Ennemi(s) Intime(s)
Les blas-blas de Xérès : Attention, chapitre éprouvant pour les nerfs. La tension monte, histoire de bien vous mettre dans l'ambiance du prochain ! ahah Je n'en dis pas plus, je vous laisse découvrir ! Bonne lecture !
Merci à mes nouveaux follow/fav (Oralicious, Crinièredefeu, ghostaround, flolive, MadlynMalefoy, alixlouise, La-Phalaenopsis), ainsi qu'à PouleauPotter, MissDraymione, alixlouise, Fan, Lyly Ford, Voldynouchette, Mikasa, aussidagility, Marion, Cécile, Love the Original Family, Drasha, Jeny, Kendy, okami shiroi, Wizzette, Plumty, Eanna Elendil, Eliane Gil, Folpi, Ela, Piitchoun, Gouline971, Swangranger, ecathe38, Winlie-chan, Eliana Debrey, alizeta, Lune-Bleue22, Sarah bus, TiteTyLee, OrianeT, Audrey917000, Chloette-Malfoy, laloudu77, unepotterhead pour leurs reviews.
RAR :
Fan : Ahah tu auras ton happy end, même si je commence à me dire que ça tiendra plus du bittersweet end au final, mais BON. A vous de juger quand vous lirez. En attendant, voici le nouveau chapitre ! Merci pour ta review et gros bisous.
Mikasa : La fin de la fiction sera partagée entre deux endroits, puisqu'il y aura à la fois le dénouement à Poudlard et celui à Londres. J'espère ne pas trop m'emmêler les pinceaux, je croise les doigts pour que ça le fasse ! Bonne lecture et merci pour ta review !
Aussidagility : merci pour ton message ! Le genou va bien ) Bonne lecture !
Marion : ahah non, ce n'est pas une diversion de Rogue, malheureusement. Merci pour ta review et bonne lecture !
Cécile : l'épilogue est compris dans les trois chapitres, donc après celui-ci il n'en restera que deux ! ) Merci pour ta review et bonne lecture !
Drasha : ahah Ron-ron n'a pas l'air si content que ça d'être chouchouté par maman. Il préfèrerait une jolie infirmière à la place… Merci pour ta review et bonne lecture !
Jeny : ça craint pour tout le monde maintenant, pas seulement pour Pippa et Elias, ahah. Bonne lecture et merci !
Kendy : j'avoue qu'il m'a fallu beauuucoup de temps pour arriver à trouver une fin logique et juste concernant Théodore, mais ça a été au prix de longues tergiversations. Quoi qu'il en soit, cette fin ne fera pas que des heureux dans n'importe quel camp, c'est certain ! XD Merci pour ta review et bonne lecture !
Folpi : Ahah l'une des théories de tes reviews est exacte, je ne dirai pas laquelle, tu t'en rendras compte dans ce chapitre… En ce qui concerne l'égoïsme d'Hermione, je pense qu'elle ne réalise tout simplement pas à quel point Théo peut mourir à tout instant, vu qu'il reste encore puissant et tout… Donc elle cherche avant tout à le garder loin d'elle tout en essayant de trouver un moyen pour qu'il lui fiche durablement la paix… Merci pour tes reviews et bonne lecture !
Ela : Rassure-toi, je ne compte pas arrêter les fanfics de si tôt ! J'ai déjà quelques idées pour de nouvelles histoires et je m'y mettrai rapidement après la fin d'Ennemi(s) Intime(s). Mon genou te remercie pour les bisous magiques, ils ont été bigrement efficaces ! ahah. Bonne lecture et merci pour ta review !
Sarah bus : Théodore moins con ? J'ai des doutes… lol. Non, je plaisante, bien sûr que la grossesse d'Hermione chamboule ses plans, il va forcément changer de point de vue… (« On range le petit oiseau », non mais tu n'as aucun respect, mdrrr). La prochaine fiction ne sera pas une suite d'Ennemi(s), malheureusement en ce qui concerne la saga Théodore Nott, l'aventure s'arrête là. En deux ans, je pense avoir fait le tour ^^ Bonne lecture et merci pour ta review !
Chapitre 36 : Apocalypse Now
Pour la centième fois au moins depuis qu'elle s'était mise au lit, Hermione se retourna sous les couvertures. Elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Beaucoup trop de choses lui trottaient dans la tête et il lui était absolument impossible de faire le vide. Théodore, les Mangemorts, Elias, les jeunes recrues des Héritiers à l'intérieur même de Poudlard… Elle avait l'impression de devenir dingue. Tournant les yeux en direction de Draco, qui dormait à poings fermés à quelques centimètres, elle soupira. Comment ce type pouvait-il sombrer aussi vite avec tous les dangers qui leur tournaient autour ? Mystère.
Un gargouillis sonore retentit dans la chambre et elle ferma les yeux, dépitée. Voilà qu'elle avait faim, maintenant, pour ne rien arranger. Bon, j'ai compris… Abdiquant face à l'absence manifeste du marchand de sable, Hermione rejeta doucement les couvertures de son côté et sortit à pas de loups, tout en prenant soin de ne pas réveiller Draco. Dès qu'elle se fut extirpée d'entre les draps, comme s'il avait détecté un nouvel espace pour s'étendre, le blond roula sur le flanc, pour occuper les trois-quarts du lit à lui tout seul.
Bon, qui va à la chasse perd sa place, dit-on…, pensa Hermione avec une grimace. Enfilant ses chaussons d'hiver pour protéger ses pieds du sol froid, elle sortit de la chambre et referma silencieusement la porte derrière elle. Elle descendit ensuite à la cuisine pour se préparer une collation (du thé et quelques petits biscuits sablés), qu'elle engloutit sans cesser de ressasser les idées qui la tenaient éveillée.
Sa fin d'après-midi à la bibliothèque n'avait pas été probante. Non seulement Théodore l'avait quelque peu déconcentrée dans ses recherches, mais il n'y avait pas eu que ça. Aucun des livres qu'elle avait parcourus n'abordaient de près ou de loin un sujet un tant soit peu proche de l'affliction de Nott. A croire que ce n'était pas tous les jours qu'un sorcier vendait son âme à un grimoire maléfique pour accroître ses pouvoirs. Tu m'étonnes… Pas l'ombre d'un indice, pas un seul précédent à partir duquel se baser.
L'espace d'un instant, Hermione se vit projetée dans le passé, à la fin de sa sixième année alors qu'elle faisait des recherches (tout aussi inefficaces) sur les Horcruxes et la manière de s'en débarrasser. Là aussi, elle avait retourné quasiment l'intégralité de la Réserve sans succès. Et pour cause : Dumbledore en avait retiré plusieurs livres de magie extrêmement noire portant notamment sur la création de ces objets maudits. Bien sûr, tiens, je vais suggérer à Monsieur le Psychopathe-en-Chef de se créer deux ou trois Horcruxes en guise d'assurance-vie, ironisa-t-elle intérieurement tout en mordant dans un petit sablé. Avant de réaliser… Le souvenir qui lui traversa alors l'esprit fut si violent et si évident qu'elle prit une grande inspiration, faisant passer une quantité non négligeable de miettes de sablé dans ses voies respiratoires. Hermione se mit à tousser brutalement, saisissant au vol une serviette de table qu'elle plaqua contre sa bouche pour étouffer le bruit. Comment ai-je pu être aussi stupide ?, se morigéna-t-elle, les yeux larmoyants. Elle quitta la table, emportant avec elle le reste de son thé et grimpa les escaliers. Pourquoi n'y ai-je pas pensé avant ?
Elle se revit adolescente, faisant ses valises après les funérailles de Dumbledore. Elle avait été tellement désespérée de trouver un grimoire capable de vaincre Voldemort qu'elle en avait fait appel au plus élémentaire des sortilèges, un simple Accio, sans grande conviction. Plusieurs livres avaient alors fait irruption dans le dortoir des filles de Gryffondor, par la fenêtre ouverte. Les livres que Dumbledore avait retirés de la Réserve et remisés dans son bureau.
Je dois les avoir gardés…
Aussi silencieusement qu'elle le pouvait, Hermione posa son thé sur le sol avant de descendre la trappe et l'escalier qui menaient au grenier. Puis elle récupéra sa tasse et grimpa sous les combles, allumant au passage l'unique ampoule installée pour éclairer les lieux. Une lumière jaunâtre d'abord faible illumina la pièce, avant de prendre progressivement en intensité. Le capharnaüm qui régnait en ces lieux avait pris des proportions dantesques depuis qu'ils avaient vidé le Manoir Malfoy. Cela découragea quelque peu Hermione, mais elle savait à peu près où seraient rangés les livres qu'elle cherchait. Dès qu'elle aurait mis la main sur les cartons d'affaires qu'elle avait ramenées de l'université et de ses différents stages de prof-assistante de par le monde, elle serait en mesure de les trouver. Car ils ne pouvaient être que là, c'était certain.
Elle ne les avait pas vraiment rouverts depuis l'été du mariage de Bill et Fleur, mais les avait conservés. Juste au cas où. Vidant le reste de son thé d'un trait, elle s'attela à la tâche, tout en essayant toujours de faire le moins de bruit possible. Ce n'était pas une mince affaire au vu des cartons et meubles précieux qui encombraient désormais l'espace. Mais logiquement, ce qu'elle cherchait devait se trouver vers le fond. Elle enjamba un carton de vaisselle en porcelaine portant le blason des Malfoy et les assiettes tintèrent lorsqu'elle posa le pied non loin d'elles. Du coin de l'œil, elle avisa l'ancienne cage de Plum, le Jobarbille de Draco, et se força à ne pas la regarder. Elle ne devait pas se laisser aller à la nostalgie, il fallait rester concentrée. Prenant appui sur une commode qui commençait à prendre la poussière, elle enjamba un nouveau tas de cartons, progressant toujours plus vers l'arrière du grenier. Là, se trouvaient à présent ses caisses remplies de cours de fac, de livres et de cahiers. De dessins d'anciens élèves aussi et autres copies diverses. Elle approchait du but. S'asseyant à même le plancher, elle commença à vider les cartons un à un de leur contenu, inspectant plus particulièrement les livres et grimoires. Après quelques minutes, l'un des livres de Dumbledore fit enfin son apparition parmi ses semblables. Secrets les plus sombres des forces du Mal, par Owle Bullock. Sans attendre, elle l'ouvrit et commença sa lecture.
~o~
Lorsque Draco se réveilla le lendemain matin en sentant le lit vide à côté de lui, son premier réflexe fut de paniquer. Il se redressa vivement, regarda l'heure sur le réveil d'Hermione, tendit l'oreille à la recherche de n'importe quel bruit pouvant indiquer qu'elle préparait le petit-déjeuner au rez-de-chaussée. Mais il n'y avait pas un son dans la maison. Repoussant les draps, le jeune homme sauta hors du lit en simple boxer et sortit de la chambre. Il fronça les sourcils en voyant la trappe du grenier ouverte et en levant les yeux, vit que la lumière y était allumée. Il grimpa rapidement à l'échelle et passa la tête, puis le torse par l'ouverture.
« Hermione ? »
Un fracas d'objets en chute libre au fond de la pièce, derrière un gros meuble et quelques cartons, lui indiqua qu'elle se trouvait certainement par là. Il se dégagea du trou dans le plancher et avança parmi les souvenirs familiaux… pour trouver une Hermione à l'air hagard, étendue sous une pile de livres qui venait manifestement de lui tomber dessus et entourée d'emballages de gâteaux.
« Mais qu'est-ce que tu fous ? », s'enquit Draco en regardant, scandalisé, les vestiges de leur réserve de pâtisseries sucrées sur le sol.
Hermione se releva péniblement, écartant livres et papiers, ainsi que sa couverture en pilou entortillée autour d'elle. Une large tache de poussière grise ornait sa joue gauche. « Je… je faisais des recherches », répondit-elle, la bouche pâteuse. « Je n'arrivais pas à dormir. »
Elle vit Draco baisser des yeux ronds sur les emballages de gâteaux et rougit.
« J'ai eu faim aussi… et je crois que ça a pris des proportions légèrement ridicules… », ajouta-t-elle avec un regard contrit. Le blond haussa un sourcil narquois et pour désamorcer la situation, Hermione se retourna, saisissant un des bouquins sous lesquels elle avait fini par somnoler. « J'ai trouvé de vieux livres que j'avais récupérés à Poudlard à l'époque où on cherchait un moyen de détruire les Horcruxes. »
Draco la dévisagea étrangement. « Tu ne comptes tout de même pas suggérer à Théodore d'en créer ? »
« Bien sûr que non… mais ces livres contiennent beaucoup d'autres rituels extrêmement puissants, et pourtant Dieu sait qu'on atteignait déjà un bon niveau avec les joujoux de Voldemort… », commenta-t-elle avec une grimace. « Il faut que je creuse encore, mais je pourrai peut-être y trouver une solution à son problème. » Contrairement à ce qu'elle avait imaginé, le visage de Draco s'assombrit. « Qu'est-ce qu'il y a ? »
« Il est hors de question que tu plonges dans la magie noire. A fortiori pour ce type », décréta-t-il.
« Draco, je n'en ai pas l'intention », souffla-t-elle, rassurante. « Je peux te jurer que si, et je dis bien si je trouve quelque chose, ce qui est totalement hypothétique, je me contenterai de lui filer le tuyau et il devra se débrouiller tout seul comme un grand. » Elle réfléchit un instant, un rictus gêné sur les lèvres. « A condition bien entendu que cela n'implique pas de meurtres, de viols, ou un autre crime quelconque. »
« Oui, ça changera… », marmonna Draco, sarcastique. « En attendant, tu ne devrais pas être en train de te préparer pour aller en cours ? »
« Quelle heure est-il ? », s'alarma Hermione en ouvrant de grands yeux paniqués.
« Sept heures, tu as encore le temps mais… »
« Oh non, il faut que je prévienne Elias, Victoire et Ted pour ce soir ! Je suis à la méga-bourre ! », s'écria-t-elle en passant en coup de vent près de Draco pour redescendre quatre à quatre les marches de l'escalier. Poussant un soupir, Draco se retrouva seul dans le grenier et, comme il le réalisa soudain, c'était la première fois depuis qu'ils avaient vidé le Manoir. Debout entouré de ses souvenirs d'enfance, Draco fronça les sourcils, mal à l'aise. Les mâchoires serrées, il jeta un dernier coup d'œil en direction du campement provisoire d'Hermione, agita sa baguette pour faire disparaître les emballages de gâteaux et s'empressa de quitter les lieux, éteignant la lumière derrière lui.
~o~
Pansy effleura sa joue gauche en grimaçant. La souche de chêne, sur laquelle elle avait pris place, était couverte de gel et elle-même grelottait en ce petit matin de novembre. Mais elle avait ressenti le besoin de prendre l'air. L'hématome qui ornait son visage depuis le dernier éclat de colère de son mentor s'était bien atténué, cependant sa pommette restait gonflée et douloureuse au contact de ses doigts. Bellatrix lui avait demandé vingt fois, peut-être trente, pourquoi elle ne faisait pas disparaître la marque d'un coup de baguette. Mais Pansy avait une règle : ne jamais panser les blessures causées par un homme. Cela l'aidait à se rappeler.
Et le moment venu, elle saurait se rappeler qui était véritablement Rodolphus Lestrange. Un homme. Aussi vil et bas que tous les autres.
Derrière elle, dans la clairière, la porte de la chaumière claqua et Pansy tourna vivement la tête, pour voir approcher Bellatrix, emmitouflée dans une lourde cape noire et pelucheuse.
« Est-ce que ça va ? », s'enquit Bella en approchant de Pansy. « Vous n'avez pas froid ? »
Pansy secoua la tête et tenta de reprendre son aplomb habituel. « J'avais besoin… de sortir un peu. Enfermée avec eux toute la journée, ça me… »
Elle ne finit pas sa phrase. La vérité, c'était qu'elle se sentait humiliée. Elle, le bras droit de Rodolphus, toujours parfaite et tirée à quatre épingles, se laisser gifler de la sorte devant tous ses partisans comme une vulgaire fille des rues. Maintenant qu'ils l'avaient vue rabaissée de son piédestal, les autres hommes ne la craindraient plus. Pire. Ils pourraient avoir envie de s'en prendre à elle à leur tour.
« Rodolphus a reçu une lettre de Poudlard », annonça son aînée en se laissant tomber sur un tronc arraché et couché sur un lit de fougères. « Sa plus fidèle recrue là-bas a dit qu'ils passeraient à l'action ce soir. Severus quitte l'école pour deux jours… »
« Samuel Parker… », se remémora Pansy avant de soupirer. Un petit nuage de vapeur se forma devant sa bouche et elle le regarda s'élever puis disparaître dans les airs. Avant d'en souffler un autre. « Dire que c'est moi qui l'ai recruté au début de l'été… Un petit salaud, qui a essayé de me draguer du haut de ses dix-sept ans tout juste. » Pansy laissa échapper un rire amer. « Le genre charmeur, vous voyez ? Et bon élève, avec ça. Il me faisait penser à ce type insupportable qui sortait avec cette pouffe de Chang à Poudlard… » Elle fronça les sourcils et claqua des doigts, cherchant le nom qu'elle avait sur le bout de la langue.
« Désolée, je ne vais pas pouvoir vous aider… », commenta Bellatrix en haussant les épaules.
« Mais si ! Ils en ont fait tout un plat parce qu'il est mort pendant la finale du Tournoi des T- Diggory ! », s'écria-t-elle, triomphante. « Cédric Diggory ! »
« Jamais vu… »
« Sans grand intérêt. Un sourire trop brillant pour être honnête et une tête de vampire… », rétorqua Pansy avec un rire narquois. Elle secoua la tête, quelques souvenirs joyeux de sa scolarité lui revenant en mémoire.
Bellatrix sourit à son tour, laissant un instant la jeune femme profiter de cet instant de nostalgie. Puis elle baissa les yeux et reprit son sérieux. « Rodolphus veut lancer une attaque ce soir dans les locaux de la brigade. Un des gars a appris que les Aurors et les policiers étaient convoqués pour une espèce de réunion. Si on les occupe, ils ne pourront pas prêter main-forte aux professeurs lorsque les jeunes déclencheront leur plan à Poudlard… »
« C'est logique », approuva Pansy, le visage fermé.
« Mais ça pose un problème pour nous… », reprit Bella. Pansy leva le nez et la dévisagea sans comprendre. « Si Nott apprends que l'école est attaquée, il foncera là-bas pour trouver son fils et il ne pourra plus nous aider à nous débarrasser de… » Elle fit un signe de tête rapide en direction de la chaumière.
C'était vrai. Elles ne pouvaient pourtant pas se passer de lui, un puissant allié ne serait pas de trop pour trahir Rodolphus et prendre les commandes des Héritiers. « J'irai lui parler ce soir. Je m'éclipserai avant l'attaque et je le trouverai », assura Pansy avec conviction.
Bellatrix hocha pensivement la tête, puis pinça les lèvres. Elle n'avait pas tout dit et sa cadette le sentit. « Qu'y a-t-il ? », demanda Parkinson, inquiète.
« On n'est pas obligées d'y aller… », souffla Bellatrix en jetant un regard inquiet autour d'elle pour s'assurer qu'elles étaient toujours seules. « On pourrait tout simplement fuir et laisser les Aurors se charger d'eux… »
« Et risquer qu'ils laissent encore s'échapper Rodolphus, comme il y a douze ans ? Pas question ! De plus, j'ai besoin d'asseoir mon autorité en tant que future leader des Héritiers. Si je fuis avant la bataille, tout ce que j'ai fait jusqu'à présent n'aura servi à rien ! », s'énerva Pansy en fusillant la brune du regard.
« Il y a d'autres moyens de lutter contre les usurpateurs de magie, on trouvera une- »
« Citez m'en un ! », la défia la jeune femme en se redressant vivement.
Le silence retomba quelques secondes dans la clairière, puis Bellatrix haussa les épaules. « La politique ! », proposa-t-elle, aussi convaincante que possible. « Je suis sûre que nous ne sommes pas les seuls à ne pas voir ce nouveau système mixte d'un très bon œil, autant chez les sorciers que chez les Moldus. Nos idées seraient bien mieux exploitées si on les glissait aux oreilles d'hommes puissants plutôt que de terroristes. »
« La politique… », s'esclaffa froidement Pansy. « Deux femmes à la tête d'un parti, dont une qui a passé plus du tiers de sa vie à Azkaban, les électeurs vont adorer…. »
Bellatrix se renfrogna et ne dit plus rien.
« Il est trop tard pour reculer », reprit Pansy, d'une voix plus douce. « Pour moi, du moins. Mais je ne vous en voudrai pas si vous voulez partir. »
Bellatrix Lestrange releva les yeux et dévisagea Pansy d'abord avec tristesse puis détermination. « Je ne vais pas vous laisser toute seule. »
Pansy sourit. Les deux femmes échangèrent un regard entendu et une énergie nouvelle leur réchauffa le cœur malgré le froid ambiant. L'espoir.
Quoi qu'il arrive, elles savaient qu'elles pourraient compter l'une sur l'autre.
~o~
Elias courait à toutes jambes dans les couloirs, suivi de près par Victoire, fuyant sa semaine difficile, les cours et les devoirs pour regagner brièvement son dortoir et faire son sac. Sa mère leur avait donné rendez-vous, à lui, Victoire et Ted, devant la bibliothèque avec quelques affaires pour passer la soirée puis la nuit chez elle et Draco. Et pourquoi pas une partie du lendemain à Pré-au-Lard ? Un large sourire aux lèvres, il sauta à pieds joints une volée de marches, dévala un nouveau corridor et s'apprêtait à grimper les dernières marches avant d'approcher du portrait de la Grosse Dame, lorsqu'une jambe inconnue se mit soudain en travers de son chemin. Incapable de freiner ni de changer sa trajectoire, Elias se prit les pieds dans le tibia tendu et s'étala de tout son long sur le sol, se mordant au passage l'intérieur de la joue et un bout de langue à cause du choc. Il roula sur la pierre pour faire face au propriétaire du membre en question et se retrouva nez à nez avec le visage patibulaire de Ménélas Fawley. Elias déglutit, la main sur son genou douloureux. Le grand esquissa un sourire carnassier et se pencha en direction du petit garçon. Derrière lui, Victoire le rattrapait enfin.
« Cours, cours, mon petit… », susurra Fawley en lui assenant une tape sur le côté du crâne. Elias répondit par un regard meurtrier. « Tant que tu le peux encore… »
Ménélas se redressa, satisfait et se détourna pour vaquer à ses occupations.
« Imbécile ! », cracha Victoire dans son dos. L'adolescent tendit un bras derrière lui et la gratifia d'un magnifique doigt d'honneur qui la fit rosir de colère. Puis la blondinette se pencha pour aider Elias à se relever. « Quel sale cafard, celui-là. J'ai hâte que Rogue nous le renvoie chez ses parents illico presto. »
« Chez sa mère… », rectifia Elias avec une légère gêne. « Mon père a tué le sien, je te rappelle. »
« On se demande d'ailleurs comment », dit-elle en époussetant le pull d'Elias qui ramassait ses livres de cours éparpillés sur le sol. « Ton père est adorable. En tout cas, hier soir à table, il l'était. Je me demande ce qu'il a bien pu faire pour qu'Hermione le déteste à ce point. »
Elias pinça les lèvres et ne répondit pas. En boitillant légèrement, il approcha du portrait de la Grosse Dame qui haussa un sourcil inquisiteur. « Eh bien, mon enfant ? Ce grand te cause des soucis ? Veux-tu que j'aille faire un rapport au portrait du professeur Dumbledore ? », demanda-t-elle, son double-menton ballottant légèrement au rythme de ses paroles.
« Merci, ça va aller… », bougonna le petit brun, son œil noir lançant des éclairs.
« Flibbertigibbet », prononça Victoire, pour que le portrait leur ouvre le passage. Les deux enfants s'engouffrèrent par l'ouverture et montèrent dans leurs dortoirs respectifs. Quelques minutes plus tard, ils étaient redescendus et rejoignaient Ted, accompagné de David et Deb, devant la bibliothèque. Elias boitait toujours et Ted fronça les sourcils en le voyant approcher.
« Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? », demanda-t-il tandis que Victoire levait les yeux au ciel.
« Fawley, voilà ce qu'il lui est arrivé », grommela-t-elle. « Ce type me sort par les trous de nez. »
Ted esquissa un rictus et se pencha pour inspecter les narines de Victoire. « Je ne vois rien… », déclara-t-il avant d'esquiver une tape de la blonde. David et Elias éclatèrent de rire.
« C'est trop nul que vous partiez sans nous… », geignit Deborah avec une moue boudeuse. « On va s'ennuyer ! »
« Désolé, Maman invite déjà beaucoup de monde, alors… », s'excusa Elias en rosissant.
« T'inquiète pas, on comprend… », le rassura David en lui flattant l'épaule. « On va en profiter pour essayer de trouver Pippa et lui demander s'il y a du nouveau du côté des cinglés du club. »
« Bonne idée ! », approuva Elias avec un sourire. « Deb, je t'ai donné le numéro de téléphone de ma mère, au moindre problème grave, tu n'auras qu'à nous envoyer un SMS. »
« Oui et soyez prudents, surtout ! », ajouta Victoire, avec une expression quelque peu inquiète.
Les deux amis d'enfance opinèrent du chef juste au moment où Hermione sortait de la bibliothèque, l'air exténué. Elias, se rappelant des paroles de son père, se demanda si c'était normal de sembler aussi fatiguée alors que la grossesse n'en était qu'à un stade très précoce. A cette idée, un large sourire s'étala sur ses traits. Il allait être grand frère. Certes, quand il avait appris qu'Hermione et Draco voulaient avoir un enfant, il avait été un peu jaloux. Mais maintenant qu'il avait compris que son père et sa mère ne pourraient jamais former un véritable couple, rien ne lui faisait plus plaisir. Et avec un peu de chance, ce serait un garçon et il lui apprendrait à faire tout un tas de trucs cools. Ce serait le pied.
« Bonjour les enfants », salua Hermione avant de sourire d'un air contrit à David et Deborah. « Désolée de vous arracher la moitié de votre groupe, promis je vous les rendrai en pleine forme demain. »
« Pas de problème, Professeur Granger », s'écria joyeusement David en balayant l'air de sa main droite. « On a plein de trucs à faire, Deb et moi. »
« Comme… des devoirs ? », se moqua gentiment Hermione. A la mine renfrognée du garçonnet, elle comprit qu'il ne s'agissait certainement pas d'exercices ni de rouleaux de parchemins à rédiger.
« Euh… ouais, bien sûr… », marmonna David avec une grimace. « Bonne soirée, les gars ! », ajouta-t-il en agitant la main à l'attention de ses amis. « Et bonne soirée, Professeur. »
Hermione leur sourit, puis se tourna vers ses trois jeunes invités. « On y va ? »
Le petit groupe se mit en route, Elias tentant du mieux qu'il pouvait de marcher sans claudiquer pour ne pas inquiéter sa mère.
« Mon père vient aussi, j'imagine », maugréa Ted en enfonçant ses mains dans les poches de son pantalon. Il y avait toujours de l'eau dans le gaz entre Remus et Ted, ce-dernier n'acceptant toujours pas l'idée de voir sa créativité en matière de bêtises bridée par la présence hyper-attentive de son paternel. En contrepartie, Remus avait toujours du mal à digérer la vue de son fils en tenue vert et argent. Tous deux passaient donc leur temps à s'ignorer mutuellement ou à se fusiller du regard, au grand dam de Nymphadora qui les inondait de lettres de remontrances. Ted avait même reçu une ou deux Beuglantes, sous les rires de ses camarades. Hermione retint un sourire.
« Oui, il arrivera plus tard, il a une grosse pile de copies à corriger… », répondit Hermione en arrivant dans le hall d'entrée. Elias remarqua du coin de l'œil Fawley et Travers qui discutaient avec d'autres élèves près de la porte de la Grande Salle et il poussa Victoire du coude. Les deux grands ne les avaient pas remarqués et ils pressèrent un peu le pas pour devancer Hermione et sortir le plus vite possible du château. Ni vus ni connus.
« Tu voudras qu'on t'aide à préparer le dîner, Hermione ? », proposa gentiment Victoire en levant son petit nez pointu vers la jeune femme, une fois qu'ils furent tous dehors.
« Mais non, laissez », répondit la brune en caressant la tête de la petite fille, avant d'esquisser un rictus ironique. « Draco est resté à la maison cet après-midi exprès. Il doit déjà être aux fourneaux à l'heure qu'il est… »
La jeune enseignante consulta sa montre. Dix-sept heures. Les invités étaient conviés à dix-neuf, Draco devait effectivement déjà être en action. Pourquoi le déranger ? Elle réprima un gloussement. « Et si on s'arrêtait à Pré-au-Lard pour se remplir les poches chez Zonko ? »
Sa proposition fut accueillie par un concert de cris de joie et le sourire d'Hermione s'agrandit. Pour une fois que Draco cuisine, je compte bien en profiter…
~o~
La nuit hivernale était déjà tombée sur les locaux de la Brigade à Londres lorsque Ben, accompagné de Rogue, d'une vingtaine de flics et Aurors non blessés lors de la perquisition au hangar, ainsi que du Ministre de la Magie Tibélius Ogden en personne, descendirent au sous-sol pour prendre place dans le stand d'entraînement de tir au pistolet qui s'y trouvait. L'endroit était trop exigu pour y faire entrer tout ce monde et tous se serrèrent au mieux derrière les box qui délimitaient les pas de tir. Une table avait été installée contre un mur, chargée de cartons remplis de chargeurs d'arme à feu et Rogue s'avança pour en saisir un.
Ben, qui l'avait aidé tout l'après-midi à remplir les munitions de sa nouvelle poudre, tira sa propre arme de service de son holster, en vida le chargeur existant et désormais obsolète pour le remplacer par celui que Rogue lui tendait.
« Messieurs, comme nous vous l'avons expliqué un peu plus tôt en réunion, ces nouvelles munitions seront un atout précieux contre les terroristes », expliqua Ben tout en chargeant l'arme, avant de tirer sur la culasse pour engager la première balle. « Une fois tirée, la balle est absolument insensible à toute forme de magie. Sortilèges de protection, de déviation, de guérison, rien ne peut l'atteindre. Seul le mécanisme de votre arme restera votre point faible, ainsi lorsque vous serez face aux Mangemorts, veillez à toujours protéger votre arme des sortilèges. Des questions ? » Le silence lui répondit et il se tourna vers Rogue, hochant la tête avec détermination. Le Directeur de Poudlard saisit sa baguette et la dirigea vers une silhouette humaine en papier décorée d'une cible située au fond du stand. « Sortilège de Protection », ordonna Ben en se mettant en position. Un cliquetis retentit lorsqu'il désactiva le cran de sécurité.
Rogue s'exécuta et lança un Protego sur la cible. Quelques secondes plus tard, Ben tirait une balle en pleine tête de la silhouette. Appuyant sur le bouton du pas de tir, il actionna le mécanisme de retour de la cible et tous purent constater que le front du mannequin de papier était à présent agrémenté d'un petit trou aux rebords déchirés. Avant que quiconque ait pu réagir, Ben rappuya sur le bouton et la silhouette s'éloigna de nouveau. « Essayez de dévier la balle sur le côté, maintenant », fit-il à Rogue tout en tendant à nouveau les bras, l'arme au poing. « Pas vers nous, si possible. »
Severus esquissa un sourire narquois et s'exécuta, lançant un sortilège sur la balle au moment où Ben faisait feu. Là encore, il atteignit sans aucun problème sa cible et ils répétèrent le processus avec plusieurs sortilèges différents jusqu'à ce que le chargeur de Ben ne compte plus qu'une seule munition. Il ramena la cible et il y eut des murmures satisfaits dans l'assistance. L'invention de Rogue semblait les avoir convaincus. Ce-dernier n'en était pas peu fier, au vu de sa manière de bomber légèrement le torse devant ses nouveaux fans.
« Et vous disiez que les blessures infligées ne pouvaient être guéries autrement que par des moyens moldus ? », s'enquit Ogden en haussant les sourcils.
« Voyez plutôt », répondit Ben en remettant son arme en position de sécurité pour retirer le chargeur et la balle de celui-ci. Il serra le poing, enfermant le petit projectile dans sa paume et tendit le bras vers Rogue. « Essayez de l'enlever. »
Rogue fit étalage de plusieurs sortilèges d'attraction et d'extraction mais la balle ne bougea pas d'un pouce. Cette fois, il y eut même quelques applaudissements.
« Voilà pourquoi je préconise une approche qui fera le moins de victimes possibles », reprit Ben en posant la balle sur la tablette de son pas de tir. « Ces sorciers ne sont pas habitués aux douleurs longues et violentes. Ils soignent habituellement toutes leurs blessures dans l'instant pour être opérationnels le plus vite possible. Tirez-leur dans les jambes ou les bras et ils seront à votre merci. Le but est d'en emprisonner un maximum et de les juger pour leurs crimes. » Il y eut quelques murmures désapprobateurs, mais Ben haussa le ton. « Je sais que nous avons tous perdu d'excellents collègues par leur faute, et d'autres encore porteront toute leur vie les séquelles de ce lâche attentat à la bombe dans le hangar… mais vous ne devez pas en faire une affaire personnelle. Nous sommes là pour faire respecter la loi. Pour prouver aux citoyens anglais que nous savons nous défendre face aux terroristes sorciers… mais aussi, et c'est une première dans l'Histoire de l'Angleterre, pour montrer aux citoyens sorciers que la police moldue est en mesure de les protéger au même titre que les Aurors. Il s'agit de tous nous faire mutuellement confiance. »
Cette fois les murmures ne furent pas réprobateurs mais enthousiastes et Ben vit la plupart de ses agents hocher solennellement la tête. « Parfait, armez-vous. Déposez vos anciens chargeurs sur le côté et équipez-vous avec les nouveaux. »
Il s'écarta du pas de tir et rejoignit Rogue aux côtés du Ministre, après avoir lui-même récupéré quelques chargeurs dans les énormes cartons. Ogden semblait plus que satisfait, impressionné même, et Ben fut ravi de lui en avoir bouché un coin pour une fois. L'homme politique esquissa un sourire et lui fit signe de le suivre dans les escaliers qui remontaient à la surface. Bien entendu, la garde personnelle du Ministre l'entourant de près, Ben et Rogue ne purent le rejoindre qu'une fois dans la cour intérieure à ciel ouvert des locaux de la Brigade. Le ton flagorneur d'Ogden fit écho sur les parois vitrées et les blocs de béton des bureaux, alors qu'il serrait pompeusement la main de Ben.
« Excellent discours, Inspecteur Hodgkin. Dire que je vous prenais pour un jeune fouille-merde, je dois dire que j'ai totalement revu mon opinion vous concernant… »
Ben choisit d'ignorer le ton paternaliste du Ministre et le qualificatif « jeune » alors qu'il approchait à grands pas de ses trente-neuf ans, et lui adressa un sourire pincé, sans oser lui dire qu'il l'avait toujours considéré comme un vieux con et que lui, en revanche, n'avait pas changé d'avis.
« Quant à vous, Rogue », reprit Ogden en se tournant vers Severus, « vos compétences sont clairement gâchées à Poudlard. Si jamais vous éprouvez un jour le besoin de vous réorienter, le Ministère sera ravi de vous ouvrir ses portes. A la Défense, peut-être ? »
« Je vais y réfléchir, Monsieur le Ministre », grinça Rogue aussi poliment qu'il le put.
« Fort bien », se gaussa Ogden avec un sourire arrogant. « En attendant, il y a un autre point que nous devons aborder… » Ils se mirent en marche, traversant lentement la cour, tandis que les membres de la garde du Ministre scrutaient attentivement les environs, baguettes au poing. « Il va nous falloir un cadre juridique en béton armé d'ici à ce que nous présentions ces terroristes devant la Justice. Sinon, leurs avocats pourraient s'en servir contre nous et nous n'avons vraiment pas envie que ces gens soient libérés au prétexte d'un quelconque vice de procédure… »
« Je ne vous le fais pas dire… », maugréa Ben en se renfrognant.
« Ça tombe bien, j'ai sous la main une avocate spécialisée dans le droit mixte et avec un caractère de pitbull : quand elle a une idée, elle ne lâche rien… », commenta Rogue avec un regard entendu en direction de Ben, qui gloussa en silence. « Confiez-lui la tâche de vous aider à rédiger quelques textes de lois infaillibles et aucun Mangemort sur ce territoire ne pourra plus vous échapper. »
« Laissez-moi deviner, c'est donc vous qui avez hérité de la garde de Maître Stone ? », ironisa le Ministre avec une expression désolée. « Toutes mes condoléances, mon cher. »
Les trois hommes rirent à l'unisson et Ben poussa la porte qui menait au bâtiment qui abritait son bureau. Ils disparurent à l'intérieur, ainsi que l'ensemble de la garde personnelle d'Ogden et la porte claqua derrière eux, le silence retombant sur la cour déserte et sombre.
Sur le toit-terrasse de l'un des bâtiments, un petit nuage de vapeur blanche s'échappa de la bouche de Lucius Malfoy, lorsqu'il expira tout l'air emprisonné depuis quelques dizaines de secondes dans ses poumons. Tapi derrière d'énormes conduites de ventilation, il tourna la tête et vit que Rodolphus non plus n'avait pas perdu une miette de l'échange en contrebas. Le leader des Héritiers dévisageait à présent Lucius avec froideur. Autour d'eux, trois ou quatre autres sbires se permettaient également des regards appuyés en direction du blond.
« Je croyais que ta petite pute était morte », articula Rodolphus, ses yeux sombres quasi-invisibles dans l'obscurité ambiante.
« C'est ce que je croyais aussi », mentit Lucius avec autant d'assurance que possible. « Il faut croire que Flint était véritablement un incapable. »
« Ou peut-être que tu me mens, Lucius… », siffla Rodolphus sans le quitter des yeux. Derrière lui, Bellatrix tenta un discret regard en direction de son beau-frère. Il faisait des efforts manifestes pour paraître aussi innocent qu'un nouveau-né, mais elle le connaissait trop bien pour y croire. Lucius Malfoy chiait littéralement dans ses bottes.
« Je ne savais rien ! », gronda-t-il en plissant ses yeux d'acier. « Flint est revenu, nous a annoncé qu'il l'avait tuée dans son sommeil. Puis, il a disparu et emporté son secret dans la tombe. Fin de l'histoire. »
Lestrange étudia longuement le blond, s'interrogeant mentalement sur la confiance qu'il devait ou non accorder à ses paroles de traître. Puis il claqua des doigts et aboya : « Pansy ! »
Parkinson, postée un peu plus loin sur ce même toit, tourna vivement la tête et serra les dents. Se faire héler ainsi comme un chien… Elle en regrettait presque les Pansy, ma Pansy que Rodolphus déclamait à leurs débuts. Avec raideur, elle approcha de son mentor et fit tout son possible pour détendre ses traits.
« Toi, Malfoy et Selwyn, vous vous rendez à Poudlard », ordonna Rodolphus. « Assure-toi que notre ami Lucius s'occupe bien lui-même de sa salope d'avocate. Et profitez-en pour aider nos chérubins de Poudlard à mettre leur plan à exécution. Je ne tolèrerai plus aucun échec à partir de maintenant. »
« Comme vous voudrez », lâcha Pansy d'un ton affable. Elle tourna légèrement la tête en direction de Bellatrix et son aînée lui jeta un regard inquiet. Rien ne se passait comme prévu. Mais tout n'était pas encore perdu. Avant que Lucius n'ait pu réagir, Pansy transplana. Chaque seconde d'avance comptait. Il lui fallait trouver Théodore, lui expliquer brièvement la situation et gagner Poudlard, le tout sans éveiller les soupçons de Lucius et de Selwyn. Elle n'aurait qu'à prétexter avoir transplané un grand nombre de fois pour brouiller les pistes.
Derrière son mari, Bellatrix se mordit la lèvre pour l'empêcher de trembler. Elle avait un horrible pressentiment.
~o~
« Il ne faut pas traîner, c'est bientôt l'heure du couvre-feu », murmura Deborah en pressant le pas. David la suivit, la mine songeuse. Ils venaient tout juste de quitter Perpetua, avec laquelle ils avaient eu une brève discussion à l'abri dans une salle de classe vide. La jeune fille les avait quelque peu rassurés : la réunion avait été reportée et elle n'avait pas reçu de nouvelles depuis. Les membres du Club semblaient se tenir tranquilles. Pour le moment…
Toutefois, David n'était pas convaincu. Non pas qu'il ne fasse pas confiance à Pippa, bien au contraire, mais il trouvait étrange ce report de réunion alors que Rogue avait quitté l'école et laissé le champ libre aux éventuels fauteurs de troubles. « Et s'ils avaient démasqué Pippa et décidé de ne plus l'impliquer dans leur plan ? », fit le jeune garçon en trottinant pour rester à la hauteur de son amie. « Je n'aime vraiment pas ça… »
Ils arrivaient non loin de l'entrée de la tour de Serdaigle, la maison de Deborah, lorsque la fillette se tourna vers lui. « Je pense qu'on stresse parce qu'on se retrouve tous seuls tous les deux pour la première fois. Sans Ted, Victoire et Elias, je veux dire. Mais si tu veux on peut passer la nuit sur le canapé de ma salle commune. Comme ça, on sera plus tranquilles et on se changera mutuellement les idées », proposa-t-elle en haussant les épaules. « Comme au bon vieux temps chez nos parents. A part qu'on n'aura pas la télé ni la console de jeu pour nous occuper… »
David sourit et hocha la tête. « Soirée canapé, ça me va. Mais tu ne penses pas que je vais avoir des ennuis si je rentre chez les Serdaigle ? »
« Y'a plein de gens qui invitent des élèves d'autres maisons dans leur salle commune, on risque bien moins d'ennuis que si on reste ici dans les couloirs… », assura-t-elle en se présentant devant le portrait qui gardait l'entrée de la tour.
« Hier je coulais, aujourd'hui je flotte, demain je disparais. Qui suis-je ? », demanda le portrait tandis que Deborah se mettait à réfléchir à toute vitesse et que les yeux de David devenaient ronds comme des soucoupes.
« Il se passe quoi, là ? », demanda-t-il en dévisageant le portrait avec incrédulité. « Il a buggé, le machin ou bien ? »
Le portrait lui décocha une œillade méprisante.
« Chez les Serdaigle, la porte ne s'ouvre que si l'on répond à une devinette… Une vieille tradition, je crois », expliqua Deborah, les sourcils froncés. Avant d'ajouter, un peu plus bas… « Hier je coulais, aujourd'hui je flotte… »
« Sérieusement, vous ne pouviez pas faire des mots de passe, comme tout le monde ? », soupira David en levant les yeux au ciel.
« …demain je disparais… », continuait de marmonner Deborah, concentrée sur sa charade. Quand soudain, elle se redressa vivement, triomphante. « Je sais ! C'est le glaçon ! »
« Bonne réponse ! », approuva le portrait en basculant pour les laisser entrer.
David s'engouffra à sa suite et découvrit pour la première fois la salle commune de Serdaigle. Celle-ci était grossièrement similaire à la sienne, à Pouffsouffle, mises à part les couleurs bleu et bronze, ainsi que l'omniprésence d'aigles dans la décoration. Il y régnait également un calme relatif qui n'existait que très rarement chez les blaireaux. Les Serdaigles semblaient plutôt considérer leur salle commune comme un lieu d'étude et de repos, alors que les Pouffsouffles, eux, l'avaient littéralement changée en atelier de détournement des technologies moldues, au grand dam des elfes qui venaient faire le ménage.
Deborah regroupa plusieurs coussins près du feu et se laissa tomber dessus. Le canapé était encore occupé par deux élèves de cinquième année, un garçon et une fille, qui se roulaient des pelles comme s'ils tentaient de s'examiner mutuellement les amygdales. Deborah leur lança un regard dégoûté et se rapprocha du feu qui ronflait dans l'âtre, appréciant sa chaleur sur son petit corps glacé. David s'assit à son tour, frottant ses mains l'une contre l'autre devant les flammes et ramena ses jambes contre sa poitrine pour poser sa tête sur ses genoux. Pendant une petite heure, il ne se passa absolument rien de notable. Le couvre-feu était passé depuis quarante-cinq bonnes minutes et les pronostics de Pippa semblaient être avérés. Tout serait calme, ce soir.
Du moins, ça l'était, jusqu'à ce que la porte de la salle commune s'ouvre en grand pour laisser passer le Préfet-en-Chef Samuel Parker en personne, sa cravate de Gryffondor sagement serrée autour de son cou. Il aurait pu sembler normal si on ne remarquait pas l'absence cruelle et inquiétante de son éternel sourire coquin sur ses lèvres. Pire. Il avait l'air anxieux.
« Victor ? Victor Hastings ? », appela-t-il à la cantonade, tandis que l'adolescent en plein échange de salive sur le canapé décollait sa bouche de celle de sa partenaire avec un léger bruit de succion.
« Oui ? », se redressa aussitôt l'interpellé, son badge de Préfet brillant fièrement sur sa poitrine.
« Merci de bien vouloir rassembler tous les première année de votre maison dans la salle commune, il s'agit d'une urgence. Un ordre du Professeur McGonagall », débita Parker avec une expression faussement préoccupée.
« Tout de suite ! », confirma le Préfet de Serdaigle en grimpant les escaliers pour hurler à qui voulait l'entendre que tous les première année devaient descendre immédiatement. Et en moins de deux minutes, une tripotée d'enfants minuscules s'alignait en rang d'oignons devant Samuel. Deborah avait pris la main de David et ils avaient à leur tour rejoint le groupe, inquiets, dans l'attente de la suite.
« Ils sont tous là ? », demanda Samuel en les comptant à voix basse avant de vérifier sur une liste notée sur un parchemin. « Ah, il y en a même un de plus. Parfait, suivez-moi. Les autres, vous restez dans vos salles communes jusqu'à nouvel ordre. Sinon McGonagall vous collera une retenue dont vous vous souviendrez… »
Le groupe des enfants suivit le Préfet-en-Chef dans les couloirs et en silence. Discrètement, Deborah fouilla dans la poche de son manteau et poussa un soupir de soulagement en sentant la forme caractéristique de son téléphone portable sous ses doigts. Au moindre problème, elle préviendrait Elias et les autres. Mais après tout, elle se faisait peut-être des idées : si ça se trouvait, McGonagall les avait véritablement envoyés chercher.
Cette supposition s'envola cependant lorsqu'elle aperçut un autre groupe de première année descendre les escaliers deux étages plus bas. Des Serpentard. Avec à leur tête les deux inséparables trouble-fête, Ménélas Fawley et Quentyn Travers. Deborah poussa aussitôt David du coude et donna un petit coup de menton en direction du groupe en vert et argent. Il se tramait quelque chose d'anormal. Elle plongea de nouveau la main dans sa poche mais arrêta son geste lorsque Samuel les fit s'arrêter devant une salle de classe. Il extirpa de nouveau sa liste de sa poche et ouvrit la porte de la salle. Puis un élève après l'autre, il divisa leur groupe. Deborah, en queue de file, remarqua bien vite une tendance qui se dessinait dans la manière de Parker de les « trier ». Restaient avec lui dans le couloir uniquement des enfants faisant partie de la nouvelle génération de sorciers et entraient dans la classe, les sorciers classiques ou nés-moldus sans l'aide de la science. Non, quelque chose ne tournait définitivement pas rond. Lorsque Parker la força à lâcher la main de David pour la pousser sans ménagement dans la classe, Deborah eut le mauvais réflexe de protester.
« Non, David ! », gémit-elle en tendant la main vers son ami d'enfance.
« Du calme, tu le retrouveras bientôt, ton ami », fit Parker d'une voix qui se voulait rassurante mais qui fit froid dans le dos de la fillette. « Entre là-dedans. Un professeur va venir vous chercher très vite. »
Il ment…, réalisa soudain Deborah, dont le cœur se mit à battre la chamade. Je le sens, il ment.
Les autres élèves ne semblaient rien comprendre à ce qu'il se passait, mais sans s'inquiéter outre mesure. Après tout, ils étaient avec le Préfet-en-Chef… Que pouvait-il leur arriver de mal ? David tourna un visage sombre et déterminé en direction de sa meilleure amie et hocha brièvement la tête. Deborah n'eut pas besoin de réfléchir longtemps à la signification de ce geste. Il était temps d'envoyer un SMS aux autres. Dès que Parker serait hors de vue.
Quelques élèves furent encore envoyés dans la salle, puis la porte se referma et il y eut quelques murmures affolés parmi les Serdaigle désormais seuls. « Vous croyez que les profs préparent une sorte de jeu de piste dans le château ? », fit une voix quelque part derrière Deborah.
« Oh, ce serait tellement excitant ! », renchérit une autre camarade en applaudissant.
Sans écouter les autres échanger leurs théories, la fillette dégaina son téléphone et ses doigts pianotèrent à toute vitesse sur le clavier pour composer un message.
Dans le couloir, les élèves sélectionnés suivaient de nouveau Samuel, qui les fit descendre par une série d'escaliers dérobés jusqu'au cloître. David sentit ses mains devenir moites. Le chemin emprunté par le Préfet-en-Chef évitait soigneusement tous les couloirs susceptibles d'abriter des bureaux ou des chambres de Professeurs. Ça sent le roussi…, pensa-t-il en jetant des regards hébétés tout autour de lui.
« Le compte est bon, chez vous ? », demanda Samuel à Gwladys Beurk qui arrivait dans le cloître avec une poignée de Gryffondor.
« Négatif, il m'en manque un », maugréa-t-elle en baissant d'un ton. « Et tu ne devineras jamais lequel… »
« Nott ? », grogna Samuel en s'écartant de son petit groupe. « C'est Ménélas qui va faire la gueule… Il est où, bon sang ? »
« Introuvable, on l'a cherché dans toute la tour de Gryffondor et il n'y est pas… Et comme de par hasard, sa petite copine blonde, Weasley, non plus. »
Samuel laissa échapper un long soupir, et fronça le nez en voyant arriver les groupes de Serpentard et Pouffsouffle. Ni une ni deux, Samuel empoigna le seul Pouffsouffle de son propre groupe et le tira avec force en direction de Ménélas. David poussa un cri de protestation mêlée de colère et tenta de se débattre, en vain.
« J'en ai un de chez vous », marmonna-t-il en poussant le garçonnet dans les bras de Fawley, qui le dévisagea avec mépris.
« Où est Nott ? », fit Ménélas en plongeant son regard noisette dans les yeux du Préfet-en-Chef. « Tu me l'avais promis. »
« Il est introuvable », avoua Parker avec une moue agacée.
« QUOI ? », aboya l'adolescent, faisant grimacer une bonne partie des petits autour de lui. L'ambiance devenait de plus en plus étrange et cela les effrayait quelque peu. David leva le nez vers les deux jeunes hommes, qui échangeaient à présent des paroles hargneuses à voix basse. Malgré sa proximité, il ne distinguait pas grand-chose, jusqu'à ce que Fawley ne pousse une exclamation et le secoue comme un prunier. « LUI, il va savoir, c'est un de ses amis », gronda-t-il en serrant de plus belle l'avant-bras de David. « Parle, petite merde ! Il est où ton copain Nott ? »
« Par la barbe de Merlin, tu veux bien baisser d'un ton ? », grinça Parker en jetant des regards inquiets tout autour de lui. « Tu veux qu'ils se mettent tous à hurler et donner l'alerte ? »
David ouvrit de grands yeux. C'était définitivement le signe que les projets de Parker et des autres n'avaient rien de bien catholique. Il fallait agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Tirant de toutes ses forces sur le bras de Ménélas qui le retenait prisonnier, David rejeta la tête en arrière et se mit à hurler à pleins poumons.
« COUREZ, ILS VONT NOUS TUER ! ILS VEULENT TUER LES ENFANTS MODIF-
Son hurlement s'arrêta net lorsque la main de Fawley se plaqua violemment sur sa bouche. Mais le mal était fait. Après une demi-seconde de stupeur, les autres enfants se mirent à pousser des cris aigus et quelques-uns prirent aussitôt la fuite.
« ATTRAPEZ-LES ! ON LES EMMENE ! VITE ! », beugla Parker en brandissant sa baguette pour empêcher les premiers fuyards de prendre la poudre d'escampette.
Ce fut bientôt la débandade. Des enfants couraient dans tous les sens, des sortilèges fusaient de toute part, immobilisant, tractant, ligotant ceux qui tentaient de prendre la fuite. Profitant de la confusion, David mordit jusqu'au sang la main qui le bâillonnait et Ménélas poussa un hurlement de rage. L'enfant se libéra et courut droit devant lui, se baissant et sautant pour éviter plusieurs sortilèges lancés dans sa direction. Il bifurqua dans le couloir le plus proche, détalant à perdre haleine. Quand soudain une silhouette adulte se profila à la lumière d'une torche. Une silhouette adulte accompagnée d'un chat. Rusard. Je suis sauvé !
« Monsieur ! M'sieur Rusard ! », beugla David en courant à sa rencontre.
Le concierge l'étudia des pieds à la tête, levant sa lanterne en fonte, tandis que sa mâchoire prognathe laissait entrevoir sa rangée de dents inférieures à la manière d'un bouledogue.
« Monsieur, il faut que vous m'aidiez, il y a des grands, là-bas qui nous veulent du m-
Une violente douleur saisit David à la tempe et il s'arrêta net de parler, n'ayant que le temps de voir la batte de Quidditch avec laquelle Rusard venait de le frapper avant de s'effondrer inconscient sur le sol. De nouveaux bruits de pas se répercutèrent dans les couloirs et le Cracmol releva son visage inégal et ridé.
« Ah, vous en avez trouvé un ! », fit la voix soulagée de Samuel en ralentissant sa course.
« Le petit saligaud était sur le point de rameuter tout le château », bougonna le vieil homme en agitant sa batte.
« Château dont tous les adultes responsables ont été préalablement drogués et endormis par vos soins, mon cher Rusard… », susurra Parker en souriant au concierge, qui hocha la tête. « Qu'aurait-on fait sans un précieux allié de l'ombre, tel que vous ? »
« J'ai mis double dose au gros Slughorn », grinça Rusard, dont la chatte se frottait au pantalon avec un miaulement de satisfaction. « Il ne devrait pas se réveiller avant le prochain solstice, celui-là… »
Parker sourit et ramassa le corps inerte de David pour le jucher sur son épaule comme un sac de pommes de terre. « Et maintenant, que la fête commence… »
~o~
« Alors, il a vraiment… laissé tomber ? », chuchota Ginny en suivant Hermione dans la cuisine, les bras chargés d'assiettes sales qu'elle déposa près de l'évier.
Hermione haussa les épaules, incertaine. « On dirait… mais avec Théodore, je m'attends à tout, il doit forcément avoir une idée derrière la tête. »
« Ou peut-être qu'il s'est enfin acheté une conscience ? En soldes, chez Barjow et Beurk : pour une achetée, un objet de torture offert… », railla la rousse, tandis qu'Hermione ne pouvait s'empêcher d'esquisser un sourire mesquin. Dans leur dos, le ronronnement d'un moteur, suivi d'un choc sourd et d'une salve d'éclats de rires aigus, les firent soupirer à l'unisson. Ron avait trouvé une nouvelle occupation favorite avec son fauteuil roulant : faire grimper les deux fils d'Harry dessus et les laisser piloter l'engin. Qui finissait sa course bien trop souvent au goût d'Hermione contre le buffet de la salle à manger ou la bibliothèque dans le salon.
« James, Albus, deux fois ! », aboya Ginny d'une voix forte en levant deux doigts bien haut. Les petits prirent un air penaud l'espace de dix secondes, jusqu'à ce que Ron reparte de plus belle à travers le salon, en poussant à fond les manettes de son fauteuil. Les éclats de rire des gamins redoublèrent d'intensité. Ginny soupira.
« Et à trois, il se passe quoi ? », demanda Hermione, narquoise.
« A trois, je réalise que je n'ai absolument pas le cœur de les gronder pour de vrai et ils comprennent à quel point je suis faible… », maugréa son amie en la fusillant du regard. « C'est ça, rigole. Fais-en un, déjà, et on verra comment tu te débrouilles. »
« Hmm hmm », chantonna Hermione avec un rictus énigmatique. Qui n'échappa pas à Ginny.
« Comment ça hmm hmm ? », l'imita-t-elle en plissant les yeux. Elle se pencha un peu plus vers elle, à présent surexcitée. « Ça y est, vous avez lancé l'opération cigogne ? »
« L'opération cigogne, sérieusement… », railla Hermione en lui tournant le dos pour apporter les assiettes à dessert. Elle commençait à les distribuer aux convives lorsqu'elle vit une longue queue touffue gris-blanc s'agiter du côté des enfants plus âgés, en bout de table. « Hep hep hep, Elias, je te l'ai déjà dit : Whisky n'a pas le droit de venir quémander à table. »
« Alors on peut sortir de table ? », demanda Ted en soulevant le rongeur par le ventre. Celui-ci se laissa emporter et poser sur l'épaule du garçon, enroulant sa queue autour de son cou.
« Vous ne voulez pas de dessert ? », demanda Hermione pour la forme elle connaissait déjà la réponse. Elle se rappelait elle-même ses jeunes années : elle détestait les repas qui s'éternisaient, préférant de loin aller lire un livre dans son coin ou jouer avec ses cousins. Comme elle s'y attendait, les trois enfants secouèrent la tête en parfaite synchronisation et elle soupira. « Allez-y. »
Ils ne se firent pas prier et quittèrent leurs chaises à la vitesse de l'éclair, pour aller s'installer dans le salon, évitant de justesse Ron qui faisait un autre aller-retour à fond les ballons, toujours chevauché par les petits Potter. Fred et Blaise, qui le regardaient faire depuis cinq bonnes minutes, échangèrent un regard entendu et sortirent discrètement leurs baguettes. Deux minuscules sortilèges plus tard, le fauteuil s'emballa et se mit à tourner sur lui-même à pleine vitesse. Les cris de joie des bambins se muèrent en hurlements et Ginny accourut pour les sortir de là, furieuse, tandis que les deux malfaiteurs pouffaient de rire dans leurs verres de vin. Le fauteuil finit par s'arrêter de tourner et Ginny prit Albus dans ses bras, se faisant aussitôt arroser copieusement de vomi. James n'avait pas l'air très frais non plus et Ron avait pris une couleur verdâtre qui n'augurait rien de bon.
« Ah bravo ! », tempêta Ginny en faisant disparaître le vomi d'un coup de baguette. Mais une certaine odeur persistait, à fortiori lorsqu'Albus en remit une deuxième couche. « Merveilleux. »
A l'autre bout de la pièce, en revanche, l'atmosphère était bien moins légère. Harry, Draco, Remus et Tonks parlaient à voix basse des récents événements. Hermione les observait depuis le comptoir de la cuisine et fronça les sourcils. L'air concentré et préoccupé d'Harry ne lui plaisait pas du tout. Elle ne supportait pas l'idée que son meilleur ami, qui avait déjà tant souffert, soit de nouveau contraint de jouer les héros. Même s'il jurerait ses grands dieux qu'il le faisait de bon cœur, il était père à présent. Trois vies supplémentaires reposaient sur lui. Il ne pouvait plus se mettre en danger comme à la belle époque. Elle choisit donc d'apporter le dessert pour couper court à toute discussion gênante : une gigantesque Forêt-Noire surmontée de jolies décorations en sucre, qui pesait à peu près une tonne et fut accueillie par un concert de « ahhh » ravis du côté des jumeaux, de Blaise et de Ron.
« Toutes mes félicitations à la cuisinière », clama Blaise en applaudissant.
« C'est moi qui l'ai fait », corrigea Draco en levant une main.
« Oui, c'est bien ce que je dis. »
« Je t'emmerde, Blaise. »
« Eh oh, pas de gros mots devant les enfants ! », aboya Molly en couvrant les oreilles de James Sirius qu'elle avait mis sur ses genoux le temps que son petit frère cesse d'asperger Ginny de bile malodorante. Derrière elle, Fred l'imita en posant lui aussi ses mains sur les oreilles de George.
Hermione pouffa et saisit un couteau et une pelle à tarte pour découper l'énorme pâtisserie, mais la pointe de l'ustensile avait à peine effleuré la couche de crème qu'une sonnerie brève mais caractéristique se fit entendre.
« C'est mon portable. Qui peut bien m'envoyer un message à cette heure… ? », marmonna Hermione, avant de voir Ted, Victoire et Elias se précipiter à toutes jambes vers son téléphone, posé sur le buffet du salon. « Je peux savoir ce que vous faites ? »
Ted lui jeta un regard d'excuse. « On a donné ton numéro à Deborah, elle doit nous envoyer un texto s'il y a un problème à Poudlard… »
A côté de lui, Elias, qui avait constaté que le message provenait bien du numéro de Deb, ouvrit la boîte de réception et pâlit dangereusement. Hermione sentit son cœur se serrer. « Est-ce que tout va bien ? », demanda-t-elle, tandis qu'un silence de plomb s'abattait dans la pièce. Tous avaient tourné la tête en direction d'Elias, sa petite main blême tremblant autour du téléphone. D'un pas presque mécanique, il s'approcha d'Hermione et lui tendit l'appareil. La jeune femme posa son couteau et approcha l'écran de ses yeux pour lire le message. Oh par Merlin…
Ils ont emmené David et tous les enfants comme lui. On est enfermés dans une classe au deuxième étage. Envoyez du secours. – Deb
~o~
Allongée à plat ventre sur son lit et le menton posé dans sa main droite, Aria s'ennuyait ferme. Un silence gênant régnait dans sa petite chambre du couloir qui menait au bureau de Rogue. Surtout depuis que le Directeur y avait déposé Narcissa Malfoy avant de partir pour Londres. Soi-disant qu'il était plus tranquille de les savoir ensemble dans cette pièce cachée du reste de l'école pendant qu'il serait à Londres. Mais Aria soupçonnait qu'il ait voulu la punir d'avoir envahi son quotidien.
Dans son coin de la pièce, recroquevillée sur un petit sofa ancien, Narcissa pensait exactement la même chose. Certes, elle avait peut-être légèrement irrité Severus en lui reprochant plusieurs fois d'accueillir la jeune femme dans son école, jeune femme qui avait accessoirement contribué à la ruine de son mariage avec Lucius, mais tout de même… de là à les obliger à rester ensemble pendant deux jours ?
Les deux rivales avaient donc passé leur première demi-journée à se regarder en chiens de faïence, à lire, à bouder et à soupirer bruyamment chacune de leur côté. Jusqu'à ce qu'Aria ne tienne plus. D'un coup de hanche, elle se retourna pour s'asseoir sur le bord du lit et regarda Narcissa droit dans les yeux.
« Ok, ça suffit, je craque… », maugréa l'avocate en passant une main dans ses boucles brunes. « Et si on crevait l'abcès une bonne fois pour toutes, qu'on en finisse ? Sinon je vais devenir cinglée. »
« Je n'ai rien à vous dire », siffla Narcissa en tournant la tête sur le côté, mais Aria ne se laissa pas démonter.
« Pas de problème, je vais commencer. Tout d'abord... je voulais vous présenter mes excuses. »
Les yeux surpris de Narcissa revinrent se poser sur elle et ses sourcils se froncèrent. « Des excuses pour quoi ? Pour avoir piétiné mon mariage ? », cracha-t-elle, sarcastique.
Aria se mordit l'intérieur des joues. Elle ne devait pas perdre son calme, sinon elles finiraient par rouler sur le tapis en se tirant mutuellement les cheveux… « Sauf votre respect, Mrs Malfoy, je pense que Lucius et vous l'aviez déjà pas mal piétiné avant que je ne vienne m'en mêler. Donc je m'excuse… de ne pas avoir franchement arrangé les choses en débarquant dans vos vies. »
Narcissa pinça les lèvres. Elle savait qu'Aria avait raison, d'une certaine manière, mais il était toujours plus simple d'en vouloir à un coupable tout trouvé plutôt qu'à soi-même.
« Vous êtes à peine plus âgée que mon fils, par Merlin… », murmura Narcissa en secouant la tête. « Quel genre de tordu faut-il être pour éprouver de l'attirance envers quelqu'un d'aussi jeune ? »
« J'avais quasiment vingt-cinq ans quand on a commencé à se fréquenter réellement, j'étais adulte. De la manière dont vous le dites, on dirait que Lucius est un pédophile… », grinça la brune avec une grimace.
Narcissa haussa les épaules et ne répondit pas. Vingt-cinq ans. L'âge que j'avais lorsque j'ai mis Draco au monde…, pensa-t-elle avec amertume.
« Si ça peut vous consoler, je regrette vraiment ce qu'il s'est passé entre nous… », reprit l'avocate, tirant la blonde de ses pensées. « Lucius voyait en moi une fille perdue sur laquelle il pensait avoir tous les droits sous prétexte qu'il lui avait sauvé la vie… Et pour moi, il était l'homme qui m'avait fait sortir d'Azkaban, une espèce de héros qui s'est avéré tout le contraire. Notre relation était toxique. Il fuyait quelque chose. Ses responsabilités, sa famille, sa nouvelle vie sans Voldemort… Il n'était pas heureux mais lui comme moi, on a longtemps fait comme si on ne s'apercevait de rien. J'imagine que ça rendait les choses plus simples. »
Comme Narcissa s'était enfermée dans un mutisme total, Aria décida de continuer. Il fallait que ça sorte, peu importait qu'elle l'écoute ou non. Il fallait qu'elle lui raconte la vérité, pour enfin tirer un trait sur toute cette histoire.
« Il y a quelques années, j'ai compris que Lucius me tirait vers le bas et qu'il n'y avait aucun avenir possible entre nous… j'ai rompu. J'ai retrouvé quelqu'un, le jeune inspecteur qui est venu vous interroger, vous vous souvenez ? On est resté quasiment deux ans ensemble. Et un jour, alors que je m'étais disputée avec Ben pour des broutilles, je suis allée boire un verre avec des amies. J'ai croisé Lucius… j'étais tellement en colère contre Ben, j'avais bu et Lucius aussi… Bref, j'ai fait une bêtise. Après ça, morte de honte, j'ai quitté Ben sans une explication et j'ai dit à Lucius qu'on ne devait plus se revoir. Ce qui a été le cas pendant plusieurs mois. Jusqu'à ce qu'il vienne me trouver cet été pour m'annoncer que Théodore Nott était de retour en Angleterre. »
Sur son sofa, Narcissa expira doucement par le nez, produisant un léger sifflement et Aria sut qu'elle l'avait écoutée jusqu'au bout. Il y eut un nouveau silence, puis Mrs Malfoy regarda à nouveau l'avocate. Mais cette fois, pas une once de mépris dans ses prunelles et les commissures de ses lèvres se courbèrent légèrement vers le haut.
« Moi aussi, je suis désolée… de vous avoir accusée de tous mes maux », murmura-t-elle en rosissant. « Je connais mon mari. Il fait partie de ces hommes qui savent obtenir ce qu'ils veulent. C'est dans son regard, je crois. Il suffit de le croiser et on se transforme subitement en pantin dont il tire allègrement les fils. »
Aria laissa échapper un rire. « Je vous crois sur parole. Quand on était voisins de cellule à Azkaban, c'est la première chose que j'ai vue de lui. Avant même de savoir son nom, je l'appelais Yeux Bleus dans ma tête. Cette couleur… était la seule chose qui me rappelait celle du ciel et de la liberté quand on était là-bas. Au fil des jours, j'ai fini par en devenir complètement dépendante. Je trouvais tous les prétextes pour pouvoir lui parler et le faire parler… simplement pour qu'il tourne la tête vers moi et que je puisse voir ses foutus yeux. »
Les deux femmes se regardèrent et sourirent faiblement. La tension dans la pièce s'était quelque peu allégée. Quand soudain un bruit sourd les fit sursauter, suivi de sons aigus qui ressemblaient à des hurlements. Aria jeta un œil à sa montre. Le couvre-feu était dépassé depuis une bonne heure, ce n'était absolument pas normal.
« Vous avez entendu ? », demanda inutilement Narcissa, tandis que la brune hochait la tête. Elle sauta du lit et s'approcha de la porte qui menait au couloir pour l'entrouvrir. Aussitôt, les sons se firent plus proches, plus nets et elle distingua clairement des cris de terreur, ainsi que des sortilèges lancés dans les couloirs.
« Que se passe-t-il ? », fit Narcissa, qui s'était levée, inquiète. Elle aussi avait entendu le grabuge et une série de scénarii atroces fit son apparition dans son cerveau. Les Héritiers avaient-ils retrouvé sa trace ? Lucius s'était-il douté qu'elle irait retrouver Severus à Poudlard ? Sûrement… Il avait dû rameuter la cavalerie pour venir la chercher.
Aria referma doucement la porte et revint à grands pas en direction de sa table de nuit. « Je n'en sais rien… », dit-elle en ouvrant le tiroir. A l'intérieur, se trouvait l'arme de Ben que Severus lui avait rendue après en avoir rempli le chargeur de dix-sept nouvelles balles « anti-Mangemorts ». Elle l'empoigna, ôta le cran de sécurité et tira sur la culasse pour armer le mécanisme de tir, sous le regard effaré de Narcissa.
« Qu'est-ce que vous faites ? »
« Je vais voir ce qu'il y a, vous ne bougez pas d'ici », ordonna-t-elle en repartant vers la sortie, mais la blonde la suivit en protestant.
« Severus m'a donné une baguette, je suis autant en mesure de me défendre que vous », gronda-t-elle en sortant l'objet d'une poche cousue dans sa robe.
Les deux femmes se jaugèrent, puis Aria haussa les épaules. « Comme vous voulez… »
A pas de loup, elles quittèrent la pièce pour remonter le couloir jusqu'aux escaliers. Le tumulte des cris et des maléfices s'était quelque peu atténué, mais l'on percevait toujours de temps à autre un hurlement isolé, qui se répercutait semblait-il sur tous les murs du château. Aria resserra la main sur la crosse de son arme. Il y avait quelque chose d'étrange : avec un tel remue-ménage, tous les professeurs présents auraient dû se précipiter hors de leurs appartements, et pourtant il n'y avait pas un chat.
En silence et l'œil aux aguets, Narcissa et Aria descendirent le long couloir qui reliait les appartements du Directeur aux classes du deuxième étage et un nouveau son fit son apparition. Quelqu'un semblait tambouriner contre quelque chose. Les deux femmes suivirent le bruit et parvinrent jusqu'à une salle de classe un peu en retrait. La porte était fermée mais on percevait nettement plusieurs poings frapper le bois de l'autre côté. On appelait également au secours. Narcissa sortit sa baguette magique et la pointa sur la serrure. « Alohomora. »
Sans effet. Mrs Malfoy fronça les sourcils, décontenancée. « Je ne comprends pas, ça devrait fonctionner… », marmonna-t-elle en regardant sa baguette comme si celle-ci détenait la réponse.
Aria leva le nez et se mit à inspecter la porte et son chambranle à la recherche d'un quelconque objet susceptible d'en empêcher l'ouverture. Ses yeux se posèrent sur un petit objet plat et rond, en métal doré, qui avait été accroché en haut du panneau de bois. « C'est quoi, ça ? », demanda-t-elle en désignant la chose du doigt. Narcissa leva le nez.
« On dirait une amulette ! », répondit-elle, perplexe. « Ils en vendent chez Barjow et Beurk, elles permettent d'envoûter des personnes ou des objets… »
Aria se mit sur la pointe des pieds et tendit la main pour déloger la piécette. Ni une ni deux, elle se détourna et la jeta de toutes ses forces à l'autre bout du couloir. Un tintement retentit, puis ce fut à nouveau le silence. Narcissa tendit de nouveau sa baguette sur le verrou et réitéra son sortilège. Cette fois, il y eut un déclic et la porte s'ouvrit… sur une quinzaine de jeunes enfants, portant tous la cravate de la maison Serdaigle. Les petits dévisagèrent les inconnues avec une certaine inquiétude, tandis qu'elles-mêmes leur lançaient des regards étonnés.
« Bah… qu'est-ce que vous faites là, les jeunes ? », demanda Aria en cachant précipitamment son arme dans son dos pour la glisser entre la ceinture de son jean et sa peau.
Prenant ceci pour une preuve de leur non-complicité avec les membres du club Héritage, une petite brune, téléphone à la main, s'avança et prit la parole à une vitesse inimaginable. « Le Préfet-en-Chef Samuel Parker, il est venu nous chercher dans notre dortoir et ils sont partis avec tous les enfants nés grâce au laboratoire du père d'Elias, et après on a entendu tout un tas de cris et des sortilèges, comme s'il y avait une bataille en bas. Je crois qu'ils font partie d'une espèce de secte et qu'ils veulent leur faire du mal, mais on ne sait pas où ils sont allés, on était enfermés ici et on a essayé des sortilèges mais rien à faire, on était piégés et on n'y connait pas grand-chose en magie, alors-
« Oh là, doucement, qui est parti avec qui ? », l'interrompit Aria, craignant d'avoir mal entendu. Si les Héritiers comptaient également des membres parmi les élèves de Poudlard et qu'ils s'en prenaient aux gamins modifiés, alors ils avaient un gros problème.
« Il y a un club à Poudlard, le club Héritage », reprit Deborah plus doucement, tandis qu'Aria grinçait des dents à la mention du nom étrangement similaire. « On les a espionnés avec mes amis, et on croit qu'ils veulent faire du mal aux enfants de moldus nés sorciers grâce à la science. Et là, ils les ont regroupés et emmenés quelque part, s'il vous plaît, il faut faire vite. Mon ami David est avec eux ! »
La petite fille semblait au bord des larmes et les autres enfants autour d'elle n'en menaient pas large, bien qu'ils ne semblent pas tous très au courant des évènements. Certains semblaient même carrément tomber des nues.
« Est-ce que les profs sont partis à leur recherche ? », demanda l'enfant.
Les expressions mal à l'aise des deux adultes firent frissonner Deborah. « C'est que… on n'a croisé absolument personne… », marmonna Aria en secouant la tête. A côté d'elle, Narcissa fit volte-face et repartit en direction du couloir.
« Minerva ! Son bureau n'est pas loin… Premier étage, en face de l'escalier principal ! », haleta-t-elle avant de s'élancer dans le couloir.
« Bon, les gosses, vous restez-là, ok ? Fermez la porte et ne faites pas de bruit ! », s'écria Aria en pointant la salle de classe du doigt et piquant un sprint pour rattraper Narcissa. Celle-ci était presque arrivée au premier étage et lorsqu'Aria parvint à son niveau, elle venait d'ouvrir la salle de Métamorphoses. Relevant sa robe pour ne pas trébucher, Narcissa reprit sa course à travers la classe et ouvrit une autre porte tout au fond, qui donnait sur les appartements de la Directrice de Gryffondor.
Une tasse de thé à moitié vide était abandonnée dans le petit salon, mais aucune trace de la vieille dame nulle part.
« Minerva ? », appela Mrs Malfoy en ouvrant toutes les portes. Chambre, toilettes, placard…
« Ici ! », s'exclama soudain Aria en remarquant une main derrière le canapé. Narcissa accourut. La Directrice était étalée de tout son long entre le canapé et son bureau, profondément endormie. L'une de ses mains était serrée autour d'une petite fiole violette, que Narcissa ouvrit et renifla prudemment.
« Qu'est-ce que c'est ? », demanda Aria en tapotant les joues de l'enseignante dans l'espoir de la réveiller.
« Une potion Coup-de-Fouet, le genre de truc que l'on prend quand on ne veut absolument pas s'endormir… », répondit Narcissa en relevant la tête de McGonagall. « J'ai l'impression que quelqu'un l'a droguée et qu'elle s'en est aperçue. Elle a sûrement voulu contrecarrer les effets avec cette potion mais n'a pas dû réussir à la boire à temps. »
Aria s'agenouilla derrière la tête de Minerva et cala son chignon gris sur ses genoux, tandis que Narcissa faisait couler quelques gouttes de potion entre les lèvres ridées du professeur. Quelques secondes plus tard, ses paupières papillonnaient déjà.
« Que s'est-il passé, Minerva ? », la pressa Narcissa en l'aidant à se redresser.
L'interpellée déglutit difficilement, la bouche sèche et pâteuse. « Le thé… Rusard m'a apporté du thé… il ne le fait jamais… », anonna-t-elle en portant une main à son front. « Il… je crois qu'il m'a droguée… »
« Fichu Cracmol… », grogna Narcissa. « On ne peut jamais faire confiance à ces gens… »
Aria se releva, se forçant à ignorer le commentaire qui aurait été quelque peu raciste s'il n'avait pas été pour une fois justifié, et reprit son arme à sa ceinture. « Je vais voir si je peux trouver les enfants qu'ils ont emmenés… », annonça-t-elle, tandis que McGonagall prenait une expression alarmée.
« Comment ça, emmenés ? »
« Vous lui expliquez ? », fit Aria à Narcissa avant de tourner les talons. Derrière elle, Mrs Malfoy entreprit de faire un topo de la situation à la Directrice mais l'avocate ne s'éternisa pas pour l'écouter. L'arme au poing, elle ressortit de la salle de Métamorphoses, descendit l'escalier principal, l'oreille aux aguets. Mais il n'y avait plus le moindre son dans le château. Pas une âme qui vive. Ça devenait franchement flippant.
Si elle voulait aller voir dans la Grande Salle ou dehors, elle devrait traverser le hall d'entrée et pour cela, se mettre entièrement à découvert. L'idée ne la réjouissait pas vraiment. Une fois sortie des couloirs, elle deviendrait une cible facile pour quiconque se trouvait en hauteur dans un des escaliers ou derrière une des balustrades qui surplombaient l'entrée de l'école. Mais elle n'avait pas vraiment le choix. Prenant une grande inspiration, elle tendit l'arme devant elle et avança prudemment dans le hall, ses yeux scrutant l'obscurité à la recherche du moindre mouvement pouvant indiquer une présence ennemie. Elle se trouvait quasiment au centre, arme toujours tendue, lorsque soudain une voix d'adolescent troua le silence, et son message sinistre fit écho sur tous les murs du grand hall.
« NE NOUS CHERCHEZ PAS ! DE TOUTE FACON, VOUS ARRIVEZ TROP TARD POUR CELUI-CI ! »
Aria sursauta et se tordit le cou pour chercher où se trouvait le jeune homme qui avait parlé. Le son semblait provenir d'en haut. Un frisson d'horreur la parcourut et elle se figea. Quelque chose tombait en chute libre au-dessus d'elle, depuis la balustrade en pierre de l'escalier qui menait au troisième étage. Quelque chose qui ressemblait à une silhouette humaine et portait une paire de baskets.
Par réflexe, Aria recula, craignant que quelqu'un de mal intentionné ne lui saute dessus. Mais les jambes interrompirent leur chute si brusquement qu'elles en tressautèrent quelques instants, et un craquement lugubre d'os brisés se fit entendre.
L'avocate poussa un cri de surprise et recula encore, sidérée. Non, elle ne pouvait pas avoir bien vu. Non, ce n'était pas envisageable. Pourtant, quelque chose dans les mouvements désordonnés de son estomac lui disait que oui, elle avait bien vu. Ses jambes flageolèrent et elle tomba sur les fesses, les yeux rivés sur les petits baskets qui oscillaient lentement dans les airs. Elle n'osait toujours pas y croire en voyant les jambes frémir sous le coup des dernières impulsions nerveuses qui quittaient le petit corps. Elle n'y croyait toujours pas en laissant son regard remonter le long du torse que plus aucune respiration n'agitait. Même la vue de la plaie béante et sanguinolente sur la tempe du garçon ne parvenait à la convaincre.
Ce ne fut que lorsqu'elle sentit le hurlement de Minerva McGonagall lui vriller les tympans que son cerveau traita enfin l'information.
Qui que soient ces cinglés, ils venaient de pendre un élève haut et court. Juste sous son nez.
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Musique dramatique : dun-dun-duuuuuuuuun.
Bon bah voilà, j'imagine que le ton est donné pour le prochain chapitre ! A votre avis, sur une échelle de 1 (Dexter) à 10 (Game of Thrones) (sachant que le niveau 5 correspond à Hannibal à peu près), quel niveau de violence pensez-vous que l'on va atteindre dans la suite ? ahahah. Je déclare les votes ouverts : qui doit survivre, qui doit mourir ? Bon ok, tout ça est déjà décidé depuis longtemps, mais n'hésitez pas à donner vos pronostics et à parier sur « qui sera le meilleur survivor 2015 ? ». J'ai hâte de lire vos réactions… je sens que je vais prendre cher.
En espérant que vous ne me détestez pas trop et que vous avez quand même hâte de lire le prochain (et avant-dernier) chapitre, je vous souhaite une bonne semaine et vous fait de gros bisous !
Xérès
