Ennemi(s) Intime(s)

Les blas-blas de Xérès : Aujourd'hui est un jour très spécial puisque… c'est l'anniversaire de notre très chère Impératrice de l'humanité, Piitchoun, Présidente du PALU, membre honorifique du CDH et du FRED, ainsi que membre très active des VHP (Very Happy Perverses). Voilà, inclinez-vous devant sa grandeur. Piitchoun, ce chapitre est pour toi u_u
Passons maintenant aux moins bonnes nouvelles… Je peux officiellement vous annoncer qu'il reste au maximum 3 chapitres à cette histoire (eh oui), 2 si j'arrive à caser tout ce que je veux dans le prochain mais j'en doute. Trois me semble un chiffre plus raisonnable. Mais l'aventure Fanfiction ne s'arrêtera pas pour moi, j'ai déjà beaucoup d'autres idées pour la suite. J'espère que vous serez toujours au rendez-vous ! ) Place à la lecture !

Merci à mes nouveaux follow/fav (Winlie-chan, doriane geig, Alwena56, Chloette-Malfoy, Ravenclaw-Strega, Gadrielle, unepotterhead, Pinkie Brown, xNarya, Leoniaa, diane decarvalho, MissGrangerDm, yuuko oshigime, sophie735, bestyharry, Nicolina David), ainsi qu'à PouleauPotter, okami shiroi, Piitchoun, Eliane Gil, Sarah lit dur, Winlie-chan, aussidagility, Marion, Fan, Love The Original Family, doriane geig, Cécile, Malle, Jeny, Alwena56, Voldynouchette, Lyly Ford, Miss damdam, Eanna Elendil, Noumiex3, flolive, Audrey917000, Zezely, Gouline971, TiteTyLee, Kendy, BabarKiller, MissMalefoySlytherin, Acide'nette, Ravenclaw-Strega, Mikasa, Wizzette, MissDraymione, Emmagie, SnowandSilver, Allison, Anthracite77, Ela, OrianeT pour leurs reviews.

RAR :

Sarah lit dur : coulis marron… ahahah tu m'as tuée. Malheureusement, je t'annonce qu'aucun être humain n'est doté d'une bouche immunisée contre la mauvaise haleine du matin et même si on court discrètement à la salle de bains avant que chéri se réveille les premiers temps, les vieux couples ne s'embarrassent plus de telles précautions… XD Voilà, c'était la minute des désillusions. Merci à toi et gros bisous !

Aussidagility : Merci pour ta review ! Ne t'en fais pas pour Pippa, ça va aller ! (Enfin, espérons-le, ahah).

Marion : Ahah, Rogue en Pomfresh, je n'arrêtais pas de m'imaginer cette pauvre Pompom avec la voix ténébreuse de Rogue et je mourrais de rire en l'écrivant… Merci pour ta review !

Fan : Tu as tout à fait le droit de ne pas éprouver de sympathie pour Pansy, elle reste une femme assez cruelle et raciste. Je n'ai pas décrit son enfance pour que vous l'aimiez mais pour expliquer son comportement ! ) Après vous êtes toujours libres de vous faire votre propre opinion ! Tout plein de Théo dans ce chapitre, j'espère que ça te plaira ! Bises et merci pour ta review !

Cécile : Merci pour ta review ! Ahah désolée, Théo revient dans ce chapitre (mais Draco et Hermione aussi, j'espère que ça compense, ahah).

Malle : Il n'est pas prévu que Pansy meure dans cette fiction, elle a un destin bien précis ^^ Merci pour ta review et bonne lecture !

Jeny : Hermione et Draco reviennent dans ce chapitre (ainsi que Théo, pour quelques scènes mémorables, je pense ahah). Merci pour ta review et bonne lecture !

Kendy : Merci pour toutes tes reviews, ça m'a fait plaisir ! Tu avais bien deviné pour Rodolphus, c'était lui ^^ J'ai bien rigolé à ta review juste après la « mort » d'Aria, je te sentais légèrement stressée, ahahah. En ce qui concerne Théo, à toi de te faire ton opinion concernant son soudain changement d'humeur des derniers chapitres et leur discussion sur la falaise… ce nouveau chapitre devrait te donner de quoi réfléchir, ahah. Je suis contente, vraiment, que tu aimes tout ce que je fais de mes personnages, la profondeur que je leur donne, même les « méchants ». C'est quelque chose que j'ai vraiment beaucoup travaillé pour Rise et Ennemi(s) et ton commentaire me rassure : j'ai fait correctement mon boulot ! ahah. Bonne lecture et gros bisous !

Mikasa : J'espère que tu t'es remise d'avoir vu Théodore mal en point depuis le temps… Je ne garantis pas que tu ne vas pas encore verser quelques larmes par la suite, hein. Je ne garantis pas du tout. Merci pour ta review et gros bisous !

Emmagie : Merci beaucoup de ta review et de ta fidélité ! Je suis contente que mon histoire te captive à ce point ! A bientôt, j'espère que la suite continuera de te plaire !

Allison : Merci beaucoup pour ta review, je suis contente que mes fictions te plaisent ! Rassure-toi, aimer et détester Théodore à la fois, ça fait partie du jeu, tu es loin d'être la seule face à ce dilemme. J'espère que la suite continuera de te plaire, et encore merci !

Ela : « TES » trois princes ? ahah, ça va les chevilles ? XD Bon je veux bien te les prêter temporairement mais pas longtemps, hein, j'en ai besoin… J'espère que ce chapitre te plaira ! Bisous et merci pour ta review !

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Chapitre 35 : Quand le chat n'est pas là…

« La tête de McGo quand tu as menacé de contacter la Protection des animaux… j'ai cru qu'elle allait faire une attaque. C'était géant ! », s'esclaffa David en quittant la salle de Métamorphoses en compagnie de Déborah.

La brunette haussa les épaules. « A mon avis, elle s'est vengée avec cette dissertation pour lundi. Deux rouleaux de parchemin alors qu'on a aussi l'exposé de techno moldue à faire, c'est de l'esclavage. »

« Qu'est-ce qui est de l'esclavage ? », demanda Ted, brusquement apparu derrière les deux amis d'enfance au détour d'un couloir. Elias et Victoire l'accompagnaient.

« J'ai dit à McGonagall que transformer un animal en verre à pied, c'était de la barbarie pure et simple, et elle nous a collé un devoir supplémentaire pour lundi », expliqua Déborah avec une grimace.

« L'animal ne sent rien, il redevient lui-même juste après ! », protesta Victoire en levant les yeux au ciel, mais Déborah riposta aussitôt.

« Je l'ai entendu couiner ! »

Elias consulta sa montre tout en suivant ses amis dans les couloirs. Dix-sept heures. Ils avaient fini les cours pour aujourd'hui et demain à la même heure, ils seraient en weekend. Cette idée réconforta quelque peu le petit garçon : la semaine avait été plutôt rude et riche en émotions. Les révélations, l'attaque du laboratoire, l'hospitalisation de son père… Il avait eu beau essayer de gérer la situation comme un grand, les choses avaient tout de même tendance à le dépasser. Il ne savait plus quoi penser, qui aimer, qui détester, de qui se méfier ou à qui faire aveuglément confiance. En brouillant son image de père sévère et irréprochable, c'était l'univers tout entier d'Elias qui avait sombré dans le chaos. Plus de repères, plus de limites. Tout était remis en question.

Pourtant, il restait toujours cette petite part de lui-même qui ne voulait pas y croire. Malgré ce qu'il avait vu entre Hermione et son père, malgré ce que Draco avait raconté à son sujet, l'enfant en lui ne pouvait s'empêcher de comparer le monstre inconnu que le blond et Hermione dépeignaient, avec le père que Théodore Nott avait été pour lui pendant les onze premières années de sa vie. Les deux étaient réels, mais le premier semblait plus flou, plus abstrait… et Elias ne parvenait pas à l'associer au second.

Devant lui, Ted, Victoire, Déborah et David s'interrogeaient à présent au sujet de Pippa, qui n'avait pas donné de nouvelles depuis un moment. Ils étaient parvenus au palier du deuxième étage, celui qui menait à la bibliothèque, lorsque la silhouette de celui-là même qui occupait ses pensées apparut au loin. Elias se figea, interdit, fixant le dos et les épaules de son père qui se dessinaient en contre-jour devant les vitraux de la fenêtre, tout au bout du couloir. Il avait enfoncé ses mains dans les poches de son pantalon de costume et regardait à travers la vitre.

« Elias, qu'est-ce que tu fais ? »

La voix de Déborah le tira de sa contemplation et il rosit légèrement.

« Partez devant, je vous rejoins », les rassura-t-il en quittant le flot des élèves qui descendaient en direction des escaliers pour bifurquer vers la bibliothèque. Victoire le suivit des yeux quelques instants, puis haussa les épaules et entraîna les trois autres au rez-de-chaussée.

A pas lents, comme s'il craignait de signaler sa présence, Elias approcha de son père, quelque peu tendu. Celui-ci lui tournait toujours le dos et alors que l'enfant approchait, le visage de son paternel lui apparut peu à peu à la lumière orangée et bleutée qui traversait le verre coloré. Elias déglutit. L'expression qu'il discernait sur les traits de son géniteur était différente de toutes celles qu'il ait jamais vues sur ce visage d'ordinaire impassible. Les sourcils froncés, le coin des lèvres arqué vers le bas… Tout en Théodore Nott trahissait la tristesse, la douleur et quelque chose d'autre, d'indéfinissable. De la résignation ?

Comme s'il l'avait senti approcher (ce qui était sans doute le cas), Théodore se retourna et l'espace d'une microseconde, la tristesse fut remplacée par la surprise avant de laisser définitivement place à un sourire sincère. « Elias… »

Rien d'autre, seulement son prénom et pourtant, cela sonna aux oreilles de l'enfant comme un interminable discours gêné et maladroit. En le voyant sorti de cette chambre d'hôpital effrayante, le teint moins cireux et maladif que deux jours plus tôt lors de sa visite à Sainte-Mangouste, Elias se rappela soudain pourquoi il était censé lui en vouloir. Passée la peur de le perdre, la colère reprenait un peu de terrain. Un peu…

« Bonjour Papa », fit Elias, mal à l'aise et sans approcher plus. « Qu'est-ce que tu fais là ? »

Théodore pinça les lèvres. Sans nul doute devait-il ressentir l'embarras qui s'installait entre lui et son fils unique, mais il ne fit aucune tentative pour le dissiper.

« J'ai rendez-vous avec Hermione. On doit… faire quelques recherches », éluda-t-il avec un sourire crispé.

« Vous allez encore vous disputer », lâcha Elias en fronçant le nez. Ce n'était pas une question. Plutôt un reproche. « Je ne suis pas sûr qu'elle ait envie de te voir, tu n'as pas le droit de la forcer à- »

« Je ne ferai rien », l'interrompit sèchement son père. Elias esquissa une moue dubitative qui ne sembla pas du tout au goût de Théodore. « Approche… » Il lui fit un signe de la main et réitéra devant l'hésitation du garçonnet. « Je peux te dire un secret ? »

Intrigué, Elias rejoignit son père devant le vitrail et se tordit le coup pour continuer de le regarder dans les yeux malgré leur différence de taille. Puis, il hocha la tête.

« Il va falloir que tu grandisses très vite dans les mois à venir, que tu deviennes un jeune homme responsable… », souffla Théodore et de nouveau s'installa sur ses traits cet air triste qui avait surpris Elias quelques instants plus tôt.

« Comment ça ? »

Parce que je risque de mourir…, souffla une voix grinçante dans un recoin du cerveau de Théodore. Mais il l'en chassa, ne pouvant se résoudre à annoncer cela à son fils au beau milieu d'un couloir.

« Tu vas devenir un grand frère dans quelques mois… avec toutes les responsabilités que cela implique. »

Les sourcils d'Elias s'élevèrent tellement haut sur son front qu'ils disparurent presque sous sa frange de jais.

« Hermione est enceinte… de Draco », ajouta précipitamment Théodore avant que son rejeton ne se fasse de fausses idées. « Mais c'est très récent. Je crois qu'elle-même ne s'en doute pas encore, c'est pourquoi je compte sur toi pour prendre soin d'elle et garder le secret… »

Les sourcils d'Elias entamèrent une chute vertigineuse pour revenir se froncer sur son nez. Position de départ.

« Mais… si elle ne le sait pas, comment toi tu peux être au courant ? »

Une brève image de lui, la main comprimée contre le ventre d'Hermione lors de leur dernière rencontre « virtuelle » s'imposa à son esprit. Théodore sourit et hocha la tête, comme si le secret de toute la Création de l'univers résidait dans la réponse à cette question. « Je te l'ai expliqué la dernière fois », murmura-t-il, énigmatique. « Hermione… fait un peu partie de moi, tout comme je fais un peu partie d'elle. Je peux sentir des choses qu'elle ne soupçonne même pas. »

L'explication n'était pas des plus satisfaisantes mais Elias lut dans le regard de son père qu'il lui faudrait s'en contenter. Théodore se détourna alors et se mit à fixer un point situé bien au-delà d'Elias, en direction des escaliers. Celui-ci se retourna et se figea.

Hermione les observait, à une dizaine de mètres de distance et les mots que son père venait de prononcer firent écho dans l'esprit d'Elias, alors qu'il la dévisageait. Tu vas devenir un grand frère…

Un sourire démesuré étira les lèvres de l'enfant, qui lança un tonitruant « Bonjour, Maman ! ». Hermione pinça les lèvres en un sourire à l'attention d'Elias, qui se mua ensuite en regard menaçant lorsque ses yeux se posèrent sur sa version adulte.

« Bonjour, Hermione », fit celui-ci avec un sourire impénétrable. « Merci encore d'avoir accepté de m'aider… »

« Ah, c'est sûr que si ça ne tenait qu'à moi, tu serais allé gentiment te faire foutre… », fit une voix grincheuse derrière la Gryffondor. Draco Malfoy sortit de l'ombre et Hermione lui jeta un regard en coin, tandis qu'Elias saluait à son tour le blond avec chaleur.

« Ravi de te voir aussi », maugréa aussitôt Théodore en levant les yeux au ciel.

« On y va, j'aimerais ne pas finir trop tard », lâcha Hermione, non sans un dernier regard d'avertissement en direction des deux anciens amis d'enfance. Raide comme un piquet, elle pénétra dans la bibliothèque, Draco grommelant sur ses talons et Théo se retourna pour s'accroupir devant son fils.

« Ça te dirait qu'on dîne ensemble, ce soir ? », proposa-t-il, un sourcil arqué sur son front. « Je n'ai jamais mangé à la table de Gryffondor de toute ma vie, je crois… » Il rit. « Tu pourrais me présenter tes nouveaux amis. »

De nouveau un éclair de tristesse dans les yeux obscurs de Théodore Nott. Mais Elias ne le vit pas. Son père faisait manifestement des efforts pour recoller les morceaux de ce qu'il avait détruit, il ne pouvait pas refuser. Il ne voulait pas refuser.

Le garçonnet acquiesça avec joie. « C'est d'accord. »

« Super. » Théodore se releva et posa un doigt sur ses lèvres. « N'oublie pas notre secret. »

« Je ne dirai rien », assura Elias en secouant la tête.

Nouveau sourire paternel. Puis une main de Théodore se tendit et vint caresser tendrement le haut du crâne de l'enfant. « Je suis fier de toi, tu sais ? »

Elias lui jeta un regard étonné, mais la pression de la main sur ses cheveux s'évapora et l'instant d'après, Théodore avait disparu dans la bibliothèque.

~o~

BLAM

Dans un nuage de poussière monumental, Hermione laissa tomber une énorme pile de grimoires poussiéreux aux couvertures plus sinistres les unes que les autres, juste sous le nez de Draco. Celui-ci s'était installé à un petit pupitre situé dans la Réserve et sursauta lorsque les volumes s'abattirent violemment sur le bureau à côté de lui. Il agita une main agacée devant son visage pour éloigner les particules en suspension de ses voies respiratoires et jeta un regard indigné à sa fiancée.

« Voilà ta part », annonça nonchalamment la jeune femme en essuyant ses mains maculées de gris sur le bas de son pull. Elle s'apprêtait à faire volte-face pour disparaître à nouveau entre les rayonnages, lorsqu'une protestation indignée de son petit-ami la fit s'arrêter net.

« Comment ça, ma part ? »

Hermione leva les yeux au ciel. « Tu es là, autant que tu serves à quelque chose… On ira plus vite si on s'y met tous les trois. »

« Donne-moi une seule bonne raison d'aider cet enfoiré », grommela Draco, buté. A quelques mètres derrière eux, « l'enfoiré » en question leva brièvement les yeux de sa propre pile de livres et secoua la tête.

Hermione pinça les lèvres et se pencha vers Draco pour poursuivre la conversation un ton plus bas. « Parce que pendant qu'on cherche une solution dans les livres il n'essaie pas de m'agresser sexuellement ? », proposa-t-elle en haussant les sourcils.

Le blond ouvrit la bouche mais resta sans voix, ce qui ne posait pas franchement un gros problème étant donné que la question était purement rhétorique. Il roula ensuite des yeux et se pencha à son tour en direction d'Hermione. Dans son coin, par-dessus un livre désormais ouvert, Théodore les dévisageait attentivement.

« On n'a qu'à faire semblant de chercher et laisser le temps faire son travail », chuchota Draco avec un sourire mauvais. « Il n'en a plus pour longtemps, de toute façon. »

Hermione cligna plusieurs fois des yeux et fit la moue. « Oui bien sûr. Et tu diras quoi à Elias quand on enterrera Théodore et qu'il deviendra orphelin ? 'Oh, désolé, petit, mais j'avais trop la flemme d'ouvrir un bouquin pour essayer de sauver ton enfoiré de père' ? » Elle prit une longue inspiration et se redressa, la tête légèrement inclinée sur le côté. « Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour Elias. Il ne mérite pas ça. »

Draco baissa les yeux sur les grimoires qui s'entassaient devant lui. « Comment tu peux être certaine que ce n'est pas une énième machination pour t'enlever, rétablir ce lien ou je ne sais quoi ? »

« Disons que c'est mon seul espoir et que je compte bien m'y accrocher jusqu'au bout… Plus vite il ne sera plus sous l'emprise du grimoire, plus vite il pourra reprendre sa vie de son côté et moi la mienne », souffla-t-elle en s'éloignant de nouveau. Draco la suivit un instant des yeux, avant que son regard ne tombe sur celui de Théodore à l'autre bout du rayonnage. Les deux hommes se jaugèrent un instant avec une animosité palpable, jusqu'à ce que Draco ne lui tourne le dos pour se plonger dans sa lecture (sans toutefois cesser de surveiller Hermione discrètement).

Celle-ci s'était installée à un autre pupitre, avec une pile de livres au moins deux fois plus volumineuse que celle de Draco et s'attelait déjà à la tâche, aussi concentrée que lorsqu'elle révisait ses examens à l'époque. Depuis son petit recoin sombre, Théodore ne se lassait pas de l'examiner sous toutes les coutures. Elle avait ramené sa crinière brune en queue de cheval sur l'arrière de son crâne, empêchant ainsi ses mèches folles de cascader sur les pages qu'elle étudiait. Ses sourcils étaient légèrement froncés et ses lèvres pincées en une fine ligne rose pâle. Elle ressemblait à s'y méprendre à l'élève studieuse qu'il avait aimé observer des heures durant dans cette même bibliothèque, prétendant vouloir travailler au calme pour en réalité se donner tout le loisir de la dévorer du regard.

Si seulement les choses s'étaient passées autrement… Si seulement il avait appris à contrôler ses pulsions avant de commettre l'irréparable, il aurait sûrement pu la séduire et la convaincre de collaborer avec lui. Mais il avait été un adolescent avide de pouvoir et de domination, tiraillé par ses hormones et ses fantasmes plus que douteux, pressé de pouvoir faire usage de ses nouvelles capacités en se débarrassant de Voldemort et de prendre la tête de cet empire avec l'aide du gouvernement… Trop de tentations pour un jeune aussi perturbé. Malheureusement, lorsqu'il s'en était rendu compte, il s'était déjà exilé à New-York et tenait le poids des responsabilités d'un enfant dans ses bras. Trop tard. Bien trop tard.

Ensemble, ils auraient pourtant pu faire des étincelles. Avec l'intellect d'Hermione, conjugué à ses relations haut-placées et au succès de son laboratoire, ils seraient certainement devenus un des couples les plus influents du monde moderne. Riches à en crever, libres de développer la création de cette nouvelle génération de sorciers comme bon leur semblerait. Mais au lieu de ça, elle vivait sa petite vie plan-plan de professeur d'école avec un « simple » agent immobilier. Quel gâchis

Théodore sursauta lorsqu'un doigt ferme et menaçant vint tapoter répétitivement la page du livre qu'il tenait ouvert sous son nez. Plongé dans sa contemplation de la Gryffondor, il n'avait pas vu que Draco avait remarqué son manège et s'était levé sans un bruit pour s'approcher de lui. Hermione, toujours penchée sur ses pages jaunies, ne s'était aperçue de rien.

« Hep, c'est ici que ça se passe… », gronda Draco en continuant d'agiter son doigt sous le nez de Théodore. Ce-dernier tourna ses yeux de jais vers le blond et le fusilla du regard. « Tu crois que je ne t'ai pas vu ? »

« Je réfléchissais… », maugréa Théodore en soustrayant le livre aux tapotis répétitifs de l'index Malfoyien.

« En matant ma fiancée ? »

« Elle est une magnifique source d'inspiration », ironisa son rival en croisant nonchalamment les jambes pour poser le grimoire dessus et reprendre sa lecture.

Draco plissa les yeux et l'étudia quelques instants, le mépris nettement visible sur ses traits. « Je ne sais pas ce que tu as derrière la tête, mais crois-moi, au moindre geste de travers je te ferai regretter d'être né », gronda-t-il en le toisant de toute sa hauteur.

Théodore releva le nez avec une lenteur absolument horripilante et lui décocha son plus beau sourire. « Tu veux dire, comme la fois où tu t'es retrouvé en garde-à-vue pour m'avoir cassé le nez ? Oui, c'était très impressionnant. » Il gloussa. « Allons, fais-moi un peu confiance, vieux frère. »

« Plutôt mourir. »

Le PDG porta une main à son cœur, comme si les mots de son ex-ami l'avaient poignardé en pleine poitrine. « Pourquoi tant de haine ? », lâcha-t-il sur un ton qui transpirait littéralement l'ironie.

Draco ne répondit pas. Pourquoi tant de haine ?, répéta-t-il intérieurement. Merlin, je pourrais remplir un annuaire si je devais énumérer toutes les raisons… Il se contenta d'un regard noir et désigna la pile de livres de Théodore du doigt. « Tes yeux restent sur les bouquins. Dernier avertissement. »

« Oui, chef », entendit-il Théodore ricaner alors qu'il s'était déjà retourné pour regagner sa place. Hermione n'avait rien suivi de l'échange et leur tournait toujours le dos. Draco avait mis du temps à comprendre pourquoi elle voulait autant aider Théodore. Mais il avait fini par y arriver : tant que Nott voyait qu'elle faisait son possible pour trouver une solution, il canalisait sa colère et ses émotions. Et un Théodore sous contrôle, c'était un Théodore qui n'agresserait personne. Restait à prier Merlin pour que cet état de grâce dure aussi longtemps que possible. Et pour que lui-même réussisse à garder son calme à proximité de celui qui avait violé sa future femme. Ça, c'était moins sûr.

Une demi-heure plus tard, Draco refermait un premier livre inutile lorsqu'il vit la tête d'Hermione se relever brusquement et ses sourcils se froncer encore plus. Elle semblait réfléchir intensément, et soudain leva une main pour agiter son index et faire signe à Théodore de s'approcher. Celui-ci, plus qu'heureux de sortir de son coin pour approcher la Gryffondor, accourut comme un chien à qui on propose un os de premier choix.

Hermione tourna un visage interrogateur dans sa direction et demanda à voix basse. « C'est peut-être une question idiote, mais… est-ce que tu as déjà essayé de détruire le grimoire ? Peut-être que ça suffirait à- »

« On a déjà essayé », l'interrompit Théo, quelque peu déconfit. « Il y a longtemps, quand Elias avait un an. Ogden est venu à New-York avec un sorcier renommé de l'université de Salem et ils ont tenté le coup. »

« Et alors ? », s'enquit Draco, qui les avait rejoints.

Théodore grimaça, comme si le souvenir de cette mésaventure était encore douloureux. « J'ai failli perdre un bras, voilà. Tout ce que l'on fait subir au grimoire se répercute sur moi. J'aurais pu y laisser la peau… »

« Dommage qu'ils n'aient pas persévéré… », marmonna Draco, tandis que Nott lui écrasait le pied gauche d'un coup de talon.

Toutefois, l'aveu de Théodore semblait avoir quelque peu bouleversé Hermione. Elle le dévisageait avec une expression indéfinissable, à mi-chemin entre l'incrédulité et la reconnaissance. « Alors… tu as vraiment essayé de t'en débarrasser ? », souffla-t-elle en sondant l'expression du brun, qui acquiesça.

« Plus que tu ne pourrais jamais l'imaginer… », répondit-il sur le même ton.

Un silence inconfortable s'installa entre eux trois et lorsqu'Hermione réalisa qu'elle s'était figée, la bouche ouverte, elle rosit et se retourna en direction de son livre. « Bon, je… c'était juste une idée comme ça, je reprends mes recherches. »

Théodore fit un pas en arrière et vit que Draco claquait des doigts pour lui faire signe de retourner à sa place. Nott soupira. Il n'avait ni le temps ni la motivation de se livrer à un combat de jeunes coqs avec Malfoy, c'est pourquoi il obtempéra sans dire un mot.

Les minutes passaient, se changeant en heures, et la pile de livres d'Hermione diminuait à vue d'œil. Celle de Draco beaucoup moins et celle de Théodore… n'avait pas franchement bougé. Ce qui n'échappa pas au regard de lynx de Malfoy. Pour la énième fois au cours des dix dernières minutes, il se tortilla sur son siège, jeta un regard mauvais en direction de Nott et poussa un long soupir agacé. L'enchaînement était devenu tellement récurrent qu'Hermione elle-même en avait été distraite de ses recherches. Elle lui adressa une expression irritée.

« Mais enfin, qu'est-ce qui te prends ? »

Draco regarda brièvement du côté de Théodore, qui fit semblant de lire attentivement, et se pencha en direction d'Hermione.

« Il faut que j'aille aux toilettes », chuchota-t-il entre ses dents.

Sa fiancée haussa les sourcils et secoua la tête. « Et ? Tu n'as qu'à y aller ! »

« Et te laisser seule avec ce psychopathe ? Tu rêves ! »

Un soupir s'éleva du côté du psychopathe mais les deux amoureux l'ignorèrent superbement.

« Primo, je ne suis pas seule. La bibliothèque est remplie d'élèves et Mme Pince est à son bureau », argumenta Hermione en dressant son pouce vers le plafond pour compter sur ses doigts. « Secundo, tu en as pour seulement deux minutes, je pense pouvoir survivre à ça. »

« Troizio, tu viens avec moi », compléta Draco en croisant les bras sur la poitrine.

« Tu n'es pas sérieux ? », s'étouffa Hermione, bouche bée.

Un léger ricanement s'éleva dans le coin de la Réserve. Le jeune couple cessa de se quereller et ils tournèrent la tête en direction de l'autre Serpentard, qui gloussait doucement. Lorsqu'il vit qu'il avait leur attention, il s'expliqua. « On dit tertio. Pas troizio. »

Les yeux de Draco semblèrent vouloir sortir de leurs orbites et il serra les dents. « Ok, il a gagné, je vais le buter. »

Hermione sauta sur ses pieds et rattrapa le bras de son fiancé alors qu'il s'apprêtait à sauter à la gorge de Nott, qui pour sa part n'avait pas fait le moindre mouvement et observait le blond avec un sourire narquois. « Ça suffit, ça suffit ! », siffla Hermione en le tirant en arrière. Elle brandit son index sous son nez et prit un air menaçant. « Aux toilettes. De suite. » Elle lui fit faire demi-tour et le poussa en direction de la sortie. Puis elle se tourna vers Théodore, qui souriait à présent de toutes ses dents. « Et toi, arrête de le chercher, sinon on laisse tomber. »

« Désolé, c'est trop tentant… », ironisa-t-il en regardant Draco s'éloigner à contrecœur en direction des toilettes. « Il part toujours au quart de tour. »

Hermione ne put s'empêcher de remarquer le voile de nostalgie qui avait furtivement traversé le visage de Nott à cet instant-là. Dans une autre vie, Théodore et Draco avaient été amis. Des amis proches, même. Jusqu'à ce qu'elle débarque et chambarde leurs existences. Et malgré tout ce qu'il s'était passé depuis, les deux garçons s'asticotaient mutuellement comme si leurs vieux réflexes de meilleurs ennemis reprenaient le dessus.

Mal à l'aise, Hermione croisa les bras sur sa poitrine, tandis que Nott fixait toujours l'endroit par lequel Draco venait de disparaître. Avant même qu'elle n'ait pu se retenir, une question qui lui brûlait les lèvres depuis des années en franchit le seuil :

« Est-ce que tu regrettes ? »

La voix d'Hermione sortit Théodore de ses pensées et il lui jeta un regard surpris. La question le prenait au dépourvu, pile au moment où il pensait justement à quel point une partie de leur histoire aurait mérité d'être revue et corrigée. Pendant un instant, il plongea son regard de ténèbres dans celui d'Hermione, qui frissonna. Le temps sembla brusquement s'arrêter et la jeune femme retint involontairement son souffle dans sa poitrine. Elle attendait la réponse à cette question bien plus qu'elle n'aurait voulu l'admettre. Elle qui avait toujours tendance à voir le bien en chaque individu désespérait d'entrapercevoir ne serait-ce qu'un rai de lumière dans la noirceur de Théodore Nott. Une poussière de Bien. Quelque chose à sauver. Un infime petit rien qui justifierait son aide, n'importe quoi.

« Ca m'arrive, oui. »

L'air afflua de nouveau dans les poumons d'Hermione. Autour d'eux, le temps avait repris son cours normal et avec la légèreté d'un chat, Théodore s'extirpa de sa chaise pour rejoindre Hermione au centre de la Réserve. Elle le regarda approcher avec une certaine appréhension, mais les trois mots qu'il venait de prononcer hantaient tellement son cerveau qu'elle fut incapable de bouger. Il se planta devant elle, si proche que leurs fronts se touchaient presque.

« Très souvent », souffla-t-il tout contre le visage de la jeune femme.

Le souffle de Nott balaya le front d'Hermione et ses paupières papillonnèrent un instant, alors qu'elle reprenait ses esprits et reculait hors de sa portée.

« Encore une fois, je te remercie de m'aider, Hermione. »

« Hmm hmm », marmonna-t-elle en reculant encore en direction de son pupitre. Elle s'apprêtait à se rasseoir lorsque Théodore reprit la parole.

« J'aurais vraiment voulu que ça se passe autrement entre nous. »

La Gryffondor se figea. Elle tourna ses yeux soudain flamboyants de colère dans la direction du jeune homme et fronça le nez. « Moi aussi, figure-toi. »

Théodore baissa les yeux et serra les dents. Il n'aurait probablement pas dû dire ça. Comment savoir, avec elle ? Elle changeait d'humeur comme de chemise.

« Tu ne comptes toujours pas t'excuser ? Ça serait un bon début, pourtant. » La voix de la brune était à présent mordante, affutée comme un couteau de boucher. Assassine. Il s'obstina à garder la tête baissée. Son regard accusateur et furibond était la dernière chose qu'il avait envie de voir à ce moment précis. S'il le croisait, il n'était pas sûr de pouvoir garder le contrôle. Alors il ne dit rien.

« C'est bien ce que je pensais… », acheva la jeune enseignante, hargneuse.

Théodore entendit la chaise d'Hermione grincer et il sut qu'elle s'était rassise à sa place. Une page se tourna violemment et il fit lui-même demi-tour pour aller se rasseoir. Quelques secondes plus tard, Draco revint des toilettes. Et ne put qu'être ravi de constater que Nott ne posait plus un seul regard sur sa dulcinée.

~o~

Trois heures plus tard, à vingt heures, Madame Pince vint les chercher dans la Réserve pour leur annoncer qu'elle fermait la bibliothèque pour la nuit. Hermione ne chercha pas à protester. Elle était exténuée et n'avait qu'une seule hâte : rentrer chez elle et prendre un bain bien chaud. Avec Draco dedans, accessoirement, mais ça c'était une autre histoire.

« Je reviendrai demain, je n'ai pas classe après quatorze heures, j'aurai un peu de temps avant le weekend… », soupira-t-elle tandis qu'ils quittaient la bibliothèque, Draco bâillant à s'en décrocher la mâchoire.

« Je pourrais t'aider… », commença Théodore, mais Hermione secoua la tête.

« Tu as à peine lu un bouquin et demi en trois heures… Ne crois pas que je ne l'ai pas remarqué. Je m'en sortirai très bien toute seule. »

« Mais-

« Et je te tiendrai au courant si je trouve quoi que ce soit… », acheva-t-elle sèchement. La discussion était close. Draco avait peut-être raison de se méfier, après tout. Théodore avait passé son temps à l'observer aujourd'hui, et malgré sa concentration, son regard insistant l'avait mise quelque peu mal à l'aise. Draco sembla se réjouir de la décision d'Hermione et esquissa un rictus narquois, tout en regardant Théodore droit dans les yeux.

« Je serai quand même là dans la soirée. Je voudrais passer un peu de temps avec Elias… », se défendit le brun en se renfrognant.

« Elias ne sera pas disponible demain soir ! », aboya Hermione avant même de savoir pourquoi elle disait une chose pareille. Tout ce qu'elle voulait, c'était le dissuader de revenir.

« Pardon ? »

« Je… il dîne avec nous. A la maison », s'empressa d'ajouter la jeune femme tandis que Draco affichait une mine de totale incompréhension.

« Vous le ferez un autre soir », protesta Théodore, agacé.

« Impossible… »

« Et pourquoi ça ? » Le brun haussa les sourcils, attendant manifestement qu'elle s'enfonce dans ce qu'il savait être un beau mensonge.

« Parce que… », commença Hermione, qui tentait par tous les moyens de garder une expression convaincante. « Parce que Harry et Ginny vont venir avec les enfants, ainsi que tous les Weasley et qu'on ne peut pas les décommander à la dernière minute. »

« Alors je reviendrai samedi. »

« Samedi, Elias sera peut-être encore chez nous. »

« Dimanche, dans ce cas. A moins que tu ne trouves une autre excuse pour m'éloigner ? »

« Tu fais ce que tu veux, je m'en fiche. Va pour Dimanche. »

« Parfait. »

« Bien. »

Un silence tendu à l'extrême retomba entre eux et Draco, qui suivait l'échange à la manière d'un spectateur de Roland Garros, leva les paumes vers le plafond et grimaça.

« N'y a-t-il donc aucun règlement sur cette planète que tu daignes respecter, mec ? », cracha Draco tandis qu'ils remontaient le couloir en direction des escaliers. « Depuis quand les parents d'élèves peuvent-ils aller et venir dans l'école comme bon leur semble ? »

« Je suis l'actionnaire majoritaire de cet établissement, je fais ce que je veux », gronda Théodore en le fusillant du regard. « Toi, en revanche, tu n'es ni élève, ni parent d'élève et pourtant personne n'est venu te casser les bonbons pour que tu partes… »

Hermione gonfla les joues et laissait échapper un soupir d'exaspération, lorsque la silhouette de Rogue apparut à l'autre bout du couloir. Sauvée. « Bonsoir, Severus ! », lança-t-elle suffisamment fort pour que le Directeur l'entende. Il leva la tête et décocha un regard choqué en direction de ses trois anciens élèves. Les deux jeunes hommes cessèrent aussitôt leur dispute naissante et choisirent une toute autre tactique : s'ignorer mutuellement.

« Bon, je vais rejoindre Elias. Bonsoir, Severus », marmonna Théodore en laissant les autres plantés devant les escaliers, qu'il dévala à toute vitesse. Rogue le suivit un instant des yeux avant de tourner une expression interrogatrice en direction du jeune couple.

« Qu'est-ce qu'il fait encore ici, celui-là ? Avec vous ? »

« On a… on fait… on avait besoin de faire des recherches à la bibliothèque », éluda Hermione en haussant les épaules. « Et vous, tout se passe bien ? Comment va Narcissa ? Je n'ai pas eu le temps d'aller la voir aujourd'hui… »

« Ciss- » Rogue s'arrêta net en voyant le regard venimeux que lui lançait Draco en l'entendant utiliser un diminutif affectueux pour parler de sa mère. « Hum. Narcissa va bien. Elle se repose. Les dernières semaines ont été assez éprouvantes et elle a du mal à trouver le sommeil. D'ailleurs à ce propos, pourrez-vous passer voir si elle va bien dans la journée de demain ? Comme je ne serais pas là… »

« Où allez-vous ? », demanda aussitôt Hermione en fronçant les sourcils.

« Je dois me rendre à Londres pour deux jours… l'une de mes inventions va être utilisée par le gouvernement moldu pour équiper sa police contre les Mangemorts », annonça-t-il non sans fierté.

« Wow… félicitations… », marmonna Hermione, impressionnée. « Mais… est-ce que ça ira ? Je veux dire… quitter Poudlard… avec tout ce qui se passe en ce moment. »

Rogue jeta un bref regard aux alentours mais le couloir était désert. Il baissa la voix au maximum et hocha la tête. « Le club Héritage est sous surveillance. Une élève les espionne et est chargée de me communiquer toute information les concernant. Ils ont une réunion prévue dans deux jours, ça me laisse tout le temps nécessaire pour aller à Londres et revenir. »

Il se redressa et vérifia encore une fois que la voie était libre, un geste qui eut pour effet de faire naître un léger sentiment de paranoïa dans les entrailles d'Hermione. « Bien, si vous le dites… » Elle réfléchit un instant. « Si jamais il y avait un problème, Harry et quelques amis vont venir dîner demain soir. On ne sera pas très loin si vous avez besoin de nous. »

« Je prends note », acquiesça Rogue en hochant brièvement la tête. « Bonne soirée, tous les deux. »

« Bonne soirée, Severus », répondit Hermione avec un sourire chaleureux. Draco, quant à lui, ne dit rien et le regarda s'éloigner, les sourcils froncés.

Lorsqu'elle fut certaine que son patron était hors de portée, elle se tourna vers le blond, les bras croisés.

« Quoi ? », fit-il avec humeur.

« Tu vas lui faire la tronche encore longtemps ? », demanda-t-elle en secouant la tête.

Son fiancé ouvrit grand la bouche et tendit le bras dans la direction par laquelle Rogue s'était éclipsé. « Il se tape ma mère ! C'est dégoûtant ! »

La brunette leva les yeux au ciel et se détourna, pressée de retrouver son confortable canapé et le calme de son salon. Ils arrivaient au rez-de-chaussée lorsque la voix de Draco s'éleva de nouveau.

« Ah oui, tiens, je ne savais pas qu'on avait invité Potter et compagnie à la maison… », railla-t-il, tandis qu'Hermione sortait précipitamment son portable de sa poche pour pianoter sur les touches à toute vitesse.

« Eux non plus, c'est pour ça qu'il faut que je les prévienne… », maugréa-t-elle, en entendant le blond s'esclaffer à côté d'elle. « Allô, Ginny ? C'est Hermione. Dites-moi, vous êtes libres demain soir ? J'ai un truc à vous proposer… »

Au deuxième étage, le silence était retombé dans les couloirs. Du moins pendant une minute. Puis une silhouette se détacha d'une niche taillée dans la pierre et plongée dans l'obscurité, pour s'avancer lentement en direction des escaliers. Gwladys Beurk rejeta ses cheveux en arrière et un sourire mauvais se dessina lentement sur ses lèvres tandis qu'elle regardait Malfoy et le professeur Granger quitter les escaliers, puis le grand hall. Il ne lui restait plus qu'une seule chose à faire, à présent : trouver Samuel et tout lui raconter.

~o~

Une fois à l'extérieur, Hermione resserra son manteau autour d'elle, pianotant toujours sur son téléphone. Elle avait déjà appelé Ginny et Harry, Bill et Fleur, Tonks (qui se chargerait de prévenir son époux dans la soirée) et envoyé des messages à Blaise, Fred et Georges. Ne restait plus qu'à inviter Molly et à lui demander si Ron, qui était sorti de l'hôpital et désormais en convalescence au Terrier, était suffisamment solide pour être transporté.

« Mais bien sûr qu'il est déplaçable ! », s'exclama Molly dans le téléphone portable de Ron. Celui-ci tendait désespérément le bras depuis son fauteuil pour tenter d'arracher l'appareil à sa mère, en vain. « Les médicomages lui ont donné un fauteuil à roulettes ultra-perfectionné, il va PAR-TOUT avec. Vous vous rendez compte ? C'est un moteur spécial qui permet même de le faire léviter en toute sécurité sur quelques centimètres de haut pour passer les trottoirs et les marches d'escaliers. Arthur aurait adoré voir ça ! »

« Maman, passe-moi ce téléphone ! », siffla Ron, en ouvrant et fermant les doigts pour happer le précieux objet.

« Bon, je te le passe, Hermione. A demain ! », s'écria Molly en rendant son téléphone à Ron, qui le porta aussitôt à son oreille.

« Pitié, Hermione, sors moi de là », marmonna-t-il assez bas pour que Molly ne puisse pas l'entendre, tout en actionnant la commande de son fauteuil afin de s'éloigner. « C'est un cauchemar. Elle me gave tellement de pâtisseries que je vais mourir diabétique avant d'avoir pu reprendre le travail. Je veux retourner à l'hôpital. »

Hermione éclata de rire et leva les yeux au ciel. « Comprends-la, un de ses bébés revient à la maison. Ça lui fait tellement plaisir… Comment tu te sens ? »

« Prisonnier », rétorqua Ron du tac au tac.

« Je parlais de ta jambe, idiot. »

« Les médecins disent que je pourrai commencer la rééducation d'ici un mois et que je marcherai certainement sans assistance d'ici la fin du printemps prochain », bougonna le rouquin en arrêtant son fauteuil près d'une fenêtre pour regarder à l'extérieur, la mort dans l'âme.

« C'est une bonne nouvelle. »

« Tu rigoles ? C'est l'horreur, oui. Heureusement, Mélinda vient tous les deux jours pour me faire des injections dans la jambe et vérifier mon traitement anti-infectieux… Merlin, Hermione, je n'ai jamais été aussi heureux à l'idée de voir une seringue. Cette fille est mon rayon de soleil dans cet Enfer maternel. »

« Tu n'exagères pas un peu ? »

« Tu connais ma mère… »

Hermione rit de nouveau, sous le regard perplexe de Draco qui n'entendait absolument rien des jérémiades de Ron. « On se voit demain soir, alors ? »

« Si je ne suis pas étouffé dans trois litres de pudding maison d'ici là, oui… », soupira Ron comme si on venait de le condamner à l'échafaud.

« Bonne nuit, Ron », railla Hermione avant de raccrocher, le sourire aux lèvres.

« Qu'est-ce qu'il lui arrive ? », s'enquit Draco, tandis qu'elle rangeait l'appareil dans sa poche en frissonnant. L'air de la nuit était glacial et sentait le gel. La neige ne tarderait pas à tomber dans les prochains jours, c'était certain. Le blond passa aussitôt un bras par-dessus les épaules d'Hermione.

« Molly fait sa Molly et Ron… »

« Fait son Ron… », acheva-t-il avec léger rire. « Toujours à se plaindre. »

Hermione s'esclaffa de nouveau et opina du chef. « En gros, oui. »

« Dire qu'à la base, c'était juste censé être un pieux mensonge pour te débarrasser de Théodore… », soupira Draco en levant les yeux au ciel. « Et au final on va se retrouver envahis de roux toute une soirée. Que s'est-il passé ? »

« Je crois qu'un truc a foiré, à un moment donné », railla Hermione en gloussant.

Ils rirent quelques instants en chœur, sentant avec soulagement la pression des dernières heures s'atténuer quelque peu. Malgré le froid et le vent d'hiver, l'instant était agréable. Rire ainsi, seuls tous les deux, sans rien d'autre à se soucier que d'eux-mêmes… ce n'était pas arrivé depuis si longtemps…

Le silence retomba, ponctué de temps à autre par le bruit de la bise dans les branches des épineux et de leurs pas sur le sol gelé. Après quelques instants, Draco vit le sourire d'Hermione progressivement disparaître pour laisser place à une expression peinée.

« Qu'est-ce qu'il va arriver à Elias si jamais on ne parvient pas à… trouver une solution pour Théodore ? », souffla-t-elle en levant des yeux désemparés dans sa direction.

Le blond fronça les sourcils et resserra son bras autour des épaules d'Hermione. « On trouvera… » Toutefois son intonation laissait penser qu'il n'était pas totalement convaincu par ses propres paroles. « Hermione Je-Sais-Tout Granger en personne se penche sur son cas, il ne peut que survivre ! », acheva-t-il avec une grimace.

« Mais et si… » Elle se mordit la lèvre. Ce qu'elle s'apprêtait à dire lui retournait l'estomac et la choquait tellement qu'elle ne savait pas si elle devait vraiment révéler cette partie d'elle-même à l'homme qu'elle aimait.

« Et si quoi ? »

« Je… j'ai eu l'impression de ne pas être efficace dans mes recherches, aujourd'hui… », gémit-elle, honteuse. « Est-ce que tu penses qu'inconsciemment, je ne suis pas concentrée car au fond de moi je… n'ai pas envie de trouver de solution ? » Elle referma les lèvres, comme si elle venait de proférer la pire des horreurs. « Seigneur, j'ai l'impression d'être un monstre. »

Draco la retint par le bras et la força à se retourner pour lui faire face. « Tu n'es pas un monstre. » Il ferma un instant les yeux et soupira. « Hermione, tu es la personne la plus courageuse et la plus incroyable que j'ai jamais rencontrée. Et tu me l'as encore prouvé ce soir en acceptant de passer trois heures à aider le type qui t'as fait vivre l'Enfer il y a douze ans. Peu de gens au monde seraient capables de faire ce que tu as fait. Et personne ne t'en voudra si tu juges que c'est trop pour toi. » Il approcha un peu plus son visage du sien et leurs regards plongèrent l'un à l'intérieur de l'autre. « Personne ne te jugera si tu décides d'y mettre un terme. »

Hermione hocha la tête en silence. « J'essaierai encore demain, seule. Peut-être que c'était seulement sa présence qui m'empêchait de travailler correctement ? », murmura-t-elle.

Draco acquiesça à son tour. « Peut-être. Fais ce que tu peux et surtout ce que tu veux… c'est tout ce qui compte. »

Pour une raison inexplicable, Hermione sentit ses yeux larmoyer et elle se fendit d'un grand sourire pour donner le change et alléger quelque peu l'atmosphère. « Je t'aime, tu sais ? »

« Normal », ironisa le blond en reprenant la route de leur maison. « Je suis parfait. »

~o~

Je vais le buter…

Ça le tuait de le voir ainsi. Ça le rongeait, le bouffait de l'intérieur. Tout son corps brûlait d'envie de se lever et de se jeter à la gorge de l'homme pour la lui arracher de ses propres mains. L'entendre hurler, sentir les chairs céder sous ses ongles, le sang dégouliner entre ses doigts. La vie quitter peu à peu le corps de l'enfoiré qui avait assassiné son père.

Ménélas Fawley serra les dents, la main droite crispée autour de son couteau. Que n'aurait-il pas donné en cet instant pour pouvoir planter la lame bien profondément entre les côtes de ce type. Une petite quarantaine de fois. Là, au milieu de la Grande Salle, sous les yeux de son petit connard de fils et du reste de ses camarades. Mais le couteau était un modèle à bout rond de réfectoire scolaire en acier souple, à peu près aussi dangereux qu'une meute de chatons nouveau-nés. Et le regard sévère de son ami Quentyn ne le quittait plus depuis que Théodore Nott avait fait irruption dans la Grande Salle pour y partager le dîner avec son fils et ses amis. Sans parler du fait qu'un acte aussi inconsidéré risquerait de faire capoter toute la mission des Héritiers. Il était donc condamné à supporter la vue de cet homme sans rien dire jusqu'à la fin du repas.

« Arrête de le mater comme ça », grinça Quentyn en se penchant vers lui par-dessus la table. « Tu veux te faire remarquer ou quoi ? »

« Ça me rend malade, putain, tu peux comprendre ça ou pas ? », siffla Ménélas en jetant le couteau inutile sur la surface de la table. Le métal tinta légèrement contre le bois avant de finir sa course contre un verre de jus de citrouille. Puis baissant encore d'un ton : « Il est là, tranquillement en train de manger avec son gamin alors que moi, on ne m'a même pas donné l'autorisation d'aller à l'enterrement de mon père… qu'il a tué. »

« Patience, tu vas avoir ta revanche… Samuel a promis que ce serait à toi de t'occuper de son fils quand on passerait à l'action. Il ne laissera personne d'autre que toi le toucher, tu auras l'exclusivité. »

Ménélas siffla entre ses dents et regarda encore la silhouette de Théodore assise à la table des Gryffondor. A côté de lui, Elias parlait avec entrain et sa petite bande l'écoutait en souriant. Sauf un, David Reilly (qui lui aussi était sur la liste des Ignominies à éliminer). Le gosse observait Nott bouche bée, comme s'il se trouvait en présence de son joueur de Quidditch préféré. Sûrement était-il très impressionné de rencontrer celui grâce à qui il avait pu naître sorcier. Ménélas renifla de dégoût. Sale petite merde…

Il faillit sursauter lorsqu'une main glacée se posa sur son épaule, près de la naissance de son cou. Tournant la tête, il vit que ce n'était que Gwladys qui s'asseyait à côté de lui, un sourire calculateur plaqué sur ses lèvres carmin.

« Les gars, vous ne devinerez jamais… », fit-elle en se servant une frite directement dans l'assiette de Ménélas, qui ne réagit pas. Quentyn la dévisagea en haussant les épaules, l'invitant à poursuivre. « Figurez-vous que Rogue quitte le navire pour les deux prochains jours, je l'ai entendu en parler au professeur Granger… », minauda-t-elle en rejetant sa chevelure en arrière.

« Bon débarras », grogna simplement Ménélas, qui avait repris son observation minutieuse de Nott deux tables plus loin.

« Je n'ai pas pu saisir toute leur conversation mais peu importe. J'ai parlé à Samuel… », poursuivit la jeune fille. « On va en profiter pour exécuter le plan demain soir après les cours. C'est le grand jour, les gars. »

Fawley délaissa Théodore des yeux et se tourna vers sa camarade. « Je crois que rien n'aurait pu me faire plus plaisir que ce genre de nouvelle… », chuchota-t-il avec un sourire carnassier.

« Mais de rien ! »

Lui piquant une autre frite dans son assiette, Gwladys se releva et partit à la rencontre d'autres membres du groupe pour leur faire part de la nouvelle. Quentyn la suivit des yeux un instant puis reporta son attention sur son meilleur ami. Une excitation malsaine luisait à présent dans ses iris et Quentyn ne sut pas vraiment s'il devait s'en réjouir ou pas. Peut-être pas.

Autour d'eux, la table commença à se vider, les élèves ayant fini de manger retournaient dans leurs dortoirs en piaillant joyeusement.

« Tu crois que ça va marcher ? », demanda Quentyn, les yeux rivés sur son assiette à moitié pleine.

Ménélas lui jeta un regard torve et haussa les épaules. Sous la table, son genou s'agitait de haut en bas à la vitesse de l'éclair. Il semblait sur les starting-blocks. Prêt à décoller. A tuer. « Tout ce que je veux, c'est pouvoir défoncer la tête du petit Nott et venger mon père. Le reste… ce sera du bonus. »

Quentyn posa son menton dans sa main et prit sa fourchette. D'un air absent, il piqua une pomme de terre frite et l'amena à sa bouche. Contrairement à ce qu'il avait imaginé depuis des mois, la nouvelle de Gwladys ne l'avait pas enthousiasmé plus que ça. Il devait être fatigué. Peut-être couvait-il quelque chose ? Un rhume ? Ça finirait bien par passer. Le voyant rêvasser, Ménélas claqua plusieurs fois des doigts devant les yeux de son ami.

« Hé… », fit le jeune homme pour attirer l'attention de Quentyn. « Quand la chauve-souris est pas là… les petits rats crèvent… », acheva-t-il, ravi de sa mauvaise blague.

Celle-ci eut pour effet de faire remonter les coins de la bouche du blond, tandis que Ménélas éclatait d'un rire sardonique et cruel.

Peut-être allaient-ils bien s'amuser, en fin de compte…

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J'espère que ce chapitre vous aura plu ! La fin approche à grands pas, maintenant, les jours sont comptés … Je ne sais pas encore si je serai en mesure de publier lundi prochain car comme certains d'entre vous le savent, je me suis fait une entorse au genou et une déchirure partielle des ligaments il y a 15 jours pendant mes vacances. Je commence la rééducation aujourd'hui mais je ne sais pas encore à quelle fréquence seront les séances donc… j'aurai peut-être besoin de deux semaines pour écrire la suite. Comme d'hab, au pire, venez jeter un œil sur Facedebouc le lundi pour savoir si j'ai publié ou pas… )

Gros bisous et excellente semaine à tous !

Xérès