79ème jour (09/09/2014) La lame de rasoir passée sur ma nuque me fit tressaillir. Ce frisson était agréable. Un seul dérapage et mes veines pouvaient s'en retrouver tranchées. Je ne me considérais pas masochiste à proprement parler, mais ce petit pic d'adrénaline, cette perception du danger m'excitait. Enfin... Le danger que représentait une bonne coupe de cheveux réalisée par Elizabeth était quand même tout relatif...
- J'ai fini ! s'exclama-t-elle.
Je passai ma main dans ce qu'il me restait de cheveux. J'avais l'impression de me frotter à un cactus, c'était étrangement satisfaisant au touché. J'avais eu droit à la coupe "trois millimètres", tout comme Joe et Luciano. J'étais le dernier, tout le monde avant moi était passé sous les mains d'Elizabeth, pas seulement parce que nous ne ressemblions plus à rien d'un point de vue capillaire, mais surtout par prévention. Et oui, des cheveux trop longs pouvaient tuer.
Trois jours auparavant, Allison s'était retrouvée en mauvaise posture dans la forêt face à un zombie qui la maintenait prisonnière en l'agrippant par sa longue chevelure. Les cheveux, c'étaient comme les vêtements larges, ils offraient des prises supplémentaires aux zombies. Allison ayant été bien secouée, elle avait demandé à Elizabeth de l'aider à faire en sorte que ça ne se reproduise plus et elle se retrouvait maintenant avec une coupe courte, au grand dam de Joe. Conrad n'avait demandé qu'un rafraichissement aux ciseaux, il fallait croire qu'il voulait mourir avec une coupe de cheveux à la mode. Elizabeth et Janet s'étaient contentées de ramener le niveau de leurs cheveux juste au dessus des épaules.
- Merci beaucoup ! dis-je quand Elizabeth posa la tondeuse électrique sur le comptoir du restaurant. C'est parfait !
- Ho, pas la peine de s'extasier pour si peu. répliqua Elizabeth. J'ai l'impression de trahir mon ancienne profession de coiffeuse en enchainant les boules-à-zéro. Une chance que cette tondeuse ait encore un peu de batterie. Il ne lui reste plus longtemps à vivre, elle ne fera probablement pas de deuxième round.
- C'est comme beaucoup d'autres choses. dis-je. On va bientôt finir par vivre comme au Moyen-âge, le temps que les zombies pourrissent et qu'on puisse tout remettre en marche. Maintenant que plus de quatre-vingt-dix pourcents de la population de la côte est américaine est morte, nous n'avons plus qu'à les mettre à terre une seconde fois. Il n'y a plus grand monde à contaminer. Chaque zombie qu'on élimine fait baisser leur nombre. Dans quelques temps on remarquera peut-être qu'ils se raréfient. Globalement ça va déjà en s'améliorant, même si on a l'impression que c'est l'inverse qui se produit.
- On peut attendre encore longtemps. dit Elizabeth avec un soupir désenchanté. Ca fait maintenant plusieurs mois que les morts marchent et je ne trouve pas qu'ils faiblissent. Tu te souviens du cadavre de flic qu'on a retrouvé dans la voiture de police en bas de la falaise ?
- Non, je n'étais pas là, j'étais encore en pleine convalescence à l'époque. répondis-je.
- Et bien d'après Allison, il avait dû se tirer une balle approximativement trois semaines plus tôt. J'ai trouvé qu'il était vraiment dans un sale état par rapport à certains zombies. Ces satanés morts-vivants sont vraiment tenaces, ils se décomposent moins rapidement qu'un mort lambda. Quelque fois je me dis qu'ils ne mourront jamais, qu'on devra toujours faire avec leur présence.
- Je suis d'accord là-dessus, je pensais que la situation évoluerait plus vite, mais elle évolue quand même. affirmai-je. Les intempéries auront raison d'eux. Il va y avoir les pluies d'automne, puis des gelées. Il faut être patient. En attendant, on vit très bien ici.
- On vit, on vit... marmonna Elizabeth en passant la main sur mon crâne pour s'assurer qu'elle n'avait oublié de raser aucune zone.
- Encore merci pour la coupe. dis-je en me levant.
- Il n'y a que pour ça que je suis douée ici. dit Elizabeth d'un ton las. Ca ou la vaisselle...
Je fis un pas en avant et projetai involontairement la motte de cheveux coupés qui vola et s'éparpilla dans la pièce.
- Ho ! s'exclama Elizabeth avec mauvaise humeur. Et qui va ramasser tout ça maintenant ?
- Laisse. dis-je en me baissant afin de regrouper les cheveux sur le carrelage à l'aide de mes mains.
Alors que je courbais l'échine, Elizabeth me poussa en arrière et je retombai assis sur ma chaise.
- Non. dit-elle sèchement. Je vais le faire. J'ai l'habitude de nettoyer derrière les autres.
Je réitérai mon aide. A quatre pattes, je mettais les cheveux coupés dans un sac plastique.
- Je suis désolé. dis-je. On ne te prend pas pour la bonne à tout faire. Il faudrait qu'on mette en place un système pour que ça ne soit pas toujours les mêmes qui fassent certaines corvées. Je pensais que tu ne préférais pas t'occuper des rondes ou de tout ce qui est un peu dangereux à l'extérieur mais je réalise qu'on ne t'a jamais posé la question directement. Tu aimerais partir dehors avec nous de temps en temps ? Histoire de te changer les idées. Tu ne sors pas beaucoup.
- Quoi, tu vas prendre en compte mes états d'âme ? demanda Elizabeth. Laisse-moi rire.
Elle se releva et posa le sac de cheveux sur la table.
- C'est bon, Graham. dit-elle, visage fermé. Je sais que je ne fais pas le poids pour me battre contre ces monstres. Je sais que sans l'aide du groupe je serais morte depuis longtemps. De toute façon je dois rester ici pour surveiller Janet. C'est la seule chose qui me tienne à cœur. Chacun sa place, non ?
- Okay. Mais si quelque chose te gène ou si tu n'es pas satisfaite de comment les tâches sont réparties, n'hésite pas à en parler. Nous ne sommes plus au camp de réfugiés. Tu peux prendre la place que tu as envie d'avoir. Je sais ce que c'est d'avoir du mal à creuser son trou.
- Bien sûr. dit-elle avec ironie. Tout le monde sait que Graham a la vie dure !
Elizabeth soupira une nouvelle fois. De quoi parlait-elle ? Moi aussi il m'était arrivé par le passé de ne pas me sentir à ma place ou de ne pas aimer ce que je faisais. Dans ma vie, j'avais toujours foncé tout droit, parfois même sans savoir où j'allais. Plus simple que de se perdre dans des questions existentielles. Je n'étais pas qu'un simple spectateur comme Elizabeth. Je ne savais pas ce qu'elle me reprochait et peut-être qu'elle non plus. C'était seulement une petite crise de nerfs qui lui faisait raconter n'importe quoi, mais je trouvais trop facile pour quelqu'un qui se laisse porter de me jeter ses humeurs sombres à la figure. Je trouvais Elizabeth beaucoup moins effacée qu'à l'époque où nous étions au camp, et ce n'était pas forcément une bonne chose. Je détestais son pessimisme.
- Je suis désolée. ajouta-t-elle en prenant sa tête entre ses mains et en se massant les tempes. Je suis horrible avec quiconque pour un rien. Je suis très mal lunée quand j'ai peu dormi. Et ça me procure d'atroces migraines.
- Insomniaque ? demandai-je par politesse, alors que ma seule envie était de filer dehors.
- Non. Juste trop de choses en tête. Quelques cauchemars... Tu sais bien.
Son regard se perdit dans la nature derrière les fenêtres.
- Hum... Je vais jeter ce sac avant d'en mettre partout. finit-elle par dire.
Voilà un mois que nous avions élu domicile au bord de cette falaise, au Chickies Rock County Park. Les occupations n'étant pas légion, notre vie était extrêmement routinière. Ca commençait dès le matin avec Luciano qui s'improvisait professeur de fitness. Étirements, exercices de musculation et d'endurance, j'étais content de continuer à me maintenir en forme. C'était important de garder une bonne condition physique quand notre vie dépendait de notre capacité à pouvoir nous battre. A part Allison et moi qui tenions la route, les autres n'aimaient pas vraiment se faire violence dès le saut du lit. Conrad finissait régulièrement avec des crampes en essayant de nous surpasser. Ensuite nous avions notre traditionnelle pause café. L'après-midi était consacré en grande partie aux recherches de ressources, travaux ou entretien des lieux.
Il faisait encore assez chaud aujourd'hui. Profitons-en, les beaux jours allaient bientôt tirer leur révérence jusqu'à l'année prochaine, et je ne pouvais pas certifier que je serai encore là pour les voir. Je passais de nombreux après-midi sur la terrasse du restaurant. Il y avait un échiquier en marbre posé sur une des tables. Nous l'avions trouvé dans la petite maison des propriétaires du gîte. Conrad et moi perpétuions l'habitude que nous avions prise au camp de réfugiés. Nous jouions toujours une ou deux heures juste après le déjeuner, c'était notre rituel.
Je retrouvai Conrad dehors, dans l'étendue d'herbe à côté de la maison. Le t-shirt trempé de sueur, il creusait à l'aide d'une pioche de petits trous à distance régulière les uns des autres. Nous avions prévu de planter des pics de bois que nous relierions avec du barbelé, comme dans notre ancien camp. C'était le minimum syndical avant que nous ne trouvions autre chose pour assurer nos défenses.
Janet était assise à l'ombre contre le mur de pierres brutes de notre maison. Elle avait le visage encore rouge d'une hilarité récente. Je ne savais pas de quoi les deux jeunes parlaient, mais elle avait l'air de beaucoup s'amuser.
- Qu'est-ce que tu fais, Conrad ? demandai-je. On n'avait pas dit qu'on le ferait tous ensemble tout à l'heure ?
- Me faisais chier. répondit Conrad. Et Janet disait que j'arriverais jamais à creuser un trou sans me planter la pioche dans le dos. Tu vois ce que j'ai fais, c'est pas mal, non ?
- Et maintenant j'attends de voir l'état de tes bras demain ! s'exclama Janet en riant. Tu auras tellement mal que tu ne pourras plus les laisser le long du corps, tu te tiendras comme Hulk !
- C'est très bien, Conrad. dis-je d'un ton involontairement condescendant, loin d'être impressionné par des petits trous dans la terre.
Janet explosa de rire en montrant mon visage du doigt. Qu'est-ce que j'avais dit ? Ce comportement n'était pas un petit peu excessif ? Non, vraiment, je ne comprenais pas les adolescents. J'appréciais cependant la bonne humeur communicative de Janet, elle me faisait sourire. Le matin, il me fallait un peu moins d'une minute pour déceler si son humeur du jour était à la joie ou si elle faisait la gueule de celle qui voulait tous nous enterrer. Les hormones féminines, couplées à la crise d'adolescence et à la fin du monde, c'était moche.
- Tu vois ! s'exclama Janet entre deux crises de fou rire. Même Poker Face n'arrive pas à mentir quand on parle de tes capacités physiques exceptionnelles ! Vas-y Conrad ! Gonfle les muscles, fais péter la chemise !
- Vas-y toi à jouer la princesse ! s'exclama Conrad. Viens donc essayer, voir si c'est facile !
- Tsssst ! souffla-t-elle. C'est toi qui as perdu tout à l'heure. C'est ton gage de faire ce que je te dis. Creuse !
Je n'avais aucune idée de ce dont ils parlaient. J'étais étonné de voir Conrad jouer à des jeux si enfantins. Ils s'amusaient et dégageaient beaucoup d'ondes positives, c'était tout ce qui importait. J'aimais les voir comme ça.
- Oups. dit Janet en arrêtant de rire. Voilà le tyran. Elle a l'air furax.
Elizabeth traversa la pelouse avec son tablier et ses gants de vaisselle. Elle était clairement de mauvais poil aujourd'hui. Les muscles de ses joues étaient agités de tics nerveux.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle sèchement à Janet. Je t'avais dit de rester devant la maison pour que je puisse te voir.
- Je supervise le boulot de Conrad. répondit Janet en ignorant l'humeur de sa tante. Je l'ai employé pour la journée. Il aura le droit ce soir à une gamelle de nourriture et de dormir à l'intérieur si j'estime qu'il a bien bossé.
- Toi ! aboya Elizabeth à Conrad. Pourquoi tu creuses ici ?
- Bah pour planter les pics dans les trous... répondit le jeune homme. Tu sais bien...
- Ici ?! Pour protéger le seul mur du bâtiment qui n'a même pas de fenêtre au rez-de-chaussée ?! Nous devions nous occuper de la façade en premier ! C'est n'importe quoi ! Tout le monde fait n'importe quoi sans se concerter ici, c'est affligeant !
- Calme-toi, Elizabeth. dis-je. On va aller creuser devant et on n'en parle plus.
Elle me fusilla du regard. Note pour plus tard : ne jamais dire à une femme énervée de se calmer.
- "Nous" devions nous occuper de la façade ?! s'emporta Conrad. Parce que tu vas réellement faire quelque chose, toi ?!
- Stop. dis-je calmement en posant ma main sur son épaule pour l'intimer à garder son calme et à rester correct.
Conrad se tut.
- Rentre à l'intérieur, Janet. ordonna alors Elizabeth. J'ai besoin de ton aide dans la cuisine.
- A vos ordres, madame. souffla l'adolescente.
Toutes deux se dirigèrent vers l'entrée du gîte, l'une d'un pas rapide, l'autre en trainant des pieds.
- Hey Janet ! cria Conrad avec un grand sourire. Qui est-ce qui joue le serviteur, maintenant ?
Janet répondit avec un doigt d'honneur sans se retourner avant de disparaitre à l'angle de la maison.
- Pfff... soupira Conrad en regardant les trous dans le sol. C'est vrai que c'était con de commencer à creuser ici.
- Je ne te le fais pas dire. dis-je en mettant les mains dans mes poches.
- Elizabeth passe son temps à critiquer sans rien faire. Quand c'est pas elle, c'est Joe qui est sur mon dos. Monsieur Big Boss. Elle va encore dire qu'on a rien écouté au plan en passant notre temps à flirter.
- Et elle aurait raison de penser ça ? demandai-je en levant les sourcils.
Conrad n'était pas certain d'avoir la réponse. Un pli interrogatif se dessinait sur son front. Merde, ce n'était pas une question piège que j'avais voulu poser.
- C'est ce dont ça a l'air ? demanda-t-il.
- Je n'en sais rien ! dis-je le plus honnêtement du monde.
- Janet est une copine. Une amie. Je l'aime bien. Elle aura quinze ans en novembre et moi bientôt vingt ans, c'est un peu jeune pour un flirt avec elle, non ? demanda Conrad.
- En effet. Et je suis sûr que tu sais comment te comporter avec une fille de cet âge. Tu es un adulte.
- Ouais, je sais. Je ne sais pas comment elle voit notre relation. Ca me va très bien l'amitié. J'ai pas envie de passer pour un pervers. Je n'ai pas l'air d'un pervers, si ? demanda-t-il, inquiet.
- Tu parles à quelqu'un qui s'est fait traiter de pervers une bonne partie de sa vie. répondis-je. Certains mots n'ont plus vraiment de sens pour moi. Vous êtes jeunes, vous êtes amis, en quoi c'est une mauvaise chose ? Tu sais ce que tu fais. Tu n'as de compte à rendre à personne. Peu importe ce dont ça a l'air d'un point de vue extérieur.
- Okay. dit Conrad.
Conrad ramassa sa pioche. Un zombie émergea alors de la forêt un peu plus loin. Il avait dû autrefois être un homme chétif. Ses vêtements étaient déchirés par les buissons épineux et les ronces qu'il avait rencontrés sur son passage.
- Un petit zombie vient nous dire bonjour... dis-je d'un ton neutre. Il est venu spécialement pour nous, c'est trop d'honneur. Tu veux t'en occuper ?
Conrad regardait le zombie avec appréhension.
- Je sais pas. dit-il, hésitant. Tu veux pas le prendre ?
- Bah tu en as sûrement déjà tué des plus coriaces que ça. Plus d'énergie dans les bras ?
- Des plus coriaces ? répéta Conrad. Je n'ai jamais eu à en tuer, Graham.
- Hein ?! m'exclamai-je, abasourdi. Tu rigoles ? Et le jour où on est allé au centre commercial ensemble au tout début de l'épidémie ? Et la fois où tu es parti en expédition avec les militaires ? Et quand on a été séparés dans la forêt en s'enfuyant du camp ?
- Il y avait toujours quelqu'un pour les éliminer à ma place. Je suis toujours resté derrière. Même depuis qu'on est ici, les quelques zombies qui ont approché le gîte on été tués par d'autres. Je n'ai jamais rien tué, vivant ou mort.
J'étais sur le cul. J'avais perdu le compte des zombies que j'avais tué. J'avais la chance d'avoir passé très peu de temps dehors livré à moi-même, mais je devais quand même en avoir tué une trentaine au total. Ce qui m'étonnait le plus, c'était que Conrad n'avait jamais été volontaire pour en éliminer. A sa place, j'aurais aimé apprendre à le faire, au moins pour être sûr de savoir comment réagir dans une situation dangereuse imprévue. D'autant plus que se débarrasser d'un seul zombie n'était vraiment pas compliqué. Je trouvais même ça amusant parfois...
- Il faut que tu saches les tuer. dis-je pendant que le zombie marchait lentement dans notre direction. Il n'y aura pas toujours quelqu'un pour te sauver la peau. Je ne nous le souhaite pas, mais un jour il se peut que tu sois le dernier survivant de notre groupe.
- Je sais... dit Conrad en regardant le nouvel arrivant avec dégout. J'imagine que je ne vais pas pouvoir remettre ça à plus tard éternellement. C'est juste... carrément dégueulasse. Qu'est-ce que je dois faire ?
- Je vais te le laisser. C'est un bon zombie pour débuter, il est tout mimi. Tu as une arme moins encombrante que cette pioche ? demandai-je.
- J'ai ça. répondit Conrad en sortant une grosse clef à molette de sa poche. Je l'ai toujours au cas où mais elle n'a jamais servi.
- Bien. Je préfère les armes tranchantes mais les armes contondantes font très bien le travail. Je les déconseillerais à une femme pas bien musclée car il faut pas mal de puissance de frappe pour défoncer un crâne mais contrairement aux armes tranchantes comme mon couteau, elles ne risquent pas de rester coincées dans la tête de ton ennemi. C'est à toi de voir avec quel genre d'arme tu te sens mieux.
Conrad fit tourner la clef à molette dans la paume de sa main. Il la serra ensuite entre ses doigts en émettant une longue expiration tremblante. Il regardait le zombie avec concentration.
- Tu dois t'habituer à manier ton arme, évaluer la force nécessaire pour tuer, t'entrainer à porter des coups mortels autant de fois qu'il le faut jusqu'à ce que son utilisation te paraisse naturelle. dis-je.
Je m'écartai légèrement de Conrad. Le zombie n'avait d'yeux que pour lui.
- Je tape le visage ou au dessus de la tête ? demanda-t-il.
- Tu es plus grand que lui. Tu peux taper au dessus. Un seul coup puissant et bien placé peut le tuer. Sinon tu peux aussi porter un coup latéral pour le désorienter. Ca te donnera plus de temps pour viser lors du coup fatal.
- Merde. dit Conrad d'une voix apeurée. Je ne suis pas sûr de pouvoir le faire. Tu ne veux vraiment pas le tuer ? Je pourrais prendre le prochain. Je ne suis pas préparé psychologiquement, là.
- Ne t'inquiète pas. dis-je d'une voix apaisante. Je suis là. S'il y a le moindre problème je suis prêt à intervenir. Tout va bien se passer. La première fois peut être laborieuse, ce n'est pas grave.
Le zombie tendait ses bras en direction de Conrad. Le cadavre ambulant avait développé une étrange mousse verdâtre sur les avant-bras. Ses doigts étaient gonflés. Une odeur de champignon se dégageait de lui. Il avait dû prendre l'humidité. Conrad m'avait l'air d'être sur le point de vomir. Allez, tu peux le faire mon grand !
Comme je lui avais conseillé, Conrad donna un coup latéral dans la tête du zombie. Il lui donna ensuite un bon coup de pied au milieu du ventre. Le mort tomba dans l'herbe. Le jeune homme s'empressa d'écrabouiller son front à coup de talon. Le crâne explosa dès le premier impact, se brisant comme une coquille d'œuf en déversant une gelée noire sur la pelouse. Conrad détourna aussitôt son regard de cette bouillie infecte.
- Ha nan, c'est trop dégueux ! s'exclama-t-il avec un haut-le-cœur.
- Bravo ! m'exclamai-je avec joie. Tu vois, tu peux te débrouiller aussi bien que n'importe qui.
- Hooo... soupira Conrad en reprenant contenance. J'ai ma dose pour aujourd'hui. C'est dégueulasse. Regarde, mon jean est plein de sang.
- Ce n'est jamais très hygiénique de tuer un zombie. dis-je. Ca laisse toujours des traces. C'est comme quand tu pisses. Tu peux faire de ton mieux, mettre tout ton cœur et toute ton énergie pour bien faire mais il y aura toujours des gouttes dans le slip. C'est comme ça.
- Mouais... Merci pour la leçon. dit Conrad. C'est "sympa" de ta part.
- La prochaine fois je t'emmène en expédition avec moi. High five ?
Je levai la main. Conrad la claqua dans la sienne.
