Bien, chapitre 2, le voilà !
Il n'y en aura pas d'autres, désolé.
Seijuro demandait tous les jours s'il pouvait aller voir sa mère. Mais tous les jours on lui disait que, non, il ne pouvait pas.
Cette situation dura plus de cinq mois. Cinq mois privé de sa mère et de son soutien. Les cours devenaient insoutenables. L'enfant se sentait vulnérable. Même s'il était un Akashi, il n'aimait pas quand sa mère n'était pas là. C'était une peur qu'il gardait cachée en lui depuis qu'il était tout petit. Il avait bien compris que le jour où elle disparaîtrait, ce serait fini, sa vie deviendrait un véritable enfer, et il en avait d'ailleurs un aperçu en ce moment même.
Au bout de six mois, sa mère revint enfin à la maison, mais elle paraissait très faible et elle était pâle. Puisque Seijuro n'avait toujours pas le droit d'aller la voir, il passait certaines de ses journées assis dans le couloir devant la porte de Shiori.
Il n'avait que 8 ans, il avait encore besoin d'une présence maternelle.
Il parvint à la voir, une fois, car elle savait qu'il guettait tout le temps l'ouverture de la porte. Alors ce jour-là, tandis que Chôko venait apporter le thé à Shiori, Seijuro en profita pour se faufiler derrière elle. La servante l'avait bien vu, mais elle ne dit rien et garda un petit sourire en coin.
Seijuro attendit que la porte soit bien fermée avant d'aller voir sa mère, qui lui souriait.
-Bonjour, Seijuro.
-Bonjour, Mère, répondit le petit garçon en s'asseyant sur le bord du lit.
Shiori prit un air faussement fâché.
-Eh bien ? Mon fils ose désobéir à son père ?
-C'est pour la bonne cause, Mère.
Shiori rit, de son rire si cristallin, puis posa délicatement sa main sur la chevelure de son fils.
-Je n'aime pas quand tu m'appelles Mère, j'ai l'impression d'être vieille.
-Je lui dis la même chose quand il m'appelle Chôko-san, plaisanta la servante en apportant le thé à Shiori.
-C'est parce qu'il est trop poli.
Elle disait cela avec le sourire. Seijuro le savait. Sa mère était la seule personne qui lui permettait de se relâcher, de se tenir moins droit, de parler moins formellement. C'étaient des moments de détente qu'il n'avait plus eus depuis des mois et dont il avait cruellement besoin.
-Dis-moi, Seijuro, tu aimerais que je t'offre quoi pour ton anniversaire ?
-C'est encore dans longtemps, maman.
-Si on veut trouver un beau cadeau, il faut s'y prendre tôt. Alors ? Que veux-tu ?
Il voulait tellement de choses. Arrêter les cours particuliers, pouvoir jouer au basket plus souvent que trois heures par semaine, avoir des amis, que sa mère reste à jamais avec lui, avoir un peu plus de compagnie, que sa mère l'appelle encore une fois mon bébé comme dans la lettre et qu'elle guérisse.
Voilà ce qu'il voulait. Mais c'étaient des vœux que l'on ne pouvait dire à voix haute.
-Alors ?
-Un... Chaton ?
-Oui, si tu veux.
Seijuro lui sourit avant de se coller contre elle et de passer ses bras autour de sa taille.
-Tu m'as manqué, maman.
-Tu es décidément bien plus sensible que tu en as l'air, n'est-ce pas, Seijuro ?
-C'est mal d'être sensible ?
-Non, c'est humain.
Elle déposa ses lèvres sur la chevelure framboise si semblable à la sienne et serra son fils contre elle. Il était tout pour elle. Tout. Et elle savait qu'il souffrirait horriblement et qu'il se retrouverait sans défense quand elle partirait. Il serait livré en pâture à Masaomi et à ses principes trop stricts.
Elle devait lui offrir tout l'amour dont il avait besoin pendant qu'elle le pouvait encore.
-Tiens ? C'est à moi, ça, non ? demanda Shiori en voyant le collier que Seijuro portait autour du cou.
-Je l'ai trouvé dans un carton au grenier.
-Que faisais-tu au grenier ?
-Je... je m'ennuyais.
-Tu as le temps de t'ennuyer ?
-C'était tôt le matin, j'avais fait un cauchemar.
-Pourquoi tu n'es pas venu me voir, comme d'habitude ?
Seijuro baissa les yeux.
-Tu étais à l'hôpital.
Shiori regarda tristement son fils. Ainsi c'était donc ça. Seijuro ne devait vraiment pas être bien, pour aller dans le grenier.
Ce n'était sans doute qu'un aperçu de ce qui lui arriverait au moment fatal.
-Comment il s'appelle ?
-A l'animalerie, ils ont dit qu'il s'appelait Anubis.
Seijuro regardait, fasciné, le chaton entre ses mains.
Anubis n'était pas gros, loin de là : c'était un petit chat aux poils mi-longs et blancs. Il avait les yeux vairons, l'un doré et l'autre bleu. Il s'agissait d'un chaton angora turc.
-Il est adorable, murmura l'enfant en serrant la boule de poils contre lui.
-Tu sauras t'en occuper correctement ? lui demanda sa mère.
-Oui.
Anubis protestait pour que son nouveau maître le pose au sol, mais lui ne voulait pas le reposer. Il le tenait devant lui en souriant. Le petit chaton était immobilisé entre ses deux mains et tentait de partir par ses propres moyens.
-Tu devrais le lâcher un peu, Seijuro, je pense qu'il a besoin de marcher.
L'enfant posa le chaton sur le sol. Celui-ci alla découvrir les différents recoins du salon.
Shiori regardait, attendrie, son fils suivre les mouvements du chat. Il l'empêchait d'aller sous les meubles, ou lui parlait pour lui commenter ce qu'il voyait. Elle s'était battue contre Masaomi pour qu'il accepte que Seijuro ait un chaton : elle avait dû promettre qu'il s'en occuperait, qu'il suivrait bien ses leçons en retour, et plein d'autres choses encore pour qu'il cède. Elle avait déjà fait cela pour que Seijuro obtienne plus de temps libre. C'était à ce moment qu'il avait décidé de faire du basket.
Anubis prit rapidement ses habitudes dans la grande maison, mais s'il avait appris où étaient sa litière et ses croquettes, il ne savait pas encore où il ne devait pas faire ses griffes. Il savait où il devait dormir : dans la chambre de Seijuro, sur son lit.
A peine un mois plus tard , Shiori retourna à l'hôpital. Seijuro avait pu entendre une conversation et comprendre que sa mère était trop malade pour rentrer à la maison.
Il ne put retenir ses larmes en apprenant que la fin approchait. Il le savait, pourtant, et il y était préparé, mais... C'était trop tôt, il n'avait que 9 ans...
Il resta enfermé dans sa chambre toute la journée. Anubis lui tournait autour, tentant d'obtenir l'attention de l'enfant pour avoir des caresses, mais Seijuro restait prostré sur son lit. Il repoussait toutes les vagues d'amour du petit chaton.
Celui-ci miaula et se frotta aux jambes de son maître.
-Arrête, Anubis ! Laisse-moi tranquille !
Mais la boule de poils continua.
En soupirant, Seijuro décida de caresser le chaton. Il le gratta derrière les oreilles et l'animal ronronna de plaisir. L'enfant sourit.
Anubis ferait partie des derniers souvenirs qu'il conserverait de sa mère. Il devait le garder avec lui.
En l'absence de sa mère, son train de vie devint vite insoutenable. Son père le forçait à travailler d'arrache-pied et ne lui laissait aucun temps libre. Quand Seijuro revenait de l'école, il devait tout de suite être prêt pour ses cours particuliers, qui se finissaient parfois à plus de 10 heures du soir. Après, il devait encore prendre sa douche, s'occuper un peu du chat, faire ses devoirs, et enfin, il pouvait aller dormir.
Il était de plus en plus fatigué, éreinté par ses cours, et triste pour sa mère.
Cela faisait deux mois qu'elle était à l'hôpital.
Il commençait sérieusement à désespérer de la revoir vivante un jour.
Pourtant, une après-midi, alors qu'il était avec son professeur particulier de mathématiques, l'un des majordomes de la maison vint le trouver et lui demanda de le suivre. Ils montèrent dans l'une des voitures de la famille.
-Où va-t-on ? demanda l'enfant.
-A l'hôpital, voir Akashi-san.
Seijuro n'en revenait pas. Après tout ce temps...
Il courait dans les couloirs, et le majordome peinait à suivre le rythme. Il fallait qu'il arrive le plus vite possible à la chambre de sa mère – la 365, d'après ce qu'il avait entendu.
Son père s'y trouvait déjà, à ce qu'on lui avait dit.
Il ouvrit la porte de la chambre et se précipita vers Shiori.
-Mère !
Il l'aurait bien appelée maman comme il le faisait d'ordinaire, mais la présence de son père l'en empêchait.
Shiori était allongée dans un lit d'hôpital, plein de machines bipant autour d'elle. Elle semblait si affaiblie. La seule chose que Seijuro savait à propos du mal de sa mère, c'est que c'était a priori un cancer. Et aussi qu'elle ne guérirait pas.
Sa mère approcha faiblement sa main de son visage et caressa sa joue.
-Tu m'as tellement manqué, mon bébé, murmura-t-elle.
Seijuro posa la main contre celle de sa mère et sourit.
Elle savait que la fin était proche, car son corps n'avait jamais été si faible. Alors, elle avait insisté pour que Seijuro vienne la voir au moins une fois, pour qu'elle puisse partir en paix – ainsi, tous ses objectifs seraient remplis. Elle aurait vu une dernière fois les grands yeux framboise de son fils, ainsi que son sourire.
L'image du bébé qu'elle tenait dans ses bras dix ans auparavant lui revenait. Il avait tellement changé... Elle qui pensait qu'il deviendrait comme son père apparemment, elle avait su lui transmettre ses qualités. Notamment sa fragilité. Même si Masaomi ferait sans doute tout pour l'ensevelir et faire de son fils sa parfaite copie.
Il n'attendait pour ce faire que la disparition du dernier rempart entre Seijuro et lui : elle.
-Mère ?
Son rythme cardiaque ralentissait. Elle respirait de plus en plus mal.
-Mère ?!
Sa main, que Seijuro tenait toujours, se refroidissait.
-Maman !
Un majordome se précipita vers Seijuro et l'éloigna de force de sa mère : il fallait lui épargner cette terrible vision de mort. Il prit dans ses bras l'enfant au bord des larmes et quitta précipitamment la chambre.
Des heures passèrent. Seijuro était recroquevillé sur l'une des chaises de l'accueil. Le majordome faisait des aller et retour dans le hall. Masaomi était toujours dans la chambre de Shiori, sans doute avec un médecin. Quant à Shiori... Elle n'était sûrement plus de ce monde, maintenant.
Les infirmières qui passaient devant la petite boule rousse tentaient de lui parler, de lui remonter le moral, mais elle restait muette et prostrée.
Jusqu'à ce qu'une ombre passe devant lui.
L'enfant releva la tête et recula par réflexe.
-P-Père ?
-Nous rentrons, Seijuro. Nous n'avons plus rien à faire ici.
-Alors Mère est...
-Oui, elle est morte.
Son ton était froid, détaché. Seijuro se mit contre son gré à pleurer. Ses larmes glissaient toutes seules sur ses joues.
-Je t'interdis de pleurer, Seijuro. Tu es un Akashi, et les Akashi ne pleurent pas, tout comme ils ne laissent jamais leurs sentiments transparaître. Tu ne dois pas pleurer.
L'enfant renifla et sécha ses larmes.
Son visage devint soudain neutre, insensible. Il venait d'enfiler pour la première fois son masque impénétrable de froideur hautaine.
Le son agréable du piano envahissait la pièce. Ses mains délicates et fines effleuraient à peine les touches blanches. La mélodie triste et lente résonnait depuis déjà une heure, en boucle, sans que le musicien ne s'en lasse.
Le chat non plus ne s'en lassait pas, visiblement : il dormait confortablement sur la chaise près du piano. Les notes étouffaient ses ronrons.
Chôko regardait de loin de fils des Akashi jouer. Il se tenait droit, son visage était insensible, et son regard froid. Il paraissait plus âgé qu'avant. Ses grands yeux d'enfant étaient distants – ils ne reflétaient plus d'amusement. Il avait gagné en prestance et désormais, sa présence était devenue si écrasante que l'on savait qu'il était là, même sans le voir arriver. Sa voix n'avait plus le timbre d'un enfant, ses paroles étaient mesurées, et chaque mot calculé pour avoir le plus d'impact possible sur son interlocuteur.
On aurait presque dit un adulte.
On aurait presque dit son père.
Chôko savait que Shiori ne voulait pas cela et qu'elle s'était battue pour que son fils ne devienne jamais comme cela. Mais la servante ne pouvait pas se battre comme sa maîtresse le faisait, elle ne pouvait que soutenir en silence l'enfant. Seulement, Seijuro ne lui portait plus le moindre intérêt.
La mélodie s'arrêta. Chôko s'approcha de Seijuro.
-Vous avez fini de jouer ?
Il ne répondit pas. Son regard était perdu dans le vide.
-Seijuro-san ?
Il regardait l'extérieur.
-Seijuro-san, que pensez-vous qu'il y ait après la mort ?
-Il n'y a rien. Les corps se décomposent et deviennent poussière.
Il disait ces paroles avec tant de détachement...
-Et l'esprit ?
-Il disparaît. Il se brise et éclate en morceaux. Comme une vitre.
-Et les morceaux ? Où vont-ils ?
Il baissa les yeux.
-Vous savez, je pense que tous ces petits morceaux vont dans le cœur des personnes qui aiment votre mère, et de ceux qu'elle a aimés, dit alors la servante avec une douce voix.
Sans même que le rouge ne regarde les touches, ses doigts se mirent à jouer tout seuls, comme par réflexe, une mélodie que sa mère lui avait enseignée.
Auparavant, Seijuro la jouait tout le temps.
Chôko s'accroupit près de l'enfant.
-Elle vous manque, n'est-ce pas ?
Il s'arrêta de jouer et tourna son regard vers elle.
-Oui.
-Vous devriez exprimer un peu plus ce que vous ressentez.
-Je n'ai pas le droit.
-Je ne dirai rien, cela restera entre nous. Vous pouvez pleurer, vous savez.
Il baissa quelques secondes le regard et descendit du siège. Chôko le prit dans les bras et le serra contre lui. Dans sa vie, cela ne devait être que la deuxième fois qu'elle faisait cela.
La première fois, ça avait été 18 jours après la naissance de Seijuro.
Shiori et Chôko étaient dans le petit salon, et la maîtresse de maison donnait le sein à l'enfant dans ses bras. Il était adorable. Vraiment. Le plus mignon bébé qu'elle ait vu. Chôko était assise à côté d'eux deux et regardait la scène, attendrie.
Le bébé portait un adorable pyjama jaune clair avec un petit lion dessus*. Il avait une petite touffe de cheveux rouges sur la tête et les yeux fermés. Une petite goutte de lait coulait le long de son menton.
Le bébé retira sa tête du sein de sa mère. Celle-ci essuya son menton avec le bavoir avant de le remettre contre elle, emballé dans une couverture rouge.
Elle capta le regard de Chôko.
-Voudrais-tu le prendre dans tes bras ?
Aussitôt, la domestique détourna le regard.
-Euh...
-Je te le propose.
La servante accepta donc. Shiori souleva l'enfant en le tenant sous les épaules, et il replia ses jambes par réflexe comme le font tous les jeunes enfants – comme s'ils étaient encore dans le ventre de leur mère. Chôko prit le relais et mit le bébé contre elle. Sa tête rousse reposait près de son cou, tandis qu'il s'endormait de nouveau.
Son petit corps était si chaud. Il était incroyable de tenir contre soi un être si petit et de se dire que dans quelque temps, il serait un génie.
Car il était évident que Seijuro Akashi serait un génie. Il recevrait la meilleure éducation, et Shiori affirmait sans cesse que ses yeux brillaient déjà d'intelligence.
Mais pour le moment, ce n'était qu'un petit bout de chou de 50 centimètres, recroquevillé sur lui-même dans les bras de Chôko.
-Vous devriez pleurer, Seijuro-san. Il faut pleurer pour évacuer la peine.
Elle sentait l'enfant trembler. Elle ne le voyait pas, mais au bruit qu'il faisait elle comprit qu'il essayait de pleurer. Il se forçait.
Était-il devenu insensible au point que les larmes ne lui venaient plus naturellement ? Était-il obligé de se forcer pour ne pleurer que quelques gouttes d'eau salée ?
Les premières larmes tombèrent sur ses joues, suivies d'autres, et d'autres encore. Un flot continu de larmes retenues durant des années. De la frustration, de la tristesse, de la solitude enfin exprimées librement.
Il tremblait et serrait l'habit de la servante. Le tissu était trempé de larmes. La gouvernante caressait tendrement son dos en murmurant des paroles rassurantes à ses oreilles.
Mais Seijuro reprit vite son masque. Il se dégagea des bras de Chôko, essuya ses joues et partit sans un mot ni même un regard pour la servante.
-Seijuro-san ?
-Qu'y a-t-il ?
-Vous allez mieux ?
Pas de réponse.
Il s'éloigna vers la porte après avoir récupéré Anubis qui dormait sur la chaise.
-Seijuro-san... Si vous avez encore besoin de pleurer, je...
-Je n'en ai pas besoin. Je suis un Akashi, je n'ai plus besoin de pleurer. Cela ne m'apporte rien.
-Mais...
La porte de la salle claqua.
Jamais Seijuro n'avait autant ressemblé à son père que ce jour-là. C'était comme si la disparition de sa mère avait effacé de sa personnalité de lui toutes ses ressemblances avec elle.
*J'avais le même ^^.
Dîtes-moi, que pensez-vous de mon Seijuro bébé ? Il pas trop mignon ^^
Et Anubis ? (c'est un personnage assez important dans mon NijixAka, je voulais le présenter ici). Moi je le trouve trop mimi !
Bien, c'est ici que s'achève cette fic (on peu dire aussi un two shot plus qu'un fic je pense). N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.
Merci à tout ceux qui l'on suivi, commenté et mis en favori. Je remercie aussi les lecteurs anonyme ^^
Merci beaucoup à Moira-chan pour la correction de ce second chapitre :)
N'hésitez pas à faire un tour sur mon profil :)
Merci à tous ^^
