Tony jouait avec le feu, et il le savait.
Non qu'il fasse partie de ces gens fascinés par le feu. Contrairement à la croyance généralement répandue, il n'avait jamais été battu ou abusé sexuellement, n'avait jamais torturé d'animaux, et il n'avait pas non plus fait pipi au lit quand il était enfant.
De toute façon, en quoi ces faits pouvaient-ils vraiment évaluer la gravité des troubles mentaux ?
C'était stupide, pourtant, et il le savait. Loki n'était pas juste un autre infirmier, comme Tony l'avait supposé, ou un autre robot sans cervelle comme les autres. C'était un vrai professionnel de la santé mentale. N'aurait-il dû pas avoir une sorte de sixième sens lui disant que Tony était dangereux ?
Et pourtant, il était là, souriant à Tony d'une façon qui hurlait à la tension sexuelle.
Ce n'était pas que Tony voulait lui faire du mal.
Bien au contraire, en fait. Tony n'avait jamais vraiment voulu faire de mal à personne. Il voulait juste qu'ils arrêtent de vouloir le quitter. Une partie de lui voulait qu'il arrête d'espérer autre chose et se résigne à rester seul. Ce serait mieux pour tout le monde.
Il continuait, pourtant, et il semblait que Loki soit la nouvelle cible de ses attentions. Peut-être que ce serait différent, cette fois. Loki ne voudrait peut-être pas le quitter.
Il s'approcha et vint s'appuyer contre le bureau. « D'accord, doc, je joue le jeu. De quoi voulez-vous parler ?
— Si on parlait de votre petite amie ? demanda Loki, inclinant la tête avec curiosité.
— Si on parlait d'autre chose ?
— D'accord. Parlez-moi de votre mère », contra Loki.
Merde. Ce type n'y allait pas de main morte.
« Alors, ma copine. Elle, euh, elle a dit qu'elle voulait voir d'autres personnes. » Tony sentait un très familier pincement au cœur rien que d'y penser.
Ce n'est pas que je ne t'aime pas, Tony, lui avait dit Marianne. Je t'aime. Tu n'as rien fait de mal. Je veux juste pouvoir être libre d'aimer qui je veux.
« Aïe, blêmit Loki. Cela doit faire mal.
— Ouais, elle semblait penser qu'il était déraisonnable de ma part d'espérer sa fidélité. » Tony détestait vraiment parler. Et parler de Marianne, si tôt après, le gênait encore plus que parler de choses en général.
Cela la rendait-elle moins importante à ses yeux ? Non. Jamais.
« Mais elle n'est pas la seule », souligna doucement Loki.
Les mots semblaient peser sur sa poitrine, l'empêchant de respirer. Tout ce qu'il pouvait faire était de secouer la tête. Tout le monde dormait. Ils étaient pratiquement seuls, mais il se sentait tellement vulnérable. Ce n'était pas le manque d'intimité. C'était lui - Loki. En toute logique, Tony savait que Loki ne parlait pas d'eux, qu'il parlait de tous ceux qui l'avaient laissé. Mais c'était comme s'ils discutaient de quelque chose d'interdit.
Loki le faisait se sentir vulnérable d'une manière qu'il ne pensait pas avoir jamais ressentie avant. Et ce, alors qu'ils se parlaient seulement pour la deuxième fois. Le bon sens lui dictait de partir au plus vite. De ronger son frein jusqu'à ce qu'ils le laissent sortir pour alors partir aussi loin et aussi vite que possible de cet homme.
Le faire, c'était un autre problème.
Tony secoua la tête. Pour acquiescer ou objecter ? Il avait oublié la question.
Loki semblait savoir, pourtant.
« De la famille ?
— Ils sont morts. » Tony choisit de répondre de manière très concise, dans l'espoir de couper court à cette conversation.
Loki ne se laissa pas décourager.
« Des amis ?
— Aucun », Tony secoua encore une fois la tête, cette fois catégoriquement.
Penché en avant, Loki hocha la tête de manière compréhensive.
« Pourquoi s'embêter à s'en faire, puisqu'ils vous laisseront ?
— Puis-je avoir mes médocs, maintenant ? » Il y avait dans sa voix une note plaintive qu'il n'aimait pas beaucoup, mais il voulait vraiment que cette conversation se termine.
Ce qui fut subitement le cas.
« Désolé, nous réservons l'administration de calmants aux gens moins charmants que vous, dit Loki en secouant tristement la tête. Même si je serais ravi de vous faire plonger médicalement dans l'inconscience comme vous avez essayé de le faire avec l'alcool, j'ai bien peur que vous deviez trouver un autre moyen pour dormir dans une chambre qui n'est pas la vôtre.
— Je pourrais dormir avec vous, se remit à flirter Tony.
— Pas tant que vous êtes ici, non », rétorqua Loki, semblant surpris lui-même.
Il semblait bien que Tony ne soit pas le seul à être ébranlé par l'étrange relation qui naissait entre eux.
« Je ne dormirai plus ici dans quelques jours, pas vrai ? » Tony était pratiquement sûr qu'ils ne pourraient pas le garder éternellement sans bonne raison. Ses connaissances en droit à ce sujet... oh merde, Tony n'y connaissait rien en droit. Il était un scientifique qui ne trouvait plus rien et un PDG incompétent. Il n'avait rien d'un avocat.
Loki se pencha un peu plus en avant et le regarda droit dans les yeux.
« Croyez-vous vraiment que tout le monde se porterait mieux si vous étiez mort ?
— Putain, c'est ce que j'ai dit ? » Bon, il aurait dû s'en douter. C'était quelque chose qu'il aurait pu dire. Au moins, il n'avait pas dit que tout le monde serait plus en sécurité s'il mourrait. Ce qui serait plus proche de la vérité. Apparemment, même ivre, Tony gardait un minimum de bon sens.
« C'est une des choses que vous avez dites qui vont ont valu d'atterrir ici. Êtes-vous surpris de l'avoir dit ? » L'expression de Loki disait à Tony qu'il le saurait s'il mentait. Étant donné la teneur de leur conversation jusqu'à présent, cela ne l'aurait pas surpris.
Tony secoua la tête.
« Avez-vous pensé à vous suicider ? continua Loki.
— Vous posez les mauvaises questions, le renseigna Tony, et ce n'était pas une façon de bouder.
— Oh ?
— Ne devriez-vous pas me demander si je pourrais aller au bout de mes idées et me tuer ? » Il posa les bras sur le bureau en face de Loki et se perdit dans l'observation des poils de ses avant-bras, comme s'il s'agissait d'un code attendant d'être décrypté.
« Non, déclara catégoriquement Loki, et le ton de sa voix lui fit relever brusquement la tête. Si j'attends que vous décidiez de mettre vos idées à exécution, alors il sera trop tard. »
Quelque chose dans la rigidité de sa posture dit à Tony qu'il parlait d'expérience. Il se demanda si Loki voudrait encore qu'il cesse de penser au suicide s'il le connaissait.
Probablement pas.
« Je ne pense pas à me suicider, dit-il avec hésitation. Je ne suis pas heureux, c'est tout. Tous les gens qui ne sont pas heureux ne se suicident pas forcément. »
Loki hocha la tête.
« En revanche, les gens qui se suicident sont souvent malheureux.
— Qu'est-ce qui vous fait penser que je suis l'un d'eux ? », protesta Tony.
Loki regarda autour de lui pendant un moment, avant de se lever et de passer la tête dans l'entrebâillement d'une porte. « Lorelei ? Peux-tu me remplacer un instant ? Je dois m'occuper d'un patient. » Le son étouffé qui lui parvint devait être un assentiment, et Loki hocha la tête. « Merci. Nous serons chambre 12, et je fermerai la porte, alors ne t'inquiète pas. »
Loki ouvrit un tiroir sous le bureau et en sortit un flacon de comprimés. Il en prit un et le mit dans la poche de sa blouse. Puis il hocha la tête en direction de Tony.
Tony haussa les épaules et suivit l'ordre implicite en se dirigeant vers sa chambre.
C'était vraiment une pièce horrible, minuscule - chez lui, même la salle de bains était plus grande - et encore plus terne et beige que cent hommes d'affaires. Ne cherchez pas plus loin pourquoi Tony ne s'était jamais senti à l'aise lors des conseils d'administration.
L'unique mobilier de la chambre consistait en un lit d'hôpital qui lui faisait mal au dos rien qu'en le regardant, et de deux chaises destinées aux visiteurs. Pas que Tony aurait beaucoup de visites. La salle de bains attenante était littéralement plus petite qu'un placard, avec juste des toilettes et un lavabo à l'intérieur. Le tout sentait l'antiseptique.
Il n'y avait littéralement rien d'humain dans cette chambre.
Tony s'assit sur le bord du lit, se demandant s'il était censé s'asseoir sur une chaise pour les mettre sur un pied d'égalité. Bien sûr, ils n'étaient pas égaux, non ? Il était le patient, et il n'avait pas à décider s'il voulait être là ou non. En fait, s'il voulait sortir d'ici dans les prochains jours, il n'avait pas le choix. Il devrait parler à Loki aussi longtemps qu'il le voudrait.
C'était une sensation étrange que de n'avoir absolument aucun contrôle sur quoi que ce soit.
« Alors, de quoi voulez-vous parler ? demanda Loki, assis nonchalamment sur la chaise la plus proche du lit.
— Sérieusement ? Je pense qu'il est plutôt évident que je ne veux pas parler de tout », protesta Tony.
Loki pouffa. Les professionnels de la santé mentale sont-ils censés agir ainsi avec leurs patients ? « Si vous ne voulez pas parler, vous auriez dû rester au lit. »
Très bien.
« Bon. Je suppose que tout a commencé avec mon père. Il ne m'a jamais pris dans ses bras, vous savez. » Tony leva les yeux au ciel pour enfoncer le clou.
Sans relever le sarcasme, Loki hocha la tête.
« Il semble que votre relation avec vos parents était un peu compliquée.
— Quoi ? » Il n'était pas censé le prendre au sérieux. La plaisanterie n'avait-elle pas été évidente ?
« Vous m'avez dit que tout le monde vous avait abandonné et que vos parents étaient décédés. Vous ont-ils quitté avant de mourir ? » Loki avait l'air sincèrement curieux et Tony ne savait comment réagir.
« Ils m'ont laissé à la maison pour aller à une fête, » répondit-il sans réfléchir. Il n'avait jamais parlé à quiconque de la mort de ses parents. Pas depuis l'enterrement, et même alors, cela s'était limité à des « sincères condoléances » hypocrites. Personne ne lui avait posé de questions. « Mais j'avais cessé d'exister aux yeux de Howard bien avant cela. Il voulait la photo d'un fils, pour la montrer aux gens lors des soirées, et une histoire à raconter. Il n'a jamais voulu un enfant en chair et en os, qui vivait, mangeait et respirait dans sa maison. »
Loki resta silencieux pendant que Tony repensait à ce qu'il venait de dire. Puis il se rendit compte qu'il avait dit tout ça, à haute voix, à un autre être humain.
Personne en dehors de sa famille n'avait jamais su quel fils ingrat il avait été. Howard ne s'était jamais gêné pour lui rappeler qu'il avait la belle vie. Il y avait des enfants en Amérique qui se couchaient le ventre creux. Des enfants qui n'avaient pas d'habits convenables, encore moins d'ordinateurs, de voitures ou d'accès à l'éducation. Il vivait une vie rêvée, comparée à celle de presque chaque habitant de la planète.
« Vous pensez ne pas avoir été à la hauteur de la photographie ? », demanda enfin Loki.
Levant des yeux perdus, Tony inclina la tête. « Quoi ? »
C'était étrange. Il ne voyait aucune trace de réprobation ou de dégoût sur le visage de Loki. Il semblait juste... curieux.
« Votre père. Vous pensez l'avoir déçu, d'une manière ou d'une autre. » Sa voix n'avait pas changé. Elle était toujours douce, égale et beaucoup trop sexy pour être vraie. Et de quoi parlait-il encore ? De Howard ? Oh, beurk.
« Il me l'a dit assez souvent, acquiesça Tony. Comme lorsque j'ai construit le réacteur ark. Une grande source d'énergie propre. Je veux dire, il alimente en énergie la plus grande partie de Malibu, en plus des bâtiments et usines de Stark Industries. »
Loki cligna des yeux un moment. « ... et c'était décevant pour lui ? »
Tony se laissa tomber sur le lit et soupira. « Je ne parvenais pas à le faire fonctionner à une plus grande échelle, alors nous ne pouvions pas le vendre comme source d'énergie valable pour remplacer le charbon. »
Encore une fois, Loki pouffa. « Et n'importe quel père serait déçu que son fils ne puisse résoudre une crise énergétique planétaire. »
Tony n'avait jamais vraiment envisagé les choses ainsi. Il s'était juste dit que son père avait été déçu par sa thèse de doctorat. Il avait obtenu son diplôme, mais n'avait jamais réussi à susciter l'admiration de Howard.
« Il pensait que j'aurais pu faire plus, protesta Tony sans conviction.
— Nous pourrions tous faire plus, Tony, souligna Loki. Chaque personne dans le monde pourrait faire davantage. Cela ne signifie pas que ce soit une tare de ne pas faire plus.
— Et ne rien faire, c'est une tare ? rétorqua Tony. Parce que c'est ce que je fais ces jours-ci. Je suis resté six mois PDG de Stark Industries avant de confier le poste au meilleur ami de mon père. Et maintenant je ne fais plus rien. »
Loki semblait désorienté.
« Vous avez un diplôme de quoi, physique ?
— Mon doctorat portait sur le génie mécanique. Pourquoi ? » La conversation prenait un tour étrange. Allait-il suggérer à Tony de se trouver un emploi ?
« Ah, je vois pourquoi vous êtes tellement déçu de vous-même, acquiesça sérieusement Loki. Vous vous donnez du mal pour diriger l'entreprise, avec en poche un diplôme en génie mécanique, et vous réalisez que vous n'êtes pas à la hauteur. »
Tony réalisa qu'il s'était fait piéger. C'était une bonne remarque, cependant. Il était rentré dans le monde des affaires sans la moindre idée de ce qu'il devrait faire. Obadiah était en congé, alors il n'avait eu personne pour le conseiller. Il avait été l'agneau qu'on conduit à l'abattoir.
Il soupira. « Je ne suis plus vraiment inventeur, non plus. Et le réacteur ne compte pas. Ce n'est pas une source d'énergie viable, et je l'ai construit il y a quinze ans. Je n'ai rien inventé d'utile depuis. »
Loki acquiesça de nouveau. « Vous avez absolument raison. Il alimente juste Malibu depuis quinze ans. Cela ne compte pas du tout. Mais si cela ne compte pas, on peut se demander pourquoi vous dites ne rien faire. Avez-vous laissé tomber, ou avez-vous juste du mal à l'améliorer ? »
C'était le nœud du problème, n'est-ce pas ? Tony avait pratiquement renoncé à inventer des choses qui soient utiles aux gens. Il créait des choses pour lui-même, comme les robots dans son laboratoire, mais il n'envisageait pas de partager ses créations avec les autres. La seule chose que SI produisait encore était des armes, et cela ne l'intéressait pas de construire une bombe plus puissante.
Si vous deviez tuer quelqu'un, vous devriez avoir à le regarder dans les yeux en le faisant. Sa vie devrait signifier quelque chose, même si vous la lui ôtiez. Peut-être surtout si vous la lui ôtiez.
« Pas vraiment, reconnut-il finalement. Je suppose que j'ai abandonné.
— Laissez-moi deviner, vous n'avez rien fait depuis que vous avez quitté le poste de directeur général ? » Quelque chose dans l'expression de Loki amena Tony à penser que ce n'était pas du tout une supposition.
« Alors ? Qu'est-ce que cela signifie ? Un complexe d'Œdipe ? Un besoin secret d'être dominé ? » Il n'était pas vraiment sûr de vouloir une réponse. C'était étrange, mais il savait que, quoi que Loki réponde, ce serait vrai. Il se sentait tellement transparent devant cet homme.
« Rien de tout ça, Tony, lui sourit tristement Loki. Cela signifie simplement que, comme tout le monde, vous avez peur de l'échec. Dans votre cas, cependant, les enjeux étaient très élevés. Et vous assimilez cela au fait que les gens vous quittent, ce qui vous effraie davantage encore que l'échec.
— Ouah, Doc, fit Tony en lui lançant un regard noir. Vous voulez résumer ma vie en trois phrases ou quoi ?
— Vous savez que je ne suis pas médecin, hein ? » Loki arqua le sourcil. Tony commençait à penser qu'il haussait souvent le sourcil.
Tony se contenta de hausser les épaules.
« Quelle différence cela fait-il ? Cela signifie-t-il que vous n'êtes pas qualifié pour m'écouter chouiner ? Ou que vous n'avez pas votre mot à dire pour me faire sortir d'ici ?
— Oh non, je suis pleinement qualifié pour vous écouter chouiner, même si vous ne semblez pas exceller dans cet exercice. Écoutez mon petit voisin se lamenter parce que papa ne veut pas lui acheter une nouvelle voiture parce qu'il a défoncé l'ancienne alors qu'il roulait en état d'ébriété, et vous saurez ce que c'est que de chouiner. » Loki se tut et sembla réflechir un instant. « Et j'ai aussi mon mot à dire sur votre sortie, même si vous devriez faire quelque chose de vraiment spectaculaire pour me faire changer d'avis. »
L'esprit de Tony descendit directement sous la ceinture.
Il battit des cils. « Mince, Doc, que dois je faire pour que pour vous me laissiez partir ?
— Vous pensez plaisanter, mais on m'a déjà fait cette proposition. » Loki semblait vaguement agacé.
Tony sourit. « D'accord, alors je vais devoir attendre d'être sorti pour vous draguer ?
— Ce serait mieux, oui, acquiesça Loki. Pour une raison que j'ignore, les gens semblent penser je suis une sorte de nymphomane et que je ferais n'importe quoi pour une pipe.
— C'est la voix, répondit sans réfléchir Tony à la question implicite. Je dirais qu'elle crie au sexe, mais je pense que « susurrer » serait un meilleur terme. Je ne peux m'empêcher d'imaginer comment vous êtes lors... » Son cerveau se reconnecta enfin et il se figea. « Putain, je suis désolé. C'était complètement déplacé. »
Interdit pendant un long moment, Loki hocha enfin la tête. Il se leva et prit dans sa poche le comprimé qu'il y avait placé un peu plus tôt. « Voilà, dit-il en le tendant à Tony. Le calmant que vous m'avez demandé. En ce qui concerne les fellations... Je ne peux pas discuter de mon attitude durant l'amour tant que vous êtes mon patient. »
Sur ce, il sortit hors de la pièce, laissant à Tony le choix de prendre ou de laisser le comprimé (il le prit) et d'essayer de dormir un peu.
Ses rêves furent humides et en couleur, et semblèrent ne jamais vouloir finir.
Je ne peux m'empêcher d'imaginer comment vous êtes...
Loki frissonna en passant sous la bouche d'aération devant la chambre de Tony. L'air frais qui en sortait n'était pourtant pas à l'origine de son problème. Il ne le soulageait pas non plus. Loki avait déjà eu une patiente limite qui lui avait décrit avec force détails ce qu'elle aimerait faire de son corps, et il était resté de marbre. Cela ne l'avait en rien affecté comme avait pu le faire cet aveu involontaire.
Il savait que laisser Lorelei seule encore quelques minutes ne porterait préjudice à personne, alors il se hâta vers la salle du personnel et sa salle de bain privée.
Il refusa d'admettre la réalité de ce qu'il s'apprêtait à faire jusqu'à ce qu'il ait baissé son pantalon et posé la main sur son membre. Il était déjà à moitié dur, juste en pensant à ce qu'avait dit Tony. Et à ces beaux yeux bruns si expressifs plongeant dans les siens, tandis qu'il évoquait le ton de sa voix pendant l'amour.
Ces yeux seraient sa perte. Il était déjà subjugué par Tony. Dans la matinée, il devrait informer Jaime qu'il ne pouvait pas s'occuper de lui.
Mais pourquoi ? Au moment où il ferait cela, il ne resterait à Tony que 36 heures à patienter avant de pouvoir sortir. C'est inutile, se dit-il. Ce n'était pas comme si avoir ou non Loki comme infirmier changerait quelque chose à la prise en charge de Tony. En fait, se justifia-t-il, cela ne ferait que nourrir davantage les angoisses d'abandon de Tony.
La situation avait beau être épineuse, cela ne semblait pas déranger Petit Loki, qui attendait avec impatience qu'on s'occupe de lui. Il t'a pratiquement offert une pipe, semblait-il lui rappeler. C'était sûrement une blague, mais il y avait de la sincérité dans ses yeux.
Il y avait toujours de la sincérité dans les yeux de Tony.
Et la façon dont ils s'étaient assombris quand il avait parlé de la voix de Loki, ses pupilles se dilatant, avait été presque obscène. Ce regard intense qui disait à Loki qu'il se représentait la scène.
Que voyait-il, se demanda-t-il, tout en commençant à se caresser sérieusement.
Lui à genoux, ses sensuelles lèvres roses autour de la queue de Loki, tandis que Loki gémissait des obscénités pour l'exciter ? Gémirait-il en réponse pour signifier qu'il appréciait ce que Loki lui disait ? Accélérerait-il le rythme quand Loki lui dirait comment il allait le mettre à quatre pattes sur son lit, avant de le pénétrer, atrocement lentement, centimètre après centimètre ?
La main de Loki bougea plus vite, au rythme des images défilant dans sa tête. Tony à genoux, la queue de Loki enfoncée dans sa gorge, ses yeux marrons emplis de désir tournés vers lui. Tony à quatre pattes, se pressant contre lui pendant que Loki se répandait en lui, en redemandant. Tony au-dessus de lui, le regardant dans les yeux pendant qu'il s'enfonçait lentement...
Il tenta de se mordre la lèvre, pour s'obliger au silence, mais il était certain que son exclamation devait s'entendre dans la pièce attenante.
Tony.
Ses mains tremblaient et il eut du mal à se regarder dans le miroir alors qu'il se nettoyait avant de se rajuster. Poussant le robinet à fond, il effectua une toilette sommaire.
Heureusement, il n'y avait personne dans la salle quand il sortit de la salle de bain. C'était plutôt rare de croiser quelqu'un à trois heures du matin, mais pas non plus inhabituel, et cela aurait bien été sa chance.
Quand il regagna son poste, Anthony dormait. Il le savait parce qu'en passant devant sa chambre, il entendit un bruit. Ce n'était pas exactement un gémissement et Loki n'était pas du genre à se glisser dans la chambre de ses patients pour espionner ce qu'ils faisaient au milieu de la nuit, mais le son ne semblait pas vraiment joyeux. Alors il alla vérifier. Techniquement, cela faisait partie de son travail d'aller vérifier, s'il pensait que quelque chose n'allait pas avec un patient.
Anthony était recroquevillé sur lui-même, les bras serrés sur l'oreiller comme s'il essayait de s'échapper. « S'il te plaît, murmura-t-il dans son sommeil. S'il te plaît, non. » Puis il enfouit son visage dans l'oreiller et sanglota.
Juste triste, mon cul.
Peut-être Loki pourrait-il le convaincre d'accepter qu'on lui prescrive un antidépresseur. Cela paraissait être un problème chronique, et non une dépression mineure consécutive à une rupture. Quand il croiserait Jaime dans l'après-midi, il en discuterait avec lui.
Lorelei se faisait les ongles quand il la rejoignit, ce qui le fit sourire. « Tu aimes le service de nuit, pas vrai ? »
Elle pouffa. « Oh, oui ! Comment va Monsieur Sexy-les-yeux-bruns ? J'ai entendu dire qu'il était riche.
— Je n'ai aucune idée de sa situation financière, répondit-il à sa collègue et amie, et toi, tu t'en fiches. Alors, que veux-tu savoir ? »
Elle leva les yeux de ses ongles déjà parfaits et l'observa un moment. Il imaginait bien ce qu'elle voyait : les joues rouges, les cheveux en désordre et une expression coupable. « Je me demandais si tu allais continuer à jouer les Captain Cool, ou finir par avouer que tu veux transformer les draps de son lit en chapiteau de cirque. »
Il sentit ses joues s'empourprer davantage. « Tu n'es même jamais allée au cirque, Lorelei. »
Elle se mit à rire quand il partit se réfugier dans le bureau.
Quand l'équipe de jour arriva, Loki rentra chez lui et dormit à poings fermés. Il ne rêva pas de grands yeux bruns tristes et de lèvres roses enroulées autour de sa queue. Il ne savait pas s'il appréhendait de retourner au travail ou s'il était impatient d'y être.
Mais quand il arriva à l'hôpital, les choses ne se passèrent pas comme il l'avait prévu. Le docteur Mendez et lui échangèrent les plaisanteries habituelles, puis discutèrent de leurs patients réguliers — aucun changement majeur, Dieu merci — mais quand ils évoquèrent Anthony, ce fut différent.
Jaime fronça les sourcils quand ils arrivèrent au dossier marqué « Stark ».
« Avez-vous essayé de lui parler la nuit dernière ? demanda-t-il.
— Oui, acquiesça Loki. Nous avons bien parlé. Il s'est confié. Cela s'est beaucoup mieux passé que ce à quoi je m'attendais. »
Le visage de Jaime s'allongea. « Cela vient peut-être de moi, alors. Aujourd'hui, il semblait encore plus renfermé. Il a déclaré qu'il ne se sentait pas bien. »
Loki réfléchit un instant avant de répondre. « C'est peut-être ma faute, en fait. Il ne pouvait pas dormir alors je lui ai donné un Ambien. Il n'y avait rien sur d'éventuelles allergies dans son dossier, mais peut-être que cela ne lui convenait pas. » Cela l'avait évidemment fait dormir, mais ils étaient tous les deux bien conscients du fait qu'un sommeil médicamenteux n'était pas toujours très reposant.
Jaime hocha la tête. « Peut-être que cela vient de là. Il a été apathique et agité toute la journée. Il n'arrêtait pas de se tordre les mains en me parlant.
— Bon, rien ce soir. » Loki inscrit une note dans son dossier, comme s'il y avait la moindre chance qu'il oublie.
« Mais vous avez dit qu'il s'était confié ?
— Hum », opina Loki en finissant d'écrire. Sans entrer dans les détails et en laissant définitivement de côté tout ce qui touchait aux fellations ou aux sons produits pendant l'amour, Loki lui fit un résumé de ce qu'il avait découvert. : angoisses d'abandon remontant à l'enfance, et, Loki le pensait-il, une dépression sous-jacente.
« Pensez-vous pouvoir le convaincre de suivre un traitement ? demanda Jaime quand il eut fini.
— Je peux peut-être le convaincre de prendre des antidépresseurs, répondit Loki. Un traitement, j'en doute, sauf s'il est très court. »
Jaime hocha la tête. « Eh bien, c'est plus que ce que je pourrais obtenir de lui. Travaillez quand même l'angle thérapeutique. Je pense qu'avoir quelqu'un à qui parler lui fera le plus grand bien. »
Le docteur rangea les dossiers de ses patients du jour et se dirigea vers la porte. Alors qu'il troquait sa blouse blanche contre une veste, il se mit à rire. « C'est vraiment dommage que vous n'exerciez pas dans le privé, Loki. J'aurais quelqu'un de fiable à recommander à l'extérieur. »
Loki rit de bon cœur. « Même moi, j'ai besoin de dormir de temps en temps, Jaime. »
C'était agréable de travailler avec un médecin qui l'appréciait. Il se rappelait le premier poste qu'il avait occupé après avoir obtenu son diplôme. Les médecins y traitaient le personnel infirmier comme des bonnes à tout faire aux avis délicieusement rafraîchissants. Dans des endroits comme celui-ci, le patient figurait au dernier rang dans l'ordre des priorités et recevait le traitement le moins adapté.
Jaime le traitait en égal, ce qui avait été pour lui une vraie nouveauté. Sitôt arrivé, il avait décidé qu'il quitterait jamais son service.
Lorsque Loki arriva dans la grande salle commune où les patients dînaient, il comprit les inquiétudes de Jamie au sujet de Tony. Il était pâle et avait des cernes sous les yeux. Il n'avait presque rien mangé et semblait s'être forcé pour le peu qu'il avait ingurgité. Il abandonna bientôt et laissa tomber sa fourchette sur le plateau. La main qui l'avait tenue flotta vainement dans l'air avant de se poser sur son cou. Ses yeux croisèrent ceux de Loki un instant, avant de revenir à son plateau, sa main frottant plus fort son cou.
Oui, Tony devrait trouver le sommeil tout seul cette nuit-là. Quoi que l'Ambien luit ait fait, Loki ne voulait pas voir ceci se reproduire. Heureusement, quand l'heure du coucher approcha, Tony ne quémanda pas de somnifères. En fait, il leva les yeux de son livre quand certains patients reçurent leur dose du soir, frissonna et détourna rapidement le regard.
Loki essaya d'ignorer ce que le fait d'attendre l'extinction des feux pour aller parler à Tony disait de lui.
Quand ils se furent assurés que tout le monde était au lit, Lorelei lui adressa un regard narquois et lui fit signe de partir.
« Va faire un brin de causette avec le prince charmant. Il est probablement la personne la moins folle ici, toi et moi compris.
— Lorelei, tu sais que que nous n'avons pas —
— Oui, oui, fou est un mot à bannir, Lorelei leva les yeux au ciel, mais venant d'elle, le geste était affectueux. Allez pécho un peu, patron.
— Ce n'est pas mon intention », protesta-t-il tout en s'apprêtant à suivre sa suggestion.
Elle se mit à rire.
« La jeune femme à l'acceuil vous apprécie, observa Tony à la seconde où Loki entra. Est-ce que vous êtes, euh... vous savez ? »
Loki faillit s'étouffer. « Euh, non. C'est la sœur de ma meilleur amie.
— Il vous botterait le cul, hein ? [1]», sourit tristement Tony.
Loki secoua la tête. Il observa la pièce, ses yeux se posant sur la chaise qu'il avait utilisée la veille avant de revenir à Tony, blotti dans son lit. Il avait l'air si petit et si vulnérable couché là comme ça. Prenant une décision, il se dirigea vers le bout du lit de Tony et s'y assit.
« Non, dit-il doucement. Elle s'est suicidée quand nous étions enfants. Alors je veille sur Lorelei pour elle.
— Oh. Tony avait écarquillé les yeux en entendant l'explication. Je suis désolé.
— Je l'étais aussi », répondit Loki de la seule manière qui lui vint. Cela faisait quatorze ans, et certains jours il n'était pas disposé à évoquer le sujet. « J'ai cru comprendre que vous aviez eu une journée difficile. »
Tony frémit et hocha la tête, mais ne s'expliqua pas.
« Vous voulez m'en parler ? » Loki avait la nette impression que, s'il se montrait trop directif, il se fermerait comme une huître avant d'avoir commencé.
« Je dois vraiment ? demanda Tony d'une toute petite voix.
– Techniquement, vous n'avez pas à faire quoi que ce soit », répondit machinalement Loki.
Tony prit un air renfrogné.
« Et techniquement, vous pourriez suggérer de me garder ici indéfiniment. »
Loki sourit en réponse. « Je serais ravi de voir régulièrement votre visage souriant, mais je pense que vous forcer à rester ici n'est pas la meilleure solution. »
Il n'avait pas prévu de se montrer aussi direct. Tony Stark semblait faire ressortir l'impétuosité de Loki. C'était un aspect important de sa personnalité qu'il avait essayé de tempérer au fil des ans. Pourtant, il était content de lui. Une partie de lui était toujours consternée par son comportement. L'autre partie voulait juste voir Tony Stark retrouver le sourire.
Tony semblait cependant plus hésitant qu'heureux. Ne voulait-il pas revoir Loki ? Il en avait été si sûr après la nuit dernière...
« Le voulez-vous vraiment ? » Sa voix de baryton était teintée de suspicion.
Ah, bien sûr. Les angoisses d'abandon, se rappela Loki. Bon, il savait comment traiter le problème.
Il sortit son téléphone portable de sa poche, le débloqua et le tendit à Tony.
« La question est : vous, le voulez-vous vraiment ?
— Vous savez que j'ai une mémoire eidétique, n'est-ce pas ? demanda prudemment Tony.
— Qu'allez-vous faire ? gloussa Loki. Mémoriser le numéro de téléphone de mon père pendant que vous êtes là ? Appelez-le, il vous apprécierait sûrement. C'est un scientifique. Vous le trouverez à P pour papa, mais son nom est Laufey. Je sais, encore de drôles de noms scandinaves. Je crois que vous devez être la seule personne qui me connaisse depuis plus de cinq minutes et qui n'ait pas encore fait de commentaire là-dessus.
— Je me suis dit que vous deviez en avoir assez des blagues sur le dieu de la Malice », répondit Tony avec franchise.
Loki se mit à rire. « Vous n'imaginez même pas. »
Rougissant légèrement, Tony tapa sur son téléphone pendant une minute, s'envoyant manifestement un texto. Yep, angoisses d'abandon.
« J'espère que vous n'êtes pas le genre de gars à qui on donne son numéro et qui ne rappelle jamais, hein ? », demanda Loki de son ton le plus sérieux. Il savait pertinemment que Tony n'était pas comme ça, mais il faisait passer le message. Il voulait que Tony l'appelle.
Tony secoua la tête. « Vous travaillez demain ?
— Et le surlendemain, malheureusement, répondit-il immédiatement. Mais ensuite, j'ai trois jours de libre. L'avantage des gardes de douze heures. Nous faisons des projets pour le week-end, alors ?
— Vous dormirez vendredi matin. Nous pourrions aller dîner ? » Sa voix était tellement pleine d'espoir que Loki ne pouvait décemment pas envisager de répondre non.
« J'aimerais beaucoup. Pourquoi ne pas le noter dans mon portable ? Où vous voulez, quand vous voulez, après 15 heures. »
Cela lui valut finalement un vrai sourire. « D'accord. Je connais un bon restaurant dans le centre-ville. Vous aimez la viande ?
— Parfait », acquiesça immédiatement Loki. Il ne sortait pas souvent dîner. Ce n'était pas qu'il n'avait pas l'argent, c'était juste qu'il devenait casanier. Il n'avait pas envisagé de sortir jusqu'à ce qu'une belle sirène aux yeux bruns entre dans sa vie.
Et Tony trouvait sa voix attirante.
Après un autre moment, il lui rendit son téléphone et, sans même vérifier, Loki le remit dans sa poche. Il n'y avait pas de meilleures armes pour combattre les angoisses d'abandon que la confiance et la droiture.
Pourtant...
« Nous devons tout de même parler. »
Tony fronça les sourcils. « Quand vous dites « parler », j'éprouve une envie irrésistible de m'enfuir. »
Loki haussa les épaules. « Vous n'êtes pas le seul, croyez-moi. »
La plupart des patients de Loki semblaient l'apprécier. C'était probablement dû au fait qu'il était plus préoccupé par les gens que par les règles — ce qui lui vaudrait probablement un tas d'ennuis un jour. Accorder quelques minutes supplémentaires de visites, ou ne pas obliger quelqu'un à participer à une réunion du groupe qui le mettait mal à l'aise, étaient pour Loki des gestes sans conséquence, mais il était sûr que l'hôpital ne verrait pas les choses du même œil. Et bien sûr, comme c'était le cas avec n'importe quel professionnel de la santé mentale, parfois certaines personnalités ne s'accordaient pas.
En outre, pour certaines personnes, le simple fait de parler à quelqu'un de la profession générait un stress écrasant. Souvent, il s'agissait de personnes qui avait déjà été abîmées par le système médical.
« Vous voulez reparler de mes parents ? » Tony semblait moins gêné par l'idée que ce à quoi Loki s'était attendu.
Loki haussa les épaules.
« Le souhaitez-vous ?
— N'êtes-vous pas censé poser des questions tendancieuses ou quelque chose dans ce goût-là ? »
L'évidente confusion de Tony était adorable.
« Je crois que c'est le rôle des avocats, ou des flics, ou quelque chose dans ce goût-là. Je suis censé poser des questions embarrassantes », corrigea Loki comme s'il y avait une sorte de règle implicite. Il supposait que c'était le cas, pourtant. Son travail consistait souvent à poser les questions les plus embarrassantes possibles.
Tony décida de jouer le jeu.
« Alors, vous voulez que je vous parle de ma vie sexuelle ?
— Je serai ravi que vous le fassiez vendredi. Ce soir, restons sur un terrain un peu moins horriblement non professionnel. » Loki était quasiment sûr de rougir. Après des années d'exercice, il aurait dû être immunisé contre ce genre de réponse. Apparemment pas.
« Vous voulez que je voie un psy, pas vrai ? demanda Tony de but en blanc.
— Je pense que cela pourrait vous aider, d'avoir quelqu'un à qui parler. » Loki tenta de donner à sa phrase une tournure positive, mais il n'était pas stupide. L'expression de Tony lui disait tout ce qu'il pensait de l'idée même d'une thérapie. « Voudriez-vous au moins essayer une faible dose d'antidépresseurs ? Juste pour voir si ça aide ? »
Tony fronça les sourcils.
« Vous pensez que j'ai besoin de médicaments ?
— Je pense que vous êtes gravement déprimé, et vous êtes tellement embourbé dans tout ça que vous ne vous en rendez pas compte. » Loki soignait des personnes atteintes de dépression tous les jours. La plupart d'entre elles ne savaient pas qu'elles étaient malades. « Vous êtes comme ça depuis si longtemps que cela vous semble normal. Et je pense que les antidépresseurs peuvent vous aider à refaire surface. »
Hésitant un instant, Tony botta en touche :
« Je peux arrêter si cela ne me plaît pas ?
— Je préférerais que vous en parliez avec un médecin plutôt que d'arrêter brutalement, mais oui. » En ayant fini avec son laïus, Loki se sentit particulièrement minable. Il savait l'aide que les médicaments pouvaient apporter à certaines personnes, mais les convaincre de prendre des médicaments le faisait toujours se sentir comme un vendeur en porte-à-porte. Il fronça les sourcils.
« Cependant, beaucoup de gens les prennent pour toujours. Vous devez le savoir. Parfois les gens en ont besoin, pour le reste de leur vie.
— Pourquoi ? Tony sembla percevoir la transition entre professionnel et personnel et se pencha vers lui.
— Parce que la dépression est différente pour chacun. » Loki aurait aimé avoir une meilleure réponse à proposer, mais Tony acquiesça.
« Okay, Doc », fit-il.
Loki laissa échapper le soupir qu'il retenait.
« Mais nous sortons quand même vendredi, hein ? » Ses grands yeux de chiot étaient pleins de reproche, l'accusant d'utiliser la possibilité d'un rendez-vous comme appât pour obtenir ce qu'il voulait, s'attendant à ce qu'il se ravise.
« Les deux choses n'ont rien à voir l'une avec l'autre, protesta Loki. Je vous propose des antidépresseurs en tant que professionnel de la santé. Quant au rendez-vous... c'est parce que mon comportement a tendance à devenir peu professionnel quand je passe du temps avec vous. »
Tony sourit. « Peu professionnel, hein ? »
Loki se pencha en arrière, tenta de ne pas lui retourner son sourire et échoua complètement. « Sur ce, je vais y aller, avant de faire quelque chose d'encore moins professionnel. Quand vous parlerez à Jaime demain — le docteur Mendez — dites-lui de quoi nous avons discuté. Seulement la partie médicale, sauf si vous voulez que je me cherche un nouvel emploi. »
Tony sourit. « Dire au docteur Trucmuche presque tout et prendre ses pilules du bonheur. Compris. »
Lorsque Loki revint le lendemain soir et qu'il constata que Tony était déjà sorti, il se sentit inexplicablement déçu.
D'un autre côté, le vendredi n'était pas trop loin. Il avait un rendez-vous, avec heure et lieu programmés dans son téléphone et d'étrangement grandes espérances, alors qu'il ne connaissait Tony que depuis moins de trois jours et qu'il ne lui avait parlé que deux fois.
Il voulait revoir ces yeux magnifiques. Il voulait être la stabilité dont Tony Stark avait besoin. Et surtout, pour la première fois depuis longtemps, Loki voulait quelque chose juste pour lui.
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[1] Loki a dit en VO : She's my best friend's sister. Tony suppose alors qu'il s'agit d'UN meilleur ami puisque, en l'absence de contexte, la phrase peut se traduire indifféremment par « c'est la sœur de mon meilleur ami » ou « c'est la sœur de ma meilleure amie ». Quelques phrases plus loin, on apprend qu'il s'agissait bien d'une amie.
Merci à Walkie, à Elena, à yuoi et au guest anonyme pour vos commentaires. Je suis toujours frustrée de ne pouvoir vous répondre personnellement mais sachez que j'apprécie chacune de vos reviews. yuoi, par « mode moderne », tu veux dire un UA où les personnages exercent une activité « normale » ? Parce que j'en connais quelques uns, dans ce cas. ;)
