102ème jour (02/10/2014) Cling !

Les boites de conserve se mettaient à chanter des notes métalliques, sans aucune harmonie. Chaque zombie qui s'écorchait dans les barbelés venait ajouter sa touche musicale personnelle.

Clang ! Cling !

D'abord quelques notes clairsemées et des silences en guise d'introduction, puis vint la partie plus rythmée. Entrainée par cette musique, la barrière ne pu s'empêcher de danser. Les fils de fers sanguinolents faisaient des vagues comme une ola.

Clang ! Bong ! Clong !

Bras ballants ou agités devant eux, les macchabées étaient fous de leur rave party. Vraiment fous. Ils nous voulaient entiers rien que pour eux, des pieds à la tête. Si on passait outre ce regard qui semblait vide au premier abord, on distinguait une véritable adoration dans leurs yeux. Alors tout ce temps là c'était un amour fou que les zombies éprouvaient envers les vivants ? Merde, je devais absolument me procurer "La psychologie du mort-vivant pour les nuls".

BLONG !

La barrière tomba. J'étais prêt. Je m'humectai les lèvres et serrai mon couteau dans ma main moite. Conrad était à côté de moi, déterminé comme jamais. Juste derrière nous, Elizabeth, Adrian et Janet restaient attentifs à ce qui pouvait venir sur les côtés. Et enfin au milieu du parking, sur le toit de la caravane, Joe et Gloria nous couvraient avec un Glock et un fusil.

- Allison, Alan. dit Joe en parlant dans le talkie-walkie. N'actionnez pas l'alarme tout de suite. Attendez mon signal.

Sage décision. Pas besoin de rameuter tous les morts de la forêt. Cinquante morts d'un coup... C'était une belle horde. Mini-horde, plutôt. Quand je m'étais retrouvé coincé avec Janet dans un vieux moulin au milieu de centaines de zombies, là on pouvait parler de horde. Nous n'avions eu que la fuite comme seule solution. C'était ça ou la mort. Aujourd'hui, ni la fuite ni la mort n'était pas une option envisageable. Ce groupe d'assaillants ne pouvait pas être insurmontable.

Mon coude toucha celui de Conrad. Nous échangeâmes un bref regard. Le jeune homme hocha la tête pour me faire comprendre qu'il était prêt lui aussi. Nous nous élançâmes à la même seconde. Conrad défonça son premier crâne en criant d'une voix éraillée. Pas de bruit d'os brisé. Une étrange concavité se dessina à l'impact sur le lobe frontal du zombie. C'était comme s'il n'y avait plus rien de dur dans sa tête, une tête en pâte à modeler. Conrad mit un autre coup de clef à molette, cette fois dans le nez. L'appendice olfactif du zombie s'enfonça dans son visage. Le mort-vivant tomba ensuite dans l'herbe humide.

Conrad s'écarta de moi pour attaquer un autre zombie qui venait de franchir la barrière. Je cherchais ma première cible... Trouvée ! Un homme assez baraqué et mort sans doute depuis moins de dix jours fondait sur moi. Shlack ! Ha ! Je commençais à bien reconnaitre la sensation d'une lame s'enfonçant dans un cou. Je mis ma main sur l'épaule du zombie pour l'empêcher de s'approcher d'avantage. Il me montra les dents. Je lui montrai les miennes en retour. Je tournai mon couteau dans le cou de l'homme pour mettre la lame à l'horizontal. Sa chair était plus résistante qu'à l'accoutumée. Il restait une petite rigidité dans ce corps. Je découpai nettement la moitié du cou du zombie dans un feu d'artifice de sang.

L'homme bouscula une gamine d'une douzaine d'années en tombant. La blondinette avait des plaques grises et vertes sur le visage et la moisissure sur ses joues me faisait penser à des poils de barbe. Si auparavant elle se plaignait d'avoir de l'acné, elle aurait sans doute relativisé ses problèmes dermatologiques en découvrant la gueule qu'elle aurait en crevant.

Je plantai mon couteau dans sa bouche. Il se coinça entre ses dents et refusa d'en sortir. Je secouai le manche du couteau en entrainant la tête de la fille dans un ballottement grotesque. Son appareil dentaire gicla dans les airs mais la lame ne bougeait pas d'un poil. La jeune adolescente trébucha et s'effondra sur le sol. Je m'accroupis au dessus d'elle. Elle continuait de s'agiter alors je dus la finir à coups de poings.

Quand j'arrivai enfin à récupérer mon couteau, j'étais toujours accroupi et je vis une femme juste au dessus de moi. Naïvement, je restai dans cette position en croyant que Joe ou Gloria lui tirerait dessus. J'attendis. Une seconde... Deux secondes...

Chiotte ! La femme tenta de me sauter dessus. Je bondis en arrière et me trempai le cul dans une flaque. Elizabeth arriva devant moi pour planter son tournevis dans l'œil du zombie.

Merci beaucoup les tireurs... Je tuai encore deux zombies avant de me rendre compte que je n'avais entendu aucun coup de feu depuis le début de l'attaque. Je me retournai une fraction de seconde pour voir un Joe et une Gloria toujours sur le toit de la caravane, hésitants. Ils pointaient leur arme en direction du groupe de zombies, mais ils semblaient changer de cible constamment. Je compris enfin. Joe et Gloria savaient tirer, certes, mais ce n'étaient pas des professionnels. Les premiers zombies étaient à vingt-cinq mètres d'eux, n'arrêtaient pas de bouger, et surtout il y avait Conrad, moi, et maintenant Elizabeth qui nous nous battions au milieu de leur champs de tir. Nous n'avions pas de fusil de précision. Même Luciano n'aurait pas pu tirer avec ces armes s'il avait été en état de se battre aujourd'hui. Mettre Joe et Gloria en haut de cette caravane ne servait à rien. Mauvais plan.

Joe finit tout de même par tirer une balle dans la tête d'un zombie isolé qui s'était emmêlé dans les fils barbelés.

Les zombies franchissaient la barrière au compte-goutte, mais le combat m'avait épuisé en quelques minutes. Je ne tenais pas de comptes, mais j'avais dû éliminer une bonne quinzaine de morts-vivants. Alors que je m'accordais quelques secondes pour reprendre mon souffle, Elizabeth se mit à courir devant moi. Elle sauta par dessus une portion de la barrière écroulée pour se précipiter sur un groupe de six zombies. Non ! Non ! Il fallait attendre qu'ils se prennent dans la barrière, pas foncer sur eux de l'autre côté ! L'imbécile !

De sa main gauche, Elizabeth calotta un zombie à l'aide d'une planche cloutée et planta son tournevis avec sa main droite dans la joue d'un autre mort ambulant. Un troisième zombie attrapa la stupide robe d'Elizabeth. Elle tira sur son vêtement et bascula avec le mort-vivant. Elle lui planta le tournevis dans le front pendant leur chute. A quatre pattes, Elizabeth se faufila ensuite entre les jambes des zombies encore debout. Elle disparu de mon champ de vision. Putain... Nous avions presque tout nettoyé et cette andouille s'était inutilement faite encercler au dernier moment.

Conrad et moi courûmes au secours d'Elizabeth. Comme nous l'avions commencé, Conrad et moi finassâmes le combat en même temps. Je retirai mon couteau en travers du crâne de mon zombie au moment où Conrad portait le coup final sur le sien. Quand nos zombies s'écroulèrent, nous découvrîmes Elizabeth à califourchon au dessus d'un mort-vivant qu'elle venait de tuer.

Les mains tremblantes à cause de la montée d'adrénaline, Elizabeth essuya ses doigts ensanglantés sur sa robe. Joues rosies par l'effort, cheveux ébouriffés, Elizabeth rangea une mèche de cheveux blonds derrière son oreille et se releva avec un grand sourire en réajustant sa robe, visiblement très fière d'elle.

- Fiouuuuuuu ! s'exclama-t-elle joyeusement. Voilà une bonne chose de faite !

- Ouais. répondis-je. Mais tu nous as fichu une sacrée peur.

- C'est vrai. admit-elle. C'était pas la peine de se précipiter comme ça sur les derniers. Je me suis un peu laissée emporter. J'éviterai de faire cavalier seul la prochaine fois.

Elizabeth contempla le carnage autour de nous.

- C'est un beau travail d'équipe qu'on a fait là, pas vrai ? demanda-t-elle.

Conrad et moi acquiescèrent. Côté armes à feu, c'était à revoir, mais nous avions fait un bon travail avec le corps à corps, les barbelés avaient bien ralenti les zombies, et Allison et Alan étaient en position vers l'alarme en bas de la falaise en cas de problème.

- Je suis tellement contente de ce qu'on a fait ! s'exclama Elizabeth, de plus en plus excitée.

- Sans blague ? dit Conrad.

De la même manière que j'avais l'habitude de le faire avec Conrad, Elizabeth leva la main pour que je tape dedans. Elizabeth se sentait forte aujourd'hui. Elle avait enfin le sentiment de pouvoir protéger le groupe, et d'ainsi pouvoir nous "égaler", nous, les combattants. Elle venait aussi de nous prouver qu'elle était une véritable tête brulée.


Après une telle tuerie, un nettoyage s'imposait. L'odeur de putréfaction des corps se percevait jusqu'à l'intérieur du gîte. Le moyen le plus efficace pour ne plus être incommodé était de faire un bon gros feu de joie. Je regroupais donc les cadavres avec Conrad et Janet pendant qu'Alan et Gloria remettaient les barbelés en place.

- Il se passe pas une seule journée sans son lot de surprises, hein ? dit Conrad.

- Vrai. répondis-je. Je préfèrerais de meilleures surprises.

- Moi aussi... J'ai pas voulu le dire tout à l'heure parce que j'étais d'accord avec toi et c'était pas malin ce qu'Elizabeth a fait tout à l'heure, mais elle a raison en disant qu'on travaille bien en équipe. On était invulnérable.

- Invulnérable ? répétai-je avec réserve. Va dire ça à Luciano à moitié K.O. dans son lit. En ce moment, nous sommes tout sauf invulnérable. On a une menace inconnue qui flotte au dessus de nos têtes.

- Ha oui, c'est vrai. répondit Conrad. Cette attaque de zombies a occulté de mon esprit celle d'hier... Merde, c'est vrai qu'on sait se défendre quand on sait contre quoi on se bat. Mais pour hier...

- Je peux te poser une question ? l'interrompis-je.

- Tout ce que tu veux.

- C'est simplement une question. Je ne veux pas que tu le prennes mal, mais est-ce que Joe avait raison ? Est-ce que tu as quelque chose à voir avec ce qui est arrivé à Luciano ?

Conrad s'immobilisa. Lâchant le zombie dont il s'occupait, il leva lentement la tête vers moi. D'abord surpris, son expression changea pour arborer une mine déçue, vexée, et peut-être en colère.

- Tu sais à quel point c'est insultant d'entendre ton meilleur ami mettre ta parole en doute à propos de faits aussi graves ? demanda-t-il froidement.

Touché. Mais je voulais juste l'entendre sans la présence d'un Joe complètement fou de rage lui sautant à la gorge. J'étais cependant flatté qu'il parle de moi en utilisant le terme de "meilleur ami".

- Je suis désolé. dis-je. Tu sais que j'aime quand tout est clair.

- Non ! s'offusqua-t-il. Ce n'était pas moi ! Tu ne me fais pas confiance ?!

- Je te crois. affirmai-je. Fin de l'histoire. Tu vois, je ne mets pas ta parole en doute. J'ai demandé. Tu as répondu. Tout est clair. C'est parfait. Je te crois.

Conrad restait contrarié. Il ressentait le besoin de se justifier.

- Toi, peut-être que tu me crois, mais tu es bien l'un des seuls. Je sens qu'on me traite toujours comme la brebis galeuse. Je parle bien sûr de ce hipster à la con de Joe...

- Joe ne cherche qu'à protéger le groupe. Il n'arrivera à rien s'il s'en prend justement aux membres de ce groupe. Il devient de plus en plus paranoïaque. Il se fait des films. Je l'ai récemment entendu raconter des histoires sans queue ni tête.

- Des histoires sur moi ? s'inquiéta Conrad.

- Non. Mais si jamais tu l'entends raconter de drôles de choses, des histoires à dormir debout sur moi ou sur quelqu'un d'autre, préviens-moi. La paranoïa ça peut vite devenir dangereux.

- Okay. répondit le jeune homme.

Bien. Mon début de plan pour discréditer Joe au cas où il se monterait trop bavard fonctionnait à merveille pour le moment.

- Et puis... hésita Conrad.

- Oui ? demandai-je en déposant un corps frêle sur la pile de zombies à brûler.

- Je sais pourquoi on a voulu me faire accuser de l'agression de Luciano. Tout le monde crois que je le déteste après ce qu'il s'est passé avec mon frère, mais c'est faux, je ne le déteste pas. Et j'ai pourtant tout fait pour essayer de continuer à le haïr. C'était le cas au départ. Je souffrais de la mort de Jake... Et j'ai vu que lui aussi...

Conrad s'arrêta quelques instants pour enlever un morceau de fil barbelé qui enserrait la jambe du cadavre qu'il déplaçait. Il continua son discours sans me porter le moindre regard.

- Il est venu me demander pardon il y a quelques mois. Je lui ai craché au visage... Mais je n'y arrive plus. Ca serait tellement plus facile de détester cet homme. J'ai l'impression de trahir mon frère. De le trahir en éprouvant de la compassion pour l'homme qui l'a tué. Et de la sympathie...

- Tu ne trahis pas ton frère. C'était un bête accident.

- Je sais. Je voulais que Luciano paye pour ça...

- Tu le veux toujours ? demandai-je.

- Il a assez payé. Trop payé, peut-être.

- Tu ne lui as rien dis de tout ça ?

- Mon Dieu, non ! s'exclama Conrad comme si je venais de sortir une ânerie. Pourquoi je devrais lui dire ?!

- Tu veux dire "Pourquoi je devrais lui dire que je ne lui en veux plus pour la mort qu'il a causée et qui le ronge depuis des mois" ? demandai-je avec ironie.

- Ouais... soupira Conrad. Mais comment je dois lui annoncer ça ? Je sais pas, je vais pas aller le voir dans sa chambre et lui dire " Hey, ça va ? Sale temps, hein ? Au fait, je te pardonne pour la mort de mon frère. Tu sais ce qu'i manger ce soir ?".

- Evidemment. Prend ton temps, mais pas trop non plus. C'est important pour lui que tu lui dises. Je suis sûr que tu trouveras les mots qu'il faut. Vous vous sentirez tous les deux beaucoup mieux après.

Conrad ne répondit rien. Il balança le dernier mort sur la pile. C'était un petit enfant sans bras.

- Je vais chercher un bidon d'essence. dit-il.

- Okay, mais n'en met pas quinze litres. Juste le strict minimum. On en a besoin de cette essence.

- Je sais, je sais. dit-il en s'éloignant. Je te laisserai les brûler. Je ne supporte pas cette odeur de barbecue.

- Je croyais que ça te manquait, les barbecues ?

- Justement. répondit Conrad.

En attendant Conrad, je regroupai les zombies en un tas plus serré avec l'aide de Janet. Ca nous faisait un amas de corps de plus d'un mètre cinquante de haut. Un mélange d'hommes, de femmes et d'enfants, certains complètements secs, ce qui était bon pour le feu, d'autres beaucoup plus suintants, purulents, boursouflés. La plupart de ces cadavres étaient en morceaux suite au combat. Des pieds, des doigts, des membres nus, parfois même des corps entiers nus posés là sans aucune dignité. Il y avait des morceaux que je ne pouvais même pas identifier, des trucs bizarres et gluants, amassés dans des fils noirs qui avaient la texture d'un chewing-gum fondu. On retrouvait souvent ces filaments sombres dans les zombies ouverts, c'était peut-être ce qu'il subsistait du système de circulation sanguine. L'esprit oubliait vite que ces choses avaient été des humains. Ca ne nous faisait plus grand chose maintenant. L'odeur faisait encore lever le cœur, mais le visuel n'était plus si impressionnant. J'en avais fait du chemin depuis le jour où j'avais vomi en découvrant mon chat décapité sur le trottoir au premier jour de l'épidémie.

- Et dire que je croyais que c'était elle l'adulte responsable... marmonna Janet.

- Hein ? demandai-je en détournant mon attention de la montagne macabre.

- Rien, je me parlais à moi-même. répondit-elle.

- Je faisais ça aussi, avant. Un jour, je me suis engueulé avec moi-même et depuis nous sommes en froid. Je ne me parle plus.

Janet ne goûtait pas à mon humour... Tant pis pour elle.

- Je parlais d'Elizabeth. continua Janet en ignorant royalement ma blague. J'essaie de comprendre les autres mais je n'arrive pas à cerner ma propre famille. Se mettre bêtement en danger comme ça...

- Tu m'en diras tant ! Moi, je ne sais pas le faire non plus. Cerner les gens, c'est pas toujours mon point fort. Leur parler, je me débrouille. Les comprendre, c'est une autre affaire. Tu es sans doute meilleure que moi à ce jeu.

Janet me regarda avec curiosité. C'était vrai. Janet était perspicace. Parfois la vérité était sous nos yeux et elle était la seule à la voir. C'était la première à avoir remarqué que des personnes disparaissaient au camp de réfugié, alors que c'était en fait flagrant. La jeune fille savait ouvrir les yeux et les oreilles. Elle était attentive et elle n'oubliait rien. Je regrettais encore cette fois où je lui avais demandé d'achever le Lieutenant-colonel Carpenter dans ce vieux moulin. Depuis, elle avait installé une distance entre elle et moi. Elle n'était pas vraiment froide. Elle était même amicale, mais distante... comme si elle m'évaluait. J'étais parfois mal à l'aise avec Janet. Et alors elle s'arrangeait toujours pour alléger l'atmosphère. Oui, Janet était une adolescente qui se comportait habilement avec les autres.

- Tu fais juste un peu plus de gaffes que moi... dit Janet.

- Quel genre de gaffes ?

- Première gaffe : Alan. Je ne sais pas pourquoi il n'était pas un grand fan de toi au départ, mais tu n'as pas arrangé les choses récemment. Hier, quand on a transporté Luciano chez les Williams, tu as presque gueulé sur Eric parce qu'il était sur ton chemin. Il ne s'est pas vexé, mais Alan a vu rouge. Son père a sans doute un peu de mal à accepter qu'il ne peut pas vraiment nous venir en aide. Alan a déjà remplacé Eric comme pilier familial ; il lui a sauvé la vie à maintes reprises quand ils étaient sur la route, alors il ne supporte pas que quelqu'un d'autre montre à son père qu'il n'est plus qu'un... qu'un fardeau, je n'ai pas d'autre mot pour le dire plus gentiment.

- Je ne m'en suis pas rendu compte... Je ne fréquente pas Alan, je ne connais presque rien de lui. Je suis navré si je l'ai contrarié.

Je soupirai. Je ne voulais pas me faire plus d'ennemi que nécessaire. C'était fatiguant de composer avec le groupe et sans arrêt faire attention à ce que je faisais, ou à ce que je disais. Fatiguant.

- Quand j'essayais d'imaginer qui aurait pu faire du mal à Luciano, son nom m'est venu en tête. dis-je. Comme j'arrivais mal à imaginer qui que ce soit faire ça et qu'Alan est le seul qui soit une énigme pour moi... Ca te gênerait de surveiller tout comportement suspect pour moi ? Tu l'as dit, tu fais moins de gaffe. Et c'est un ami à toi, non ?

- Si tu veux. répondit Janet en haussant les épaules. Mais je ne pense pas qu'il soit impliqué.

- Merci. Quelle est ma seconde gaffe ?

- Allison. répondit Janet. Ce matin encore tu l'as complimentée sur sa coupe de cheveux. Arrête de faire ça.

- Il faut avouer qu'elle était mieux avant, alors j'essayais d'être gentil au cas où elle ait des regrets d'avoir autant raccourci ses cheveux. En quoi un compliment sur une coupe de cheveux peut-il être une si grosse gaffe ? Là, tu dois m'expliquer parce que je ne vois vraiment pas.

- Elle ne "veut" pas que tu la trouves jolie. Elle ne veut plus être vue comme la jolie fille du tout. Elle ne veut même plus qu'on remarque que c'est une fille si tu veux mon avis.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demandai-je.

- Elle a vu ce qui arrive aux jolies filles quand la fin du monde est là. Quand Allison et toi avez été enlevés, elle a eu peur, tout ça parce qu'un taré la trouvait semble-t-il mignonne. Quinze minutes de plus dans cet Enfer et elle aurait pu se faire violer. Elle ne veut plus qu'on la remarque. Elle doit se dire que comme ça, si un jour un groupe d'hommes nous attaque, le pire qui pourrait lui arriver c'est une simplement une mort rapide.

- C'est une drôle de façon de penser... Un peu tiré par les cheveux si tu me pardonnes l'expression. Mais ça n'arrivera pas. Si un groupe nous attaque, nous serons armés et prêts à nous battre. Nous n'avons pas les armes à feu adéquates actuellement, il faudra juste changer ça.

- Il serait temps. commenta Janet.

- Ce n'est pas de notre faute si nous sommes si mal équipés. On a fait deux armureries dans la région. On a pu se ravitailler en munitions, mais toutes les armes sont parties depuis longtemps.

- Ho, alors tu n'as pas idée de l'endroit où nous pourrions dégoter du matériel de pointe ?

- Non ! répondis-je. D'autres y auront pensé avant nous. Armureries, commissariats, bases militaires... C'est trop tard.

- Il n'y aurait pas un endroit "caché" dans lequel des militaires auraient pu entreposer des armes ? demanda Janet avec un air malicieux. Un endroit qui ne serait pas indiqué sur une carte, que personne ne connait sauf nous ?

Mon esprit s'illumina.

- Tu parles de...

- C'est ça ! s'exclama Janet. Notre cher et tendre camp de réfugié au milieu de la forêt du New Jersey ! Il serait bon qu'on fasse à nouveau un tour dans ce charmant endroit, tu ne penses pas ?

Bien sûr... Le camp de réfugiés...