Petite note : Voici le chapitre 2 ! On change de façon de faire, mais j'espère que ça vous plaira :) Elle arrive un peu tard, mais étant donné que c'était la rentrée, j'avais autre chose à faire haha

kateryne1 : Déjà, un immense merci pour ta review ! Ca me fait toujours super plaisir d'en lire :D Merci ! En ce qui concerne la partie de jeu, je me doutais que vous trouveriez assez rapidement de quoi il s'agissait. J'ai essayé de faire plusieurs versions pour garder le suspens au maximum, mais c'est celle-ci qui me plaisait vraiment, où j'avais l'ambiance que je souhaitais installer ^^' Donc coup, j'ai gardé hihi En tout cas, merci de ta lecture et de ton commentaire, ça me fait vraiment plaisir et j'espère que cette suite te plaira aussi :D

Bonne lecture à tous ! :D


Enfers, addiction, vivant

Partie 1 : Enfers

2

Le réveil sonna encore une fois. C'était la troisième depuis l'heure à laquelle Reid était censé se réveiller. Il regarda d'un œil encore endormi l'heure et se dit que la limite avait été atteinte il y a douze minutes. Il devait se lever et aller travailler comme tous les jours. Après un effort considérable pour se glisser en dehors de son lit, il rendit directement sous la douche. Le jet d'eau froide le réveilla un peu, mais son esprit était encore embrumé. Il tenta alors le café noir, mais il eut autant d'effet que s'il avait avalé un verre d'eau. Il prit ses affaires, et entreprit de se rendre au bureau. Comme tous les jours. Il prit le métro, s'acheta un autre café sur le chemin, marcha encore quelques minutes et arriva enfin aux bureaux du FBI.

Il s'arrêta devant l'imposant bâtiment. C'était son rêve. Quand il était plus jeune, il avait eu plusieurs envies de métiers, mais entrer au FBI avait été une idée constante, qui n'avait jamais quitté son esprit. Il voulait devenir un homme bien, au service de l'autre. Utiliser sa grande intelligente pour tenter de rendre un peu de joie dans le cœur des personnes traquées par des assassins et leurs familles. C'était son rêve. Aujourd'hui, c'est son cauchemar. Il se demandait chaque jour comment il arrivait encore à tenir debout, à se rendre au travail et à prétendre que tout allait bien, quand le soir venu ses démons intérieurs le rattrapaient et le poussaient jusque dans les retranchements les plus sombres de son esprit. Jamais il n'avait pensé qu'il puisse descendre aussi bas. Il se sentait faible, impuissant, pathétique. Et pourtant, dès qu'il franchissait les portes de l'établissement, il agissait comme si de rien n'était, tel un robot, sans même s'en rendre compte. Il vivait dans un nuage de brume dont il ne voyait pas l'extrémité. Si celle-ci existait vraiment.

Spencer soupira, et se dirigea à l'intérieur des bureaux, affichant avec le plus grand soin un visage impassible. Jennifer et Derek étaient déjà là. Il les salua poliment et s'intégra à la conversation en court. Il participait, répondait quand on lui posait une question, et enchérissait sur une autre. L'art de la dissimulation des sentiments. Il n'avait pourtant jamais été doué à ce jeu là. Mais aujourd'hui, il en était presque devenu le maître. Tout du moins, il croyait l'être devenu. Mais il savait au fond de lui que ses collègues n'étaient pas dupes, et surtout qu'il lui faudrait une seule et unique goutte d'eau pour faire déborder le vase et le faire craquer devant tous.

Reid venait à peine de finir de classer la pile de dossiers qui s'étaient accumulés sur son bureau quand Morgan vint vers lui.

- On a un peu de temps avant la prochaine réunion, ça te dirait de venir t'entraîner au tir ? Ça fait longtemps qu'on s'est pas exercé ensemble.

Il était vrai que depuis quelques temps, les enquêtes s'enchaînaient et ils ne prenaient plus le temps de faire quoi que ce soit d'autres. Derek avait décidé de perfectionner son protégé au tir depuis quelques temps, et les leçons avaient porté leurs fruits. Spencer acquiesça, prit ses affaires et suivit son ami. Ils arrivèrent rapidement à la salle d'entraînement, et c'est au moment de charger son arme que Spencer réalisa ce qu'il était en train de faire. Il prit une balle, et la mit dans le barillet, avant de prendre la suivante et de s'arrêter. Il avait fait ce geste des centaines de fois, le compteur s'étant affolé depuis quelques semaines. Il n'avait jamais refait ce geste que pour ça. Une balle. Une seule et unique balle. Il n'arrivait même plus à en mettre une deuxième sans y penser.

Une envie le prit soudainement. Une envie de jouer, de retenter sa chance. Mais ce n'était pas le lieu, pas le moment. Il devait remplir son arme, viser la cible en face de lui, et tirer. Mais il serait tellement plus facile de laisser tomber, et de pointer son arme vers sa propre tête, tirer et voire si la chance était encore de son côté ou non. Sentir cette adrénaline lui monter au cerveau, engourdissant ses pensées, son esprit entier. Sentir une douce chaleur l'envelopper, et espérer entendre chuchoter à l'oreille que son cœur ne battait pas dans le vide.

- Bah alors Beau Gosse, tu ne sais même plus mettre les balles dedans ? Il était temps qu'on revienne.

La voix de Derek le fit sursauter et sortir de ses pensées noires. Il sourit furtivement à la remarque de son collègue, et enfila la deuxième balle. Concentration. Ne pas laisser voir ses sentiments, ses pensées. Rester concentré. Le jeu viendra plus tard. Une fois toutes les balles en place, il leva l'arme, et visa. La tête était le point le plus faible de tout être humain. Une seule balle suffisait pour faire passer de vie à mort. Une seule, bien calculée, bien tirée. Spencer expira profondément et appuya sur la gâchette. Le coup le fit sursauter. Habituellement, elle ne sortait pas. Il ne s'y attendait pas.

Du coin de l'œil, Morgan l'observait. Il le vit sursauter, comme s'il ne s'attendait pas à ce que la balle parte. Pourtant, c'est ce qu'il arrive quand on tir avec une arme chargée : le coup part, sauf cas exceptionnels. Il vit son ami figé sur place. Il ne tira pas de second coup, tout du moins pas dans l'immédiat. Il attendit quelques secondes, le vit reprendre ses esprits, comme s'il venait de réaliser ce qu'il venait de se passer. Il tira ensuite les autres balles sans s'arrêter, jusqu'à ce que le barillet soit vide. Mais au lieu de reposer l'arme et d'attendre que la cible soit proche de lui pour examiner son travail, il continua à appuyer sur la gâchette. Quelque chose n'allait pas.

- Reid ? Tenta-t-il d'appeler.

Mais il n'eut aucune réponse. Il continuait de tirer des balles imaginaires.

- Reid ?! Appela-t-il plus fort.

Mais toujours aucune réaction. Cette fois, l'inquiétude envahit Derek. Il attrapa le bras de son ami, lui arracha son arme des mains et le força à lui faire face.

- Reid ? C'est vide !

Spencer semblait sous le choc, comme si on venait de le réveiller après un long et effrayant cauchemar. Il regarda son arme et Derek successivement, sans comprendre ce qu'il venait de se passer. Il lisait de l'incompréhension dans les yeux de son ami, mais aussi de l'inquiétude. Il regarda en direction de la cible. Il l'avait touchée. En pleine tête. De toutes ses balles. Toutes les balles de son revolver étaient parvenues à toucher la cible en pleine tête.

Il venait de recevoir comme un électrochoc. Il regarda encore une fois Derek, se détacha de son emprise et sortit rapidement, sans rajouter un mot. Il entendit la voix de son ami l'appeler, une voix lointaine, comme un simple écho. Il se mit alors à courir dans les couloirs, il devait sortir, prendre l'air. Il avait l'impression d'étouffer, de ne plus pouvoir respirer, d'être en train de mourir. Il devait sortir d'ici, il devait avoir une preuve qu'il était bien vivant. Il sentit le creux de son bras le brûler, là où Tobias Hankel lui avait planté son aiguille, cette seringue remplie de Dilaudid. Cela faisait longtemps que ça ne lui était pas arrivé, depuis qu'il avait joué pour la première fois. Il pouvait sentir la petite cicatrice l'appeler, lui rappelant qu'il était en train de sombrer et que rien ni personne ne pouvait y faire quoi qu ce soit. Ce petit point minuscule, à peine visible, lui donnait des sueurs froides et lui brouillait la vue. Un petit point sur son bras et dans sa vie, qui venait la lui gâcher, s'étendant partout en lui, jusqu'à son cœur et son cerveau. Plus rien n'avait d'importance.

Il arriva enfin à l'extérieur du bâtiment et inspira un grand coup. L'air envahit ses narines puis ses poumons rapidement. Si rapidement qu'il se mis à tousser, s'étouffant presque. Il ferma les yeux un instant, le cœur au bord des lèvres, et tenta de calmer sa respiration devenue saccadée. Au bout de seulement quelques secondes, il repartit et laissa ses pieds le conduire instinctivement, sans faire attention au lieu où il se rendait. Il croisa des passants dans la rue, ne les regardant jamais en face. Le contact physique ou visuel avec les autres l'avait toujours incommodé, mais cela était pire depuis sa captivité. Il sentait les regards interrogateurs des gens l'entourant. Toutes ces personnes n'avaient pas idée des psychopathes qui pouvaient les entourer. Chacun d'eux était la cible potentielle d'un déséquilibré, et pourtant, la vie continuait d'avancer. Ils n'avaient pas conscience que leur vie pouvait basculer du jour au lendemain, à cause d'une seule personne, d'un seul individu. Spencer avait l'impression que des milliers de regards étaient tournés vers lui, que tout le monde le jugeait pour ce qu'il était, ce qu'il avait fait, et ce qu'il ne pourrait sans doute jamais se pardonner. Il regarda un instant ces visages, ces familles heureuses de vivre, ne demandant rien de plus que de pouvoir respirer et avancer dans la vie. Il évoluait parmi ces gens et pourtant, il avait comme un sentiment d'interdiction. Comme si après ce qu'il s'était passé, il n'avait plus le droit d'être là parmi ses semblables. Il avait pris part à la destruction d'une famille. Il avait donné un nom, au lieu de mourir dans cette cabane. Il n'aurait jamais dû en réchapper du moment où cette phrase avait franchi ses lèvres : « Sur l'écran de droite ». Tobias Hankel, ou tout du moins une de ses personnalités, n'avait pas attendu et était parti continuer ce qu'il avait commencé. Reid avait tout vu, sans pouvoir y faire quoi que ce soit. Il avait assisté à la mort de ce couple, assis dans cette cabane où une odeur de mort régnait. Il n'avait pas réussi à détacher son regard de l'écran. Pas cligné des yeux une seul fois. Il avait vu l'assassin entrer dans la maison, sortir son arme, et faire gicler le sang de ces victimes. Il avait vu la peur dans leurs yeux et cette lueur caractéristique des personnes en vie s'éteindre lentement. Il avait vu. Et il avait senti que tout était de sa faute. S'il n'avait pas parlé, il serait sans doute mort, mais ces personnes seraient encore en vie.

Reid continuait de marcher. Il voulait fuir. Loin d'ici, marcher droit devant lui et ne plus se retourner. Oublier qui il est, qui il a été, ce qu'il a fait. « Il n'arrivera pas à te briser », lui avait dit Gideon. Mais il se trompait fortement. Spencer était en mille morceaux, incapable de se reconstruire. Il ne lui restait qu'un seul choix : se détruire encore plus, jusqu'à ce qu'il ne soit plus de ce monde. Il ne méritait pas de mourir de façon douce et tranquille. Il était devenu un tueur, il devait souffrir comme avaient souffert ces personnes à cause de lui. Il n'était plus que l'ombre de lui même, une ombre malsaine, guidée par un esprit torturé.

La petite piqûre de son bras se remit à brûler. Le Dilaudid l'appelait. Il avait à peine fallu quelques prises pour qu'il devienne accro. Un camé, un drogué, comme il en avait déjà croisé tant au court des enquêtes qu'il avait menées avec son équipe. Jamais il n'avait imaginé qu'un jour, il puisse tomber dans les mêmes vices qu'eux. Il s'était toujours demandé comment une personne pouvait tomber aussi bas. Et malgré tout ce qu'il avait vécu étant petit, il n'avait jamais cédé à l'appel salvateur d'une prise de drogue. Mais aujourd'hui, il en avait besoin. Pour se sentir libre quelques minutes. Il avait en réalité besoin de plus que ça. Il avait besoin de sentir que quelque soit la divinité qui nous gouverne, elle existe bel et bien. Et qu'une justice existait dans ce monde.

Il se souvenait sans cesse des paroles que prononçait son ravisseur en désignant les balles qu'il chargeait dans l'arme : « La volonté de Dieu ». Si la volonté de Dieu était juste et égale, n'aurait-il pas du mourir à ce moment là ? Alors oui, Spencer était d'accord avec Gideon, Hankel « pervertissait Dieu ». Mais il avait réussi à échapper à la mort de justesse. Il avait refusé par trois fois de désigner le membre de son équipe qu'il devait tuer. Celui-ci avait tiré trois fois en visant sa tête. Et par trois fois, la balle ne sortie pas, laissant Reid en vie. La quatrième l'aurait tué. D'un seul coup, sans qu'il ne puisse se demander ce qu'il se passait. Libéré.

Pourtant, il était encore là. Par quel miracle avait-il échappé tant de fois à la mort, alors que pour beaucoup elle arrive sans qu'ils ne s'y attendent ? Qui décidait de cela ? De quel droit avait-il pris la décision que la vie de ce couple devait se terminer ce soir là ? Tant de questions qui tournaient inlassablement dans son esprit. Il avait l'impression que sa tête allait exploser, d'un coup. Sans même avoir eu besoin de pointer une arme dans sa direction. Spencer avait envie que tout cela s'arrête. Ne plus penser, ne plus se poser de questions, ne plus se torturer avec cela. Mais ce n'était pas possible.

Une longue descente aux Enfers. Rien n'y personne ne pouvait le retenir. Parmi toutes les questions qu'il avait en tête, une revenait tout le temps : pourquoi était-il aussi divisé ? Une partie de lui était effrayée, voulait que tout cela cesse, voulait aller vers ses collègues, et craquer. Leurs révéler toute la vérité. Leurs dire à quel point il souffrait depuis l'affaire Hankel. A quel point il avait disjoncté. Leurs avouer ses addictions, ses jeux malsains. Pleurer, hurler, frapper dans quelque chose, du moment que tout cela sortait de lui. Mais une autre partie ne le voulait pas. Une autre partie se disait qu'il méritait ce qu'il lui arrivait. Qu'il avait mérité de souffrir autant dès le moment où il avait donné un nom. Après tout, peut-être qu'en le réanimant Tobias Hankel lui avait transmis plus que de l'air. Peut-être qu'une partie de la noirceur de son âme l'avait atteint à son tour. Etait-ce possible ? Scientifiquement, non. Mais peut-être que la science ne peut pas tout expliquer. Cette partie de lui se complaisait dans cette douleur et avait trouvé de quoi vivre. Cette partie cherchait à retrouver ce qu'il avait ressenti dans cette sombre cabane. La peur, l'inconnu, et ce sentiment dont il n'arrivait à mettre les mots dessus. Elle cherchait à retrouver tout ça, mais dans quel but ? Parce qu'il était aussi accro à l'adrénaline ? Ou parce que c'était le seul moyen de le faire remonter à la surface ? Toucher le fond pour n'avoir d'autres choix que de remonter.

Peut-être était-ce la solution. Se laisser aller, plonger corps et âme dans ce puits sans fond. Descendre jusqu'aux Enfers les plus noirs de l'esprit humain.


Voilà pour ce chapitre, à bientôt !