et mousseuse sortait d'entre ses lèvres et coulait sur ses joues. Il va le tuer.

Mais le Préfet leva sa baguette et le silence retomba sur la lande. Les cris de Fawley se répercutèrent encore quelques secondes sur les arbres et les montagnes un peu plus loin, puis ce fut terminé. C'est en sentant ses poumons la brûler atrocement que Pippa réalisa alors qu'elle avait cessé de respirer. Depuis combien de temps était-elle en apnée, elle n'en avait aucune idée.

« As-tu compris la leçon, mon ami ? », lâcha Parker en s'agenouillant près du corps tremblant de Fawley.

« Oui… oui… »

Samuel tendit le bras et caressa doucement l'épaule de sa victime. « C'est bien. Maintenant, tiens-toi tranquille. L'éradication est pour bientôt. » Et sans un autre regard pour ses deux camarades, il fit demi-tour et s'éloigna en direction du château. Derrière son bac à compost, Pippa se laissa tomber sur l'herbe et ramena ses genoux contre elle, haletante. Elle allait attendre ici que les deux brutes soient parties avant de rentrer à son tour. De toute façon, elle se sentait incapable de bouger pour le moment. Pendant ces quelques minutes, Parker n'avait plus rien eu du séducteur qu'elle avait connu jusqu'alors. Il était en fait un leader, comme tous ceux dont parlaient les livres d'histoire : cruel, sans pitié, manipulateur. Le visage qu'il montrait au public n'était pas celui qu'il réservait aux traîtres ou à ses ennemis. Pippa aurait préféré ne jamais connaître ses autres facettes. Fawley et Travers avaient l'air de deux chiots inoffensifs à côté de lui.

Finalement, il n'est pas Président du club pour rien.

Elle resserra ses bras autour de ses genoux pour se protéger du froid et attendit. Elle avait fait gagner du temps à Elias, mais le danger était toujours réel. Beaucoup trop réel.

Elle avait évité un meurtre, mais ils en préparaient des dizaines.

D'une main tremblante, elle saisit entre ses doigts le bout triangulaire de sa cravate vert et argent, et la porta à sa bouche.

~o~

« Brrr, quel froid… », marmonna Hermione en enfilant son pyjama d'hiver en pilou gris phoque. Draco détestait ce pyjama, il préférait de loin dormir près de son corps nu que recouvert de cette chose informe. Mais ce soir-là, elle frissonnait trop pour se préoccuper des préférences de Monsieur Malfoy.

« Ô rage, ô désespoir, l'hiver est là », s'exclama théâtralement Draco, déjà sous les couvertures, tandis qu'Hermione sortait de la salle de bains dans sa tenue confortable de mémé.

« Chhh », siffla Hermione en agitant la main. « Je te rappelle qu'Elias dort à côté. »

« Désolé, j'exprimais seulement mon désespoir. »

« Eh bien exprime-le moins fort. » La jeune femme se glissa à son tour sous la couette préchauffée par son fiancé, qui se lova aussitôt contre elle…

« Mais aahHHHA, t'as les pieds glacés ! », s'exclama-t-il en reculant aussitôt à l'autre bout du lit comme si elle était une pestiférée.

« Quand je te dis que j'ai froid ! », siffla Hermione en roulant des yeux. « Bon, passons aux choses sérieuses… »

Le regard lubrique du blond laissa immédiatement penser qu'il ne pensait pas du tout aux mêmes choses que la brunette. « Je croyais qu'il fallait faire attention au bruit à cause du nain à côté… », susurra-t-il en haussant les sourcils de manière suggestive.

« Pas besoin de hurler pour me raconter comment ça s'est passé avec ta mère aujourd'hui », railla Hermione, refroidissant aussi sec les ardeurs du jeune homme. Celui-ci grogna, coupé dans son élan.

« Bien, j'imagine. » Il se mit sur le dos, les yeux rivés au plafond. « J'étais trop nerveux pour dire quoi que ce soit alors je l'ai laissée parler. D'après ce que j'ai compris, mon père est tombé très bas… »

C'est rien de le dire, pensa Hermione.

« Je lui ai demandé si elle voulait que j'annule la vente du Manoir mais elle a refusé, elle ne comptait pas y retourner de toute façon… »

« Si elle a besoin d'un endroit où s'installer temporairement, on pourrait très bien- », commença Hermione, avant d'être interrompue par un nouveau grognement de Draco.

« Rogue lui a proposé de s'installer chez lui… définitivement… quand tout sera terminé », grommela-t-il alors que la bouche d'Hermione s'ouvrait pour former un grand « O » attendri.

« C'est tellement mignon ! », souffla-t-elle avec une certaine excitation.

« Mignon ? Tu rigoles ? Contre-nature, oui ! », s'offusqua Draco, ignorant les gestes précipités d'Hermione qui lui ordonnaient de baisser d'un ton. « Ok, mon père est cinglé mais c'est tout de même un autre standing que ce vieux chnoque ! »

« La vie sexuelle de ta mère ne te regarde pas, elle fait ce qu'elle veut : elle est grande… »

« Sexu-… minute, tu n'imagines tout de même pas qu'elle et Rogue… vont recommencer à… » Il agita les doigts de manière obscène et Hermione le dévisagea comme s'il avait perdu l'esprit. « Par les balloches de Merlin, c'est immonde. »

« Ils emménagent ensemble, ce n'est pas pour faire du tricot à ce que je sache ! », pouffa Hermione en étouffant son rire dans la couette. « Tu croyais qu'ils allaient passer leurs soirées à jouer aux échecs ou à la bataille explosive ? »

« Tais-toi, je ne veux plus t'entendre. C'est sale. Chut. » Le blond plaqua ses mains sur ses oreilles comme un enfant de dix ans et Hermione redoubla d'éclats de rire dans sa couette.

Lorsque Draco consentit enfin à rendre la liberté à son audition, Hermione se tourna vers lui avec un sourire doux. « Et sinon, vous vous êtes fait un câlin ? », murmura-t-elle en posant une main sur le torse de Draco pour y dessiner des ronds avec le doigt.

Il rosit légèrement. « Bien sûr que non, je ne suis plus un bébé », mentit-il en se remémorant l'étreinte désespérée de Narcissa lorsqu'il avait enfin admis qu'elle était innocente. « Les démonstrations d'affection, ce n'est pas vraiment notre genre, à nous les Malf- »

« Bien sûr… », railla Hermione, qui ne le croyait pas une seconde. Connaissant Narcissa, elle avait dû carrément le tripoter de partout en roucoulant des louanges sur son fils adoré. Mais Draco ne l'avouerait jamais, pas même sous la torture.

Ils parlèrent encore quelques minutes, tout à leur bonheur d'être à nouveau en bons termes. Le parfum des roses, qu'Hermione avait disposées dans un vase sur la commode, embaumait la pièce et la fit doucement sombrer dans un sommeil agréable et reposant. Draco la suivit peu après dans les bras de Morphée et il n'y eut bientôt plus aucun autre bruit que leurs respirations régulières et profondes.

Après quelques minutes, le néant dans lequel se trouvait Hermione fut teinté d'une lumière étrange, presque fantomatique, tandis que le bruit du ressac sur des rochers envahissait son esprit. Tout son corps passait en phase de sommeil plus profond et au fur et à mesure qu'elle s'y enfonçait, le rugissement de la mer se faisait plus net et la lumière de la lune sur l'océan plus vive.

Hermione tourna la tête. Derrière elle, plongée dans la pénombre, se trouvait la Chaumière aux Coquillages et devant… l'immensité de l'Atlantique nord qui s'étendait à perte de vue. Le vent était frais et vif, chargé d'iode, mais beaucoup moins froid que les températures de ces derniers jours. Hermione se sentit presque apaisée par ce rêve grandiose, jusqu'à ce qu'une silhouette sombre, assise sur le bord de la falaise surplombant les vagues, attire son attention.

J'aurais dû m'en douter…

Il l'avait prévenue après tout… Ils devaient parler. Mais pour une raison qui la dépassait, elle préférait de loin leurs discussions virtuelles dans son sommeil. Il ne pouvait pas lui faire de mal physiquement dans ces conditions et de toute manière, elle savait à présent comme lui échapper en se réveillant. Autant aller voir ce qu'il avait à lui dire.

D'un pas hésitant et prudent à travers les cailloux et les hautes herbes fouettées par le vent, Hermione rejoignit Théodore au bord du précipice. La lune éclairait sa peau pâle, le faisant paraître encore plus maladif que quelques heures plus tôt à Sainte-Mangouste.

« Assieds-toi », ordonna-t-il doucement sans même la regarder.

Et si je n'en ai pas envie ?, pensa-t-elle, agacée.

Il leva aussitôt le nez vers elle et haussa un sourcil. Il était déjà dans sa tête, ce n'était pas franchement comme si elle pouvait lui cacher ses pensées.

S'il te plaît.

Avec un soupir, Hermione obtempéra et se laissa tomber sur l'herbe à côté de lui.

« Joli pyjama. »

« La ferme. »

Théodore gloussa et secoua la tête.

« Tu voulais qu'on discute, alors discutons », lâcha-t-elle sèchement. « Je n'ai pas toute la nuit. Enfin… façon de parler. »

Pour toute réponse, Théodore se jeta en arrière et s'allongea sur le dos à même le sol. Les bras écartés, il caressait l'herbe sèche de ses mains, un sourire rêveur flottant sur ses lèvres.

« Tu te souviens ? », demanda-t-il en levant une main pour désigner la falaise tout autour d'eux.

« Comment pourrais-je oublier… », maugréa Hermione. « Un des pires moments de toute ma vie. »

« Un des meilleurs moments de toute ma vie », commenta simultanément Théodore avant de laisser échapper un rire. « Pourquoi l'un des pires ? »

Hermione détourna le regard en direction de la lune et posa son menton sur ses genoux. « C'est le jour où j'ai compris que tu me possédais. » Elle se mordit la lèvre et lui jeta un regard en coin. « Et toi, pourquoi l'un des meilleurs ? » Bien entendu, c'était une question rhétorique : elle connaissait déjà la réponse.

« C'est le jour où j'ai commencé à te posséder », répondit le brun du tac au tac. Il rit. « Tu vois, finalement, tout n'est qu'une question de point de vue. »

Hermione leva les yeux au ciel et reprit son observation de l'astre nocturne. Une question lui brûlait toutefois les lèvres depuis quelques jours et elle décida de se lancer. « Comment tu arrives à faire ça ? », demanda-t-elle en désignant le « rêve » tout autour d'elle. « Entrer dans mon esprit, avoir une discussion avec moi pendant que je dors ? Tu me bassines pour réactiver ce foutu lien, mais je n'ai pas l'impression qu'il soit franchement désactivé à la base. »

Théodore sourit et se redressa. Puis en quelques coups de jambes, il se fit glisser sur le sol jusque derrière elle et s'assit dans son dos. Hermione voulut s'écarter mais il la retint d'une seule main. « Ne bouge pas, sinon je ne répondrai pas à ta question… », chantonna-t-il en voyant un éclair de colère passer dans le regard de la brune. Et de défaite aussi. Elle se détendit alors et il serra ses hanches entre ses jambes, posant son menton sur son épaule. C'était manifestement sa position préférée, à chaque fois qu'il l'avait à sa merci, c'était ainsi qu'il s'asseyait avec elle. Cela la rendait malade, mais elle avait besoin d'avoir des réponses. Et puis rien de tout ça n'est réel. Ce n'est pas mon corps qu'il touche, seulement une représentation de mon corps.

« En fait, ça n'a rien à voir », expliqua Théodore tout en se serrant un peu plus contre son dos. Hermione grimaça. « Pour créer tout ceci, je n'ai besoin que de faire appel à mes propres pouvoirs… Je pourrais le faire avec n'importe qui ! Mais ce n'est qu'une illusion temporaire, un moyen de communication éphémère. Le lien que j'ai brisé était celui qui me permettait d'être à l'intérieur de toi en continu, celui que le livre utilisait pour se nourrir et m'alimenter en magie sans me surcharger. Rappelle-toi en France… je pouvais ressentir la moindre de tes pensées, ton désespoir, ta colère… Je te surveillais constamment, je vivais à travers toi. Comment crois-tu que j'arrivais à empêcher chacune de tes tentatives de suicide ? Je ne te lâchais pas d'une semelle, même quand j'étais au travail. »

« Jusqu'à ce que je te supplie de ne plus le faire… », souffla Hermione qui mobilisait chacun de ses souvenirs pour en tirer quelques déductions.

« Et tu vois où ça nous a menés ? Tu en as profité pour fouiller dans mes affaires, pour te servir du livre contre moi… pour t'échapper. » Il saisit une poignée de ses cheveux pour la forcer à le regarder. « Tu n'imagines pas à quel point j'ai été en colère contre toi, à cet instant-là. Mais en même temps, j'aurais dû m'en douter. Hermione Granger n'abandonne jamais. Bref… c'est cette partie-là qu'il faut raviver. Quelque chose nous unit toujours, mais cela manque de puissance. Comme un feu qu'il faudrait raviver en soufflant sur les dernières braises. Voilà aussi pourquoi ça ne peut être fait qu'avec toi. »

Il relâcha sa tignasse, laissant courir sa main le long de son cou, de ses épaules. Pendant un moment, plus rien ne bougea sur la falaise. Seules les vagues en contrebas semblaient en vie, attaquant inlassablement la roche comme si elles cherchaient à grimper jusqu'à eux pour les happer et les engloutir.

« Le temps presse… », murmura Théodore contre son oreille et Hermione faillit laisser échapper un soupir exaspéré. « Ces imbéciles de Mangemorts m'ont fait perdre des semaines précieuses, peut-être même des mois. Mon médecin m'a dit que les prochaines décharges de magie pourraient m'être fatales, tu dois- »

« Je ne dois rien du tout », aboya Hermione en repoussant d'une main rageuse les genoux de Théodore de part et d'autre de ses hanches. « Tu lui as dit à ton médecin que ta guérison nécessitait de ruiner la vie de quelqu'un d'autre ? »

« Cela ne le regarde pas », gronda le brun d'un air buté.

« Ou peut-être parce qu'au fond de toi, tu sais qu'il risquerait de trouver ça monstrueux et refuserait de te soigner… », cracha-t-elle, hargneuse.

Elle sut qu'elle avait visé juste en voyant la haine passer dans les yeux sombres de Nott. Ainsi donc, il savait que ce qu'il faisait était mal, il refusait juste de voir la vérité en face. Ou peut-être que cette vérité ne l'intéressait pas, tout simplement. Qu'il s'en fichait. D'une main de fer, il la saisit par la nuque et l'attira en arrière. Hermione poussa un léger cri de surprise et de crainte. Ça sentait le roussi.

« Refuse et tu me condamnes. C'est comme si tu m'égorgeais de tes propres mains, Hermione. Tu le sais. Mais tu n'es pas une meurtrière, ce n'est pas dans ta nature. Alors, pourquoi ? Donne-moi une raison de ne pas m'aider, une seule bonne raison autre que ton égoïsme et ta volonté de protéger ta petite personne ? », rugit-il dans son oreille.

Une boule se forma dans la gorge d'Hermione et elle sentit les larmes affluer dans ses yeux. Il y avait un millier de raisons possibles, la première étant que c'était une perspective absolument malsaine et ignoble. Mais lui jeter au visage qu'il était un monstre ne servirait à rien, au mieux il risquerait de s'énerver encore plus. Une larme roula sur sa joue.

« Draco et moi, on… on essaie d'avoir un bébé… », gémit-elle, tremblante. La poigne de Théodore sur son cou se relâcha quelque peu et une expression de stupeur prit place sur les traits furieux du brun. « Je ne prends plus de contraception, si jamais tu me faisais quoi que ce soit en ce moment… je risquerais de tomber enceinte de toi et je ne le supporterais pas. Ça me tuerait. » Elle étouffa un sanglot. Théodore ne bougeait plus du tout et elle prit cela comme un signe du destin pour aller au bout de son discours. « Je n'aurai pas l'impudence de t'interdire quoi que ce soit, je sais que tu n'en as rien à faire. Mais là, je t'en supplie… je t'implore… ne nous vole pas ça aussi. Pas ce qui devrait être le meilleur moment de notre vie. »

La main de Théodore lâcha complètement sa nuque et retomba mollement sur le sol. Le brun ne disait plus rien et Hermione commença à trouver ça plus flippant que ses habituelles crises de colère ou de violence. Elle se tordit le cou pour le regarder, craintive. « Théod- ? »

Avant qu'elle n'ait pu prononcer son prénom en entier, le jeune homme l'avait entourée de ses bras et une de ses mains s'était plaquée, crispée sur le ventre d'Hermione. Elle poussa un petit cri de surprise. « Qu- qu'est-ce que tu fais ? », souffla l'enseignante, prise de panique.

Mais le brun ne répondit rien. Du bras gauche, il l'enserrait contre lui, tandis que les doigts de sa main droite s'enfonçaient toujours plus profondément dans la chair de son abdomen, exerçant une pression de plus en plus désagréable, à la limite de la douleur. Lorsque Théodore cessa de bouger, Hermione attendit qu'il se passe quelque chose, n'importe quoi. Mais elle était trop immobilisée par ses bras pour pouvoir se retourner et l'observer. De fait, elle ne vit pas les yeux écarquillés de son bourreau, le désespoir qui déformait ses traits, ni son menton qui tremblait légèrement. Tout cela échappa à Hermione, qui dans le cas contraire aurait deviné que quelque chose se tramait. Mais elle ne vit rien. Rien du tout.

« Eh oh ? », réitéra-t-elle d'une voix blanche.

Cela sembla faire sortir le brun de sa transe et la main qui était posée sur son ventre, délaissa la zone pour venir se glisser un peu plus haut, près de ses seins. La tête du jeune homme heurta de tout son poids les épaules d'Hermione et celle-ci en déduit qu'il avait dû l'y laisser tomber sans aucune retenue.

« Tais-toi, laisse-moi comme ça cinq minutes. »

Hermione fit des yeux ronds. Qu'était-il en train de se passer, au juste ? Prudente, elle décida de se plier à son désir et de lui laisser cinq minutes de répit. De temps en temps, les doigts de Théodore s'animaient pour la caresser subrepticement. Elle crut même à un instant sentir les lèvres du brun embrasser sa nuque, sous ses cheveux, mais elle n'aurait pu le jurer. Que cherchait-il à faire ? L'attendrir ? Hermione se posait mille questions lorsque le brun reprit la parole.

« D'accord… », souffla-t-il, si bas qu'elle fut presque incertaine qu'il eut prononcé la phrase.

« Hein ? »

« J'ai compris. »

Mais compris quoi, bordel ?, hurla intérieurement Hermione, que la tension des dernières minutes menaçait de rendre dingue. Des énigmes, toujours des énigmes. Bon sang, ce type était un jeu vidéo d'entraînement cérébral à lui tout seul.

« Tu veux dire… que tu laisses tomber ? », fit Hermione, sans trop oser y croire. Elle se tortilla comme elle put pour se retourner et le dévisager avec stupeur. Il semblait abattu.

« Je trouverai un autre moyen, quitte à passer un foutu pacte avec Lucifer lui-même », gronda-t-il en plongeant son regard dans le sien.

Le visage d'Hermione s'éclaira et elle sentit de nouvelles larmes lui piquer le nez. Mais pour une fois, ce n'étaient pas des larmes de peur, ni de désespoir. Elle n'arrivait pas à le croire. Théodore acceptait de la laisser tranquille ? C'était inespéré, mais peut-être avait-elle remué quelque chose en lui parlant de leur projet de bébé ? Peut-être que le fait d'être lui-même père l'avait doté d'un minimum d'empathie dans ce domaine ? Peu importait la raison, Hermione se sentait presque pousser des ailes. En cet instant, elle aurait pu accorder une danse à l'Ange de la Mort lui-même ou faire livrer un camion entier de fleurs sur la tombe de Vous-Savez-Qui.

« Je t'aiderais, si tu veux », lança-t-elle d'une voix fluette. Il haussa un sourcil dubitatif. « Enfin, tu sais, je ferai ce que je fais de mieux : des recherches. Il existe forcément un moyen d'empêcher ce bouquin de te tuer. Je veux bien tout faire pour essayer de t'aider, à condition que tu nous laisses tranquilles. »

« Ah oui, tout ? », murmura Théodore avec un sourire forcé.

« Sauf ça », décréta Hermione en fronçant les sourcils.

« J'aurais essayé… »

Hermione l'observa dans la pénombre. Il tentait de faire bonne figure mais quelque chose de lourd le terrassait. Quelque chose comme… la résignation ?

« Je vais me réveiller, maintenant », annonça-t-elle doucement. « Je commencerai les recherches dans la Réserve dès que j'aurai un peu de temps. »

« Je peux venir ? », demanda brusquement Théodore avant de se prendre en pleine face une avalanche de regards noirs. Il ajouta précipitamment : « Je me tiendrai tranquille. A deux en sachant ce qu'on cherche, on ira plus vite. Et… de toute façon, je suis au chômage technique », acheva-t-il en repensant à son lieu de travail dévasté. Amy…

Un long silence s'étira entre eux. Hermione l'analysait, dubitative, tandis que le jeune homme tentait par tous les moyens d'avoir l'air aussi innocent qu'un nourrisson. Hermione poussa un soupir.

« D'accord, mais je demanderai à Draco de venir aussi. »

Le sourire enjôleur de Nott s'évanouit aussitôt.

« Et ce n'est pas négociable », gronda Hermione en plissant les yeux. « Je te tiens au courant… »

Elle s'apprêtait à se concentrer pour se réveiller lorsque le bras de Théodore s'enroula de nouveau autour de sa taille. Hermione sentit aussi son visage plonger dans ses cheveux fous. « Attends… » Elle allait lever les yeux au ciel et protester lorsque la voix de Théodore s'éleva de nouveau, plus menaçante cette fois. « Dis-moi, est-ce qu'un élève du nom de Fawley ça te dit quelque chose ? »

Hermione se raidit et au regard qu'elle lui adressa, Théodore comprit qu'elle savait très bien de qui il parlait.

~o~

Lorsque Perpetua ouvrit les yeux le lendemain matin, elle sut aussitôt qu'elle allait regretter sa petite séance d'espionnage de la veille dans le froid. Sa gorge lui faisait souffrir le martyr et elle était fiévreuse. J'ai dû prendre froid…, pensa-t-elle en grimaçant. Attrapant un gros pull et un pantalon, elle s'habilla rapidement et quitta les dortoirs puis la salle commune de Serpentard, bien décidée à aller demander une potion chez Mme Pomfresh. Ce n'était pas le moment de tomber malade. Les choses se corsaient du côté du Club et elle devait rester en alerte. Ne pas flancher. Une quinte de toux la secoua, accentuant son mal de gorge et faisant monter quelques larmes de fièvre dans ses yeux.

Elle était à mi-chemin de l'infirmerie lorsqu'elle entendit qu'on l'appelait. Elle se retourna et vit approcher un gamin blond aux yeux bleus, nouvelle recrue du Club Héritage. En première année, il était à peine plus petit qu'elle et avait constamment une moue méprisante plaquée sur le visage.

« Salut Wolfgang », coassa-t-elle en resserrant le col roulé de son pull autour de sa gorge.

« Ce n'est pas la grande forme, à ce que je vois », constata Wolfgang van Houten en la dévisageant. « Peu importe, je vais faire vite. Samuel m'a demandé de te faire passer un message… »

Perpetua se raidit. Penser à Samuel lui rappelait automatiquement la scène de la veille, le visage dur et sévère du Préfet-en-Chef, sa baguette pointée sur Fawley, et le Doloris qui faisait se tordre le jeune homme de douleur.

« La sélection des membres est terminée. Une réunion se tiendra après-demain à vingt heures, mais on ne connaît pas encore le lieu. » Le blondinet se tut et un sourire étrange fit grimper les commissures de ses lèvres. « Les choses sérieuses vont commencer. C'est excitant de se dire qu'on va participer à quelque chose de grand, pas vrai ? »

Pippa, qui n'avait toujours pas prononcé le moindre mot depuis le début de l'échange, sentit une grosse boule se former dans sa gorge déjà douloureuse. Elle ne put que hocher la tête, tout en priant que son trouble ne se voie pas sur son visage.

« On sera bientôt tenus au courant du lieu de la réunion », reprit Wolfgang en reculant. Il lui jeta un dernier regard perçant et haussa les sourcils. « Tu devrais aller à l'infirmerie, tu as vraiment une sale tête. »

Tu t'es vu ?, rétorqua intérieurement Pippa, vexée. Mais l'heure n'était pas aux enfantillages. Elle devait prévenir le Directeur, et maintenant… elle venait de trouver comment.

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Aaaaaaaaa-lors ? Que pensez-vous de la scène entre Théo et Hermione ? D'après vous, pourquoi Théodore a-t-il aussi aisément laissé tomber ? Aurait-il quelque chose derrière la tête ?

Ça commence à devenir chaud chaud chaud à Poudlard, pensez-vous vraiment que les mini-Héritiers vont réussir à mener leur plan à bien ?

On a également un début d'explication concernant Pansy et son comportement. Quelles sont vos théories ? J'ai donné quelques indices, vous pouvez facilement deviner la suite, ahah.

J'espère que ce chapitre vous aura plu et j'ai hâte de lire vos reviews ! A lundi prochain pour la suite et gros bisous !

Xérès