88ème jour (18/09/2014) Luciano et Joe s'étaient levés aux aurores pour aller pêcher. Je croyais aimer cette activité mais ça m'avait très vite lassé. C'était un bon moment pour l'introspection ou le partage selon notre état d'éveil, mais je préférais autant ne pas rester quatre heures d'affilée le cul planté sur une chaise avec une canne entre les mains. J'avais besoin d'un peu plus d'action. La pêche n'était pourtant pas mauvaise. Les touches ne manquaient pas. J'avais réussi à sortir une truite un jour, alors que pendant ce temps là Joe et Luciano pouvaient remplir un sceau entier de poissons. Nous avions du poisson à table jusqu'à trois fois par semaines, ma présence n'était donc pas nécessaire. Côté appas, c'était le petit Davis qui nous trouvait des vers de terre et d'autres insectes quand il jouait dehors.
La vue depuis le ponton se laissait regarder. Dommage que la baignade ne soit plus d'époque. Le fleuve était devenu bien trop froid. N'ayant pas l'eau courante, c'était l'eau du Susquehanna que nous ramenions tous les jours au gîte. Il fallait faire travailler les muscles pour transporter tous ces bidons. C'était fastidieux.
Je prenais ce matin mon petit-déjeuner dans le restaurant en compagnie d'Allison. La bruine produisait de petites gouttes d'eau sur les vitres. Je voyais dehors la cime des arbres agitée par un vent violent. J'étais bien content de ne pas être allé pêcher.
Mon repas était composé comme chaque matin d'un bol de porridge préparé avec des flocons d'avoine rassis, du lait en poudre et de l'eau bouillie provenant du fleuve. J'accompagnais cette mixture bien consistante d'une tasse de thé. Allison mangeait le contenu d'un sachet de Beef Jerky qu'elle n'arrivait pas à terminer et dans lequel je piochais machinalement. Nous avions découvert quelques jours auparavant un camion accidenté rempli de caisses de ces morceaux de bœuf séchés, nous n'étions pas prêts à manquer de protéines animales. Ces morceaux de viande me rappelaient un peu la peau tannée de certains zombies. Je m'abstins de tout commentaire afin de ne pas dégoûter la jeune femme de si bonne heure.
- Tu m'as bien l'air heureux. dit Allison en mastiquant son morceau de viande.
- Hein ? dis-je en levant les yeux de mon bol de porridge. Pourquoi tu dis ça ?
- Tu souriais à ton bol.
- Ha ? Je n'ai pas fais attention. Tu as raison, je suis sans doute heureux. C'est pas une nouveauté. J'ai des raisons de ne pas l'être ?
- Difficile de trouver par où commencer ! s'exclama Allison avec un sourire. Mais c'est une belle matinée. Enfin, pas vraiment d'un point de vue météorologique, mais on a un toit au dessus de la tête au moins...
- Exactement. Plutôt que de chercher des raisons pour ne pas être heureux, je préfère voir celles qui vont dans l'autre sens. Les gens se laissent toujours miner le moral par des détails. Ma vie n'est pas plus difficile qu'avant, je ne manque toujours de rien. J'ai un logement. Je mange à ma faim. Il y a certaines personnes avec moi que... j'apprécie énormément. Et en plus je profite d'un bon air pur et chaque jour est une nouvelle aventure !
- Une aventure potentiellement mortelle, quand même.
- Nous n'avons jamais eu d'accident depuis que nous sommes ici. dis-je. Le monde n'a jamais été exempt de danger, ils sont juste un peu plus nombreux maintenant. Bon, j'exagère, c'est vrai qu'on risque notre peau tous les jours, mais nous sommes tous assez réactifs. Tiens par exemple, mon excursion en ville avec Conrad hier s'est très bien déroulée. Lui qui a eu son baptême de zigouillage de mort-vivant il y a dix jours, il peut se débrouiller tout seul maintenant. Il ne lui reste plus qu'à arrêter de confondre sa gauche avec sa droite. Janet a appris à conduire. Tout le monde sait tuer un zombie, tout le monde est en bonne santé. Rien ne pourrait aller mieux. Je n'ai pas envie d'avoir peur. Ha ! Et tant que je pense à mon excursion d'hier, j'allais oublier...
Je pris le sac en plastique sur la chaise à côté de moi et sortis une petite boite en carton. C'était une partie de mon butin de la veille que je n'avais pas encore rangé. Je lançai la boite à Allison de l'autre côté de la table.
- Des capotes ?! s'exclama-t-elle en l'attrapant. Qu'est-ce que tu veux que j'en fasse ?
- Tu as besoin d'un dessin ? demandai-je en levant un sourcil perplexe. Ca peut partir très vite ces choses-là et on n'en ramène jamais.
- Non, mais c'est parfaitement inutile de me donner ça. Je n'en ai pas besoin.
- Ho. dis-je avec une surprise contenue. Désolé. Vous... Excuse-moi, je vais reprendre ça alors.
- Ce n'est pas ce que tu crois. s'empressa d'ajouter Allison. Pas de scandale dans les chaumières. Tout va bien entre Joe et moi, tu n'as pas mis les pieds dans le plat. C'est juste que c'est... inutile. Ca fait plus d'un an que nous n'utilisons plus rien de ce genre et il n'y a aucun risque que je tombe enceinte si c'était là ton inquiétude.
- Désolé. dis-je de la voix la plus neutre possible, ignorant si je devais avoir l'air compatissant ou si elle voulait changer de sujet.
- Pas la peine, je ne suis pas désolée. Tu disais qu'il fallait regarder ce qui nous rend heureux ? Et bien je suis "heureuse" comme je suis, sans enfant aujourd'hui. J'aime les enfants. Je les adore. Je voulais avoir une famille nombreuse. Mais dans ces conditions ? Non. En fait, je serais peut-être morte si j'avais eu un bébé. Qui peut savoir ? Quand je vois que la famille de Janet a été déchirée par la présence d'un enfant avec ce fichu camp de réfugiés, je ne regrette pas ma condition. Un bébé est souvent symbole d'espoir mais aussi de beaucoup de responsabilités. Beaucoup trop pour moi par les temps qui courent. Ca me terroriserait.
Allison posa la boite sur la table et la poussa vers moi.
- C'est mieux comme ça. dit-elle. Un jour, peut-être...
- Okay, alors... toi aussi tu es heureuse ?
- Je crois. répondit Allison avec un petit sourire. Il faut bien.
- Je vais donner cette boite à Conrad dans ce cas. Il en aura peut-être besoin. Il parait qu'il avait une réputation de Casanova à la fac.
- Lui ? s'étonna Allison. Pourquoi en aurait-il besoin ?
- Ca commence à flirter pas mal avec Janet, ça nous évitera peut-être un drame.
- Quoi ?! s'exclama la jeune femme avec un ton proportionnel à sa surprise. D'où tu nous sors ça ? Janet m'en aurait parlé. Lui et elle ?! Non, tu te fais des films.
- Tu n'es pas seulement son amie, tu es aussi une adulte, c'est normal qu'elle ne t'ait rien dit. Elle n'aurait pas envie que ça remonte aux oreilles d'Elizabeth. Quoi qu'il se passe, ça sera toujours mieux si c'est en possession de Conrad, même si rien ne se passe, ce qui est probable.
- A cet âge, cinq ans de différence dans un couple, ça me semble beaucoup. Tu es sûr de ce que tu racontes ? demanda Allison.
- Affirmatif. Conrad me l'a presque dit. Et sur le kiosque près de la falaise, il y a des noms gravés dans le bois. Depuis quelques jours, il y a un "C+J" qui est apparu, et je doute que le "J" soit pour Joe. Ca ressemble à une amourette platonique et Conrad ne fera pas le premier pas, mais on ne sait jamais.
- Hum... soupira Allison, dubitative. C'est plus une forte complicité que je vois entre eux deux. Une grande amitié. Pas ce genre d'attirance.
Alison avait peut-être raison. Je devais trop sexualiser la situation. Pour une gamine de l'âge de Janet, un passage à l'acte n'avait sûrement rien d'anodin.
Davis, qui faisait du coloriage sur la table à côté de la notre, interrompit notre conversation. Il bondit de sa chaise sur ses courtes jambes et couru vers nous avec des feuilles de papier dans les mains. Ses doigts étaient couverts de marques de feutres.
- Je vous ai fait un dessin ! s'exclama-t-il de sa voix criarde qui me fit froncer les sourcils.
Il semblait content de nous faire un cadeau.
- Merci. dis-je en prenant la feuille qu'il me tendait. C'est un joli... animal.
- Houa ! s'extasiait Allison avec exagération. Tu as fait ça tout seul ? Qu'est-ce que c'est, ça ?
- J'ai recopié le dessin sur un livre. répondit l'enfant. C'est les rennes du Père Noël.
- C'est bien ce que je pensais. dit Allison. Mais tu sais, c'est dans encore longtemps Noël. Tu es pressé d'y être ? On fera une grande fête ici, ça sera bien, hein ?
- Oui. Mais maman m'a dit que le Père Noël me fera de moins gros cadeaux cette année comme je suis grand... dit Davis en prenant un air triste.
- Et c'est sans compter la crise économique en Laponie. ajoutai-je. Les prix de la nourriture pour rennes ont explosé, du coup le Père Noël a dû vendre un de ses rennes et il peut transporter beaucoup moins de cadeaux dans son traineau à présent.
Davis se figea en me regardant avec des yeux ronds. Il me fixa quelques secondes sans rien dire avant de retourner dessiner à sa table. Il continuait de me jeter des regards en coin.
- C'était quoi ? demanda Allison en retenant son rire.
- Quoi quoi ? demandai-je. Je voulais avoir l'air drôle et sympa. Ce n'était pas le cas ?
- Ce que tu lui as dit... Soit tu lui as fait peur, soit il te prend maintenant pour un idiot fini. Tu as écouté le ton sérieux sur lequel tu lui as sorti ça ? On ne parle pas comme ça à un enfant. Il n'a rien dû comprendre. Tu as déjà parlé à un enfant au moins ?
- Oui. répondis-je. Au début de l'épidémie, j'ai vécu quelques jours avec ma vieille voisine et son petit-fils et ça se passait bien. Il était un peu plus âgé, aussi. Je n'ai pas de fibre paternelle, je ne sais pas comment interagir avec les gamins de cet âge. Je n'ai pas d'atome crochu avec eux. Ca va même plus loin, mon frère Cliff me disait que j'étais un "raciste anti-enfant" quand il me voyait avec mes neveux et nièces.
- C'est marrant, j'ai pourtant aucun mal à t'imaginer avec des gosses. dit Allison en mettant un morceau entier de bœuf dans sa bouche.
Joe et Luciano garèrent le pick-up juste devant la clôture barbelée. Aucun de nous n'était vraiment convaincu par cette clôture que nous avions montée. Elle ne pouvait que ralentir les zombies, pas les arrêter. C'était déjà bien, mais ça représentait beaucoup d'efforts pour pas grand chose. Si une horde arrivait en pleine nuit, nous n'avions aucun moyen de nous en rendre compte. C'est pourquoi Gloria avait suggéré que nous accrochions à la clôture des boites de conserve ou tout autre objet susceptible de faire du bruit en guise de signal d'alerte. Nous avions tous approuvé et commencions à conserver les boites vides.
Avant que je n'atteigne les deux hommes qui revenaient de pêche, Conrad, Janet et Alan leur avaient déjà sauté dessus en ricanant et en beuglant. Ils étaient bien excités, ces trois là...
- On bouffe quoi ce soir ? demanda Conrad en s'emparant du sceau que tenait Luciano alors que ce dernier n'avait même pas mis un pied à terre.
- Ho ! s'exclama Janet sans cacher sa déception en regardant le fond du sceau. Il n'y en a que des gros ! Je préfère quand ils sont petits, ils grillent mieux.
- Sinon, nous allons bien. dit Joe. Merci pour votre inquiétude et votre reconnaissance.
- Ca a été ? demandai-je en me frayant un chemin dans le groupe de jeunes.
Joe me mit dans les mains la glacière contenant les restes de leurs déjeuners.
- Ouais. répondit Luciano. Frigorifiés par cette petite pluie mais ça va. En milieu de matinée on a vu tout un groupe de zombies flotter comme du bois mort et se faire emporter par le courant, c'était étrange. Rien d'autre à signaler.
Luciano grelottait.
- Rentre te changer, Lou. dis-je. Je te ferai chauffer de l'eau tout à l'heure si tu as encore froid.
- Hey, Joe ! s'exclama Conrad en montrant ses bras. Je voulais te demander, tu penses que tu pourrais me faire des tatous comme les tiens un de ces jours ? Ca m'a toujours tenté mais mes parents m'auraient dit que c'est foutre ses thunes en l'air et mon frère m'aurait démonté la gueule !
- Bien sûr. répondit sèchement Joe. Avec du matos pas entretenu depuis des mois que je vais faire apparaitre par magie ? Je peux t'offrir une infection gratuite avec ça.
- Qu'est-ce que tu veux te faire tatouer ? demanda Alan.
- Ta mère. dit Conrad en riant.
Houlà... Ca montait bien vite à mon goût et ça ne volait pas haut. Je savais que ces deux là étaient devenus copains très rapidement, mais voilà une limite que je n'étais pas habitué de voir dépassée.
- Tsssss. souffla Alan. Même sur ton dos elle tiendrait pas.
- Ouais. renchérit Conrad. Ta mère est tellement grosse que son groupe sanguin c'est Nutella.
Les jeunes...
Les heures filaient. La pluie tombait de plus en plus drue. Le ciel s'assombrissait tellement qu'il donnait l'impression de déjà être le soir. Je trottinai sous mon parapluie jusqu'aux deux silhouettes trempées à côté de la Laguna des Williams.
- Gloria ! Eric ! m'exclamai-je. Qu'est-ce que vous faites sous la pluie ?
- Tiens, il pleut ? dit Gloria d'un ton cinglant. On ne me l'avait pas dit.
- Excuse-là. dit Eric. C'est de ma faute, je n'ai pas arrêté de lui dire de rentrer.
Je positionnai mon parapluie au dessus de leur tête. Le capot de la voiture était grand ouvert. Gloria trifouillait dedans avec une lampe torche entre les dents. Elle avait posé une boite à outils sur les genoux de son mari installé dans son fauteuil roulant. Leur chien Cat était à leurs pieds. Trempé lui aussi, il ressemblait à un gros rat.
- Qu'est-ce que tu fais la tête dans le moteur de ta bagnole ? demandai-je à Gloria.
- Elle fait un drôle de bruit. répondit la femme sans lever la tête. J'aimerais savoir d'où ça vient avant que ça ne crée un vrai problème.
- Et c'est nécessaire de faire ça sous la pluie ?
- Si on doit partir en catastrophe, oui. répondit Gloria. Je m'y connais plutôt pas mal en mécanique auto mais là je ne vois pas d'où ça peut venir. Tu saurais m'aider ?
- Je crains que non. dis-je. Joe est un peu touche-à-tout mais je doute qu'il veuille ressortir t'aider par ce temps. Elle roule, c'est l'essentiel. Un bruit n'est qu'un bruit. Mon oncle en a bien eu un pendant vingt ans et tout allait bien.
- La voiture de ton oncle avait un bruit anormal pendant vingt ans ? demanda Gloria avec étonnement.
- Non, c'était un bruit au cœur. répondis-je d'un ton rieur.
- Je ne tiens pas à prendre racine ici. dit Eric en posant la boite à outils par terre. Je rentre à la maison. Vous devriez en faire autant.
Eric prit congé, suivi de près par Cat. Gloria soupira et referma le capot du véhicule.
- J'abandonne. dit-elle avec résignation.
Elle sortit un paquet de cigarettes de sa poche.
- Tu en veux une ? proposa-t-elle.
- Merci, je ne fume pas.
Gloria haussa les épaules et alluma sa cigarette à l'aide d'un un vieux briquet en métal. Elle ferma les yeux et eut un air de profond soulagement en tirant la première bouffée. Tous deux adossés contre la voiture, je maintenais le parapluie au dessus de nous. Des gouttes d'eau continuaient de couler le long du cou de Gloria sans que ça ait l'air de la déranger. Bien à son aise, elle fit des cercles de fumée. Alors que la seule chose que je voulais c'était rentrer, Gloria n'était pas pressée. Elle semblait fortement apprécier de rester dans le froid avec des vêtements trempés comme de vieilles serpillières.
- Ca fait du bien d'arrêter de courir, hein ? dit-elle.
- Certes. répondis-je. Ca fait un mois qu'on a arrêté de courir, nous. Je ne connais pas bien votre histoire, c'était si dur pour vous ces trois derniers mois ?
- C'était une course effrénée. Avant j'étais employée dans une station service dans un trou paumé au nord de Baltimore. Enfin, je faisais limite le travail du gérant mais je vais sauter les détails. Ca ne sert à rien de parler boulot.
- Ca me fait toujours tout drôle quand j'entends quelqu'un parler de son ancien métier. dis-je. Il me faut à chaque fois un petit moment avant de me souvenir que les gens avaient une autre vie avant de devenir des survivants post-apocalyptiques.
- Davis était avec moi au travail ce jour là, Dieu soit loué. dit Gloria. Il était malade et l'école n'a pas voulu le prendre. Quand j'ai entendu les nouvelles à la radio je me suis précipitée chercher Alan à son lycée. Eric était déjà là-bas, il était professeur de musique dans le même établissement. Ils aidaient à la préparation du bal de promo. Le tout premier zombie que j'ai dû "libérer" c'était le meilleur ami d'Alan. C'était un gamin que j'avais vu grandir...
- Ca doit faire un choc... Je n'ai jamais eu à tuer un quelqu'un que je connaissais d'avant.
- Mais tu as tué quand même, n'est-ce pas ? demanda-t-elle en me lançant un regard perçant. Pas des zombies, je veux parler de vraies personnes.
- Oui... répondis-je avec hésitation, pas sûr de ce qu'elle savait ni de jusqu'où je voulais rester franc. Des militaires dans un camp de réfugiés... Ca sonne mal quand c'est dit comme ça mais c'était justifié. Et nécessaire.
- Ho, tu peux être cash avec moi. dit Gloria qui remarquait mes réticences à parler de meurtres. Alors tu as tué des hommes ? Et alors ? Moi aussi. J'ai entendu les grandes lignes de cette histoire. Ca me va. Je n'aurais pas été rassurée si vous m'aviez raconté une histoire de Bisounours. J'aurais carrément trouvé ça louche. J'apprécie l'honnêteté.
- Dans quelles circonstances tu as tué ? balançai-je d'une manière incongrue.
- Ca s'est passé dans un centre commercial, à peu près deux semaines après le début de la pandémie. Il y avait encore pas mal de monde à cette époque, alors nous étions plusieurs pilleurs en train de vider les rayons. Chacun s'occupait de ses affaires. Il y avait un couple pas loin. Je croyais qu'ils s'intéressaient aux mêmes produits que moi mais en fait ils me suivaient. J'étais à quatre pattes dans l'obscurité à remplir mes sacs quand le mec est venu me parler, pour me distraire. A ce moment là sa femme a pris Davis dans ses bras alors que j'avais le dos tourné.
- C'était quoi ? Un kidnapping ?
- Je crois. répondit Gloria. J'étais seule avec Davis. Il était dans mon cadi. J'ai fusillé le type dans le ventre. Comme ça. La femme s'est mise à crier. Elle serrait Davis contre elle en essayant de me faire croire qu'elle pensait que Davis était abandonné. Ouais, tu parles ! Vachement abandonné ! J'étais à trente centimètre de lui ! Je lui ai tiré dans les genoux, elle a lâché Davis et je suis repartie. Avec mon fils.
- Qu'est-ce qu'ils lui voulaient exactement à ton gamin ?
- Sais pas ! Tu crois que j'allais demander ? Je ne sais pas de quoi je l'ai sauvé, mais je l'ai sauvé. J'ai vu après qu'ils étaient armés. J'ai bien fait. J'ai maintenu toute ma famille en vie pendant trois mois. Il n'y a que ça qui compte. Devant n'importe quel obstacle, c'est moi qui ai eu à agir. A chaque fois. Je sais prendre des décisions pour le bien de mes enfants. Eric aussi. Avec son handicap, il redoutait plus que tout de nous conduire à la mort par "sa faute", selon lui. Il avait peur d'être un poids mort. Il m'a fait promettre de l'abandonner pour sauver nos garçons si un jour nous nous retrouvions dans une situation sans autre solution. Pour mes enfants, et seulement pour mes enfants, j'ai accepté. Moi aussi je me serais sacrifiée pour eux. Je pensais qu'on en arriverait inévitablement à ce point un jour ou l'autre. Et d'un coup, paf ! On a un toit, un groupe de personnes, tout ce qu'il nous faut pour survivre, et nous ne sommes plus obligés de courir. Alors c'est merveilleux de bosser sur une bagnole sous la pluie en sachant que tout à l'heure je pourrai me réchauffer à l'intérieur avec ma petite famille.
- C'est un groupe hétéroclite que nous avons. dis-je. Tout le monde n'a peut-être pas autant d'énergie à revendre que toi.
- Précisément ce qui m'a plu. Au départ on a été accueillis par les flingues de votre chef et de ton ami braqués sur nous. J'étais crevée et morte de trouille. Je ne voulais pas le montrer. Ensuite votre groupe est sorti pour faire face à ma famille...
- Notre chef ? répétai-je.
- Joe. répondit Gloria. Ce n'est pas votre chef ?
- Non. dis-je un peu surpris. C'est lui qui t'a accueillie le premier, en effet. Il prend beaucoup de décisions. Il est presque toujours à l'initiative des sorties ravitaillement. C'est lui qui supervisait la construction de notre ridicule barrière. C'est aussi lui qui a découvert la voiture de police en bas de la falaise et qui a installé une corde pour descendre au cas où nous aillons besoin de déclencher l'alarme comme moyen de diversion. Il aime faire connaitre ses opinions mais ce n'est pas notre chef. Nous n'avons pas de chef. C'est une démocratie.
- Ha oui ? Tu sais qu'une démocratie sans chef c'est une anarchie ?
- Peut-être. En tout cas, ça n'a pas dû te rassurer quand nous sommes tous arrivés derrière Joe et Luciano.
- Au contraire ! s'exclama Gloria. J'ai vu des hommes et des femmes. De tous âges. Des forts et des moins forts, tous unis. Même si je n'étais pas totalement rassurée, j'ai compris que ça pouvait marcher quand j'ai vu au loin Janet qui nous regardait derrière les vitres du restaurant. Vous aussi, vous ressembliez à une famille.
Gloria jeta sa cigarette dans les graviers. Nous ne disions plus rien. C'était rare que ça arrive, mais j'étais impressionné par cette femme. En soit, n'importe quelle mère pouvait faire preuve d'un immense courage pour le bien de sa famille. Gloria n'était pas que courageuse, elle était pugnace, tenace. Elle ne s'était pas levée qu'une seule fois pour sauver sa famille, non, c'était pendant quatre-vingt jours et quatre-vingt nuits qu'elle s'était tenue debout, prête à la protéger même quand tout espoir semblait perdu. C'était une femme forte.
- On rentre, maintenant ? demandai-je.
- On rentre.
Gloria quitta l'abri de mon parapluie. L'eau coulait sur son crâne rasé. Elle écarta les bras, paumes levées vers le ciel, pour sentir la pluie battante lui frapper la peau.
L'orage avait fait arriver la nuit prématurément. Elizabeth et moi préparions le dîner à la lumière d'une petite bougie. Les Williams avaient beau vivre dans la maison d'à côté, nous avions trouvé plus juste de partager les ressources alimentaires. Enfin... Luciano l'avait décrété et personne n'avait émis d'objection. Gloria ayant décidé de participer aux recherches de nourriture dans les villes voisines avec nous, il était normal que les repas soient pris en commun. Nous serions onze convives autour de la table, en plus d'un chien quémandeur.
L'odeur de poisson frit embaumait le rez-de-chaussée entier. Je n'avais plus à m'inquiéter de savoir si ma transpiration était incommodante pour les nez délicats. C'était presque toujours Elizabeth ou moi qui cuisinions, pas parce que nous étions les seuls à accepter de le faire, mais parce que nous avions toujours beaucoup aimé préparer les repas, même avec la faible diversité d'ingrédients à notre disposition.
Il n'y avait pas de friteuse, tout devait être fait à la poêle. Je panais les poissons. Difficile à faire sans œuf. J'utilisais un mélange de farine, de chapelure et d'eau dans une assiette creuse. Elizabeth surveillait nonchalamment la cuisson en lisant son roman à la lueur de la bougie, spatule à la main. Nous étions tous les deux absorbés par notre tâche. Les seuls bruits audibles venaient du crépitement des poêles et des rires de Luciano et Joe dans la pièce voisine.
Le bon vieux Graham d'avant était revenu, civilisé, courtois. Il était devenu le gentil cuisinier. J'étais content de moi. Mes accès de violence qui sortaient de je-ne-savais-où étaient partis aussi vite qu'ils étaient venus. Définitivement ? Peut-être qu'à force de me montrer toujours positif, j'avais nié un certain état de stress qui avait fini par me faire exploser ? Probablement. Plus de meurtre, c'était fini. Hum... Bizarre de penser ça. Presque drôle. Maintenant j'avais juste à faire cuire des poissons pour mon mec et mes amis, pas de risque que quoi que ce soit dérape.
- Je vais avoir besoin de lunettes un de ces jours... dit Elizabeth en plissant les yeux devant les pages remplies de minuscules caractères.
- Une chance que ça soit gratuit maintenant... dis-je. Si ça ne te gêne pas de porter les lunettes d'un mort.
- Le mieux ça serait que je sorte avec vous pour en trouver. Vous n'allez pas tuer cent-cinquante zombies à lunettes juste pour mon confort personnel.
- Tu ne disais pas que tu préférais rester ici avec Janet ?
- Si... Mais Janet n'est plus une enfant... Ce n'est pas une adulte, mais ce n'est plus une enfant. J'ai confiance en elle. J'ai compris que c'était plus en moi que je n'avais pas confiance. J'aimerais que ça change. Hier, elle m'a dit qu'elle aussi aimerait sortir plus souvent et partir avec le groupe dans vos expéditions. Alors... Je ne sais pas trop...
- C'est faisable. Si elle et toi êtes d'accord, vous venez quand vous voulez. J'ai déjà initié Conrad alors rien n'est impossible. Pourquoi ce changement d'avis ?
- Hum... soupira Elizabeth en avançant jusqu'à la cuisinière pour retourner son poisson déjà trop cuit. J'ai envie de vivre. Okay, c'est bizarre de vouloir sortir, se mettre en danger et en même temps de dire qu'on a envie de vivre, mais je ne veux pas finir mes jours enfermée ici.
- On peut retirer pas mal de satisfaction en flirtant avec le danger. Tu pourrais y prendre goût.
- Ce n'est pas ce que je recherche. Je veux juste voir autre chose que les murs de cette cuisine de temps en temps. J'aimerais voyager. C'est mon rêve. Ca pourrait éclipser mes cauchemars, qui sait ?
- Voyager ?
- Tu as parcouru toute l'Europe. Allison toute l'Amérique du Nord. C'est dommage, je ne pourrai jamais faire comme vous. J'ai perdu mon temps.
- Tu l'as encore. dis-je avec un haussement d'épaules avant de jeter un nouveau poisson dans la poêle brûlante. C'est mort si tu veux aller à Paris, mais tu peux encore réaliser certains rêves. De quoi d'autre tu as envie ?
Elizabeth ferma son livre et prit un instant de réflexion. Son visage se fendit d'un sourire radieux tandis que son regard était perdu dans le vague.
- Je ne sais pas. dit-elle pourtant. Et toi, quel est ton rêve ?
- Je ne rêve pas.
Joe manifesta sa présence en passant la tête par dessus les portes de saloon qui séparaient la cuisine de la salle de restaurant.
- Les mecs. dit-il. Venez voir ce qu'on a fait dans la salle à manger.
- Tout de suite, boss ! m'exclamai-je.
- Pourquoi "boss" ? demanda Joe. J'ai parlé sur un ton trop directif ?
- Non, pour rien. répondis-je avec un sourire. Oublie.
- Okay, les "mecs" arrivent. dit Elizabeth en soufflant.
Nous retirâmes nos poêles des gazinières et rejoignîmes Joe dans la pièce adjacente. Il y avait eu du changement ! Il ne restait plus que deux longues tables au milieu de la salle. Les autres avaient été renversées sur le côté et étaient plaquées contre les grandes vitres de la façade du restaurant. Luciano, Conrad et Allison étaient occupés à ajuster la dernière table. Gloria, Alan et Janet étaient partis ranger les chaises en trop dans un débarras derrière les escaliers, sous la surveillance d'Eric et Davis.
- Une tornade est passée par là ? demandai-je.
- Non. dit Joe. On a juste protégé un petit peu notre point faible et gagné beaucoup de place par la même occasion.
- D'accord. C'est pas mal. Qui a proposé ça ?
- Gloria. répondit Joe. Elle a de bonnes suggestions. J'aime bien, elle prend bien ça place cette femme-là.
- Fais attention aux termes que tu emploies. Ne reparle jamais de la place que prend Gloria devant Conrad. Je lui coupe la langue à la prochaine blague qu'il fait sur ses hanches.
- Je vous entends quand vous parlez de moi, hein. commenta Conrad.
- C'est parfait, Joe, mais on a un dîner à préparer. dit Elizabeth. Nous sommes loin d'en avoir terminé. Viens, Graham.
Nous retournâmes dans la cuisine. Presque immédiatement après, Elizabeth se mit à râler et à chercher quelque chose sur tous les plans de travail en inox.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je.
- Je t'avais bien dit qu'il me fallait des lunettes ! Qu'est-ce que j'ai fait de ce poisson ? J'étais certaine qu'il était posé là !
- Peut-être que Cat a eu une petite faim...
Un frisson me parcouru. Malgré la présence des gazinières en marche, il faisait étrangement froid dans la cuisine. Je tournai la tête vers la porte du fond. Ouverte. Cette porte avait toujours du mal à rester fermée. Nous mettions une chaise devant d'habitude. Elle donnait sur l'extérieur, sur le côté de la maison prêt des poubelles. Je me précipitai sur la porte avant qu'une flaque de pluie ne se forme dans la pièce. Elizabeth continuait à marmonner à la recherche du poisson qui avait prit son envol.
J'étais à deux doigts de refermer la porte quand j'aperçus quelque chose de blanc dans la boue à dix mètres de là. Une pierre ? Non, un sac de farine... Comment un sac de farine avait atterri ici ? Je levai les yeux.
Je vis une femme. Une femme bien vivante, à l'orée du bois. Elle était jeune, avec des cheveux châtains mi-longs collés par la pluie sur son visage. Elle tenait un autre sac de farine dans ses bras, ainsi qu'une assiette de poissons frits. Pendant une seconde entière, je la regardai, elle me regarda, puis elle s'enfuit dans les bois.
- Hey ! hurlai-je.
Elle avait déjà disparu.
- On a un intrus ! criai-je à Elizabeth qui venait de se cogner la tête dans une porte de placard en entendant mon cri. Va avertir les autres !
- Quoi ?!
Je me lançai à la poursuite de la fugitive. Je n'avais aucune, mais vraiment aucune idée de ce que je faisais. Mes jambes échappaient à mon contrôle. Qui était cette femme ? Elizabeth et moi avions quitté la cuisine à peine une minute ; elle avait dû nous observer pour s'introduire chez nous au moment opportun. Depuis quand nous surveillait-elle ? Etait-elle seule ? Je me dirigeai dans un piège ? Une fois cette fille rattrapée, quoi faire ? Chose sûre, cette nourriture nous appartenait, hors de question de la laisser filer. Il me semblait que la fille avait pris peur en me voyant. Un animal apeuré peut en attaquer un plus gros s'il se sent en danger. Elle était de ce fait forcément dangereuse. Je sorti mon couteau de son étui. Que la chasse commence.
J'entrai à mon tour dans la forêt. Je courais tout droit. Je ne la voyais plus mais je l'avais sans doute assez effrayée pour qu'elle coure bêtement en ligne droite sans réfléchir. Je sautai par dessus un tronc couché dans un noir presque total, avec la pluie qui me fouettait le visage. Accompagné seulement par ma respiration forte et bestiale, je courais sans m'arrêter. Je ne savais pas si les autres étaient derrière moi. J'avais l'impression d'être seul sur ce coup.
Je la voyais. Son manteau blanc fendait la nuit. Je te tiens ! La décharge d'adrénaline me hérissa les poils. Une exclamation de victoire sortit de ma bouche. Je sautai à nouveau par dessus un tronc. L'obscurité et l'excitation avaient dû interférer avec mon appréciation des distances ; mon pied entra en collision avec la souche et je roulai dans la boue, lâchant mon couteau. Merde ! Ou tu es, Couteau ? Viens là ! Viens voir papa ! Je cherchai quelques secondes dans un tas de feuilles et ma main rencontra enfin le tranchant glacé. Te voilà ! Je le pris à deux mains. Entre deux nuages noirs, la Lune éclaira la lame et je vis pendant une fraction de seconde le reflet d'un œil bleu et de mes dents découvertes. Je tremblais comme un drogué en manque en tenant mon arme.
Le souffle court, je me relevai. Je m'étais fait mal à un genou. La fille avait sans doute changé de direction à présent. En tout cas ces quelques secondes d'inattention avaient suffit pour que je perde sa trace. Merde. Je rangeai mon couteau. Mon cœur s'emballait toujours. Mes pulsations cardiaques résonnaient encore dans mon crâne. Je me forçai à ralentir ma respiration et avançai sur quelques mètres en marchant. Je sortis mon flair. Une odeur de feu...
J'entendis des pas de course et une autre respiration essoufflée derrière moi. Gloria venait de me rejoindre avec son fusil.
- Graham ! s'exclama-t-elle. Qu'est-ce que c'est ?! C'est quoi cet intrus que tu as vu ?!
- Une femme. dis-je d'une petite voix, scrutant l'horizon et espérant toujours apercevoir ce manteau blanc.
- Une femme ? répéta-t-elle. Tu poursuis une femme ?! Pourquoi ?!
- Poursuivais. Elle est partie avec de la farine et des poissons. Sans doute seulement de la farine en fait, je vois mal comment elle a pu courir si vite en maintenant droite une assiette de poissons. C'est un repas de perdu...
- Et qu'est-ce qu'on fait ? demanda Gloria.
- J'en sais rien... Je sens du feu. Elle doit avoir un abri pas loin.
- Tu veux trouver son abri ? On fera quoi là-bas ? C'est sans doute pas là qu'elle va se cacher si elle a de la cervelle.
- Je te l'ai dis, je n'en sais rien.
- C'est pas en courant après qu'on pourra s'expliquer avec cette fille. dit Gloria. Si on trouve son campement et qu'elle s'y trouve quand même, laisse-moi lui parler. Elle aura moins peur d'une autre femme.
- Parler ?
- Oui, parler ! Allez, viens ! Tu as sans doute raison, elle ne doit pas vivre très loin.
A deux minutes de marche, nous trouvâmes une espèce de petit abri de jardin en tôle rouillée. Nous le connaissions, j'étais tombé dessus avec Luciano trois semaines plus tôt. Il était vide à l'époque. Seulement maintenant, il y avait un vieux matelas pourri à l'intérieur, un drap et un sac à main d'un rose agressif. Des braises encore tièdes entourées de galets reposaient devant le refuge de fortune.
- Pauvre fille... soupira Gloria. Elle semble avoir quel âge ? Jeune ?
- J'ai pas bien vu. Entre vingt et trente ans, je ne peux pas préciser d'avantage. Elle est en forme pour détaler de la sorte.
Gloria ouvrit le sac à main rose. Je retournai avec mon pied des arêtes de poissons dans les braises. Poissons ? Nos poissons ? Nous avait-elle déjà volés sans que nous ne nous en apercevions ? Garce !
- Tu trouves quelque chose d'intéressant ? demandai-je à Gloria.
- Pas de papiers qui puisse nous donner un nom, pas d'arme, pas même une bouteille d'eau. Cette fille n'a rien. Elle n'a que ça.
Gloria sorti du sac un carnet et un stylo.
- Je crois que c'est un journal intime. dit-elle. Mais il a tellement pris l'eau qu'il est illisible.
- Il ne sera plus bon qu'à attiser le feu.
- C'est tout ce qu'elle a. Elle devait tenir à ce journal. C'est triste que ses écrits soient partis. Ca restera une inconnue.
Gloria ouvrit le journal et arracha la dernière page qui était à peu près sèche.
- Tu fais quoi ? demandai-je.
- Elle se cache probablement. dit Gloria en écrivant quelque chose sur le papier. Peut-être qu'elle est en train de nous observer mais elle n'osera pas venir. Tu lui as fais peur. Je vais laisser un message bien en évidence dans sa cabane pour lui dire de venir se présenter désarmée au gîte en journée. Elle sera mieux qu'ici.
- Hein ?! m'exclamai-je. Tu veux qu'elle vienne chez nous ?! C'est une décision que le groupe entier doit prendre ! On ne connait pas cette fille !
- Ouais, bah le groupe n'est pas là ! répliqua Gloria avec une pointe d'agacement. Si on ne communique pas avec elle, c'est sûr qu'on ne risque pas de la connaitre ! Vous l'avez bien fait pour ma famille, pourquoi pas pour elle ? Elle ne serait pas chez toi si c'est ça qui te dérange ! Il y a encore de la place sur le canapé chez moi, ça te pose un problème ?
Je soupirai et croisai les bras.
- Aucun. dis-je.
Je continuai à jouer du pied avec les arêtes et les braises tièdes. Bon... Au moins cette petite traque avait été distrayante. Nous quittâmes les lieux avec la désagréable sensation d'être surveillés.
