185ème jour (24/12/2014) VERSION 2 - PARTIE 2

Alan WILLIAMS / 21:51 / Je continuais de tirer depuis le toit de la caravane même si le combat était déjà perdu. Ma mère faisait la même chose. Arrêter le combat signifiait que j'abandonnais mon père et mon frère. Mon père était retourné chez nous pendant que nous nous mettions en position et ils y étaient toujours toux les deux, tout comme plusieurs zombies qui s'engouffraient par la fenêtre.

- Alan, arrête ça ! cria Luciano. Ils sont en train de nous encercler, il faut partir tout de suite !

Qu'ils nous encerclent ! Qu'est-ce que ça pouvait faire ? Ces machins étaient trop cons pour faire de l'escalade... Ces machins là... Mon père était peut-être un de ces machins maintenant.

L'odeur des zombies devenait insupportable. A l'air libre, certains n'avaient qu'une odeur de vieille cave un peu moisie. D'autres sentaient le poisson avarié. Les pires étaient ceux que nous abattions. L'impact des balles ouvrait certains corps, libérant l'odeur des boyaux qui avaient macéré pendant des mois à l'intérieur.

Je mis une main sur ma bouche pour arrêter mon haut-le-cœur. C'était le dégout, je ne pouvais ressentir rien d'autre que du dégout envers ces choses. Elles ne s'arrêtaient jamais. Elles bouffaient, elles bouffaient, et elles bouffaient. Et si elles pouvaient gerber elles reboufferaient encore derrière. Enculés de fils de chiens, bouffez plutôt mes balles !

Luciano profita de ce moment pour s'interposer et baisser mon arme.

- Alan ! Tu n'aideras pas ton Eric et Davis comme ça ! Il faut aller faire diversion !

- L'alarme en bas de la falaise ? dis-je.

- C'est ce que je me tue à vous dire !

- Okay, diversion. Okay.

Luciano sauta derrière la caravane, côté gîte. Deux zombies avaient déjà contourné le véhicule. Luciano fracassa le crâne du premier avec la crosse de son fusil sniper. Ce type avait une force incroyable ; la tête explosa comme une noix de coco. Il donna un coup de pied dans le genou de l'autre mort-vivant, lui brisant les os et l'immobilisant dans la neige écarlate.

Je sautai à côté de Luciano et la chose la plus conne au monde m'arriva. Mauvaise réception, douleur intense à la cheville droite, et je sentis l'articulation craquer en tombant par terre.

- Debout ! ordonna Luciano.

- Cheville cassée ! criai-je en essayant de ramper.

Je n'eus pas besoin de demander de l'aide, Luciano me tira vers le haut pour me remettre sur mon pied valide. Il passa mon bras par dessus ses épaules pour me soulager d'une partie de mon poids.

Je tournai la tête pour voir ma mère sauter du toit de la caravane mais elle n'était plus là.

- Où est ma mère ?! m'exclamai-je.

- Elle a sauté du mauvais côté... répondit Luciano en m'emportant vers le gîte.


Allison PIERCE ANDREWS / 21:52 / Je jetai encore un coup d'œil par la fenêtre de ma chambre.

- Toujours aucun signe de Joe... dis-je avec inquiétude. Ils quittent leur position...

- C'est bon signe. dit Janet, assise sur le lit. Il vaut mieux que Joe ne soit pas dehors.

- Mais s'il n'est pas à la maison, il est forcément dehors ! m'écriai-je, à bout de nerf.

- Joe aide peut-être Eric à sécuriser sa maison.

- Alors on aurait dû faire venir Davis ici, ne pas se séparer dans deux maisons différentes en essayant de tenir les positions avec des effectifs réduits ! Et rien ne nous dit que Joe soit là-bas... Il est peut-être blessé, ou mort quelque part !

- Je sais, et c'est très dur mais tu dois te concentrer sur autre chose pour le moment ! s'exclama Janet. Ce n'est pas le moment de craquer !

Janet venait de troquer ses souliers contre un paire ce baskets et elle entreprenait de s'attacher les cheveux en queue de cheval. Je m'assis à côté d'elle, retirai mes chaussures à talons hauts et attrapai à mon tour ma paire de baskets.

Je croyais que ça m'avait fait du bien de faire semblant de vivre une soirée normale et d'oublier... Le retour à la réalité était d'autant plus dur, plus jamais je ne devais me voiler la face. Maintenant c'était moi qui jouais l'enfant à rassurer et Janet qui essayait de me calmer.

- Je ne vais pas craquer. affirmai-je avec assurance.

Je ramassai mon pied-de-biche contre le mur et donnai sa machette à Janet.

- Tu es prête à te battre avec moi ? demandai-je.

- Prête à tout donner. répondit Janet.


Allison PIERCE ANDREWS / 21:59

- Voilà. dis-je en aidant Alan à s'assoir sur le lit de Janet. Allonge ta jambe.

Je levai le bas du jean d'Alan afin d'observer sa cheville. Elle était déjà bien enflée. L'adolescent se crispa quand il sentit mes doigts effleurer sa peau qui était passée du brun au violet.

- Alan, où est Conrad ? demanda Janet.

- C'est cassé. dis-je. L'articulation est cassée.

- Je sais. répondit Alan en se mordant l'intérieur des joues. J'ai sauté... J'ai mal atterri. Putain, c'est trop con.

- Alan ! cria Janet. Où est Conrad !?

- On l'a croisé au rez-de-chaussée, il était en train de fermer les rideaux quand on est rentré. Luciano est reparti avec lui. Ils sont partis déclencher l'alarme...

Allongé sur le lit de Janet, Alan retira ses lunettes et mit ses deux mains sur son visage.

- Et je crois que ma mère est morte... soupira-t-il.

Alan cherchait peut-être à camoufler des larmes. Sa voix était chevrotante.

- Ho mon Dieu... dit Janet.

- Si tu n'es pas sûr, si tu ne l'as pas vue mourir de tes propres yeux, il reste un espoir. affirmai-je. Comme pour Joe, pas vrai ?

- Oui... murmura Janet qui commençait à ne plus être aussi optimiste.

- Concentre-toi sur autre chose. dis-je en parfaite imitation de Janet. Garde ton fusil.

- Tu penses que je devrais tirer depuis la fenêtre ? demanda Alan. Je n'ai plus de munition, il faudrait en chercher en bas.

Nous sursautâmes tous les trois en entendant une voix. La voix de... Conrad ? Elle résonnait partout autour de nous, grésillante et amplifiée comme s'il criait à travers un mégaphone.

- Hey bande de cons ! criait la voix. Je suis ici ! Foutez le camp de chez nous et venez me trouver ! Je vous attends ! Ouais ! C'est ça ! Sautez-moi dessus ! Venez me bouffer !

- C'était Conrad ?! s'exclama Janet en se précipitant à la fenêtre.

Elle l'ouvrit, se pencha à l'extérieur pour le chercher des yeux.

- On dirait. répondis-je.

- Mais qu'est-ce qu'il fait ?! s'affola Janet. Ils sont censés allumer la sirène de police et déguerpir ! Pourquoi il les appelle ?!

- Conrad n'est pas stupide. répondit Alan. Il a dû utiliser le mégaphone dans le coffre de la bagnole de flics et il ne va pas rester à attendre que les zombies viennent sur lui. Il doit y avoir un problème avec la sirène, mais ça ou la sirène ça revient au même.

- Il a raison. ajoutai-je. Conrad risque peut-être beaucoup moins que nous s'il est au pied de la falaise. Mais si on n'a pas un bruit en continu pour distraire la horde, je ne sais pas si ça sera très efficace.

La porte de la chambre s'ouvrit. En sueur, un pistolet à la main, Adrian était surpris de nous trouver tous les trois réunis. Il ne semblait pas blessé. Nous entendîmes de bruits de verre brisé au moment où il referma la porte derrière lui. La vitrine au rez-de-chaussée venait de céder.

- Adrian ! m'exclamai-je. Où est-ce que tu étais ?! Tu vas bien ? Tu as vu Joe ?

- Où est Graham ? demanda-t-il.

- Merci de rejoindre enfin la fête ! râla Alan. Tu faisais quoi pendant qu'on essayait de repousser l'armée de crevés ?!

La réponse d'Adrian m'estomaqua. Froidement, il leva son arme vers Alan et le maintins en joue pendant plusieurs secondes. Le réflexe le plus logique aurait été d'aller baisser son arme. J'étais juste en face de lui, je pouvais le faire, mais je ne revenais pas de ce que je voyais et je restais immobile. Un ami pointant son arme sur un autre ami... Mon cerveau ne comprenait pas la scène. Ca ne pouvait être qu'une blague.

Ca devint réel quand le coup de feu partit et perfora l'abdomen d'Alan qui n'eut qu'un simple tressaillement en guise de réponse. Qu'est-ce que... Quoi ?!

Adrian pointa son arme dans ma direction.

- Arrête ! m'écriai-je. Je suis enceinte !

Janet bondit entre Adrian et moi. La machette fendit l'air et un morceau de chemise ainsi qu'une bonne lamelle sanglante du biceps d'Adrian tombèrent sur le plancher. Adrian donna un coup de pied dans le ventre de la jeune fille. Elle chuta avec sa machette sur le lit où Alan était en train de se vider de son sang en tremblotant.

J'empoignai mon pied-de-biche et frappai Adrian. Il para le coup, retenant mon arme d'une main, mais j'avais plus de force que lui et finis par le faire vaciller. J'y avais mis toute mon énergie, et l'amplitude de mon coup me fit également perdre l'équilibre.

Adrian avait lâché son pistolet durant le combat. L'échine courbée, il me faisait face, attendant le bon moment pour aller le ramasser. J'adoptais la même posture que lui. Nous nous déplacions en crabe, lentement, en cercle autour de l'arme qui était pile poil entre nous deux.

- Pourquoi tu as fais ça ?! gueulai-je en le menaçant de mon pied-de-biche.

- J'y ai été obligé. répondit Adrian avec un dégoût tel qu'il semblait vomir ses mots. Tout comme j'ai été obligé de tirer sur Joe.

- Quoi ?! m'écriai-je. Tu as fait quoi ?!

Croyant m'avoir déstabilisée, Adrian se jeta par terre et récupéra le Glock. Je fis immédiatement deux pas en arrière. Adrian n'était plus le seul danger dans cette chambre. Au même instant, la porte avait été défoncée et quatre ou cinq zombies pénétrèrent dans la pièce.

Adrian était à leurs pieds. Ils se jetèrent sur l'homme qui fit feu sur ses attaquants.

- Allison ! hurla Janet. Viens par là !

Je me retournai vers elle. Janet avait commencé d'enjamber la fenêtre et me tendait la main. Le bas de sa robe blanche volait dans le vent glacial. Je courus vers l'ouverture. Janet traversa entièrement la fenêtre avancée. Elle se mit en équilibre les pieds dans la gouttière, appuya sa main qui tenait la machette contre la surface oblique du toit, et me tenait le bout des doigts de l'autre main.

Je passai entièrement du côté de Janet. La gouttière était fine, c'était comme marcher sur une poutre. En plus de ça, l'eau stagnante avait formé un miroir glissant. Une quinzaine de morts-vivants nous regardaient six mètres plus bas, les bras levés, attendant notre chute. Adrian était toujours vivant, j'entendais encore des coups de feu dans la chambre. Quant à Alan, nous l'avions abandonné sans aucune hésitation. Il était déjà mort. Je me mis à frissonner.

- Avance doucement. murmurai-je à Janet, tendue.

- C'est ce que je fais. répondit-elle avec concentration.

- C'est dingue... dis-je entre mes dents en regardant en bas. Il faut qu'on avance de deux fenêtres... Graham est encore K.O. dans sa chambre, il faudrait arriver jusqu'à lui.

- Ils ont des armes dans leur chambre ?

- Possible.

Nous continuâmes avec précaution notre parcours de quelques mètres, main dans la main. Adrian avait arrêté de tirer. Il était sans doute mort. Ni Janet ni moi n'avions compris pourquoi Adrian avait pointé cette arme sur nous. Nous n'avions pas le temps de nous en préoccuper. Si nous voulions survivre, il fallait bouger, et vite !

- Ce qu'Adrian a dit à propos de Joe, je suis sûre que c'était du baratin. dit Janet. Il voulait te troubler.

- Je sais... Merci pour le coup de machette...

- Et merci d'avoir prit le relais...

La gouttière se mit à grincer et à trembler.

- Fais gaffe... dis-je.

- Je sais...

Janet fit un grand pas en avant. La portion de gouttière plia. Le pied de l'adolescente se retrouva dans vide. Elle fit des moulinets avec les bras, tenta de se rattraper aux tuiles et chuta. Son poids faillit me déboiter l'épaule.

Je me retrouvai à quatre pattes, la peau des genoux coupée par le métal gelé, tenant à bout de bras Janet qui gesticulait dans le vide. Mon pied-de-biche était tombé. Janet l'avais reçu en plein visage. Son arcade sourcilière était en sang.

- Janet ! criai-je. Lâche ta machette ! Donne-moi ton autre main !

Nos mains commençaient à glisser. Janet ne lâchait pas son arme. Elle balançait ses jambes pour essayer de prendre appui contre le mur et c'était pour moi de plus en plus difficile de supporter son poids.

- Lâche ! criai-je à nouveau. Tu vas tomber !

Il y eu un nouveau coup de feu. Une balle traversa les métacarpes de Janet et lui annihila la main. Janet hurla. Janet m'échappa. Janet tomba vers sa mort. Un doigt de Janet, son annulaire, c'était tout ce qui restait dans ma main.

Horrifiée, je tournai la tête. Adrian était penché à la fenêtre, couvert de sang. Le bout de son pistolet était encore fumant. Je me relevai tant bien que mal et escaladai les tuiles glissantes. Dérapant sans cesse, je me cassai plusieurs ongles que je plantais dans les morceaux d'ardoise. Des balles fusaient autour de moi mais aucune ne m'atteignit.

J'arrivai sur l'arête du toit. Perchée à dix mètres du sol, Adrian ne pouvait plus me voir. Sécurité provisoire. Moi en revanche, je voyais tout depuis là-haut. Tout ce qui était perdu. Un flocon me tomba dans l'œil. Il se changea en larme.


Janet GARCIA / 22:14 / J'aurais pu mourir de mille et une manières en tombant du toit : la horde aurait pu me dévorer, j'aurais pu me fracasser le crâne, où j'aurais pu me planter la machette dans le ventre pendant ma chute.

Rien de tout ça n'était arrivé. La petite haie en buissons qui longeait le mur de la maison avait amorti ma chute. Elle n'était pas haute, cinquante centimètres tout au plus, mais ça avait été suffisant. Cachée entre le mur et la haie, je me retrouvais allongée dans un espace très étroit, long, un peu comme un couloir.

La douleur dans ma main gauche était atroce. Je croyais qu'on m'avait tirée dessus mais je n'en étais même pas certaine. Ca, puis la chute, puis le moment de panique pendant lequel j'avais cru atterrir au milieu de la horde... J'avais tellement d'informations à gérer que mon cerveau avait de tout façon réduit mon ressenti de la douleur. Biologiquement, je ne savais pas vraiment ce qu'était l'adrénaline, mais je savais que mon corps en produisait actuellement une dose massive.

Pataugeant dans un mélange de boue à moitié gelée et de neige fondue, je réussis à remonter mon bras gauche le long de mon corps et regardai ma main...

Ho... Mon annulaire et mon majeur manquaient à l'appel... Il n'en restait que des petits bouts de peau violets joliment ciselés qui s'agitaient comme un drapeau dans le vent. Je clignai plusieurs fois mes yeux pour m'assurer que cette espèce de moignon sanglant était bien à moi. Je fis bouger les trois doigts qu'il me restait. Après cette vérification, j'en conclus que ce n'était pas une hallucination ; ce truc qui tremblait, c'était ma main.

Mon autre main prit le châle de soie qui recouvrait mes épaules. Il n'était pas sale, alors j'enveloppai mon membre blessé à l'intérieur. Je fermai le poing, je serrai fort le châle et fis un nœud au niveau du poignet pour maintenir ce bandage de fortune. Des motifs rouges se dessinaient sur le rose pâle, suivant les plis du tissu.

Puis je ramassai la machette. Je tournai la tête vers le ciel. Noir et plein de neige tourbillonnante. Il y avait une Lune étincelante, bientôt éclipsée par une tête osseuse qui claquait des mâchoires.

L'un d'eux m'avait vu tomber. Il s'était penché au dessus de la haie. Je tendis ma main valide et ma machette dans sa direction. Le zombie se pencha d'avantage vers moi, se trancha la gorge et se décapita tout seul en fondant sur mon arme. Sa tête roula dans le buisson. Le reste du corps me tomba dessus en me coupant le souffle.

Les morts n'avaient aucune pression sanguine. Ceux qui avaient encore du sang dans leur corps étaient souvent boursoufflés aux membres inférieurs, là où le sang venait logiquement stagner. Les décapitations étaient donc "propres", sans trop d'effusion de sang. Le zombie que je venais de tuer était différent. Il était couvert de cloques et sentait le souffre. Sa flore bactérienne avait produit des poches de gaz, faisant de lui en zombie sous-pression, pression qu'il libéra en "m'explosant" dessus. Il évacua par le cou des litres et des litres de sang et d'organes liquéfiés qui se déversèrent sur moi. J'en étais couverte des chevilles jusqu'au cou, avec même quelques taches jusque sur le visage. J'avais fermé la bouche pour ne pas en avaler.

J'étais à deux doigts de rendre. La tête tranchée continuait de faire claquer ses mâchoires juste à côté de moi. Je lui transperçai la tempe à la machette. La lame refusa de s'en déloger. Je ne pouvais pas la retirer d'une seule main. Je jetai un coup d'œil à travers le buisson. Le plus gros de la horde était loin et les zombies les plus proches me tournaient le dos. Parfait.

Je me levai, mis un pied sur la tête et tirai le manche. Pas facile, c'était trop bien planté. Un râle retentit dans mon oreille. Un mort-vivant ! Je bondis en arrière et me collai dos au mur. Merde ! Je ne l'avais pas vu celui-là !

Le zombie ouvrit la bouche. Je m'attendais à sentir la morsure d'un instant à l'autre. Il fit un pas dans ma direction et s'arrêta à trente centimètres de mon visage. Il émit un nouveau râle en me postillonnant dessus des petits bouts de sa langue qu'il avait mastiquée. Le zombie referma la bouche. Il changea de direction et reparti vers les autres.

Hein ? Il rechignait à manger son repas ?! Dans 100% des cas auxquels j'avais été témoin, le zombie attaquait toujours la personne où l'animal qu'il avait sous les yeux. C'était sa nature de faire ainsi.

J'étais sous le choc. Je regardai l'homme rejoindre tranquillement son groupe de macchabées... Puis je regardai ma robe. Elle n'était plus blanche, elle était rouge, couverte des entrailles du zombie-cocotte-minute. Le zombie avait-il pris cette odeur de corps gangrené comme étant la mienne ? Il m'avait prise pour l'une des leurs... C'était fou... Et logique... Ils étaient des comme des animaux sans grand intelligence, répondant à leurs sens sans chercher plus loin. Je sentais comme eux, alors j'étais comme eux...

Ca avait été si facile de le duper... Peut-être pouvais-je aussi duper les autre. Je m'agenouillai près du mort-vivant décapité puis plongeai ma main droite dans son cou. Je fus étonnée de sentir l'intérieur du corps légèrement tiède. En fait, c'était comme un compost. Les réactions exothermiques engendrées par l'action des bactéries réchauffaient le corps ; ça expliquait pourquoi les zombies ne gelaient tous pas durant l'hiver.

Je retirai l'élastique qui nouait mes cheveux et les tartinait de matières putrides. Je mis quelques mèches de cheveux devant mon visage, au cas où un zombie puisse m'identifier en tant que vivante-à-dévorer à cause de mon regard, prenant garde à ce qu'aucune mèche imbibée de sang ne tombe dans mes yeux.

J'étais un zombie parmi les zombies. En me relevant, j'en vis trois d'entre eux marcher dans ma direction, intrigués de m'avoir vue accroupie à farfouiller derrière la haie. Je baissai alors la tête, fis ballotter mes bras le long de mon corps comme des poids morts et avançai à petits pas. Je retins ma respiration en les croisant. Deux passèrent leur chemin sans me porter la moindre attention. Le troisième ralentit à mon approche, me regarda quelques secondes et continua son chemin. Ca marchait !

Génial... Mais que faire maintenait que je me mêlais à la foule ? C'était quoi l'idée ? Je marchais à contre-courant. Ils étaient des centaines dans la cour et plus aucun ne sortait des bois. Ils étaient tous là, la forêt était devenue un endroit beaucoup plus sûr qu'ici. Parfois je heurtais un zombie de mon épaule et j'essayais de l'ignorer pour rester dans le "personnage".

Je passai à côté du bonhomme de neige de Davis. J'arrachai discrètement le pieu en bois pointu qui lui servait de nez. Il n'y avait plus de barrière. Le bas de ma robe se prit à un moment dans un bout de fil barbelé qui trainait. Je continuai mon chemin et il finit par se détacher.

Allison était loin derrière à présent. J'ignorais si elle était encore sur le toit, si elle avait trouvé un endroit où se réfugier ou si Adrian l'avait abattue. Conrad aussi était derrière ; il était du côté de la falaise, pas de la forêt. Je savais que ce n'était pas en continuant dans cette direction que j'allais le retrouver. Tout le monde était derrière moi. J'avais laissé tout le monde. Je me sentais lâche de fuir comme ça.


Alan WILLIAMS / 22:32 / Je ne savais pas comment ni pourquoi, mais j'étais encore en vie. J'avais saisi ma chance en m'enfuyant dès qu'Adrian était allé à la fenêtre pour tirer sur les filles. Comment avais-je trouvé la force de me relever ?

J'avais déjà lu des histoires similaires dans des faits divers. Des gens pouvaient se faire poignarder vingt fois, simuler leur mort, puis courir chercher de l'aide à la première occasion. Je m'étais toujours demandé comment c'était humainement possible. J'avais toujours eu du mal à croire à ces histoires. Je ne comprenais toujours pas, mais maintenant j'y croyais.

J'avais fait un roulé-boulé dans les escaliers en colimaçon. Arrivé au restaurant à plat ventre, une quinzaine de zombies s'étaient tournés dans ma direction. J'avais attrapé le père Noël mécanique sur le comptoir, tourné la manivelle et je l'avais jeté à l'autre bout de la pièce. Ces idiots de morts-vivants avaient tous poursuivi le père Noël chanteur. J'avais ainsi pu me réfugier dans la cuisine, trainant mon corps, puis sachant qu'ils étaient incapables de soulever la trappe dans le sol qui menait à la cave, c'était là que j'étais allé me cacher.

J'avais survécu... On devait me croire mort. Et si je me vidais de mon sang dans cette cave, personne n'allait venir me chercher, pas ce soir en tout cas. On allait penser que j'étais devenu un cadavre de plus qui marchait dans la horde. Ca allait prendre du temps mais on allait bien finir par découvrir les traces de sang qui menaient à la trappe. Mais ça serait peut-être trop tard. Je n'avais pas peur, j'avais juste mal.

Ma cheville n'était plus douloureuse quand je ne bougeais plus le pied. Ma douleur au ventre était quant à elle constante, bien que d'intensité irrégulière. La peau me paraissait brûlée à l'acide. Je n'avais jamais connu de brûlure à l'acide mais c'était comme ça que je l'imaginais. Je ne sentais pas qu'il y avait un "trou". Je sentais à l'intérieur de moi des picotements, plutôt légers, puis qui subitement devenaient insoutenables, me mettaient à deux doigts de perdre connaissance, et enfin disparaissaient une demi-seconde. Ca venait par pics, même si je restais totalement immobile afin de réduire les sensations.

J'entendis une voix dans la cuisine. Je la reconnus comme étant celle de Graham.

- Allo ? dit la voix. Luciano, tu m'entends ? Luciano ! Tu es là ?!

Je rampai dans les escaliers. Je n'avais pas un grand chemin à parcourir ; je n'étais pas descendu plus bas que le milieu des marches et j'attendais là en écoutant le goutte-à-goutte de mon sang tomber sous l'escalier. Je soulevai la trappe et passai ma tête par le trou.

- Graham ? dis-je.

La cuisine était vide. Je n'entendais que le tic-tac de l'horloge et les grognements des morts dans le restaurant.

- Graham. répétai-je à mi-voix. C'est Alan. Je suis ici.

Graham était forcément là, je venais de l'entendre. Je plissai les yeux. Un homme arriva sur le côté et se mit à genoux devant la trappe. Avant que je ne comprenne quoi que ce soit, il avait déjà enfoncé ses dents dans mon cou. Carotide tranchée. Paniqué, j'essayai de le repousser. Le poids du zombie me tomba dessus. Nous roulâmes ensemble dans les escaliers et tombâmes sur un sol de béton froid.

La trappe se referma.