11ème jour (03/07/2014)

- Regarde, Graham ! Regarde ! s'exclama William.

William couru aussi vite que lui permettaient ses petites jambes. Il s'arrêta un mètre avant d'atteindre la barrière et lança son avion en papier de toutes ses forces. L'avion fila comme une fusée et se posa sur le toit de l'immeuble d'à côté.

- Bravo ! dis-je en l'applaudissant. Mais tu n'es pas obligé de prendre de l'élan comme ça. Tout vient du mouvement de ton poignet. Regarde comment moi je fais.

J'avançai au bord du toit jusqu' à la barrière. Je visais en fermant un œil et en tirant la langue. D'un geste très technique, j'envoyai mon avion en papier. L'avion fit plusieurs boucles sur lui-même avant de dégringoler les six étages. William ricanait.

- Ce n'est pas de ma faute. dis-je. C'est comme ça qu'il faut faire normalement. Il y a eu un coup de vent quand je l'ai lancé, c'est pour ça.

William se pencha au dessus du vide. Il regardait les zombies tendre les bras pour attraper l'avion.

- Tu ne devrais pas regarder ce qu'il y a en bas. Ce ne sont pas des choses qu'il faut s'habituer à aimer regarder...

- C'est super cool de jouer sur le toit. dit William sans m'écouter. Ma grand-mère ne m'a jamais autorisé à le faire avant.

- Elle a raison, c'est dangereux. Mais il y a beaucoup de choses dangereuses ces temps-ci, alors jouer sur le toit ou autre chose... Elle va bien ta grand-mère ? Elle ne sort plus beaucoup me rendre visite.

- Elle n'ose plus sortir. répondit William. A chaque fois, elle entend des grattements d'ongles derrière la porte des Mason. Ca lui fait peur. Elle passe tout son temps sur le canapé ou dans son lit depuis trois jours.

- Ca doit être dur pour elle. Ta grand-mère n'est plus toute jeune, elle doit avoir peur d'avoir à te protéger toute seule. Elle ne s'attendait pas à ce que ça dure si longtemps.

- Je peux me protéger moi-même ! s'exclama William. Et puis tu es là.

- Oui, je suis là. dis-je en souriant. Au fait, si tu aimes les avions, je dois avoir quelque chose de plus marrant. J'avais un hélicoptère téléguidé quand j'avais ton âge. Je l'ai toujours. Il est dans un carton quelque part. S'il marche encore, tu voudras essayer cet après-midi ?

- Ca serait génial !

- Je chercherais ça à l'heure du repas. dis-je.

- Dis, tu penses que je pourrais venir avec toi la prochaine fois que tu iras au centre commercial ? Tu pourras pas rapporter beaucoup de nourriture tout seul. Je peux aider.

- C'est dangereux. Je ne pense pas que ça soit possible.

- Je peux le faire ! Je n'ai pas peur ! Mamie verra que j'ai pas besoin d'être protégé. Vas-y, dit oui ! supplia-t-il.

- On verra.

Dans mon esprit, la réponse était toute trouvée. De malheureux accidents avaient déjà coûté la vie à plusieurs personnes et je ne voulais plus prendre de risque. Je n'avais jamais vraiment aimé les enfants. Je ne comptais pas en avoir un jour. William était pourtant la dernière personne avec qui je pouvais encore parler et finalement je l'aimais bien. Il était intelligent, il avait également un certain humour rare chez les enfants de son âge. Il avait de moins en moins peur du monde extérieur alors qu'au contraire Irene se renfermait un peu plus chaque jour. J'allais devoir remonter le moral de cette femme, notre petit groupe devait rester optimiste et solide. William ne savait pas comment c'était réellement dehors. Il voyait des zombies par les fenêtres qui erraient sans but. En avoir dix à ses trousses c'était autre chose. La protection d'Irene et William était ma responsabilité. Je me sentais de taille à les maintenir en vie. Même si aucun remède contre l'épidémie n'était trouvé, les zombies allaient finir par pourrir et se décomposer. J'étais confiant.


Je raccompagnai chez lui un William bondissant de joie. Ce fut un plaisir de faire la cuisine ce midi-là. Ca l'était toujours, mais je m'emballais en cherchant dans ma tête le menu du soir. Irene avait déjà fait un grand dîner la semaine précédente alors c'était à mon tour. Ca lui ferait du bien. Ca nous ferait du bien à tous les trois. Je mis la musique à fond dans mon salon. Je ne risquais plus de déranger les voisins à présent. Euphorique, je passai deux heures à faire de la musculation en début d'après midi. La salle de sport me manquait. Je ne m'étais pas rendu compte que j'étais accro jusqu'à présent. Ca m'avait épuisé mais je me sentais bien, vide de toute pensée négative. J'en avais presque oublié ma promesse faite à William de lui montrer cet hélicoptère téléguidé. Le temps que je prenne une douche et que je retrouve l'appareil et les piles neuves ramassées au centre commercial, il était presque quinze heures. Je m'empressai de sonner chez Irene Gutierrez. Elle m'ouvrit la porte, sans son sourire habituel cependant.

- Bonjour Irene. Vous allez bien ?

- Ca va. répondit-elle d'un air honnête.

- Parfait. Je me demandais si par hasard vous voudriez venir manger chez moi avec William ce soir ?

- C'est très gentil de votre part. C'est d'accord. Et qu'est ce que c'est que ça ? demanda-t-elle en montrant du doigt la boite de l'hélicoptère.

- Un hélicoptère téléguidé. William voulait jouer avec.

- Je suis désolée mais ça ne sera pas possible pour le moment, William regarde la télévision.

- Vraiment ? Il avait vraiment l'air intéressé quand je lui en ai parlé. Et la télé ne diffuse plus rien. Il n'y a que des écrans bleus...

- Il regarde une cassette... dit Irene d'une voix triste.

Les yeux de la dame âgée brillaient de larmes.

- Vous êtres certaine que ça va ? demandai-je à nouveau en fronçant les sourcils.

Irene me sourit. Ce n'était pas un sourire forcé. Elle était réellement contente que je m'inquiète pour elle.

- Vous êtes vraiment un jeune homme charmant. me dit-elle. Quelqu'un de bien, de courageux, d'attentif aux autres. On n'en fait plus des comme vous. Vous avez fait tellement pour William et moi ces derniers jours, je ne saurais jamais vous remercier assez. Ne vous inquiétez plus. Tout ira bien pour nous à présent. On ne risque plus rien.

- D'accord... dis-je. Alors, à ce soir ?

Irene me sourit encore une fois et referma la porte. Son visage était empli d'une émotion que je ne comprenais pas. Troublé, je restais un instant immobile devant la porte close. Le premier coup de feu détonna pendant que j'amorçais mon demi-tour. Je sursautai. Quoi ?! Elle n'a pas... Le second coup de feu retentit. Je fermai les yeux et serrai la mâchoire. Et merde...