7ème jour (29/06/2014) Je fus réveillé à l'aube par des coups à ma porte. Je sautai dans le premier caleçon, jean et T-shirt qui trainaient par terre et ouvrit la porte à Conrad.

- Bonjour Graham. me dit-il d'un air éteint.

- Salut. Qu'est ce qui me fait l'honneur de ta visite si tôt ? demandai-je.

- Nous partons. On a préparé nos bagages cette nuit. Je suis venu te prévenir. Si tu veux venir avec nous, tu es le bienvenu. Sinon, je viens juste te dire au revoir. Jake et Jill sont déjà en bas. Ils m'attendent.

- Mais... Pourquoi partir ? Tu n'es pas sérieux. C'est de la folie. De jour en jour les rues se remplissent de zombies. Nous sommes en sécurité ici. On a tout ce qu'il nous faut.

- Oui, mais pour combien de temps ? demanda Conrad. Tu as raison. Leur nombre ne fait qu'augmenter. Nous sommes trop près de New-York. Dans quelques semaines on ne pourra même plus mettre un pied dehors. Il n'y aura pas de quoi piller éternellement. Jake a donc décidé de partir à la campagne loin d'ici, là où vivent nos parents. Il y aura moins de zombies. Peut-être même qu'il n'y en aura pas du tout.

- C'est l'avis de Jake, mais toi, tu es d'accord avec lui ?

- Oui. Quoi qu'il décide, on reste ici ensemble ou on part ensemble. S'il veut partir alors je le suis. Tu viens avec nous alors ?

- Je ne sais pas. dis-je, hésitant. Pour l'instant ça marche ici. Comme tu dis, ça ne sera pas forcément toujours le cas, mais qui nous dit que ça sera mieux ailleurs ? C'est risqué de voyager. On est plus forts ensemble. On faisait une bonne équipe toi, ton frère, Nick et moi. On peut obtenir ce qu'on veut. On tiendra le temps qu'il faudra jusqu'à ce que l'épidémie soit enraillée. Il faut être patient. Tout finira par s'arranger. Des secours arriveront.

- C'est ça ta bonne équipe ? Et Jill ? On dirait que tu l'as déjà enterrée.

- Je suis désolé, c'était maladroit. Comment va-t-elle ?

- Elle a de la fièvre. répondit Conrad en haussant les épaules.

- Prépare toi à l'éventualité où il lui arriverait tu-sais-quoi.

- La fièvre peut simplement vouloir dire que son corps combat l'infection. remarqua Conrad. C'est une fille forte. Elle s'en remettra.

- Et si ce n'est pas le cas ? Qu'est ce que tu vas faire ? Comment Jake va réagir ? Tu pourrais tuer la fille qu'il aime pour le protéger ?

- Si je peux encaisser la mort de la fille que j'aime, alors lui aussi. Jake est mon frère. Pour rien au monde je ne laisserais quoi que ce soit lui arriver. Je saurais prendre les mesures qui s'imposent. On se serrera les coudes.

- C'est facile à dire. J'espère que tu as raison. Je pense encore que j'ai de meilleures chance en restant dans l'immeuble.

- D'accord... dit Conrad. Alors au revoir.

- Au revoir. Bonne chance et bon courage. dis-je.

- Merci. Toi aussi.

Conrad me serra la main.

J'allais les regretter. C'était des gens biens. Dans ma tête, je les voyais déjà morts. Ils ne tiendraient pas longtemps à l'extérieur. Jill allait devenir un fardeau. Dans une situation dangereuse, Jake ne la laisserait pas derrière eux. Il était bien trop amoureux pour ça. Elle représentait tout son univers. Il serait prêt à mourir pour elle, et Conrad se sacrifierait également pour son frère. Je ne les avais pas connus assez longtemps pour les considérer comme des amis, mais survivre ensemble tisse certains liens. Les voir partir m'avait perturbé. Il n'y avait plus que Nick et moi pour faire survivre le groupe. Pour faire survivre Irene et William, plutôt. Mary n'était plus et Melissa allait sans doute bientôt la rejoindre. Il fallait d'ailleurs que j'aille les voir. Si Nick reprenait connaissance, j'allais devoir le soutenir. Il avait besoin de moi et j'allais avoir besoin de lui.


J'entrai chez les Mason sans frapper. J'avançai le long du couloir jusqu'à la cuisine pour retrouver Nick... et Melissa. Melissa s'était fracturée la main pour se défaire des menottes. Nick n'avait pas bougé d'un poil depuis la veille. Il était toujours allongé sur le sol sauf que cette fois, sa cage thoracique était ouverte en deux. Melissa trifouillait ses intestins sans me porter la moindre attention puis plongea la tête dedans. Je n'eu pas la moindre réaction. Je regardais. Puis je fis demi-tour et ferma sans un bruit la porte de l'appartement en sortant. J'agrippai la balustrade de l'escalier en soupirant. Merde. Merde. Merde. Je détestais déjà cette journée. Je tremblais de tous mes membres. Je vomis mon repas de la veille sur les marches en contrebas. Les choses ne tournaient vraiment pas comme je l'avais prévu. Je m'accordais quelques secondes pour ressentir de la peur. Je n'en pouvais plus de toutes ces atrocités. Ensuite, je déglutis et décidai de me ressaisir. Rien n'était perdu, il fallait aller de l'avant. Tout irait bien.