CHAPITRE VI - JOYEUX NOËL
185ème jour (24/12/2014) VERSION 1
Point de vue de Davis WILLIAMS / 07:15
- C'est l'heure, les garçons ! s'exclama maman en claquant dans ses mains. On ne se lève pas dans dix minutes, on ne se lève pas dans deux minutes, on se lève maintenant !
- Maman... gémit Alan en écrasant son oreiller sur son visage pour ne plus l'entendre. Je veux bien me lever, mais tu peux pas arrêter de crier ?
- Pour que tu t'endormes encore, comme d'habitude ? Tu as du boulot, tu as oublié ? Tu crois que tu peux passer ton tour à chaque fois que tu es fatigué ? Depuis hier tu es supposé aller nous chercher de nouvelles réserves d'eau ! Qu'est-ce que tu crois ? Qu'on va manger la neige qui tombe à la place ?
De la neige ?! Fou de joie, je sautai du lit. Je grimpai sur la malle en osier sous la fenêtre pour mieux voir l'extérieur.
Whouaaa... C'était trop beau ! C'était trop bien ! C'était déjà vachement épais et ça continuait de tomber ! Je ne reconnaissais plus les voitures. Elles s'étaient transformées en icebergs. Tout était blanc. Le soleil n'était même pas encore levé mais l'éclat de la neige me faisait mal aux yeux. Un bloc de poudreuse dégringola du toit du gîte. Broum, l'avalanche ! Je n'en pouvais plus, je devais aller dehors immédiatement pour jouer !
- Maman, je peux jouer sous la neige ? demandai-je avec envie.
- Bien sûr. J'ai déjà sorti tes bottes. Qu'est-ce que tu dirais de t'habiller ? Papa va t'emmener prendre le petit-déjeuner dans la grande maison et après tu pourras jouer. Je te rejoindrai si j'ai le temps, ça te va ?
Et comment ! J'arrachai presque mon pyjama et couru jusqu'au tiroir à chaussettes.
- Tu pourrais prendre exemple sur ton frère. dit sèchement maman à Alan.
- Ho, lui il va glander dans la neige et moi je dois aller chercher l'eau au fleuve. Tu m'étonnes qu'il ait plus d'entrain que moi !
- Alan. dit maman d'une voix forte et froide.
- C'est bon, tu vois pas que je bouge ? Laisse-moi juste aller à mon rythme. Tu peux partir, que je me change ?
Maman quitta la pièce. J'avais déjà fini de m'habiller quand Alan posa un pied par terre. Mon frère et moi occupions une chambre à l'étage de la maison. Papa et maman n'étaient pas dans l'autre chambre, ils dormaient au rez-de-chaussée parce que papa ne pouvait pas gravir les escaliers.
- Papa m'a dit que tu étais au courant pour le père Noël ? dit Alan.
- Je savais qu'il n'existait pas. Je ne suis pas bête.
- Il t'a dit qu'il n'existait pas ? s'étonna Alan. Bon... J'imagine que c'est pour ne pas te faire de peine. Tu sais Davis, le père Noël existait bien. Une année j'avais été super discret et à minuit j'avais glissé le haut de ma tête devant la fenêtre et je l'ai vu avec son traineau. Je te jure.
- Pfff. Tu dis n'importe quoi. rétorquai-je. Pourquoi papa m'a dit qu'il n'y avait pas de Père Noël alors ?
- Il est mort. Les zombies l'ont mangé.
- T'es bête. Je sais que c'est pas vrai.
- Si ! Et après, il a mangé ses rennes jusqu'à en exploser. Il a fait comme ça ! Bwoaaaah !
Alan couru vers moi en gesticulant et me frappa avec son oreiller. Je tombai à la renverse en rigolant. Je m'emparai de mon oreiller et lui frappai les jambes.
- Tiens ! m'écriai-je. Prends ça espèce de menteur !
Alan fit un jeu de jambes, bondit en arrière, en posture de combat. Je grimpai sur mon lit pour pouvoir lui taper le visage.
- Tu vas morfler ! s'exclama Alan en riant. T'as oublié que je rends les coups !
- Moi aussi ! Oreiller-boulet-de-canon !
Je jetai l'oreiller en plein sur son visage. Alan fit mine d'être étourdi, cracha son cri d'agonie dramatique et tomba lourdement sur le sol.
Je sautai sur le plancher, m'approchai du corps et posai un pied sur son torse. Je levai les bras en l'air en signe de victoire.
- Yeeeeah ! m'écriai-je, tout joyeux. Le gentil a gagné !
Trois coups sourds se firent entendre à travers le sol.
- C'est terminé ce vacarme ou il faut que je monte ?! résonna la voix énervée de maman.
Alan se releva et ramassa un t-shirt.
- Oups. dit-il en souriant, loin d'être désolé du raffut que nous avions fait. C'est vrai que j'y suis allé un peu fort. Mais c'était marrant, hein ?
J'aimais bien me chamailler comme ça avec lui. Pendant qu'Alan finissait de s'habiller, je descendis les escaliers en courant pour aller dire bonjour à papa. Plus vite j'étais prêt, plus vite je pourrais jouer dans la neige. De le neige rien que pour moi. J'allais pouvoir faire le plus grand bonhomme de neige jamais fait !
Cette journée était super, je n'avais jamais été aussi pressé d'être Noël.
Davis WILLIAMS / 13:51
- Est-ce qu'on a des carottes ? demandai-je.
- Non. répondit maman. Pourquoi ? C'est pour le nez ?
- Les bonhommes de neige ont toujours un nez en carotte. T'es sûre qu'on n'a pas de carotte qui pousse au potager ?
- Sûre et certaine ! Et même si on en avait, ça serait uniquement pour les manger. Pourquoi ne prendrais-tu pas un morceau de bois pour le nez de ton bonhomme ?
J'étais déçu. Les bonhommes de neige avaient toujours un nez en carotte. Je voulais un nez orange. Avec un bâton, ça serait moche.
Maman parlait avec Allison sur le perron de la grande maison. J'étais content de les voir rire. Si elles riaient, il y avait des chances pour qu'elles viennent jouer avec moi. Peut-être même qu'on pourrait faire un concours du plus beau bonhomme de neige.
Maman me surveillait toujours quand je jouais dehors. C'était bien parce que comme ça j'avais toujours quelqu'un à qui parler, mais ça m'empêchait de jouer là où je voulais. Les monstres dans la forêt ne me faisaient pas peur. Si j'en voyais un, il suffisait de courir. Je ne savais pas pourquoi tout le monde en avait peur. Une fois, maman m'avait laissé seul juste une minute pendant qu'elle était allée chercher son pull à la maison. Pendant ce temps, j'avais pu aller au bord de la forêt et j'avais trouvé le pied coupé d'un monstre. C'était dégoutant, ça sentait pire que du vomi mais c'était rigolo. C'était tout dur, les orteils ne pouvaient pas plier.
Ca aurait été drôle de se faire peur, d'aller dans la forêt, d'appeler un monstre et de s'enfuir juste après. Je savais que personne ne m'autoriserait à le faire. Alan non plus ne voulait pas, alors qu'il n'écoutait pas toujours papa et maman.
J'en avais un peu marre qu'il n'y ait aucun enfant de mon âge, même une fille ça aurait été bien pour jouer.
- Maman ! appelai-je. Tu veux pas venir faire un autre bonhomme à côté du mien ?
- Peut-être tout à l'heure mon chéri. répondit-elle.
Je soupirai. C'était toujours la même chose. "Tout à l'heure", ça voulait dire "non".
J'avais fait trois boules. Une grosse, une moyenne et une petite. La petite boule c'était la tête. J'avais déterré deux cailloux tout ronds pour les yeux et une branche tordue pour faire une bouche qui sourit. Tant pis pour le nez en carotte, j'avais trouvé à la place un morceau de bois pointu super épais qui lui donnait un beau nez.
Je soulevai la boule de taille moyenne et la mis sur la grosse boule. C'était lourd mais j'étais fort. En revanche, c'était maintenant trop haut pour que je place la tête au sommet.
Je regardai à gauche et à droite pour trouver de l'aide. Maman n'avait pas mis ses gants, elle allait sûrement dire non ou prendre trois heures pour aller les chercher. J'aperçus Joe vers le potager. Il avait installé des bâches transparentes autour et au dessus de certaines plantes quelques semaines auparavant et maintenant il enlevait la neige qui les recouvrait pour qu'elles ne se retrouvent pas écrasées. Si seulement les haricots pouvaient être écrasés et réduits en bouillis...
- Joe ? demandai-je. Tu veux bien m'aider à mettre la tête de mon bonhomme ?
Il accepta. Je ramassai la tête et Joe me souleva par dessous les bras pour que j'atteigne la bonne hauteur. Parfait ! Super bonhomme de neige !
- Merci ! m'exclamai-je.
- De rien. répondit-il amicalement.
- Si tu as finis avec les plantes, tu veux bien jouer à la bataille de boules de neige avec moi ?
- Pourquoi pas. répondit Joe. A la condition que tu envoies une boule en direction d'Allison "par erreur".
- Ouais ! m'écriai-je.
Joe était gentil. Quand il allait avoir des enfants ils auraient de la chance de l'avoir comme père. Alors que je me baissais pour faire ma première boule avec mes doigts rougis par le froid, une voiture fit irruption sur le parking. C'était Luciano qui revenait de l'extérieur.
- Ha. dit Joe. Il va falloir que tu me donnes une petite minute, je vais voir ce que Luciano nous a rapporté.
- Il était parti chercher quoi ? demandai-je.
- Je te laisse découvrir.
Maman, Joe, Allison et moi vinrent à la rencontre de Luciano. Il sortit précipitamment du véhicule avec un air soucieux sur le visage.
- Je dois signaler un petit problème. dit-il. Je crois que nous avons une horde en approche. J'ai dû faire beaucoup d'arrêts pour ne pas me faire repérer, c'est pour ça que je rentre un peu plus tard que prévu.
- Combien ? demanda maman.
- C'est très difficile à estimer. C'est dans le parc au milieu des arbres alors j'ai pas pu faire de comptage. Mais il y en a beaucoup et ils ne s'étaient jamais autant avancés dans le parc.
- Alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda Allison. Il faudrait peut-être les distraire pour les éloigner.
- Ils ne viendront pas, normalement. dit Joe. Les zombies n'aiment pas les montées. Automatiquement quand ils glissent ils repartent en descendant.
- Oui mais c'est arrivé il y a quelques mois qu'un gros groupe arrive à monter quand-même. objecta maman. Ta règle ne s'applique pas à chaque fois, Joe.
- Ecoutez, ils ne viennent pas dans notre direction. affirma Luciano. Ils sont assez nombreux pour avoir un courant directeur bien visible et je peux vous assurer que nous ne sommes pas sur leur trajet.
- Donc tu penses que c'est sans danger ? demanda Allison.
- Oui, mais on ne va pas faire d'autres sorties aujourd'hui. dit Luciano. Quelqu'un avait prévu quelque chose à l'extérieur ?
- Tout est déjà fait. dit maman. Alan et Conrad sont déjà allés chercher l'eau ce matin et j'ai rapporté du bois.
- Parfait. dit Luciano. Alors tout est bon. Par précaution on va éviter de forcer sur le volume de la musique ce soir, hein. Et aussi il faudrait faire rentrer la chienne, elle aboie dès qu'elle a la trouille. Tout ira bien. Je voulais juste vous informer de ce que j'ai vu.
- Dis, Luciano. dis-je. Tu as rapporté quoi ?
- Va faire le tour de la jeep et regarde à l'arrière. me répondit-il.
Je couru voir ce qu'il y avait.
Génial ! Un sapin de Noël !
Davis WILLIAMS / 15:48 / J'avais terminé de décorer le sapin, maintenant c'était l'heure du goûter !
Je grimpai sur le tabouret et me mis sur la pointe des pieds. Je tendis les bras du mieux que je pouvais mais rien à faire, j'étais trop petit pour atteindre le placard.
- Tu as besoin d'aide ? demanda Graham.
J'acceptai volontiers. Maman m'avait dit que je pouvais aller prendre mon goûter tout seul et elle n'avait pas pensé à ce problème de taille.
Graham était déjà dans la cuisine depuis un bon moment. Les mains dans un saladier avec une pâte collante toute marron, il façonnait des bonhommes à la cannelle. Ca sentait très bon. Je voulais bien essayer d'en faire mais c'était même pas la peine de demander, Graham n'aimait pas que je l'aide. Il me parlait gentiment mais je comprenais rapidement quand il voulait me faire passer le message que je le gênais. Par contre, lui pouvait m'aider quand j'en avais besoin, c'était déjà ça.
- Hum... dit Graham. Ta mère te donne combien de barres de chocolat ?
Maman ne m'en donnait qu'une seule pour le goûter.
- Deux ! m'exclamai-je.
- Pas étonnant que ça parte si vite. marmonna Graham en me tendant le chocolat.
- Merci. dis-je d'un air innocent.
J'étais content, Graham n'avait même pas remarqué que j'avais menti. Pourvu qu'il n'en parle pas à maman...
Graham enfourna ses biscuits. Je grignotais mon goûter en profitant de la chaleur du four et des bonnes odeurs. Assis sur le tabouret, je balançais mes jambes dans le vide en regardant la fumée qui s'échappait de la marmite faire de la buée sur les vitres. Le bouillonnement de la sauce me mettait en appétit.
Ce soir, nous aurions de la viande. Deux lapins. Le premier avait été attrapé trois jours auparavant par Joe et Luciano partis en chasse. Ils l'avaient découvert caché dans une souche creuse et l'avaient ramené vivant. Je n'avais pas eu le droit de le caresser, maman disait qu'il pouvait me mordre par peur de l'humain et qu'il ne fallait pas que je m'attache à lui. On l'avait gardé vivant dans une cage avec une soucoupe d'eau et Luciano l'avait tué, vidé et dépecé ce matin. Lui qui n'avait l'habitude que de vider des poissons était presque désolé de devoir faire ça au pauvre petit lapin. Le deuxième lapin avait lui aussi été attrapé par Luciano, abattu la veille au soir d'une balle dans la tête en pleine forêt.
Graham se mit à rire doucement tout seul.
- Il y a un lapin qui est remué par le jus. dit-il. On dirait qu'il nous fait coucou, tu veux voir ? Il parait vivant... Avec la peau en moins.
Je fis non de la tête. Si ça l'amusait, alors il était stupide.
Adrian fit irruption dans la cuisine. Mal coiffé et débraillé, il était encore loin d'être prêt pour la fête. Il remplit un verre d'eau, le posa sur le plan de travail et se figea en me regardant comme s'il ne m'avait jamais vu auparavant. Je crus qu'il allait me parler mais il repartit aussi vite qu'il était arrivé, oubliant son verre.
Drôle de bonhomme...
Davis WILLIAMS / 19:16
- Allez, Joyeux Noël ! s'exclama Joe pour la énième fois.
Allison et Luciano firent taper leur verre contre le sien. Les autres étaient occupés à regarder ailleurs, à piailler, à rire, à manger.
Je n'entendais plus la musique. Les adultes parlaient trop fort. Même quand ils étaient côte à côte j'avais l'impression qu'ils avaient besoin de se crier dessus pour communiquer. C'était insupportable.
- Qui d'autre meurt de soif ? s'exclama papa dont le blanc des yeux avait viré au rouge. Graham, ton verre est vide !
Papa remplit généreusement le verre de Graham. J'ignorais comment ils pouvaient tous boire ça. Papa m'avait fait goûter, c'était mauvais. J'aurais préféré du lait mais nous n'avions plus de lait en poudre, nous l'avions terminé cet après-midi quand Allison avait décidé de faire du chocolat chaud pour tout le monde.
- Non, ça ira pour Graham ! s'exclama Luciano en interceptant le verre. Il est assez fait comme ça.
Graham avait l'air de dormir les yeux ouverts. Luciano échangea son verre avec celui d'Allison. Janet se précipita sur les cacahuètes au même moment et renversa le verre.
- Oups ! dit-elle en gloussant. On dirait que ce verre ne sera pour personne ! Je ne t'ai pas tachée ?
- Non. répondit Allison avec un sourire complice. Tout est sur la nappe.
En plus d'être bruyantes, les grandes personnes étaient maladroites quand elles buvaient. Le repas n'avait pas commencé depuis longtemps et je m'ennuyais déjà. Je regardai la montre de papa et demandai à Alan de me faire la soustraction : encore cinq heures avant les cadeaux... Ca n'allait jamais finir, c'était beaucoup trop long !
Je ne pouvais même pas jouer avec la chienne, maman me disait qu'il ne fallait pas le faire aboyer à cause des monstres dehors. Pourtant, Cat était moins bruyante qu'eux ! Il fallait que j'attende, alors je regardais les gens qui ne racontaient rien d'intéressant.
Adrian ne disait pas grand chose, il se contentait d'être là. Conrad et Luciano étaient occupés à regarder qui mettait le plus de temps à finir son morceau de lapin et ses rutabagas en espérant pouvoir mettre la main sur les restes. Beurk, je détestais les rutabagas. Rien qu'au nom "rutabaga" tu savais que c'était dégueulasse. Conrad avait englouti les miens comme un aspirateur à la seconde où je lui avais donné ma permission. Alan soupirait en regardant Janet. Elle tenait déjà la main de Conrad. Dommage.
Tous les autres gueulaient dans tous les sens. Et ça tapait du poing. Et ça crachait partout. Et ça devenait aussi rouge qu'un camion de pompiers...
Je regardai à nouveau la montre de papa. Une seule minute s'était écoulée. Alan finit par me crier dessus quand il en eut marre de me dire combien temps il restait avant minuit.
Je croisai les bras, mine renfrognée. La nourriture était répugnante. Tout le monde m'ignorait. C'était chiant. Cette soirée était pourrie.
Davis WILLIAMS / 21:23
- Bonne nuit mon chéri. Fais de beaux rêves.
Des lèvres m'embrassèrent le front. Je me réveillai. Quoi ? Bonne nuit ? Et Noël ?! Et les cadeaux ?!
Je regardai autour de moi. Il faisait nuit noire. J'étais dans mon lit. Maman était à côté de moi, assise sur le matelas. Comment j'avais atterri ici ? Je m'étais couché devant la cheminée après avoir mangé ma part de tarte à la poire et...
Je me mis à pleurer. J'avais compris. J'avais attendu pour rien.
- Maman ! chialai-je. Je ne veux pas me coucher !
- Et si. dit maman. Tu t'es endormi. Tu es fatigué, tu dois te coucher.
- Non ! criai-je. Je ne dormais pas ! Je veux rester jusqu'à minuit !
- Non. répondit sèchement maman. Il est tard. Je sais que tu veux voir tes cadeaux, mais de toute façon tu ne pourrais pas jouer avec cette nuit.
Mes pleurs étaient incontrôlables. J'avais fait tout ce qu'on me disait toute la journée, j'avais été gentil, je n'avais pas fait de bêtise à table. Pourquoi on me punissait ?
- Mais... Je... Je...
Je n'arrivais pas à terminer ma phrase. C'était Noël, je voulais veiller. Je pouvais le faire, c'était injuste. Maman me fit un câlin. Son parfum m'apaisait. Mon chagrin cessa immédiatement.
- C'est mieux comme ça. dit-elle plus tendrement. Le plus tôt tu es couché, le plus tôt tu te réveilleras. Je te promets que demain je viendrai te réveiller dès qu'il fera jour. On ira tous ensemble déballer les cadeaux.
- Mais je ne vais plus arriver à dormir... me lamentai-je.
- Mais si. Il te suffit de fermer les yeux et tu t'endormiras avant d'avoir pu compter jusqu'à dix.
Je regardai le lit vide d'Alan. Je ne dormais jamais tout seul.
- J'ai pas envie d'être tout seul dans la maison... dis-je d'une petite voix. Et si les monstres viennent et que tu n'entends rien ? Ils sont dans la forêt, ils vont venir me manger pendant que je dors.
Maman retira son gilet pour me le donner. Il était doux. Il sentait maman.
- Tu peux dormir avec ça. Ne t'inquiète pas, je surveille la maison depuis les baies vitrées et ton frère va venir se coucher dans quelques heures. Les monstres ne vont pas venir.
- D'accord... soupirai-je.
Elle avait raison, j'avais sommeil. Mes paupières menaçaient de tomber à nouveau. Maman m'embrassa encore une fois, elle se leva et se dirigea vers la sortie.
- Je t'aime maman. Bonne nuit.
- Moi aussi je t'aime fort mon chéri. répondit maman en refermant la porte derrière elle.
Davis WILLIAMS / 21:42 / Non seulement j'avais été obligé de me coucher alors que la fête n'était pas terminée, mais en plus on voulait me priver du meilleur moment. Je ne dormais pas encore, et je ne pouvais plus m'endormir après ce que je venais de voir.
Des feux d'artifice ! Ca n'avait pas duré plus de trente secondes et j'avais raté le début. Aussitôt que le premier avait détonné, je m'étais levé de mon lit pour courir les regarder depuis ma fenêtre. Ca faisait mal aux oreilles, ça faisait mal aux yeux mais c'était très beau. Il y en avait de toutes les couleurs. Tirés depuis le sol quelque part entre les voitures, ils explosaient tellement fort dans le ciel que j'avais l'impression qu'ils me frappaient en pleine poitrine. C'était merveilleux. C'était dommage que ça s'arrête si vite...
C'était censé être une surprise ? Personne ne m'avait dit qu'il y en aurait ! C'était bizarre, je me demandais qui les avait lancés. Maman m'aurait prévenu si elle avait su ça, au moins pour éviter que je ne me réveille en sursaut.
J'entendis la porte de l'entrée s'ouvrir brutalement, puis des pas de course dans les escaliers. Maman arriva dans ma chambre, à bout de souffle. Elle avait l'air d'avoir peur. Pourquoi ? A cause du bruit ? Je voulais la rassurer, il ne fallait pas avoir peur du feu d'artifice.
- Davis ! s'exclama-t-elle paniquée.
Je croisai les bras.
- Pourquoi j'ai pas eu le droit de descendre voir le spectacle ? demandai-je avec un ton de reproche.
- Davis, il faut te cacher ! Ce n'est pas nous qui avons tiré ces feux d'artifice ! C'est quelqu'un d'autre ! La horde est encore dans la forêt, ça va l'attirer !
Mon sang se glaça. Je n'avais pas peur des monstres quand il n'y en avait qu'un seul mais... C'était combien une horde ? Cent ? Mille ?
- Les monstres vont venir me chercher ? demandai-je d'une petite voix apeurée.
- Non mon chéri. Je vais m'en occuper avec les autres adultes.
Maman me disait que tout allait bien, mais maman tremblait, alors je compris qu'elle mentait. Maman ne me disait des mensonges que lorsqu'elle pensait que la vérité était trop effrayante pour moi. Quelque chose d'affreux allait arriver.
- Maman... sanglotai-je.
Si maman partait dans le noir, ils allaient la manger.
- Papa va venir surveiller l'entrée, comme ça tu ne seras pas tout seul à la maison. Toi en revanche je ne veux pas que tu bouges de ta chambre, tu as compris ?
Je fis "oui" de la tête.
- Sous aucun prétexte tu ne dois bouger. m'ordonna maman. Même si tu n'entends plus rien et que tu penses que c'est fini, tu ne bouges pas. Si tu entends un monstre entrer dans la maison, tu laisses ton père s'en occuper et tu ne bouges pas. C'est clair ?
- Oui maman.
- Alors qu'est-ce que tu dois faire ? demanda-t-elle.
- Je ne bouge pas.
- Et si tu entends quelqu'un crier à l'aide ?
- Je ne bouge pas. répétai-je d'une voix étranglée.
- Parfait. Si quelqu'un que tu ne connais pas pénètre dans la maison, ne fais aucun bruit. La personne qui a allumé les feux d'artifice pourrait venir ici. Tu vas attendre sous ton lit, personne ne pourra te faire de mal tant que tu y seras.
Maman repéra le pistolet posé sur le chevet d'Alan.
- Qu'est-ce que ça fait ici ? demanda-t-elle en le ramassant.
- C'est à Alan.
- Très bien, alors prends-le.
Maman me donna le pistolet. La panique me prit. Si maman me donnait une arme, c'était pour me défendre. Ca voulait dire qu'elle n'allait pas me protéger. Ma respiration s'accéléra. Je lâchai l'arme. Maman me la remit de force dans les mains. C'était lourd, c'était froid. Tenir une arme me terrorisait, c'était pour les adultes ! Je ne pouvais pas faire comme les adultes !
- Garde ça ! ordonna-t-elle. Elle est prête à être utilisée. Tu n'as qu'à appuyer ici mais ne t'en sert que si un monstre ou un inconnu t'a trouvé. Si c'est un monstre, vise la tête. Sinon, tire n'importe où. Tu en seras capable ?
- Maman, ça me fait peur. dis-je en sanglotant.
- Je sais mon chéri. dit-elle en essuyant d'abord mes larmes, puis les siennes. Mais tout ira bien. Maintenant file te cacher sous le lit. Je vais revenir aussi vite que possible.
Maman m'embrassa et quitta la chambre. Je l'entendis retourner dehors puis un silence s'installa pendant quelques secondes. Je restais debout comme un idiot au milieu de ma chambre et regardais l'arme. Je ne voulais pas tirer sur les monstres, je voulais me cacher sous mes couvertures et attendre le levé du jour. Je voulais juste que ce soit un soir de Noël normal.
J'entendis Luciano crier des ordres dehors, et les premiers coups de feu retentirent. Je couru me cacher. En boule sous mon lit, je serrais le pistolet contre moi et pleurais en silence.
Je ne bougeais pas.
Davis WILLIAMS / 21:50 / Ils étaient entrés dans la maison. J'avais entendu la fenêtre voler en éclats quelques minutes auparavant. Papa devait garder le rez-de-chaussée. Il m'avait demandé de me taire et de le laisser tuer les monstres. Est-ce qu'il l'avait fait ? Je n'avais pas entendu de tir ; qu'est-ce que ça pouvait signifier ? Quelque chose de lourd était tombée en bas des escaliers puis le silence était revenu.
Je quittai ma cachette sous mon lit. Comme je l'avais fait le matin-même pour regarder la neige tomber, je grimpai sur la malle en osier. Cette fois c'était ce qu'il se passait à terre qui m'intéressait. Je voulais voir si les adultes tuaient les monstres.
J'étais terrifié et je m'infligeais une terreur encore plus grande en regardant par la fenêtre.
Maman, ne sois pas morte, ne soit pas mangée...
Ca grouillait comme dans une fourmilière. Les monstres étaient tellement nombreux que je ne voyais plus le sol à certains endroits. Une centaine d'entre eux tapaient de leurs mains ou de leurs moignons la caravane sur le toit de laquelle maman, Alan et Luciano se tenaient. Le véhicule était bien secoué. Il allait finir par être renversé si d'autres monstres se mettaient à pousser.
Tout le monde allait bien, mais je n'étais pas soulagé pour autant. Maman, Alan et Luciano tiraient mais ça ne servait à rien, toujours plus de monstres sortaient de la forêt et envahissaient la cours. Ca faisait comme une vague. Les zombies venaient tous s'écraser contre la caravane et une fois qu'une énorme masse fut agglutinée là-bas, une partie qui débordait sur les côtés dépassa la caravane, puis commença à l'encercler.
Ce fut juste à ce moment qu'Alan et Luciano sautèrent derrière le véhicule. Ils l'avaient fait à la dernière seconde, un peu plus et ils se serraient jetés dans les bras des monstres affamés. Maman sauta aussi... Mais je ne savais pas où ! Maman avait disparue ! Alan et Luciano se mirent à courir en direction du gîte sans maman !
Non... Maman ne pouvait pas avoir sauté au milieu des monstres ! Maman était forte ! Maman savait se battre !
Oui... Maman avait un plan. Elle n'était pas partie avec les autres parce qu'elle allait venir me chercher comme promis !
Je regardai le pistolet qu'elle m'avait donné. Il était deux fois plus long que mes mains. Maman m'avait dis de ne pas bouger, mais si c'était elle qui essayait de revenir, alors ça ne comptait pas. Je devais la rejoindre, c'était sûrement ce qu'elle voulait.
Prenant mon courage à deux mains, je sortis de ma chambre. Je me retrouvai dans un couloir étroit et obscur, que je suivis jusqu'aux escaliers. Je m'arrêtai devant les marches, immenses, qui avaient la mauvaise habitude de grincer sous mes pieds. Je regardai en bas... C'était là que papa devait probablement monter la garde...
Papa n'était pas là. Pire encore, son fauteuil roulant était bien présent en bas des marches... sans lui. Je faillis pleurer tellement c'était effrayant.
- P... Papa ? bafouillai-je à mi-voix.
Je descendis quelques marches. Elles grinçaient encore plus fort qu'à l'accoutumé. J'approchai du fauteuil renversé. Une roue tournait dans le vide.
- Papa ? murmurai-je en avançant dans le noir. Papa, j'ai peur. Où tu es ?
Une fois en bas, je glissai et tombai à plat ventre dans une flaque. C'était chaud. C'était poisseux. Je regardai mes mains... Du sang ! J'étais couvert du sang de papa ! C'était le sien, les monstres l'avaient entièrement mangé !
Je me mis à crier, à m'égosiller à pleins poumons et à pleurer.
- Maman ! hurlai-je. Maman, ils ont tué papa !
Je couru jusqu'à l'entrée. Des coups sourds résonnaient dans la pièce. Le bois de la porte commençait à craquer. Les monstres étaient de l'autre côté.
Je voulu alors me réfugier au salon, peut-être que maman y était. Je courrais et criais en même temps, me cognant contre les meubles que je distinguais à peine, reversant même plusieurs chaises. Maman n'était pas dans le salon... Mais trois monstres étaient là. Il y avait un monsieur avec une chemise criblée de balles, un autre avec la mâchoire arrachée et dont la langue de quinze centimètres frétillait sur son cou comme un serpent. Le troisième monstre n'avait pas d'yeux mais je sentais qu'il savait que j'étais là.
- Allez-vous-en ! sanglotai-je en faisant demi-tour.
Direction la cuisine, la dernière pièce où je pouvais me cacher. Cette fois-ci personne à l'intérieur, mais un monstre tapait à la fenêtre. Je voyais sa grosse silhouette noire...
Réalisant que j'avais encore le pistolet entre mes mains, je le pointai vers la fenêtre et tirai. Un petit trou rond se dessina dans le verre mais la cible n'était pas touchée.
Surpris et effrayé par la puissance de la détonation, je lâchai mon arme, ou plutôt elle s'envola en l'air et retomba trois mètres plus loin. Elle glissa quelque part et je n'eus pas le temps de la chercher ; le zombie sans yeux m'agrippa l'épaule. Je me débattis et je finis par miracle par me libérer tandis que le monstre se retrouvait avec une manche arrachée de mon pyjama entre les mains.
Je couru de nouveau dans le salon. Trop petit pour les zombies, ils étaient obligés de se jeter sur moi pour m'attraper. C'est ce que fit le monstre à la langue géante. Il tomba sur le canapé et bascula avec lui pendant que je plongeais sous la table basse. Les monstres paraissaient enragés. Ils balançaient leurs bras dans toutes les directions, faisant s'écraser les bibelots au sol, grognant comme s'ils étaient en colère que je leur échappe.
Je rampais pour m'extraire de l'autre côté de la table quand je vis la lumière des étoiles m'indiquer la sortie. La sortie presque à portée de mains.
Je m'extirpai de sous la table basse et me précipitai sur la porte vitrée. Elle donnait sur la forêt et je ne voyais rien d'effrayant derrière, seulement des arbres, pas de monstre. Je tirai de toutes mes forces sur la poignée mais la porte ne bougeait pas.
Je me retournai. Le monstre à grande langue approchait. Je tapais sur la vitre avec mes petites mains, je lui criais de s'ouvrir et je me remarquai finalement que la porte était verrouillée et que les clefs étaient juste sous la poignée.
Les mains tremblantes, je déverrouillai la porte avec maladresse, la fis coulisser sur le côté et bondis pieds nus dans la neige avant que la main osseuse ne se referme sur le col de mon pyjama.
Davis WILLIAMS / 23:43 / J'étais à plat ventre dans le buisson d'ortie, les mains sur les yeux pour ne plus voir les monstres. Mon bras nu était couvert de petits boutons que j'avais grattés jusqu'au sang.
Je savais que fermer les yeux n'empêcherait pas les monstres de me trouver, mais comme ça c'était moins effrayant. J'étais persuadé qu'ils pouvaient le sentir quand on les regardait. C'étaient déjà des gens morts qui pouvaient marcher, peut-être avaient-ils d'autres pouvoirs spéciaux ?
C'était bête, mais je préférais rester caché plutôt que de chercher un adulte pour me protéger. Les adultes avaient peur eux aussi, et il n'y avait rien de plus effrayant qu'un adulte effrayé. Je les avais vus depuis mon buisson... Allison en panique qui s'enfuyait par le toit... Conrad qui avait crié un appel pour attirer les monstres vers lui... Maman qui courait partout, je l'avais vue, je l'avais appelée, elle n'avait rien entendu... Et Janet, dans sa robe de sang, qui marchait parmi les monstres...
J'avais froid. J'avais peur. J'avais envie de faire pipi.
Un chien grogna. Une petite boule de poils frisés d'un blanc sale aboyait les méchants. C'était Cat. C'était ma chienne ! Tout comme moi elle se tenait à l'écart de la cour, prête à se cacher dans la végétation.
Je me relevai. Je n'avais qu'une envie, c'était de la prendre dans mes bras et de la cacher avec moi dans le buisson.
- Cat ! criai-je.
Cat s'enfuit. Pauvre petite chienne, elle ne m'avait pas reconnu ! Je courais derrière elle en suivant un chemin enneigé. La pauvre ! Elle ne savait pas que c'était dangereux d'aboyer !
- Cat ! Viens mon chien !
Cat avait disparu, mais elle avait sûrement continué de suivre le chemin, alors je fis la même chose. Ca tournait, ça descendait, ça s'enfonçait dans la forêt. Je n'étais jamais allé par là. Il y avait de plus en plus d'arbres, le chemin devenait sinueux. Si j'y avais fait attention, j'aurais trouvé le paysage très effrayant.
Je voyais de l'eau au bout du chemin... Une étendue d'eau sombre. C'était le fleuve ? J'avais couru plusieurs minutes sans me rendre compte que j'étais descendu si bas. Je quittai la forêt. J'étais sur la rive en bas de la falaise, le long de laquelle courraient des voies ferrées.
- Cat ?
Plus aucun signe de Cat, pas même un aboiement au loin. Je marchai le long des rails.
Il y avait des gens dans l'eau... Des monstres, une dizaine d'entre eux. Certains étaient immergés jusqu'à la taille, d'autres qui s'étaient aventurés un peu plus loin étaient emportés par le courant. L'eau était noire, froide et inquiétante, pourquoi se jetaient-ils dedans ?
Je donnai un coup de pied dans la neige entre les rails. Tout le monde m'avait abandonné. Je levai la tête. Il neigeait toujours. La maison était juste là, quelques dizaines de mètres au dessus de moi. Je ne la voyais pas mais je savais que c'était par là. J'étais arrivé jusqu'à la voiture de police accidentée, je m'en servais comme point de repère. Ca me faisait un tout petit peu moins peur de savoir qu'il y avait peut-être quelqu'un pas très loin au dessus.
- Pourquoi personne ne vient m'aider ? soupirai-je.
Je vis de nouveaux monstres. Soit ils dormaient au pied de la falaise, soit ils étaient tombés. En tout cas ils ne bougeaient pas, à part un seul... Maman !
Mon cœur fit un bond. Maman était couchée au milieu des monstres et ses jambes avaient pris une forme bizarre. Contrairement aux autres, elle était réveillée. Elle pliait et dépliait ses doigts.
Je me jetai à genoux à côté d'elle.
- Maman ! m'exclamai-je avec inquiétude. Tu es tombée ?! Tu as cassé tes jambes comme papa ?!
Maman me prit la main. Elle gémit, elle avait mal, mais elle réussit à s'assoir. Je vis qu'elle avait de longues coupures aux bras.
- Maman, j'ai eu peur que tu sois morte !
Je pleurais sur son épaule. Même si elle était blessée, j'avais retrouvé maman. C'était la fin du cauchemar ! J'étais rassuré. Tout irait bien à présent. Maman me serra dans ses bras. Je la serrai dans les miens. Elle serra encore plus fort et respirait douloureusement contre mon cou.
Maman me mordit.
